Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty.

Chapitre 10

Les semaines filèrent à toute vitesse, et soudain la moitié du trimestre était écoulée, et ce fut Halloween. Pour Severus, ce temps passé était une bénédiction, parce qu'il n'aimait rien tant que ces moments de solitude, des jours durant, à travailler dans ses cachots.

Il posa sa plume et roula le parchemin qu'il avait couvert d'encre rouge. C'était la dernière des évaluations de milieu de trimestre des Troisième Année, et il était profondément dégoûté par ce qu'il avait lu. Il se disait que, certainement, après deux ans de son enseignement attentif et exigeant, certains d'entre eux auraient dû au moins comprendre quelques notions de préparation de Potions ; mais ils semblaient tous profondément dénués du moindre instinct pour cette matière.

Ses pensées se tournèrent brièvement vers Drago Malefoy, l'un de ses élèves les plus doués – avec Granger, ne lui laissa pas oublier son esprit. Dommage que Drago n'ait pas été capable d'échapper à l'influence de son père. Cependant, à en juger par le pauvre ersatz de Véritasérum qu'il avait concocté pour Lucius, peut-être qu'il se laissait aller et perdait de sa rigueur.

Il se leva, s'étira pour soulager la tension de son dos. La fête devait commencer dans quelques minutes, et Dumbledore avait clairement indiqué qu'il attendait de Severus qu'il y assiste. Il s'engagea dans les couloirs menant à la Grande Salle, ravi de retirer vingt points à Gryffondor pour un couple de Quatrième Année qui s'embrassaient.

Il entra dans la Salle et marqua une pause, essayant de regarder la pièce dans son ensemble, avant d'adresser un signe de tête à la table de Serpentard. Apparemment, la fête avait déjà commencé, les tables croulaient sous les plats. Il se remit en marche vers la table d'honneur, et vit Granger en train de rire avec la professeur d'Etudes Moldues, Trucmuche Wilde – il n'avait pas que ça à faire de retenir son prénom.

Dès le moment où Dumbledore lui avait parlé d'elle, il avait su que Granger allait poser des problèmes. Malgré ses efforts, elle ne faisait rien pour l'éviter, au contraire, il lui arrivait même de rechercher sa compagnie. Rien que la semaine dernière, elle avait eu le culot de lui demander de préparer un chaudron de Véritasérum pour ses Sixième Année. Severus avait fini par accepter, sachant qu'elle serait allée chouiner auprès de Dumbledore sinon. Elle était arrivée en avance pour récupérer sa potion, ce qui avait causé quelques minutes de malaise pendant qu'il finissait d'y travailler. Elle s'était baladée tranquillement dans sa salle de travail, inspectant ses bocaux d'ingrédients jetant un œil à ses autres projets. Elle ne lui avait pas posé de question, et il n'avait certainement pas été enclin à lui donner des informations.

Granger leva les yeux, au milieu d'une phrase, et ils se regardèrent un moment, jusqu'à ce que Severus se renfrogne et regarde Dumbledore, qui lui faisait un grand sourire. Comme il pouvait le détester par moments ! Il se demanda au bout de combien de temps il pourrait s'éclipser sans que personne ne le remarque.

Severus s'assit à sa place habituelle, en vis-à-vis de ses Serpentards, en faisant un signe de tête guindé à Flitwick qui était à sa gauche.

« Est-ce que tu as fini tes corrections, Severus ? » lui demanda Flitwick alors que Severus remplissait son assiette.

« Presque. »

« Des prodiges à signaler parmi les première année ? »

Severus souffla par le nez, mais ne répondit rien, et Flitwick abandonna sa tentative de discuter poliment avec lui.

Il ne pouvait pas se souvenir d'avoir jamais été quelqu'un de sociable. Dès son plus jeune âge, il avait découvert qu'il préférait la tranquillité de ses propres pensées au babillage sans intérêt des autres. Une fois toutes les quelques années, il laissait Albus ou Minerva le convaincre de prendre un verre un soir, ou même de venir jusqu'à Pré-au-Lard, mais il persistait à préférer le silence et l'obscurité de ses cachots.

Le dîner se termina finalement, et Dumbledore demanda à chacun de se lever. Il agita le bras, et les tables et les chaises glissèrent contre les murs, les petites lanternes taillées dans des citrouilles se tamisèrent, et les murs commencèrent à émettre une horrible musique moldue. Il ne la reconnut pas, mais de nombreux élèves le firent, à en juger par les applaudissements et les cris joyeux. Il parcourut la Salle pendant plusieurs chansons, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus le supporter, avant de se glisser à l'extérieur sous l'œil attentif de Dumbledore.

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Hermione retourna lentement vers ses quartiers, l'estomac plein du magnifique repas de fête, et elle laissa son esprit vagabonder. Depuis qu'elle était descendue dans les cachots de Snape pour chercher le Véritasérum et qu'elle y avait vu les potions sur lesquelles il travaillait, quelque chose lui trottait dans la tête, une idée qui semblait lui échapper quand elle essayait de se concentrer dessus.

En bâillant, elle donna son mot de passe à Lucinda, le portrait qui menait à ses quartiers, et alla directement à sa chambre. Elle se déshabilla, enfila un simple pyjama de coton, short et haut sans manches, se glissa sous ses couvertures et attrapa le livre qu'elle était en train de lire en ce moment, un traité d'Alchimie, De l'eau en vin et autres phénomènes mystérieux.

Soudain, quelque chose dans son esprit se mit en place. Elle se releva en trombe et courut dans son salon, où elle se saisit de Potions de Grand Pouvoir. Tournant les pages, elle trouva ce qu'elle y cherchait : la Mortalis Fallax. Elle parcourut la liste des ingrédients, et se rendit compte qu'il avait dû faire des expériences pour son propre compte, parce que la liste ne correspondait pas à ce qu'elle avait vu.

Mais pourquoi la Mortalis Fallax ?

Elle se souvenait vaguement qu'il l'avait abordée la nuit précédant sa remise de diplôme, mais elle n'en avait pas compris la raison quand elle était en septième année, et elle ne la comprenait toujours pas cinq ans plus tard. Mais cette fois-ci, elle était décidée à en avoir le cœur net.

Elle attrapa ses robes professorales et les enfila alors qu'elle avançait vers le couloir d'abord, puis vers les cachots. Elle s'arrêta d'abord à sa salle de classe, qui était vide, avant de frapper à la porte de son bureau, mais il n'y eut pas de réponse. Hermione se souvint qu'il avait rapidement quitté les festivités d'Halloween, peut-être qu'il s'était déjà retiré pour la nuit. Elle décida que de jeter un coup d'œil à la potion ne pouvait pas faire de mal ; elle voulait simplement vérifier si elle avait raison.

Elle ouvrit la porte de l'ancienne salle de classe transformée en laboratoire, et retint une inspiration étonnée en voyant Snape debout devant un chaudron, lui tournant le dos. « Je suis désolée, Professeur… »

« Que voulez-vous ? » aboya t'il, se tournant vers elle, son visage laissant paraître sa surprise un instant avant de reprendre son habituel air hostile. « Alors ? »

« Est-ce que vous préparez la Mortalis Fallax ? »

« Quelle tristesse qu'il vous ait fallu une semaine pour vous en rendre compte. »

Elle ignora la pique et demanda. « Mais que comptez-vous faire avec ? Les ingrédients ne riment absolument à rien. »

« C'est à vous de me le dire, Professeur. »

Hermione regarda Snape dans les yeux sans faillir, et elle y lut le défi implicite. Son vieux désir inaltérable de se montrer à la hauteur, spécialement face à lui, refit surface.

Snape croisa les bras et la regarda avec un intérêt modéré étudier les ingrédients étalés sur une des tables, amusé de l'entendre commencer à marmonner à voix basse quand elle examina la Belladone. Elle passa à la table suivante, et pivota vers lui.

« Vous essayez de vaincre l'Avada, n'est-ce pas ? »

Il acquiesça, se retournant vers son chaudron. « Puisque c'était le sujet de votre projet de septième année, vous devriez vous souvenir de ce que fait la Mortalis Fallax. »

« Elle permet au corps de s'éteindre momentanément, de mourir en essence. Et si le corps est mort quand il est touché par un Avada Kedavra, il ne se passe rien. »

« En théorie, c'est ça, » répondit Snape. « Continuez. »

« Mais il faut que vous l'adaptiez pour que la potion reste inerte jusqu'à ce que le sortilège la déclenche. »

« Oui. »

« Et vous devez accroître sa puissance pour qu'une seule dose soit efficace contre des attaques multiples, tout en redevenant inerte entre lesdites attaques. »

« Oui. »

« À en juger par ce que je peux voir, vous utilisez de la Belladone et de la racine d'Asphodèle pour la rendre inerte, et du sang de dragon pour accroître la puissance. »

« Très bien, professeur. La Belladone et la racine d'Asphodèle fonctionnent, mieux que toutes les autres combinaisons que j'ai pu tester jusque là. »

Elle regarda le bocal de Belladone en secouant la tête. « Mais la Belladone doit interférer avec la longévité de la potion, elle se dégrade si rapidement. Vous aurez certainement besoin d'un conservateur. »

« En effet, j'ai rencontré ce problème. »

« Comment testez-vous cette potion, au juste ? »

« Pourquoi ne la testez-vous pas par vous-même ? » Snape se dirigea vers une autre porte, à l'autre bout de la pièce, et l'ouvrit. Voyant qu'elle ne le suivait pas immédiatement, il ajouta, « À moins que vous ne soyez incapable de lancer un Avada ? »

Le visage fermé, Hermione répliqua, « Vous étiez présent la dernière fois que je l'ai fait, vous vous souvenez ? Cette petite promenade de santé au clair de lune, dans ces bois infestés de loups-garous ? »

Elle franchit la porte ouverte avec assurance, n'arrêtant de le regarder dans les yeux que quand elle fut entrée. C'était une autre salle de classe désaffectée, et elle fut surprise d'y voir sur une longe table une cage métallique contenant plusieurs rats.

« Mais comment savez-vous que la potion aura le même effet sur des humains… »

« Parce que contrairement à la médecine moldue, les potions fonctionnent exactement de la même manière sur toutes les créatures, à cause de leurs propriétés magiques. La seule différence, c'est qu'il faut adapter le dosage à la masse corporelle. »

Il avança jusqu'à la table et ouvrit la cage, attrapant un rat qui couinait. Il sortit une flasque d'une poche de sa robe et la déboucha avec dextérité, versa une goutte de liquide dans la gorge du rat, et remit la flasque dans sa poche. Il plaça ensuite le rat dans l'une des deux cages vides à l'autre extrémité de la table et lui fit un signe de la main.

« Je vous en prie. »

Elle hocha la tête, ravie d'avoir laissé sa baguette dans ses robes de professeur quand elle la sortit. Elle approcha le rat solitaire avec hésitation, la baguette baissée. Elle murmura le mot, et une lumière verte gicla de l'extrémité de sa baguette, frappa le rat et le projeta contre le fond de sa cage. Elle se pencha pour examiner le rat, qui clignait rapidement des yeux, l'air un peu désorienté.

« Incroyable ! »

« Recommencez. »

Elle s'exécuta, et de nouveau examina le rat. Cette fois, il était étendu, affaissé, dans le fond de la cage, respirant à peine. Hermione regarda Snape, une question se formant dans son esprit, mais il parla avant qu'elle ne puisse demander quoi que ce soit.

« Il ne survivrait pas à une troisième attaque. J'ai pu utiliser le sang de dragon pour allonger la durée de vie de la potion d'une à deux attaques, mais j'ai fait très peu de progrès depuis. »

« Et qu'est-ce qui va arriver au rat ? »

« Il va lentement se remettre pendant huit à dix jours, jusqu'à retrouver une parfaite santé. Apparemment, la potion empêche la mort, mais le corps est lourdement affaibli. Chaque attaque supplémentaire, évidemment, ajoute ses effets à la précédente. »

Il prit le rat tremblant et le plaça, seul, dans une autre cage, contenant eau et nourriture, dans laquelle il pourrait se remettre. Snape se retourna vers Hermione, qui était perdue dans ses pensées.

C'est une bien étrange tournure que prend la soirée, se dit-il en la regardant. Peut-être que Granger pourrait être utile. Peut-être. Mais si elle se transforme à nouveau en cette putain de Miss Je-Sais-Tout…

Soudain, sa simple présence l'irrita plus que tout au monde, et il se renfrogna.

« J'ai des copies à corriger. Vous vouliez autre chose ? »

Hermione le regarda vivement, estomaquée par la soudaine hostilité de son ton. Alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, sa voix trembla. « Non, je suis désolée, je n'avais pas réalisé qu'il vous restait des corrections. »

« Bien sûr que non. J'imagine que vous avez corrigé les vôtres le jour même, » ironisa t'il, et il se sentit momentanément jubiler quand il la vit rougir.

Hermione ignora les larmes qui lui montaient aux yeux, et força sa voix à être forte quand elle le regarda.

« Merci de m'avoir montré votre potion, Professeur Snape. Désolée du dérangement. »

Elle tourna les talons et quitta la pièce sans se retourner. Elle se retint de courir en se répétant qu'il serait inapproprié pour la professeur de Défense Contre les Forces du Mal d'être vue en train de fuir les cachots. Pendant tout ce temps, elle réussit à ne pas pleurer. Elle n'alla pas directement à ses quartiers, mais décida de marcher dans les couloirs en réfléchissant, pour essayer de comprendre ce qui venait de se passer.

Tout s'était déroulé pour le mieux, ou tout du moins elle l'avait cru. Snape s'était montré inhabituellement poli, ils étaient en train de parler de la potion et d'échanger des idées, jusqu'à ce qu'il s'en prenne à elle, sans qu'elle ait l'impression de l'avoir provoqué. Elle se dit que c'était un peu la même chose que quand elle était son élève : pendant des jours, des semaines même, Snape l'ignorait en classe, mais cette paix avait toujours une fin, et il se remettait à la torturer à la moindre occasion. Parfois à cause des erreurs de Neville, parfois parce qu'elle était une je-sais-tout, mais la plupart du temps simplement parce qu'elle était une amie de Harry Potter.

Perdue qu'elle était dans ses pensées, elle avait marché sans but, jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle approchait de la Grosse Dame. Son cœur se déchira, et elle se sentit soudain malade tant Harry et Ron lui manquaient. Elle courut jusqu'à ses quartiers, les larmes roulant sur ses joues, mais heureusement aucun élève n'était hors de son lit pour la voir.

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Severus s'assit derrière son bureau, grimaçant devant les quelques copies de Septième Année qui lui restaient. Il bâilla et décida qu'il s'en occuperait le lendemain matin, avant de les jeter dans un tiroir de son bureau. Il décida qu'il était temps pour lui d'aller se coucher, quelque chose qu'il considérait habituellement comme un luxe. Il avait arrêter de dormir régulièrement il y avait environ quatre ans, et il se sentait privilégié chaque fois qu'il dormait plus de trois heures par nuit. Albus critiquait vivement cette habitude, mais il ne pouvait pas forcer Severus à dormir sur commande.

Il alla jusqu'à ses quartiers, par une autre porte dérobée depuis son bureau, et retira ses robes, les accrochant soigneusement près de la porte. Le salon était grand et sombre, plein de hautes bibliothèques d'acajou remplies de livres sur tous les sujets imaginables. Un canapé de cuir noir et deux fauteuils se tenaient face à face, sur un tapis richement orné, devant une immense cheminée. D'un mouvement du poignet, il alluma le feu, et la pièce fut baignée d'une douce lumière.

Il s'arrêta devant une bibliothèque, l'étudia attentivement, et en sortit trois volumes. Il les emmena jusqu'à une table, et s'assit dans un fauteuil. Il feuilleta le premier d'entre eux, et passa rapidement au suivant. Alors que le feu réchauffait la pièce, il commença à somnoler, et ses pensées dérivèrent vers Granger.

Severus avait été impressionné par ses connaissances tout à l'heure, et ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Mais c'était la première fois qu'elle lui avait démontré qu'elle était son égale, en comprenant en quelques semaines ce qu'il lui avait fallu cinq ans de travail et d'erreurs pour réussir. La combinaison de ces deux faits l'avait poussé à la jeter hors de son laboratoire sans ménagement.

Il avait vu les larmes qui lui étaient montées aux yeux, entendu le trémolo presque imperceptible dans sa voix quand elle l'avait sincèrement remercié, et il savait qu'il l'avait blessée. Et pour une fois, Severus se sentit un peu triste d'avoir peiné Hermione.

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Un chapitre pour vous remercier de votre patience. benebu