Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, et l'histoire de enlightenedkitty. Vraiment, ne me regardez pas, je ne fais que passer par là…
Chapitre onze
Un samedi après-midi particulièrement frisquet de novembre, Severus s'accorda un bref répit dans la correction de la pile de copies de ses Seconde Année pour lire l'un des numéros les plus récents de Potions & Progrès, un hebdomadaire de bon niveau sur les potions, qui était arrivé par hibou le jour même. Il commençait à peine un article tout à fait passionnant sur l'utilisation d'asphodèle et de griffes de tigre pour améliorer l'absorption des potions quand quelqu'un frappa à sa porte. Il invita son visiteur à entrer en arborant une grimace prononcée. Son air maussade s'adoucit en apercevant le visage souriant d'Albus Dumbledore.
« Bonjour, Severus. »
« Que puis-je faire pour vous, Monsieur le Directeur ? »
Dumbledore parcourut le bureau du regard. Il nota que toutes les étagères de la pièce étaient maintenant couvertes soit d'épais volumes, soit d'objets bizarres flottant dans des bocaux. Un feu immense rugissait à la droite du bureau derrière lequel était assis Severus, qui regardait Dumbledore en silence. Deux chaises d'apparence inconfortable se tenaient face au bureau ; Dumbledore en métamorphosa une en un fauteuil rembourré et s'assit.
« Comment vas-tu, Severus ? »
« Je lisais agréablement mon article avant que vous ne veniez m'interrompre. Est-ce qu'il vous faut quelque chose ? »
Dumbledore se contenta de sourire. Depuis vingt-neuf ans qu'il connaissait Severus, ce dernier n'avait jamais apprécié le bavardage. Ce qui était dommage, puisque Dumbledore n'aimait rien tant que les discussions énergiques sur des sujets relevant de la plus haute fantaisie. Sauf peut-être la compagnie d'un bon vieux chat.
« J'espérais que tu pourrais me parler de tes progrès. »
« La Mortalis Fallax ? » Dumbledore hocha la tête, regardant Severus de son regard brillant par-dessus ses lunettes en demi-lune. L'air maussade de Severus reparut de plus belle quand il répondit, « Il n'y a eu que peu de progrès depuis la dernière fois que nous en avons discuté. »
« Je vois. Est-ce qu'Hermione t'a aidé ? »
« Miss Granger a souhaité voir la potion, rien de plus. »
« Est-ce que tu en es sûr, Severus ? J'aurais pensé que le Professeur Granger aurait pu apprécier un défi tel que celui-ci. Ce serait dommage de manquer pareille opportunité. Après tout, elle ne sera là que jusqu'à l'été, » ajouta Dumbledore avec un sourire ironique qui passa inaperçu.
« Et elle nous manquera alors terriblement, je n'en doute pas. Vous savez ce que je pense de la collaboration avec d'autres personnes, Albus. »
« Oui, je le sais. Mais je sais également qu'Hermione est l'un des esprits les plus brillants que Poudlard ait jamais vu passer. Et à moins que je ne me trompe, elle était parmi les meilleures élèves en potions. »
« Après Malefoy, » lâcha Snape.
« Pauvre Drago. J'ai souvent pensé qu'il prendrait la bonne décision. »
« C'est un Malefoy. Qu'attendiez-vous de lui à part un goût pour la gloire et la fortune ? »
« Je crois me souvenir que tu as été assez contrarié de voir qu'il avait rejoint les rangs après avoir eu son diplôme, » insista Dumbledore, et Snape se renfrogna plus encore, le regard noir.
« Je ne doute pas un instant que ma propre loyauté à Voldemort ait pu apaiser sa conscience, » répliqua t'il amèrement. « Chaque année, je me le reproche. Ma propre Maison, et ils jurent fidélité au Seigneur des Ténèbres. Evidemment, j'étais tout à fait l'exemple qu'il leur fallait. »
« Severus, » dit gentiment le vieux sorcier, en se penchant par-dessus le bureau pour saisir la main de Severus. « Personne ne peut dire si ces enfants ne nous auraient pas quitté quand même si tu n'étais pas retourné vers Voldemort. C'était un risque nécessaire, un risque que je prendrais à nouveau. Tu nous a rendu un service inestimable. Je ne te remercierai jamais assez des sacrifices personnels que tu as dû faire. »
« Vous en auriez fait tout autant. »
« Bien sûr. Tous, nous l'aurions fait, » admit-il. « Mais c'est toi qui l'a fait, dans les faits. »
Severus leva les yeux vers le regard bleu pétillant d'Albus, et se sentit soulagé d'un poids qui pesait sur ses épaules. Il roula sa manche gauche et regarda la marque à peine visible.
« Il s'est mis à m'appeler deux ou trois fois par jour, » murmura t'il. « Il a toujours aimé faire souffrir les gens pour le plaisir. »
« Je sais que je t'ai déjà demandé plus que je n'aurais dû, Severus. »
Severus soupira profondément, avant de dire. « Très bien. Je demanderai son aide à Granger pour la potion. Je ne sais même pas pourquoi je discute encore avec vous. Vous parvenez toujours à vos fins. »
Les yeux de Dumbledore pétillèrent, et il eut un grand sourire sous sa longue barbe blanche.
« De la patience, mon cher ami. C'est tout ce dont j'ai besoin. » L'attitude du vieux sorcier se fit plus sérieuse, et il reprit, « Severus, il y a autre chose dont nous devons discuter. »
« Quelle surprise, » murmura Severus, la voix dégoulinante de sarcasme.
« Je savais que Voldemort s'en prendrait à toi quand je t'ai envoyé à la recherche de Vasily. »
« Hein ? Comment ça, vous le saviez ? » s'indigna Snape en se levant de sa chaise. Il commença à faire les cent pas, irrité, devant la cheminée.
« Il y a un autre espion chez les Mangemorts. Quelqu'un de haut placé. Voldemort a découvert ton double jeu une semaine avant que Vasily ne disparaisse ; cependant, il voulait te garder près de lui pour des raisons que j'ignore. »
« Pour pouvoir s'amuser à me torturer, certainement, »
« Oui. Aussitôt que j'ai appris que tu étais en danger, j'ai pris des mesures auprès du Ministère pour assurer ta protection. »
Severus se retourna pour faire face au Directeur, ses robes passant dangereusement près des flammes dans ce mouvement. Ses yeux lançaient des éclairs.
« Granger ? » Voyant Dumbledore hocher la tête, Severus hurla. « Vous avez fait venir Hermione Granger ici pour me protéger ? Et pourquoi diable ne me l'avez-vous pas dit ? »
« Severus, » l'apaisa Dumbledore, « si tu prenais un instant pour y réfléchir, tu parviendrais toi-même à l'inévitable conclusion. »
Snape se laissa tomber dans sa chaise, la tête entre les mains.
« Si j'avais coupé le contact avec Voldemort, il aurait eu des soupçons et aurait peut-être trouvé votre espion. De même, si j'avais été au courant des intentions de Voldemort, je les aurais révélées sous Véritasérum, et une fois de plus, l'espion se retrouvait en danger. »
« Correct. Je t'accorde toute ma confiance, Severus, et je sais que tu es capable de prendre soin de toi-même. A en juger par le compte-rendu qu'Hermione m'a fait de votre expédition en Russie, tu te débrouillais très bien tout seul. »
« Mais Granger savait, n'est-ce pas ? Vous le lui aviez dit dès le départ, » cracha t'il, et Dumbledore acquiesça. « De toutes les personnes possibles, Albus, pourquoi elle ? »
« La Mortalis Fallax pourrait se montrer décisive dans cette guerre. Il nous la faut, Severus, » dit Dumbledore en se levant pour partir. « Est-ce que tu savais que le Département des Potions de Berkeley n'acceptait que cinquante nouveaux étudiants chaque année ? Il n'y a eu que deux autres élèves de Poudlard qui y aient jamais été acceptés : Winnifred Winston, une jeune sorcière qui était chez nous bien avant ton époque, et toi, bien sûr. »
Arrivé à la porte, Dumbledore se retourna pour regarder le jeune homme par-dessus ses lunettes en demi-lune. « Les gens prennent des décisions inconsidérées quand ils ont dix-huit ans. Peut-être qu'on peut les regarder avec une certaine indulgence. »
Severus continua à fixer sa porte fermée longtemps après que le Directeur ne soit parti.
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Hermione était assise dans un recoin de la bibliothèque, tellement absorbée par une récente revue d'Arithmancie qu'elle n'entendit pas les pas qui approchaient d'elle.
Elle poussa un petit cri quand des bras passèrent autour de ses épaules et des mains se posèrent sur ses yeux. Une voix douce et profonde lui murmura à l'oreille, « Tu as perdu la main, je suis déçu. »
Elle se libéra de l'étreinte et se retourna pour faire face à Harry Potter, beau et souriant.
« Harry ! » s'exclama t'elle en lui sautant dans les bras. Elle le serra fort contre elle, ne le lâchant que quand il se plaignit de commencer à manquer d'oxygène. « Qu'est-ce que tu fais ici ? Où est-ce que tu étais ? Il y a trois mois que tu ne m'as pas donné de nouvelles ! »
Il rit, sa main lissant cette mèche de cheveux qu'il n'arrivait toujours pas à maîtriser, et plaisanta, « Désolé, maman. J'essaierai d'écrire plus souvent ! »
« Pour l'amour de Merlin, Harry ! J'étais malade d'inquiétude à ton sujet ! Personne n'a de tes nouvelles, personne ne sait ce qui se passe. »
« Allez, 'Mione, tu sais bien que je ne peux pas en parler, » plaida t'il en plongeant ses yeux verts dans ceux d'Hermione. « Et tu sais que tu seras la première à connaître tous les détails. Et puis, ce n'est vraiment pas pareil de travailler sans toi. »
Elle sourit un peu. « Bien. »
« Alors, à quelle heure on mange par ici ? Je suis mort de faim ! » s'exclama t'il, en se frottant l'estomac pour faire bonne mesure. « Et ça fait quelques semaines maintenant que je rêve de la nourriture de Poudlard ! »
Elle regarda sa montre, surprise de voir qu'elle avait passé les deux heures précédentes à la bibliothèque sans même s'en rendre compte. Ce n'est pas ça qui surprendrait Harry.
« Dans un petit quart d'heure. Est-ce que tu t'es déjà arrêté voir Albus ? »
« Tu veux rire ? Il savait que j'allais venir avant que je ne le sache moi-même. En fait, je suis sûr que c'est lui qui s'est arrangé pour que je vienne. Pourquoi tu ne me montres pas ta salle de classe en attendant qu'on aille manger. »
Ils sortirent de la bibliothèque et remontèrent le couloir bras dessus bras dessous. Harry sourit poliment aux élèves qui le dévisagèrent en les croisant, et quelques uns s'enhardirent même à lui serrer la main.
« Est-ce que tu arrives de Londres ? » demanda Hermione quand ils parvinrent à se dégager d'un Poufsouffle de seconde année particulièrement amical.
« Oui. J'ai passé environ une heure avec Ron avant de venir ici. Il te passe le bonjour et dit que tu lui manque. Je pense qu'il se sent seul. »
« Je lui ai dit qu'il devrait retourner au Terrier ! Ce n'est pas comme s'il ne pouvait pas Transplaner au travail tous les jours. Et puis, sa mère en serait ravie. »
« Mais comment voudrais-tu qu'il se trouve une copine en habitant toujours chez ses parents ? »
« Oh, je t'en prie ! » s'exclama Hermione, en levant les yeux au ciel. « Est-ce que tu sais combien de rendez-vous il a eu l'année dernière ? Quatre. Et trois des filles ont refusé de le voir une seconde fois ! »
Harry secoua la tête et soupira. « Tu sais, il n'a jamais vraiment compris les femmes quand on était élèves, et je crois qu'il ne les comprend toujours pas mieux maintenant. »
Ils arrivèrent à la classe d'Hermione et elle lui fit visiter. Ça ne prit que quelques minutes, ils descendirent ensuite dîner. Ils se joignirent à la foule d'élèves qui se dirigeaient vers la Grande Salle. Alors qu'ils approchaient, Harry ralentit le pas.
« Génial, voilà le comité d'accueil, » marmonna t'il à Hermione.
Elle suivit son regard, et, dépassant des élèves, elle vit Snape. Ils se tenait là, les bras croisés, les fusillant du regard, tapant impatiemment le sol du pied.
« Exactement ce qu'il me fallait juste avant de manger. Une petite conversation avec Snape. Il est encore plus con maintenant que quand on était élèves. »
« Surveille ton vocabulaire ! » la reprit Harry avec le sourire. « Il y a des élèves autour de toi. »
« Voyons voyons voyons. Mais c'est Monsieur Potter, » siffla Snape quand ils approchèrent.
« Professeur Snape, » le salua sobrement Harry.
« A quoi devons-nous l'honneur de cette visite ? J'imagine que le Garçon Qui A Survécu a mieux à faire, par exemple mettre en danger sans réfléchir le monde magique dans son ensemble. »
Au crédit de Harry, à la surprise d'Hermione, ce dernier ne perdit pas son calme. Il ne dissimula pas non plus son irritation quand il répliqua, « Je suis simplement venu rendre visite à une vieille amie. J'ai bien peur que le concept ne vous soit pas familier. »
« Quel dommage que vous ayez dû être séparés, » ironisa Snape, en regardant d'un air dégoûté Harry passer un
bras protecteur autour d'Hermione, « après tout, c'était elle le cerveau de votre duo. »
Un groupe d'élèves se massait près d'eux curieux de voir Harry et de connaître l'issue de la dispute, mais Hermione les envoya dans la Grande Salle. Ils se retrouvèrent seuls tous les trois.
« Snape, c'est quoi votre problème au juste ? Peu importe le nombre de fois où je nous sauve tous de Voldemort, ce ne sera jamais assez ! C'est presque comme si vous vouliez qu'il gagne ! »
« A chaque fois que vous nous sauvez de Voldemort, il y a toujours des victimes innocentes. Est-ce qu'il faut que je vous le rappelle ? Cédric Diggory, votre propre mère… »
Harry ne put contrôler sa colère plus longtemps, et il se jeta sur l'autre homme, le renversant au sol et commençant à le rouer de coups. Hermione réagit aussitôt, et, attrapant Harry par ses robes, essaya de l'écarter de Snape. Après un moment, Harry céda et se releva, ravi de voir que Snape avait la lèvre inférieure ouverte et qu'un œil au beurre noir commençait à être visible.
« Harry, va-t'en, » lui ordonna Hermione, en le poussant en direction de la Grande Salle. A regrets, il s'exécuta. Elle se retourna vers Snape, qui était toujours étendu au sol. Avec colère, elle lui demanda, « Est-ce que vous êtes content ? Est-ce que vous avez obtenu ce que vous vouliez ? »
Snape l'ignora et se releva. Il avança vers la porte, mais elle leva une main pour l'arrêter.
« Vous ne pouvez pas entrer dans cet état. Vous avez besoin de voir Madame Pomfresh. »
« J'ai survécu à pire. »
« D'accord, je vais le faire moi-même. »
Avant que Snape ne puisse l'en empêcher, Hermione approcha de lui. Elle passa doucement la main sur son œil gauche amoché, tout en murmurant une incantation. Elle essuya la petite marque de sang sur sa lèvre inférieure, et répéta l'opération. Une fois qu'elle eut terminé, elle leva les yeux et croisa son regard. Elle ne sut interpréter l'intensité qu'il avait. Réalisant qu'elle avait fini, il se renfrogna et la repoussa sans ménagement.
« Ce n'est pas la peine de me remercier, » marmonna t'elle alors qu'il avançait vers la porte.
« Je n'en avais pas l'intention, » lui lança t'il par dessus son épaule.
Ce fut au tour d'Hermione de prendre un air renfrogné quand elle lui emboîta le pas.
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Quelques minutes avant huit heures, Severus ouvrit à la volée la porte de sa salle de classe, faisant sursauter la Serdaigle de seconde année qui attendait assise à sa place.
« Miss Wang, vous dépècerez des sangsues pendant votre retenue. »
Il désigna une table de l'autre côté de la pièce, sur lequel on voyait un énorme bol de sangsue grouillantes. La fillette écarquilla les yeux, mais elle se dirigea vers la table sans un mot. Snape la regarda un moment, avant de retourner à son bureau en claquant la porte derrière lui. Il alluma le feu dans la cheminée, et commença à faire les cent pas, l'esprit en ébullition.
Severus avait attendu Granger devant la Grande Salle, pour lui offrir l'opportunité de l'assister sur la potion, mais quand il avait vu Potter…
Cracmol de Potter !
Son sang se mettait toujours à bouillir dès qu'il voyait ce crétin, parce qu'il était le fils de Lily et James.
Lily, si belle et si intelligente. Ils avaient été amis, pendant un moment. Avant James.
James Potter, son ennemi juré. Tout au moins, c'était comme ça qu'il le voyait tant qu'ils étaient encore élèves. Il n'avait jamais été digne de Lily, il ne l'avait jamais vraiment appréciée. Il passait toujours tout son temps libre avec le reste des prétendus 'Maraudeurs'. Il les haïssait également.
Et à chaque fois que Severus voyait Harry, c'était comme s'il voyait le fantôme de Lily, encore maintenant, même s'il était devenu adulte. Harry était toujours le fils de James, dans toutes les aventures dans lesquelles il s'était lancé sans réfléchir, tout autant que dans son manque d'attention à sa propre sécurité.
Il avait pleuré la nuit où Voldemort avait assassiné Lily. Le lendemain matin, il était revenu à Poudlard, pour s'en remettre à la merci de Dumbledore. A sa surprise, Dumbledore ne l'avait pas jeté à Azkaban, mais il l'avait écouté calmement et sans l'interrompre. Plus surprenant encore, Dumbledore lui avait pardonné…
Les gens prennent des décisions inconsidérées quand ils ont dix-huit ans. Peut-être qu'on peut les regarder avec une certaine indulgence.
Severus arrêta de faire ses aller-retours, et se laissa tomber sur une des chaises qui faisaient face à son bureau quand les mots de Dumbledore lui revinrent à l'esprit. Il avait choisi de recevoir la marque de Voldemort, il avait créé des potions sans poser la moindre question sur l'utilisation qui en serait faite, et il avait même utilisé les sortilèges Impardonnables. Mais même après tout ça, Dumbledore lui avait offert le pardon.
Sa poitrine se serra et Severus se mit à sangloter quand il comprit soudain ce que Dumbledore lui avait réellement dit. Pendant toutes ces années, ils s'était trompé lui-même en pensant qu'il faisait une faveur à Dumbledore en espionnant pour son compte, alors que jamais pendant ces années il n'avait mérité qu'on lui pardonne. Dumbledore lui avait pardonné, et lui avait offert du travail.
Soudain, il ressentit le besoin de parler à Granger. Il se leva et s'essuya le visage, arriva à la porte en quelques enjambées, et l'ouvrit à la volée. Il était presque sorti de sa salle de classe quand une voix timide l'interpella.
« Monsieur ? »
Il s'arrêta le temps d'indiquer à Miss Wang que sa retenue était terminée et qu'elle devait retourner immédiatement à sa salle commune, avant de sortir.
Severus se dirigea immédiatement vers le bureau d'Hermione, mais il était vide. Il essaya ensuite la bibliothèque, mais Madame Pince ne l'avait pas vue. Il alla jusqu'à ses quartiers, mais la sorcière du portrait était absente. Il jura, mais ne parvint pas à se souvenir des barrières qu'elle avait utilisées auparavant, même s'il se doutait qu'elle les avait plus que probablement changées de toute façon.
Il trouva finalement Hermione au sommet de la Tour d'Astronomie, assise et regardant le ciel. Elle ne l'entendit pas approcher.
« Professeur Granger, » appela t'il doucement.
Elle sursauta. Un air surpris, puis méfiant, se succédèrent sur son visage avant qu'elle ne réponde, « Professeur Snape. »
« Puis-je me joindre à vous ? »
Son air de méfiance s'accentua et elle le regarda plus attentivement. Il essaya de conserver une expression neutre.
« Si vous pouvez rester poli. »
Il s'assit près d'elle et observa les alentours. Le clair de lune illuminait le parc qui était couvert d'une fraîche couche de neige. Son souffle formait de petits nuages alors qu'il rassemblait ses idées. Finalement, il prit la parole.
« Quand j'avais dix-huit ans, j'ai été accepté à Berkeley pour y étudier les potions. On m'offrait une bourse. »
Elle ne dit rien, et il chercha à voir sa réaction. Elle le regardait sans laisser paraître d'émotion, et il détourna le regard.
« Au lieu d'aller à Berkeley, j'ai prêté serment à Voldemort. » Quelques moments passèrent pendant lesquels ils restèrent silencieux. Finalement, il demanda, « Pourquoi ne m'avez-vous pas dit que vous étiez acceptée ? »
« Parce que c'était ma décision, » lui répondit-elle, sur la défensive. « Et parce que vous auriez été furieux. »
Il rit doucement. « Vous aviez raison, sur ces deux points. Je suppose que je regrette toujours que vous n'y soyez pas allée, j'aurais eu le sentiment de le faire par procuration. » Une fois de plus, elle demeura silencieuse. Sa voix se fit douce quand il murmura, « Comment est-ce que je peux vous en vouloir pour cette raison, quand on m'a pardonné tellement pire ? » Severus tourna la tête pour lui faire face, et il soutint son regard, mais il fut incapable de déchiffrer son expression.
Hermione avait l'impression qu'on venait de lui asséner un Stupefix. Face à elle se tenait Severus Snape, qui lui présentait ce qui ressemblait à des excuses et lui confiait son noir passé. Elle ne savait pas quoi dire, elle ne savait même pas par où elle pouvait bien commencer. Elle le regarda dans les yeux et elle y vit quelque chose, une tristesse, qu'elle n'y avait jamais vue auparavant. Pendant tout ce temps, il la regardait aussi, attendant une quelconque réponse.
Elle tendit le bras, lui prit la main, et il dut se mordre l'intérieur de la joue pour s'empêcher de pleurer à nouveau. Ils détournèrent tous les deux le regard, s'intéressant de nouveau aux étoiles. Ils restèrent assis ensemble, les mains posées sur le sol, entre eux.
Finalement, Severus se dégagea et se leva. Il toussa pour s'éclaircir la gorge, puis dit, avec un peu de son habituel ton hautain, « Professeur Granger, j'apprécierais de bénéficier de votre expertise dans le domaine des potions, si vous pouvez m'en accorder le temps. »
Battant des paupières, elle répondit rapidement, « Euh, oui, bien sûr, Professeur. »
« Très bien. Si vous pouviez passer à mon bureau demain après le déjeuner. »
Sur ces mots, il tourna les talons, ses robes volant derrière lui, et s'en alla. Hermione le regarda partir. La confusion était évidente sur son visage, et elle essayait vainement de trouver un sens à tout ce qui venait de se produire.
