L'Appel du Phénix
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Après avoir quitté Poudlard, Drago décide d'achever ce que son directeur avait commencé avant lui. Traqué, il n'a d'autre choix que de fuir sa terre natale, emportant avec lui un gage d'éternité. La mort dans l'âme, Hermione se lance à sa recherche.
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Tout appartient à JKR
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Chapitre 26 : Le Paradis Perdu
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Le jeune homme se tenait debout dans la lumière du crépuscule. À travers ses lunettes rondes, ses yeux verts fixaient avec intensité le ciel, par-delà les maisons de son quartier.
Le temps était clair, et la chaleur était écrasante.
Au bout d'un moment, il s'arracha à sa contemplation, et alla s'allonger sur son lit. Cela faisait plusieurs jours qu'il attendait Hedwige, mais visiblement son harfang des neiges n'allait pas revenir ce soir. Il regarda d'un œil morne la pile de journaux qui s'entassaient sur sa table de chevet, puis s'empara du nouveau numéro du Wizard Times. Il ne fut pas surpris le moins du monde en constatant que le sujet qui occupait la première page était le même que celui qui était ressassé depuis le début du mois par tous les médias sorciers de Grande-Bretagne et d'Irlande.
The Wizard Times
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Tragédie à Poudlard : Conclusion provisoire de la commission d'enquête du département de la justice magique.
Les enquêteurs du Ministère chargés de résoudre la dramatique affaire de Poudlard sont enfin arrivés à une conclusion provisoire. Le résultat de l'enquête est cependant loin d'être définitif, et l'affaire pourrait prendre encore plusieurs semaines avant d'être entièrement résolue.
Quoi qu'il en soit, les responsables du dossier ont apporté plusieurs preuves appuyant la culpabilité de plusieurs élèves étudiant au sein de l'école Poudlard.
Leur identité ne sera pas révélée par souci de bon déroulement de l'enquête.
La conclusion de la commission d'enquête est pour l'heure la suivante : Un groupuscule d'étudiants aurait délibérément déclenché un incendie au sein de leur établissement, et se serait rendu coupable de meurtres, ainsi que d'une sévère dégradation de matériel.
Il est donc impératif pour les enquêteurs de la brigade de la police magique de retrouver les suspects, afin de les interroger pour connaître les motifs d'une telle débauche de violence.
Le Ministère fait actuellement circuler plusieurs mandats d'arrêt.
Quiconque connaît le lieu où se trouve un des suspects se voit donc prier d'en informer les enquêteurs. Nous précisons que toute aide pour cacher les suspects, ou faciliter leur évasion à l'étranger peut être sévèrement sanctionné, pour complicité avec des individus appartenant à une association de malfaiteurs.
Harry replia le journal, puis le jeta négligemment en haut de la pile.
Il s'empara du nouveau numéro de l'autre grand journal, La Gazette. Cela faisait pas mal de temps qu'il se méfiait de ce journal. A son goût, celui-ci était trop proche des hautes sphères du pouvoir. Néanmoins, il continuait de le lire, parce qu'il informait très bien sur l'actualité. Toutefois, la pertinence de ses analyses laissait à désirer.
La Gazette du Sorcier
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Poudlard va-t-il fermer ses portes ?
À la suite de l'horrible drame qui a secoué le monde entier de la sorcellerie, le ministre de la Magie de Grande-Bretagne a déclaré l'état d'urgence. Tout le pays est en alerte rouge. Les perquisitions et les arrestations se succèdent. Les procès, les mandats d'arrêt, les surveillances, se multiplient. Mais quid de l'une des plus prestigieuses écoles de magie d'Europe ?
Car, si les coupables ont été clairement identifiés, et s'ils sont activement recherchés, leurs crimes n'en restent pas moins irréparables.
On peut donc se poser la question : que va devenir Poudlard après cette tragédie ? Mais surtout : Poudlard va-t-il fermer ses portes pour toujours ?
Cette institution d'excellence, cette école qui existe depuis plus de mille ans, assistons-nous-en ce moment-même à sa fin ?
L'annonce du décès d'Albus Dumbledore au lendemain du drame n'a fait que raffermir le sentiment que Poudlard arrive à son terme.
Dumbledore, qui durant plus de quarante ans a toujours réussi à protéger l'école contre les menaces extérieures et intérieures, s'est éteint dans la nuit du 25 au 26 juin, quatre jours avant le drame.
Du drame en question, nous vous rappelons qu'i ce jour deux victimes : Rubeus Hagrid, et Severus Rogue. Ce dernier, selon plusieurs témoins oculaires, aurait été expulsé du haut de la tour d'astronomie, et serait tombé dans le brasier. Cependant, son corps n'a jamais été retrouvé sur les lieux de la catastrophe, au contraire de celui du garde-chasse de l'école.
Harry replia le journal, et le jeta aussi en haut de la pile.
Il se déshabilla, enleva ses lunettes, et alla se brosser les dents dans la salle de bains. Tandis qu'il se regardait dans la glace, il eut la certitude que l'école de sorcellerie ne rouvrirait pas à la rentrée. Ce serait encourager l'insécurité que de faire une chose pareille.
Certes, le château en lui-même n'avait reçu aucune dégradation, mais ça ne signifiait rien. La jeune bande de terroristes aurait été parfaitement capables de mettre le feu au sein des dortoirs et des couloirs.
Secoué par une vague de tristesse, il agrippa les rebords du lavabo et laissa les larmes couler librement sur ses joues. Il avait été anéanti lorsqu'il avait appris que Dumbledore était mort. Lui que tout le monde pensait immortel, lui le symbole de la résistance au Lord Noir, lui le porte-étendard des libertés, était mort.
Une fois qu'il eut fini sa toilette, il retourna dans sa chambre.
Le soleil s'était déjà entièrement couché, et il observa les lampadaires s'allumer les uns après les autres dans la rue. Il tira les rideaux puis partit se glisser sous les draps.
Depuis cette nuit dramatique, il n'avait revu qu'une seule fois Pansy : dans le Poudlard Express, le lendemain. Ils s'étaient quittés sur un baiser à la gare de King's Cross, il y avait dix jours de cela. Elle lui manquait tellement...
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Harry était en train de s'endormir, lorsque de brusques coups frappés contre la vitre de sa fenêtre le réveillèrent. Marmonnant des injures, il se leva de mauvaise grâce, et tira un pan de rideau pour voir ce qui pouvait bien faire autant de tapage.
– Ah, Hedwige, c'est toi ! tu n'es pas obligée de taper aussi fort, tu sais ? dit-il en ouvrant la fenêtre pour que sa chouette puisse rentrer à l'intérieur de la chambre.
Il lui donna un peu d'eau à boire, et des graines à manger, tandis qu'elle lui tendait sa patte pour qu'il puisse se saisir du courrier qu'elle amenait pour lui.
– Tu es une brave chouette ! dit-il en la caressant. Tu m'as ramené ce que je t'avais demandé ?
Harry avait prié Hedwige de revenir vers lui lorsque Hermione lui aurait envoyé une lettre. Tous les deux s'étaient mis d'accord pour qu'elle aille chez Harry une fois qu'elle aurait ses résultats d'ASPIC. Harry s'empara de la lettre, mais il vit qu'il y avait autre chose pour lui. Une enveloppe cachetée du sceau du Ministère, et un parchemin de grande qualité sur lequel était apposé son nom en lettres capitales.
Il laissa Hedwige repartir pour sa chasse nocturne, puis s'assit sur son lit et tria son courrier. Ce soir, il n'allait lire que la lettre d'Hermione. Le reste pouvait attendre jusqu'à demain.
Un grand sourire éclaira son visage lorsqu'il lut la lettre. Hermione avait reçu ses résultats d'examens. Elle les avait réussis, et elle lui disait combien elle se sentait heureuse d'avoir enfin une bonne nouvelle à raconter. Elle viendrait chez lui le surlendemain, si tout se passait bien.
Harry reposa la lettre sur sa table de chevet, satisfait d'avoir une réponse de son amie. Mais du coup, si elle avait reçu ses notes aux examens...
Son regard se porta sur l'enveloppe cachetée du sceau ministériel. C'était un document officiel. Saisit d'une rare excitation, il déchira l'enveloppe et regarda ce qu'il y avait à l'intérieur.
Monsieur Harry James Potter
Né le 31 juillet 1980
4 Privet Drive, Little Whinging, Surrey
Voici le relevé de vos résultats aux examens d'Accumulation de Sorcellerie Particulièrement Intensive et Contraignante (ASPIC) :
Métamorphose : Acceptable 80 points
Potions : Effort Exceptionnel 100 points
Histoire de la Magie : Piètre 50 points
Astronomie : Acceptable 80 points
Sortilèges : Acceptable 80 points
Arithmancie : Piètre 50 points
Défense CFM : Optimal 120 points
Botanique : Effort Exceptionnel 100 points
Divination : Désolant 30 points
Total : 690 points.
Vous êtes admis à votre diplôme d'ASPIC conformément au procès-verbal de l'examen.
Harry faillit sauter au plafond tellement il était heureux. Mais à la dernière seconde, il se rappela qu'il ne devait pas faire trop de bruit, car les Dursley dormaient. Très satisfait, il posa le document sur sa table de chevet aux côtés de la lettre d'Hermione. Il se coucha pour de bon sous les draps, éteignit les lumières, et ferma les yeux. Il allait pouvoir dormir sur ses deux oreilles.
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Le lendemain, Harry se réveilla fort tard. Il faisait aussi chaud et aussi beau que les jours précédents, ce qui ne fit qu'asseoir sa bonne humeur. Depuis qu'il avait reçu ses résultats d'ASPIC, il se sentait revivre. Désormais, il allait pouvoir se présenter au Ministère avec son diplôme, et auditionner pour entrer à l'Académie des Aurors, une sous-section du bureau des Aurors qui permettait aux jeunes de son âge de suivre une formation de sept ans, avant de faire partie de l'élite.
Harry enfila un T-shirt noir, un bermuda blanc, et mit ses vieilles converses noires aux pieds, avant de descendre les escaliers pour aller petit-déjeuner. Il salua Dudley d'un signe de tête, puis prit ce dont il avait besoin dans le frigidaire, avant de s'installer à ses côtés dans le canapé du salon.
– Tu sais Dud, j'ai reçu les résultats de mes examens. Et j'ai obtenu mon diplôme ! tu te rends compte ?
Dudley décolla ses yeux de la télévision pour observer son cousin d'un œil inquiet. Il ouvrit la bouche pour lui répondre, mais sa mère prit la parole à sa place.
– Qu'est-ce que tu racontes comme sottises ? tais-toi donc ! Soit déjà content que Dudley t'autorise à venir t'asseoir à côté de lui ! et soit content aussi que nous ne t'ayons pas déjà fichu dehors ! tu es majeur maintenant, que je sache !
Son mari, qui était dans le jardin derrière la maison, fit entendre son approbation par un grognement. Harry avait envie d'éclater de rire devant cet énervement injustifié. Les Dursley ne l'effrayait plus depuis bien longtemps.
– Comme vous venez si bien de le dire, je suis majeur. Donc je fais ce qui me plaît. Si j'ai envie d'être à côté de mon cousin et de lui parler, je le fais, que ça vous plaise ou non. Et vous n'allez pas me mettre à la porte comme ça, sinon je pourrais vous attirer pas mal d'ennuis.
Pétunia Dursley allait répliquer vertement, mais Dudley fit claquer sa langue, et fit signe à sa mère de se taire. Il fixait les poches du bermuda de Harry, s'attendant à chaque seconde à ce qu'il en sorte sa baguette.
– C'est quoi ton diplôme ? demanda-t-il finalement en le fixant de ses petits yeux enfoncés dans les orbites.
– C'est l'équivalent du A-Level. D'ailleurs, est-ce que tu as réussi tes examens, toi ?
Dudley regarda sa mère, mais celle-ci ne se préoccupait plus d'eux. Il fixa à nouveau son cousin.
– Non, je les ais ratés.
Il se concentra de nouveau sur l'émission qu'il regardait, tandis que Harry ne pouvait s'empêcher de le regarder avec pitié. Si Dudley n'avait pas été autant choyé durant toute son enfance et son adolescence, peut-être aurait-il été un bourreau du travail. Mais voilà, il préférait largement le loisir. Et c'était bien plus un loisir abêtissant que cultivant.
Une fois qu'il eut fini son petit-déjeuner, Harry remonta dans sa chambre. Il tourna comme un lion en cage dans la pièce, attendant avec impatience la venue de son amie.
Soudain, au plus profond de l'ennui, son œil se posa par hasard sur le seul courrier qu'il n'avait pas ouvert. Le parchemin.
Il hésita à le déplier, observant d'un air soucieux son nom inscrit en lettres capitales. Puis il vit les initiales écrites en dessous de son nom : A.D. Il tenait entre ses mains une lettre de son directeur défunt. Les mains tremblantes, il déplia le parchemin. Il pressentit que ce qu'il allait lire ne serait pas très réjouissant.
Il lut pendant longtemps. Dumbledore évoquait tout un tas de choses dans sa lettre. Cela parlait surtout d'une antique prophétie, et d'un ancien trésor nommé le Graal.
Au bout d'un moment, il reposa le parchemin sur son lit, puis il regarda la rue par la fenêtre de sa chambre.
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Ce fut le jour suivant, en début d'après-midi, qu'Hermione arriva à Privet Drive. Harry sut immédiatement qu'il s'agissait d'elle, dès l'instant où il entendit la sonnerie de la porte d'entrée. Il était occupé à arroser les plantes de sa tante au fond du jardin, mais il s'arrêta aussitôt dans sa tâche pour aller ouvrir.
Dudley était encore assis devant l'écran plat du salon, un milkshake dans une main, une glace au chocolat dans l'autre. Quant à l'oncle et la tante de Harry, ils se prélassaient dans le jardin à l'ombre d'un parasol. Le jeune homme retira la chaîne de sécurité, et ouvrit la porte.
– Hermione ! s'exclama-t-il.
– Harry !
Il la serra très fort dans ses bras, tentant de lui transmettre un maximum de chaleur humaine. Il savait combien les deux dernières semaines avaient dû être rudes pour elle.
Pourtant, elle semblait avoir tenu le coup, et l'arrivée de ses résultats d'examens n'était sans doute pas étrangère à sa bonne humeur.
Elle avait bonne mine avec son teint légèrement hâlé qui faisait ressortir ses taches de rousseur, son maquillage discret, ses cheveux bruns qu'elle avait coupés jusqu'à la clavicule, son élégant chemisier blanc sans manches, et son petit short en toile de jean.
– Entre, je t'en prie, déclara Harry en la débarrassant de son sac à mains. Toutes tes affaires sont là-dedans ?
– Oui. J'ai jeté le sortilège d'extension à ce sac pour pouvoir tout y mettre. C'est bien plus pratique que de se trimbaler avec une valise.
– Alors comme ça...tu es partie définitivement de chez toi ?
– Je crois bien, oui. Mes parents viennent de prendre l'avion à Heathrow. Ils partent un mois en vacances aux Seychelles. Je les ai accompagnés jusqu'à l'aéroport, et comme ce n'est pas loin d'ici, je n'ai eu qu'à transplaner devant ta maison. Et me voici !
– Tu n'es jamais venue à Privet Drive, quand j'y pense…
Harry n'avait pas du tout envie de présenter Hermione aux Dursley. Cependant, il devait avouer que la situation était amusante, voire cocasse. Dudley n'avait jamais eu de copine. Hermione était donc la première fille à poser les pieds dans la maison des Dursley.
– Harry ! qui est-ce ?! beugla l'oncle Vernon depuis le jardin.
– Une amie.
Le chef de maison se leva de son transat, parcourut la cuisine, puis arriva dans le living-room pour voir de ses propres yeux la visiteuse. Derrière lui arriva également sa femme. Tous les deux se plantèrent devant Hermione, et la regardèrent de la tête aux pieds.
– Est-ce que c'est une...
– Je ne suis pas une sorcière, mentit Hermione. N'est-ce pas, Harry ?
Il acquiesça sobrement. Sa meilleure amie savait séduire son auditoire, bien qu'en général elle énonçait des vérités. Mais il savait que lorsque la circonstance l'imposait, elle était parfaitement capable de mentir sans flancher une seule seconde.
– Comment connais-tu donc ce...ce gredin que nous avons pour neveu ?
– Nous nous sommes rencontrés dans un café à Londres. Je dois vous avouer qu'il m'intriguait un peu à me raconter sans cesse des histoires de sorcellerie, de baguettes, de sortilèges. Tout ça n'est pas encore très clair dans ma tête.
– Ouais, eh bien pour nous non plus ce n'est pas très clair, déclara Vernon d'un ton méfiant. Vous êtes en vacances ?
– Exactement. Et votre neveu m'a gracieusement invitée à passer quelques jours ici.
– Très bien, charmante demoiselle. Sachez que nous sommes ravis moi et ma femme de vous accueillir. Surtout, si Harry vous fait du mal, venez nous-en toucher un mot.
Le concerné leva les yeux au ciel en poussant un soupir parfaitement audible. Hermione se retint d'éclater de rire, se contentant simplement d'afficher un grand sourire.
– Dudley ! s'époumona son père. Viens dire bonjour à notre hôte !
Le cousin de Harry râla depuis son canapé, puis consentit à se lever, et à se traîner d'un pas pesant vers le vestibule. Mais lorsqu'il vit Hermione, il se figea net. Ses petits yeux porcins s'agrandirent, et il garda la bouche ouverte.
– Dit bonjour, enfin ! s'impatienta sa mère, embarrassée par la situation.
– B.. bon...bonjour...
Hermione s'avança vers lui, une petite moue malicieuse glissée au coin des lèvres, et elle lui fit la bise, avant de retourner aux côtés de Harry. Le visage de Dudley s'empourpra, et il porta sa main à l'endroit où les lèvres de la jeune femme avaient rencontré sa peau.
– Parfait, déclara Vernon. Maintenant que les présentations sont faites, nous allons vous laissez ensemble tous les trois. Amusez-vous bien.
Lui et sa femme retournèrent se prélasser dans leurs transats au milieu du jardin, tandis que Dudley restait planté dans le vestibule et continuait de fixer Hermione avec ébahissement.
– Je crois qu'il a eu un coup de foudre pour toi, murmura Harry à l'oreille de son amie avec un sourire narquois.
Hermione qui avait du mal à se retenir un bon, moment, fut par être prise d'un fou rire incontrôlable. Elle dû s'appuyer sur l'épaule de son ami pour ne pas perdre l'équilibre, des larmes de rire perlant au coin de ses yeux. Une fois qu'elle se fut calmée, Harry et elle montèrent les escaliers pour se rendre à l'étage supérieur.
– Voilà la chambre d'amis, déclara-t-il en déposant le sac à mains d'Hermione sur le lit. Ça te va ? pour les toilettes, c'est au bout du palier, à côté de ma chambre. Et tu pourras utiliser ma salle de bains quand tu en auras envie.
– Superbe. Je suis un peu épuisée à cause de la chaleur, je pense donc faire une sieste dès maintenant. Est-ce que ça te dit d'aller faire un tour dans le quartier quand je me serais reposée ?
– Excellente idée. Moi aussi j'ai besoin de m'aérer. Appelle-moi quand tu voudras y aller.
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Quelques heures plus tard, Hermione se décida à sortir du lit où elle avait fait la sieste une bonne partie de l'après-midi. Il faisait toujours assez chaud, mais le soleil tapait bien moins fort. Elle appela Harry pour lui dire qu'elle était prête. Elle prit son sac à main avec elle au cas où, rangea soigneusement sa baguette dans la poche arrière de son short, puis descendit les escaliers et sortit hors de la maison des Dursley. Harry la rejoignit sur le perron peu après.
– Est-ce que je peux venir avec vous ? demanda une voix en provenance du vestibule.
Tous les deux se retournèrent brusquement, et fixèrent Dudley, qui se tenait à quelques mètres d'eux.
– Pourquoi pas ? déclara Hermione en reportant son regard sur Harry.
– Je suis très moyennement convaincu. Qu'est-ce que tu as, Dudley ? ce n'est pas dans tes habitudes de m'accompagner quand je vais faire un tour dehors, que je sache.
– Eh bien...euh...il fait beau...et...je trouve que...voilà quoi...vous êtes sympa...
– Attend, deux secondes ! depuis quand moi je suis sympa ? c'est nouveau ça, rétorqua Harry. Tu me détestes depuis près de dix-sept ans, Dudley, tu ne me feras pas avaler des choses pareilles.
– Oui peut-être, dit-il en se dandinant d'un pied sur l'autre. Mais je...je trouve que...que c'est elle qui est sympa...
Il désigna rapidement Hermione du menton. Harry avait compris depuis longtemps où il voulait en venir, mais il souhaitait juste faire cracher le morceau à son cousin.
– Ah oui ? comment ça ? tu ne la connais même pas.
– Eh bien...justement...j'aimerais bien...euh...la connaître...
Hermione était très amusée par la tournure que prenait la conversation. À entendre le ton sévère de Harry, et la voix basse et aiguë de Dudley, on aurait pu croire qu'il y avait au moins dix ans d'écart entre eux, alors qu'ils avaient le même âge.
– Bon, j'accepte. Mais c'est de mauvais cœur, ajouta-t-il sévèrement.
– Oh, Harry, soit gentil avec lui je t'en prie, déclara Hermione. Il n'est pas méchant, il veut juste prendre l'air en notre compagnie. Il n'y a rien de mal à ça.
– Si tu le dis, soupira son ami en s'avançant sur la chaussée.
Il partit en avant, laissant Hermione un peu en arrière aux côtés de Dudley. Tout en marchant, il observa les maisons de son quartier.
Il vit des personnes qui rafraîchissaient leurs plantes et leur pelouse grâce à des tuyaux d'arrosage. D'autres qui faisaient de même avec leur voiture. Quelques enfants en train de jouer devant les garages. Ou encore plusieurs chats occupés à courser une souris.
Tout paraissait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais tout cela n'était qu'une illusion. Privet Drive était enfermé dans une bulle, comme à peu près tous les quartiers huppés de banlieue. La réalité du monde extérieur ne tarderait pourtant pas à les rattraper tous.
Il jeta un rapide coup d'œil derrière lui lorsqu'il tourna à l'angle de Wisteria Walk.
Hermione marchait d'un air détendu, cheveux au vent, yeux braqués droit devant elle, sa main droite agrippant fermement son sac à main. Dudley ne cessait de la dévisager, oubliant même de regarder où il allait.
C'était vraiment étrange de voir ainsi deux personnes qu'il connaissait si bien, et qui pourtant si différentes l'une de l'autre, marcher côte à côte sur cette route de bitume noyée sous le soleil.
Harry les laissa le rejoindre lorsqu'il arriva à l'allée qui faisait la jonction entre Wisteria Walk et Magnolia Crescent.
– Alors ? vous avez fait connaissance ? les interrogea-t-il.
– On peut dire ça, répondit Hermione.
Dudley semblait ne pas avoir entendu ce que disait Harry, toujours perdu qu'il était dans la contemplation de la jeune femme.
Ils se mirent à marcher tous les trois de front, Hermione au centre, Harry à sa gauche et Dudley à sa droite. Ainsi arrivèrent-ils dans Magnolia Crescent. Ils remontèrent la rue jusqu'à Magnolia Road. D'ici, on pouvait entendre le bruit des voitures sur l'autoroute toute proche.
– Et si nous allions au parc ? proposa Harry. Ce serait sympa d'y emmener Hermione, hein Dud ?
– Ouais.
Il avait enfin arrêté de la fixer. Son regard se leva vers le ciel d'un bleu azur, où un avion de ligne passait à plusieurs centaines de mètres d'altitude au-dessus de leurs têtes.
Une rêverie en chasse une autre, pensa Harry avec amusement. Il repéra soudain un marchand de glaces qui passait par là dans sa petite camionnette.
– Monsieur, excusez-moi ! le héla-t-il, tandis que le chauffeur arrêtait le moteur. Peut-on vous acheter trois glaces ?
– Bien sûr. Qu'est-ce que vous souhaitez prendre comme parfum ?
Ils se consultèrent rapidement avant que Harry ne passe commande.
– Une glace à la pistache, une autre à la vanille, et une à la framboise s'il vous plaît.
– Ça marche, dit-il en leur tendant leurs commandes. Ça vous fera soixante pence.
Une fois que Harry eut payé, le chauffeur redémarra le moteur et repartit. Tous les trois arrivèrent en vue du portail qui délimitait l'entrée du parc.
– Après toi, Hermione, déclara Harry en ouvrant le portail.
Elle lui sourit, puis foula la pelouse impeccablement tondue du grand parc de Little Whinging. Harry et Dudley entrèrent après elle, satisfaits du fait que le parc soit entièrement vide.
Hermione se dirigea d'un pas pressé vers l'aire de jeux qui se trouvait au centre du parc, puis trouva son perchoir idéal en s'asseyant sur une balançoire.
Harry se posa sur le tourniquet de l'aire de jeux, qui se situait en face des balançoires, mangeant sa glace à la pistache avec délectation.
– Est-ce que je peux te balancer ? demanda Dudley en s'approchant d'Hermione. Ça me ferait très plaisir.
Elle haussa un sourcil, surprise.
- D'accord, mais attend que je finisse ma glace.
C'est clair, il a vraiment eu un coup de foudre pour elle, pensa Harry. Oh, Merlin. S'il savait...
Quand Hermione lui donna le feu vert, Dudley se positionna derrière elle, et se mit à pousser doucement les anses de la balançoire, la faisant rire.
Harry observa son cousin d'un œil attendri. D'une certaine manière, il aimait Dudley, et il aimait Privet Drive.
Il se rendait compte à présent des bienfaits du dépaysement que lui apportait le monde moldu, dans lequel il était plongé depuis près de deux semaines désormais.
Et il était certain que Dudley éprouvait aussi une certaine affection à son égard.
Non, affection ne convenait pas. Du respect, voilà comment on aurait pu définir ce que Dudley ressentait pour son cousin. Harry le voyait dans ses yeux, et même si Dudley ne le montrait pas devant ses parents, il le respectait. Peut-être même qu'au fond, il l'admirait et voulait être un sorcier comme lui. Mais cela, il en était moins sûr...
Dudley cessa de pousser Hermione avec la balançoire lorsqu'il eut lui-même fini sa glace à la vanille. Un grand sourire éclairait son visage légèrement bronzé par le soleil. La jeune femme, un peu échevelée, reprit son souffle après avoir ri pendant plusieurs instants.
Peu après, ils quittèrent le parc de Little Whinging.
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Tous les trois rentrèrent juste avant que Vernon et Pétunia Dursley ne passent à table. Il était déjà assez tard, aussi dînèrent-ils plutôt rapidement.
Mais avant que tout le monde n'aille se disperser aux quatre coins de la maison, l'oncle de Harry réclama l'attention générale.
– Il y a une chose dont nous ne t'avons pas parlé, Harry, déclara-t-il de sa voix rauque. Dans trois jours, nous déménageons. J'ai obtenu un congé sabbatique. Je vais donc aller m'installer pendant un an en Provence, dans le sud de la France. Ma femme et mon fils viendrons avec moi. J'ai déjà acheté une très belle villa là-bas. Cependant, je ne compte pas vendre cette maison, car dans un an je retournerais travailler ici en Angleterre. Si ça ne te dérange pas, j'aimerais que tu mettes cette maison en location quand nous serons partis. Libre ensuite à toi de continuer à vivre ici, ou non.
Harry hocha la tête, ne s'attendant guère à cela. Ainsi donc, les Dursley s'en allaient dans le Sud.
Au vu des sombres événements qui avaient lieu en Grande-Bretagne actuellement, c'était une excellente nouvelle. Les Dursley seraient en sécurité en France.
– Merci de m'en informer, répondit-il. Je pense que vous pouvez mettre la maison en location dès maintenant. En tout cas, je ne crois pas que je vais rester ici. C'est votre maison, je suis majeur, je n'ai donc plus rien à faire là.
Vernon acquiesça. Il aurait été surpris que son neveu affiche une opinion contraire.
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Les deux jours qu'Hermione passa ensuite chez les Dursley furent des plus agréables. Elle et Harry faisaient souvent un tour du quartier, évoquant leur avenir respectif. Puis ils retrouvaient Dudley dans le jardin de la maison de ses parents pour siroter un verre de limonade, ou manger une glace.
– Jamais je n'aurais cru que tu t'entendrais bien avec les Dursley, déclara Harry à son amie la veille du départ de Vernon et sa famille.
– C'est parce qu'ils pensent que je ne suis pas une sorcière.
Hermione se leva du transat où elle se reposait depuis le début de la soirée.
– Je vais me coucher, bonne nuit, Harry.
– Bonne nuit, Hermione. Eh, au fait ! dit-il en se levant lui aussi et en la rejoignant. Les Dursley partent demain matin, mais quand veux-tu que nous, nous partions ?
– Je ne sais pas. Où voudrais-tu aller ?
– Au Terrier.
Le regard de la jeune femme devint mélancolique.
– Bonne décision. Nous n'avons pas eu de nouvelles de Ronald depuis la nuit de l'incendie à Poudlard.
Harry entoura ses épaules de ses bras, la réconfortant fortement par ce tendre contact.
– Nous allons redevenir amis comme avant, tu as ma parole. Chacun de nous trois va avoir besoin des deux autres, sinon nous n'allons pas nous en sortir.
Hermione acquiesça, tout à fait d'accord avec lui.
Depuis que Drago n'était plus auprès d'elle, elle vivait dans une sorte de brouillard, ayant perdu sa principale source de bonheur. Il fallait donc qu'elle renoue les liens qui s'étaient rompus entre elle et Ron. L'esprit encore dans le vague, elle monta les escaliers pour aller dans la chambre d'amis, mais elle percuta Dudley de plein fouet lorsqu'elle arriva sur le palier.
– Oh, excuse-moi ! dit-il platement en l'aidant à se relever.
– Ce n'est rien, merci quand même.
Il vit soudain avec consternation que ses yeux étaient humides.
– Tu pleures ?
– Mais non, voyons, nia-t-elle en séchant rapidement ses larmes d'un revers de manche.
Pourquoi se souciait-il d'elle comme ça ? elle était plongée dans ses réflexions à propos de Ron et Drago, et voilà qu'il débarquait dans son champ de vision.
Il était tellement différent des autres garçons de son âge qu'elle avait pu connaître. Elle avait envie de s'occuper de lui comme s'il s'agissait d'un petit enfant, car il lui semblait qu'il n'avait pas vraiment grandi. C'était sans doute dû à la surprotection dont ses parents usaient envers lui, pensa tristement Hermione en allant dans sa chambre.
– Attend ! tu as fait tomber quelque chose ! s'exclama-t-il en ramassant sa baguette.
Le cœur de la jeune femme rata un battement lorsqu'elle vit qu'il s'agissait effectivement de sa baguette, qui était tombée de la poche arrière de son short. Dudley se pétrifia sur place en reconnaissant ce qu'il nommait le bout de bois magique.
– Tu...tu es...une...tu es une sorcière...
Hermione le toisa avec fixité, attendant qu'il alerte ses parents. Sans doute se ferait-elle ensuite jeter dehors. Mais Dudley la prit par surprise en continuant de murmurer les mêmes paroles en boucle.
– Rends-moi ma baguette, articula-t-elle calmement, pour ne pas le brusquer.
Elle tendit la main pour qu'il lui rende ce qui lui appartenait. Ses yeux passèrent alors de la baguette à la jeune femme, et son regard effrayé la mit mal à l'aise.
– Tu m'as ensorcelé, j'en suis sûr, balbutia-t-il.
– Pardon ?
– Tu m'as ensorcelé. Dès que je t'ai vu...c'est comme si...comme si je m'étais retrouvé au paradis...
Il lui tendit sa baguette, et elle s'en empara vivement, une expression dubitative sur le visage.
– Je ne pense pas que ça ait le moindre rapport, Dudley, lui répondit-elle.
Elle se rapprocha de lui, mais il ne recula pas, bien trop fasciné pour esquisser un seul mouvement.
– Tu vois, ajouta-t-elle en déposant ses lèvres sur sa joue. Nul besoin d'être une sorcière, ni d'avoir de baguette magique, pour que tu ressentes quelque chose. Tu verras, un jour peut-être qu'une fille comme moi t'aimera. Et si ce jour arrive, l'amour que vous vous porterez l'un l'autre dépassera votre simple condition. Je le sais mieux que quiconque.
Il eut envie de lui caresser les cheveux, mais elle se détacha de lui, et partit dans sa chambre.
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Vernon était en train de poser les derniers bagages dans le coffre de sa remorque. Celle-ci était rattachée à sa belle Vauxhall rutilante dans laquelle un nombre incalculable de cartons étaient entassés. Sa femme Pétunia se trouvait déjà assise sur le siège passager, attendant avec impatience qu'il se mette au volant et qu'il quitte ce lieu où ils vivaient depuis plus de vingt ans, maintenant. La famille Dursley était fin prête pour le départ.
Sur la façade du n°4 de Privet Drive, on apercevait une grande affiche avec l'annonce : à louer.
Durant toute la matinée, la maison avait été vidée de ses meubles, de ses objets décoratifs, de ses tapis, et de tout le reste. Il ne restait plus que les lits, quelques ustensiles de cuisine, le meuble de la télévision, et les lustres au plafond du living-room.
Tous les deux debout sur le perron, Harry et Hermione observaient les derniers préparatifs du déménagement avec intérêt. Il faisait toujours très chaud, mais le ciel s'était assombri, et une mer de nuages gris peuplait désormais le ciel de Little Whinging.
– Harry, mon garçon, il est temps que nous y allions, déclara Vernon en lui serrant la main.
Il en fit de même avec Hermione, avant de se diriger vers sa voiture.
Le dernier à venir leur dire au revoir fut Dudley. Il s'avança vers eux, puis fixa son cousin d'un drôle d'air.
– Au revoir, Dud, déclara affectueusement Harry en lui donnant une tape sur l'épaule. Bon voyage jusqu'en Provence. J'espère que tu t'amuseras bien là-bas.
Dudley le regarda fixement, la bouche entrouverte. Il semblait chercher ses mots.
– Tu sais, Harry…je…je pense que tu avais ta place…parmi nous…tu n'étais pas…un moins que rien…
Il échangea une solennelle poignée de main avec son cousin. Des prémices de larmes brillaient dans ses yeux.
Harry eut soudain le sentiment qu'il ne le reverrait jamais.
Dudley se tourna ensuite vers Hermione. Celle-ci lui offrit son plus charmant sourire, et leva la tête pour pouvoir lui faire la bise.
– N'oublie pas ce que je t'ai dit, lui chuchota-t-elle à l'oreille.
Les joues rouges, il balbutia un au revoir à peine audible, puis il leur tourna le dos, et s'engouffra à l'arrière de la voiture. Celle-ci démarra rapidement, puis se mit à rouler, et disparu à l'angle de Wisteria Walk.
- Et voilà…ils sont partis, murmura Harry.
- Oui. Au fait, dernièrement j'ai lu un livre qui traite de ce genre de choses.
- Comment ça ? qu'est-ce que tu veux dire ?
- La perte, la chute, la déchéance…
- Oh…très intéressant. Quel est le nom de l'ouvrage ?
- Le Paradis Perdu, de John Milton.
- Mmh…je n'ai pas lu ce livre. Il évoque la Bible, n'est-ce pas ?
- Exactement. J'ai adoré. Pour te résumer, l'histoire commence avec la chute de Satan et ses Anges en Enfer. Maudit par Dieu, Satan brûle de se venger. Il entreprend donc un long voyage pour trouver le Nouveau Monde, la Terre, la nouvelle création de Dieu. Il y trouve Adam et Ève dans le Paradis. Tous les deux sont purs et innocents. Ils ne connaissent ni le Bien, ni le Mal. Transformé en serpent, Satan va corrompre Ève en la poussant à croquer dans le fruit défendu, celui de la connaissance du Bien et du Mal. Dès qu'elle a goûté au fruit, Dieu, furieux, la chasse elle et Adam du Paradis. Ils sont désormais mortels, et contraints de travailler dur pour survivre.
- C'est passionnant.
- Ce n'est pas qu'une simple histoire, Harry. Nous étions tous Adam et Ève. Poudlard était le Paradis. Maintenant, nous ne pourrons plus y revenir. Nous devons survivre dans le monde sauvage.
- C'est cela d'être adulte, soupira son ami.
- Oui, en effet. Maintenant, le Paradis est en nous. Il est dans notre cœur.
