Fais-moi saigner (We came out at night)

Part IX: Confession


Les deux garçons furent enfin rentrés, après une longue route. Naruto afficha un sourire tendre quand il vit que Sasuke s'était endormi, ou évanoui, sans doute sous les assauts de la douleur. Il défit sa ceinture et l'emmena à l'intérieur, où il le déposa gentiment sur le canapé. Il traversa ensuite la maison, se rendit à la salle de bain. Il prit la trousse de premier soin et rejoignit le blessé. Il défit doucement la chemise devenue écarlate, puis regarda les dégâts. Il fronça les sourcils devant la vilaine plaie, qui devait – il l'imaginait trop bien – faire atrocement souffrir Sasuke. Naruto attrapa une paire de pince, enfila des gants, et entreprit de retirer lentement la balle. Celle-ci ne devait pas être profonde, vue la grosseur de la cheville. Le sang s'était arrêté de couler, mais lorsqu'il enfonça la paire de pince dans la plaie, l'écoulement reprit. Quant à Sasuke, il se réveilla brusquement en lâchant un cri de douleur. Le blond sourit.

- Mais t'es malade ou quoi ? grogna-t-il en se redressant. À quoi tu joues, monsieur le docteur ?

- Je te soigne, répondit calmement le concerné en ne levant à peine les yeux vers le brun. Tu préfères souffrir encore un peu ? Moi ça m'est égal.

- Qu'est-ce que tu y connais là-dedans ? Je tiens à ma cheville !

- Ne t'en fais pas, tu n'es pas le premier à qui j'exerce ce genre de chose. C'est facile.

- Et ils sont tous morts, j'imagine ?

- Ouais.

- Rassurant !

Sasuke lâcha un second cri quand le blond eut trouvé la balle, et qu'il l'eut retirée d'un coup sec, amenant un caillot de sang. Le blond gardait la cheville dans sa main, tandis qu'avec l'autre, il déposa la balle dans une plaque en aluminium – ce qui faisait, entre autre, parti de son kit de médecine.

- Arrête de gigoter, lança Naruto, ça ne te fera que plus mal encore.

- Ne me dis pas quoi faire, marmonna le brun en se rallongeant.

Il fixa le plafond un moment, ignorant le blond qui nettoyait maintenant la plaie. Ça faisait un mal de chien mais il oublia tout ça quand il se souvint de quelque chose. Quelque chose d'embarrassant vu la jolie couleur pourpre sur ses joues. Là-bas, dans cette chambre où il avait tué ce vieillard… Naruto avait faillit l'embrasser. Et puis quoi encore ? Ils étaient deux hommes, deux garçons. Il n'avait pas le droit de ressentir ça, cet espèce de sentiment étrange qu'on ressent quand une personne nous plait, ou encore quand on est attiré vers quelqu'un. C'était interdit… et pourtant c'était ce que notre pauvre brun ressentait à l'instant. Il leva les yeux vers le blond qui semblait concentré sur son travail – sa cheville. Il reposa sa tête sur le coussin du canapé en rougissant légèrement. Pourquoi je me sens tout bizarre?

Un long moment s'écoula ainsi, pendant lequel le blond se posait les mêmes questions tout en nettoyant la plaie de son blessé, puis Sasuke – qui s'était assoupi de nouveau – sursauta quand il sentit deux bras sous lui.

- Qu'est-ce tu fais, baka ? S'emporta-t-il, plus que jamais gêné.

- Tu veux que je laisse ta plaie à découvert ? fit calmement Naruto alors qu'il se dirigeait déjà vers l'étage avec le brun dans les bras.

- Je peux marcher, marmotta ce dernier visiblement mal à l'aise dans cette position.

- Ah ouais ? J'aimerais bien voir, souffla le blond en riant doucement.

Les deux jeunes hommes furent silencieux pour le reste du voyage, et quand ils furent arrivés à la salle de bain, Naruto déposa son colis sur le comptoir, en position assise, et s'agenouilla pour fouiller dans les armoires.

- Tu cherches quoi ? demanda Sasuke presque silencieusement après un moment.

- Les bandages. Je ne me souviens plus où je les ai mis.

- C'est pas grave, murmura Sasuke en détournant le regard. Ça va aller.

Le blond ne répondit pas immédiatement, et continua de dévaliser l'armoire du bas. Le brun se sentait touché qu'il en fasse autant alors qu'ils ne se connaissaient à peine. Bon, c'était sa faute s'il avait la cheville bousillée, parce qu'il n'avait pas suivit le plan à la lettre mais Sasuke sentait que, malgré tout, Naruto s'occupait de lui de son gré. Comme s'il s'inquiétait pour lui, comme si…

À nouveau, Sasuke détourna le regard, et au même moment, le blond se leva en s'écriant :

- Voilà, trouvé !

Il s'approcha et défit le rouleau de bandage. Il prit ensuite la jambe du brun, et commença à enrouler le tissu blanc, en pressant délicatement, histoire de ne pas rendre la blessure plus douloureuse qu'elle ne l'était déjà. Il leva les yeux vers lui, demanda, inquiet :

- Ça fait mal ?

- Légèrement, répondit le concerné du tac au tac.

Un silence s'installa, les mettant tout deux mal à l'aise. Même Naruto, à qui ce genre de réaction purement humaine ne lui était jamais arrivé. Jusqu'ici, il n'avait jamais ressentit ce genre de chose, ce sentiment de bien être… Puis il se souvenait des lèvres pâles du brun. Inconsciemment, le brun avait réussit à l'attirer dans son champ magnétique. Le blond s'était retenu de près… Mais il y avait autre chose dont il se souvint, là, en pansant Sasuke.

- Dit… murmura-t-il.

Le jeune Uchiha releva doucement la tête.

- Quoi ?

- Ce que m'a dit ce salaud… c'était vrai ?

Sasuke fut surpris. Naruto avait la tête baissée, concentré sur son travail. Sa voix était douce et basse mais il sentait aussi une tristesse et un dégoût. Sasuke déglutit.

- Qu'est-ce qu'il… t'a dit, exactement ?

- …

- …

- Qu'il t'avait… sauté plusieurs fois…

Sasuke ne dit rien, resta interdit. Il savait que ça devait arriver, que le blond finirait par découvrir qu'il se prostituait. Comment allait-il prendre ça ? Il allait le rejeter ? Il se contenta de détourner la tête, encore une fois embarrassé, comprenant maintenant pourquoi Naruto était aussi enragé contre le vieillard.

- Sasuke, répond moi.

Le blond avait terminé de panser la cheville, et maintenant il fixait Sasuke qui regardait ailleurs, absent. Il insistait.

- Est-ce qu'il a dit la vérité, ce con ? Il t'a violé ?

Sasuke tourna la tête aussi vite que pas assez, et ouvrit de grands yeux. Leurs regards ne se quittèrent désormais plus. Le brun n'en revenait pas. Il pensait que c'était un viol. Il pensait que… il s'était emporté, entré dans une colère noire, avait battu ce vieillard… parce qu'il croyait que Sasuke avait été violé ? Derechef, les joues du brun s'enflammèrent.

- Je... c'est pas ce que tu crois...

- Quoi ?

- C'était pas un viol !

- Excuse-moi ?

- J'étais consentant…

- Tu veux me faire croire que toi, t'as couché avec un vieux de cinquante ans ? Arrête t'es trop bien pour…

Un silence. Le blond s'était arrêté tout seul. Il fixait Sasuke avec incompréhension, confusion, tristesse. Il venait de comprendre. Sasuke rougit une fois de plus, ne pouvant cependant quitter le regard si rassurant du blond. Pourquoi fallait-il que, malgré tout, il le fixe avec ce regard si... protecteur ? Son cœur battait la chamade, il en oubliait même cette douleur à la cheville, il oubliait tout.

- Ne me dis pas que…

- Si, chuchota Sasuke. T'as compris… Je… je…

- Merde ! hurla-t-il en frappant le mur à droite. Putain de merde !

Sasuke sursauta, se tu. La colère du blond ne lui faisait pas peur, il se sentait juste honteux, d'avouer comme ça à un presque ami qu'il se prostituait. Il allait le perdre maintenant, c'était certain. Il allait le jeter à la rue – s'il ne le tuait pas – et il allait devoir retourner chez lui, coucher, et encore et encore, sans jamais arrêter. Il baissa la tête, vaincu. Il sentit les larmes lui monter, en repensant à la dernière fois qu'il avait dû donner son corps. Il n'y avait pas repensé depuis qu'il était ici, avec lui.

Après un moment, le blond semblait s'être calmé. Il réfléchissait, la tête appuyée contre le mur. Cette idée le répugnait. Il s'imaginait des vieux pédophiles, comme celui qu'il avait tué un peu plus tôt, en train de... de faire ça, à Sasuke. Lui qui n'était encore qu'un enfant, lui qui était si innocent et doux et... inconscient. Il rageait, sans même savoir pourquoi il s'était attaché à ce point là. Habituellement, il n'éprouvait jamais rien pour personne, depuis son enfance, et là... là il avait envie de tuer quiconque s'approcherait du jeune Uchiha.

- Pourquoi tu fais ça ? Continua-t-il, sans crier mais sans chuchoter non plus.

Sa voix était assez ferme et imposante. Sasuke n'osait pas relever la tête, lui qui habituellement ne se laissait jamais intimider par personne. Mais voilà deux raisons : ce blond était un tueur professionnel et deuxièmement sa cheville en compote l'empêcherait sans doute de partir en courant.

Sasuke regarda ses doigts s'entrelacer lentement, puis il se mit à bégayer :

- Je... je ne sais pas je… j'ai besoin d'argent… je te rappelle que mon frère est partit en amenant tout avec lui jusqu'au dernier sous ! C'est… c'est le seul moyen que j'ai trouvé, ne m'en veux p…

Alors qu'il parlait, deus doigts se glissaient sous son menton. Le blond lui relevait la tête doucement – mais il était sans doute trop confus pour s'en rendre compte. Son regard était fiévreux quand il croisa celui azur de Naruto, puis, tout naturellement, sa bouche se colla à la sienne.


À Suivre...