cinquième chapitre du jour...
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Chapitre 18 : Où Protection s'ouvre
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Singulier destin que celui de Melania Black.
Saviez-vous qu'elle revécut un peu ce matin-là ?
Qu'elle se laissa à nouveau bercer par le grand air et l'herbe tendre ?
Qu'elle put également parler pour la première fois à Arcturus à cœur ouvert ?
Et qu'Arcturus cessa d'être consolé pour la consoler elle ?
Remarquez, laissons-les s'aimer bien, au moins un moment dans leur vie.
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Jusqu'à la naissance de leur enfant, personne n'avait pu entrer chez Arcturus et Melania, et personne ne sut même où était vraiment Melania. Même le jour de la naissance, Arcturus et Melania se décidèrent au dernier moment à envoyer un hibou à la sage-femme de Tutshill – le village dans lequel ils vivaient désormais. Les contractions de Melania eurent lieu un peu trop tôt – et elle fut malheureusement persuadée que le maléfice de Cygnus Black en fut la cause, que tout était de sa faute et qu'elle serait une mauvaise mère – mais l'accouchement se passa bien. Elle accoucha le 16 février 1925 d'une petite fille en relativement bonne santé, quoique née deux mois trop tôt, qu'ils choisirent de prénommer Lucretia Melania Hesper Jane Black.
Arcturus fit en sorte, durant un mois et demi, que le feu brûle nuit et jour dans leur chambre. Il plaça le berceau devant la cheminée afin que Lucretia puisse finir de grandir au chaud, comme si elle avait encore été dans le ventre de sa mère. La bulle de sortilège de Chauffage qu'il ajouta empêcha toute chaleur de s'enfuir. La petite est si… petite qu'il pouvait la tenir sur son avant-bras, la tête dans la paume de sa main, les pieds dans le creux de son coude, et passer des heures à veiller sur elle.
Ce silence et cette douceur qu'Arcturus accorda immédiatement à Lucretia remit définitivement en marche le cœur de Melania. Peut-être même tomba-t-elle à nouveau amoureuse de lui – ou un peu plus – et ne chercha-t-elle rien à faire, rien à tirer à elle, rien à changer cette fois.
Je crois qu'elle se contenta simplement de savourer et de revivre.
Son bébé était né, il était en bonne santé, Arcturus était déjà un père aimant et attentionné, et malgré le sortilège, Arcturus lui avait assuré qu'il n'y avait aucune séquelle – c'était en plus une fille, qu'y avait-il à craindre ? L'accouchement avait été douloureux et long, mais la sage-femme avait été attentive et avait accepté qu'Arcturus reste lui tenir la main vu qu'aucune femme de sa famille n'était présente. Une seconde elle avait regretté la présence de sa mère, la seconde suivante elle l'avait louée. Une seconde elle avait loué l'absence de Ludovica et Myrina, la seconde suivante elle s'en était désespérée.
« Elle ne grandit pas beaucoup » était l'éternelle inquiétude d'Arcturus.
Paradoxalement, Melania craignit à peine pour la vie de Lucretia durant ses premiers jours parce qu'elle voyait Arcturus en prendre soin et s'inquiéter assez pour deux. Et puis personne n'avait le droit de voir ou de porter Lucretia autre qu'eux deux, Arcturus avait été définitif à ce sujet et elle avait abondé dans son sens : personne ne pouvait faire de mal à leur enfant. Arcturus avait fini par laisser venir Tomas et Myrina Macmillan sur la demande de Melania, parce que son frère était mortellement inquiet de ne pas savoir où elle était, ce qu'il s'était passé – Sirius Black avait refusé une quelconque explication et Arcturus n'avait voulu en donner aux Macmillan – et comment se portait sa nièce.
« Votre filleule », avait rectifié Melania en lui présentant tout de même le bébé qu'elle tenait soigneusement contre elle, afin de lui partager sa chaleur.
Tomas et Myrina non plus n'avaient pu prendre le bébé dans leurs bras, mais l'éclat apaisé de Melania, l'attention d'Arcturus et le passage quotidien de la sage-femme de Tutshill les avaient assez rassurés pour qu'ils restent discuter un peu – même si la situation les inquiétait tout de même.
S'enfermer dans une maison de campagne, s'occuper exclusivement d'un bébé et ne voir personne – ou plutôt refuser de voir qui que ce soit, amis comme famille – avait de quoi poser question et inquiéter. Tomas avait eu une peur bleue qu'Arcturus Black soit aussi cinglé que sa réputation le précédait et que Melania en fasse les frais. C'était un peu vrai, mais pas dans le sens auquel il avait pu le craindre. Il s'en rassura pour un temps, et décida à partir de ce jour d'entretenir une correspondance avec son beau-frère pour apprendre à le connaître et se rassurer tant bien que mal.
Ce furent pour les deux ans de Lucretia que ses parents – qui la couvaient – acceptèrent enfin de faire venir chez eux Mr et Mrs Sirius Black et Mr et Mrs Sileas Macmillan ainsi que les frères de Melania avec Myrina, et le frère et la sœur d'Arcturus. Avec la fille de un an de Tomas et Myrina Macmillan, la petite Mathilda, ils seraient treize à table.
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Si Arcturus était plongé dans son habituelle paranoïa à l'idée d'accueillir dans leur maison de campagne autant de monde, Melania était bien plus sereine.
Les rôles s'étaient un peu inversés, comme peu avant leur mariage : Melania s'en remettait à Arcturus pour assurer leur protection. C'était la main passionnelle d'Arcturus qui apaisait Melania, et la main apaisante de Melania qui nourrissait les passions d'Arcturus. Amour, certes, mais aussi Peur, Inquiétude et Qui-vive assaillaient Arcturus de toute part. Il souffrait en silence, incapable d'accabler à nouveau Melania après ce qu'elle avait subi. Il ne lui confiait plus aucune de ses craintes pour se contenter d'écouter les siennes. Pendant deux ans, il avait eu peu de craintes de toute façon, tout s'était donc bien déroulé. Il allait au 12, Square Grimmaurd une fois par mois pour visiter ses parents et s'assurer que les biens des Black étaient en ordre. Et il faisait le tour de Tutshill une fois par semaine pour s'assurer que les employés des terres de ses ancêtres Gamp – dont il avait la responsabilité – étaient elles aussi en ordre. Quant aux achats, c'était l'elfe de maison d'Arcturus qui s'en occupait. Une certaine routine s'était installée et comme il savait que seuls la sage-femme de Tutshill, ainsi que Tomas et Myrina Macmillan pouvaient entrer dans la maison de campagne, il ne s'inquiétait pas outre mesure pour Melania. Il s'agissait de trois personnes de confiance. Melania se contentait d'envoyer des lettres à ses amies depuis deux ans et demi, et lui-même n'avait pris le temps de revoir et discuter avec Archi Rosier qu'à trois reprises. Ils se posaient tous des questions, mais le regard froid d'Arcturus dès que la question était abordée et les lettres rassurantes de Melania les avaient laissés perplexes mais silencieux. Ils avaient bien compris que quelque chose était arrivé, mais ni Melania ni Arcturus ne voulaient en parler et à défaut de le comprendre, ils avaient fini par accepter cet état de fait.
La sérénité de Melania était nourrie, quant à elle, plus par le babillement de sa fille que par la tendresse d'Arcturus. Elle aimait tant Lucretia, et elle en était si fière, qu'elle voulait la présenter à ses quatre grands-parents. Lucretia avait été élevée comme une véritable princesse. Melania et Arcturus lui avaient accordé toute leur attention, tout leur temps, et l'avaient choyée depuis sa naissance prématurée. Elle n'avait encore rencontré personne d'autre que son parrain et sa marraine – Tomas et Myrina Macmillan – et Melania se faisait une joie qu'elle rencontre sa cousine d'un an sa cadette pour enfin avoir une camarade de jeu de son âge. Arcturus était plus réticent, mais les lettres qu'il avait échangées avec Tomas Macmillan depuis deux ans et le désir de Melania le convainquirent aisément.
Et puis, sa princesse avait le droit à une véritable fête d'anniversaire.
Lorsqu'il avait parlé de ce dîner à son père, ce dernier n'en avait pas cru ses oreilles. Mr Sirius Black avait aussitôt fait venir Mrs Hesper Black pour lui annoncer la nouvelle. Pour sûr que Sirius Black ne croyait peut-être même pas son fils lorsque celui-ci lui assurait que Melania et leur fille étaient en vie dans sa maison de campagne. Seule la surveillance de l'Arbre l'assurait qu'une nouvelle sorcière du nom de Black était née et que Melania n'était pas décédée. Tomas Macmillan n'avait dit à personne d'autres qu'aux Macmillan – par respect pour la décision de Melania et de son époux – qu'il la savait – en vie – à Tutshill. Il appréciait peu Sirius Black de toute façon. Le beau-père de sa sœur était bien trop calculateur pour quelqu'un d'aussi simple et respectueux que Tomas Macmillan, selon Myrina Greengrass-Macmillan. Tomas le trouvait surtout bien trop autoritaire.
Quoi qu'il en soit, Sirius et Hesper Black avaient accepté avec espoir et joie l'invitation pour l'anniversaire de leur unique petite-fille, et avaient décidé leurs enfants, Regulus et Lycoris, à les accompagner. Regulus avait maugréé mais il avait accepté. Lycoris avait accepté en se moquant ouvertement du caractère secret de son frère : l'adresse de la maison avait été écrite sur un parchemin qui s'enflamma aussitôt après la lecture. La maison était incartable et soumise à une Sortilège de Fidelitas, bien sûr.
Ce furent Tomas et Myrina qui arrivèrent en premier avec Mathilda. Melania les avait priés de venir un peu auparavant afin que Lucretia – et Arcturus – ne soient pas effrayés par une venue trop importante de sorciers en même temps. La petite Mathilda tenait clairement du caractère volontaire, curieux et décidé de sa mère. À un an et quelques mois, elle marchait déjà aussi bien que Lucretia, qui, moins téméraire, s'était avec plaisir laissé porter par ses parents le plus longtemps possible.
Les deux enfants se regardèrent d'abord avec curiosité. La plus grande n'avait encore jamais vu de petite personne comme elle, d'enfant. La plus petite, au contraire, analysait méthodiquement cette nouvelle petite personne qu'on lui présentait, et réfléchissait si oui ou non elle l'acceptait dans sa vie. Les deux se fixèrent longtemps sous les regards amusés de Tomas et Melania jusqu'à ce que Mathilda se décide à tendre la main devant elle. Lucretia s'en saisit aussitôt et lui montra le coffre à jouets qu'Arcturus avait installé dans un coin du salon. Il s'y trouvait, entre autres, un service à thé miniature en métal, quatre ou cinq poupées en chiffon et en porcelaine, un landau magique qui lévitait tout seul, des cubes en bois, et des animaux en peluche avec lesquels Lucretia amusa sa cousine de la même manière que Melania le faisait souvent avec elle.
Melania regarda sa fille avec des yeux brillants de joie avant de venir prendre le bras d'Arcturus. Arcturus, lui, veillait sur sa fille et se détendait progressivement en voyant que Mathilda et Lucretia babillaient sereinement.
Les choses se gâtèrent légèrement lorsque les grands-parents Macmillan et Barnabas franchirent le portillon de la propriété. Arcturus se tendit aussitôt et ne détacha pas ses yeux de son beau-frère. Avait-il sa baguette ? Pourrait-il à nouveau lever la main sur Melania ? Et sur Lucretia ?
« Lucretia, tes grands-parents sont là, viens ma chérie », demanda doucement Melania.
Je crois que Melania vivait dans un cocon depuis deux ans et dans l'illusion que sa famille s'était tout autant apaisée qu'elle. Peut-être même que, pour avancer et surmonter les épreuves et les traumatismes successifs, elle avait inconsciemment voulu oublier que ses parents avaient participé d'une manière ou d'une autre à la violence de la Villa Caledonia. Elle ignora évidemment Barnabas – comme elle cherchait à ignorer les souvenirs du Moldu qu'elle avait aimé et des violences qu'elle avait subies – mais elle vint embrasser sa mère comme de rien, comme si elle l'avait vue la veille, et prit Lucretia dans ses bras pour la présenter à sa mère.
Elle ne lui tendit pas sa fille, elle la lui présenta, comme elle le faisait avec Tomas depuis deux ans. Sa fille devait rester dans ses bras à elle et dans ceux d'Arcturus.
Jane Macmillan essaya de prendre sa petite-fille, mais la petite resta accrochée à sa mère, comme elle en avait l'habitude. La petite Lucretia ne comprenait pas tout, elle ne comprenait pas pourquoi les choses étaient ainsi, mais elle savait que les choses étaient ainsi. Elle n'allait jamais dans les bras de son parrain et sa marraine, seulement dans ceux de ses parents.
« Mère », rappela simplement Tomas, la mâchoire crispée.
Il avait eu tant de mal à garder un lien avec sa sœur et son cinglé de mari, ce n'était pas pour que sa mère fiche tout en l'air. Surtout pas le jour où Melania et Arcturus acceptaient enfin d'ouvrir leur porte au reste du monde.
« Parle autrement à ta mère, Tomas », répliqua aussitôt Sileas Macmillan.
Melania fit mine de ne rien entendre, et recula d'un pas avec sa fille qu'elle embrassait sur la joue. Elle frotta son nez à celui de la petite qui en fit de même et se mit à rire. La petite Lucretia avait le rire facile, et c'était très simple de détourner son attention.
La tension monta pourtant d'un coup. Barnabas porta sa main à sa poche – dans la très nette idée de prendre sa baguette – et Arcturus tira la sienne tout simplement pour le pointer et le toiser d'un air menaçant. Myrina soupira lourdement en fermant les yeux et Jane regretta immédiatement d'avoir voulu ignorer les recommandations de son aîné. Quant à Sileas Macmillan, il plissa les yeux en sifflant d'agacement entre ses dents.
« Ta baguette, Macmillan », ordonna Arcturus avec un calme olympien à Barnabas.
Il lui fit signe de la poser au sol avec sa main libre pendant que Melania continuait d'ignorer la violence qui tonnait autour d'elle. Sa fille était dans ses bras, et c'était tout ce qui comptait. Les rires de Lucretia perçaient le silence entre les mots d'Arcturus.
« Black, tu vas tout de suite te calmer et laisser ma mère…
— Ta baguette, au sol, ordonna simplement Arcturus.
— T'es vraiment cinglé, ma parole, cracha-t-il sous les regards noirs de son père et son frère. Comment pouvez-vous tous marcher dans son délire ? C'est lui le fou, et c'est moi qu'on désarme ?
— Dépêche-toi, Barnabas, insista Sileas en entendant des craquements de transplanage dans le jardin.
— Mais que c'est joliii, s'extasiait déjà la voix fausse et criarde de Lycoris.
— Melania a ajouté des framboisiers, commentait la voix enjouée d'Hesper Black.
— Ta baguette, Barnabas ! s'impatienta Tomas en élevant la voix avec panique.
— Le tout n'a pas bien changé, ajoutait d'un ton plus morne Regulus.
— Ils doivent être à l'intérieur. J'aurais pensé qu'ils viendraient nous accueillir au portillon, commentait Sirius avec une désapprobation évidente.
— BARNA… »
La baguette tomba au sol dans un bruit sec. Arcturus l'attira à lui d'un Accio et la rangea dans la poche de sa propre robe.
« Je te la rendrai quand tu partiras », conclut Arcturus au moment-même où sa sœur poussait la porte de la maison.
Lycoris Black n'avait pas changé en deux ans. Peut-être l'échancrure de sa robe avait-elle perdu un ou deux centimètres mais c'était tout. Elle avait perdu un peu de joues aussi, parce qu'elle avait grandi. Elle avait plus perdu ici et là que gagné en tout cas.
« Mon frère ! » s'exclama-t-elle avec grandiloquence en trottinant jusqu'à Arcturus.
Elle ne prit pas garde au caractère distancié d'Arcturus pour le prendre dans ses bras avec une joie vraie ou fausse mais qui surprit et réjouit même Arcturus. Elle avait clamé haut et fort leur lien de parenté et elle était tout de suite venue auprès de lui, et c'était tout ce qu'il fallait à Arcturus pour à nouveau accorder sa confiance et son affection à sa sœur.
« Qu'est-ce que je suis heureuse de te voir ! Tu n'as pas changé d'un pouce ! continua Lycoris en posant ses mains de chaque côté des joues d'Arcturus. On devrait s'exiler chacun notre tour, c'est si excitant les retrouvailles ! » piailla-t-elle sans voir la crispation d'Arcturus à être touché ainsi.
Il se crispait sans pouvoir rien dire à Lycoris ni s'éloigner. Il voulait tellement l'attention de cette petite sœur si pleine de vie et de légèreté, de sa petite sœur, qu'il ne pouvait pas la repousser même si elle le mettait mal à l'aise.
Melania, bien que concentrée sur Lucretia, retrouvait les réflexes qui avaient été siens deux ans plus tôt lorsqu'ils étaient entourés des Black : elle repéra aisément qu'Arcturus n'était pas à l'aise entouré ainsi et attira l'attention de Lycoris.
« Lucretia, voici ta Tante Lycoris, dit-elle à voix haute à la petite pour attirer Lycoris loin d'Arcturus. C'est la sœur de ton père. »
Lycoris fit un pas vers Lucretia. L'œil naïf de l'enfant se tourna doucement vers le visage angélique mais fourbe de sa tante. Elles se détaillèrent un moment avant que Lucretia ne tende le bras vers la mèche blonde et bouclée qui pendait sur le côté droit du visage de Lycoris. Étonnement, Lycoris laissa la petite s'emparer de la mèche avec douceur et force tout en regardant l'enfant avec curiosité.
« C'est doux, se contenta de dire Lucretia avant de relâcher la mèche.
— Doux ? » bafouilla Lycoris prise de court.
Peut-être avait-elle espéré pouvoir crier lorsque la petite lui aurait tiré les cheveux et ainsi affoler son cinglé frère qui aurait gâché la fête et les retrouvailles organisées. Peut-être fut-elle aussi, de manière plus idyllique, simplement frappée par tant d'honnêteté et de candeur. Pour une raison ou une autre, la réaction de la petite Lucretia la prit de court et l'enferma dans un mutisme plein d'interrogation et de réflexion pour la suite de la journée. Elle fut pour une fois une alliée des Black et en particulier d'Arcturus.
« La petite héritière », reprit Hesper Black avec un grand sourire en s'approchant de l'enfant.
Si Lucretia avait déjà les cheveux noirs et lisses de Melania et les yeux gris de son père, c'était incontestablement le nez pointu d'Hesper Black dont elle avait hérité. Alors oui, c'était la petite héritière d'Hesper Gamp-Black qui occupait même la chambre dans laquelle Miss Gamp avait grandi, Arcturus lui-même avait consenti à le révéler.
« Voilà ta seconde grand-mère, Lucretia, souffla Melania à sa fille.
— Grand-mère Hesper, précisa elle-même Mrs Hesper Gamp.
— Grand-mère Hesper, approuva la petite en gardant ses bras autour du cou de sa mère.
— Vous me semblez bien sage, Lucretia, approuva Mrs Hesper Gamp avec l'un de ses sourires charmeurs qui lui faisait gagner l'affection de tout le monde.
— Oui », se contenta de répondre Lucretia en venant blottir sa tête dans le creux du cou de sa mère.
Une vague de rires attendris balaya la pièce pendant que Mr Sirius Black s'approchait à son tour de son héritière. La petite Lucretia ressemblait si peu à la petite Walburga, la petite-fille de son frère Cygnus. Là où Walburga semblait déjà silencieuse, obéissante et ne souriait pas, Lucretia au contraire, semblait vouloir babiller, courir en tous sens et continuait de pouffer de rire au moindre baiser de Melania. Cette liberté lui rappela un moment sa propre fille, Lycoris, et ceci l'inquiéta, avant que la petite vienne poser toute en douceur une main sur sa joue rasée de près.
Lycoris n'avait jamais été douce Lucretia l'était déjà dans le moindre de ses gestes.
« Il ressemble à père, chuchota Lucretia à Melania.
— C'est parce que c'est Grand-père Sirius, le père de ton père », confirma Melania à voix basse.
Tout le monde écoutait, et tout le monde vit nettement Lucretia tendre sa deuxième main vers le vieil homme. Melania écarquilla les yeux avec panique et effroi avant de regarder Sirius Black qui, lui, semblait craindre la réaction en chaîne qui s'annonçait. Arcturus lui avait fait comprendre que Lucretia ne quitterait pas les bras de sa mère de l'après-midi, et que c'était une simple rencontre qui résulterait de cette journée.
Arcturus, quant à lui, fixa sa fille et son père en fronçant les sourcils. Il prit sa décision en une seconde.
« Allons au jardin, l'apéritif nous attend », les invita-t-il en marchant vers sa fille.
Si sa fille était si belle, si gentille, si spontanée et si douce, c'était parce qu'elle avait grandi avec uniquement deux personnes qui ne voulaient que son bonheur et lui vouaient un amour sans borne. Si la Maison des Black venait à nouveau à toucher sa fille avec un maléfice, un sortilège ou tout simplement une caresse, tout l'équilibre qu'Arcturus avait disposé dans la maison de Tutshill s'écroulerait à nouveau, et Lucretia serait écrasée dessous, broyée par le regard sale, méprisant et manipulateur des autres.
Personne ne devait toucher sa fille, ni un membre des Black, ni le 12, Square Grimmaurd, ni un Macmillan, ni même le monde.
Si son épouse avait réussi à se relever, et si sa fille se tenait bien droite sur ses pieds, c'était parce que personne ne pouvait leur faire du mal et qu'ils se donnaient tous les trois tout l'amour, l'attention et la douceur qu'ils pouvaient.
Le deuxième anniversaire de Lucretia Melania Hesper Jane Black permit seulement à l'enfant de trouver une camarade de jeu en sa cousine Mathilda Macmillan.
Il permit aussi – peut-être – à la Maison des Black de s'infiltrer à nouveau dans l'entourage des héritiers directs de la Maison des Black, et de les ramener lentement dans leur antre grandiose et gangrénée du 12, Square Grimmaurd.
