Chapitre deux
Hermione ne put s'empêcher de trouver la situation très amusante, d'une façon bizarre et calamiteuse. C'était sa première journée de retour à Poudlard, et la première personne sur laquelle elle tombait – littéralement - c'était Snape. Elle savait qu'il y avait peu d'espoir qu'il ait changé depuis qu'elle avait été son élève, mais elle n'était plus la petite gamine émerveillé par son intelligence supérieure. A vrai dire, elle s'était rendue compte qu'elle attendait assez impatiemment l'occasion d'une joute verbale avec lui.
« Qui pourrait bien être assez stupide pour traîner devant une porte ? » écumait Snape, tout en se relevant, repoussant ses cheveux noirs brillants, balayant rapidement sa silhouette du regard, son esprit refusant de faire la lien entre le corps et la personne.
« Apparemment, les années vous ont fait perdre votre grâce, Professeur, » remarqua t'elle tranquillement, et la reconnaissant finalement, son regard se fit glacial.
« Miss Granger, » cracha t'il. « Alors comme ça les rumeurs de votre retour seraient fondées. »
« Oui. J'ai entendu dire qu'on avait besoin d'un nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, » dit-elle d'une voix soyeuse, avant d'ajouter avec un sourire moqueur, « ne vous en faites pas, Professeur, ce n'est que pour un an, et vous aurez de nouveau votre chance l'année prochaine. »
Ses yeux lancèrent des éclairs, et il ouvrit la bouche pour lui lancer une remarque sans aucun doute cinglante, quand une voix amicale l'interpella des escaliers, avant que la grande silhouette d'Albus Dumbledore, qui lissait sa longue barbe blanche, n'apparaisse dans l'encadrement de la porte.
« Severus, est-ce que tout va bien ? » ses yeux pétillants se posèrent sur Hermione et il sourit. « Miss Granger ! Quel plaisir de vous revoir ! Et je vois que vous êtes déjà tombée sur le Professeur Snape. »
Hermione pensa entendre le rire dans le ton de Dumbledore, et Snape lui aussi le remarqua, c'était indéniable. Il fixa le Directeur.
« Si vous voulez bien m'excuser, je n'ai pas le temps de traîner dans les couloirs. Contrairement aux autres personnes ici présentes, j'ai du travail qui m'attend, » siffla Snape, avant de s'élancer dans le couloir, dans un grand mouvement de robes.
Hermione rit doucement en regardant la silhouette de Severus qui s'éloignait, et dit, « Ça règle la question de savoir s'il a changé depuis toutes ces années. »
« Le changement peut prendre longtemps s'il n'y a pas de catalyseur, » dit Dumbledore, mystérieux. Elle fronça les sourcils, ne voyant pas ce qu'il voulait dire. Dumbledore se contenta de sourire et de faire un signe du bras vers son bureau. « Eh bien, puis-je vous offrir du thé ? »
Elle le suivit jusqu'à son bureau et s'installa dans une des chaises, en face du Directeur. Il lui tendit une tasse de thé, qu'elle accepta en le remerciant. Elle prit aussi quelques uns des bonbons au citron qu'il lui offrit, pour calmer son estomac vide.
« Alors, comment vont Harry et Ron ? » demanda Dumbledore en sirotant son thé.
« Harry est en déplacement quelque part en Allemagne, pour quelques semaines encore, et nous n'avons pas pu parler récemment. Pour ce que j'en sais, il n'est pas encore au courant de la réaffectation. Ron, évidemment, est très en colère de me voir venir ici, mais il s'y fera. »
Dumbledore acquiesça. « Et quel est votre sentiment, Hermione ? Au sujet de votre réaffectation ? »
Elle fronça les sourcils et baissa les yeux vers sa tasse. « Je n'en sais trop rien, à vrai dire, Monsieur le Directeur. »
« Je vous en prie, appelez-moi Albus. »
« J'essaierai, mais vous devrez être patient. Il va me falloir un peu de temps pour m'y habituer, » répondit-elle en riant nerveusement. « Je me dis qu'au point où nous en sommes dans la guerre, je devrais être là-bas avec Harry, à capturer des Mangemorts et à essayer d'obtenir des informations. Je suis persuadée que ma présence ici a un but légitime, mais je n'ai pas encore été mise au courant de ce que c'était. »
« Il y a une excellente raison à votre présence ici, mais je ne peux pas vous en donner tous les détails. Tout ce que je suis sur le point de vous dire ne devra pas quitter cette pièce. Si vous en répétiez même une partie, vous mettriez en danger un grand nombre de personnes. » Il marqua une pause, et elle acquiesça avec gravité, accordant toute son attention au vieux sorcier. « Nous avons un autre espion dans les rangs de Voldemort. »
« Hein ? » s'exclama t'elle, clairement surprise. « Quelqu'un d'autre que Snape ? »
Dumbledore approuva d'un signe de tête. « Oui, quelqu'un en qui il a plus confiance qu'en Snape en ce moment. Ce qui nous amène à la raison de votre présence à Poudlard cette année. Nous avons des raisons de penser que Voldemort est au courant du double jeu de Severus, et qu'il a des plans pour lui. Vous êtes ici, en résumé, pour le protéger. »
« Pourquoi ne pas simplement lui dire de ne plus retourner auprès de Voldemort ? Est-ce que Snape est seulement au courant ? »
« Le professeur Snape n'est pas au courant de la situation, et il doit en rester ainsi. S'il ne continue pas comme si de rien n'était, Voldemort va se méfier, et nous pourrions perdre à la fois le professeur Snape et notre autre contact. Cependant, nous serons informés de ses plans pour Severus. »
Hermione resta silencieuse, les implications se bousculant dans son esprit. « Est-ce que ce nouvel espion est digne de confiance ? Comment est-ce que nous savons qu'il ne travaille pas pour Voldemort ? »
Dumbledore lui fit un petit sourire, le regard pétillant. « Oui, il est parfaitement digne de confiance. » Il tendit la main et prit quelques bonbons au citron avant de changer de sujet. « Et que pensez-vous de votre nouveau poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal ? »
« En fait, je disais encore hier à Ron que j'aurais préféré avoir à affronter des Mangemorts plutôt que des élèves, surtout s'ils ressemblent de près ou de loin aux garnements que nous étions ! »
Il rit de bon cœur, d'accord avec elle. « La pauvre Minerva a eu à vous défendre tous les trois contre Severus bien des fois pendant vos sept années ici, plus encore que contre les jumeaux Weasley, je dirais. »
« Il n'y a pas d'élèves de ce genre en ce moment, si ? »
« Il y a toujours des élèves de ce genre, mais aucun qui n'arrive vraiment à un tel niveau. Je peux vous assurer que vous avez été les premiers depuis les Maraudeurs à présenter… un tel défi. »
Hermione sourit, et affirma, « Eh bien, je suis sûre que Sirius était fier de penser que son filleul suivait ses traces ! »
Ils parlèrent de Sirius Black et de Remus Lupin, et des élèves et des professeurs qu'Hermione avait connus pendant ses années à Poudlard. Hermione rit, sourit, et se sentit soudain comme revenue chez elle.
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Après leur thé, Dumbledore montra ses nouveaux quartiers à Hermione. Ils étaient bien plus beaux et confortables que son appartement de Londres. Elle avait son propre salon, avec une cheminée monstrueuse, et des murs couverts de bibliothèques, une chambre qui contenait le lit le plus confortable du monde entier, et une vue incroyable. Et puis il y avait la salle de bains, un vrai paradis sur terre. Elle attendait avec impatience le moment où elle pourrait prendre un long bain bien chaud.
Elle déballa rapidement ses bagages. Il lui suffit de murmurer un sortilège pour que ses livres commencent à se trier par sujet, puis par ordre alphabétique d'auteur, mais ils ne remplissaient que la moitié de ses étagères. Elle se promit d'y remédier aussitôt qu'elle aurait l'occasion de descendre à Pré Au Lard. Ce serait l'un des avantages de ce travail, décida t'elle, elle aurait de nouveau le temps de lire. Elle avait pris du retard dans ses lectures, récemment.
Ses vêtements et le reste pourraient attendre, décida t'elle, quand son estomac commença à gargouiller sans répit. Elle se mit en route vers les cuisines, et n'eut pas beaucoup de mal à trouver son chemin.
C'était tellement étrange d'être de retour à Poudlard sans Harry et Ron. A chaque détour du couloir, elle s'attendait à moitié à les trouver en train de préparer un mauvais coup, de chercher les ennuis, et d'attendre qu'elle vienne les en sortir. Elle se demanda comment allait Harry, et ce qu'il pouvait bien être en train de faire en Allemagne pour commencer. Elle avait laissé des instructions à Ron, lui demandant de lui envoyer un hibou dès que Harry serait de retour.
Aussitôt qu'elle entra dans les cuisines, elle fut entourée d'elfes de maisons, chacun voulant plus que tout s'assurer qu'elle ne manque de rien.
« Euh, salut, je suis Hermione Granger, et je suis un nouveau professeur ici, » commença t'elle.
Un elfe couina avec excitation. « Oh, Miss ! Nous savons qui vous êtes ! Dobby est si content que vous reveniez à Poudlard pour être professeur ! Il nous a tout raconté sur vous et sur Monsieur Harry ! »
« Dobby ! Il est toujours là ? »
« Oui, Miss, mais aujourd'hui c'est son jour de congé, » l'informa le même elfe, secouant la tête. Les autres elfes en firent autant, pour bien montrer qu'ils désapprouvaient les idées de Dobby sur les congés. « Dobby est un mauvais elfe. Dobby ne devrait pas prendre de jour de congé. Les élèves vont revenir bientôt ! »
Hermione rit, se souvenant de sa tentative futile il y avait tant d'années d'améliorer les conditions de travail des elfes de Poudlard. « Eh bien, vous lui direz bonjour de ma part, d'accord ? »
« Oui, Miss. Est-ce que vous voulez quelque chose ? »
« Oui, j'ai très faim, et j'aurais voulu grignoter quelque chose avant le déjeuner. »
Cinq elfes portant des plateaux chargés de mets délicieux, encore fumants, apparurent devant elle, alors qu'un autre lui tendait une assiette et des couverts d'argent.
« Euh, j'espérais plutôt un sandwich au jambon, si ce n'est pas trop vous demander, » précisa t'elle, juste avant qu'on lui tende une assiette sur laquelle se trouvait le sandwich en question. « Merci beaucoup. »
« Mais de rien, Miss, » dit gaiement l'elfe, alors qu'Hermione engloutissait le sandwich. Il récupéra l'assiette vide, et les elfes lui firent signe de la main quand elle sortit.
Se sentant bien mieux, elle décida de rendre visite à son ancienne Directrice de Maison, le professeur McGonagall. Elle murmura un rapide sortilège de localisation, qui lui montra que McGonagall était dans son bureau. Alors qu'Hermione cheminait dans le couloir, Peeves passa au dessus d'elle, caquetant follement, et obliqua vers une salle de classe. Quelques instants plus tard, Rusard apparut au détour d'un couloir, le souffle court.
« Où c'est qu'il est allé, le p'tit salopiaud ? » réussit-il à articuler. « Je l'ai vu entrer dans ce couloir. »
Hermione indiqua à Rusard la direction dans laquelle l'esprit frappeur avait disparu, et il repartit, jurant entre ses dents. Elle poursuivit son chemin.
La porte du bureau de McGonagall était ouverte, mais la pièce était vide. Pensant qu'elle venait peut-être de la manquer de justesse, elle répéta le sortilège de localisation, qui de nouveau désigna le bureau. Fronçant les sourcils, elle entra de nouveau dans la pièce, et la parcourut rapidement du regard. Elle rit quand finalement elle vit le chat de gouttière se prélassant dans un fauteuil devant la cheminée éteinte, ses grands yeux verts la regardant avec amusement.
« Bonjour, professeur, » dit-elle, en traversant la pièce pour aller s'asseoir dans l'autre fauteuil.
Le chat bâilla et s'étira lentement, avant de se Métamorphoser en la silhouette familière de Minerva McGonagall, lunettes carrées et chignon strict compris. Hermione eut l'impression d'être tombé dans un flux temporel qui l'aurait transportée dans le passé, tant McGonagall était restée la même. La sorcière lui sourit, et prit la main d'Hermione dans la sienne.
« Mon enfant, je ne vous avais pas vue depuis votre diplôme ! Vous êtes vraiment devenue une magnifique jeune femme ! »
Hermione rougit, elle ne savait jamais comment répondre quand quelqu'un lui disait à quel point elle avait changé, puisque la plupart du temps elle avait encore l'impression d'être une adolescente gauche. « Oui, ça fait longtemps, professeur McGonagall. Je voulais revenir, mais j'ai été si occupée que j'ai perdu la notion du temps, j'imagine, » répondit-elle, contrite.
McGonagall rit en lui serrant la main. « J'ai déjà entendu cette excuse, Hermione. Et je vous en prie, appelez-moi Minerva, puisque nous sommes collègues maintenant. »
« Le professeur Dumbledore – Albus – m'a dit la même chose, vous savez. C'est tellement bizarre de me rendre compte que mes professeurs ont des prénoms ! »
« Est-ce que vous voulez du thé, ma chère ? » demanda McGonagall en attrapant la théière toute proche.
« Non, merci. Je viens de faire un saut dans les cuisines, en fait. »
Les deux sorcières parlèrent longuement du Ministère, de Harry et Ron, de la guerre contre Voldemort, des professeurs de Poudlard, et de presque tous les autres sujets, jusqu'à ce qu'Hermione s'excuse en disant qu'il fallait qu'elle aille préparer ses cours.
« Si jamais vous avez besoin d'une oreille ou d'une épaule amicale, vous serez toujours la bienvenue, Hermione, » affirma McGonagall d'un ton maternel. « Enseigner peut être très stressant, surtout au début. »
« Merci professeur – Minerva, » corrigea Hermione, les joues un peu rouges. C'était tellement étrange d'appeler McGonagall par son prénom comme si elles étaient égales. Mais nous sommes égales maintenant, non ? Elle allait quitter le bureau quand McGonagall l'interpella.
« Hermione ? Dites-moi, est-ce que vous avez continué à étudier la Métamorphose après Poudlard ? »
Sachant qu'elle avait toujours été l'une des élèves préférées de McGonagall, Hermione sourit. Elle se Métamorphosa rapidement en un petit chat gris aux yeux verts, brillants. Le regard de McGonagall s'illumina et elle applaudit.
« Excellent choix ! » s'exclama t'elle avec un grand sourire quand Hermione reprit sa forme habituelle.
« Evidemment ! » rit Hermione, avant de poursuivre, « vous savez bien que votre matière a toujours été un de mes points forts. »
