Troisième chapitre du jour...

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Chapitre 16 : Où l'on détruit l'Amour

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Singulier destin que celui de Melania Black.

Saviez-vous qu'elle aurait pu soigner Arcturus ?

Qu'elle y mit tant de cœur qu'elle y réussit presque ?

Qu'elle s'épuisa pour ce faire ?

Mais qu'elle n'aurait voulu pour rien au monde que les choses se passent autrement ?

Remarquez, tout va s'écrouler d'un instant à l'autre.

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Les mois passèrent.

Cinq mois.

Arcturus n'était jamais autant sorti du 12, Square Grimmaurd depuis sa sortie de Poudlard. Et jamais autant de sorties ne s'étaient bien passées. Il arrivait même à sourire un peu plus longtemps chaque jour. Il avait encore des instants de paranoïa, mais Melania enroulait ses bras autour de sa taille, posait sa joue contre son dos, et lui répétait continuellement que tout allait bien et il se calmait, doucement.

Même si Melania était épuisée de devoir faire attention à son environnement pour qu'Arcturus puisse rester serein, jamais elle n'avait été aussi heureuse. Elle avait une complicité très étroite avec Arcturus. C'était une proximité qu'elle n'aurait jamais pensé pouvoir nouer avec qui que ce soit, ni ami, ni époux.

Je me rappelle encore son visage marqué mais heureux. Elle devenait toujours plus belle sous les épreuves qui se succédaient. Parce qu'avec ces épreuves et avec l'attention qu'elle s'ordonnait de porter à Arcturus, elle prenait doucement sa vie en main.

Elle commençait à prendre des décisions et à tracer son chemin. Elle devenait maîtresse de sa propre vie. Elle avait enfin une voix qui était écoutée qui par Arcturus, qui par Phineas Nigellus, qui par Sirius et Hesper Black qui s'émerveillaient de voir leur fils toujours plus serein et à l'aise. Peut-être jalousaient-ils aussi le pouvoir qu'avaient Melania sur leur fils. Je n'en sais rien. Je crois qu'ils pensaient avoir encore plus de pouvoir sur Melania et donc garder une main de pouvoir sur leur fils aîné.

Mais c'est à cette période que Melania commença à remettre en question leur parole. Si en cinq mois elle avait réussi là où ses beaux-parents avaient échoué pendant quinze ans, il était légitime qu'elle se pose des questions, surtout lorsqu'elle se rappelait l'effroi de Mr et Mrs Black lorsqu'elle avait commencé à emmener presque chaque semaine Arcturus chez Ludovica et Galaad Wealsey. Mais c'était pourtant bel et bien cette amitié qu'Arcturus nouait doucement avec Galaad et Archi Rosier qui le faisait gagner en assurance.

Pour la première fois, Arcturus Black parvenait à nouer et à être à l'aise avec des gens extérieurs à sa famille.

Melania avait même fini par dire à Arcturus qu'elle avait fréquenté Archi Rosier à Poudlard, assez inquiète de sa réaction. Il lui avait souri de ce sourire instable, et lui avait dit qu'il savait. C'était ce jour-là qu'elle avait appris qu'il savait un petit peu pratiquer la Légilimancie. Il avait dû voir son inquiétude. Il lui avait juré qu'il ne lirait jamais dans ses pensées et qu'il trouvait malheureux qu'elle ait pu le craindre. Elle avait brodé, et dit qu'elle craignait qu'il se rende malheureux à voir ses souvenirs de baisers avec Archi ou un autre. Elle avait brodé car en vérité elle craignait qu'Arcturus apprenne qu'elle avait eu d'autres amants intimement avant lui, et qu'elle avait même été enceinte de l'un d'eux. D'un Moldu.

Parce qu'elle commençait à avoir honte de ce souvenir et des sentiments qu'elle avait eus pour ce Moldu de John Swift.

« Tu me rends si heureux, lui souffla Arcturus en la prenant dans ses bras. »

Ils étaient encore dans leur chambre en ce jour de Noël. Ils s'habillaient avec l'aide de l'elfe de Maison pour la soirée à venir.

Car la paranoïa d'Arcturus s'atténuait si bien que Melania avait insisté auprès de Mrs Hesper Black et Mrs Ursula Black pour organiser une réception pour le Réveillon car elle voulait annoncer avec faste la bonne nouvelle qu'Arcturus et elle observaient depuis plusieurs semaines.

Melania se retourna dans les bras d'Arcturus afin que son dos s'enfonce tendrement dans son torse et que ses mains viennent se poser sur son ventre. Elle était épuisée parce qu'elle veillait sur Arcturus et parce qu'elle veillait sur leur enfant.

« Tu es sûre que tu veux l'annoncer ce soir à nos familles ? souffla-t-il à son oreille avec anxiété. Nous serons le centre d'attention et tu as déjà passé tout le mois à organiser la réception avec ma mère et ma grand-mère. Tu as aussi le droit de…

— C'est ma réception, le coupa Melania avec fierté. C'est moi qui ai insisté pour que nous l'organisions malgré les réticences de ta mère, c'est moi qui ai eu le dernier mot sur la liste des invités, sur le choix des musiciens et même sur les fleurs. J'ai pensé à cette annonce dès que je m'occupais de la réception. Irma a déjà annoncé sa grossesse, c'est à mon tour d'annoncer la mienne.

— Tu risques d'être sollicitée plus tard dans la soirée et…

— Tu n'es pas fier de devenir père ? »

Comme Arcturus ne répondit rien, Melania se retourna pour lui faire face. Les tocs de son visage reprenaient de plus belle.

« Arcturus… souffla-t-elle complètement déstabilisée. »

Car elle ne pouvait s'empêcher de penser à l'enfant qu'elle n'avait pas eu, celui qui lui avait été retiré, celui dont elle avait avorté. Et un instant, elle crut qu'Arcturus ne voulait pas parler de cet enfant, qu'il n'en était pas fier, qu'il n'était pas fier d'elle et heureux de cet enfant.

« Tu… tu n'es pas heureux ? demanda-t-elle d'une toute petite voix en se rappelant brutalement de la manière dont le Moldu l'avait repoussée.

— Mais si je suis fier et heureux, je viens de te le dire, répondit-il en fronçant spasmodiquement les sourcils. Mais je… je m'inquiète pour toi. Je m'inquiète de la jalousie de Pollux et…

— Pollux aussi va devenir père, protesta Melania.

— Mais Pollux pensait que… Je… »

Il s'interrompit et s'éloigna d'elle. Il était à nouveau dos à la porte, et elle au milieu de leur chambre, comme le soir de leur mariage. Elle fit un pas. Il secoua la tête. Elle s'arrêta.

« Je pense que Pollux pensait que nous n'arriverions pas à avoir d'enfant parce que je n'aime pas le contact physique, dit très vite Arcturus. Il pensait que son enfant à lui hériterait de la Maison des Black. Lorsqu'il va savoir que tu es enceinte, il va s'en prendre à toi et…

— Arcturus, que me racontes-tu là ? s'étonna-t-elle. Pollux sait très bien que nous avons assez de relations pour que nous puissions avoir un enfant.

— Pardon ? Tu en parles avec lui ? s'étonna-t-il un ton plus haut qu'ordinaire sous le coup de l'incompréhension ou de la colère peut-être.

— Mais non, j'en parle avec Irma, un peu, et j'imagine qu'elle le lui a rapporté, le tempéra aussitôt Melania. Et puis c'est toi l'Héritier, et je suis ton épouse, nous sommes mariés, tout le monde s'attend à ce que nous annoncions un heureux événement très bientôt, se réjouit-elle en marchant vers lui. Et je veux pouvoir montrer à tout le monde combien je suis fière et heureuse de porter ton enfant. Notre enfant, conclut-elle. »

Elle se hissa au même moment sur la pointe des pieds et glissa ses bras autour de son cou pour venir l'embrasser amoureusement. Les mains douces et chaudes d'Arcturus se posèrent délicatement sur ses reins pour la tenir contre lui.

« Lorsque ton père et ton grand-père sauront que leur héritier est en chemin, ils me couveront comme jamais, lui rappela-t-elle. »

Les yeux gris pâle d'Arcturus brillaient de fierté. Ses joues étaient un peu roses, comme à chaque fois que Melania venait se presser à lui en l'embrassant. Je crois qu'il s'émerveillait à chaque instant de sa vie d'avoir une épouse comme Melania à son bras.

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Je me souviens de cette réception.

C'était somptueux, bien plus que ce à quoi les Macmillan étaient habitués dans leur village écossais. C'était mondain et urbain. Les sorcières portaient des pierreries monstrueusement grosses. Les sorciers avaient revêtu des tissus de velours merveilleux. Et tous, ils dansaient sur le parquet qui avait été entièrement rénové pour l'occasion. Tous, Macmillan, Crabbe, Bulstrode, Yaxley, Rosier, tous, ils avaient accepté de se rendre à cette fabuleuse fête éclatante de pouvoir, la deuxième donnée en cette année 1924 au 12, Square Grimmaurd. Tous, ils avaient accepté de se conduire tels des courtisans et de faire honneur aux Black.

Car quoi qu'ait pu en dire Arcturus, ils s'attendaient tous à ce que Melania et lui annoncent la venue de l'Héritier direct de l'empire de la Maison des Black. Peut-être un peu moins Jane Macmillan, qui continuait de voir sa famille se déchirer sur leurs terres écossaises. Peut-être espéraient-ils aussi pouvoir faire des commérages sur cette pauvre Melania qui avait épousé l'Héritier cinglé et ne serait jamais mère. Sur Melania qui avait sans doute dû recourir à un amant conciliant pour remplir son rôle d'épouse. Sur Melania qui semblait épuisée et terrorisée par cet époux instable et tyrannique. Sur Melania et surtout sur Melania. Les gens ne colportaient plus de rumeurs sur ce cinglé d'Arcturus, mais sur Melania, bien trop belle, douce et spirituelle pour être à l'origine du choix de son époux et de son mariage. Bien trop belle pour aimer un homme si austère, rigide et intransigeant qu'Arcturus Black.

Bien trop belle pour avoir la moindre intelligence aussi.

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Je crois que Melania traversa la salle de bal avec Arcturus, sa main délicatement déposée dans la sienne, avec hauteur et fierté, pour se placer face à tous les convives. Je crois que son pas fut lent mais claquant et sûr. Je crois qu'Arcturus ne fut jamais aussi impressionnant d'assurance et de pouvoir que ce soir-là. Cette soirée était l'accomplissement de cinq mois de travail sur lui pour apprendre à vivre en société. Cette soirée, symboliquement, représentait aussi l'accomplissement de leur union.

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, commença-t-il d'une voix calme, paisible mais inflexible et noble, et le silence se fit aussitôt. Si nous vous avons réunis ce soir, c'est avant tout pour célébrer l'importance de la famille, et l'honneur qui nous incombe de perpétuer nos traditions. »

Lorsqu'il se tourna légèrement vers Melania, tout le monde fut certain que l'événement tant attendu devenait réel. Une inspiration générale entoura le moment lorsqu'Arcturus éleva la main de Melania pour la baiser avec respect, amour et dévotion devant la foule. Melania ne baissa pas les yeux et laissa Arcturus tout à son instant de gloire, le plus important pour un homme de son rang et de son époque. Elle le regarda elle aussi avec émerveillement, le même qu'il lui accordait à chaque seconde de sa vie.

« C'est avec une immense fierté, que nous vous annonçons la venue prochaine d'un héritier pour la Maison des Black. »

Il ne s'embarrassa pas à regarder les gens l'applaudir ni même à les remercier d'un signe de tête. Il était tourné vers Melania, celle qui lui permettait cet instant de gloire, celle grâce à laquelle il guérissait de sa folie, et celle dont il était fou.

Il lui baisa à nouveau la main, sans quitter ses yeux noirs et brillant de larmes de joie, de soulagement, d'épuisement mais aussi, un peu, de fierté. Puis il ouvrit le bal avec elle, sous les yeux heureux et surtout satisfaits de ses parents et grands-parents.

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La suite est bien moins glorieuse, belle et délicate. Melania ne m'en a sûrement même pas tout dit. D'abord, je ne l'ai pas revu avant plusieurs mois suite à cet incident. Ensuite… elle n'a plus jamais été la même. Une peur sourde, la même que celle d'Arcturus, commença à la contaminer, et il lui fallut plus de trois ans pour s'en remettre. Et encore… elle n'oublia jamais.

Après les félicitations de Mrs et Mr Sirius Black, de Mrs et Mr Phineas Nigellus Black, de Mrs et Mr Herbert Beurk, de Mrs et Mr Cygnus Black, de Mrs et Mr Arcturus Black, soit après les remerciements des parents, grands-parents, oncles et tantes d'Arcturus son époux, après les remerciements de l'échiquier de la Maison des Black, vint le tour des Macmillan.

Jane Macmillan oublia pour un temps sa famille qui se déchirait toujours plus pour prendre les mains de Melania, la féliciter et la remercier encore et encore. Myrina Greengrass-Macmillan, qui avait fini par devoir épouser son fiancé mais qui refusait coûte que coûte d'abandonner la Médicomagie, vint la féliciter à son tour. Elle brillait par l'impertinence dont elle devait faire constamment preuve pour concilier tous les versants de sa vie de femme, et Melania l'admirerait toujours pour cela. Car en plus d'être belle et indépendante, Myrina était brillante et profondément gentille. Et Melania, qui n'était certes pas sotte mais plus maligne qu'intellectuelle, garderait toujours une forme d'amitié pleine de respect pour sa belle-sœur, à tout instant de sa vie.

« Tu mérites ce bonheur, Melania, insista Myrina. N'écoute personne te dire quoi faire ou que tu n'es pas à la hauteur, tu mérites d'avoir tout ce que tu veux.

— Merci Myrina, souffla Melania en acceptant l'étreinte de sa belle-sœur. »

Arcturus était à côté, resplendissant toujours de fierté. Il gardait une main dans le bas du dos de Melania pour se rassurer sur la sécurité de son épouse et surtout sur sa présence. Il réussissait même à serrer les mains des convives qui le félicitaient. Ce serait la seule et unique fois.

« Après une belle épouse, c'est un bel héritier qui vous attend, Arcturus, commenta avec amusement Archi Rosier en venant serrer la main au futur père. »

Melania lui fit les gros yeux, mais Arcturus était si rempli d'allégresse qu'il esquissa même un sourire à l'encontre de leur ami.

« Il serait temps d'en faire de même avec Miss Pucey, Archi, lui répondit même Arcturus.

— La belle se fait désirer, se lamenta faussement Archi. Que voulez-vous, Arcturus, toutes les femmes ne sont pas aussi douces que Melania.

— Archi, il suffit, s'offusqua d'autant plus Melania qu'elle sentait toujours plus les regards sur elle. »

Imaginez Melania Macmillan-Black. Imaginez-la fatiguée mais belle, impériale et enceinte, toute vêtue de velours vert ou de dentelle noire. Imaginez-la comme vous le voulez, mais imaginez-la douce, gentille, fière, aimante et pleine d'une prestance heureuse et lumineuse.

Imaginez-la, et souvenez-vous de cette image jusqu'à la fin.

Car c'est la dernière fois que vous pourrez l'imaginer ainsi. Je vous l'ai dit, tout va bientôt s'écrouler.

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Le Réveillon touchait à sa fin lorsque Melania laissa échapper son premier bâillement de la soirée. Je me rappelle qu'Arcturus baisa aussitôt sa main et lui proposa de monter se coucher dès que les Macmillan auraient mis un pied dans l'immense cheminée du Grand Salon. Je me rappelle que Melania acquiesça et vint saluer ses parents, ses frères et sa belle-sœur avec émotion avant que les flammes de l'âtre ne virent au vert et les emportent à la Villa Caledonia, en Écosse, où ils continuaient de se déchirer toujours plus.

Je crois qu'Arcturus lui accorda leur premier et unique baiser en public ce jour-là, parce qu'ils étaient tous les deux si heureux et si fiers qu'ils se sentaient au-dessus de tout.

Melania salua distraitement sa belle-mère et la grand-mère de son époux pendant qu'Arcturus la raccompagnait au pied de l'escalier monumental. Il lui parla avec une vivacité et une passion qu'il n'accordait d'habitude qu'à ses expériences magiques. Il étudiait de très près l'influence de la position des astres sur les sortilèges. Melania riait ouvertement de bonheur. D'un bonheur qui semblait alors sans nuage.

C'est très certainement Sirius Black qui retint son fils au bas de l'escalier, et Melania qui décida de monter seule au deuxième étage pour retrouver leur chambre. Elle monta lentement, en se tenant à la rampe de l'escalier en bois sombre recouvert d'un tapis vert et aux formes noires. Un pied après l'autre, elle monta vers le palier du deuxième étage, les yeux dans le vague, l'esprit toujours ailleurs, parmi les regards admiratifs et réjouis de ses invités et de sa famille.

« Melania, je vous attendais. »

Les mots s'abattirent sur Melania presque aussi sûrement qu'un couperet ce soit-là.

« Mr Black, salua distraitement Melania sans faire véritablement attention à l'oncle d'Arcturus. Je souhaitais me coucher.

— La discussion sera brève, précisa le beau-père d'Irma avec un sourire paisible qui trompa lourdement Melania. »

Cygnus Black, deuxième du nom, avait déjà une réputation mitigée à cette époque. De belle et droite jusqu'à ses vingt-cinq ans, sa réputation avait été ternie au fil des ans par ses sautes d'humeur de plus en plus fréquents, son racisme viscéral et sa condescendance outrancière.

Melania, qui avait bien d'autres choses à quoi penser, ne recherchait guère sa compagnie. De toute façon, il était souvent absent du 12, Square Grimmaurd. La bâtisse l'envoyait dans les plaines slaves depuis plusieurs années déjà pour mener une affaire toujours sur le point de s'effondrer. Que ce fût commerce ou politique, son activité ramenait un honneur officieux à la Maison des Black qui satisfaisait suffisamment son frère aîné et son père pour que l'un et l'autre accepte de lui verser une rente et nourrissent son épouse et ses enfants.

« Je vous écoute », répondit distraitement Melania en s'arrêtant au milieu du palier du deuxième étage.

Elle dut être distraite et ne penser qu'au lit et aux bras d'Arcturus ce soir-là. Elle dut ne pas faire attention à l'étrange venue de Mr Cygnus Black devant la porte de sa chambre, ni à l'étrange volonté qu'il eut de lui parler.

Elle dut être ailleurs, encore avec les convives. Elle dut avoir tant d'étoiles dans les yeux qu'elle ne vit rien.

« Cet enfant que vous attendez, Arcturus en a-t-il préparé convenablement la venue ? dit-enfin Mr Cygnus Black avec une voix remplie d'une curiosité fébrile.

— Arcturus et moi avons déjà cherché les prénoms possibles, oui, répondit-elle un peu à côté parce qu'elle était déjà sous l'empire des rêves. Si c'est une fille…

— Une fille ? Vous pensez que l'enfant sera une fille ? la coupa-t-il en faisant un pas vers elle.

— Je n'en sais rien, répondit-elle en riant légèrement. Arcturus…

— Arcturus n'a donc pas préparé la venue de son fils ? Permettez que je vous aide. Je suis certain que mon neveu m'en sera très reconnaissant. »

Ce qu'il se passa ensuite fut bien trop rapide pour que quiconque s'en souvienne précisément et pourtant, chaque geste, chaque son, chaque éclat de lumière hantèrent Melania pour le reste de sa vie comme s'ils s'étaient incrustés dans le revers de sa paupière.

Le visage auparavant aimable de Mr Cygnus Black perdit toute chaleur. Ses lèvres s'écrasèrent en une suite de mots sombres. Sa baguette dût virevolter dans l'air aussi vite qu'un rapace pique sur sa proie.

L'éclair fit vibrer toute l'entité du 12, Square Grimmaurd.

Ou peut-être fut-ce le hurlement de Melania lorsque le maléfice la frappa qui s'engouffra dans chaque mur de la bâtisse. Peut-être le 12, Square Grimmaurd cria-t-il lui aussi de douleur en sentant le potentiel d'un enfant de la Noble et Très Ancienne Maison des Black être anéanti en quelques seconde.

Peut-être Arcturus cria-t-il lui aussi en découvrant sa princesse agoniser sur le tapis rêche du palier pendant que son oncle pointait toujours sa baguette sur elle, imperturbable et tout à fait insensible aux cris désespérés Melania Black.

Et cependant, ce ne fut rien par rapport à la tempête qui ravagea l'instant d'après la maison.

« Laissez-la ! » hurla Arcturus et lançant un maléfice à Mr Cygnus Black.

Son oncle para le maléfice aisément et se tourna vers Arcturus. Une bulle de protection les enveloppa lui et Melania pendant qu'il gardait sa baguette pointée devant lui. Il devint sûrement fou. Ou plutôt, la situation fit céder les dernières résistances d'Arcturus face au parasite de la folie qui cherchait à entrer en lui depuis toujours.

Les maléfices plurent et continuèrent de faire trembler la maison. D'une main, Arcturus Black menait un combat à mort contre son oncle, de l'autre, il caressait la joue de Melania, prenait sa main et lui assurait entre deux sortilèges qu'il était là, qu'il la protégeait contre tous ceux qui lui voulaient du mal contre la terre entière.

Les bruits attirèrent immédiatement tous les habitants de la bâtisse. Sirius Black se mêla au combat, essaya de séparer les duellistes. Hesper Black essaya de passer le dôme protecteur érigé par Arcturus en vain. Irma cria d'effroi jusqu'à ce que Pollux l'entraine dans les étages pour les protéger de son propre père. Violetta s'empressa d'éloigner ses plus jeunes enfants du champ de bataille et d'aller les coucher. Lysandra et son époux Arcturus – le frère de Sirius et Cygnus, celui-là – en firent de même avec leurs trois filles après avoir vu l'affrontement.

L'époux de Melania était fou, ils prirent sans doute cette situation pour une crise de paranoïa comme une autre.

L'arrivée de Mr Phineas Nigellus Black, de son épouse et de sa sœur changea la donne. Phineas Nigellus était certes le directeur de Poudlard le plus détesté, mais il était brillant. Le ciel et les étoiles et tous les sortilèges et maléfices s'y rapportant n'avaient aucun secret pour lui. Il avait été Langue-de-Plomb, puis l'origine pas toujours sorcière de ses collègues avait fini par lui devenir insupportable, alors il avait postulé pour enseigner l'Astronomie à Poudlard.

Il était finalement devenu le directeur de l'école de Sorcellerie.

« Arcturus, calmez-vous ! Ne gâchez pas une si belle journée », intervint-t-il en en faisant s'envoler la tornade que son héritier venait de créer.

Le plafond s'ouvrit pour laisser la tempête traverser les étages et dévaster le ciel londonien.

« Melania a hurlé, vous avez tous entendu Melania hurler. Oncle Cygnus a fait hurler Melania de douleur ! Melania se tordait au sol. Melania pleure. Melania a mal. Melania…

— Cygnus, que s'est-il passé ? demanda aussitôt Mr Sirius Black à son frère.

— Ton fils est fou, Sirius », répondit négligemment Cygnus en levant les yeux au ciel.

Il ajouta la suite entre ses dents avec une fierté mélangée à de l'exaspération, sur un ton qui, en général, calmait les quelques soupçons qu'on pouvait porter contre lui.

« J'ai fait ce qu'il n'avait pas fait. J'ai assuré à la Noble Maison des Black un héritier mâle en bonne santé. Maintenant, calme ton fils, et je vous souhaite à tous une bonne nu…

— Vous n'irez nulle part ! » s'emporta Arcturus.

Entre ses yeux gonflés de larmes et de douleur, recroquevillée sur le seuil de la chambre qu'elle partageait avec Arcturus, Melania vit le couloir s'assombrir, les chandelles s'éteindre, les portes claquer, et les bras d'Arcturus faire des gestes amples et lents. Son époux prononça des incantations latines d'une voix tout aussi effrayée que remplie de colère pendant qu'un serpent de fumée s'enroulait, impitoyable, autour de Cygnus Black. Le mage noir se retrouva projeté contre le mur, incapable de se libéré du monstre vaporeux, à crier sa rage d'une situation qui l'humiliait et l'asservissait. Il n'était déjà que le deuxième fils – le troisième pendant toute son enfance – et son fils n'hériterait finalement pas de la Maison des Black : l'audace de son neveu à lever une baguette bien plus terrible et habile contre lui, lui rappelait combien il n'aurait jamais la place qu'il désirait.

« Avouez, mon oncle ! Avouez que vous lui avez jeté un maléfice ! À une femme enceinte ! Pourquoi ? Un Doloris ? Je savais que vous vouliez du mal à Melania, je savais que vous vouliez tous du mal à Melania ! Melania m'a dit que je me faisais des idées, mais Melania a le cœur trop bon !

— Ta femme aura un fils, cesse… de te plaindre et… réjouis-toi ! cracha Cygnus Black pendant que son propre père le libérait du maléfice d'Arcturus d'un Sortilège de Découpe.

— Qu'as-tu fait, Cygnus ? » s'agaça Sirius Black.

Je crois qu'il avait éprouvé tant de bonheur à voir son fils recouvrer une attitude si sereine, qu'il fut en colère contre son frère sans pour autant pouvoir croire pleinement son fils. Il n'a jamais voulu tout à fait croire Arcturus de toute façon. Il l'a toujours pris de haut. Tout ce qui n'est pas pleinement conforme nuisait de toute façon à l'honneur des Black selon leur doctrine de pureté. Toujours Pur.

« Ne me regarde pas ainsi, Sirius, ce sortilège traditionnel enchantera tout le monde. »

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Melania appelait faiblement Arcturus parce qu'elle se sentit mourir ce jour-là. Je crois que tous ses souvenirs se mélangèrent et s'unirent contre elle pour la rendre folle à son tour. Voyant tant de faiblesse dans la nouvelle venue, le 12, Square Grimmaurd cria avec elle… et contre elle : il l'infecta de la folie dont il ensemençait chacun des habitants de la bâtisse, chacun des sorciers qui osaient dévier du droit chemin et dont il avait la garde. Dont il détenait la pleine possession. Il chercha à l'étouffer pour écraser toute faiblesse.

Il chassa Melania Macmillan-Black, et comme Arcturus la suivait partout, il mit en chasse son héritier par la même occasion. Il chassa le pouvoir passionnel et le pouvoir apaisant. Il chassa deux mains d'un pouvoir incommensurable. Même s'il le regretta aussitôt.

« Que lui avez-vous fait ? éructa Arcturus agité de spasmes incontrôlables sous la terreur grandissante.

— J'ai offert les mêmes sortilèges à Violetta pour chacun de nos enfants, s'agaça finalement Cygnus Black. Elle se porte très bien, et nos enfants aussi. Cesse de faire l'enfant, Arcturus et… »

Melania réussit à tirer sur la cape d'Arcturus qui s'agenouilla aussitôt auprès d'elle tout en maintenant son dôme protecteur autour d'eux.

« J'ai… J'ai mal, réussit à peine à prononcer Melania. »

Je pense qu'elle étouffait sous le poids de la douleur, de son rang, de la fatigue accumulée et de la peur qui infestaient son cœur de manière incurable.

Toujours Pur. Toujours plus.

Il fallait donner toujours plus sa vie au 12, Square Grimmaurd et à la Maison des Black, et Melania n'avait plus rien à donner si ce n'est cet enfant dont elle refusait de manière catégorique de se séparer. C'était l'enfant d'Arcturus. C'était leur enfant. C'était son enfant. À elle. Personne – pas même les Black – ne le lui prendrait.

Pour Arcturus, je pense que la situation n'exigea pas le moindre dilemme. Melania souffrait à cause de Cygnus Black ? Il devait l'emmener loin de Cygnus Black.

« Je vous préviens Père, je vous préviens Grand-père, si mon oncle reste ici, nous partons. »

Et Melania Black perdit connaissance.