Ça y est dernier chapitre, dimanche prochain on se retrouve pour l'épilogue...
De nouveau merci AmbreKuchiki47 pour la review :)
Chapitre 11 – Partie 2
« Première phase terminée, gagnant des premiers duels : papa, Kenpachi et Rukia, déclara solennellement Karin. Yuzu les tirages pour les prochains duels.
- Kenpachi contre Rukia et en second match… Byakuya contre Rukia. »
Rukia sembla dépitée, si elle avait tenu face à son père c'était surtout avec l'avantage de l'âge. Sôjun se débrouillait bien, derrière son apparence inoffensive il avait malmené Rukia. Renji avait fait amende honorable contre Byakuya et lui… C'était fait massacrer par la brute qu'était Kenpachi. Il s'assit au bord de la terrasse en soupirant. Il était en sueur. Quelle idée de faire ça en pleine chaleur et au soleil ?
« Cela fait un longtemps que tu fais du kendo ? »
Il sursauta mais parvint à retenir son cri. C'était quoi cette façon d'apparaitre furtivement, comme ça ? Ginrei ne pouvait pas se déplacer vite pourtant il était arrivé à côté de lui sans qu'il ne voit, à moins qu'il ait été là depuis le début ? Il était tellement dans son duel… C'était possible qu'il n'ait pas remarqué.
« J'ai commencé le mois dernier. »
Il s'inquiéta de voir Ginrei écarquiller les yeux, est-ce qu'il se sentait mal ?
« C'est impressionnant, dit-il, tenir à tête à Kenpachi à un si jeune âge et étant novice… Surprenant.
- J'ai pas eu l'impression de lui tenir tête.
- Tu es presque aussi doué que Byakuya au même âge… Il était vraiment habile, il serait devenu capitaine de son équipe sans peine.
- Qu'est-ce qu'y l'a empêché… Ah oui, question bête. »
Il se sentit vraiment idiot. Il se gratta la tête ne sachant que dire, il venait de gâcher ce moment qui aurait pu lui permettre de se lier à son arrière-grand-père.
« Tu n'y es pour rien, dit-il. Je dois retourner arbitrer. »
Ce tournoi l'amusait plus qu'il ne l'aurait cru et… Il pouvait même se montrer gentil. Cela lui rappela Byakuya, il avait ce même air détaché et indifférent mais il savait aussi se montrer attentionné. Il le suivit du regard et regard les deux futurs combattants se préparer, Renji souriait comme un enfant devant ses cadeaux de Noël depuis qu'il avait vu Kenpachi entrer en action. Il devait être partagé entre soutenir son idole et sa copine. À sa pace il se méfierait de la colère de Rukia, elle était redoutable et bien plus énervée qu'il ne l'aurait cru. Hanatarô lui amena à boire et il apprécia l'eau fraiche qui coula le long de sa gorge. Lorsqu'il eut vidé son verre il aperçut Hiro venir vers lui.
« Tu devrais te rapprocher, dit-il, les filles s'amusent follement.
- Je profite de l'ombre, j'ai eu chaud, sourit-il.
- Tu t'en es bien sorti d'après Ginrei, tu as raté ses éloges.
- Ses éloges ? S'étonna-t-il.
- Dans la bouche de mon époux elles en sont. »
Cela le fit rire.
« Avec autant d'année de vie commune, je sais lire à travers les lignes.
- Cela fait combien de temps que vous êtes marié ?
- Nous fêterons nos soixante-dix de mariage à l'automne.
- Vraiment ? S'exclama-t-il. C'est impressionnant !
- Nous avons eu un coup de pouce du destin dirons-nous. Nous étions destinés l'un à l'autre.
- Destiné ? Répéta-t-il.
- Nous sommes un couple destiné, avoua-t-il. Il n'aurait jamais épousé un oméga comme moi sinon.
- Alors… Cela existe vraiment les couples destinés ?
- On peut aussi parler de coup de foudre mais… C'est bien plus fort. Je m'en rappelle comme si c'était hier mais je ne veux pas t'embêter avec ses vieilles histoires. »
Un sourire flottait sur ses lèvres et aux creux de ses yeux.
« Tu veux… Me raconter ? »
Il semblait en mourir d'envie alors il avait proposé et… Il n'avait pas hésité longtemps.
« Je l'ai rencontré à fête organisée pour débuter la saison mondaine.
J'avais hâte d'être à cette fête, j'espérais le rencontrer… Je me rends compte aujourd'hui à quel point s'était déplacé de ma part mais j'étais jeune, je sortais peu et je suivais des cours à domicile… Les omégas avaient peu de droits et nous sommes toujours sous-représentés dans les milieux aisés. Je me faisais une joie de rencontrer des gens de mon âge et puis… Ginrei me faisait rêver, il avait ce côté de prince charmant. Il était plus âgé et sur les photos que j'avais vu de lui il était beau et avait un charme fou, rit-il. »
Des rougeurs apparurent sur ses joues et un sourire fendit ses lèvres. Il pencha la tête vers l'avant, un peu honteux de la candeur qu'il dégageait en cet instant.
« C'était l'hôte de la fête mais je voulais le rencontrer comme on rencontre son idole. J'étais tellement heureux de savoir que j'allais le voir que j'en ai pas dormi la nuit, je ne tenais plus en place. Mon père s'en était agacé et avait menacé de me laisser à la maison, cela m'a fait tellement mal au cœur que ma mère est intervenue en ma faveur. Même si elle m'a aussi dit de me calmer. La fête était splendide et lorsque je l'ai vu… Lorsque nos yeux se sont croisés… J'ai tout de suite su. Il était ma moitié et la seule idée que la jeune femme qui se tenait à ses côtés soit sa fiancée me retournait l'estomac. Je ne m'étais jamais senti si désespéré, si désemparé… Je me suis senti mal alors j'ai préféré m'éloigner un peu. J'avais peur de mettre à pleurer.
C'était idiot. Je ne le connaissais même pas, pourtant ça me brisait le cœur de le voir aimer quelqu'un d'autre. À peine avais-je réussi m'éloigner que je me suis mis à pleurer, j'étais frustré et en colère. Je me sentais mal, j'avais chaud, je me sentais dans le même état qu'avant mes chaleurs ce qui était curieux puisque je les avais déjà eu le mois d'avant. Cela aurait dû m'inquiéter mais j'étais tellement bouleversé que je n'y ai pas prêté attention sur le moment.
J'ai senti un changement. Mes larmes se sont calmées et c'est alors que j'ai entendu sa voix. Je ne lui avais pas parlé pourtant je savais que c'était lui. Il m'a demandé comment j'allais et m'a tendu un mouchoir. Il m'avait vu partir et cela l'avait inquiété.
C'était un rêve devenu réalité, il était encore plus beau de prêt et… Je ne devrais pas raconter ça : nous nous sommes embrassés. J'étais tellement heureux que j'ai oublié tout le reste, quand j'y repense c'était tellement indécent, nous venions tout juste de nous rencontrer… Puis tout s'est emballé, le reste est peu plus flou mais je me souviens de la mine horrifiée de mes parents lorsqu'ils nous ont trouvé ensemble. Ses parents aussi étaient dans tous leurs états. Je crois que ni lui ni moi n'avons jamais été autant maudits… Mais de toute manière c'était trop tard. Tout le monde présent à la fête l'a su, un vrai scandale. J'ai honte quand j'y repense, sourit-il.
Nous nous sommes mariés le mois suivant. Mes beaux-parents étaient durs avec moi, ma belle-mère surtout, l'idée du mariage arrangé de Ginrei venait d'elle et tout avait raté à cause de moi. Elle était furieuse mais… Dès qu'elle a tenu son premier petit-fils, sa rancœur s'est envolée.
Nous sommes allés vivre à Tokyo, s'était un sacré changement pour moi. Je n'avais jamais quitté mon quartier et je me retrouvais dans une toute nouvelle ville. Nous vivions avec les parents de Ginrei comme je suis oméga je ne pouvais rester sans tutelle, mais nous avions notre espace, je ne sais pas si tu es déjà allé au manoir ? Nous avions l'aile ouest à notre disposition, je n'avais pas ma belle-mère sur le dos en permanence, rit-il. Je me plains mais elle m'a beaucoup aidé avec les enfants…. Mais je ne fais que parler, je dois t'ennuyer avec ses vieilles histoires. Même moi en le racontant je peine à y croire, ça ressemble plus à un conte de fée qu'à une vrai histoire.
- Ça ne me dérange pas, je veux dire, c'est mieux d'entendre des histoires d'amour qui se termine bien.
- Elle n'est pas encore terminée, reprit-il. J'ai l'impression de retrouver mes seize ans lorsque je la raconte.
- Vous étiez si jeune ?
- Tu sais, ce n'était pas rare pour un oméga de se marier tôt. Je devais rencontrer un prétendant pendant cette fête… Mes parents souhaitaient que je sois marié pour mes dix-huit ans.
- Mais pourquoi si jeune ? Répliqua-t-il.
- Parce que je suis oméga, les médicaments n'existaient pas ou était encore peu efficace pour gérer les chaleurs. C'était aussi pour ma sécurité. Tu sais à cette époque les omégas… On nous gardait enfermé, on nous cachait, et parfois à l'adolescence lorsque cela se révélait les parents confiaient leurs enfants à de la famille éloignée ou une autre famille et les reniait… C'est vrai que je n'avais pas le droit sortir sans être accompagné mais mes parents m'aimaient, ils cherchaient avant tout à me protéger.
-Ça n'a pas dû être facile.
- Je n'ai pas à me plaindre, j'ai une belle vie, de beaux enfants, petits-enfants et même des arrières petits-enfants que je peux voir grandir… Et si tu ne traines pas trop je verrais même mes arrières arrière petit- enfants.
- Navré mais ce n'est pas prévu pour tout de suite. »
Hiro se mit à rire.
« Je ne regrette pas mes enfants parce que c'est ce que je voulais mais c'est toujours bien de profiter de sa jeunesse pour voyager ou profiter. Tu es doué en langue d'après Byakuya, tu devrais aller faire un semestre à l'étranger, c'est toujours enrichissant ! Je rêvais de visiter le Danemark mais je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller.
- Ce n'est pas trop tard, répondit-il. Fait une valise, si Ginrei ne veut pas venir met-le dedans et hop ! »
Il se mit à rire de plus belle.
« Je vais y songer, ton idée me plait bien. S'il résiste tu m'aideras à le fermer dans la valise ?
- Ou je t'accompagne, ce sera plus simple.
- Cette idée aussi me parait charmante, parcourir l'Europe avec mon arrière-petit-fils… J'ai peur que tu t'ennuie si tu pars avec moi. Puis… Si tu te trouves un ou une belle scandinave, Byakuya risque de m'en vouloir si tu restes là-bas. »
Cette fois ce fut à son tour de sourire.
« Rukia n'en mène pas large, commenta Hiro. »
Il reporta son attention sur le duel en face d'eux. Cet aparté avait capté toute son attention. Rukia réussi à parer des coups mais cela ne fut pas suffisant. Kenpachi marqua le point et fut rapidement donné vainqueur. La pauvre Rukia salua mais alla s'affaler sur le bord de terrasse pour reprendre son souffle. Elle n'était pas au bout de ses peines. Elle devait enchainer avec Byakuya.
« Peut-être qu'on devrait se rapprocher, dit-il. Elle va avoir besoin de soutien.
- Ça je sais faire, sourit Hiro. »
Il se leva et aida son ainé à se lever, il apprécia le geste et le remercia. Ils traversèrent la cours pour rejoindre la terrasse en face où se trouver le reste de la famille. Rukia vida son verre d'une traite et essuya la sueur qui perlait sur son front. Kenpachi ne cillait pas, il ne semblait même pas transpirer. Elle avait tout donné pour lutter et lui n'était même pas au stade du simple effort. C'était décourageant.
Hiro alla féliciter sa petite-fille et il s'assit à côté de Ginrei sans trop faire attention. Byakuya était en train de remettre ses protections et Sôjun l'aidait. Karin s'extasiait devant Kenpachi en lui posant des questions, il ne l'avait jamais vu si bavarde, ni son entraineur si patient. Cette image était presque attendrissante.
« Hiro m'a dit que tu l'avais aidé à monter les derniers cartons à l'étage, reprit Ginrei. J'avais demandé à Aida mais il a dû en oublier. Ils auraient manqué, ils contiennent les mémoires que le musée souhaite emprunter.
- Vous prêtez des documents ?
- Les archives de notre famille sont les plus anciennes et plus fournies des collections privées. Elles font références depuis des années et nous les conservons toujours. Le musée d'histoire prépare une exposition sur les notables de la région et ils leur manquaient de la documentation.
- Donc… Tu t'occupes du classement maintenant ? J'ai vu qu'il y avait des étagères entière en cours de classement.
- Je m'en occupais déjà avant, ce n'est pas du classement mais de la restauration. Les anciennes boites d'archives ne remplissent plus leur fonction alors il faut les changer et vérifier l'état des documents. Je fais le tri de ceux qui ont besoin de réparations et en profite pour vérifier l'inventaire.
- Cela doit prendre du temps.
- Il faut le prendre, corrigea-t-il. Ce matin je t'ai vu lire Moby-Dick, c'est un livre imposant pourtant en lisant quelques pages par jour on progresse et on arrive au bout. C'est la même chose… D'ailleurs je ne savais pas que vous aviez ce genre de livre à lire pour les cours d'anglais.
- Ce n'est pas pour les cours d'anglais, enfin pas vraiment, mon professeur me l'a simplement recommandé comme lecture pour les vacances. J'ai eu un peu de mal à accrocher mais il y a pas mal de vocabulaire intéressant.
- Tu apprécies la langue anglaise ?
- Je m'y intéresse, dit-il. Lorsque je peux je préfère lire en version originale, je faisais aussi du chinois au collège mais ça me plaisait moins.
- J'ai quelques documents à l'étage qui datent de la Seconde Guerre Mondiale en anglais que je n'arrive pas à déchiffrer, je voudrais bien que tu les regardes. Ce sont d'anciens journaux de bord des officiers américains qui siégeaient dans la ville. Je pense que cela pourrait aussi intéresser le musée mais j'aimerais m'assurer du contenu avant de leur en parler. De plus il faudrait l'accord des auteurs, songea-t-il.
- Je peux essayer.
- Je te montrerais ça tout à l'heure. »
Dans quoi venait-il de s'embarquer ? Il ne pouvait pas lui dire non, c'était l'occasion d'améliorer son anglais et de se faire accepter par son arrière-grand-père. Il eut le sentiment que cet échange l'avait mis sur la bonne voie.
« Fin de la pause, déclama Yuzu. Les participants en place. »
Elle prenait son rôle d'organisatrice à cœur, elle menait tout le monde à la baguette. Rukia poussa un long soupir mais remit son casque de protection. Malgré la fatigue, elle voulait en découdre. Elle paraissait bien déterminée à tout donner cette fois aussi.
Byakuya mit son casque à son tour. Ils se mirent en position et se saluèrent. Le duel pouvait commencer. Il n'avait pas eu l'occasion de suivre de près le premier duel de Byakuya, il était sur les rotules et n'avait pas su rester concentré pour analyser son style.
Ils se jaugèrent et Rukia tenta une attaque dans un cri strident que Byakuya para sans difficulté. Elle recula et il profita d'une ouverture pour attaquer aussi vite. Le coup fut sec et rapide. Le son de cri ne lui parvint qu'après. Il n'avait pas eu le temps de voir l'amorce de son mouvement. C'était fluide et sans les moindre prémices de mouvement. Rukia avait dû se défendre par réflexe. Elle fut déconcertée et elle avait à peine repris sa position qu'il frappa à nouveau. Elle évita de justesse et se déplaça pour reprendre un peu d'espace et de contrôle sur la situation. Elle pivota et ils se mirent à tourner.
Rukia était prise au piège et en sursis. Byakuya était rapide, difficile de se dire qu'il n'avait pas pratiqué depuis le lycée. Il devait être monstrueux. Il s'arrêta et elle remonta sa garde, il attaqua. Son sabre heurta son casque de plein fouet sans qu'elle n'ait le temps de bouger.
« Ippon, déclara Ginrei. »
La position était parfaite, le mouvement parfait et le cri placé dans un timing tout aussi parfait. Il avait presque vu la scène se passait au ralenti tant la démonstration était convaincante. Rukia n'avait même pas réagir tant cela avait été réalisé avec fluidité. C'était le genre de mouvement qu'on leur enseignait aux entrainements mais en pratique il était impossible d'avoir quelque chose d'aussi propre et net.
Le temps n'étant pas écoulé. Ils continuèrent. Rukia reprit position et tenta une attaque. Cela échoua mais elle put éviter le coup de son frère. Ella avait encore de l'énergie pour se défendre. Il devait reconnaitre qu'elle ne baissait pas les bras. Byakuya fut moins agressif sur la fin du match.
« Temps écoulé. »
Ils stoppèrent et se saluèrent. Rukia poussa un long soupir en retirant son casque.
« J'avais oublié que tu étais aussi rapide, dit-elle.
- Il a déjà fait mieux, commenta Kenpachi. »
Il voulait le mettre en forme pour le prochain duel qui servirait à les départager. Il ne lui répondit pas mais retira son casque avec un air de défi. Cela promettait d'être intéressant. La tension devint palpable et il vit les yeux de Karin pétiller. Ce duel était le plus attendu et le tournoi avait été un prétexte pour en arriver là.
« Et moi je t'ai connu plus solide sur tes appuis, rétorqua-t-il. »
Le sourire le plus effrayant qu'il ait jamais vu apparut sur le visage de son entraineur. Il s'amusait comme un enfant et adorait ce petit jeu de provocation.
« Toujours des paroles… »
Un sourire furtif étira le coin de ses lèvres. Il ne le savait pas si combatif… Et il ne l'avait jamais vu s'amuser comme ça. Ses jambes se mirent à trembler d'anticipation, il avait hâte de voir ce que ce combat allait donner.
La tension était palpable durant la pause. Renji se posa à côté de Rukia et la félicita pour ses deux combats, elle méritait sa place sur le podium. Elle retira son armure et en profita pour remettre de l'ordre dans ses cheveux. Elle était plutôt coquette malgré son côté garçon manqué, il comprenait mieux le caractère de Karin.
La pause sembla durer une éternité et les deux protagonistes n'échangèrent pas un mot. C'était leur façon d'entrer dans leur rôle de compétiteur. Il n'y avait pas de vrais enjeux pourtant cela semblait leur tenir à cœur. Une question de fierté ou de revanche personnelle entre eux ? Il n'avait pas réussi à savoir lequel avait le dessus, Hyôsube avait dit qu'ils étaient du même niveau mais était resté vague, peut-être ne le savait-il pas lui-même.
Yuzu regarda son chronomètre et se leva. Elle se tourna vers eux, défroissa sa robe et prit une mine sérieuse et solennelle.
« La finale peut commencer, les deux finalistes peuvent venir se mettre en place. »
Tout son sérieux s'envola et elle sourit à pleines dents. Pas doute, elle prenait du plaisir à jouer les présentatrices. Les deux combattants se levèrent dans le même mouvement et mirent leurs casques.
Pas un mot.
Ni des participants, ni chez les spectateurs. Tout le monde retenait son souffle.
Ils se mirent face à face et s'inclinèrent. La première attaque fut simultanée et violente. Les deux shinais se fracassèrent dans un bruit sourd et leurs cries respectifs furent indiscernables. Il était impossible de savoir qui avait attaqué en premier de qui avait riposté. Cela avait été aussi rapide que violent. Le duel s'annonçait serré.
Ils s'éloignèrent et se jaugèrent. Kenpachi réattaqua avec la même ardeur et Byakuya para. Il ne trembla pas ni ne montra de signe de faiblesse. Il y avait mis tout son poids et utilisé sa taille pour amplifier sa force mais cela n'eut aucun effet. Il était plus fort que ne laissait présager sa silhouette. Le colosse s'écarta aussitôt et referma l'ouverture qu'il avait laissée sur ses flancs. Il n'avait jamais vu son entraineur se mettre sur la défensive si vite. Byakuya devait l'avoir habitué aux ripostes foudroyantes.
Il le provoqua par de petit mouvement de sabre. Ils claquèrent, se frôlèrent, ça avait l'air d'un jeu enfantin mais il était impossible de savoir qui tenterait un nouveau coup. Byakuya dut se lasser car il plongea et frôla le casque de son adversaire. Un coup pareil aurait pu lui donner le point mais Kenpachi avait de l'instinct. Les attaques et ripostes s'enchainèrent à un rythme effréné. Quand Ginrei annonça la fin du temps personne ne réagit trop captivé par ce qui se déroulait sous leurs yeux. Les deux finalistes restèrent en garde, ne sachant s'ils devaient relâcher leur attention ou non.
« On amorce les prolongations, le premier a marqué gagne. »
À peine la phrase finie Kenpachi asséna une nouvelle salve de coups. Byakuya ne cilla pas et contra chaque coup avec précision. Il n'en manqua aucun et dès qu'il vit une ouverture il frappa. Son corps se tendit et un frisson le parcourut des pieds à la tête. Il le manqua de peu et leurs sabres se brisèrent dans un fracas.
« Temps mort. »
Il ne savait pas qu'une chose pareille était possible. Il n'était pas seul, un sursaut avait parcouru tout le groupe et Yuzu poussa un cri. La tension ne disparut pas des bretteurs, ils restaient fixés l'un sur l'autre et ne rompaient pas le contact visuel. Karin récupéra les gardes brisées et leur donna de nouveaux sabres. Ni l'un ni l'autre ne lâcherait. Le champion du monde tenait à garder son titre et l'hôte ne voulait pas perdre devant sa famille. Cela risquait de durer.
Ils avaient dépassé les quinze minutes d'affrontement et devaient tous les deux souffrir de la chaleur sous leurs armures. Il commençait à se dire que le point gagnant se jouerait sur un coup de chance. Il se vidait de son énergie juste en les regardant. Il comprit pourquoi Hyôsube n'arrivait pas les départager. Leurs techniques et styles s'opposaient. Force et puissance contre maitrise et rapidité. Ils étaient aussi entêtés l'un que l'autre et ne resteraient pas sur un match nul.
Chaque attaque pouvait être la dernière. Chaque coup pouvait être celui qui ferait tout basculer. Ils se provoquaient, tentaient des feintes et attaquaient à la moindre ouverture. La moindre faiblesse serait fatale. Kenpachi poussa un grognement et attaqua de biais, Byakuya n'eut pas le temps de se retirer et la lame frappa son poignet.
« Ippon. »
Ils se replacèrent l'un face à l'autre et se saluèrent à nouveau. La tension qui régnait éclata et l'air devint plus léger. Les deux duellistes se jaugèrent à nouveau avant de briser la glace en retirant leurs casques. La finale était terminée et le résultat accepté par les deux participants. Cela c'était joué à un cheveu. Byakuya était impressionnant et il n'osait imaginer le niveau qu'il aurait eu s'il avait continué à suivre les entrainements de Hyôsube. Ils transpiraient tous les deux et reprenait leur souffle.
« C'était impressionnant ! Commenta Renji. »
Il avait des étoiles dans les yeux, Rukia semblait dépitée de son manque de retenue mais il comprenait son état.
« C'était un beau combat, appuya Ginrei. Vous avez eu une bonne idée. »
Il se tourna vers les filles qui souriaient, fière de voir leur initiative approuvée par le patriarche.
« Il faudra remettre ça ! S'enthousiasma-t-elle. Voilà une nouvelle tradition familiale lancée. »
Elles semblaient déjà considérer que Kenpachi sera là aussi l'an prochain. Il ne savait pas si elles avaient déjà compris la nature de sa relation avec leur père ou si elles avaient un bon instinct. En même temps il était repassé régulièrement à l'appartement, la nuit certes, mais au matin il percevait un changement dans l'air, une fragrance ressortait et l'humeur de Byakuya aussi changeait. Il semblait plus calme et apaisé. Ses sœurs aussi devaient le sentir. Ce séjour était peut-être une occasion pour le « jeune » couple de faire germer l'idée chez les filles et de faire accepter l'idée aux autres membres de la famille.
Même s'il aurait préféré ne pas vivre avec sa brute d'entraineur, ce n'était pas lui que ça dérangerait.
o~~O~~o
La semaine passa à une vitesse déconcertante.
Ichigo travailla à la traduction de vieux journaux avec Ginrei. Son grand-père avait accepté sa présence chez lui et dans la famille. Il était encore étonné de l'avoir entendu lui dire qu'il avait pris la bonne décision en le reconnaissant officiellement. Pour le reste, il semblait plus mitigé mais n'avait rien ajouté.
Yuzu et Karin s'étaient réconciliées et passaient de nouveau du temps ensemble. Elles avaient trouvé un terrain d'entente. Elles étaient revenues ravies de l'après-midi qu'elles avaient passé avec Sôsuke et sa présence au pique-nique familial avait été appréciée. Il n'avait pas manqué l'occasion de lui faire des remarques sur la présence de Kenpachi et ses goûts étonnant en matière d'homme. Il n'avait pas manqué l'occasion de lui rappeler sa relation avec Hinamori et à ce qu'il avait pu sentir… Que cette relation n'était pas exclusive. Il crut remarquer le parfum d'un de ses collaborateurs. Comment s'appelait-il ? Gin ? Il revoyait sa mine souriante qui n'inspirait pas confiance. Sôsuke avait nié et cela l'avait convaincu qu'il avait raison… Et que Hinamori ne devait pas être au courant mais cela n'était plus son problème. Ils avaient divorcé, son infidélité n'était plus son problème.
Cependant l'esprit de Byakuya ne parvenait pas à trouver la paix.
Cette idée de grossesse imprévue lui trottait dans la tête et ne voulait pas sortir. Il savait que les chances étaient minces, que sa fatigue n'avait peut-être aucun rapport avec ça, mais cela ne le quittait pas.
Il avait demandé à Hanatarô de lui ramener un test de grossesse dans la plus grande discrétion. La boite était rangée dans un placard depuis deux jours sans qu'il n'y ait touché. Il devrait pourtant vérifier avant que les vacances ne se terminent et dans cette optique il s'était décidé à sortir la boite.
Il l'avait laissé devant lui sans l'ouvrir, peut-être qu'il devrait en parler avec son amant avant ? Mais pour lui dire quoi ? Qu'il voulait faire un test comme ça, parce que l'idée lui trottait dans la tête et qu'elle ne voulait pas partir ? Ce séjour le perturbait plus qu'il ne l'aurait pensé et parler de cette période avec Ichigo l'avait secoué plus qu'il ne l'aurait voulu.
Ils avaient regardé les photographies de sa boite à souvenirs ensemble, reparlé de ses moments, évoqué sa grossesse et sa naissance… Cela s'était mieux passé qu'il ne l'aurait pensé. Ichigo était mature et comprenait. Il voulait se sentir accepté dans sa famille et il avait tenté du mieux qu'il pouvait de le rassurer. Il ne savait pas s'il y était parvenu mais se remémorer sa grossesse lui avait aussi rappelé la vague de fatigue qu'elle avait provoqué. Cela collait avec son état du moment.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Il sursauta. Il n'avait pas entendu Kenpachi se faufiler dans sa chambre. Il voulut cacher la boite mais il était déjà trop près pour être discret. La pénombre ne saurait cacher son trouble.
« T'avais l'air distrait aujourd'hui, tu te sens pas bien ? C'est quoi ça ? Dit-il. »
Il s'assit à côté de lui et il ne savait pas quoi lui répondre. Il le vit froncer les sourcils.
« Un test de grossesse ? »
Il s'approcha de lui et passa un bras autour de sa taille.
« Tu l'as fait ? Demanda-t-il.
- Non, c'est… C'est idiot, répondit-il. J'étais fatigué ces derniers temps et je me suis dit que… Peut-être… Ça pouvait être une piste et depuis ça ne me quitte pas. Je sais qu'il y a peu de risque mais…
- Tu veux être sûr, conclu-t-il. Pourquoi tu me l'as pas dit si ça t'inquiètes ?
- Je n'en sais rien. Ça fait deux jours que j'ai la boite, je la sors en me disant que je serais vite fixé mais je ne fais rien et je la remets au même endroit. Je me persuade que c'est juste une impression. Avec Ichigo, nous avons parlé de sa naissance et de son adoption, j'étais ici lors de ma grossesse alors pas association d'idée…
- Je comprends et tu devrais le faire… Je reste avec toi. On sera fixé. »
Il acquiesça mais ne fit pas de mouvement. Kenpachi attrapa la boite et la regarda.
« C'est la première fois que j'en vois un, dit-il. C'est foutu comme ceux des femmes à ton avis ?
- Je crois que ce n'est pas les mêmes réactifs dedans, pour moi aussi c'est une première. Enfin à l'utiliser.
- Ah ouais ?
- Pour Ichigo, j'avais fait une prise de sang et pour les jumelles c'est Sôsuke qui avait fait le test.
- En même temps, je pourrais pas pisser dessus pour toi.
- Tu as raison. »
Il lui prit la boite et se leva. Autant régler ça vite.
Il ressortit de sa salle de bain avec le stick. Kenpachi était assis et le regarda revenir.
« Ça prend combien de temps ?
- Cinq minutes.
- Ça va aller ? »
Il n'en savait rien. Il imaginait déjà annoncer ça à sa famille, organiser un mariage en catastrophe, comment ses enfants allaient réagir ? L'image de Kenpachi en costume lui traversa l'esprit, une fête en petit comité avec la famille et les amis. Des fleurs, une musique douce et un slow pour ouvrir le bal. Un petit garçon ou une petite fille quelques mois plus tard dans ses bras…
« On devrait ouvrir et s'installer sur le rebord.
- Tu n'as pas peur qu'on nous surprenne ?
- Pas de risque à cette heure. »
Il défit le loquet et fit glisser le volet. La soirée était bien avancée, les cigales chantaient et les étoiles commençaient à apparaitre. Le ciel était dégagé et une légère brise soufflait. Il s'installa sans une parole, les jambes dans le vide et Kenpachi vint à côté de lui.
« La vue est pas mal aussi ici, commenta-t-il.
- Au petit matin on peut voir le soleil se lever. »
Un nouveau silence s'installa.
« Tu veux qu'on parle maintenant ou auprès ?
- Après si tu veux bien, je ne sais pas s'il faut commencer à faire des plans sur la comète.
- Parce que t'es pas en train de calculer toutes les issues possibles, peut-être ? »
Il le connaissait bien mais il n'y avait qu'une issue qui l'intéressait.
« D'accord, on attend. »
Il posa la tête sur son épaule et fixa le test entre ses mains. Aucune trace n'apparaissait. Kenny passa le bras autour de sa taille et l'attira vers lui, sa chaleur était plus que bienvenu.
Ils n'échangèrent aucune parole durant les cinq minutes qui suivirent. Ils fixaient le jardin s'assombrir et le calme s'installer. Les oiseaux cessaient de chanter et quelques hululements se faisaient entendre. C'était une magnifique soirée pour une balade, il se rappela qu'il y avait un festival dans le quartier voisin. Yuzu et Karin souhaitaient s'y rendre le lendemain pour voir les défilés.
« Hey y a la réponse. »
Il regarda le test et réponse fut cinglante.
Négatif.
« Comment tu te sens ? »
Il ne répondit pas et se leva. Il n'arrivait pas à décrire ce qu'il ressentait en ce moment. Il était perdu et avait besoin de se changer les idées.
« Il y a un festival qui commence ce soir à côté, ça te dis d'y aller ?
- Bya…
- J'ai bien envie de mettre un yukata pour l'occasion, ça ne te plairais pas ? »
Il ne dit rien.
« Je dois pouvoir t'en prêter un si tu veux. »
Kenpachi devint silencieux mais acquiesça. Il se rendit devant la penderie et l'ouvrit. Il attrapa deux yukuta, un noir et un bleu, et deux obis assortis. Le noir avait toujours était trop grand pour lui, il irait mieux à Kenpachi. Il le lui tendit tout en évitant son regard.
Il était déçu.
Il avait compris en voyant le test négatif pourquoi il était si réticent. Cette grossesse, un mariage avec Kenpachi… Ces deux idées lui plaisaient. Il en avait envie. Se marier et commencer une nouvelle vie de couple. Une vraie vie de couple. Une vraie vie de famille.
Son amant l'enserra et sa vue se brouilla.
« Hey… Tu es sûr de vouloir sortir ?
- Oui, j'ai besoin de prendre l'air.
- Tu es soulagé ? Demanda-t-il.
- Je pensais mais... Je… Au fond je crois que j'espérais que ce serait positif. C'est bête, non ?
- C'est vrai ? Tu aurais voulu ?
- Je commençais à penser au mariage…
- Tu me disais de pas faire de plan mais je vois que toi… J'étais beau en costume ? »
Il sourit.
« Ça t'allait bien. »
Il l'obligea à se tourner pour lui faire face. Il chassa les mèches qui étaient tombées sur sa joue.
« Tu as vraiment envie de te marier avec moi ?
- J'essaie de me persuader que je suis enceint pour avoir une bonne excuse et te convaincre.
- Tu as pas besoin de ça pour me convaincre. Tu veux toujours sortir alors ?
- On pourrait aller boire un verre.
- Enfile ce yukata. »
o~~O~~o
Le chauffeur les déposa devant l'entrée du festival. La rue débordait de monde. Toutes les enseignes étaient restées allumées pour l'occasion et les bars et restaurants tournaient à plein. De petites échoppes avaient fleuri çà et là et les vendeurs de rue appâtaient le chaland avec des banderoles colorées. La foule était plutôt jeune et peu de famille visible, en même temps, ils avaient quitté le manoir sur les coups de onze heures.
Toute cette agitation étaient revigorante, les lumières, les odeurs, les bruits… Ils pouvaient se mêler à la foule et passer inaperçu. L'air s'était rafraichi mais la brise était agréable. Kenpachi semblait dans son élément, il scrutait les étales et avançait d'un pas lent. Le yukata qu'il lui avait prêté n'était pas assez grand et montrait largement son torse pourtant il avait tenu à le garder. Il marchait près de lui comme s'il craignait de le perdre de vue.
Etait-il inquiet à cause de son comportement ? Avec le recul, lui-même avait dû mal à comprendre sa réaction. Il avait angoissé de se retrouver dans une telle situation, mis au pied du mur, pourtant en se l'imaginant… Il avait trouvé cela réconfortant, cela l'avait rendu heureux de s'imaginer se marier.
Son comportement laissait à désirer. Il agissait comme un adolescent, il avait divorcé deux mois avant pourtant il se voyait déjà se remarier dans les semaines qui arrivaient. Comment ses filles pourraient comprendre de tel agissement ? Il se sentit coupable. C'était égoïste.
« Ça va ? Tu recommence à faire la tête.
- À faire la tête ?
- Ouais, on dirait que tu es sur le point de pleurer… T'es sûr qu'il est fiable ton test parce que tu es cran.
- Je suis fatigué, on ne peut pas dire que j'ai beaucoup eu l'occasion de dormir ces derniers jours.
- Je ne t'ai pas entendu te plaindre pourtant, sourit-il. Y a des grillades là-bas, ça te dis ?
- Allons voir. »
Kenpachi s'amusait comme un enfant, ils passaient de stand en stand, mangeaient des brochettes ou des pains encore fumants. Il n'avait plus faim pourtant il se laissait tenter à chaque fois que son amant lui indiquait un nouveau mets. Ils finirent leur vagabondage dans un petit izakaya et s'installèrent pour trinquer. Kenpachi reprit de quoi grignoter. Comment faisait-il pour avoir encore faim ?
« Les repas que nous servons ne sont pas assez copieux pour toi on dirait.
- C'est pas ça. »
Il reprit une bouchée.
« J'aime bien goûter les spécialité locales. Et je remarque que tu n'as pas refusé de manger toi aussi. Ton shôchû est bon ?
- Etonnamment oui, je ne pensais pas trouver un verre aussi bon dans un petit établissement.
- Je vais peut-être me commander un verre alors, cette bière est pas terrible.
- Tu veux le goûter ? Demanda-t-il.
- Si tu proposes si gentiment… »
Il lui tendit son verre et il en but une gorgée. Son visage changea d'expression.
« J'ai fait un mauvais choix avec la bière, dit-il. »
Il s'empressa de faire signe au serveur et recommanda une tournée. Ils continuèrent de discuter de tout et rien, reparlèrent de leur tournoi maison, firent des suppositions sur la réconciliation des filles… Kenny ralla qu'il ne lui avait pas dit que son assistant était aussi sexy. Il ne s'était jamais posé la question comme il était vite paru clair que Rukia avait un faible pour lui.
La rue commença à se vider et ils choisirent de rentrer à pied. La lune était ronde et haute dans le ciel et il connaissait quelques raccourcis. Ils marchèrent l'un à côté de l'autre sans se soucier de l'heure.
« Tu aurais fait quoi si le test avait été positif ? »
Ils n'avaient pas reparlé du test durant cet interlude festif mais la question le taraudait. L'alcool aidant, la question avait quitté son esprit pour devenir concrète.
« J'aurais été content, répondit-il du tac au tac. Jusqu'à maintenant l'idée d'avoir des enfants ne m'avait jamais traversé l'esprit mais en voyant ta petite famille, je me dis qu'on pourrait avoir de beaux enfants, que ça me plairait d'en avoir un à nous. Je t'aurais proposé qu'on emménage ensemble. Pour le mariage du coup je sais pas si je t'aurais demandé… Après tout, si on a des enfants ils vont porter ton nom, non ? Je crois que j'aurais attendu que tu me demande.
- Tu attends que je te fasse ma demande ? Je ne m'y attendais pas à ça.
- Bah ouais princesse, les choses changent… Je suis un grand romantique, je veux que tu mettes à genoux à terre et me demande si je veux t'épouser. »
Ses paroles le firent réfléchir.
« Si je te demandais en mariage là tout de suite, tu dirais quoi ?
- Que tu te dévergondes. »
Il pouffa.
« C'est pas une réponse.
- Elle est où la bague, hein ? »
Il évitait sa question alors il décida de changer de sujet.
« Tu cherchais un distributeur tout à l'heure, non ? »
Les deux blocs lumineux se trouvaient sur leur gauche.
« Mais je me demande pourquoi tu voulais en trouver un.
- Pour trouver un souvenir !
- Dans un distributeur ? Tu sais qu'il y a des magasins pour ça.
- Tu serais surpris de tout ce qu'on peut trouver dans ces machins. Des jouets miniatures, hum… Tiens… Celui-là a des bijoux fantaisies, tu devrais tenter ta chance de trouver une bague. »
Il le regarda glisser une pièce dans la machine et il récupéra une balle contenant un objet surprise. Il n'attendit pas pour l'ouvrir et en sortit une bicyclette. Ce petit bout plastique tira un sourire à son amant.
« J'avais un vélo comme ça au lycée… Il va rejoindre ma collection de souvenirs. Qu'est-ce que tu fais ?
- Je tente ma chance, répondit-il. »
Il récupéra une balle d'un rose criard et vit son amant la fixer. Il la fit rouler entre ses doigts et referma la main dessus.
« On y va. »
Kenpachi ouvrit la bouche puis la referma. Il ne dit rien et ils reprirent leur route sous les rayons lunaires. L'air s'était rafraichi et il frissonna. Il aurait dû prendre une veste. Il ne faisait pas froid mais juste assez frais pour qu'une couche de vêtement supplémentaire soit la bienvenue.
Il sentit le bras de Kenpachi se poser sur ses épaules. Il tourna les yeux vers lui à la recherche d'une réponse. Ils étaient en pleine rue, n'importe qui pouvait les voir.
« Rapproche-toi si t'as froid, y a personne dans le coin autant en profiter. »
Ils ne devraient pas… Pourtant il mêlait ses doigts à la main pendant contre son torse. Ils marchèrent ainsi sans croiser âme qui vive. Il n'y avait que le bruit de leur pas sur le sol et deux sourires idiots sur leurs visages.
Il leur fallu une bonne demie heure pour arriver au portail et le franchir.
« On fait la course, dit-il.
- La course ?
- Allez… Ça ira plus vite et tu auras moins froid.
- Ken- »
Il n'attendit pas sa réponse et partit en courant. Il aurait dû être outré par un comportement aussi enfantin mais… Il se mit à courir derrière lui. Pas question de se faire distancer. Si ses grands-parents les surprenaient comme ça…
o~~O~~o
Il ne pouvait plus s'arrêter de rire. Etait-ce l'alcool qui le mettait dans cet état ou bien la chute de Kenpachi ? Il ne pouvait plus s'arrêter et voyait que cela agaçait son amant.
« Tu es un vrai sadique, commenta-t-il. »
La pénombre cachait ses états d'âme et il en profita, il en avait les larmes aux yeux.
« Tu devrais boire plus souvent, ça te rend joyeux. »
Il était d'humeur joyeuse et joueuse. Il se tourna vers lui en sautillant.
« Tu voulais jouer, non ? »
Kenpachi le regarda avec une lueur prédatrice. Il cessa de raller et se rapprocha avec un sourire.
« Tu veux jouer maintenant ?
- Je suis d'humeur.
- À quoi tu veux jouer alors ? »
Il se pencha vers lui et il le laissa approcher. Leur lèvres se touchaient presque. Elles s'effleurèrent et il se déroba. Il partit en courant sur le côté gauche de la résidence. Il entendit son amant pousser un cri de frustration et des pas lourd le suivirent.
« Tu vas voir ! »
Il se retint de glousser. Il avait définitivement trop bu. Il longea les murs jusqu'à trouver le volet de sa chambre qu'il avait laissé entrouvert. Il l'ouvrit en grand et s'assit sur la bordure en attendant que son amant le rejoigne. Il l'entendit raller, c'était plus difficile d'avancer avec une sandale cassée. Il grogna et se planta devant lui.
« Je t'ai rattrapé, qu'est-ce que je gagne ?
- Le droit de me tenir compagnie ?
- Hum… »
Il s'approcha lentement et posa la main sur sa cuisse.
« J'ai l'impression que tu as une autre idée… »
Il ne le laissa pas finir sa phrase et appât ses lèvres. Il lui rendit son baiser.
« Il faudra être discret, soupira-t-il.
- C'est pas à moi qu'il faut dire ça, sourit-il.
- Bien au contraire, c'est toi qui t'amuse…
- À te faire crier ? Compléta-t-il.
- Tu peux retourner dans ta chambre sinon. »
Il l'embrassa à nouveau et le poussa à l'intérieur de la chambre. Il pensait qu'ils iraient au moins sur le futon mais Kenpachi le plaqua au sol et referma le volet d'un coup de pied. Ses mains s'activèrent pour le débarrasser de son obi mais il dut l'aider. Il tenait à garder son obi intacte. Il aida son amant à retirer son yukata. Ses muscles roulaient sous ses doigts, il embrassa sa peau, son goût lui avait manqué. Il attaqua son cou, il n'avait jamais eu l'occasion d'y laisser sa marque contrairement à son amant qui ne ratait jamais l'occasion de laisser une trace. Une frénésie qu'il ne se connaissait pas l'envahit. Il voulait le posséder, le marquer, le faire sien. Il le voulait pour lui et rien que pour lui. Il fit basculer Kenpachi sous lui sans que ce dernier n'ait le temps de réagir. Il le plaqua contre le sol et prit les choses en mains. Si l'on peut dire.
Il plongea dans son cou et le mordit. Il l'entendit grogner mais il ne le repoussa pas, bien au contraire, il l'attira contre lui. Il passa un bras sur ses épaules et sa main se sera sur sa peau. Il relâcha la pression lorsque le goût du sang lui vint en bouche. Il ne pensait pas aller si loin. Il s'éloigna et vit les traces de dents dans le creux de son cou puis croisa son regard enfiévré. Cette morsure ne l'avait pas contrarié, bien au contraire. Il en voulait encore. Il lui tendait déjà l'autre côté de sa nuque.
Toutes ses inhibitions s'étaient envolées d'un claquement de doigt. Il embrassa son cou et le mordit à nouveau, Kenny semblait apprécier cette attention primaire. Cette fois, il ne le lâcha pas et resta accroché à son cou. Il l'aguicha en venant frotter leurs entre-jambes et la réponse fut immédiate. Kenpachi s'arqua et chercha à augmenter le contact de leur peau. C'était jouissif de le voir demander ses caresses. Il n'était pas contre le torturer et le faire languir malheureusement il n'avait pas la patience de jouer… Pas ce soir.
Il saisit leurs sexes et son amant grogna à nouveau. La patience n'était pas son fort non plus. Il commença par de lents va-et-vient juste pour le plaisir de l'entendre raller un peu. Il ne pouvait pas lui donner tout, tout de suite non plus.
« Bya, soupira-t-il. »
Il resserra sa prise sur son cou.
« Prends-moi si ça t'amuse mais fais quelque chose putain, supplia-t-il. »
Il nota cette information dans un coin de sa tête et accéléra le mouvement de va-et-vient. Il n'avait jamais connu son amant si docile. C'était une agréable surprise. Il poussa un gémissement et referma ses cuisses autour de lui. Il n'avait guère envie de faire durer ce petit jeu et resserra sa prise sur leurs sexes tendus. L'alcool ne les aidait pas et il ne fallut pas longtemps pour que l'orgasme les gagne.
Il relâcha enfin la prise sur son cou et se laissa tomber contre le torse de son amant tout aussi essoufflé que lui. Il eut une absence et ne sut combien de temps cela dura. Kenpachi dormait sous lui et ils n'avaient pas bougé d'un centimètre de l'endroit où ils s'étaient endormis. Il avait la bouche pâteuse et sa tête tournait. Il lui fallut quelques secondes pour s'habituer à la pénombre et retrouver la conscience de son corps. Il se redressa lentement et tâtonna, ils allaient être malades s'ils dormaient comme ça. Kenpachi était loin de ses considérations, il dormait à point fermé. Il trouva leur yukuta sous ses doigts, il les saisit et les relia approximativement dans le noir. Un bruit de chute attira son attention. Il tâtonna et tomba sur la balle du distributeur qu'il n'avait pas ouverte. Il la fit rouler dans sa main.
Tente ta chance, il y a peut-être une bague dedans.
Il se redressa et tituba jusqu'au futon, il prit la couverture et la glissa sur son amant. Il en profita pour enfiler son pyjama et une robe de chambre, il mit la balle dans sa poche et se rendit aux cuisines pour prendre une bouteille d'eau. Il ne croisa personne dans les couloirs, en même temps, l'horloge de la cuisine indiquait trois heure quarante.
On a déconné.
Il retourna à sa chambre en essayant de se faire discret mais dans l'épais silence de la nuit, le seul bruissement de ses vêtements était assourdissant. Aucun bruit dans la lumière blafarde, le manoir semblait inhabité. C'était irréel. Comment un lieu pouvait être si différent entre le jour et la nuit ?
C'était étrange.
Il fit glisser le shoji de sa chambre et entra. Il s'étonna de voir le volet de dehors ouvert et Kenpachi assis dans l'ouverture. Il s'approcha et remarqua qu'il était resté nu, il aperçut les marques sombres à la base de son cou. Il s'assit à côté de lui et lui tendit la bouteille.
« Je t'ai réveillé ? Demanda-t-il.
- Le froid… Et la solitude, bouda-t-il. »
Il prit la bouteille et but à son tour puis la posa entre eux.
« Mais j'imagine que je dois regagner ma chambre maintenant, non ?
- Hum… »
Il prit la boule de sa poche et se décida à l'ouvrir.
« Tu l'a vraiment gardé ? »
Il fit coulisser les deux demi-sphères et dans un pop sonore, la capsule s'ouvrit. Il scruta son contenu à la lumière de la lune.
« Alors ? Demanda Kenpachi.
- Veux-tu m'épouser ? »
Il tendit la capsule vers son amant avec un sourire. Une bague rose d'un plastique douteux se trouvait en son centre. Pour ajouter à la niaiserie un petit cœur se trouvait dessus. Dans quoi s'embarquaient-ils ?
« Je n'étais pas sûr pour la taille, commenta-t-il, mais j'imagine qu'on pourra toujours la faire réajuster chez un bijoutier.
- T'as de l'humour on dirait… »
Kenpachi regarda le bout de plastique et tendit sa main.
« Je pensais que tu me ferais plus la cours que ça mais… D'accord, dit-il. J'avais rien de prévu.»
Il attrapa la bague et tenta de la passer à son doigt, elle s'arrêta à la première phalange de son annulaire.
« Je trouve que nos rendez-vous ce sont dégradés pour notre première soirée, j'avais droit au resto et pour la demande en mariage voilà que je suis assis sur le bord d'une fenêtre à trois heure du mat' à poils. Tu crois que toutes les relations évoluent comme ça ?
- Nous sommes des romantiques, nous.
- Ouais… J'ai surtout peur que tu regrettes demain.
- J'ai plutôt peur de la réaction des jumelles mais… Elles m'ont surprise à plusieurs reprises alors…
- Parce que tu es sérieux ? Je veux dire… Tu veux vraiment que…
- Pourquoi crois-tu que je t'ai fait cette demande ? Et pourquoi as-tu dis oui alors ?
- Bah… Je me suis que tu voulais officialiser entre nous, pas aussi directement à ta famille. Tu devins impulsif, rit-il. »
Son rire paraissait forcé. Etait-il inquiet ?
« J'ai toujours pensé qu'être avec toi ce ne serait qu'une passade, un moment agréable et que je rentrais dans le moule pour correspondre aux attentes de ma famille. Le fait est que je me suis marié avec quelqu'un qu'ils m'avaient choisi, nous avons eu des enfants et d'ici la fin d'année j'aurais pris la tête de nos entreprises. J'ai coché tout ce dont on attendait de moi alors je me dis qu'il est temps que je fasse ce dont j'ai envie sinon les prochaines années vont être très longues… Les enfants vont grandir et faire leur vie, je pourrais attendre qu'elles soient grandes mais…
- Tu n'es pas patient, compléta-t-il. Tu sais je me demande ce qui te plait autant chez moi.
- Je pourrais te retourner la question.
- Tu t'es vu ? La moitié du pays voudrait que tu lui passes dessus et l'autre moitié voudrait te passer dessus. T'es une princesse et t'es blindé, tu fais rêver du monde.
- Parce que ma vie te fait rêver ?
- Oh non ! S'exclama-t-il. La mienne me suffit… Ce que je veux dire, c'est que tu pourrais avoir n'importe qui, des types mieux que moi… Un peu comme ton Sôsuke.
- Je n'aimais pas Sôsuke.
- Et moi si ?
- Tu crois que je t'aurais fait une demande aussi maladroite sinon ? J'ai pas envie de te voir en cachette et ces vacances se sont bien passé, je veux… Je veux vivre avec toi. »
Il baissa la tête. C'était la pire déclaration imaginable. Il ne savait plus où il en était, tout s'embrouillait dans sa tête.
« C'est bien pour ça que je t'ai dit oui, et puis j'ai eu pas mon cadeau pour ma victoire. J'ai eu ta main pour récompenser ma bravoure ?
- Ferme-la. »
Un rire lui répondit. Ses joues le brulaient et il fut ravi que la nuit le camouffle. Leur bêtise commune était affligeante.
o~~O~~o
Ça cognait dans sa tête, ou bien à sa porte ?
Il ouvrit un œil.
« Bordel, jura-t-il. »
Le jour était bien avancé à en juger par la luminosité dans sa chambre. Il poussa un soupir.
« Byakuya, tu te sens bien ? »
La voix de son père lui tira une grimace. Quelle heure pouvait-il être pour qu'il se soit inquiété ? Un grognement sous lui, lui indiqua qu'il ne s'était pas rendormi seul.
« Tout va très bien, dit-il »
Un petit rire secoua sa pauvre tête endolorie. Il manquait de sommeil. Il se redressa tant bien mal.
« Le déjeuner est bientôt près… Si vous avez faim. »
Un bruit de pas leur indiqua qu'il avait rebroussé chemin avant d'entendre des réclamations. Kenpachi pouffa cette fois et se redressa dans le futon. Il ne se rappelait pas s'y être allongé.
« J'adore ton père, sourit-il.
- Peut-être mais je ne suis pas sûr qu'il appréciera que tu te balades ainsi.
- Va savoir, sourit-il.
- Alors moi je ne n'apprécierais pas que tu te promènes nu.
- Je suis pas à poil, j'ai ma bague de fiançailles. »
Il eut un sourire. C'est vrai, la bague.
« Je pense que nous pourrons en trouver une autre plus adéquate.
- Et puis quoi encore ! »
Il se leva à son tour et attrapa le yukata qu'il portait la veille. Il le remit et l'ajusta avec soin. Les marques dans son cou demeuraient visibles, il eut un petit sourire fier. Son amant remarqua qu'il l'observait.
« Quoi ? Si je croise quelqu'un, expliqua-t-il, et puis c'est toi qui m'as dit de m'habiller. Je vais aller me changer pour mettre des vêtements à ma taille.
- Je n'ai pas dit un mot.
- Tu l'as pensé très fort, c'est pareil. »
Il leva une main en signe de reddition.
« Tu m'as l'air tranquille ce matin.
-Ça m'arrive. »
Il le regarda avec suspicion puis reposa les yeux sur l'anneau rose. Cela semblait encore plus ridicule en plein jour.
« Si tu as changé d'avis… Je veux dire, on peut encore attendre un peu.
- Ça va trop vite ?
- Non c'est pas ça… C'est juste que, bredouilla-t-il, ça ne te ressemble pas d'être aussi impulsif. Hier, on était un peu secoué et on a bu alors je me dis que maintenant que tu as retrouvé la tête froide, tu préférais prendre le temps d'y réfléchir à nouveau. Je veux dire… C'est pas ma famille qui me fera la tête.
- Mon père semble déjà t'avoir adopté.
- En même temps, tous les moyens semblent bons pour emmerder ton ex-mari.
- Je dois dire que je n'ai jamais compris pourquoi il détestait à ce point Sôsuke.
- Il a une tête à préparer des mauvais coups avec son petit air de Sainte-Nitouche.
- Il faut lui reconnaitre qu'il est intelligent. Je me demande quelle tête il fera, sourit-il.
- Je vois que ça te fais plaisir de le torturer, sadique.
- Tu ne voulais pas te changer ? »
Il ralla mais n'ajouta rien. Il quitta la chambre, le laissant seul avec ses pensées. Kenpachi avait raison, le demander en mariage était la chose la plus impulsive qu'il ait faite. Bien qu'en y repensant toutes les décisions liés à son amant étaient prises sans réfléchir. Il fonçait tête baissée mais il n'avait jamais regretté ses choix le concernant. Se retrouver après toutes ces années au moment où il divorçait… N'était-ce pas un signe ?
À croire que les discours de son grand-père sur le destin avait fini par lui embrouiller l'esprit.
Il ne se souvenait pas avoir été un grand romantique. Il souffla et se leva pour s'habiller. Il n'allait pas rester terré dans sa chambre comme un adolescent. Leur absence de ce matin n'avaient pas dû passer inaperçu, peut-être que le chauffeur avait dit qu'il les avait conduit en ville ?
Il s'habilla et opta pour un yukata bleu canard avec des motifs en cercle sur le bas. Il le noua avec un obi bleu aux motifs arrondis assortis. Il hésita à s'attacher les cheveux mais renonça en voyant les marques qui débordaient du col. Les traces étaient trop fraiches et il n'avait pas besoin d'afficher autant leur relation.
Au point où ils en étaient.
Il réajusta ses cheveux, son col et prit une grande inspiration. Il fit glisser la porte et avança dans le couloir. Il ne s'était jamais levé si tard, son grand-père devait être agacé par un tel relâchement. Il marcha dans les couloirs étonnamment calmes. Les jumelles faisaient moins de bruit que d'habitude… Elles n'osaient pas lever la voix avec leurs arrière-grands. Les portes menant sur la cour intérieure avaient toutes été ouvertes pour profiter de la fraicheur avant que les ombres tournent. Cela ne devrait plus tarder, des rayons de soleil faisait une percé dans la cour. Il devait être midi et demi au plus tard.
« La belle au bois dormant se réveille.
- Grand-père. »
Hiro lui offrit son plus beau sourire.
« C'est rare de te voir en yukata, cela te va pourtant si bien. Ton ami ne t'accompagne pas ?
- Il est allé se chan… »
Erreur de débutant.
Son sourire s'agrandit.
« Tu disais ? Encouragea-t-il.
- Il doit être réveillé.
- Byakuya, soupira-t-il. Tu n'as rien à me dire ? Vous vous entendiez tellement bien au lycée, Ginrei était convaincu qu'il y avait quelque chose entre vous mais il avait fermé les yeux puisque tu avais de bonnes de notes et que tes professeurs étaient ravis de ton travail.
- Vraiment ? »
Son cœur manqua un battement. Cela ne lui avait jamais traversé l'esprit que ses grands parents puissent avoir des doutes sur leur relation à l'époque. Pas à ce point.
« Tu pensais me berner, moi ?
- Ce n'était pas, enfin, ce n'était pas mon attention…
- Nous devrions aller déjeuner, coupa-t-il, tu dois avoir faim maintenant, non ?
- Je vais voir si notre invité est réveillé.
- Oui, bien sûr, sourit-il. »
Il n'aimait pas voir son grand-père le taquiner si ouvertement. Ils se séparèrent à l'intersection suivante, il entendit du brouhaha lorsqu'il ouvrit la porte. Yuzu et Karin devaient avoir trouvé une nouvelle occupation… Embêter Renji ? Il hocha la tête, il appréciait de le tyranniser aussi. Ce petit brin de panique qui passait dans ses yeux avant qu'il comprenne qu'il plaisantait.
Il n'eut pas besoin de toquer à la chambre d'ami pour trouver Kenpachi. Il venait d'en sortir. Il le détailla et s'étonna de le voir porter une tenue aussi formelle. Un pantalon droit en toile gris et une chemise blanche. Il l'observa et quelque chose clochait. Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il n'osa pas lui demander de peur de le vexer, il avait fait des efforts pour se rendre « convenable » aux yeux de ses grands-parents.
« Ça te va bien, dit-il. »
Il passa la main dans ses cheveux et il comprit alors ce qui le perturbait. Ses cheveux, il les avait brossés et aplatis. Ses épis paraissaient domptés. Il ne résista pas à l'envie d'en remettre un en place.
« Je peux te retourner le compliment, sourit-il. Tu devrais opter pour le style traditionnel, ça te fait une belle silhouette. »
Il passa la main sur sa taille.
« Et c'est plus facile à enlever, sourit-il. »
Cette remarque raviva les souvenirs de la veille, ses lèvres s'étirèrent.
« Bonjour… »
Il reconnut le murmure embarrassé de son assistant. Il se figea puis fit mine de retirer quelque chose des cheveux de son vis-à-vis. Pas question de perdre la face devant Renji. Kenpachi ne bougea pas sa main pour autant.
« Bonjour Renji. »
Renji les observa, passant d'un à l'autre sans oser parler.
« Tu as passé une bonne matinée ? »
Il parut déconcerté.
« Oui… Euh, ça va. C'est presque dommage que les vacances se terminent, dit-il. Enfin c'est normal, le travail ne s'arrête pas. »
Il eut un petit rire. Renji ne savait pas sur quel pied danser entre le patron et le beau-frère.
« Il n'y a pas trop à s'en faire, reprit-il. C'est une période calme, tu peux toujours me joindre s'il y a un problème. »
Kenpachi grogna à côté de lui.
« Vous parlez de boulot pendant les vacances.
- Tu houspille Ichigo pour qu'il suive son programme d'entrainement pendant les vacances aussi.
- C'est pas pareil, reprit-il avec mauvaise foi.
- Vraiment ?
- Ton grand-père a dit qu'il avait du potentiel et que ce serait bête de le gâcher… Je l'aide à s'intégrer dans ta famille en veillant à ce qu'il garde un bon niveau.
- Je crois que c'est la pire excuse que tu ne m'aies jamais dite.
- Je suis pas sûr… J'ai pas de réunion tard le soir moi… »
Il lui lança un regard noir.
« Vous n'avez pas de réun… »
Renji se figea et des rougeurs apparurent sur ses joues. Il vit la panique envahir tout son visage.
« Je veux dire, non, enfin, euh… J'ai rien dit, ça me regarde pas… Désolé… Je, bafouilla-t-il, je crois que je…
- Tout va bien, Renji.
- Ça me regarde pas, répliqua-t-il. Je vais aller rejoindre Rukia.
- Du calme, t'es aussi rouge que tes cheveux… C'est exploit vu leur teinte.
- Je suis désolée, reprit-il.
- Ce n'est rien. »
Renji se frotta les cheveux mais resta planté devant eux.
« C'est pas l'heure de manger ? »
Il leva les yeux au ciel, c'était un ventre sur pattes.
« Avec tout ce que tu as mangé hier soir et cette nuit ?
- On a pas mangé ce matin, répliqua-t-il. Enfin… »
Une lueur lubrique apparut dans ses yeux. Il était vraiment sans gêne.
Il soupira.
Mais l'expression sur le visage de Renji en valait la peine. Son amant avait pris goût à torturer le rouge.
« Nous devrions y aller alors. »
Il y eut un moment de flottement et Renji n'osa pas bouger. Il eut un sursaut et rebroussa chemin pour aller à la salle à manger. Il eut une légère appréhension mais le suivit. Kenpachi lui emboita le pas, à aucun moment il ne retira la main de sa taille.
Le moment était venu.
Ils entrèrent dans la salle à manger, ils étaient les derniers à arriver. Il senti la main quitter sa place. Yuzu et Karin relevèrent les yeux vers eux et il eut droit à un grand sourire de la cadette.
« Vous êtes allé courir ce matin ? Demanda la brune.
- Pas vraiment, répondit-il. Nous sommes sortis hier. »
Un haussement de sourcil général accueillit la nouvelle.
« Ça n'explique pas tout, remarqua Ginrei. »
Il ignora la remarque de son grand père et ils s'installèrent à table. Renji s'assit à côté de Rukia mais il ne semblait toujours pas rassuré.
« Vous êtes allé au festival ? Demanda Yuzu. »
Il vit un regard en coin d'Ichigo, il semblait gêné lui aussi.
« Nous avons fait un tour, il y aura un feu d'artifice ce soir si vous souhaitez. »
Il vit ses yeux pétillés.
« Vous êtes parti comme ça ? Reprit Sôjun. Je ne vous ai pas entendu en parler, enfin, vous aviez peut-être envie de sortir et d'évoquer des souvenirs du lycée.
- Ça c'est décidé comme ça, nous avions besoin de discuter. »
Il voyait Yuzu sautiller sur sa chaise et Karin perplexe. Rukia jetait des coups d'œil vers son conjoint en quête de réponse face à cette ambiance étrange. Le regard d'Ichigo oscillait entre lui et son entraineur.
« Et la nuit a porté conseil ? Demanda Hiro. »
Il eut l'impression d'être pris au piège, son sourire malicieux et la mine renfrognée de Ginrei lui laissaient penser qu'ils savaient quelque chose. Auraient-ils fait plus de bruit qu'il le pensait ? La chambre de ses grands-parents et celle de son père étaient à côté.
« Et bien… Nous avons décidé de nous marier. »
Ca y est.
Il l'avait dit et le rêve prenait soudain réalité. Comment sa famille allait réagir face à la nouvelle ? Une angoisse sourde coula dans ses veines. Ce n'était plus leur secret, leur rêve, ils s'ancraient dans le réel et ils devraient y faire face.
Ce n'était plus un fantasme ou une lubie, c'était son avenir… Leur avenir commun qui s'écrivait aujourd'hui dans la salle à manger.
Rukia écarquilla les yeux et Renji manqua de s'étouffer avec son verre d'eau. Il craignait les réactions de ses filles mais le sourire satisfait de Yuzu l'intrigua. Elle se tourna vers sa jumelle, l'allure triomphante.
« Je te l'avais dit !
- Tu rigoles ? C'est grâce à ce que je t'ai dis que tu as deviné.
- Tu parles ! Je te l'ai dit dès que j'ai vu la photo du lycée. »
Karin soupira avec mauvaise foi.
« Et du coup je vais être grande sœur ? Reprit Yuzu. »
Cette fois, Ginrei manqua de s'étouffer. Byakuya regarda sa fille et partagea la surprise de son ainé.
« Non, dit-il. Mais pourquoi as-tu pensé ça ? »
Il repensa au test de grossesse qu'il avait fait chercher mais il avait veillé à maintenir le secret sur cette affaire. Comment Yuzu pourrait savoir ? Il leva les yeux au ciel, ses filles avaient la fâcheuse manie de laisser trainer leurs oreilles un peu partout.
« Oh, soupira-t-elle. J'ai cru.
- Faudra attendre un peu, commenta Kenpachi. »
Il avait bien choisi son moment pour intervenir. Il lui jeta un regard coin et vit un petit sourire naitre sur les lèvres d'Hiro. S'il était question d'arrière petit enfant, il négocierait en sa faveur auprès de Ginrei.
« Félicitations ! S'exclama Rukia. »
La stupeur passait, elle reprenait des couleurs. Il voyait déjà les questions se former dans son esprit. Elle ne lui avait pas parlé de sa relation avec Renji mais elle ne se gênerait pas pour le questionner sur sa relation.
« C'est vrai les filles, reprit Sôjun. Ce ne sont pas des manières. C'est une bonne nouvelle, vous devriez féliciter votre père. »
Ginrei n'avait pas dit un mot, il le fixait silencieusement. Hiro posa une main sur son avant-bras et ils échangèrent un regard. Un léger froncement de sourcil chez l'oméga suffit à faire plier le patriarche. Il soupira.
« Ça devait arriver tôt ou tard, dit-il. »
Tous les yeux se tournèrent vers lui. Seul Hiro se mit à rire, il avait gagné leur combat silencieux. Il n'avait jamais remarqué ses échanges entre eux. C'était très subtil mais efficace. Il devrait peut-être lui demander des conseils pour contrôler son amant.
« Vous avez déjà décidé mais… Vous avez ma bénédiction. »
Tout le monde avait accepté la nouvelle. Il fut submergé par une émotion qu'il n'arrivait pas à identifier. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux et celle de Kenpachi vint se poser sur son genou.
C'était… Le début d'une nouvelle vie.
