Chapitre quatre
Les quelques jours qui suivirent se passèrent sans incident, et Hermione ne vit Snape qu'à quelques reprises, principalement au cours des repas. Le vendredi arriva, et elle se rendit compte qu'elle avait des difficultés à se concentrer. Elle regarda par la fenêtre de son bureau du troisième étage, souhaitant pouvoir tout envoyer balader pour l'après-midi, et aller nager.
Mais qu'est-ce qui m'en empêche ?
Elle avait terminé ses plans pour les deux premières semaines de cours, les avait fait vérifier par Dumbledore juste pour être sûre, et il les avait trouvés 'fascinants', louant son désir d'améliorer ceux dont elle avait hérité. Plus elle y pensait, et plus elle doutait que Dumbledore se formaliserait de la voir prendre son après-midi. Sa décision était prise.
A mi-chemin du le couloir menant à sa chambre, elle se dit qu'elle devrait peut-être inviter Anne, et changea de direction, se dirigeant vers l'escalier le plus proche. Elle chercha la statue dont Anne lui avait parlé, et finit par la trouver au bout du couloir. La porte de son bureau était ouverte, mais la pièce était vide et Hermione ressortit, déçue.
Elle retourna vers ses quartiers, se changea en son maillot deux pièces rouge à pois, avant d'enfiler ses robes par dessus. Elle se glissa rapidement dans les couloirs, et fut heureuse de ne rencontrer personne en chemin. Même si elle était sûre que Dumbledore ne lui en tiendrait pas rigueur, elle se sentait quand même un peu coupable de descendre jusqu'au lac pendant que tout le monde travaillait. Franchissant les portes d'entrée, elle plaça la main au dessus de ses yeux pour se protéger du soleil haut, et ce fut presque en sautillant qu'elle alla jusqu'au lac.
En approchant de l'eau, elle se rendit compte qu'elle n'avait pas été la seule à décider que le jour ne se prêtait pas au travail. Elle approcha avec précaution, jusqu'à ce qu'elle reconnaisse que c'était Anne qui nageait dans le lac.
Anne la vit et lui fit un grand signe de la main. « Hermione ! Viens vite, elle est bonne ! »
« Je viens juste de passer à ton bureau pour voir si tu voulais venir nager ! »
« Je suis désolée ! J'aurais du venir te poser la question ! » s'excusa Anne, alors qu'Hermione retirait ses robes et les posait à côté de l'autre pile de vêtements.
Elle plongea un orteil dans l'eau, et fut ravie de constater qu'en effet elle était merveilleuse, ni trop froide, ni trop chaude. Elle avança de quelques mètres avant de plonger sous l'eau pour nager vers le large, avant de refaire surface et de revenir vers Anne.
Elles parlèrent pendant quelques minutes de leurs classes, de leurs plans et des autres professeurs. Hagrid, qu'elle n'avait pas encore vu depuis son retour, était apparemment en Espagne, à essayer d'attraper un Hippogriffe sauvage. Après un moment, Hermione s'allongea sur le dos dans l'eau, se laissant flotter et caresser par le soleil.
Une fois de plus ses pensées allèrent vers Harry. Elle se demandait s'il était au courant maintenant, au sujet de son transfert. Elle l'imagina en train d'entrer en trombe dans le bureau de Fudge, exigeant qu'Hermione redevienne immédiatement sa coéquipière. Cette idée la fit sourire. Quand Harry se mettait en colère, en général, les choses bougeaient. Elle s'interrogea brièvement sur l'identité de leur nouvel espion, passant mentalement en revue la liste des Mangemorts de haut rang, mais elle ne trouva personne qu'elle jugea capable, ou simplement disposé à trahir le Seigneur des Ténèbres.
Depuis le retour de Voldemort, le nombre de Mangemorts avait augmenté, d'abord lentement, puis plus rapidement ces dernières années. Elle, Harry et Ron avaient travaillé dur pour réduire ce nombre. Ils en avaient attrapé beaucoup qui croupissaient maintenant à Azkaban. Les Détraqueurs n'avaient pas encore déserté, probablement grâce à l'affluence de prisonniers, mais certains au Ministère – ainsi que Dumbledore – étaient toujours convaincus qu'ils pourraient les abandonner pour rejoindre les rangs de Voldemort.
Le Ministère lui-même était constamment en agitation, puisque deux factions s'y opposaient : ceux qui soutenaient Fudge, et ceux qui suivaient Dumbledore. Même si Fudge ne s'opposait pas directement à Dumbledore, il agissait souvent avec lenteur. Ce n'était pas une situation que Dumbledore avait voulue, ni même encouragée, mais devant le manque d'initiative de Fudge après le retour de Voldemort, de nombreux sorciers et sorcières s'étaient tournés vers Dumbledore pour lui demander quoi faire, et il avait immédiatement reformé l'Ordre du Phénix. Une des raisons pour lesquelles Harry avait voulu devenir Auror tout de suite après son diplôme était de pouvoir travailler de l'intérieur du Ministère pour produire des résultats dans la guerre.
Ses pensées se tournèrent vers sa mission actuelle, Snape. Hermione n'était toujours pas tout à fait sûre de ce qu'avait voulu faire Fudge en l'envoyant à Poudlard, à moins que ça n'ait été un mouvement purement politique, destiné à affaiblir Harry en tant qu'Auror. Elle s'interrogea aussi sur l'hostilité que montrait Snape à son égard en ce moment. Il semblait encore plus hostile maintenant que quand elle avait été son élève !
Sa rêverie fut interrompue par de l'eau lancée sur son visage, et elle tourna la tête pour voir le sourire joueur d'Anne. « Hé, tu veux aller à Pré Au Lard ? Il faut que je passe à Gaichiffon, et peut-être aux Trois Balais. »
« En fait, j'avais en tête un tour chez Fleury et Blotts ! »
Elle se dirigèrent toutes les deux vers le rivage, où Hermione métamorphosa un mouchoir en une grande serviette de plage multicolore qu'elle utilisa pour se sécher. Elle enfila ses robes et rejoignit Anne, qui l'attendait. Elles marchèrent tranquillement jusqu'à Pré Au Lard, en discutant de l'école.
Anne rit quand Hermione lui demanda si Dumbledore ne verrait pas d'objection à ce qu'elles ne soient pas en train de travailler au château, et lui expliqua, « Tu te rendras compte qu'Albus cherche à s'assurer que nous passions suffisamment de temps à ne pas travailler, et pas l'inverse. »
Hermione sourit, pas tellement surprise. « J'aimerais que le Ministère soit adepte de la même philosophie. Je passais toujours beaucoup trop de temps au travail. »
« Est-ce que tu te rends compte que maintenant, tu passes tout ton temps au travail ? » demanda Anne, question purement rhétorique.
Hermione hésita un instant, réalisant qu'elle disait vrai, mais haussa les épaules. « Alors au lieu de passer tout mon temps libre seule dans mon appartement, je le passerai au milieu de plein de gens dans un grand château. »
« Mais est-ce que tu ne risques pas de t'ennuyer ? Je veux dire, tu as l'habitude de l'action, de poursuivre des Mangemorts, et de frôler la mort, non ? »
« En fait, j'ai toujours été celle qu'on entraînait dans toutes ces petites escapade, et qui essayait d'être la voix de la raison. 'Retournons chercher de l'aide'. Ou 'Je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'aller traîner dans les couloirs ce soir'. Alors, je suis tout à fait prête à accepter une mission qui ne m'expose pas directement au danger. »
Anne hocha la tête. « Je comprends. » Elle marqua une pause, avant de poursuivre, « Mais je continue à penser que toute cette excitation va te manquer, rien qu'un peu. Peut-être tout au fond de toi. »
« Peut-être. Tu en seras la première informée, si c'était le cas. »
Elles arrivèrent à Pré Au Lard, et décidèrent de se séparer pour faire leurs courses chacune de leur côté, et de se retrouver plus tard aux Trois Balais. Hermione se rendit chez Fleury et Blotts, où elle chercha un livre pour ses quatrième année, Banshees ! Et Loups-Garous ! Et Vampires ! Oh là là !. C'était un ouvrage relativement récent, mais pour une raison ou une autre, il n'était pas disponible à la bibliothèque de Poudlard.
La vieille sorcière derrière son comptoir l'aida à trouver cet ouvrage, et Hermione traîna un instant avant d'en choisir trois autres : Trouver le Sorcier Maléfique Qui Est En Chacun de Nous, pour ses classes de sixième et septième année, sur la façon de reconnaître les sorciers et sorcières maléfiques, La Vérité Derrière les Nombres : Etudes Avancées sur l'Arithmancie et le Futur, pour se distraire un peu, et Potions de Grand Pouvoir, qu'elle rachetait pour la troisième fois puisqu'apparemment elle le perdait à chaque déménagement. Elle ne pouvait pas vivre sans ce livre, car elle préparait elle-même la plupart des potions qu'elle utilisait.
Il lui restait toujours du temps avant d'aller retrouver Anne, et elle alla se promener du côté de chez Derviche et Bang, pour regarder les nouveaux modèles de Scrutoscopes. Les tous derniers étaient en forme de bijoux, et ils pouvaient être portés sans gêner, tout en étant parfaitement opérationnels.
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Severus Snape faisait les cents pas devant le bureau d'Albus Dumbledore, alors que le vieil homme était assis, les mains croisées sur sa barbe, à regarder l'homme énervé qui s'agitait devant lui.
« Severus, j'apprécierais que tu n'uses pas tant mon tapis. Je l'ai depuis soixante ans, et finalement je l'aime assez. »
Snape prit un air mauvais, et s'assit brutalement dans une chaise proche de la cheminée. « Pourquoi est-ce que ça doit être moi ? J'ai encore des cours à planifier et des potions à préparer pour les réserves de Poppy. »
« Je m'assurerai de ce que Poppy ait tout ce qu'il lui faut pendant ton absence. » Son visage se fit plus sérieux, et il continua. « Severus, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles je dois t'envoyer. Tout d'abord, tu parles russe, ce qui est un sérieux atout, puisque les Sortilèges de Traduction ne sont pas fiables à cent pour cent. Ensuite, tu connais la région. Et enfin, il y a de grandes chances que la disparition de Vasily soit en rapport avec les rumeurs disant que Voldemort et ses Mangemorts se rassemblent en Europe de l'Est. »
A la mention du nom de Voldemort, l'estomac de Severus se noua, et il dut lutter contre la bile qui lui montait dans la gorge. Chaque visite qu'il avait faite au Seigneur des Ténèbres ces neuf dernières années était devenue de plus en plus pénible. Il ne donnait à Voldemort que des informations partielles, ou déjà connues, et il ne recevait rien d'autre en retour que des insultes et des Doloris.
« Pourquoi pas Granger ? Pourquoi n'envoyez-vous pas la petite Auror de Poudlard ? » grogna t'il.
« C'est ce que je fais. »
Snape regarda droit dans les yeux bleus, et vit qu'ils ne pétillaient pas. Par tous les dieux, il l'envoie avec moi, réalisa t'il soudain.
« Maintenant que tu m'y fais penser, il faut que je lui parle immédiatement. Je crois que tu pourras la trouver près du lac. Ou peut-être à Pré Au Lard. Mets-là au courant de la situation, s'il te plaît. »
Snape le dévisagea avec un mélange d'incrédulité et de haine. Dumbledore, l'ignorant, se pencha pour attraper le plat de bonbons au citron qui était sur son bureau.
« Prends un bonbon avant de partir, Severus. Ça te remontera le moral. »
Le jeune sorcier se leva, le visage fermé, tourna les talons et sortit en trombe du bureau, ses robes virevoltant derrière lui.
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« Hermione ! »
Soudain, elle se retrouva tête la première dans une monstrueuse barbe emmêlée, étreinte par des bras solides.
« Hagrid ! Je ne peux plus respirer ! »
« Désolé, » s'excusa Hagrid en la lâchant. « Je suis tellement content de te revoir ! Hé, Anne. Allez, venez vous asseoir, on va prendre un verre ! »
Elles s'assirent avec Hagrid, et burent une bièraubeurre pendant que Hagrid leur parlait d'Hippogriffes sauvages. Il lui parla aussi des deux Fléreurs qu'il avait trouvés dans la Forêt Interdite et adoptés, et elle se montra intéressée à l'idée de les rencontrer, en souvenir de la moitié Fléreur de Pattenrond.
« Eh ben ça alors ! Professeur Snape ! » s'exclama Hagrid en faisant signe de la main vers la porte. Hermione regarda par dessus son épaule et grogna, remarquant l'air particulièrement mauvais qu'il affichait. Anne lui lança une regard interrogateur, mais ne fit pas de commentaire.
Snape se dirigea immédiatement vers leur table, adressa à peine un signe de tête à Anne et à Hagrid, et posa le regard sur Hermione. « Miss Granger. On profite de son après-midi à ce que je vois. »
« Oui, merci, » répondit-elle doucement.
« Bien que j'aie horreur d'interrompre votre petite réunion, je dois vous informer que le professeur Dumbledore requiert votre présence, » siffla Snape, en ajoutant inutilement, « immédiatement. »
« Bien. Je vous remercie, professeur, je vous rejoins tout de suite. »
Snape tourna les talons et sortit à grandes enjambées.
« Whaouh, je sais qu'il n'aime personne, mais là ! »
« Je ne te le fais pas dire. Je ne sais pas ce qu'il a moi non plus. Il n'a jamais été comme ça quand j'étais élève. »
Hagrid grommela. « Je crois qu'il est seulement incompris, c'est tout. Et si Dumbledore veut te voir, tu ferais mieux d'y aller. »
Anne acquiesça et commença à se lever.
« Non, reste. Tu n'as pas besoin de supporter Snape toi aussi. Reste et bois une autre bièraubeurre. »
« Tu es sûre ? » demanda Anne, en lui attrapant le bras. « Ça ne me dérange pas… »
Hermione secoua la tête en se levant. « Je suis sûre que ce n'est rien. Je vous vois au dîner. »
Elle paya sa part et attrapa ses livres, pour avancer vers la porte. Elle aperçut Snape, appuyé sur le bord d'une voiture de Poudlard, lui adressant un air mauvais. Elle soupira. Elle aurait voulu savoir pourquoi elle avait mérité pareil traitement.
Snape monta dans la calèche, laissant la porte ouverte pour elle, mais sans l'assister. Elle s'assit sur le siège, en face de lui, et posa ses livres à côté d'elle. Par habitude, Snape posa les yeux dessus, et il fut assez surpris de voir l'exemplaire de Potions de Grand Pouvoir.
« On se remet aux Potions ? » ironisa t'il, au moment où la calèche se mit en marche avec une secousse.
Elle le regarda avec méfiance. « Non, je remplace l'exemplaire que j'ai perdu. »
« Etant donné votre manque d'intérêt pour le sujet, je trouve ça assez curieux que vous ayez déjà possédé un exemplaire de Potions de Grand Pouvoir. »
Est-ce que c'est à cause de ça ? Mon projet de Potions de septième année ? Elle ne répondit rien, regardant son visage.
Elle se souvenait de ce jour, quand elle lui avait rendu son projet terminé, où il avait dit qu'elle pourrait probablement décrocher une bourse de Potions pour Berkeley, Californie. Mais elle avait décidé d'arrêter ses études, pour pouvoir se battre. Son cœur ne se serrait plus autant en pensant à ces études qu'elle n'avait pas faites, même si les très mauvais jours, il lui arrivait de se demander où cela aurait pu la mener. Ce serait une autre vie.
Elle ne dit rien, et regarda par la fenêtre. Après un moment de silence, elle tourna de nouveau les yeux vers lui, pour demander, « Pourquoi est-ce qu'Albus souhaite me voir ? »
Il était supposé le lui dire, il en avait reçu l'ordre. Mais alors il ne pourrait plus profiter de cette joie qu'il éprouvait à ne pas lui donner une information qu'il avait, comme il l'aurait narguée quand elle était élève en parlant d'une potion qu'elle aurait été incapable de préparer pour une raison ou une autre. Il se renfonça dans son siège et croisa les bras, la regardant d'un air sévère.
Elle soupira, regardant par la fenêtre. Heureusement, le voyage était presque fini, et ni l'un ni l'autre ne dit un mot de plus, même après que la voiture les ait laissés devant les marches du perron. Elle le suivit jusqu'au bureau de Dumbledore, devant hâter le pas pour pouvoir suivre ses grandes enjambées. Elle était assez loin derrière lui pour ne pas entendre le mot de passe qu'il donna à la gargouille, mais elle faillit lui rentrer dedans quand il s'arrêta dans l'escalier et lui dit, sans jamais tourner le visage vers elle.
« Vasily Borodin a disparu. Il a reçu un hibou urgent mardi lui demandant de rentrer chez lui, à Mourmansk, mais sa famille affirme qu'il n'est jamais arrivé. » Il s'arrêta, avant de reprendre, d'un ton glacial, « Apparemment vous et moi allons passer pas mal de temps ensemble. » Il reprit son ascension de l'escalier en spirale.
