Fais-Moi Saigner (We Came Out at Night)
Part VII : Entraînement
Le lendemain matin, Sasuke se réveilla très tôt. Son corps s'était habitué aux petites heures du matin, parce qu'il allait à l'école et… pas aujourd'hui. Il soupira et se mit assis dans le lit, puis regarda dehors. La fenêtre était grande ouverte et dehors il pleuvait encore, très fort. Même s'il avait voulu y aller, au collège, il se serait envolé avant même d'y être arrivé. C'était la première fois qu'il regrettait de ne pas pouvoir y aller. Qu'il voulait y aller. Pour rassurer ses amis – qui eux croyaient, à part Hinata, qu'il s'était fait enlevé et que jamais ils ne le reverront.
Il fixa un long moment la pluie qui tombait inlassablement, puis se souvint d'où il était, les pourquoi, les comment. Il se leva et s'assura qu'il n'était ni en caleçon, ni en torse nu, et il se dirigea vers la chambre de son nouvel acolyte. Il ne savait pas s'il pouvait l'appeler ami, parce qu'il le connaissait à peine, mais la soirée d'hier lui revenait et il se demandait ce qui les avait poussés à se confier l'un à l'autre.
Derechef, il soupira lorsqu'il vit le blond endormi comme un bébé dans son lit, les jambes écarquillées, l'une traînant presque par terre, alors que ses bras étaient étalés de chaque côté également. Ce fut plus fort que lui, il lâcha un rire à cette vue. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un qui dormait aussi mal. Sans parler du ronflement constant et de la flaque de bave sur le coussin. Il s'approcha et le secoua doucement, hésitant.
- Euh… réveille-toi, murmura-t-il, ne sachant pas trop comment on réveillait quelqu'un.
Le blond ne bougea pas. Même pas un gémissement ou un grognement. Rien du tout. Sasuke se dit qu'il n'y était pas allé assez fort. Il réessaya. Il plaqua ses mains sur l'épaule de l'endormi et le secoua plus durement.
- Hé oh! Y a quelqu'un? Lui lança-t-il en se penchant vers son oreille.
Encore rien. Cette fois-ci, il grogna.
- Naruto! Hurla-t-il.
Le concerné bougea la tête, émit un gémissement. Sasuke le secoua encore un peu, se disant que s'il continuait ainsi, il finirait par le réveiller. Mais Naruto persistait à dormir et à un moment, il cru qu'il le faisait exprès. Cette fois-ci, Sasuke lui asséna quelques claques au visage, pas assez fort pour lui faire mal, juste pour qu'il reprenne ses esprits.
- Humm… encore quelques minutes, mon chou, marmonna le blond alors qu'un sourire espiègle étirait ses lèvres.
Sasuke su qu'il se moquait de lui. D'un mouvement brusque, il se releva debout. Il était rouge de honte et de rage, comment ce crétin pouvait se permettre de rire de lui comme ça? Il va voir ce que sait que de jouer avec mes nerfs, pensa Sasuke en sortant de la pièce à toute allure. Il savait comment il allait le faire sursauter, ce con. Le brun chercha la salle de bain dans cette grande maison, puis la trouva. Il sortit un sceau et le remplit d'eau. De l'eau froide. Un sourire sadique se dessina sur son visage. Il souleva le sceau d'eau plein une fois remplit jusqu'au bord.
Dans la chambre, le blond dormait toujours. Enfin, faisait semblant de dormir. Sasuke posa le sceau par terre et s'agenouilla, tenta une nouvelle fois de le réveiller.
- Tu te réveilles, maintenant? Chuchota-t-il en le poussant.
- J'suis fatigué, bébé, répondit le blond d'une voix presque amusée.
C'en fut trop pour Sasuke, il se redressa brusquement, fronça les sourcils. Bébé. Bébé! Une vague de terreur l'envahit soudainement, à l'entente de ce mot familier mais terrorisant à la fois. La peur passa et la colère le submergea. Il prit le sceau et le renversa sur le blond d'un mouvement rageur, revoyant ce vieillard pendant une fraction de seconde. C'était censé être une blague, avec l'intention de rire après s'être couru après dans toute la maison, mais le blond – inconsciemment – venait de tout gâché. Ce dernier avait sursauté, bien entendu, et relevé en grognant. Il n'avait plus ce sourire sur le visage, et Sasuke se serait sans doute mis à rire devant son mauvais coup visiblement réussi.
- Enfoiré! Pourquoi t'as fais ça!
Le blond secoua les bras et les mains, tentant de se défaire vainement de l'eau qui le refroidissait. Il frissonna et grogna davantage. Il figea lorsqu'il releva la tête, et qu'il vit que le brun reculait lentement, effrayé et tremblant…
- Euh… Y a un problème? Demanda le blond, comme si soudainement il n'était plus trempé jusqu'aux os.
Sa voix était douce malgré lui et il ne pu cacher l'inquiétude dans ses yeux. Le brun était-il vraiment effrayé ou est-ce que ça faisait parti de son « numéro »? Il resta prudent, s'approcha de Sasuke qui fixait le sol d'un regard absent, toujours sur ses gardes cependant. Il avança encore jusqu'à ce qu'il lui touche le poignet. La réaction ne se fit pas attendre, Sasuke sursauta et recula brusquement.
- Ne me touche pas!
Le blond était confus. Il avait peur de lui, là maintenant? Après leurs confidences de la nuit dernière? N'importe quoi. Mais en même temps, il n'avait encore jamais vu de peau aussi livide et blanche, ni de regard aussi apeuré. Il en eut un frisson et s'approcha de nouveau. Sasuke ne répondait plus. Il essaya encore.
- Ça va?
Pas de réponse.
- Je te parle, là, ce serait bien gentil de répondre, dit-il à lui-même parce que le brun fixait le sol d'un regard absent, ou de simplement écouter…
Il attendit un moment, puis le brun finit par réagir, revenir sur terre. Il se mit à jongler nerveusement avec ses doigts. Encore une fois, le blond fronça les sourcils, inclina légèrement la tête pour chercher à comprendre le problème.
- Je vais aller… prendre une douche…
- Une douche? S'étonna le blond. Tu en as pris une hier soir, non?
Sasuke baissa la tête et se dirigea vers le couloir, hésitant, comme gêné ou embarrassé.
- Je… je ne serai pas long…
Naruto regarda le brun sortir de la chambre et lorsqu'il fut seul, il soupira en laissant retomber ses bras de chaque côté de son corps. Il fronça les sourcils en fixant le mur du couloir, de l'autre côté de la porte grande ouverte. Qu'est-ce qu'il était étrange celui-là…
Quelques minutes plus tard, séché et habillé, Naruto descendit en bas. La faim lui déchirait les entrailles et s'il ne se nourrissait pas dans les cinq prochaines minutes, il tomberait sans doute raide mort. Bel humour, mais d'un côté, c'était vrai. Il ouvrit donc la porte de son frigo adoré mais grogna : les étagères étaient vides.
- Argh! S'exclama-t-il rageusement en refermant la porte avec tout sauf de la douceur.
Lui qui n'avait pas envie de sortir, eh bien, il n'avait pas le choix. Il repensa à Sasuke qui était encore sous l'eau et ce depuis de nombreuses minutes. Puis il monta, frappa à la porte.
- Je pars acheter quelques trucs à manger! Cria-t-il espérant qu'à travers la porte, il puisse entendre.
Aucune réponse. Il continua tout de même.
- Je serai bientôt de retour! …Tu m'entends, au moins?
Il soupira. Il parlait aux murs. Tant pis. L'idée de le laisser dans sa maison pour quelques minutes ne le dérangeait pas. Le pire qu'il pouvait faire c'était prendre toute l'eau. Le blond prit alors son manteau et quitta sans plus attendre, priant pour ne pas s'évanouir de faim en cours de route.
Sasuke, à nouveau seul avec lui-même, se répétait sans cesse ce mot si petit mais si dévastateur. Bébé. C'était quoi cette merde? Un petit mot tout inoffensif et il pétait les plombs. Naruto n'avait sans doute pas apprécié cette mauvaise farce. C'était censé être drôle… Il cacha sa tête entre ses genoux et grogna, s'arrachant presque la peau sous ses ongles. Il avait si honte. Comme si ces hommes lui avaient enlevé son estime de lui-même, comme s'ils lui avaient enlevé tout, de sa fierté jusqu'à sa dignité. Il tenta donc de se savonner le corps encore et encore, même si les traces de mains étrangères ne disparaîtraient jamais complètement.
- Prêt pour les leçons? Lança le blond lorsqu'ils eurent terminé de manger.
Sasuke poussa son assiette à moitié vide le plus loin possible de ses yeux, sentant la nausée monter. Le blond vint la prendre pour la poser dans l'évier – il les nettoierait plus tard. Il s'appuya sur la table à deux mains et fixa le brun, attendant sa réponse. Celui-ci releva la tête après un moment.
- Les leçons?
- Bah ouais, les leçons. Tu croyais que j'allais t'emmener sur le champ de bataille sans avoir touché à une arme de ta vie?
Le brun frissonna. Une arme. Bien sûr qu'il n'y avait jamais touché de sa vie! Il n'avait pas spécialement envie de s'y mettre mais il n'avait pas le choix, il s'était entendu avec le blond. Il se leva donc et rangea la chaise sous la table. Il s'y appuya un moment, réfléchissant.
- Je ne pourrais jamais retourner à l'école, comme c'est parti? Demanda-t-il innocemment.
- L'école? Fit le blond comme s'il venait de dire un mot complètement étranger.
- C'est un endroit où on apprend à vivre et non à tuer. Je te demande si je pourrais y retourner un jour! Lança Sasuke en roulant des yeux.
Après un silence, cependant, il cru avoir touché une corde sensible. Le blond n'y était sans doute jamais allé, vu qu'il avait été élevé par un mercenaire. L'école devait lui être totalement inconnue. Il voulut s'excuser mais un sourire énorme apparu sur le visage du tueur. Celui-ci toujours appuyé sur la table, se redressa et s'approcha de lui, lui chuchota, avant de le contourner pour descendre au sous-sol :
- Ne joue pas à ce petit jeu avec moi, murmura-t-il à son oreille sensuellement.
Sasuke ravala sa salive avec dégoût – un mal de cœur venait de le prendre tout entier – puis se retourna vers le blond. Ce dernier s'avançait vers une porte ordinaire, grise et en verre, transparente. Naruto l'ouvrit et lui fit signe d'approcher.
- La politesse, fit-il remarquer, passe d'abord.
Sasuke rougit légèrement sans trop savoir pourquoi, puis il descendit au sous-sol, suivi du blond derrière lui. Mais ce qu'il y découvrit était loin de ressembler aux sous-sols qu'il avait déjà vu ou encore moins celui qu'il avait chez lui. Il descendit la dernière marche, la bouche grande ouverte, ainsi que ses yeux, qui se perdaient dans l'admiration de cette gigantesque salle insonorisée. Le sol comme les murs brillaient, luisants et propres. Il y avait, sur un mur au fond à droite, des millions de sortes de revolver et de fusils différents. Il y avait, à gauche, des rangées de tirs, où Naruto s'entraînait sans doute. Parlant de lui, il était près d'un de ces murs, à se choisir une arme. Sasuke alla de suite le rejoindre, ne pouvant s'empêcher de regarder les alentours tout en marchant.
- Comment t'es-tu payé tout ça? Ça doit coûter une fortune! S'exclama Sasuke, émerveillé.
Naruto sourit, passant une arme sur son épaule.
- Vivre avec un mercenaire, ça a ses avantages, dit-il simplement.
Sasuke se retourna vers lui, le regard curieux.
- Où il est, celui-là? Je ne l'ai pas encore vu, objecta-t-il.
- Il est mort.
- Mort? Répéta Sasuke, horrifié.
Comment ce blondinet pouvait dire pareille chose sur un ton aussi enjoué? Comme si ça lui faisait plaisir!
- Ouais, mort.
- Comment? Ça fait longtemps?
- C'est moi qui l'aie tué il y a à peine deux ans.
- Pourquoi?
- Il voulait faire de moi son esclave, et j'ai appris qu'il fréquentait ton frère, donc, son acolyte. Je ne me suis pas laissé faire, ce con m'avait trahi, il savait que je détestais ton frère et ta famille.
Sasuke demeura silencieux, encore une fois, confus. Il ne savait pas s'il allait s'habituer à cette nouvelle vie. À un tueur. Allait-il devoir devenir aussi… cruel? Allait-il devoir tuer, n'avoir aucune pitié? Il se répétait sans cesse ces questions depuis deux jours, mais il n'avait toujours pas ses réponses. Il était encore intimidé par tout ça, secoué, confus. Puis son frère qui restait constamment dans l'ombre, avec ce mystère qui planait autour de lui, qui le rendait malade. C'était tellement frustrant de découvrir qu'il ne savait presque rien sur son frère, alors qu'il avait vécu avec lui plus que la moitié de sa vie.
Il revint sur terre lorsqu'il vit Naruto lui tendre un fusil, assez gros et long, sous le nez.
- Enfile ça, expliqua-t-il, passe le sur ton épaule.
Sasuke acquiesça inconsciemment et prit l'arme. Le blond ne le lâcha pas tant qu'il ne fut pas certain que son crétin de partenaire ne l'ait attrapé sans tomber – ces armes étaient quand même assez lourds. Sasuke le passa sur son épaule sans problème, avec l'aide du tueur, bien entendu. Naruto s'enligna ensuite vers l'une des rangées. Il prit une paire de cache-oreilles, et en tendit une à Sasuke.
- Si tu ne veux pas devenir sourd, je te le conseille fortement.
Sasuke obéit encore. Il avait déjà vu ça, dans des films. Qui aurait cru que ça arriverait dans la vraie vie?
Naruto prit un air sérieux, professionnel, et porta son fusil près de son visage, de sa joue. Il visa, fronça les sourcils, plissa les lèvres, Puis le coup de feu partit. Sasuke sursauta, malgré qu'il s'y soit attendu et malgré qu'il ait les oreilles cachées. Le bruit était tout de même sans merci. Il regarda au bout de l'allée et le bonhomme en carton vibrait encore. Un trou d'une grosseur d'un cent était visible de là, au milieu d'un cercle rouge au niveau de la poitrine.
- Eh bien, dit donc, t'es doué, marmotta-t-il les lèvres tremblotantes.
Le blond se tourna vers lui, son expression sérieuse toujours présente, et le fixa longuement. Puis il sourit.
- À ton tour, s'exclama-t-il.
- Quoi?
- Vas-y, montre-moi ce que tu sais faire.
Naruto lui laissa sa place, recula. Sasuke soupira au bout d'un moment et tenta d'imiter le blond, de faire pareil. Il leva les bras, tenant maladroitement l'arme vers la cible, essaya vainement de viser, sans succès. Naruto, derrière, lâcha un rire presqu'inaudible, un sourire attendri aux lèvres. Quel idiot…
Le coup de feu retentit, se perdit quelque part, mais la cible ne fut pas touchée. Sasuke baissa les bras, découragé, et se tourna vers le blond. Ce dernier secoua la tête négativement en riant doucement.
- Te moque pas, baka! J'ai jamais fais ça de ma vie!
- D'abord, ta position est mauvaise. Deuxièmement…
Le blond se mordit les lèvres.
- …il faut viser, coco.
- Je ne peux pas deviner non plus, grogna Sasuke, sur les nerfs mais surtout gêné.
- T'énerve pas, je vais te montrer.
Il s'approcha par derrière et le brun sursauta lorsqu'il sentit les mains du blond lui attraper les coudes. Il lui montra brièvement la position, comment tenir l'arme et comment viser. Ses bras entouraient son corps, ses mains allant attraper les siennes pour placer l'arme dans le bon sens. Le blond ne le touchait presque pas, et Sasuke se sentit étrangement – et drôlement – en sécurité, pas effrayé du tout. C'était le premier qui le touchait sans avoir l'intention de le blesser. Son cœur accéléra la vitesse et le coup partit sans qu'il ne l'ait voulu.
- Pas comme ça! S'écria le blond.
- D-Désolé! J'ai pas fais attention!
Le blond soupira, et Sasuke sentit son souffle chaud dans son cou. Un frisson le parcouru et il se retourna lentement, remarquant que le tueur avait reculé quelque peu.
- On est obligé d'être dans cette position? Demanda-t-il, légèrement embarrassé.
- Bien sûr, répondit Naruto. T'as vu où t'as envoyé la balle? La position influence toujours la précision, souviens t'en. Bon, on recommence?
- J'en ai marre.
- Tu vas y arriver, ne décourage pas.
Le plus jeune lâcha un profond soupire et se retourna. Le blond lui montra encore une fois la position. Cependant, cette fois-ci, l'Uchiha tremblait. Le blond s'en rendit compte et un sourire tendre étira ses lèvres. Il passa ses mains sur les coudes de sa victime, pour s'assurer que cette fois-ci il atteigne la cible, puis glissa jusqu'à ses épaules. Il se pencha un tout petit peu, et serra ses doigts dans la peau blanche sous le tissu de son tee-shirt, comme pour lui faire un massage discret.
- Détends-toi, t'es beaucoup trop nerveux.
- Je… je peux y aller, là? Marmonna Sasuke.
Le blond souriait inlassablement, visiblement fier.
- Ouais, lâcha-t-il simplement.
Sasuke appuya sur la cachette, tentant du mieux qu'il pouvait de ne pas trembler ni bouger. Le bonhomme au loin se mit à rebondir et un second trou – au milieu d'un autre cercle rouge – apparu. Il avait réussit.
Se retournant vers le blond, il sourit, comme un enfant qui découvrait le monde pour la première fois.
- Wow! T'as vu ça?
- Tel maître, tel élève, se vanta le blond.
- Baka, souffla Sasuke, un sourire collé aux lèvres.
Son cœur battait la chamade, et son arme laissait de la fumée s'échapper, telle une cheminée.
à SUivre...
