CHAPITRE XIV
S'aimer ? – Partie 1
*
Complètement fébrile, je garai ma Chevrolet sur le parking d'un antique café-restaurant au bord de la nationale qui menait à Seattle.
Je sortis du fond de ma poche le petit papier chiffonné où Edward avait inscrit l'adresse de notre rendez-vous et je lui jetai un regard septique. Je n'avais pas imaginé qu'il tiendrait à ce que nous nous rencontrions dans un endroit aussi miteux.
Je poussai un long soupire. Devais-je entrer ? Je ne voyais pas la Volvo d'Edward sur le parking, et je n'avais franchement pas envie de me retrouver seule dans ce genre d'endroit. Un rapide coup d'œil à ma montre m'indiqua que j'étais déjà en retard. Je relus rapidement le petit mot d'Edward. Je pris mon temps pour graver son « je t'aime » dans mon esprit afin de me donner du courage avant de descendre de ma voiture et de pénétrer à l'intérieur du restaurant.
Lorsque je poussai la porte, l'odeur de tabac froid et de café ainsi que le sourire édenté de la tenancière me firent grimacer. Je parcourus rapidement la salle minuscule du regard et je notai, sans surprise, qu'Edward ne m'y attendait pas.
Je me laissai tomber sur une des banquettes usées en similicuir vert pastel, et guettai avec impatience l'arrivée d'Edward au travers des dentelles jaunies qui garnissaient la fenêtre.
Douze voitures dont quatre de couleur noire, deux de couleur blanche, une de couleur rouge et cinq de couleur grise passèrent sur la nationale avant que la serveuse ne vint prendre ma commande.
- Qu'est-ce que je vous sers, ma jolie ?
- Euh, un café, ça me semble bien…
Elle griffonna ma commande sur son carnet. Puis, elle me regarda en me souriant de toute sa bouche édentée et dit :
- C'est votre chéri que vous guettez comme ça ?
- Oui… Quelque chose dans ce genre là, marmonnai-je en reportant mon attention sur le parking.
- Ah, ça… C'est jamais bon, conclut-elle en retournant vers le comptoir.
- A qui le dis-tu, soufflai-je tout bas.
Je commençai réellement à m'impatienter dix minutes plus tard, quand les regards que me lançait un ivrogne qui aurait pu être mon père devinrent trop insistants. J'attrapai mon portable dans mon sac et commençai à taper un message un peu vif à l'attention d'Edward lorsqu'une superbe BMW M3 décapotée malgré le temps couvert déboula sur le parking et pila net sur un emplacement.
Ma mâchoire en tomba presque de voir Edward en descendre, beau comme un dieu dans sa veste en cuir, réajustant nonchalamment ses Ray Ban – parfaitement inutiles- sur son nez. Le papa rangé – s'il l'avait jamais été – de la petite Carlie Cullen était bien loin. A cet instant, il avait tout d'un tombeur.
- Non… Mais, je rêve, marmonnai-je au bord du fou-rire, mais pourtant subjuguée par son charme dément.
Il entra dans le café, parfaitement décontracté, tout en me cherchant du regard. Son habituel petit sourire tordu se dessina sur ses lèvres quand il m'aperçu. Il rangea ses lunettes de soleil dans sa poche avant de me rejoindre.
- Salut, dit-il en se laissant tomber en face de moi.
- Hello, répondis-je sans pouvoir m'empêcher de sourire.
- Désolé pour le retard, s'excusa-t-il.
Je pris le temps de terminer mon café avant de lui répondre.
- J'ai bien cru que t'allais me laisser moisir ici…
- Absolument aucun risque, affirma-t-il avec conviction. Tu es prête à partir, me demanda-t-il ensuite en déposant l'argent de ma consommation sur la table.
Il se leva et je fronçai les sourcils.
- On s'en va déjà ?
- Je t'ai à moi seul durant un après-midi, tu ne crois tout de même pas que nous allons croupir ici ?
Je me levai à mon tour et répondis avec un petit sourire cynique:
- J'ai vu plus romantique pour un premier rendez-vous, mais comme ce n'est pas vraiment ton genre de taper dans le romantisme, si, je l'ai cru.
Il me fit un sourire contrit.
- OK. Ca c'est mérité…
- Et… Tu sauras que je suis une grande fille… Malgré les apparences, ajoutai-je en repoussant sa monnaie pour poser un billet sur la table.
Il remit la monnaie au centre de la table, passa son bras autour de mes épaules et glissa mon billet dans la poche de ma veste, après quoi, il m'entraina vers la sortie.
- Mais, je n'en ai jamais douté, me chuchota-t-il au creux de l'oreille.
Il me cala plus fort contre son corps et me vola un baiser langoureux au passage avant de me mener vers la voiture.
- On laisse ton antiquité ici, je te redéposerai tout à l'heure… Je trouvais ça plus discret de se retrouver ici… Surtout avec cet engin, expliqua-t-il en désignant la BMW.
Il m'ouvrit la portière et je haussai les sourcils.
- C'est destiné à te faire gagner des points la serial-lover attitude ?
- Est-ce que tu vas m'en accorder plus si je réponds oui ?
- Ne rêves pas trop, répliquai-je en m'installant dans la décapotable.
Il éclata de rire et pris place derrière le volant.
- Si tu parles de la voiture, c'est celle de ma sœur. Elle voulait emmener Carlie au zoo à Olympic, et comme tu l'auras remarqué, on met difficilement un siège enfant dans ce genre de modèle. On a échangé nos voitures pour l'après-midi. Par contre, si tu parles du fait de t'ouvrir la portière, ça vient de ma parfaite éducation de gentleman…
- Vraiment ? Qui l'eut cru, commentai-je, sarcastique.
- D'accord… Je pense que celle-là, je l'ai également méritée, répondit-il en faisant une grimace adorale. Il va y en avoir beaucoup d'autres ?
- Plus que tu ne le penses…
- Je serais patient alors, soupira-t-il en faisant demi-tour avant de lancer la BMW à pleine vitesse sur le voie rapide.
- Rosalie sait que je suis avec toi, alors…
Il grimaça de nouveau.
- Pas exactement…
- Précise.
Il soupira.
- Rosalie est loin d'être dupe… Et elle ne voit pas tout ça d'un très bon œil…
- Quoi ? Aurait-elle donc compris ce qui s'est déroulé dans ta cuisine quelques minutes à peine avant qu'elle y débarque ? Quelle perspicacité…
- Bella, le sarcasme te vas à ravir, mais je n'aime pas quand tu es si amère, répondit sérieusement Edward.
- Excuse-moi…
Il se pinça l'arrête du nez comme à chaque fois qu'il était mal à l'aise ou contrarié et je paniquai un peu qu'il n'ait pas ses deux mains posées sur le volant alors qu'il conduisait à une si grande vitesse. Je me tus, néanmoins, car je ne voulais pas l'interrompre.
- Oui, elle a compris… Evidemment… La scène qu'elle m'a fait se résume par « tu as de la chance que Jasper soit en Irak, que maman soit si mal en point et que je n'ai pas de temps à perdre avec tes propres âneries sinon je te botterai l'arrière-train ». Ensuite elle a ajouté : « arrête tes conneries ».
- Ouch…
- Ce n'est pas si terrible connaissant Rose…
Je lui fis un petit sourire désolé et il m'en rendit un rayonnant.
- Ca n'est pas important… Je ne veux pas m'inquiéter de tout ça aujourd'hui… Je suis là avec toi et c'est simplement fantastique à mes yeux, donc, j'ai décidé d'oublier ma famille jusqu'à ce soir et de ne penser qu'à toi.
Je ris doucement, légèrement gênée.
- Pourquoi ris-tu ?
J'haussai les épaules.
- Tu es rarement… Non, jamais, si… Expansif ?
Un demi-sourire se dessina sur sa bouche.
- Disons que j'ai eu une longue semaine pour réfléchir à toutes les erreurs que j'ai commises avec toi… Je n'ai pas de raison de te cacher mes sentiments, même s'ils peuvent paraître déplacés… C'est comme ça et je n'y peux rien… Je n'avais pas de raison de te traiter comme je l'ai fait... C'était juste plus facile de nier tout ça, d'essayer de me persuader qu'il n'y avait…
Il se tut.
- Que du sexe ?
- Oui…
Il réduisit un peu ça vitesse et chercha ma main du bout des doigts. Lorsqu'il l'eut trouvé il la porta à ses lèvres avant de la reposer sur ma cuisse, la couvrant de la sienne.
- Pardonne-moi pour mon attitude, Bella.
J'hochai doucement la tête pour lui faire comprendre que j'étais prête à oublier.
- Où m'emmènes-tu, demandai-je pour relancer la conversation sur un sujet moins mélodramatique.
- Tu verras… Nous allons peut-être essayer de faire quelque chose de romantique pour un premier rendez-vous, qu'en dis-tu ?
- OK. Mais pas trop… Ca ne te ressemblerait plus, sinon, le taquinai-je.
Il rit et ce son me parut le plus beau que je n'eus jamais entendu.
- Je me serais habillée si j'avais su que nous sortions, dis-je en regardant mon vieux jean éliminé aux genoux et ma paire de converses un peu passées. Seuls mon chandail à col en V bleu marine et ma petite veste en cuir me donnait un côté un peu féminin.
J'allais avoir l'air ridicule au bras d'Edward qui ressemblait à un mannequin même au saut du lit. Il me jaugea d'un regard satisfait avant de se pencher légèrement vers moi pour me chuchoter de sa voix suave:
- C'est vrai que je t'ai connu des tenues bien plus jolies, mais elles seraient assurément trop indécentes pour l'endroit où nous allons.
Je rougis furieusement et son sourire s'agrandit.
- Tu es superbe, ne t'inquiète pas, ajouta-t-il.
Il appuya sur le bouton play de l'autoradio et les amplis se mirent à hurler Young Folks de Peter, Bjorn and John. Nous nous mîmes à chanter à tue-tête comme deux enfants, tandis qu'il lançait la voiture toujours plus vite en direction de Seattle.
Fin de la partie 1
Voilà chapitre coupé en deux pour cette fois, histoire de ne pas trop vous faire attendre… J'espère que ça vous plaira, dites-moi ce que vous en pensez vos avis m'intéresse toujours…
Pour FSC, non, je n'abandonne pas… J'ai même écrit… Mais j'ai besoin de temps et de tranquillité… Ce que je n'ai absolument pas pour l'instant.
Pour ceux qui ont demandé, oui, les camps se sont hyper bien passés, je suis enchantée. Ca m'a vraiment fait beaucoup de bien de m'oublier un peu et de me retrouver avec des bons amis et entourée des enfants.
Un grand merci à vous tous.
Review ?
