Chapitre 16: Dans une sombre ruelle

D'un pas lent et puis e Tenten se traine dans les rues pour rentrer chez elle. Sa fin de journ e a t ext nuante. Elle a du s'occuper de Lee qui, plus survolt que jamais, mena ait de provoquer une esclandre avec tous les ninjas qu'il pouvait croiser. Une fois celui-ci remis aux mains de son sense ador (ce qui n' tait, bien y r fl chir, pas forc ment une bonne id e), la soir e tait bien entam e et la kunoichi n'aspirait prendre une douche et s'enterrer sous la couette jusqu'au lendemain.

Ses pas la m nent dans un d dale de ruelles qu'elle connait. Malgr l'atmosph re oppressante, son bandeau ninja la pr vient contre la plupart des agressions nocturnes, et bien que fatigu e elle reste en alerte.

Soudain, un bruit la met en garde. Elle tourne la t te de tout c t , cherchant d terminer si c'est la fatigue ou la r alit qui guide ses sens. Mais le bruit reprend, comme un doux g missement, . Il provient d'une ruelle sombre sur sa gauche. Apr s un moment d'h sitation, la jeune femme d gaine deux kuna s et s'aventure dans l'obscurit . Une petite dizaine de m tres plus loin elle but sur un objet la fois mou et ferme. Elle se baisse avec moult pr cautions et distingue un jeune homme bless . De sa bouche entr'ouverte se s' chappent des bribes incoh rentes, ponctu es de geignements.

Des dents, un cauchemar... Des dents ensanglant es, un fou...

Elle carte sa chemise d chir e, laissant appara tre de larges blessures et griffures, ce qui leur arrache tous deux une grimace. Tenten d c le deux autres corps dans le m me piteux tal s tout pr s. Une bagarre de rue qui a tr s mal tourn dirait-on. La kunoichi, rengaine ses armes et sort d'une minuscule sacoche sa ceinture plusieurs patchs de s datifs cicatrisants merci Sakura . Elle en colle un sur le bras de chaque victime. Le flot de geignements se tarit, remplac par des respirations difficiles. Tenten improvise un bandage par ci, nettoie une blessures par l , mais ses connaissances restreintes ne suffisent pas. Il faut conduire ces pauvres gar ons l'h pital dans des mains comp tentes.

La kunoichi se redresse en r fl chissant. Le plus simple est de retourner dans la rue trouver des mes vaillantes et g n reuses qui transbahuteront les bless s l'endroit ad quat. Mais un nouveau son la perturbe et la mets aux abois. Cette fois c'est un bruissement, frottement de l' toffe contre l' toffe. Quelqu'un s'approche, et dans l'obscurit impossible de savoir par o il arrive. D licatement, Tenten fait r appara tre ses armes dans ses mains, rassur e par le m tal froid contre ses doigts. L'adr naline fuse dans ses veines, sa concentration atteint un seuil critique.

Crissement du tissu contre un mat riau r che.

L !

Tenten pivote, et instinctivement ses bras jectent les kuna s dans la direction suppos e de l'intrus. Elle se fige instantan ment, l' clat de deux yeux verts la paralyse, vite couverts par un pan de sable. Dans un tintement sonore, les deux armes tombent au sol. La ma tresse d'armes se sent infime, minuscule.

Devant elle, le regard per ant, Gaara se tient immobile. Et vu le tourbillon de sable qui l'entoure il n'est pas de bonne humeur.

Les secondes passent comme autant d'heures, puis le sable se calme et se range docilement dans l' ternelle calebasse de son propri taire. Tenten se sent rassur e par cette attitude moins belliqueuse et bredouille un D sol e accompagn d'un sourire contrit. Le Kazekage avance de quelque pas en examinant de loin les trois jeunes hommes allong s, et rend Tenten ses deux lames qu'elle range en grima ant.

Pourquoi tant de rage ?

- a n'a rien voir avec toi, s' crie Tenten. Disons que l' tat de ces trois gars et l'obscurit m'ont mise mal l'aise et dans ces moments-l j'ai tendance r gir de fa on un peu... brusque.

-Il n'y a aucune menace dans les parages.

Tenten ne retient pas un petit soupir de soulagement, non sans penser qu'avec la pr sence de l' trange roux ses c t s, malgr tout ce qu'on peut dire de lui, la fait se sentir en totale s curit . L'adr naline reflue tranquillement, la tension de ses muscles s'estompe et la brunette s' tire sans g ne. Le silence se prolonge, moins g nant que reposant. Bien qu'elle appr cie ce moment de calme Tenten revient ses priorit s, c'est dire secourir les trois malheureux toujours allong s sur les pav s glac s. Elle cherchait une aide, et la voil qui tombe du ciel. Pas tout fait un ange, mais peut- tre encore mieux que a.

Gaara ?

Il la regarde sans parler, Tenten interpr te a comme un signe d' coute.

Je ne peux pas laisser ces trois civils agoniser dans cette ruelle sans rien faire il faut les emmener l'h pital.

-Est-ce vraiment indispensable ? dit simplement Gaara en consid rant les corps.

-Je crains que oui, sourit Tenten. Si quelqu'un apprenait que j'ai laiss trois personnes dans le besoin comme a, mon mentor me passerait un savon et me ferait subir un sermon interminable sur les grandes valeurs ninjas... - elle marque une pause tu veux bien m'aider ?

Avant m me qu'elle ait finit sa phrase un ruisseau de sable s' coule sur le sol, entourant les bless s inconscients, formant trois cocons apparemment herm tiques. Ils s' l vent dans les airs hauteur de leur mains. Tenten a un petit rire joyeux.

Fais-leur un peu d'air, conseille-t-elle en souriant pleines dents, s'il mourraient en chemin on serait bien emb t s en arrivant.

Le sable se module en civi res en l vitation. D'un signe de t te, Gaara fait signe Tenten d'ouvrir la marche. Elle s'ex cute, et trouve sans trop de difficult le chemin le plus court pour se rendre l'h pital. Les deux ninjas cheminent en silence. Tenten s' tonne d'appr cier la pr sence du shinobi du sable. Il n'est pas bavard, mais au moins il est serviable, voir m me gentil ...

En tout cas, pour un d mon sanguinaire, Gaara est d une agr able compagnie. Et puis il a ces yeux. Tenten a du mal les fixer plus de quelques secondes. C'est certainement la partie du corps la plus expressive chez lui, ressortant sur son visage comme deux braises incandescentes.

Le trajet s'ach ve brusquement lorsque les lumi res de l'h pital apparaissent. Il semble soudain Tenten que le trajet a t bien trop court. Elle fait signe Gaara de la suivre et tous deux entrent par la porte des urgences, escortant les trois endormis l vitant un m tre du sol. Deux ou trois m decins s'affairent autour de nombreux bless s en attente.

A l'approche du singulier quintet, ils se figent, pleins d'appr hension. Puis l'un deux d tale vers un escalier. Gaara et Tenten restent debout, sous les yeux m dus s de toute l'assistance. Le fuyard revient tr s vite, suivi de l'Hokage en personne.

C'est pas vrai ! Kazekage-sama, vous avez encore fait des v tres ? Qui me ramenez-vous cette fois ?

Tenten s'interpose entre les deux chefs de village qui s'affrontent du regard.

Non, Tsunade-sama ! Ce n'est pas a du tout. J'ai trouv ces trois bless s dans une ruelle, s rement une bagarre qui a mal tourn . Et... le Kazekage m'a aid vous les amener, c'est tout. Il n'est pas plus impliqu .

La grande blonde en blouse blanche fronce les sourcils et met un grognement sceptique, l'air moyennement convaincue. Gaara demeure impassible.

Bon d'accord. Veuillez excuser mes accusations non fond es. Maintenant si vous le voulez bien, fait-elle en se d tournant, j'ai des malades soigner.

En clair, c'est une fa on plus ou moins d guis e de leur signaler qu'ils g nent tout le monde en restant plant s au milieu du passage. Tenten se dirige vers la sortie, adressant un regard loquent Gaara qui r cup re son sable, laissant les trois lascars en plan sur le sol.

Deux secondes plus tard, les deux ninjas se retrouvent dans l'air frais et venteux de la rue. Tenten ne ressent plus le besoin de rentrer chez elle. Elle se sent bien, presque dix heures du soir, en compagnie d'un dr le de gar on qui ne parle pas. Le silence revient, d cid ment bien pr sent ce soir, et la jeune fille examine discr tement la tignasse rousse malmen e par le vent.

C'est joli, roux, comme couleur, songe-t-elle. En tout cas, a s'harmonise bien avec le vert de ses yeux.

Les yeux... En baissant un peu les siens, Tenten prend conscience que Gaara la regarde. Elle doit avoir l'air gourde le fixer de cette mani re. Elle rive ses yeux sur le mur le plus proche, arborant une affiche d cr pite invitant ninjas et civils au bal de cl ture du tournoi. Son gage lui revient en m moire et elle cherche d sesp r ment un autre endroit fixer du regard. Ce n'est pas le moment de parler de a. La voix de Gaara s' l ve :

O habites-tu ?

Tenten fait un geste vague, se refusant toujours regarder dans sa direction. Un bruit de pas s' loigne. La kunoichi risque un il. Gaara s'est loign de quelques pas et semble l'attendre.

Euh... Gaara ? Tu fais quoi ?

-Tu habites par l . Je t'y emm ne.

Tenten se fend d'un grand sourire. Elle ne lui dit pas que la formule normale c'est je te raccompagne ? . Apr s tout, il n'est pas normal. Mais elle s'en fiche. Et quitte essuyer un refus, autant que ce soit apr s avoir pass un bon moment avec lui. Elle rejoint le ninja roux petits pas press s, r primant un rire niais.

Tout en guidant son h te travers Konoha, Tenten ne peut s'emp cher de poser de questions, des tonnes de question, comme pour se pr parer poser THE question difficile.

Tu penses quoi de Konoha ?

-C'est trop humide pour moi. Cela manque de sable, et puis il fait parfois froid dans la journ e.

-Tu n'as jamais froid chez toi ?

-Je n'ai pas dit a. Les nuits dans le d sert sont glaciales, car le sable ne retient pas la chaleur du soleil.

-Donc tu n'aimes rien ici.

-Si. J'aime la neige.

Tenten carquille les yeux et presse son compagnon de continuer.

La neige est froide, piquant, mais tr s d licate, explique-t-il. Alors que mon sable est dur, chaud et rugueux. On ne connait pas la neige Suna.

-Et quoi d'autre ?

-Certains ninjas de Konoha.

-Vraiment ?

-Oui. Chez moi, tout le monde, m me mes ain s, me donne du Kazekage-sama. Ici je peux tre juste Gaara. C'est reposant. Et je n'ai pas de montagne de papiers lire.

-C'est marrant a ! J'ai toujours pens que Tsunade exag rait en disant qu'elle tait surcharg e de travail. C'est si dur que a ?

-Tu n'as pas id e. Entre les demandes d'alliance, les menaces de rupture d'alliance, les demandes de soutien militaire conomique ou financier, les rapports des ninjas, l'attribution des missions, le jugement des criminels et les injonctions du Conseil que je suis sens suivre la lettre, je n'ai souvent pas une minute moi de la journ e. Mais vu que je ne dors pas, j'ai toute mes nuits de libres pour me changer les id es.

Ils marchent dix minutes en silence, Tenten r fl chissant aux paroles de celui qui chemine ses c t s.

Et, dit-elle finalement, a te plait de faire a ?

-Je ne laisserais ma place personne au monde.

Tenten approuve en silence. Le r le de Kazekage lui va comme un gant. Elle imagine mal ses subordonn s discuter un de ses ordres. a doit plut t tre : Gaara dit, l'Univers ob it. ou un truc du genre. Rien qu' voir l'attitude du ch nin, Yasura, qui est pass dans l'ar ne l'avant veille.

Il semblait au d but incapable de tenter quoi que ce soit l'encontre de son chef. Si le village entier pense de m me, la discipline Suna doit tre irr prochable.

Sur un coup de t te, Tenten bifurque dans une rue. Ce n'est pas vraiment le chemin le plus direct, c'est m me carr ment un d tour.

On va faire un jeu, Gaara !

-... Un jeu.

-Oui tu vas voir. Parce que je ne fais que poser des questions, alors on va r quilibrer la balance. Le principe est simple. On se pose une question, tour de r le. Interdiction de se d filer, et on peut poser toutes les questions que l'on souhaite. a te va ?

-... Soit.

-Parfait. Qui commence ?

-Je prends a pour ta premi re question, et je te r ponds que c'est toi.

Le Kazekage qui fait de l'humour ? Impossible.

Bon bien jou . A toi.

-Alors... Pourquoi les armes de jet ?

-Euh... Je n'y ai jamais vraiment r fl chi vrai dire. Peut- tre pour tre ind pendante de la distance avec l'adversaire, et parce que a occupe, entre les missions, d'aiguiser toutes mes lames. A moi. Que penses-tu de notre Hokage ?

-Ah, dit Gaara avec une l g re contraction. Elle est comp tente et tr s puissante.

-Mais ? Insiste Tenten.

-Une question la fois.

-Tu n'as pas fini ! Alors ?

-... Mais elle me prend pour un gamin et ne me voit pas comme un vrai chef de village.

-Tu vois quand tu veux, sourit Tenten. A toi.

-As-tu peur de moi ?

Tenten se crispe et fixe le sol qui d file. C'est le genre de question qu'elle redoutait. Elle choisit ses mots avec soin.

En fait, non. Peut- tre parce que je ne t'ai jamais eu comme adversaire.

Gaara ne dit rien, et Tenten se sent incapable de discerner s'il est content ou pas de sa r ponse.

Bon, euh... marmonne-t-elle. Qu'est-ce que tu aimes faire ? Je veux dire, quand tu n'as pas de paperasse administrative, tu fais quoi ?

-Je combats, je m dite. J'appr cie de rester dans le d sert, dans mon l ment. C'est apaisant.

-... D'accord. Vas-y.

-M me question, sans la partie sur la paperasse.

-Si tu veux. Je m'entra ne, j'entretiens mes armes, je passe du temps avec mes amis, je joue au g avec Shikamaru, je discute philosophie avec Hinata. Des trucs du genre. R ponse satisfaisante ?

-Oui.

-Alors c'est ton tour.

-O as-tu eu tes aiguilles si fines ?

-Ah, murmure Tenten. Tu as devin .

-Oui.

-Je les ai achet es chez un petit armurier, pas tr s loin d'ici. C'est le seul de la r gion produire ce genre d'armes. D sol e.

-Il n'y a pas de quoi.

Malgr le d tour, ils sont presque devant sa maison. Plus qu'une dizaine de pas et ce sera fini. Mais Tenten veut encore tirer quelque chose au clair.

On est arriv s. Derni re question? Est-ce que tu acceptes mes excuses ?

Les deux ninjas s'arr tent sur le seuil de la maison.

Oui, si tu r ponds par l'affirmative ma derni re question.

-Vas-y.

Il h site semblant rassembler son courage ou chercher ses mots. Tenten attend patiemment, tr s curieuse de d couvrir ce qu'il tient lui dire. Finalement Gaara ferme les yeux et nonce lentement :

Que dirais-tu si Sabaku no Gaara te demandait de l'accompagner au bal ?

Tenten, t tanis e, regarde Gaara rouvrir les yeux et la fixer, interrogateur... Elle reste muette, incapable de prononcer un mot.

C'est une histoire de tradition, et comme tu m'a l'air plus normale que les autres...

La kunoichi ne dit toujours rien, abasourdie. Elle essaie de r aliser ce qui vient d' tre dit. Son h sitation appara t comme un refus, elle le sent. Comme pour lui donner raison, Gaara se d tourne et s' loigne, les paules un peu basses. Tenten se sent idiote, stupide, voir pire que a.

Elle sait ce qu'elle a faire. Alors pour changer son image de soi, elle lui court apr s. Ses chaussures claquent sur le sol mais Gaara ne se retourne pas et continue de s' loigner. Tenten pique un sprint et attrape son ample manche rouge. Il daigne s'arr ter et tourne vers elle des yeux tristes. Tenten souffle :

Oui.

Elle le contourne et se campe devant lui, levant le menton.

Si un certain gar on portant ce nom me le demandait, dit-elle fermement, je dirais oui, avec grand plaisir.

Et l , il se passe quelque chose d' trange et de tr s inattendu. La tristesse quitte le vert des yeux de Gaara et un sourire nait sur ses l vres.

Merci.

Tenten sourit en r ponse, lui adresse un signe de la main et va en sifflotant vers sa maison. Elle sautille presque sur place, r pond aux remarques de sa m re propos de l'heure tardive par un sourire b at et se glisse sous ses draps avec un soupire d'aise. Cette journ e n'aurait pas pu mieux finir.

Chapitre 16: Dans une sombre ruelle

D'un pas lent et puis e Tenten se traine dans les rues pour rentrer chez elle. Sa fin de journ e a t ext nuante. Elle a du s'occuper de Lee qui, plus survolt que jamais, mena ait de provoquer une esclandre avec tous les ninjas qu'il pouvait croiser. Une fois celui-ci remis aux mains de son sense ador (ce qui n' tait, bien y r fl chir, pas forc ment une bonne id e), la soir e tait bien entam e et la kunoichi n'aspirait prendre une douche et s'enterrer sous la couette jusqu'au lendemain.

Ses pas la m nent dans un d dale de ruelles qu'elle connait. Malgr l'atmosph re oppressante, son bandeau ninja la pr vient contre la plupart des agressions nocturnes, et bien que fatigu e elle reste en alerte.

Soudain, un bruit la met en garde. Elle tourne la t te de tout c t , cherchant d terminer si c'est la fatigue ou la r alit qui guide ses sens. Mais le bruit reprend, comme un doux g missement, . Il provient d'une ruelle sombre sur sa gauche. Apr s un moment d'h sitation, la jeune femme d gaine deux kuna s et s'aventure dans l'obscurit . Une petite dizaine de m tres plus loin elle but sur un objet la fois mou et ferme. Elle se baisse avec moult pr cautions et distingue un jeune homme bless . De sa bouche entr'ouverte se s' chappent des bribes incoh rentes, ponctu es de geignements.

Des dents, un cauchemar... Des dents ensanglant es, un fou...

Elle carte sa chemise d chir e, laissant appara tre de larges blessures et griffures, ce qui leur arrache tous deux une grimace. Tenten d c le deux autres corps dans le m me piteux tal s tout pr s. Une bagarre de rue qui a tr s mal tourn dirait-on. La kunoichi, rengaine ses armes et sort d'une minuscule sacoche sa ceinture plusieurs patchs de s datifs cicatrisants merci Sakura . Elle en colle un sur le bras de chaque victime. Le flot de geignements se tarit, remplac par des respirations difficiles. Tenten improvise un bandage par ci, nettoie une blessures par l , mais ses connaissances restreintes ne suffisent pas. Il faut conduire ces pauvres gar ons l'h pital dans des mains comp tentes.

La kunoichi se redresse en r fl chissant. Le plus simple est de retourner dans la rue trouver des mes vaillantes et g n reuses qui transbahuteront les bless s l'endroit ad quat. Mais un nouveau son la perturbe et la mets aux abois. Cette fois c'est un bruissement, frottement de l' toffe contre l' toffe. Quelqu'un s'approche, et dans l'obscurit impossible de savoir par o il arrive. D licatement, Tenten fait r appara tre ses armes dans ses mains, rassur e par le m tal froid contre ses doigts. L'adr naline fuse dans ses veines, sa concentration atteint un seuil critique.

Crissement du tissu contre un mat riau r che.

L !

Tenten pivote, et instinctivement ses bras jectent les kuna s dans la direction suppos e de l'intrus. Elle se fige instantan ment, l' clat de deux yeux verts la paralyse, vite couverts par un pan de sable. Dans un tintement sonore, les deux armes tombent au sol. La ma tresse d'armes se sent infime, minuscule.

Devant elle, le regard per ant, Gaara se tient immobile. Et vu le tourbillon de sable qui l'entoure il n'est pas de bonne humeur.

Les secondes passent comme autant d'heures, puis le sable se calme et se range docilement dans l' ternelle calebasse de son propri taire. Tenten se sent rassur e par cette attitude moins belliqueuse et bredouille un D sol e accompagn d'un sourire contrit. Le Kazekage avance de quelque pas en examinant de loin les trois jeunes hommes allong s, et rend Tenten ses deux lames qu'elle range en grima ant.

Pourquoi tant de rage ?

- a n'a rien voir avec toi, s' crie Tenten. Disons que l' tat de ces trois gars et l'obscurit m'ont mise mal l'aise et dans ces moments-l j'ai tendance r gir de fa on un peu... brusque.

-Il n'y a aucune menace dans les parages.

Tenten ne retient pas un petit soupir de soulagement, non sans penser qu'avec la pr sence de l' trange roux ses c t s, malgr tout ce qu'on peut dire de lui, la fait se sentir en totale s curit . L'adr naline reflue tranquillement, la tension de ses muscles s'estompe et la brunette s' tire sans g ne. Le silence se prolonge, moins g nant que reposant. Bien qu'elle appr cie ce moment de calme Tenten revient ses priorit s, c'est dire secourir les trois malheureux toujours allong s sur les pav s glac s. Elle cherchait une aide, et la voil qui tombe du ciel. Pas tout fait un ange, mais peut- tre encore mieux que a.

Gaara ?

Il la regarde sans parler, Tenten interpr te a comme un signe d' coute.

Je ne peux pas laisser ces trois civils agoniser dans cette ruelle sans rien faire il faut les emmener l'h pital.

-Est-ce vraiment indispensable ? dit simplement Gaara en consid rant les corps.

-Je crains que oui, sourit Tenten. Si quelqu'un apprenait que j'ai laiss trois personnes dans le besoin comme a, mon mentor me passerait un savon et me ferait subir un sermon interminable sur les grandes valeurs ninjas... - elle marque une pause tu veux bien m'aider ?

Avant m me qu'elle ait finit sa phrase un ruisseau de sable s' coule sur le sol, entourant les bless s inconscients, formant trois cocons apparemment herm tiques. Ils s' l vent dans les airs hauteur de leur mains. Tenten a un petit rire joyeux.

Fais-leur un peu d'air, conseille-t-elle en souriant pleines dents, s'il mourraient en chemin on serait bien emb t s en arrivant.

Le sable se module en civi res en l vitation. D'un signe de t te, Gaara fait signe Tenten d'ouvrir la marche. Elle s'ex cute, et trouve sans trop de difficult le chemin le plus court pour se rendre l'h pital. Les deux ninjas cheminent en silence. Tenten s' tonne d'appr cier la pr sence du shinobi du sable. Il n'est pas bavard, mais au moins il est serviable, voir m me gentil ...

En tout cas, pour un d mon sanguinaire, Gaara est d une agr able compagnie. Et puis il a ces yeux. Tenten a du mal les fixer plus de quelques secondes. C'est certainement la partie du corps la plus expressive chez lui, ressortant sur son visage comme deux braises incandescentes.

Le trajet s'ach ve brusquement lorsque les lumi res de l'h pital apparaissent. Il semble soudain Tenten que le trajet a t bien trop court. Elle fait signe Gaara de la suivre et tous deux entrent par la porte des urgences, escortant les trois endormis l vitant un m tre du sol. Deux ou trois m decins s'affairent autour de nombreux bless s en attente.

A l'approche du singulier quintet, ils se figent, pleins d'appr hension. Puis l'un deux d tale vers un escalier. Gaara et Tenten restent debout, sous les yeux m dus s de toute l'assistance. Le fuyard revient tr s vite, suivi de l'Hokage en personne.

C'est pas vrai ! Kazekage-sama, vous avez encore fait des v tres ? Qui me ramenez-vous cette fois ?

Tenten s'interpose entre les deux chefs de village qui s'affrontent du regard.

Non, Tsunade-sama ! Ce n'est pas a du tout. J'ai trouv ces trois bless s dans une ruelle, s rement une bagarre qui a mal tourn . Et... le Kazekage m'a aid vous les amener, c'est tout. Il n'est pas plus impliqu .

La grande blonde en blouse blanche fronce les sourcils et met un grognement sceptique, l'air moyennement convaincue. Gaara demeure impassible.

Bon d'accord. Veuillez excuser mes accusations non fond es. Maintenant si vous le voulez bien, fait-elle en se d tournant, j'ai des malades soigner.

En clair, c'est une fa on plus ou moins d guis e de leur signaler qu'ils g nent tout le monde en restant plant s au milieu du passage. Tenten se dirige vers la sortie, adressant un regard loquent Gaara qui r cup re son sable, laissant les trois lascars en plan sur le sol.

Deux secondes plus tard, les deux ninjas se retrouvent dans l'air frais et venteux de la rue. Tenten ne ressent plus le besoin de rentrer chez elle. Elle se sent bien, presque dix heures du soir, en compagnie d'un dr le de gar on qui ne parle pas. Le silence revient, d cid ment bien pr sent ce soir, et la jeune fille examine discr tement la tignasse rousse malmen e par le vent.

C'est joli, roux, comme couleur, songe-t-elle. En tout cas, a s'harmonise bien avec le vert de ses yeux.

Les yeux... En baissant un peu les siens, Tenten prend conscience que Gaara la regarde. Elle doit avoir l'air gourde le fixer de cette mani re. Elle rive ses yeux sur le mur le plus proche, arborant une affiche d cr pite invitant ninjas et civils au bal de cl ture du tournoi. Son gage lui revient en m moire et elle cherche d sesp r ment un autre endroit fixer du regard. Ce n'est pas le moment de parler de a. La voix de Gaara s' l ve :

O habites-tu ?

Tenten fait un geste vague, se refusant toujours regarder dans sa direction. Un bruit de pas s' loigne. La kunoichi risque un il. Gaara s'est loign de quelques pas et semble l'attendre.

Euh... Gaara ? Tu fais quoi ?

-Tu habites par l . Je t'y emm ne.

Tenten se fend d'un grand sourire. Elle ne lui dit pas que la formule normale c'est je te raccompagne ? . Apr s tout, il n'est pas normal. Mais elle s'en fiche. Et quitte essuyer un refus, autant que ce soit apr s avoir pass un bon moment avec lui. Elle rejoint le ninja roux petits pas press s, r primant un rire niais.

Tout en guidant son h te travers Konoha, Tenten ne peut s'emp cher de poser de questions, des tonnes de question, comme pour se pr parer poser THE question difficile.

Tu penses quoi de Konoha ?

-C'est trop humide pour moi. Cela manque de sable, et puis il fait parfois froid dans la journ e.

-Tu n'as jamais froid chez toi ?

-Je n'ai pas dit a. Les nuits dans le d sert sont glaciales, car le sable ne retient pas la chaleur du soleil.

-Donc tu n'aimes rien ici.

-Si. J'aime la neige.

Tenten carquille les yeux et presse son compagnon de continuer.

La neige est froide, piquant, mais tr s d licate, explique-t-il. Alors que mon sable est dur, chaud et rugueux. On ne connait pas la neige Suna.

-Et quoi d'autre ?

-Certains ninjas de Konoha.

-Vraiment ?

-Oui. Chez moi, tout le monde, m me mes ain s, me donne du Kazekage-sama. Ici je peux tre juste Gaara. C'est reposant. Et je n'ai pas de montagne de papiers lire.

-C'est marrant a ! J'ai toujours pens que Tsunade exag rait en disant qu'elle tait surcharg e de travail. C'est si dur que a ?

-Tu n'as pas id e. Entre les demandes d'alliance, les menaces de rupture d'alliance, les demandes de soutien militaire conomique ou financier, les rapports des ninjas, l'attribution des missions, le jugement des criminels et les injonctions du Conseil que je suis sens suivre la lettre, je n'ai souvent pas une minute moi de la journ e. Mais vu que je ne dors pas, j'ai toute mes nuits de libres pour me changer les id es.

Ils marchent dix minutes en silence, Tenten r fl chissant aux paroles de celui qui chemine ses c t s.

Et, dit-elle finalement, a te plait de faire a ?

-Je ne laisserais ma place personne au monde.

Tenten approuve en silence. Le r le de Kazekage lui va comme un gant. Elle imagine mal ses subordonn s discuter un de ses ordres. a doit plut t tre : Gaara dit, l'Univers ob it. ou un truc du genre. Rien qu' voir l'attitude du ch nin, Yasura, qui est pass dans l'ar ne l'avant veille.

Il semblait au d but incapable de tenter quoi que ce soit l'encontre de son chef. Si le village entier pense de m me, la discipline Suna doit tre irr prochable.

Sur un coup de t te, Tenten bifurque dans une rue. Ce n'est pas vraiment le chemin le plus direct, c'est m me carr ment un d tour.

On va faire un jeu, Gaara !

-... Un jeu.

-Oui tu vas voir. Parce que je ne fais que poser des questions, alors on va r quilibrer la balance. Le principe est simple. On se pose une question, tour de r le. Interdiction de se d filer, et on peut poser toutes les questions que l'on souhaite. a te va ?

-... Soit.

-Parfait. Qui commence ?

-Je prends a pour ta premi re question, et je te r ponds que c'est toi.

Le Kazekage qui fait de l'humour ? Impossible.

Bon bien jou . A toi.

-Alors... Pourquoi les armes de jet ?

-Euh... Je n'y ai jamais vraiment r fl chi vrai dire. Peut- tre pour tre ind pendante de la distance avec l'adversaire, et parce que a occupe, entre les missions, d'aiguiser toutes mes lames. A moi. Que penses-tu de notre Hokage ?

-Ah, dit Gaara avec une l g re contraction. Elle est comp tente et tr s puissante.

-Mais ? Insiste Tenten.

-Une question la fois.

-Tu n'as pas fini ! Alors ?

-... Mais elle me prend pour un gamin et ne me voit pas comme un vrai chef de village.

-Tu vois quand tu veux, sourit Tenten. A toi.

-As-tu peur de moi ?

Tenten se crispe et fixe le sol qui d file. C'est le genre de question qu'elle redoutait. Elle choisit ses mots avec soin.

En fait, non. Peut- tre parce que je ne t'ai jamais eu comme adversaire.

Gaara ne dit rien, et Tenten se sent incapable de discerner s'il est content ou pas de sa r ponse.

Bon, euh... marmonne-t-elle. Qu'est-ce que tu aimes faire ? Je veux dire, quand tu n'as pas de paperasse administrative, tu fais quoi ?

-Je combats, je m dite. J'appr cie de rester dans le d sert, dans mon l ment. C'est apaisant.

-... D'accord. Vas-y.

-M me question, sans la partie sur la paperasse.

-Si tu veux. Je m'entra ne, j'entretiens mes armes, je passe du temps avec mes amis, je joue au g avec Shikamaru, je discute philosophie avec Hinata. Des trucs du genre. R ponse satisfaisante ?

-Oui.

-Alors c'est ton tour.

-O as-tu eu tes aiguilles si fines ?

-Ah, murmure Tenten. Tu as devin .

-Oui.

-Je les ai achet es chez un petit armurier, pas tr s loin d'ici. C'est le seul de la r gion produire ce genre d'armes. D sol e.

-Il n'y a pas de quoi.

Malgr le d tour, ils sont presque devant sa maison. Plus qu'une dizaine de pas et ce sera fini. Mais Tenten veut encore tirer quelque chose au clair.

On est arriv s. Derni re question? Est-ce que tu acceptes mes excuses ?

Les deux ninjas s'arr tent sur le seuil de la maison.

Oui, si tu r ponds par l'affirmative ma derni re question.

-Vas-y.

Il h site semblant rassembler son courage ou chercher ses mots. Tenten attend patiemment, tr s curieuse de d couvrir ce qu'il tient lui dire. Finalement Gaara ferme les yeux et nonce lentement :

Que dirais-tu si Sabaku no Gaara te demandait de l'accompagner au bal ?

Tenten, t tanis e, regarde Gaara rouvrir les yeux et la fixer, interrogateur... Elle reste muette, incapable de prononcer un mot.

C'est une histoire de tradition, et comme tu m'a l'air plus normale que les autres...

La kunoichi ne dit toujours rien, abasourdie. Elle essaie de r aliser ce qui vient d' tre dit. Son h sitation appara t comme un refus, elle le sent. Comme pour lui donner raison, Gaara se d tourne et s' loigne, les paules un peu basses. Tenten se sent idiote, stupide, voir pire que a.

Elle sait ce qu'elle a faire. Alors pour changer son image de soi, elle lui court apr s. Ses chaussures claquent sur le sol mais Gaara ne se retourne pas et continue de s' loigner. Tenten pique un sprint et attrape son ample manche rouge. Il daigne s'arr ter et tourne vers elle des yeux tristes. Tenten souffle :

Oui.

Elle le contourne et se campe devant lui, levant le menton.

Si un certain gar on portant ce nom me le demandait, dit-elle fermement, je dirais oui, avec grand plaisir.

Et l , il se passe quelque chose d' trange et de tr s inattendu. La tristesse quitte le vert des yeux de Gaara et un sourire nait sur ses l vres.

Merci.

Tenten sourit en r ponse, lui adresse un signe de la main et va en sifflotant vers sa maison. Elle sautille presque sur place, r pond aux remarques de sa m re propos de l'heure tardive par un sourire b at et se glisse sous ses draps avec un soupire d'aise. Cette journ e n'aurait pas pu mieux finir.