Quatrième chapitre du jour...
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Chapitre 17 : Où Arcturus l'aime
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Singulier destin que celui de Melania Black.
Saviez-vous qu'elle mourut un peu ce soir-là ?
Qu'elle réussit à survivre seulement grâce à l'amour d'Arcturus ?
Qu'il recolla patiemment et pendant des journées entières les morceaux de son âme brisée ?
Mais qu'elle avait reçu tant de coups et de blessures que son cœur originel disparut à jamais ?
Remarquez, laissons Arcturus essayer de sauver l'amour de sa vie.
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Je pense que vous avez compris ce qui se passa ce soir-là, de la même manière que je l'ai compris plus tard.
On dit que personne ne naît mauvais mais le devient, au fur et à mesure des épreuves de la vie et de la cruauté de la société. J'ai cependant connu assez de personnes profondément bienveillantes et d'autres profondément haïssables pour en douter.
Mr Cygnus Black était de nature cruelle. Qu'importe que ce fût par une jalousie exacerbée ou un traumatisme d'enfance : jamais je ne pourrais lui pardonner ce qu'il fit subir à Melania et à son futur enfant ce soir-là. Jamais je ne pourrais croire qu'il aurait pu regretter ses actions si on le lui avait permis. Jamais je ne pourrais imaginer que sa naissance dans la folie de la Maison des Black soit la seule explication à l'horreur de sa personne. Il aimait dominer, que ce fût son épouse, ses enfants, les moldus en général et surtout ceux qu'il torturait en Europe de l'Est sous les couleurs du drapeau de Grindelwald. Il prenait plaisir à faire ces « sales besognes » que ses frères répugnaient à faire.
Arcturus Black était d'une nature paisible. Il était raciste parce qu'il avait beaucoup d'orgueil et peut-être parce qu'il avait été élevé comme l'Héritier des Black, je le conçois parfaitement et je conçois parfaitement également que ce n'est en rien une excuse. Il n'empêche qu'il aurait tout renié pour protéger Melania et qu'en dehors de ses crises de paranoïa, il n'était pas belliqueux pour une Noise.
Melania se réveilla dans une pièce qu'elle ne reconnut pas. Son premier réflexe fut de toucher son ventre et de pleurer de soulagement en lui retrouvant ce léger arrondi. Elle remonta la longue chemise de nuit dont elle était vêtue pour caresser la peau qui tenait au chaud l'être qu'elle avait tant désiré. On ne lui avait pas arraché ce bébé. Cet enfant ne serait pas un ange. Il serait pour toujours dans ses bras, à l'abri du toucher sale et violent des hommes.
Elle se demanda ensuite où elle était, s'il y avait quelqu'un, qui l'avait emmenée là. Mais je crois qu'elle était si perdue qu'elle n'eut pas le temps de s'affoler : Arcturus entrait déjà dans la pièce. Il avait le même visage complètement ravagé et blanc d'insomnie que cinq mois plus tôt, au lendemain de leur mariage.
« Melania, souffla-t-il en restant à l'entrée de la chambre. »
Il devait attendre le consentement de Melania pour s'approcher parce qu'il se sentait responsable de ce qui s'était passé, parce qu'il ne voulait pas l'effrayer et tout simplement parce qu'il l'aimait.
Melania tendit simplement les bras vers lui, comme une enfant qui se réveille d'un cauchemar et demande du réconfort dans la seule personne qu'elle voit. Dans la seule personne en laquelle elle a confiance aussi.
Arcturus relâcha sa respiration et se précipita au chevet de sa bien-aimée. Il s'assit au bord du lit et ils s'enlacèrent un long moment pour se rassurer dans les bras et le parfum de l'autre.
« Ne me laisse pas, le pria-t-elle en se mettant à pleurer.
— Jamais, lui promit-il.
— J'ai eu si mal.
— Plus personne ne pourra te faire du mal ici.
— J'ai cru que je perdais notre enfant, hoqueta-t-elle en enfouissant son visage dans le cou d'Arcturus.
— Notre enfant va bien », lui assura-t-il.
Je pense qu'ils n'eurent rien de plus à se dire, à part peut-être qu'ils s'aimaient. Je pense qu'Arcturus finit par s'allonger avec elle dans leur lit, puis par se glisser derrière elle pour poser ses mains sur le ventre de Melania, ventre que Melania ne voulait plus lâcher une seconde. Je pense que leur bébé finit par donner signe de vie en un petit coup qui fit pleurer de joie et de soulagement Melania et Arcturus.
« Où sommes-nous ? dut-elle finir par demander quand elle fut assez apaisée.
— Chez moi, lui avoua Arcturus sans la regarder dans les yeux. C'est… C'est ici que je viens lorsque je sens que j'ai besoin d'être entièrement seul. Mon grand-père Gamp m'a légué sa maison de campagne parce qu'elle contient la plus belle bibliothèque d'Angleterre et parce qu'il savait combien j'aimais les livres. »
Melania cligna des yeux, atterrée d'apprendre l'existence de cette maison seulement maintenant, après cinq mois de mariage. Atterrée aussi parce qu'elle comprenait enfin où Arcturus était lorsqu'il disparaissait pendant des heures entières.
Arcturus l'avait emmenée dans une maison de campagne dont il avait hérité des parents de sa mère. La maison était retirée du monde de la ville et du monde des apparences. La maison était à l'écart. C'était un refuge, un refuge qui lui convenait, son refuge.
« C'est chez nous », souffla-t-il en relevant craintivement les yeux vers elle.
C'était à présent leur refuge.
« Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé auparavant ? » demanda Melania en regardant autour d'elle.
Les papiers peints étaient bleus et rayés d'orange. La pièce contenait deux armoires de part et d'autre d'une cheminée en brique au linteau en bois noir. Un feu crépitait discrètement sur les chenets de cheminée. Les fenêtres étaient masquées de rideaux bleu nuit aux motifs floraux. Il n'y avait aucun tapis sur le parquet du sol. C'était relativement… sobre et même spartiate.
« Je… Je ne sais pas. Je m'efforçais de ne plus y aller or t'en parler n'aurait plus été aussi simple de le faire. Je… Ce n'est pas assez bien pour toi. »
Je crois qu'il n'y avait pas d'autre explication à cette question que le non-sens ou la peur de voir entrer Melania dans le lieu qui avait entendu tous ses tourments. Arcturus Black avait beau être un petit génie, il avait également des réactions complètement imprévisibles, je vous l'ai déjà dit.
« Tu me fais visiter ? » préféra sans doute demander Melania.
Je crois que Melania avait accepté le fait qu'aimer Arcturus c'était accepter de le comprendre au fur et à mesure et d'attendre qu'il lui parle lui-même de certaines choses. Je crois qu'elle avait compris que, quoi qu'elle puisse faire pour l'apaiser, il manquerait toujours un quelque chose de plénitude et de sérénité à Arcturus Black.
Elle lui tendit sa main remplie de ce pouvoir apaisant dont Arcturus avait besoin pour avancer et ne plus s'inquiéter de sa santé et de la santé de leur bébé. Arcturus l'aida à se relever puis l'aida à enfiler une robe de chambre par-dessus sa chemise de nuit longue pour ne pas qu'elle ait froid. Il lui laissa sa propre paire de pantoufles, car Melania n'en avait pas ici, avant de la mener dans chaque pièce de la maison de campagne. Dans les deux autres chambres de l'étage. Dans l'immense bibliothèque qui servait aussi de salle d'expériences pour Arcturus. Dans la pièce à vivre qui recevait des canapés confortables dans lesquels Melania avait envie de s'asseoir et de se blottir contre Arcturus et qu'il se blottisse contre elle. Dans la cuisine, quasiment similaire à celle de la maison de son enfance, la Villa Caledonia. Dans l'entrée qui accueillait déjà leurs capes. Dans le jardin de derrière, dont les champs s'étendaient à perte de vue et qui firent pleurer Melania de nostalgie. Elle les arpenta avec Arcturus en respirant librement pour la première fois en cinq mois.
La maison était incartable et soumise à des milliers de sortilèges de protection qu'Arcturus avait installés lui-même au fil des ans et des dernières heures. Arcturus l'avait choisie elle en dépit de tout. En dépit de la Maison des Black, du 12, Square Grimmaurd et de son statut d'héritier.
Je crois que c'est une bonne chose que Melania n'eut pas eu connaissance de cette maison de campagne plus tôt. Elle arrivait ainsi dans un autre lieu. Elle pouvait ainsi commencer autre chose, une vie autre que celle qu'elle avait essayé de construire pour répondre aux attentes de la Maison des Black, du 12, Square Grimmaurd et de la charge que ses beaux-parents avaient imposée à ses épaules. Elle put se réveiller dans un autre monde, un monde fait d'un jardin sauvage, de champs à parcourir, d'une maison pour seulement elle et la seule personne en qui elle avait confiance. Une maison pour attendre tranquillement son bébé. Une maison qu'elle pouvait habiter comme elle le voulait. Une maison faite pour elle : pour la protéger.
Une maison d'amour.
Cette troisième manche du mariage d'Arcturus et Melania ne fut remportée ni par la peur, ni par l'amour.
Elle fut remportée par une bouffée d'air frais. Un air de liberté retrouvée.
