CHAPITRE VIII

Epauler

*

Une voix douce murmurait mon prénom et une main caressait mon dos en de petits cercles, mais je n'arrivai pas identifier qui pouvait bien être dans ma chambre à cette heure de la nuit. Complètement paniquée, j'ouvris les yeux et un petit cri m'échappa.

- Chuuut, ce n'est que moi, Edward.

Il me fallut quelques secondes pour réaliser que je n'étais pas chez moi, mais dans la chambre d'Edward et que celui-ci venait probablement de rentrer de l'hôpital où se trouvait sa mère. Sa paume continuait de caresser mes épaules et mon dos dans un geste rassurant tandis que je revenais à la réalité.

Je m'allongeais sur le dos et cherchai Edward dans la pénombre, sa silhouette se découpait dans la lumière de la lune, assise sur le bord du lit, légèrement penchée vers moi.

- Quelle heure est-il ?

- Presque quatre heures…

Je me redressai sur mes coudes.

- Comment va ta mère ?

- Elle est stabilisée… Les médecins l'ont plongée dans le coma, car son cœur est trop faible pour…

Sa voix se brisa et il se passa une main sur le visage.

- Disons qu'elle ne va pas très bien, murmura-t-il.

Je sentais que les larmes lui nouaient la gorge et j'eus envie de me mettre à pleurer avec lui.

- Je suis désolée…

Il poussa un long soupire désespéré et je me redressai pour chercher sa main et entrelacer nos doigts.

- Je ne peux pas la perdre… Pas maintenant… Pas déjà… Je n'arriverai jamais à m'en tirer sans elle…

Il se passa une main dans ses cheveux encore plus désordonnés que d'ordinaire.

- Il est trop tôt pour penser au pire.

- Je ne peux pas m'en empêcher.

- Tu devrais te reposer un peu…

Il hocha la tête.

- J'imagine qu'il est temps pour moi de rejoindre mon lit.

- Tu peux terminer ta nuit là. Je vais rester sur le canapé, je ne pense pas réussir à fermer l'œil…

Je me rallongeai sans lâcher sa main.

- Je t'avoue que je n'ai pas spécialement envie de traverser la rue dans le froid à cette heure de la nuit…

J'écartai les draps.

- Je sais que tu m'en veux. Et tu n'imagines pas à quel point je suis désolée d'avoir fait fausse route à ce point. J'espère que tu m'excuseras… Mais…

J'hésitai.

- Oui ?

- Est-ce que tu accepterais de rester près de moi ?

Il ne répondit pas, et durant une longue minute, il ne fit rien d'autre que de fixer le vide en silence. Puis, il tendit la main vers le radio-réveille posé sur la table de chevet et appuya à plusieurs reprises sur le bouton qui réglait l'alarme.

- Sept heures est une heure décente pour toi ?

- Absolument.

Je le vis passer sa chemise par-dessus sa tête et j'entendis son jean tomber sur le sol, après quoi il se glissa entre les draps, gardant ses distances avec moi.

- Pour qui m'as-tu pris, Isabella, murmura-t-il.

- Une personne avec peu de principes moraux.

- J'en suis probablement une. Mais toi aussi…

- Je m'assume.

- Moi pas.

Il roula sur le côté de manière à me faire face et sa main glissa sur ma hanche. Il eut un bref mouvement de recul quand ses doigts entrèrent en contact avec le tissu de ma culotte.

- Ne portais-tu pas un pyjama ?

- Il était trempé, balbutiai-je.

- Oh.

Il se rapprocha de moi et écarta les draps avant de venir poser sa joue contre mon ventre. Il frotta doucement son visage et le bout de son nez contre mon nombril par-dessus le tissu du t-shirt et j'enfouis mes doigts dans ses cheveux épais et désordonnés. Il blottit sa tête contre le creux de mon estomac dans un geste qui appelait la douceur et la tendresse.

Je l'entendis soupirer et ce fut comme si tout le poids qui pesait sur ses épaules à ce moment devint subitement trop écrasant. Je le sentais trembler contre moi et ses mains s'agrippaient précautionneusement à mes hanches alors que je sentais peu à peu ses larmes chaudes et silencieuses tremper le tissu de mon t-shirt.

Je n'osai prononcer un mot, aucune parole visant à encourager un épanchement. Je savais qu'il m'en offrait plus qu'il n'aurait dû et plus qu'il ne le voulait. Qui étais-je ? Rien de plus qu'une étrangère rentrée dans sa vie quelques semaines auparavant et rencontrée sept ou huit heures au coin d'un piano. Le moment le plus intime que nous avions partagé avait été purement physique, presque bestial, alors je ne pouvais décemment pas attendre de lui qu'il se confie à moi. Le fait qu'il acceptait mon épaule pour pleurer était déjà un honneur en soi.

Mes doigts traçaient des arabesques sur ses omoplates et jouaient tendrement avec ses cheveux, et lorsqu'un sanglot trop déchirant lui échappait je pressai doucement son épaule dans un geste réconfortant.

J'étais aussi bouleversée que lui, peut-être pas pour les mêmes raisons, bien que sa détresse me touchait. Je n'avais jamais rien connu d'aussi troublant que voir un homme s'écrouler de cette manière. Il semblait simplement au bout du rouleau, fatigué, usé, effrayé, mais digne.

Il n'était plus cet homme froid et dur, trop orgueilleux que pour montrer la détresse dans laquelle il s'enlisait. Il était un tout jeune homme tendre et doux qui acceptait de pleurer la personne par qui il se sentait protégé.

Lentement, les larmes cessèrent de couler et son souffle chaud qui heurtait la peau de mon ventre devint plus calme. Il plongea peu à peu dans le sommeil, et je ne m'autorisai à y sombrer également que quand je fus absolument sûre qu'il dormait paisiblement.

Edward était toujours accroché à moi quand je me réveillai quelques heures plus tard. Sa joue reposait sur ma poitrine et son visage était enfoui dans l'espace entre mes seins. Je souris en glissant mes doigts dans ses cheveux. Il était si paisible en cet instant, j'aurais voulu le garder contre moi des heures encore. Néanmoins, le réveille affichait déjà six heures trente, et malgré que le temps ne pressait pas pour moi, je ne savais pas de quelle manière s'organisaient les matins d'Edward. Je ne voulais pas le mettre dans une situation embarrassante vis-à-vis de Carlie.

Je me défis doucement et à contre cœur de l'étreinte étroite dans laquelle Edward m'enserrait pour chercher dans le noir mon pyjama. J'abandonnais le t-shirt sur le fauteuil club en cuir et enfilai mes vêtements encore humide ainsi que mes baskets.

Edward n'avait pas bronché depuis que j'avais bougé, il devait vraiment être épuisé. Je me penchai sur lui et posai rapidement ma bouche sur sa mâchoire, me délectant brièvement de la saveur sucrée de sa peau.

Je quittai la chambre en fermant doucement la porte derrière moi. Je trouvai du papier et un crayon à côté du téléphone dans le living-room et rédigeai une note à l'attention d'Edward.

N'hésite pas si tu as besoin d'une baby-sitter.

Courage,

Bella.

Je notai mon numéro de portable en post-scriptum avant de poser le mot en évidence sur la table de la salle à manger.

Je traversai précipitamment la rue en priant qu'aucun voisin debout à cette heure ne me surprenne, sinon c'était clair que j'allais alimenter les rumeurs dans le quartier pour les six prochains mois.

Mon père était déjà levé et semblait m'attendre quand je passais le seuil de la maison.

- Bella ! Te voilà enfin ! Je me suis inquiété de ne pas te voir rentrer !

- Désolée. Edward est rentré très tard et je pense qu'il n'a pas voulu me réveiller, mentis-je.

- Bien sûr, je comprends… Comment va Esmé ?

- Esmé ?

- Sa mère ! Tu as dit dans ton mot que sa mère avait un problème de santé.

- Oh. Pas très bien d'après ce que j'ai compris. Elle a eu une attaque, je n'en sais pas plus. Tu connais les parents d'Edward ?

- Le Dr Cullen exerce depuis quelques années dans la région… Il m'est arrivé de travailler avec lui pour des affaires sordides que tu n'as certainement pas envie d'entendre… Remets à Edward tous mes vœux de santé pour sa mère si tu y retournes.

- J'ai laissé un mot pour proposer de garder Carlie si besoin.

Mon père haussa un sourcil bien haut.

- Je ne savais pas que tu aimais les gamins…

- Elle a l'air chou, dis-je en haussant les épaules. Il me semblait juste que c'était la moindre des choses…

Je filai prendre une douche et me préparer pour l'école avant de trop éveiller les soupçons de mon père. Je n'avais jamais été très intéressée par les enfants. Mais ici la situation était différente. Je n'avais pas proposé mon aide à cause de l'apparition d'un soudain instinct maternel débarqué d'on ne sait où, mais parce que je voulais soulager un peu la détresse d'Edward.

La journée passa lentement et je ne cessai de vérifier mon portable alors que, d'habitude, j'avais plutôt tendance à l'oublier dans le fond de mon sac et à ne pas y toucher. Je me sentais ridicule d'attendre un signe de sa part. Je ne savais même pas pourquoi j'avais envie qu'il me contacte, je voulais juste savoir s'il allait bien.

Mon portable vibra finalement durant le temps de midi. Je mis tant d'empressement à le trouver dans mon sac et à ouvrir le texto que Jessica et Lauren trouvèrent cela suspect.

- Dieu, Bella s'est mise à la technologie, je rêve, dit Jessica.

- Bienvenue dans le vingt-et-unième siècle, Bella, se moqua Lauren.

Je les ignorai et lu le petit message, un sourire béat collé aux lèvres, c'était bien Edward.

Merci pour cette nuit, et pas que pour Carlie. Puis-je abuser de ta bonté ce soir encore ? J'aimerai pouvoir relayer mon père au chevet de maman. Edward.

- Vu ton air, il y a un mec, là-dessous !

- Hum, les filles, regardez, voilà Cullen ! Olala, il a mauvaise mine, déclara Angela dans le but évident de détourner l'attention de Jessica et Lauren.

Je levai les yeux pour voir Edward se placer dans la file du self de la cantine. Il m'était arrivé plusieurs fois de l'y voir, mais il ne restait jamais au réfectoire, généralement les professeurs se contentaient d'acheter un sandwiche qu'ils mangeaient dans la salle des profs.

Je m'empressai de répondre au message.

Contente d'avoir pu t'aider. Abuse de ma bonté autant que tu veux. Quand désires-tu que je sois là ? As-tu des nouvelles de ta mère ? Charlie lui envoie tous ses vœux de rétablissement. Bella.

J'envoyai le message et quelques secondes plus tard je vis Edward sortir son téléphone de la poche de sa veste, un bref petit sourire apparut sur ses lèvres, et je ne détachai pas mes yeux de lui tandis qu'il tapait son message. Il ne me faisait pas face mais je pouvais voir que ses traits étaient tirés et que des cernes violettes s'étendaient sous ses yeux, ses cheveux étaient encore plus désordonnés que d'ordinaire.

Bientôt, mon portable vibra de nouveau.

Je risque de te prendre au mot. L'état de maman s'améliore, elle semble tirée d'affaire. Remercie Charlie pour moi. 17h30?

Je le regardai payer sa bouteille de soda d'un œil distrait tout en me dépêchant de taper ma réponse.

Tu m'en vois heureuse. OK pour 17h30. PS : une bouteille de soda ne semble pas un repas acceptable vu ta tête. Quitte à ne rien manger, opte pour la caféine.

J'appuyai sur le bouton envoi. Je le regardai consulter le message en traversant le réfectoire. Il le lu et se mit à fouiller la salle du regard. Ses yeux rencontrèrent les miens et un petit sourire moqueur se dessina sur sa bouche lorsqu'il les détourna pour continuer son chemin.

Il avait quitté la cantine quand mon téléphone afficha ce message :

Le café est une des choses les plus écœurantes qu'il m'ait été donné de goûter, mais merci du conseil.

Je souris, j'imaginai que c'était sa manière de me signifier qu'il était un grand garçon.

- Alors, c'est qui ce mec, demanda Jessica en reportant son attention sur moi.

Je m'empressai de ranger mon portable dans le fond de mon sac.

- Tu délire, Jess, soupirai-je.

Je n'étais pas sortie de l'auberge.

Angela tenta également de me cuisiner également à la sortie des cours, mais il était déjà dix-sept heures et je n'avais pas réellement le temps ni l'envie de lui confier ce qu'il se passait entre moi et Edward. J'avais conscience que notre relation n'était pas anodine, encore moins innocente et que j'avais plutôt intérêt à en garder la nature pour moi si je ne voulais pas attirer des ennuis à Edward.

Je coupai court à la conversation pour monter dans ma Chevrolet et rejoindre la maison. Je pris le temps de déposer mes affaires et de prévenir Charlie que je m'absentais quelques heures avant de traverser la rue pour me rendre chez Edward.

- Bonjour, Bella, dit-il en m'ouvrant la porte.

Je haussai les sourcils. Non seulement il me disait bonjour, mais en prime, il m'appelait Bella.

- Bonjour, Edward. Depuis quand m'appelles-tu Bella ?

- Depuis que tu me tutoies, répliqua-t-il avec un sourire en coin.

- Bien, dis-je en haussant les épaules. Tu étais vraiment la seule personne à m'appeler Isabella.

- Je ne savais pas qu'on t'appelait Bella… Je pensais que c'était juste une lubie de ma sœur, elle a tendance à donner des surnoms ridicules à tout le monde, expliqua-t-il en s'effaçant pour que je puisse rentrer.

- Ridicule ? Sous-entendrais-tu que mon prénom est ridicule ?

- Techniquement ce n'est pas ton prénom… Et non, c'est même plutôt joli… Quoi que Isabella a quelque chose de désuet qui me plait beaucoup.

- Tu veux dire complètement poussiéreux.

Il sourit doucement et je pus voir sur son visage à quel point il tentait de donner le change. Il était anxieux et fatigué.

- Carlie, Bella est là, annonça-t-il en m'ouvrant la porte de la cuisine.

La petite fille était attablée devant plusieurs feuilles de papier et des dizaines de crayons de couleur.

- Salut, Carlie, dis-je en lui adressant un petit signe de la main.

Elle se laissa glisser en bas de sa chaise et vint d'un pas assuré vers moi, j'en fus presque impressionnée.

- Bonjour, Bella, chantonna-t-elle de sa petite voix claire.

Sa main attrapa la mienne et elle m'entraîna vers la table où s'étalaient ses dessins d'enfant.

- Le cœur de ma mamie est malade, alors je vais rester avec toi pendant que papa va voir si son cœur va mieux. Moi, je ne peux pas parce que les enfants ne peuvent pas aller aux soins…

Elle jeta un regard interrogatif à son père.

- Intensifs, souffla-t-il.

- Oui, c'est ça… Les soins insentifs

Je me mordis la joue pour ne pas sourire.

- Mais je lui ai dessiné plein de cœurs… Peut-être qu'elle va en avoir besoin d'un nouveau, expliqua-t-elle en se hissant sur le tabouret où elle était installée quelques secondes plus tôt.

- C'est très gentil de ta part, commentai-je.

Edward glissa ses doigts sur les boucles cuivrées de sa fille et posa un baiser sur son front.

- Bien, j'y vais, alors. Sois sage, évite de faire tourner Bella en bourrique, on risque d'avoir encore besoin d'elle quelques fois, ça serait plutôt cool si elle acceptait de revenir.

- On va bien s'amuser, assura Carlie.

Il sourit.

- Prends ton bain, lave-toi les dents, dodo à vingt heures et pas une, ni deux, ni quinze minutes de plus, mam'zelle. Montre à Bella où se trouvent les choses…

- D'accord, dit-elle en continuant de gribouiller, blasée comme si elle avait déjà entendu ce discours.

- On ne se verra plus d'ici demain matin, tu sais ?

Elle hocha la tête sans lever les yeux de son dessin.

- OK. Je peux faire une croix sur mon bisou…

- Mais noooon, répondit Carlie avant de se jeter à son cou pour poser un baiser humide sur sa mâchoire.

- Alice me relaiera vers vingt heures trente, est-ce que ça ira pour toi, me demanda Edward en reposant sa fille sur le tabouret.

J'hochai la tête.

- Je suis vraiment désolé de…

- Ca ne me dérange pas, le coupai-je.

- OK. J'imagine que tu ne devrais pas avoir de problème, soupira-t-il en se dirigeant vers la porte d'entrée et je le suivis.

Je sentais qu'il avait dû mal à abandonner Carlie et qu'en même temps qu'il brûlait d'être au chevet de sa mère.

- Je vais bien m'en occuper, ne te fais pas de soucis…

- Je te fais confiance, mais j'ai toujours un peu de mal à la quitter. Je crois que c'est mon côté…

- Papa poule ? Non ? Vraiment ? J'avais pas remarqué, le taquinai-je.

- D'accord. Je suis vraiment stupide. Je l'admets.

- Ouste, dis-je en lui ouvrant la porte.

Il sortit et m'adressa un signe de la main. Lorsque je refermai la porte Carlie se tenait juste derrière moi. Je jetai un coup d'œil à ma montre, dix-huit heures. L'heure de penser à manger pour les estomacs d'enfants.

- Tu aimes les crêpes, demandai-je ?

- Oh, ouiiiiii !

OK. C'était déjà un bon point, je n'allais pas si mal m'en tirer.

Lorsqu'Edward rentra quelques heures plus tard, je venais glisser Carlie dans son lit et je m'attaquai au nettoyage des dégâts infligés à la cuisine par la préparation des crêpes.

- Hello, souffla Edward en se laissant tomber sur une chaise.

Je posai les yeux sur lui. Ses traits étaient tiré par la fatigue et son visage était pâle, marqué par l'anxiété. Je devinais que l'état de sa mère ne s'était pas amélioré autant qu'il le souhaitait.

- Coucou, murmurai-je en continuant d'astiquer la cuisinière.

- Je pensais avoir demandé une baby-sitter, pas une femme de ménage…

- Je crois que laisser Carlie mélanger la pâte à crêpe n'était pas la meilleure idée que j'ai eue…

- T'en as même dans les cheveux, sourit-il.

- Hum… Super !

- Laisse tomber tout ça. Je peux le faire.

- J'ai presque fini…

- Ca m'épuise de te voir t'activer de cette manière. Arrête, s'il-te-plait, dit-il sur un ton plus ferme.

J'obéis et je m'assis face à lui. J'étais rompue.

- Ca c'est bien passé ?

- Je suis sur les genoux. Mais hormis ta cuisine, personne n'a souffert.

Un sourire fatigué apparut sur ses lèvres.

- Carlie est super, soufflai-je.

- Il faut tenir le rythme, n'est-ce pas ?

- Mon Dieu, oui. Je t'admire pour ça, dis-je en prenant ma tête dans mes mains.

- Oh. Tu ne l'as pas vue dans ses bons jours…

- J'ai hâte de voir ça, soupirai-je.

Il rit doucement en passant ses mains sur son visage comme pour se réveiller.

- Tu es mort de fatigue.

- Je ne vais pas te contredire.

Je me levai et enfilai ma veste. Il se leva également et me raccompagna jusque sur le seuil.

- Merci pour tout, souffla Edward en s'appuyant contre le chambranle de la porte.

J'haussai les épaules.

- C'est la moindre des choses, non ?

- Pas vraiment, dit-il en baissant les yeux avec un sourire tordu.

Je savais qu'il ne me dirait pas le fond de sa pensée, je n'insistai donc pas.

- Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit…

- En fait…

Il regardait intensivement ses pieds, mal à l'aise.

- Oui ?

- Ca te dérangerait de revenir demain ?

- Oh, euh…

- Je sais pertinemment que j'abuse, mais j'ai promis à Alice de prendre le relai vers dix-huit heures… Je vais trouver une solution pour Carlie… Si tu pouvais juste me dépanner cette fois encore…

- Ta mère n'est jamais seule ?

Il fit non de la tête.

- Ca peut te paraître ridicule, mais elle serait présente si c'était Alice, Rose, Carlie ou moi sur ce lit d'hôpital. Personne ne pourrait la faire bouger et elle nous tiendrait la main jusqu'à ce que nous en soyons sortis au sens propre comme au sens figuré, alors ça me semble juste normal de…

Je souris. Il fronça les sourcils.

- Pourquoi souris-tu ?

- Pour rien…

- Dis-le si tu me trouves débile.

J'hésitai.

- J'ai rarement vu autant de dévouement, répondis-je en rougissant. Je trouve ça très beau.

Et je ne parlais pas que de sa mère en cet instant, je pensais aussi à la manière dont il se dévouait à sa fille et à sa sœur. Je ne comprenais plus ce qui m'avait amenée à penser que ce mec était égocentrique, il faisait passer tant de chose avant lui.

Edward ne répondit rien, il baissa juste les yeux en enfonçant ses mains dans ses poches.

- Je viendrai avec plaisir.

- Merci.

- Et… Ne cherches pas quelqu'un d'autre pour s'occuper de Carlie… J'ai l'impression que ça marche plutôt bien entre elle et moi… Je viendrai le temps qu'il faudra…

- Vraiment ?

Il semblait dubitatif.

- Vraiment.

- Je ne sais pas comment te remercier…

J'haussai les épaules, il avait toujours les yeux rivés sur le bout de ses chaussures.

- Hé bien… Bonsoir…

- A demain ?

- Même heure ?

- Ca semble parfait.

Je lui fis un dernier signe de la main avant de rentrer chez moi. J'avais hâte d'être à demain.

Fin du chapitre VIII