CHAPITRE XIII
Recoller les morceaux
*
Le son des clapotis de la pluie qui frappaient durement ma vitre et celui de mon crayon grattant le papier de mauvaise qualité du cahier m'apaisaient. Des bruits banals qui avaient résonné dans cette chambre bien avant le début de cette histoire et qui simulaient un retour en arrière, un flash back, comme si rien de tout ce que j'avais vécu avec Edward Cullen n'était jamais arrivé.
Faire comme si rien ne s'était passé, voilà la devise que j'avais choisie et la discipline que je m'étais imposée depuis plus d'une semaine.
Et quand bien même, j'aurais voulu une épaule pour pleurer, il n'y en aurait pas eue. J'avais bien pensé me confesser à Angela, lui révéler ce que j'avais tant pris soin de lui cacher pendant plusieurs semaines. Néanmoins, imaginer le regard qu'elle poserait sur moi une fois que je lui aurais avoué la relation malsaine dans laquelle je m'étais enlisée et la peine que j'éprouvais à la voir brisée avait réduit mes moindres tentatives d'aveux à néant.
Angela ne comprendrait pas. Qui comprendrait d'ailleurs ce que j'avais vécu, ce que je ressentais, à quel point je me sentais humiliée ? Il n'y aurait que des bouches pour me dire « à quoi t'attendais-tu » ou « je t'avais prévenu ».
La honte, Dieu, la honte dans son regard. J'aurais pu tout supporter, mais pas ça. Pas cette expression dans ses yeux qui disait « mais qu'ai-je fait avec toi ? », pas après m'être donnée comme je m'étais donnée, ni dévouée comme je m'étais dévouée.
Edward Cullen était un nom que je ne connaissais plus, un homme dont j'ignorais tout, plus qu'une vague connaissance qui ne valait pas la peine qu'on s'intéresse à elle. Il était passé un bref instant dans ma vie pour ne plus jamais y revenir, foi de Bella Swan.
Des pneus crissèrent sur le gravier devant la maison me tirant de mes réflexions, je posais mon crayon et refermai mon cahier pour m'apprêter à accueillir les invités tant attendus par mon père. Ce dernier me rappelait déjà à l'ordre du bas des escaliers :
- Bella ! Jacob et Sue viennent d'arriver, dépêche-toi s'il te plait !
- J'arrive, grognai-je en quittant ma chambre.
Ce soir avaient lieu les présentations tant attendues entre Jacob, le fils de Sue, et moi-même, chose à laquelle mon père semblait tenir par-dessus tout pour une raison qui me laissait encore perplexe.
Un grand jeune homme dont les cheveux noirs de jais et la peau mate faisaient ressortir son sourire d'une blancheur éclatante m'attendait patiemment aux côtés de sa mère dans le hall d'entrée.
Il me tendit la main, je trouvais le geste un peu solennel, mais nous ne nous connaissions pas après tout. J'y répondis en glissant ma menotte dans sa grande paluche d'ours. Il me serra la main brièvement avant de la relâcher, m'offrant au passage un de ses sourires éblouissants.
- Bella, Jacob. Jacob, Bella, dit mon père soucieux de faire les présentations dans les formes.
- On s'est déjà rencontré, je crois…
- Vraiment, dis-je en haussant les sourcils.
- Oui… Peut-être une ou deux fois… N'aurais-tu pas été la petite amie d'un certain Mike Newton par hasard ? Tu sais… Le fils du gérant de la boutique de matériel sportif…
Je m'empourprais légèrement en mon père leva les yeux au ciel avec un soupire d'agacement.
- On en est déjà à parler des passages embarrassants de nos vies ? Je pensais qu'on garderait ça pour le moment où Charlie ne pourrait plus se retenir de sortir les vieux albums photos où je pose nue…
Mon ton avais été plus sec que je ne l'avais voulu, il éclata cependant de rire.
- C'est donc vrai… Il me semblait bien t'avoir aperçue quelques fois dans le magasin…
- Hum… J'y ai passé pas mal de temps à une certaine époque…
Surtout dans l'arrière boutique lorsque les parents de Mike lui confiaient le magasin lors de leur samedi mensuel en amoureux.
- Une erreur de jeunesse, dirons-nous, ajoutai-je soucieuse de clore le chapitre « Mike Newton ex de Bella Swan ».
Jacob sourit d'une manière entendue et mon père invita tout le monde à passer au salon. La conversation s'engagea naturellement et la soirée commença à me sembler moins ennuyeuse que ce qu'elle avait promis d'être. Jacob se relevait être un garçon parfois immature par certains aspects de sa personnalité, mais néanmoins drôle et intéressant.
- Alors tu as un petit ami, me demanda-t-il une fois que Sue et mon père eurent quitté le salon pour préparer le dîner.
Je haussai les sourcils devant une question si directe.
- En quoi ça t'intéresse ?
Il haussa les épaules.
- A titre purement informatif… Ton père m'a demandé de te présenter à la bande de la Push à l'occasion… Parait que tu restes trop cloîtrée entre tes murs… C'était juste pour savoir si je devais te présenter comme un cœur potentiellement à prendre.
- Il n'a pas osé !
- Je pense que ça a été une de ses premières requêtes…
- Carrément… Hé bien, désolée de te priver de l'honneur de présenter un beau morceau de viande à tes petits camarades, mais je ne suis pas potentiellement un cœur à prendre…
- J'aurai dû m'en douter … Qui est donc l'heureux chanceux ?
- Personne…
Jacob fronça les sourcils dans une expression interrogatrice.
- Je sors… d'une histoire… compliquée… C'est tout frais, alors…
Il afficha un grand sourire.
- Cœur à prendre, donc.
- Mais, non…
J'allais expliciter une nouvelle fois ma situation dans des termes plus clairs quand la sonnette de la porte d'entrée retentit.
Mon père se chargea d'aller ouvrit et mon sang se glaça quand je reconnus la voix de son interlocuteur.
- … oh… Je ne pensais pas interrompre un repas de famille ou quoi que se soit de ce genre…
- Ne soyez pas ridicule, Edward !
- Je repasserai plus tard…
- Allons, vous êtes le bienvenu… Vous désiriez parler à Bella ?
- En quelques sortes…
- Entrez !
- Non… Excusez-moi, je reviendrai…
- Hé bien, je l'appelle puisque cela vous gêne tant d'entrer… Bella, une visite pour toi…
Je me levai du canapé avec des pieds de plomb et le cœur lourd. J'inspirai profondément avant de passer dans le hall d'entrée et j'attendis jusqu'à la dernière minute pour lever les yeux vers Edward. Mon père le masquait à moitié, mais je le voyais distinctement, planté sur le pas de la porte, me fixant par-dessus l'épaule de Charlie.
Ses deux prunelles émeraude étaient plantées dans les miennes et ce qu'elles me disaient me mettaient hors de moi. Comment osait-il se présenter ici ? Avec ce regard en prime ? Comme pouvait-il me regarder d'une manière si suppliante.
- Isabella…
Sa voix était douce, presque tendre, bien loin des intonations froides et dures qu'il pouvait employer.
- Edward, le saluai-je d'un ton plus sec.
Le regard de mon père allait d'Edward à moi comme s'il assistait à un match de tennis. Charlie fronça les sourcils d'une manière perplexe devant la colère froide qu'exprimait mon visage, et la peine mal dissimulée dessinée sur celui d'Edward.
- Charlie ? Où caches-tu donc le sel dans cette cuisine, héla Sue.
- J'arrive, répondit mon père en me laissant seule avec Edward.
Durant plusieurs secondes nous ne fîmes que nous toiser, ou plutôt, je le toisais et il me lançait ce regard lourd de remords qui me laminait le cœur.
Je finis par passer le seuil en prenant soin de fermer la porte derrière moi.
- Que fais-tu ici, chuchotai-je sèchement.
Il poussa un long soupire tout en ferment les yeux et en se pinçant l'arrête du nez comme quand il était excédé par une situation.
- A vrai dire, je n'en sais rien…
Il rouvrit les yeux et se passa une main sur le visage.
- Pourquoi es-tu venu ?
- Je n'ai aucune nouvelle de toi depuis presque une semaine…Tu es partie si vite…
- Et ?
- Tu… Tu me manques…
J'éclatais d'un petit rire cynique.
- Je ne pensais jamais entendre ça dans ta bouche…
- Bella…
Ses épaules s'affaissèrent et il me sembla plus triste et plus démoli que je ne l'avais vu auparavant malgré la dureté des épreuves qu'il avait traversées. Mon cœur se serra fort dans ma poitrine et mon rire mourut dans ma gorge. Il souffrait autant que moi.
- Nous n'avons plus rien à faire ensemble, Edward. On a fait une erreur… On le savait dès le départ que ça ne pouvait pas fonctionner entre nous… Il y a trop de…
Je fis un geste vague de la main pour exprimer l'ensemble des choses qui nous séparaient.
- Je n'en ai que faire…
- Edward… Ne sois pas stupide… Tu as trop à perdre… Le jeu n'en vaut pas la chandelle…
- Je l'ai crû, mais chaque jour qui passe me démontre le contraire.
- Edward… Ta sœur nous a surpris… Cela se reproduira forcement… Et je ne serais ni capable de gérer encore une telle situation, ni de lire de nouveau ce sentiment de honte dans tes yeux…
- De quoi parles-tu, chuchota-t-il perplexe.
- Tu as eu honte de moi, de ce qui se passait entre nous…
- Non ! Bella, non ! Jamais…
Il secoua la tête et soupira.
- Regarde-toi, Bella. Tu es intelligente, drôle, douée, sincère, belle… Ce n'est pas de toi dont j'ai eu honte… Dieu, Bella, quel homme ne rêverait pas d'avoir une jeune femme comme toi pendue à son bras ? Qui pourrait avoir honte de ce que tu es ? Un imbécile, assurément. C'est de moi dont j'ai eu honte, j'ai eu honte d'être l'homme qui te plaçais dans une telle situation et qui n'a même pas eu assez de courage pour avouer ce que tu représentais réellement à ses yeux…
Je restais bouchée bée durant quelques secondes avant de répliquer :
- Et que suis-je donc à tes yeux, Edward ? Juste une fille que tu baises ou plus ? Tu t'intéresse à peine à moi, à ma vie, à ce que j'aime ou pas, tu ne me parles jamais de toi, tu ne te confies pas à moi ou si peu, tu ne veux pas me parler de ton passé, tu m'as dit à peine quelques mots de ta famille… Alors que suis-je ?
Il ne répondit pas. Je soupirais en tournant les talons pour rentrer dans la maison, mais il m'attrapa par le bras me plaquant contre son torse.
- Tu es tellement plus qu'une fille qu'on baise, Isabella. Si tu savais à quel point tu es plus. Si, j'avais cru que tu pourrais…
Il éclata d'un petit rire désabusé avant de continuer à chuchoter dans mon oreille :
- Je suis tellement conscient de m'y être mal pris avec toi, de t'avoir fait du mal, de t'avoir blessée peut-être même plus que je ne l'imagine… J'ai été si maladroit, si dur… J'ai eu parfois un comportement inadmissible envers toi, mais tu m'as tendu la main à chaque fois où j'ai eu besoin de toi, et c'est peut-être ça que j'estime le plus chez toi… Ce n'est ni le lieu, ni le moment pour te dire tout ce que j'éprouve pour toi mais… Laisse-moi juste une autre chance… Juste une occasion de me racheter…
- Tu as déjà eu plusieurs chances…
- Une de plus, une dernière, alors… Je t'en supplie…
Il me retourna pour que je lui fasse face et toute la sincérité que ses yeux exprimaient me noua l'estomac.
- Bien… J'imagine que… C'est d'accord, cédai-je.
Un sourire magnifique comme je lui en avais rarement vu illumina son visage et il posa rapidement sa bouche au coin de mes lèvres avant de me glisser un petit bout de papier dans la main.
- Sois là, je t'en prie, Bella, sois-là.
Il posa un baiser rapide sur mon front avant de tourner les talons, de descendre les marches du perron comme mon père ouvrait la porte.
- Bella ! Nous passons à table !
- Oh, j'arrive, dis-je encore un peu hébétée par ce qu'il venait de se passer.
Je le suivis à l'intérieur de la maison tout en serrant très fort le petit morceau de papier dans ma main. J'avais les yeux légèrement rouges et je pris quelques secondes pour me ressaisir avant de m'installer à table face à Jacob.
- Que voulait-il, demanda mon père tout en faisant le service.
Je venais juste de déplier le petit mot d'Edward sous la table.
- Oh, juste savoir si je pouvais garder Carlie demain après-midi.
- Ah, très bien.
- Hum… Oui…
- Un peu de vin, Sue ?
Je perdis le fil de la conversation tandis que mes yeux relisaient sans cesse le petit mot callé dans ma paume.
Une adresse était griffonnée d'une écriture rapide sous laquelle ces mots étaient inscrits :
14H30. Sois-là, je t'en prie…
Je t'aime,
E.
Fin du chapitre XIII
Je viens de rentrer d'un mois de camp, ce qui explique l'absence, je vous poste vite ce chapitre je viens juste de le terminer, j'ai eu peu de temps pour écrire.
Merci de vous être inquiétés et d'avoir été si fidèles, il n'y avait aucun problème j'étais juste loin d'un PC et d'une connexion… Les quinze prochains jours seront encore très chargés pour moi, mais je vais essayer de publier régulièrement.
Merci pour toutes vos reviews, ma boîte mail en était remplie…
SHEZ
Alors ce chapitre ?
