Hermione dévisageait Severus, bouche bée. Drago Malefoy avait envoyé sa potion à Snape ?
« Mais pourquoi est-ce que Drago aurait eu ma potion ? » demanda t'elle. « Et pourquoi est-ce qu'il a bien pu vous l'envoyer ? »
« Je suis Maître de Potions, au cas où vous l'auriez oublié, » grogna t'il d'une voix sourde. « Malefoy m'a toujours demandé conseil quand il avait des questions sur les potions. »
« Mais comment est-ce qu'il aurait bien pu se la procurer ? » Elle se leva et se mit à faire les cent pas. « J'ai préparé ce conservateur spécialement pour Harry ! »
Severus l'étudia en levant un sourcil. « Vous préparez une potion pour Potter, et quelques mois plus tard elle se retrouve dans les mains de Malefoy. Je dirais que soit il est arrivé quelque chose à Potter, soit il est de mèche avec Malefoy. »
Elle se retourna vers lui, la voix pleine de colère. « Comment pouvez-vous seulement suggérer une chose pareille. Harry préférerait mourir que de rejoindre Voldemort ! »
Severus continua à la regarder, impassible, avant de répondre, « Oui, j'imagine que vous avez raison. » Elle se remit à faire les cent pas. « Peut-être qu'il y a un espion au Département des Potions du Ministère. »
« Je n'ai parlé de ça à personne au Ministère ; Harry me l'a fait promettre. Il ne m'a pas dit pourquoi. »
« Et vous n'avez pas pensé à demander ? Ou alors est-ce que vous accordez plus de confiance au célèbre Monsieur Potter qu'à votre propre jugement ? » se moqua t'il.
« Oui ! J'ai tellement confiance en Harry que je lui confierais ma vie ! » lui répondit-elle, les yeux lançant des éclairs. « S'il me dit de ne pas poser de questions, je ne pose pas de questions. Quand j'aurai besoin de savoir, il me dira tout. »
« Il vous dira tout quand vous aurez besoin de savoir ? Vous enfreignez les règles du Ministère en ne déclarant pas cette potion au Service des Potions, et vous ne savez même pas pourquoi ? » railla t'il. « Qui aurait pu l'imaginer ? Hermione Granger enfreint une fois de plus les règlements pour Harry Potter. »
Elle ne put en entendre plus. Elle se retourna vers lui ; il était toujours assis dans son fauteuil devant le feu. « Et qu'est-ce que vous avez fait, au juste, pendant qu'il était Dieu sait où à combattre Voldemort ? »
Severus se leva et vint se planter devant elle, quelques centimètres à peine les séparaient, et il la fusilla du regard de toute sa fureur, mais elle ne recula pas.
« Qu'est-ce ? Que ? J'ai ? Fait ? » répéta t'il, séparant chacun de ses mots. « Pendant que vous et le Gamin Prodige faisiez les quatre-cent coups, j'étais à la merci du Seigneur des Ténèbres, souffrant de Doloris et d'innombrables os brisés. »
« Ce n'était que juste pénitence pour vos crimes passés ! » répondit-elle avec véhémence. « Ce n'était rien que vous n'ayez mérité ! »
Aussitôt qu'elle l'eut dit, Hermione sut qu'elle était allée trop loin. Il la fusilla du regard, et elle lut sur son visage une rage telle qu'elle n'en avait jamais vue. Elle tressaillit et fit un demi-pas en arrière, mais quand elle croisa de nouveau son regard, elle n'y vit rien d'autre que son habituel air glacial.
« Peut-être que vous devriez surveiller un peu plus vos amis, Miss Granger. Apparemment on ne peut pas leur faire confiance, » annonça finalement Severus, d'un ton pincé. Il la renvoya ensuite d'un signe de la main en avançant vers sa potion. « J'ai du travail. »
Hermione ramassa le reste des carnets de notes qui étaient sur le bureau et se dirigea vers la porte. Décidant qu'elle ne voulait pas partir sur une si mauvaise note, elle s'arrêta près de lui devant son chaudron et posa la main sur son bras. Il l'ignora.
« J'ai eu tort de dire ce que j'ai dit, » annonça t'elle calmement. « Je sais que vous avez mis votre vie en danger à chaque fois que vous vous êtes présenté devant lui. Je suis contente que vous soyez dans mon camp, Severus. »
Ensuite, elle se dirigea rapidement vers la porte, mais s'arrêta en l'entendant parler.
« Prévenez-moi dès que vous en aurez fini avec mes notes, pour que je puisse vous tenir au courant de ce que j'ai fait le mois dernier, » lui lança t'il sans lever les yeux.
« Bien sûr, » répondit-elle avant de quitter la pièce.
Alors qu'elle remontait vers ses quartiers, elle savait qu'elle devait écrire à Harry. Elle ne voulait pas sauter aux conclusions sur le fait que Harry pourrait être en relation avec des Mangemorts, mais elle avait vraiment besoin d'entendre sa version des choses. Il devait y avoir une explication rationnelle au fait que Drago Malefoy se soit retrouvé en possession de cette potion. Quand elle arriva chez elle, elle posa les carnets sur sa table et réalisa soudain qu'elle avait laissé ses autres livres dans les cachots. Elle irait les chercher plus tard, elle ne tenait pas à revoir Snape pour le moment.
Elle allait appeler Ron pour obtenir l'adresse de Harry quand Coquecigrue arriva, porteur de la précieuse information. Elle griffonna une note rapide, puis la scella avant d'adresser la lettre à M. Goodflea, poste restante au bureau de poste de Hambourg. Une fois qu'elle eut fini, elle descendit à la volière et trouva un volontaire pour transporter son message. Elle retourna à sa chambre et essaya de se concentrer sur les notes de Snape et d'oublier Harry.
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Après le dîner, Severus s'assit à son bureau, la tête entre les mains. Il n'avait pas voulu provoquer Hermione, enfin, pas vraiment. Son observation sur son travail pour Dumbledore l'avait profondément atteint, mais il savait qu'elle avait raison. Il était également persuadé que si le nom de Harry Potter n'avait pas été prononcé, il n'aurait rien dit, mais le souvenir du poing de Potter entrant en collision avec son visage était encore trop récent pour qu'il puisse l'ignorer.
Il n'était pas tout à fait sûr de ce qui se passait avec Malefoy et cette potion, mais il se dit que la moindre des choses qu'il pourrait faire pour Hermione serait de retrouver la lettre que Malefoy lui avait envoyée avec la potion ; il était sûr qu'il l'avait gardée quelque part. Il ouvrit le tiroir du bas de son bureau, celui de droite, qui avait été charmé pour pouvoir contenir tout une armoire de rangement. Il fit glisser les dossiers sous ses doigts jusqu'à trouver celui libellé 'Correspondance Personnelle'. Il le sortit et l'ouvrit sur son bureau. Il feuilleta les différentes lettres, mais celle de Drago n'était pas là. Il rangea le dossier et en trouva un autre, cette fois simplement intitulé 'Potions'. La lettre de Malefoy était la première qu'il y trouva, et il la sortit, avant de remettre en place le dossier.
Severus se leva, ramassa la lettre et les livres qu'Hermione avait laissé dans les cachots, et sortit de son bureau. Il monta les escaliers, ne sachant pas très bien par où commencer ses recherches, mais alors qu'il arrivait au deuxième étage, une voix l'arrêta.
« Severus, » appela Albus Dumbledore qui débouchait d'un autre couloir.
« Monsieur le Directeur. »
« Tu sembles être bien pressé. »
« Albus, vous êtes décidément le roi de la lapalissade. »
« Est-ce que j'ai raison de penser que tu cherches le Professeur Granger ? » demanda Albus, le regard pétillant.
« Je n'ai jamais compris pourquoi vous posiez des questions dont vous aviez déjà la réponse, » répondit sèchement Severus, irrité une fois de plus par la capacité apparente du vieil homme à lire dans les esprits.
« Je pense que tu la trouveras à la bibliothèque. » Severus le remercia d'un signe de tête, et le vieil homme ajouta, « Rien de trop grave, j'espère. »
« Bien sûr que non, » répondit-il, sans vraiment savoir s'il mentait ou non au Directeur. « Si vous voulez bien m'excuser. »
Severus poursuivit son chemin jusqu'à la bibliothèque, ne s'arrêtant que pour menacer Peeves, qui poursuivait deux Première Année. Il arriva à la bibliothèque et trouva Hermione dans un recoin, au fond, avec le dernier de ses carnets. Il s'arrêta pour la regarder alors qu'elle lisait.
Elle repoussa machinalement une mèche de ses cheveux bruns indisciplinés pour la coincer derrière son oreille. La bougie toute proche clignota, faisant danser des ombres sur son visage, et il eut l'impression qu'il la voyait pour la première fois. Depuis qu'elle était revenue à Poudlard, il n'avait jamais pensé à elle autrement que comme à une ancienne élève, même si elle était une femme maintenant, et une belle femme de surcroît.
Hermione sursauta quand elle le vit là, debout, à l'observer.
« Je ne voulais pas vous interrompre, » murmura Severus. « Vous aviez oublié vos livres. »
« Oui, je vous remercie, » dit-elle en prenant les livres que Snape lui tendait.
« J'ai également retrouvé la lettre de Malefoy. »
Elle prit la lettre et la lut rapidement. « C'est bel et bien ma potion, » dit-elle en soupirant. « J'ai écrit à Harry cet après-midi, alors il pourra probablement nous éclairer sur le sujet. »
« En effet. »
« Est-ce que vous aviez pensé à utiliser ce conservateur avec la Mortalis Fallax ? » s'informa Hermione.
« J'y ai pensé, » répondit-il en s'asseyant en face d'elle. « Cependant, pour que la potion reste viable, il faudrait faire beaucoup d'ajustements. »
« J'imagine que je pourrais commencer par là, et voir ce que ça donne. Je suis arrivée au dernier carnet. » Elle ajouta avec un petit sourire, « Je dois vous dire que je suis impressionnée par le détail que vous avez apporté à vos notes. »
« Ce serait idiot de ne pas noter le moindre détail, puisque comme vous le savez n'importe quoi peut influer sur une potion. »
« Bien sûr. »
Ils restèrent assis un instant à se regarder, jusqu'à ce que Severus se lève brutalement.
« Il faut que j'aille voir la potion. Elle devrait être prête à être testée demain après-midi, après les cours. Votre présence serait appréciée. »
Il tourna les talons et sortit de la bibliothèque à grandes enjambées, avant qu'Hermione ne puisse répondre. Elle secoua la tête, toujours incapable de comprendre l'étrange comportement du sorcier à son égard.
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Ce soir-là, après que le hibou de Poudlard ait délivré son message à Hambourg, un individu encapuchonné fit route vers le bureau de poste à travers des bourrasques de neige. Il entra, secoua la neige qui s'était accumulée sur sa cape, et baissa sa capuche. Il approcha du comptoir et l'employé, le reconnaissant, lui tendit immédiatement la lettre d'Hermione. L'homme ne remercia pas l'employé, mais il ouvrit la lettre et la lut rapidement.
« Quand est-ce qu'elle est arrivée ? » demanda t'il, d'un air contrarié.
« Il y a quelques heures à peine, Monsieur Malefoy. Est-ce que tout va bien ? »
Drago Malefoy laissa traîner son regard bleu glacier sur l'employé avant de retrouver sa grimace maussade. « Non. Je veux une plume et un parchemin. Tout de suite. »
« Bien sûr, » répondit l'employé, qui se précipita pour lui fournir ce qu'il avait demandé. Malefoy relut la lettre, passant les mains dans ses cheveux blond blanc.
Malefoy a la potion que j'ai préparée pour toi. Il l'a envoyée à Snape, et à Dieu sait qui d'autre. Que se passe t'il ? Je m'inquiète. H.
Il savait qu'il avait pris un risque en envoyant la potion à Snape, mais il n'avait pas eu le choix. Maintenant Hermione devenait méfiante, et la connaissant, elle serait incapable de se tenir à l'écart de cette histoire. Ça allait être délicat, mais Hermione croirait n'importe quoi tant que ça venait de Harry.
L'employé revint avec le parchemin et la plume, et les tendit à Malefoy, qui commença à écrire, son écriture parfaitement identique aux pattes de mouches quasi illisibles de Harry.
Je sais qu'il l'a, il me l'a prise quand je l'ai croisé au début de l'été. Je te raconterai tout plus tard. Tout va bien, je te le promets. Dis à Ron que je serai au Terrier pour Noël.
Une fois satisfait de son message, il le scella et indiqua l'adresse. Tendant sa lettre à l'employé, il ordonna, « Assurez-vous qu'elle arrive pour demain matin. »
« Très bien, Monsieur Malefoy. »
Mais Malefoy remettait déjà sa capuche pour franchir la porte.
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Maria, merci pour tes reviews, je ne sais pas comment tu fais pour les poster aussi vite… Comme tu le vois, nos amis continuent leur danse, un pas en avant, deux en arrière… benebu
