Dangerous (We Came Out at Night)
Part XV: Désirs
Sasuke ne dit rien lorsque Naruto recula quelque peu, trop chamboulé par ce violent baisé. La respiration encore saccadée, il ne fit que baisser la tête, embarrassé. Son frère. Son propre frère voulait le tuer. Le frère qui s'occupait de lui quand il était tout petit, le frère qui le bordait le soir, avec cette expression tendre sur le visage. Sasuke n'était pas fou, il se rappelait de ces nuits où, en plein orage, il sautait de son lit pour aller rejoindre son grand-frère dans sa chambre. Mais maintenant qu'il savait quel genre d'homme était Itachi – un criminel méchant et sans pitié qui tue que pour le plaisir de voir le sang couler – Sasuke avait la cruelle impression que son passé, son enfance s'effaçait derrière lui, comme s'il n'avait jamais existé, comme s'il était seul au monde. Terriblement seul.
Il se sentit cependant rassuré quand Naruto posa ses mains sur ses genoux. Une once de chaleur l'envahit et il tenta de se calmer, de reprendre une respiration contrôlée. Puis il soupira et ouvrit les yeux pour tomber dans ceux – inquiets – du blond.
Il essuya une larme sur sa joue et rebaissa les yeux, honteux.
- J'imagine qu'on ne peut rien y faire… murmura-t-il.
- Le sentiment de trahison… fit Naruto également à voix basse, il fait mal… hein ?
- Comme un couteau en plein cœur, continua Sasuke en regardant ailleurs et bien vite il s'y perdit.
Naruto réfléchit un moment, conscient que la tournure que prenaient les évènements faisait souffrir Sasuke. Apprendre du jour au lendemain que son frère est non seulement le meurtrier de ses parents, mais aussi son traqueur et son prédateur, celui qui cherche à le tuer, c'est tout un choque. Il garda donc le silence un petit moment, puis releva la tête et passa une main devant le visage pâle du jeune Uchiha. Après quelques secondes, Sasuke donna enfin un signe de vie. Il regarda un peu partout avant de reposer son attention sur Naruto qui était toujours agenouillé devant lui, appuyé sur ses genoux.
- Où sont… Neji et ton cousin ?
- Ils sont partis mettre à exécution notre plan.
Sasuke ferma les yeux et inspira profondément.
- Et qu'est-ce que j'dois faire ? Chuchota-t-il les yeux toujours fermés.
Le blond soupira et se leva debout, lui prit la main et Sasuke se vit dans l'obligation de le suivre jusqu'où il le menait. Ils arrivèrent dans une pièce que Sasuke reconnut : le bureau avec un ordinateur. Lui, assis sur la table, à la merci du tueur. «J'aime le danger…» se souvint-il. Il secoua la tête – ignorant son cœur qui lui rappelait sans cesse ce désir brûlant en lui – et suivit le blond jusqu'à l'ordinateur.
- D'ici, tu vas surveiller tout ce qui se passe dans les couloirs de ton école, expliqua-t-il. Comme tu le sais déjà, un des hommes d'Itachi circule dans ton collège. Il te cherche.
Même s'il s'y attendait, ces mots le frappèrent de plein fouet.
- Mon frère ignore que je n'y vais plus ? demanda-t-il.
- Non, et c'est un avantage pour nous, sourit le blond.
Il se pencha pour ouvrir l'engin et lorsque l'écran s'éclaircit, on pu y voir les couloirs de l'école et les étudiants en direct. Il était exactement midi, à cette heure-ci les cours reprenaient. Sasuke voulut y être, être avec ses amis, à sa place, au seul endroit au monde où il se sentait chez lui. Puis il eut une question.
- Si je comprends bien, commença-t-il, je serai en communication avec Neji, c'est pour ça qu'il est présentement à ses cours ?
- Eh bien, lança Naruto, tu es beaucoup plus intelligent que tu en as l'air ! Oui, effectivement, Neji est dans l'école, et il a un appareil dans l'oreille, ce qui lui permettra de t'entendre quand tu vas lui dire où se trouve notre cible.
Sasuke regarda à nouveau l'écran. L'image changeait à toutes les dix secondes, montrant la cafétéria, puis les toilettes des filles, les toilettes de garçons, les corridors réservés aux casiers, les locaux principaux, la place centrale, les vestiaires. Il comprit.
- Comment suis-je censé le reconnaître parmi les centaines d'étudiants ?
Naruto sourit, les yeux brillants de malice.
- Eh bien, tu l'as déjà vu, Sasuke.
Il eut un mouvement de recul, puis fronça les sourcils.
- Quoi ? Je-je ne m'en souviens pas.
- Quand je t'ai emmené avec moi, le soir où tu as revu Itachi, il était là. Tu t'en souviens ? Il était grand, longs cheveux blonds, yeux bleus…
Sasuke ferma les yeux. Maintenant il s'en souvenait. Les deux hommes qui étaient entrés dans le bar quelques instants avant. Il avait cru – s'était forcé à croire, du moins – que ce n'étaient que deux personnes normales. Est-ce que ça veut dire que mon frère sait que je me prostitue ? Puisqu'il a envoyé deux hommes à cet endroit précis ? Comment a-t-il su… Pourquoi ?
- Tu vois de qui je parle ou je dois te montrer une photo ?
- Non je… je m'en souviens maintenant, marmonna Sasuke en prenant place au bureau.
Naruto ouvrit un des tiroirs et en ressortit un micro qu'il brancha au clavier. Il se pencha ensuite pour voir s'il fonctionnait.
- Neji, tu m'entends ?
- Ouais, numéro un.
Sasuke le regarda faire, étonné, avant de réaliser que la voix de son ami sortait des haut-parleurs branchés à l'ordinateur. Il chercha dans les différentes pièces de l'école où son ami pouvait se trouver. Naruto lui expliqua qu'il était dans sa salle de classe, et qu'il n'y avait aucune caméra dans celles-ci.
- Neji, reprit le blond en se penchant vers le micro, frôlant Sasuke qui frissonna au contact. Dis-moi ce qu'il y a autour de toi.
L'Hyûga mit un moment à répondre.
- Je suis dans le cours d'Arts.
- D'accord, acquiesça le blond, l'air concentré.
Sasuke se mordit les lèvres et ferma les yeux. Ce qu'il pouvait être beau… Mais à quoi je pense ? Merde, je ne dois pas déraper… Reprends-toi Sasuke ! Le jeune homme s'obéit et écouta le blond qui reprit :
- Écoute bien ce que je vais te dire.
Ils attendirent que Neji donne le signal et Naruto s'agenouilla pour éviter un mal de dos à être plié en deux ainsi. Sasuke resta à ses côtés, silencieux, un peu chamboulé par tout ça.
À nouveau, le blond prit le micro et parla :
- Sasuke est ici, à observer ce qui se passe dans l'école. Dès qu'il aura trouvé la cible, il te dira ce qu'il porte, la couleur de ses vêtements etc. Toi, tu t'arranges pour sortir de ton local. Dis à ton enseignant que tu dois aller au petit coin, dis n'importe quoi, c'est très important, mais tu dois aller retrouver cet homme. Lorsque fait, tu l'emmènes dehors où Yahiko et moi l'attendrons. Là, ce sera à nous de jouer. Tu as compris ?
Un petit moment s'écoula, Neji devait être en train de réfléchir.
- Parfait, finit-il par dire. Les cours vont débuter, je vais m'installer.
- D'accord. Hé, Neji !
- Hm ?
- Yahiko t'as dit où je devais le rejoindre ?
- Oui. Derrière l'école, près d'une grande clôture noire. Tu verras, impossible de passer à côté.
- Merci.
Il posa le micro sur la table et se leva debout. Sasuke le suivit du regard et ouvrit grands les yeux quand il vit le blond poser ses lèvres sur son front. Il se leva à son tour, comme s'il disait silencieusement à Naruto qu'il voulait plus qu'un bisou sur le front. Il avait besoin de soutien, sinon il allait tomber et Naruto comprit. Il comprit ce qu'il y avait à comprendre, et sans plus attendre il le prit dans ses bras, le serrant fort contre lui. Sasuke entoura les épaules du blond et y posa sa tête, sentant les bras forts autour de lui – une source de sécurité qu'il n'avait pas connu depuis si longtemps.
Ils profitèrent de cette étreinte un moment, se serrant l'un contre l'autre, entendant presque leurs os craquer.
- Je ne laisserai personne te faire du mal, ne t'inquiète pas, chuchota le blond en posant une main protectrice derrière sa tête, caressant les cheveux de jais.
Sasuke recula.
- Et toi ? Qui te protègera, toi ?
Un sourire attendri s'étendit sur les lèvres du tueur. Il s'avança et l'embrassa un moment, savourant la chaleur de sa bouche et la douceur de ses lèvres. Les minutes s'écoulèrent comme de l'eau et aucun des deux ne les virent passer. C'était comme s'ils étaient transportés ailleurs, dans un monde qui leur appartenait. Le baiser devint plus intense, l'un s'accrochant à l'autre, désormais uniquement guidés par le feu qui brûlait en eux, ils en vinrent même à éprouver cette envie de l'autre, comme cette soirée là où ils avaient faillit faire l'amour.
Sasuke respirait avec difficulté, enserrant ses doigts au col du blond – il le voulait encore plus près et ce sentiment étrange lui traversa le corps et tout à coup il avait chaud, beaucoup trop chaud. Naruto attrapa ses mains et l'obligea à lâcher sa veste. Il ne voulait pas que ça aille trop loin. Il refusait d'aller trop loin alors que Sasuke était encore trop vulnérable.
- Arrêtes, arrêtes, répéta le blond en se décollant.
Sasuke ferma les yeux, le souffle haletant. Il tremblait encore quand Naruto recula, visiblement bouleversé lui aussi. Il réajusta sa veste et se dirigea vers la porte pour sortir. Sasuke s'écroula sur la chaise, comme s'il venait de se réveiller d'un cauchemar. Il se prit la tête entre les mains et entendit la voix du blond.
Au cadre de la porte, celui se retourna à moitié.
- Lorsque tu auras finis, marmonna-t-il d'une voix tremblante, s'il te plaît ne viens pas nous rejoindre là bas. Je… je préfère te savoir ici… en sécurité…
Le dernier mot était sortit si bas que Sasuke ne l'entendit à peine. Il pensait à trop de chose encore une fois, à cette relation si ambiguë. Naruto disparu enfin et après un moment dans lequel il se sentait faible comme jamais, il se tapota les joues. Aller, réveilles-toi crétin, tu fais pitié !
Il s'installa plus confortablement sur la chaise, et fixa l'écran. Les toilettes étaient vides, celles des garçons comme celles des filles. Le corridor principal était également désert, il y avait quelques profs qui discutaient dans les locaux généraux, mais Sasuke savait que pendant les cours, les profs qui n'en donnaient pas se réunissaient là pour parler. Il regarda ailleurs et vit quelqu'un dans la place centrale.
Il fronça les sourcils pour mieux voir. L'individu se dirigeait vers la cafétéria et Sasuke baissa les yeux vers le bas pour voir la cafétéria. Quelques secondes s'écoulèrent avant que l'homme n'arrive. Il avait les cheveux pâles et une carrure assez large et imposante. Cette façon de marcher était familière et Sasuke devina que c'était lui qu'il cherchait.
Pendant ce temps, dans une classe, Neji était assis et écoutait l'enseignant donner son cours. Bien sûr il était absent d'esprit. Il pensait à tant de choses : aux conflits dans sa famille depuis que Sasuke avait «disparu». Ça compliquait les choses, évidemment, mais il y avait aussi Hinata qui se retrouverait bientôt au milieu de tout ça, car c'était son père qui cherchait à s'approprier les biens des deux frères Uchiwa – et de les tuer si jamais ceux-ci ne coopéraient pas.
Tambourinant sur le pupitre avec son crayon, Neji sursauta quand il entendit une sorte de son aigu qui provenait de l'appareil qu'il avait dans l'oreille. Heureusement il avait les cheveux longs et donc personne ne pouvait le remarquer. Il fit semblait de rien et en mettant sa main devant sa bouche, il murmura :
- J'écoute.
- Neji ? C'est Sasuke ! Je l'ai trouvé, il…
- Deux secondes, chuchota-t-il.
Sasuke se tu et Neji leva la main bien haute. La vieille dame qui parlait devant la classe s'arrêta et regarda en direction du brun. Quelques têtes se tournèrent également, dont celle de Kiba. Le jeune garçon interrogea Neji du regard et impuissant, il ne pu lui répondre.
- Un problème, Mr. Hyûga ?
- Je dois aller au petit coin, demanda-t-il poliment.
- Bien, fit-elle en désignant la porte.
Il se leva et sortit dans le couloir, exactement comme Naruto le lui avait dit. Il s'éloigna de la classe pour ne pas éveiller les soupçons des classes voisines et une fois dans un coin isolé, il s'appuya sur un mur et regarda aux alentours.
- D'accord, lâcha-t-il. De quoi il à l'air ? Tu l'as trouvé ?
Sasuke mit un moment à répondre.
- Oui. Il porte des jeans bleu, il a un veston gris, et de longs cheveux blonds. Il est assez grand, et il marche d'une façon louche. Je crois qu'il cache quelque chose sous son veston. Neji, sois prudent !
- Oui. Maintenant dis moi où il est. Ne le perds surtout pas.
- Il est dans la cafétéria… Il se dirige vers l'escalier.
- Quel escalier, Sasuke ?
- Ouest. Je le surveille, vas-y vite !
Neji s'exécuta. Il descendit les escaliers rapidement, touchant l'arme à travers le tissu de sa veste – le blond le lui avait donné en simple cas d'urgence. Mais même devant le plus grand des dangers, Neji ne pensait pas avoir assez de force pour appuyer sur la cachette d'un revolver et d'avoir le sang d'un humain sur les doigts.
Il s'arrêta à quelques marches et regarda l'homme qui s'apprêtait à monter. Blond, grand. Veston noir, jeans bleu. C'était lui. Il se mit à trembler. Il sortit son revolver et le pointa devant lui.
- Suis-moi où je tire, articula Neji, priant pour être crédible malgré ses mains qui peinaient à soutenir l'arme dans les airs.
Le blond sourit alors. Un sourire mauvais. Un sourire méchant. Un sourire à en faire dresser les cheveux d'effroi. Neji ravala sa salive.
De retour dans la classe, la vieille dame continua son cours après que Neji eut quittée la salle. Kiba l'avait regardé partir, soucieux – il se demandait pourquoi son ami tenait constamment son oreille depuis qu'il était entré. Et puis Neji ne sortait jamais pendant l'heure d'un cours. Jamais. Kiba le connaissait depuis la petite école, depuis la maternelle, il savait que Neji n'était pas partit aux toilettes, c'était impossible. Il le savait.
Kiba était beaucoup moins poli que l'Hyûga et sans même s'abaisser à lever la main, il se leva brusquement et quitta sans rien dire, ignorant les appels de l'enseignante qui lui ordonnait de revenir sur le champ. Quand il était question de ses amis, rien ni personne ne pouvait arrêter Kiba, déjà que Sasuke avait disparu depuis un mois, il était devenu agressif et incontrôlable. Il était comme ça, un point c'est tout.
Poussant violemment la porte de l'escalier, il descendit en flèche, criant le nom de Neji.
Sasuke observait avec inquiétude Neji discuter avec l'homme aux cheveux blonds. Bien sûr il n'entendait pas, mais il voyait, se rongeant les ongles jusqu'au sang. Mais quelque chose attira son attention – quelqu'un traversait les couloirs, passant par tout les endroits où Yahiko avait posée une caméra. Sasuke ouvrit les yeux de stupeur quand il reconnut Kiba, et quand il s'aperçu que ce dernier courrait en direction de l'escalier ouest.
Sasuke se leva si vite que la chaise à roulettes sur laquelle il était assis fut projetée vers l'arrière.
- Kiba ! s'écria-t-il vainement. Retourne dans la classe ! Non !
Il se calma et se pencha vers le micro.
- Neji, Neji, répéta-t-il le cœur battant à tout rompre. Kiba s'est échappé du cours, il risque de te rejoindre bientôt !
- …
- Neji ?!
- …
- Il faut que j'aille voir ce qui se passe !
Il se retourna pour foncer droit vers l'école, malgré l'interdiction de Naruto à sortir dehors, laissant l'ordinateur ouvert derrière lui. Mais dès qu'il vit qui se tenait dans le cadre de la porte, il figea brusquement. Son cœur s'arrêta. Tous les poils sur son corps se dressèrent. Ses muscles se tendirent et son sang devint froid comme de la glace.
Dans une posture fière et imposante, il étira ses lèvres pour sourire sournoisement. Sasuke était estomaqué, incapable d'aucune parole. Tout ce qu'il voyait était lui, et avant d'avoir eut ne serait-ce le temps de se demander par où il était entré, il entendit :
- Bien le bonjour, petit frère.
À Suivre…
