Ma mémoire est remplie de souvenirs plus affreux les uns que les autres. Peut-être est-ce du à ma nature qui me pousse à ne retenir que ceux là. Peut-être qu'étant gravés dans mon coeur plus profondément que ceux qui m'ont fait sourire, ils ont tendance à revenir plus facilement à la surface. Néanmoins, s'il y a un souvenir heureux que je garderai précieusement jusqu'à la fin, c'est bien celui-là.
La nuit où tout a commencé. La nuit qui a marqué mon destin à jamais. Après tout, comment oublier le commencent de toutes choses? Comment oublier la naissance d'un nouvel être?
Il me suffit de fermer les yeux et j'y suis. Je peux revoir ma chamber spacieuse plongée dans le noir avec comme seule lumière celle de la lune à travers mes lourds rideaux bleus, je peux entendre à nouveaux le tic-tac de l'horologe suspendue au-dessus de mon bureau submergé de papiers, je peux encore sentir la douceur de mes draps en soie contre ma peau nue. Un souvenir inchangé, déformé par le temps ou les envies. Un souvenir intact.
Si j'y pense fort, je peux même revivre toute la scène.
J'ai le temps. Je peux me permettre d'y retourner une dernière fois…
Oui, je veux revoir le domaine, le sakura planté au milieu du jardin juste à côté du petit lac, les couloirs sombres et froids. Je veux ré-entendre les cris, revoir son visage, ressentir les émotions.
Il me suffit juste de fermer les yeux et d'y penser…
Couchée dans mes draps blancs en soie, j'écoutais attentivement les bruits réguliers de mon horologe. Je me levais, les couvertures tombèrent à terre dans une cascade de tissus blanc. J'ouvris silencieusement mon armoire et en sortit des vêtements d'anbu. Je m'avancai vers mon miroire et y jetai un coup d'oeil rapide. Nue, sans rien d'autre qu'une tunique en main.
Frêle était le mot qui me convenait le mieux.
Je me souris et quittais cette vision du regard. Je m'habillais rapidement puis m'assis sur mon lit. J'attendais.. J'étais nerveuse. Je fixais l horologe avec intensité en espérant secretement avoir le pouvoir d'accélérer le temps. Je ne bougeais pas d'un pouce, trop concentrée à regarder la trotteuse finir paresseusement son tour dernier tour de la journée.
Et enfin, les 12 coups de minuit. Les 12 coups qui sonnaient ma délivrance. Les 12 coups qui sonnaient le glas pour ma famille.
D'un bond, je me relevais et courus silencieusement vers le jardin. J'ouvris prudemment la porte et sortis.
Le sakura se dressait fièrement de toute sa hauteur devant moi au milieu du prés vert. La pleine lune se reflétait à la surface du lac. Je restais là à contempler cette vision féérique durant quelques secondes avant de me reprendre.
Je me précipitais sous l'arbre.
Je savais qu'il etait là J'avais senti sa presence aussi surement que son odeur.
Il tourna son regard carmin vers moi. Un sentiment d'immense réconfort et de confiance m'envahit soudain. Tout ce que j'allais faire prenait un sens.
Toutes mes inquiétudes étaient balayées par son simple regard.
Son corps n'était qu'une ombre mais, malgré cela, je devinais qu'il avait revêtu ses anciens vêtements d'anbu.
Lorsqu'il s'approcha de moi, je pus l'admirer une fois de plus. Son corps finement musclé, ses longs cheveux noirs, son visage sérieux et tendre, son regard intense qui vous déshabille. Chacun de ses traits étaient et sont toujours marqués en moi au fer rouge. Il m'éffleura le visage et me fit un signe de tête.
Il était temps.
Je respirais l'air frais et acquiesçai. Je pris sa main et rentrais dans la maison familial.
Nous longeâmes un couloir jusqu'à arriver à un embranchement.
A gauche se trouvait un couloir avec plusieurs portes. Je lui fis un signe de tête. Son travail se trouvait de ce côté
Le mien était à l'opposé. Une seule porte, plus grande que les autres, s'y trouvait. On pouvait appercevoir de la lumière, signe de présence humaine. Mon père devait s'occuper avec des papiers ou avec une bonne.
Avant que je ne fasse un pas vers ce qui scellerait mon destin, mon compagnon se pencha vers moi et m'embrassa. Une fois encore, je sentis mes moindres doutes s'évaporer.
J'étais confiante.
Il sembla le ressentir car il s'en alla.
Je me plantais devant la porte coulissante et l'ouvrit d'un geste. Je rentrais.
Aussitôt mon père se redressa. J'avais raison, il s'occupait avec une bonne. Il me regarda, la colère dilatait ses pupilles. Une expression que j'avais vue tellement de fois. Je souris et m'elançai vers lui avec célérité. Sans qu'il ne puisse esquisser un geste, il se retrouva à terre. Je me retrouvais au-dessus de la bonne. Un regard et elle comprit. La peur s'installa dans ses yeux aussi surement que la douleur qui la remplaça lorsque je lui enfonçais un kunai en plein coeur.
Lorsque je me retournai, mon père était debout, une lueur d'incompréhension dans les yeux. Une chose nouvelle venait de m'apparaître: mon père ressentait aussi ce genre d'émotion.
Nous nous regardâmes. Il dut comprendre ce que je faisais là et les cris qui s'élevèrent durent le conforter dans son idée car l'instant suivant, il activait sa pupille. Je fis de même.
Notre dance mortelle commença.
Il évitait et bloquait mes coups comme je le faisais avec les siens. Nous augmentions rapidement notre vitesse.
Il savait que je n'étais pas seule. Je devinais qu'il avait vu la personne qui m'accompagnait.
Il voulait en finir au plus vite car il se savait trop faible pour l'affronter.Je le sentis un peu déstabilisé.
Je souris intérieurement, c'était sa dernière faute.
Avant qu'il ne puisse faire un geste, je le bloquais dans une série d'enchaînement que mon compagnon m'avait enseigné.
Il sut qu'il était fini lorsqu'il sentit ma paume plaqué sur son coeur.
Néanmoins, je ne le tuai pas tout de suite. J'avais bloqué ses membres. Il était, à présent, incapable de bouger ou d'utiliser son chakra.
Je plongeais mon regard dans le sien.
Toute ma haine et mon mépris, toute cette frustration, toute cette douleur qui m'avait entaillée le coeur pendant tant d'années se déversa dans mon regard. Je lui avais fait comprendre toutes ces émotions.
Il me jetait un regard étrange entre la surprise et le désarroi. Mais il était trop tard, bien trop tard.
Lorsque mon compagnon ouvrit la porte, je relachais mon chakra.
Mon père tomba à terre, dans une flaque de sang.
Je sentis deux bras m'enserrer la taille et,quelques instants plus tard, une tête se poser au creux de mon cou.
Nous regardâmes mon père mourir. Lui aussi nous regardait. Il tenta de nous dire quelques chose mais cracha une dernière fois du sang.
Et lentement, son regard s'éteignit.
Je pourrais décrire tout de cette dernière image: l'emplacement des meubles, l'angle étrange de ses bras, les éclaboussures de sang sur les murs, son visage anormalement blanc taché de rouge, sa tunique a moitié défaites, le corps de la bonne. Tout. Rien ne m'échappa.
L'odeur du sang fraîchement versé, les bruits des anbus qui arrivaient, le toucher de mon compagnon, le goût de la liberté, la vue de son corps inerte.
Sans un mot, nous quittâmes le domaine par un passage seulement connu par la famille.
Je me retournais une dernière fois vers le domaine familial.
Mon compagnon me regarda et me murmura à l'oreille
"Nous sommes libre maintenant"
Je le regardais, surprise, puis je souris.
Oui, c'etait vrai, nous etions libre…
Itachi me prit la main.
"Allez viens Hinata"
Sans un regard en arrière, je quittais Konoha et mon passé.
L'avenir était devant moi.
