et Septième chapitre du jour !
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Chapitre 20 : Où Amour s'épuise
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Singulier destin que celui de Melania Black.
Saviez-vous que quelque chose se cassa entre Arcturus et Melania suite à cette décision ?
Que Melania sombra dans un mutisme et une apathie solitaire ?
Qu'elle se détourna d'Arcturus à la naissance de leur fils ?
Et qu'elle laissa son fils aux mains du 12, Square Grimmaurd ?
Remarquez, Arcturus ne l'a pas encore compris non plus.
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Peut-être qu'Arcturus était trop fou de Melania pour la regarder avec lucidité et essayer de comprendre réellement ce qu'il s'était passé dans sa tête le jour où Barnabas était mort.
Le procès avait été plié relativement vite. La version des faits d'Arcturus et Melania s'était lentement nouée autour du cadavre de Barnabas Macmillan pour que l'affaire semble très simple à la Brigade magique. Il n'y avait aucune trace de Magie Noire les Aurors ne s'en étaient donc pas mêlés outre mesure. Non, c'était un simple sortilège de torsion qui s'était retourné contre Barnabas. Et on ne pouvait pas condamner un sorcier pour avoir renvoyé à l'aide d'un Sortilège de Bouclier le maléfice lancé contre lui. Pas de Magie Noire, pas d'attaque : un sortilège ménager et une défense qui avait mal tourné. Un moldu était mort, soi-disant tué par Barnabas avant qu'Arcturus n'arrête sa folie meurtrière. Impossible cependant de savoir si sa baguette avait bien lancé ce maléfice puisque c'était le maléfice de Torqueo à avoir été lancé en dernier par Barnabas. Le dernier à avoir été lancé par la baguette de Barnabas.
Je n'ai appris la vérité que bien des années après, même si la simplicité de l'affaire m'avait laissé perplexe, abasourdi et dépassé à l'époque. Et puis, les Black sont racistes. Le fait qu'Arcturus se mette en danger pour arrêter les desseins de Barnabas restait étrange. Tant que Melania se portait bien, j'étais rassuré et aveuglé de toute façon. Sirius Black et Arcturus Black avait maquillé le tout avec l'habileté de voyous de premier ordre. Ils avaient tous deux dû y mettre grand soin. Sirius Black avait même dû s'amuser à toute cette simulation, et Arcturus Black angoisser que la dissimulation orchestrée ne se fissure.
Rien ne perça jamais, ni de l'un, ni de l'autre, ni des Macmillan, trop atterrés, malheureux et honteux de l'attitude de Barnabas. Sileas Macmillan ne sortit presque plus en société suite à cela et ne parla presque plus non plus pour se contenter de toujours approuver les discours de Dumbledore désormais. Jane Macmillan en tomba malade et ne se remit jamais vraiment de la mort de son second fils. Tomas Macmillan préféra se plonger dans la tenue de la ferme et travailler deux fois plus qu'avant comme pour racheter le comportement de son frère et oublier sa mort. Quant à Myrina Greengrass-Macmillan, elle fut plus rassurée qu'autre chose que sa fille, Mathilda, ne soit plus jamais à la portée de cet oncle violent.
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Les années passèrent. Peut-être quatre. Ou cinq. L'an de Grâce 1933 ou 1934 s'installa dans la même distance froide qui entourait Melania depuis la naissance de son fils en 1929. Peut-être étaient-ce les traumatismes et la trahison d'Arcturus qui crispaient Melania et l'empêchaient de vivre à nouveau. Elle n'avait appris à faire aucun deuil, seulement à tourner la tête pour voir autre chose capable de recouvrir les maux. Capable de prendre le pas et la main sur la douleur. Une main de pouvoir pour arracher les souvenirs douloureux, les empoigner et les éloigner d'elle et puis caresser son corps, s'arrêter sur ses courbes et prendre délicatement sa propre main sur le chemin de la vie.
Melania ne vivait plus vraiment. Elle était véritablement devenue l'épouse de l'héritier des Black. Une héritière. Froide, ennuyée, méprisante et désabusée. Le Registre des Vingt-Huit Sacrées était sorti quelques mois plus tôt, et ceci avait achevé de lui faire perdre toute légèreté et ses plus proches amis – Galaad et Ludovica Weasley, Fiona Maddock, Alexander et Gloria Twain. Archi Rosier était resté du côté des Sang-Pur, mais il n'était plus le même non plus.
Elle continuait à veiller sur sa fille, mais de loin. On lui arrachait tout : sa fille qui ne s'amusait plus avec elle mais avec ses cousines son fils dont Arcturus avait confié l'éducation à ses parents sa maison de Tutshill dans laquelle elle ne pouvait aller qu'avec Arcturus certains week-ends.
Je crois tout de même qu'Arcturus n'avait pas confié de si bon cœur que cela l'éducation de son fils unique à ses parents. Je crois que, avant d'en prendre la décision, il en parla même avec Melania qui finalement faisait une dépression après tout ce qu'elle avait dû accumuler, après la pression dans son cœur dû à un trop grand nombre de peines. On ne savait pas bien gérer ces choses-là à l'époque. Et même si Arcturus était des plus attentionnés avec Melania, il était déjà malade lui-même. Melania continuait de le rassurer, machinalement, comme une partition apprise depuis le début de son mariage. Et cela suffisait à Arcturus. Cependant, Arcturus n'était pas vraiment capable d'en faire de même, et il ne savait pas quoi faire d'autre qu'ôter toute charge à Melania pour ôter la pression. Mais au lieu de soulager Melania de l'éducation de leur fils, il l'en priva. Et ceci ne parvint qu'à accentuer le sentiment de trahison et d'abandon qui étouffait Melania Macmillan-Black entre les murs de pierre du 12, Square Grimmaurd.
« Melania, vous voici. »
Arcturus avait passé la journée à Tutshill afin de s'occuper de la maison et de la surveillance de la culture des terres des Gamp dont il avait hérité en totalité. Il y avait aussi continué son étude de l'influence de la position des astres sur les enchantements. C'était dans ce domaine à mi-chemin entre les Sortilèges et l'Astronomie qu'il développait ses théories. Son père et son grand-père avant lui avaient inventé de sortilèges et des ustensiles de pointe pour améliorer la perception des étoiles et leur lecture. Les étoiles des Black s'étalaient sur leur tapisserie aussi sûrement qu'ils les observaient pour faire leur choix afin de décrocher un avenir brillant et fastueux pour leur Maison. Arcturus, lui, ne s'en servait pas pour prédire – il n'y avait jamais réussi – mais pour lire et pratiquer autrement la magie. Autrement. Autre que tout autre. Différent. Incompris.
« Oui », se força simplement à répondre Melania.
Elle ne tourna pas la tête vers lui. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Non, elle ne le fit pas. Elle ne lui tendit pas non plus sa main pour un baiser comme elle l'avait pourtant fait si souvent dans leur maison de Tutshill. Et elle lui répondit simplement oui, parce qu'il n'y avait rien d'autre à répondre.
« Lucretia n'est pas là ? » demanda-t-il en faisant signe aux autres femmes de quitter le grand salon.
Arcturus essayait de changer les choses, mais il n'avait jamais pris de décisions concernant Melania et lui car il ne voulait rien ordonner ou décider pour Melania. Il voulait que les choses viennent d'elle. Depuis trois ou quatre ans, il se débattait avec lui-même pour trouver quelque chose capable d'atteindre Melania et la sortir de cet état léthargique qui le laissait démuni. Mais à chaque fois, l'indifférence ou l'absence de réponse de Melania le faisait perdre pied, et il transplanait une fois sur deux à Tutshill pour partir en crise seul, loin d'elle, là où personne ne pouvait l'aider, mais où il ne pourrait pas la blesser encore plus.
« Elle est avec la fille de votre oncle. »
La fille de votre oncle désignait Dorea, le dernier point qui avait achevé de pousser Melania dans le silence de la trahison ces dernières années.
Sa fille adorée aimait et même révérait la dernière cousine d'Arcturus, celle qui avait cinq ans de plus que Lucretia, celle qui ne riait jamais mais qui faisait rire Lucretia, celle qui pouvait écouter Arcturus lui parler des étoiles pendant des heures alors que Melania ne le pouvait plus : celle qui était née de Violetta et Cygnus Black en l'an 1920.
Celle qui avait réussi à obtenir d'Arcturus de partager sa chambre avec Lucretia malgré le sursaut de protestation violente de Melania.
Celle qui prenait soin de sa fille à sa place. Dormait avec elle. Jouait avec elle. Riait avec elle.
« Elle est avec Dorea, c'est bien, la famille est importante. »
Ce martèlement de « la famille est importante » crispait au plus haut point Melania. Arcturus le répétait au moins dix fois par jour depuis qu'ils étaient de retour au 12, Square Grimmaurd comme s'il essayait encore de la convaincre qu'il fallait qu'ils restent habiter ici pour leur protection et au nom de l'importance de la famille.
« Et Orion ?
— Votre fils fait sa sieste.
— Notre fils », la reprit Arcturus malgré lui.
Mais pour Melania, son fils lui avait été arraché. Le 12, Square Grimmaurd ne la laisserait jamais avoir la même relation avec son fils qu'avec sa fille, peut-être parce qu'il la trouvait trop faible dans cet état second. Peut-être parce qu'elle pourrait encore le sauver de ses mains puissantes de destruction. Peut-être parce qu'il voulait modeler l'héritier seul, dans son coin, le gangréner plus sûrement que le damier de Cygnus et Ella Max-Black, dans le but ultime de dominer un jour le monde de la sorcellerie britannique et de poser à nouveau la couronne sorcière royale sur sa tête.
« Orion fait sa sieste, préféra répondre Melania lorsqu'Irma ferma la porte derrière elle. »
Arcturus relâcha la prestance semi-privée, semi-publique qu'il adoptait en famille pour venir s'asseoir à côté d'elle sur le canapé en cuir vert bouteille du Grand Salon. Il essaya de lui prendre la main, elle se dégagea habilement. Il prit sans doute une longue inspiration avant de lui annoncer ce qu'il avait mis des mois à fomenter.
« Melania, je vois que tu ne vas pas bien », avança-t-il d'abord et ce fut la première fois qu'il y parvint.
Ceci fit une décharge d'Enervatum à Melania. Il aurait suffit qu'Arcturus le répète ou développe un peu cette idée pour que – j'en suis certain – Melania se réveille et commence à se relever. Peut-être même qu'elle aurait remis sa vie en ordre sur le fil de la vie, et qu'elle aurait marché dessus, comme une équilibriste, mais seule et debout, et non pas en se raccrochant par les pieds et les mains, et en ne bougeant plus. Peut-être qu'elle aurait à nouveau avancé pour maîtriser les choses qui se passaient autour d'elle, et saisir ce qu'elle souhaitait, dire à Arcturus ce qui n'allait pas entre eux, ce qui n'allait pas chez lui ni chez elle. Peut-être que si Arcturus avait un peu insisté et l'avait un peu plus bousculée, elle aurait pleuré et tout raconté, et peut-être qu'ils auraient pu s'écouter et s'aimer à nouveau.
Mais tout trois, Melania, Arcturus et l'Amour même, étaient épuisés, et Arcturus – trop peureux de perdre le regard que Melania lui accordait à nouveau enfin – se contenta de ce sursaut de vie.
« Que dirais-tu d'un dîner tous les deux, en tête à tête, hors d'ici ? » lui proposa-t-il le cœur au bord des lèvres.
La demande était au bord de ses lèvres également, parce que c'était peut-être l'une des premières initiatives qu'il prit vraiment concernant Melania et lui. Tout ceci lui avait demandé une force et une énergie incommensurables et il n'aurait pas pu faire plus ce jour-là si Melania n'avait pas hoché la tête avec surprise en lui souriant légèrement.
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La trahison se faisait moins rude, comme toujours avec Arcturus, parce qu'il l'aimait et cherchait constamment à prendre soin d'elle et à la protéger même s'il n'y parvenait pas toujours correctement. La situation s'adoucissait et Melania offrit un autre sourire à Arcturus ce soir-là. Elle mit une robe de cérémonie, l'une de celle que Mrs Hesper Black avait fait faire pour elle parce que Melania n'y avait plus pensé elle-même. Elle ajouta des perles dans son chignon, comme quelques dix ans plus tôt, lorsqu'elle avait épousé Arcturus et puis qu'elle avait annoncé sa grossesse. Elle laissa à nouveau la vie s'écouler en elle – sans pour autant la tenir ni s'émerveiller à nouveau sur le fait que le monde existait.
Elle regarda Arcturus se faire aider de l'elfe pour mettre lui aussi une belle tenue de cérémonie, noire brodée de dentelles noires. Il avait toujours préféré le noir, en toute circonstance. Un hommage à son nom.
Ils se rendirent à la Baguette Gourmande en balai, dans la plus grande sorcellerie, et remontèrent tout le Chemin de Traverse à pied comme si la rue leur appartenait – parce que c'était ainsi que les Black se montraient au monde. Il salua quelques têtes connues, elle serra encore les mains pour lui. Leurs connaissances ne s'en étonnèrent pas – ils connaissaient la bizarrerie d'Arcturus Black – et s'émerveillèrent de pouvoir parler à l'héritier des Black au beau milieu du Chemin de Traverse.
Ils croisèrent même Archi Rosier.
« Melania et Arcturus, je suis heureux de vous voir ici ! se réjouit-il en venant à eux. Comment se portent les affaires ? et les enfants ?
— Bien, pour les trois, répondit Arcturus en accordant l'un de ses sourires instables à son unique ami.
— Oh, Archi, ne mets pas les affaires sur le même plan que les enfants, le rabroua gentiment Melania en serrant la main de leur ami à la place d'Arcturus.
— Mais les enfants sont toute une affaire, Melania, se moqua Archi avec ce brin de cynisme qui lui était apparu l'an passé. Vous êtes d'accord Arcturus, non ? Depuis la sortie du Registre, la folie gagne toutes les mères : elles veulent fiancer leurs enfants avant que l'un d'eux ne batifole avec les Traîtres et les Impurs. On avait ouvert l'amour, et voilà qu'elles le referment, se lamenta-t-il moqueusement. Ce n'est peut-être pas idiot : dire que j'ai attendu Miladora Pucey pendant des années, et qu'elle m'a laissé à la sortie du Registre parce que je suis devenu « trop prétentieux » avec mon nom dedans et pas le sien, continua-t-il avec la même amertume.
— Archi, s'inquiéta Melania.
— Mon frère a fiancé sa fille aînée au premier fils de Dilys Parkinson, leur apprit-il à voix basse. C'est son meilleur ami. Les deux gamins s'aiment bien et ils me l'ont annoncé tout fièrement. Bon, ils ont huit ans, ils ne comprennent rien, mais ça a l'air de leur convenir alors… pourquoi pas, hein ? continua-t-il mollement sans y croire.
— Oh non, mais c'est affreux, s'épouvanta Melania en pensant aussitôt à Lucretia. Arcturus, n'acceptez jamais que Lucretia soit fiancée si ce n'est pas elle qui vous le demande, je vous en prie », s'empressa-t-elle de dire à son époux en se tournant vers lui.
Arcturus fut certainement surpris de tant de spontanéité de la part de Melania alors que c'était l'indifférence qui guidait ses actions depuis quatre ou cinq ans. Il hocha simplement la tête en tressaillant lorsqu'elle posa sa main sur son torse avec comme une habitude retrouvée.
« Merci », bredouilla Melania en se rendant compte de son geste.
Elle enleva précautionneusement sa main en tremblant sans lâcher Arcturus du regard, ce regard si semblable à celui de leur fille. Elle n'écouta plus vraiment Archi se lamenter encore et encore. Il était amer – et sans doute ivre ce soir-là – et Melania n'avait plus envie de l'écouter.
L'amour s'était épuisé mais peut-être, après l'avoir fait dormir pendant quatre ou cinq ans, que Melania voulait bien essayer d'espérer qu'il se soit reposé et qu'il puisse peut-être se relever un peu. Peut-être même qu'elle y crut véritablement…
Jusqu'à apercevoir, en entrant dans le restaurant sorcier étoilé du Chemin de Traverse, le visage un peu vieilli mais toujours agréable d'Aristote Parkinson.
Car si l'Amour s'épuise, ce sont les non-dits qui l'empêchent de se reposer.
Or la cinquième manche du mariage de Melania et Arcturus fut étouffée dans son sommeil par les mots de l'un et l'autre qui restaient brutalement coincés dans leur gorge ce soir-là, lorsqu'ils tentèrent de s'aimer bien mal à nouveau.
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(N'hésitez pas à laisser une trace de votre passage ! Je prépare un concours cette année, d'où mes retards et désordres de publication, mais je mettrai la fin de cette histoire. Tout est déjà écrit ou presque, l'épilogue me chagrine et me donne du fil à retordre, mais il finira par se concrétiser. Bonne journée, et merci d'avoir lu !)
