Chapitre trois

Hermione resta allongée dans son lit jusqu'à trois heures du matin avant de finalement abandonner tout espoir de dormir. Elle ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter pour l'année qui allait commencer, et pour les leçons qu'elle avait préparées, sans parler de Ron et Harry. Elle s'inquiétait surtout pour Harry.

Au cours de l'année dernière, il avait commencé à accepter des missions sans elle, qui étaient devenues de plus en plus longues et fréquentes cet été. Il ne pouvait pas en discuter avec elle, c'étaient « des missions super top secrètes pour le gouvernement », lui avait-il dit quand elle avait demandé. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était s'inquiéter. En fait, elle n'avait pas la moindre preuve qu'il soit réellement en Allemagne, en fin de compte.

Elle sortit de son lit, échangea sa chemise de nuit de coton contre un jean et un tee-shirt à la gloire d'un groupe de rock moldu, et attrapa sa baguette avant de se glisser hors de ses quartiers. Lucinda, la jeune sorcière du portrait qui gardait sa porte, recevait la visite d'un beau sorcier, et ne remarqua pas le départ d'Hermione. Elle marcha sans but précis, essayant de calmer son esprit trop actif, et finit par se retrouver devant la porte de la bibliothèque. Elle rit, repensant à toutes les fois où elle s'était faufilée ici pour lire au delà des heures autorisées des livres concernant l'un ou l'autre de ses cours. Elle se dirigea vers la Réserve, espérant y trouver peut-être quelque chose qui pourrait lui être utile pour ses classes. Elle avait regardé les plans de cours laissés par le précédent professeur de Défense contre les Forces du Mal, et s'ils étaient convenables, elle pensait cependant qu'elle pourrait encore les améliorer.

Soudain, Hermione sentit une présence derrière elle. Son entraînement d'Auror prit immédiatement les commandes, et elle se retourna, levant les bras dans une posture défensive, quand une paire de mains solides lui attrapa les poignets et l'attira en avant, l'amenant nez à nez avec Snape. Elle était suffisamment près pour sentir son haleine chaude sur son visage, pour voir ses dents jaunes quand il prit la parole.

« Vous devriez travailler un peu plus vos réflexes, Miss Granger, » susurra t'il, sans relâcher sa prise sur ses poignets. Elle lutta pour se libérer, sans succès.

« Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous, professeur ? » demanda t'elle, essayant de garder un ton neutre, et de ne pas s'énerver. Il essaie seulement de te faire peur, de t'intimider, se dit-elle. Il ne te fera aucun mal.

« C'est votre première nuit de retour à Poudlard, et déjà je vous prends à fureter dans le noir. »

« Je pensais être revenue ici pour enseigner, et pas pour étudier, ce qui signifie que j'ai tout autant le droit de 'fureter dans le noir' que vous, professeur. »

Ses yeux noirs plongèrent dans les siens, mais elle refusa de détourner le regard. Elle fit une autre tentative futile de se libérer, et quand il ne céda pas, elle commença à se mettre en colère. « Lâchez-moi, » le prévint-elle, d'une voix basse et dangereuse.

Les commissures de ses lèvres remontèrent presque imperceptiblement quand il demanda sournoisement « Ou bien quoi ? »

Hermione envisagea d'utiliser son entraînement intensif aux arts martiaux pour retourner la situation et le piéger, peut-être même le faire tomber en utilisant son propre poids, mais ça aurait pu lui causer de sérieuses blessures – à lui, évidemment – et elle n'avait pas envie d'aller s'expliquer avec Madame Pomfresh, en admettant qu'elle soit déjà là. Sans parler du fait que Dumbledore serait probablement loin d'être ravi. Au lieu de ça, elle décida d'utiliser l'insulte.

« Vous savez, mes deux parents sont dentistes, ils pourraient peut-être faire quelque chose pour vos dents. Par contre, à votre place, je n'aurais pas trop d'espoir au sujet de l'haleine. »

Cette remarque eut l'effet désiré, et Snape la repoussa. Elle cogna contre une étagère qui vacilla dangereusement pendant un instant.

« Vous feriez bien de rester en dehors de mon chemin, Miss Granger, » siffla t'il, en sortant de la bibliothèque à grandes enjambées.

Elle voulait protester, crier à sa silhouette qui s'éloignait que c'était lui qui n'arrêtait pas de croiser sa route, mais elle tint sa langue.

Eh bien, voilà une fameuse entrée en matière, non ? se dit-elle alors que la porte de la bibliothèque claquait. Comment est-ce que je suis supposée protéger quelqu'un qui me tape sur les nerfs autant que je l'énerve ?

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Le mardi matin, elle se força à sortir tôt de son lit pour prendre le petit-déjeuner dans la Grande Salle avec les autres professeurs. Elle avait sauté à la fois le déjeuner et le dîner du lundi, trop préoccupée par la préparation de ses cours, pour descendre aux cuisines plus tard. En temps normal, elle aurait aussi sauté le petit-déjeuner pour se contenter d'une tasse de café, mais comme elle était la nouvelle professeur de Défense contre les Forces du Mal, elle se disait qu'elle ferait mieux de faire acte de présence pour rencontrer les éventuels nouveaux professeurs, et saluer ceux qu'elle connaissait déjà.

Elle s'habilla et descendit, priant pour que Snape n'y soit pas. Quand elle était élève à Poudlard, il ne faisait pas partie des habitués à la table du petit-déjeuner, et elle espérait que ça n'avait pas changé en entrant dans la Grande Salle.

« Bonjour, Hermione ! » s'exclama Dumbledore, en se levant de table.

Tout en approchant, Hermione prit note des professeurs présents, et tous s'arrêtèrent de manger ou de discuter pour la regarder, la plupart avec le sourire. McGonagall, Chourave, et un bel homme aux cheveux noirs – qui lui ne sourit pas, en fait, il la regarda à peine – étaient assis d'un côté, Flitwick, Bibine, Sinistra, et une jeune femme brune, étaient de l'autre ; Snape, heureusement, était resté égal à lui-même et avait évité le petit-déjeuner.

Dumbledore désigna les deux professeurs qu'elle ne connaissait pas et les lui présenta, « Voici Vasily Borodin, qui enseigne l'Arithmancie, et Anne Wilde, qui est notre professeur d'études moldues. Vasily, Anne, je vous présente Hermione Granger, notre nouvelle professeur de Défense contre les Forces du Mal. Je crois que vous connaissez tous les autres, Hermione. »

Hermione acquiesça et dit bonjour à tout le monde, prenant place à côté de Vasily, qui finit rapidement ses œufs et ses saucisses, et quitta la table sans un mot pour Hermione, ou pour qui que ce soit d'autre, se contentant d'un discret signe de tête à Dumbledore.

Anne, assise en face d'elle, lui sourit en disant, « Ne fais pas attention à Vasily. Il n'est pas réputé pour sa conversation. »

« Tant mieux. J'avais peur que ce ne soit à cause de moi. »

Les arômes du petit-déjeuner étaient sublimes, et Hermione se servit une assiette d'œufs au bacon, avec des fruits et une grande tasse de café. Anne avait déjà terminé de manger, mais elle buvait encore son café.

« Tu as étudié à Poudlard, n'est-ce pas ? » demanda Anne. Hermione hocha la tête, la bouche pleine. « C'est ce que je pensais. J'étais trois classes au dessus de toi pendant ma première année, mais ça a été ma dernière année à Poudlard. »

« Dans quelle Maison étais-tu ? »

« Serdaigle. »

« Le Choipeau a failli me mettre à Serdaigle. Et pourquoi est-ce que tu es partie, si ce n'est pas indiscret ? »

« Pas du tout. Mon père a obtenu un travail en Amérique, et ma mère a terminé mon éducation à la maison. »

« Vivre en Amérique a du être fascinant. Pourquoi est-ce que tu es revenue ? »

Anne eut un rire clair, ses yeux marrons s'animèrent. « Je suis revenue aussi vite que j'ai pu ! J'ai fait mes études supérieures à Londres. »

« L'Université Londonienne de Magie et de Sorcellerie ? C'est une bonne école. Qu'est-ce que tu y as étudié ? »

« Les Sortilèges et la Métamorphose, principalement. Et puis, j'ai suivi un cours fabuleux, 'Les moldus : Passé, Présent, et Avenir', qui m'a vraiment ouvert les yeux sur ce qu'il y avait en dehors du monde magique. Après mon diplôme, j'ai passé trois ans à voyager, et j'ai passé le plus clair de mon temps en compagnie de moldus. »

« Waouh ! »

« C'était vraiment excitant. Mais bien moins que d'être une Auror, j'imagine. »

Hermione haussa les épaules. « Si Harry et Ron ne m'avaient pas asticotée pour que je devienne une Auror comme eux, je me serais probablement retrouvée à Londres moi aussi. La pression exercée par les camarades peut être terrible quand on a dix-huit ans et qu'on ne sait pas ce qu'on veut faire dans la vie. »

« Est-ce que tu regrettes de ne pas être allée à l'Université ? »

« Parfois, peut-être les mauvais jours, quand je dois combattre des Mangemorts de tous les côtés. Mais en général, je suis contente de ma décision. Mais ça fait du bien de faire une pause. » Elle se tut, mangea un peu, en réfléchissant. « Même si je dois avouer que maintenant je comprends la paranoïa de Maugrey Fol Œil. »

« J'en ai entendu parler ! On dirait que j'ai manqué quelque chose de très excitant. »

Riant, Hermione acquiesça. « J'en aurais, des histoires à raconter. »

« Tu devrais venir à l'occasion, alors, et prendre le thé avec moi. Mon bureau est au deuxième étage, près de la statue de la princesse Dyfed, » l'invita Anne en se levant, son café fini, avec un grand sourire.

« D'accord, je le ferai, » accepta Hermione en lui rendant son sourire, ravie de s'être déjà trouvée une amie potentielle. Il faudrait qu'elle envoie un hibou à Ron, qui était persuadé que tous les professeurs de Poudlard avaient au moins soixante ans, si on ne comptait pas Snape – il ne comptait pas de toute façon.

A ce moment un petit hibou surexcité entra par une fenêtre ouverte, et s'écrasa sur la table près d'elle. Elle reconnut immédiatement l'oiseau gris, et attrapa un morceau de croûte de pain pour lui.

« Salut, Coq, » dit-elle. Le hibou hulula joyeusement en réponse pendant qu'Hermione détachait le parchemin de sa patte. « Qu'est-ce que tu as pour moi ? »

Elle déroula le parchemin, et resta confuse un moment : il était vierge. Elle se souvint ensuite que Ron lui avait promis de lui envoyer la carte des Maraudeurs dès qu'il l'aurait retrouvée. Une petite note tomba sur la table, et elle la lut rapidement.

'J'espère que tout va bien. Bonne chance, et botte leur les fesses ! Ron'

Elle sourit, fourra la carte dans sa poche, et en sortit un petit morceau de papier sur lequel elle griffonna un mot de remerciement que Coq rapporterait. Elle laissa Coq finir de picorer avant de fixer sa lettre à sa patte, et, avec un petit cri excité, il s'envola.

Hermione leva les yeux, remarquant que tout le monde était parti à l'exception de Dumbledore et McGonagall. Elle avait été tellement prise par sa conversation avec Anne qu'elle n'y avait pas fait attention.

Dumbledore sourit en demandant, « Une lettre de Mr Weasley ? Je crois me souvenir de son hibou, il l'avait déjà étant élève. »

« Oui, c'était de Ron. C'était Coquecigrue. »

« De bonnes nouvelles, j'espère. »

« Juste une petite note pour me souhaiter bonne chance. » Elle ne mentionna pas la carte, mais quelque part elle se dit que Dumbledore devait être au courant, à en juger pas la lueur dans ses yeux bleus.


Note originale de l'auteur : Initialement, j'avais prévu qu'Hermione mette une raclée à Snape… mais je me suis dit que ça causerait trop de problèmes personnels. Dommage, ça aurait été drôle. Peut-être plus tard, qui sait ?