Coucou et bon dimanche :)

Voici la suite de ce cross-over improbable et des aventures de Momoi à Poudlard, en espérant que ça vous plaise toujours, surtout à toi Dawlly ;)

Enjoy !

Chapitre 2

I

Une fois le cours de potion achevé, Momoi et Kise se hâtèrent d'aller enfiler leurs tenues de Quidditch, puis ils rejoignirent la vaste pelouse s'étendant non loin du château. Les élèves de Gryffondor étaient déjà là, frissonnant dans l'air un peu frais de l'après-midi. Il faisait plein soleil cependant, un temps idéal pour pratiquer ce sport, bien que le vent souffle un peu trop fort au goût de la jeune femme, anxieuse à l'idée de chevaucher un balai pour la première fois. Elle avait eu beau imaginer ça de toutes les façons possibles, ça lui paraissait hautement improbable de tenir en équilibre sur un simple manche en bois. Et puis, comment contrôlait-on la vitesse, la direction ? Elle fit part de ses inquiétudes à Kise, mais le blond, comme à son habitude, prenait avec le sourire la perspective d'un nouveau sport à essayer, aussi magique et étrange paraisse-t-il. Momoi fut cependant un peu rassurée de voir que Kagami contemplait les balais avec une moue pour le moins sceptique. De toute évidence, il n'avait aucune envie de grimper là-dessus. Quant à Kuroko, il affichait le même air serein qu'il aurait eu face à une troupe de Mange-Morts assoiffés de sang ou à McGongall dansant à la samba en claquettes. Ils retrouvèrent leurs amis et échangèrent quelques brèves impressions sur leur premier cours à Poudlard – le cours de défense contre les forces du mal avait apparemment soulevé l'enthousiasme du tigre, qui se voyait déjà intégrer l'Ordre du Phénix, tandis que Kuroko avait noté avec intérêt les animaux de compagnie étranges dont aimaient s'entourer les élèves (pas un seul chien, à son grand dam ! Mais il envisageait de faire l'acquisition d'un gros lézard, vu que ça semblait faire tout aussi horreur à Kagami). Leurs bavardages furent cependant interrompus par Mme Bibine, qui frappa dans ses mains pour attirer leur attention, et commença à leur expliquer les rudiments du vol en balai, faisant bâiller la plupart des élèves pour qui ce n'était qu'un rappel inutile de ce qu'ils savaient déjà. Momoi écouta très attentivement, et pourtant, à la fin de la présentation, elle eut l'horrible sensation de n'avoir pas retenu un traître mot. La mort dans l'âme, elle se dirigea avec les autres vers les balais, sous les encouragements inefficaces de Kise.

Dès qu'elle posa les mains sur le balai, une vibration étrange se communiqua à ses paumes, la faisant tressaillir. Au lieu de lâcher le manche, elle le serra au contraire plus fort, et la sensation devint moins désagréable. C'est alors qu'elle comprit. Elle pouvait sentir la magie imprégnant le balai ! Elle s'illumina, car c'était une sensation merveilleuse, un peu comme plonger les mains dans un ruisseau froid par un jour de canicule. L'énergie qui vibrait dans le balai semblait se propager dans tout son corps, hérissant sa peau de chair de poule. Elle leva les yeux pour regarder autour d'elle, se demandant si quelqu'un d'autre ressentait ça, mais les autres élèves paraissaient habitués, et ses amis ne semblaient pas particulièrement intrigués. Le cœur battant, hésitant entre un regain d'assurance et l'angoisse qui menaçait toujours de la submerger, elle inspira un grand coup et chevaucha son balai. Après une ou deux secondes à fermer les paupières très fort, s'attendant à être soulevée du sol et projetée dans les airs, elle les rouvrit prudemment en s'apercevant que rien lui arrivait. Et, tout doucement, juste en y pensant, elle commença à léviter. Les yeux rivés sur le sol qui reculait sous ses pieds, elle laissa échapper un rire incrédule : est-ce que ça pouvait vraiment être aussi facile ? Elle fit une tentative pour s'élever plus haut et le balai lui obéit en un clin d'œil.

« Très bien, mademoiselle Momoi ! la félicita Mme Bibine. Vous êtes une naturelle ! »

Momoi se mit à rougir alors que les regards convergeaient vers elle. Heureusement, une diversion survint en la personne de Kagami, dont le balai se mit soudain à monter à la verticale, tandis que le jeune homme s'y agrippait en faisant le gros dos comme un chat terrorisé. Kuroko examina avec curiosité cette brusque ascension, avant de se retrouver lui-même en difficulté pour maîtriser son balai. Kise s'en sortit un peu mieux, mais il ne semblait pas des plus à l'aise. Momoi prit un peu de hauteur et fit le tour du terrain avec grâce, accélérant un peu à mesure qu'elle gagnait en audace. La sensation de voler était grisante. Elle s'était attendue à ressentir les effets de la gravité, mais non, c'était comme si celle-ci avait disparu, la libérant de son emprise. Elle avait l'impression que rien ne pouvait l'arrêter et se demanda jusqu'où elle pourrait aller ainsi. À l'horizon, de hauts sommets couronnés de neige se dressaient derrière un vaste lac argenté. Elle aurait voulu filer comme le vent au-dessus de l'eau, laisser le bout de ses chaussures tracer un sillage dans les flots, puis s'envoler dans la majesté des montagnes… Mais Momoi Satsuki était une bonne élève : elle n'allait pas prendre la poudre d'escampette pour son premier cours de Quidditch. Elle rejoignit le groupe tandis que Mme Bibine organisait ses troupes pour mettre en place quelques exercices. Quand il dut passer à travers une série d'anneaux disposés à différentes hauteurs, le balai de Kagami fut pris de soubresauts, et le jeune homme se mit à pousser des cris d'orfraie. Momoi ne l'avait entendu qu'une fois s'époumonner ainsi, et c'était l'une des fois où il avait été pris en chasse par Nigou. Pourtant pas prompte à se moquer, la vision de Kagami, d'ordinaire si athlétique, impressionnant et plein d'assurance, perdant ainsi tout contrôle de lui-même lui arracha un rire. Si bien qu'elle se sentit presque coupable de réussir l'exercice du premier coup et sans la moindre turbulence.

Quand elle se reposa au sol, une interrogation la saisit : était-ce donc ça, la magie dont parlait Dumbledore ? On ne peut tout de même pas être sorcière et posséder pour seul don la capacité de voler sur un balai ! Ça, c'était la base ! Perplexe, Momoi rejoignit ensuite son équipe tandis qu'on organisait un match entre les deux maisons. Kagami refusa tout net de remonter sur ce balai et partit s'assoir dans l'herbe, bras croisés sur la poitrine, l'air boudeur. Kuroko se joignit sans protester à ses petits camarades, et Kise se planta à côté d'elle avec un grand sourire.

« Dis donc, t'assures ! Tu vas faire remporter la coupe à Serdaigle, cette année ! »

Elle rit doucement, Kise semblait oublier qu'ils n'étaient pas censés se trouver à Poudlard, mais à Tokyo. Cependant, elle préféra ne pas le lui rappeler. Cette aventure était beaucoup trop extraordinaire pour qu'elle songe déjà à la façon dont elle se terminerait.

Mme Bibine siffla le coup d'envoi, et Momoi, à qui on avait donné le rôle d'attrapeuse, prit aussitôt de la hauteur pour avoir une vue d'ensemble du terrain. Elle aurait cru avoir le vertige, suspendue si loin de la terre ferme, mais elle se sentait au contraire comme chez elle dans les airs, comme si elle volait par-dessus les toits de Tokyo depuis son plus jeune âge. Elle s'imagina soudain ce que ça serait de sortir la nuit et de survoler la ville incognito, au-dessus des néons, des phares et des réverbères, seulement éclairée de la lune et des étoiles. Un frisson traversa son échine à cette perspective, mais elle chassa bien vite ces idées : si le Vif d'Or apparaissait, elle ne devait pas le louper.

Avec deux de ses camarades, Kise s'avéra assez bon dans son rôle de poursuiveur, intégrant rapidement la dynamique du groupe et esquivant avec une certaine habileté les Cognards, malgré l'apparente détermination de Kuroko, batte solidement en main, à lui en envoyer un en pleine tête. En observant le fantôme, Momoi se demanda un instant si le Choixpeau magique avait bien fait d'envoyer Kuroko à Gryffondor, et s'amusa à la pensée que peut-être, à l'instar du grand Harry Potter lui-même, Kuroko avait prié discrètement le Choixpeau de lui éviter Serpentard.

À cet instant, elle piqua sur le côté, évitant de justesse un Cognard lancé à pleine vitesse, et alors qu'elle redressait son balai, elle aperçut un éclat scintillant de l'autre côté du terrain. Elle jeta un coup d'œil à l'attrapeur adverse, un jeune homme au regard perçant, qui repéra leur objectif presque au même moment. Il était plus près qu'elle… Sans perdre un instant, elle se pencha sur son balai comme un cycliste sprintant sur son vélo, et fonça vers le Vif d'Or sans se laisser le temps de se demander si elle parviendrait à esquiver les joueurs et les redoutables Cogneurs sur son chemin.

Elle fit une course folle, modifiant sa trajectoire à la dernière seconde pour éviter les chocs frontaux alors qu'elle plongeait en piqué à travers le terrain, semant des cris de panique parmi les joueurs qu'elle frôlait. Étrangement, elle n'avait pas peur. Peut-être parce qu'elle allait trop vite, ou qu'elle était trop concentrée sur son objectif, mais rien de ce qui la retenait d'ordinaire, la rendant timide ou peu sûre d'elle, ne lui venait en tête. L'air frais giflait son visage, le balai vibrait entre ses mains serrées, la vitesse l'enivrait et elle sentait parfaitement en maîtrise. Il n'y avait que le Vif d'Or, scintillant au bout de sa course. Toute proche, elle commença à tendre la main… Face à elle, l'autre attrapeur lui adressa un regard de défi tandis qu'il se préparait lui aussi à faucher l'objet de leur convoitise. Momoi ne réfléchit pas : elle se mit dans une trajectoire qui finirait sur une collision si aucun d'entre eux ne déviait. Ce genre d'acte impulsif et dangereux ne lui ressemblait pas, et pourtant elle le fit mue par la certitude que l'autre se dégonflerait avant elle, car elle était également certaine qu'ils atteindraient le Vif d'or exactement en même temps. Elle perçut l'éclair de panique dans les yeux de son adversaire, juste avant qu'il ne dévie juste un peu, lui laissant la fraction de seconde nécessaire pour s'emparer de la sphère dorée qui se colla aussitôt au creux de sa paume, comme s'il était ravi d'avoir été capturé.

Ses camarades, qui avaient assisté à ce duel sous tension, poussèrent aussitôt des acclamations. Elle venait de faire gagner 150 points à son équipe, une avance décisive ! Elle se sentit remplie de fierté comme si elle avait amené ses camarades en finale. Le cœur battant, elle reprit de la hauteur et s'incita au calme : elle avait agi sur un coup de tête et avait eu de la chance. Il semblait qu'elle montrait bel et bien des aptitudes très prometteuses pour le Quidditch, mais si ça signifiait quelque chose, c'était la suivante : elle allait devoir s'entraîner dur pour tirer pleinement profit de son potentiel. Cela dit, ça ne l'empêcha pas de savourer pleinement cette victoire, qui avait amorcé la certitude en elle que Dumbledore ne s'était pas trompé à ce sujet, et qu'elle avait bel et bien sa place à l'école des sorciers.

Après les émotions du Quidditch, le cours de divination leur parut, à Kise et elle, bien fade et ennuyeux. La seule réelle source de divertissement se trouvait en la personne de Midorima, qui assistait Mme Telawney avec un sérieux confondant. Il était aussi à l'aise dans la pièce obscurcie de fumée d'encens et croulant sous les bibelots mystiques que Momoi l'avait été sur son balai. Ils s'amusèrent durant tout le cours de son air sérieux et concentré tandis qu'il recherchait dans un grand grimoire à la couverture usée les interprétations des marcs de café aux dessins les plus complexes.

Le cours avait lieu avec les élèves de Poufsouffle, et Kise et Momoi purent constater qu'Akashi semblait toujours aussi calme et satisfait de leur irruption soudaine dans le monde des sorciers. Il souriait même et sociabilisait avec ses camarades, si bien que plus rien ne laissait croire qu'il était aussi une personne terrifiante, autoritaire et parfois franchement agressive. Mais les deux amis choisirent le bon côté des choses, et se dirent qu'Akashi avait simplement toujours rêvé en secret de devenir sorcier, et qu'il n'y avait donc rien de suspect à le voir aussi content de son sort.

Après une ou deux heures d'ennui ferme, ils furent finalement libérés, et se précipitèrent avec leurs camarades dans leur salle commune pour se mettre à l'aise et débriefer la journée. Tout en buvant un thé noir corsé, Momoi observait par-dessus le rebord de sa tasse ses nouveaux camarades qui les intégraient sans la moindre difficulté, comme s'ils n'avaient aucune conscience du fait qu'ils ne venaient pas du même monde. Et c'était vrai que plus le temps passait à Poudlard, plus son quotidien d'avant lui semblait lointain, de la même manière d'un rêve qui nous échappe à mesure que la lumière augmente. Cette idée avait quelque chose d'effrayant, et pourtant la peur ne la retenait pas comme elle aurait dû le faire. De nature prudente et réfléchie, Momoi avait coutume d'examiner ses options et de peser le pour et le contre avant de se lancer dans un quelconque projet. Mais elle n'avait jamais eu pour projet de s'inscrire à Poudlard, et bon gré mal gré, elle devait gérer cette situation inédite, sans pour autant pouvoir en mesurer les tenants et les aboutissants. Elle n'avait qu'une certitude : elle aimait cet endroit. Et pour l'instant, ça suffisait.

Cependant, la nuit tombée et son lit regagné, les pensées se mirent à tournoyer obstinément dans son esprit : que faisait-elle réellement ici ? Allait-elle pouvoir regagner son propre monde ? Que lui réservaient les cours du lendemain ? Les rumeurs sur les fantômes dans les toilettes, le basilic dans les souterrains ou les araignées géantes dans la forêt voisine étaient-elles fondées ?

Et alors qu'elle était en train de réfléchir, se tournant et se retournant dans le lit, elle entendit des pas feutrés traverser le dortoir. Elle se redressa et aperçut Kise qui s'approcha de son lit et s'accroupit à côté.

« Hey… chuchota-t-il. J'arrive pas à dormir.

— Moi non plus… souffla-t-elle.

— Ça te dit de faire un peu d'exploration ?

— Maintenant ? Mais… »

Elle hésita, toutes sortes de pensées fusant dans son esprit. C'était interdit… Mais d'un autre côté, c'était tentant aussi…

« Allez, viens ! Tout seul, j'oserai pas, mais je suis beaucoup trop agité pour dormir ! » la pressa Kise.

Elle pesa ces mots… De toute évidence, elle aussi. Elle avait la bougeotte, et une curiosité dévorante la poussait à explorer davantage ce fascinant château sans avoir à se soucier des horaires de cours. Et puisque cette journée semblait placée sous le signe de l'audace, elle prit soudain la décision de laisser ses réticences et sa peur d'enfreindre le règlement de côté. Elle ne serait pas ici pour toujours… Et elle détestait l'idée de partir sans avoir tenté de percer un peu au moins des mystères de l'école des sorciers.

Sa décision prise, elle rejeta ses couvertures et enfila son uniforme par-dessus son pyjama, puis adressa un sourire à Kise :

« On y va ! »

Le blond acquiesça avec enthousiasme, et ainsi, ils se faufilèrent à l'extérieur du dortoir.

II

La nuit, les couloirs semblaient d'autant plus vastes, et l'architecture du château plus complexe. Momoi et Kise auraient pu jurer que la configuration de certains lieux avait changé depuis leur dernier passage. Armés d'une petite lanterne, ils jetaient des regards suspicieux aux portraits qui s'animaient d'eux-mêmes, mais heureusement, tous semblaient dormir. À moins qu'ils ne fassent semblant… pensa Momoi avec un frisson d'appréhension. L'atmosphère nocturne pesait sur le vieil édifice, faisant grincer les planchers et les anciennes charpentes, et les ténèbres avalaient la faible lumière de leur lanterne à mesure qu'ils progressaient à travers les corridors et escaliers tortueux. Sur le point de franchir un angle, Momoi retint Kise par le bras : elle avait entendu quelque chose, et surtout cru voir une lumière à l'autre bout du couloir… Ils se tapirent contre le mur et reculèrent doucement. Les pas craquaient sur le plancher, la démarche était légèrement traînante. Figés, ils retinrent leur souffle tandis qu'ils regardaient passer une silhouette voûtée, un profil au nez aquilin qui se tourna légèrement dans leur direction… le pas ralentit. Le cœur de Momoi battait si fort qu'il avait forcément alerté la sentinelle. C'était Rusard ! Miss Teigne, perchée sur son épaule, tourna la tête vers eux et Momoi ferma les yeux très fort comme quand elle était gamine, espérant ainsi disparaître subitement, tandis que sa main se crispait très fort sur le bras de Kise qu'elle entendit réprimer une plainte de douleur. Il s'écoula une ou deux interminables secondes, puis le pas traînant reprit. Il leur fallut encore quelques instants pour s'autoriser à respirer.

« Punaise ! lâcha la jeune femme en desserrant enfin sa prise sur le bras de Kise. J'ai cru qu'on était cuits ! Mais comment c'est possible qu'ils ne nous aient pas vus ?! »

Kise lui adressa un grand sourire, apparemment très fier de lui :

« Je nous ai faits disparaître !

— Hein ? Mais c'est pas possible !

— Si, si. Tu te rappelles, quand on est arrivés à Poudlard, on a vu que nos atouts dans le monde réel, ici ça devenait de la magie. Kurocchi sait disparaître. Ici, c'est littéral. Et moi… Je sais copier ce que font les autres à l'identique. »

Elle se recula pour dévisager son ami, sceptique.

« Tu crois vraiment ?

— Ils nous auraient vus, sinon ! Tu connais la réputation de Rusard et Miss Teigne !

— Hm… Si tu dis vrai, alors t'as un sacré pouvoir.

— Et ça veut dire aussi que Kurocchi pourrait nous sauter dessus d'un instant à l'autre… remarqua Kise en jetant des coups d'œil inquiets autour d'eux.

— Oh, je suis sûre qu'il dort sagement dans son lit », trancha Momoi.

Prudemment, ils reprirent leur exploration. Ils tâchaient de se repérer par rapport à leur visite de jour, mais la nuit tout paraissait différent, plus grand, et ils n'avaient pas vraiment eu le temps de se familiariser avec le château au cours de leur première journée d'école. Si bien que dix minutes plus tard, ils durent reconnaître qu'ils étaient complètement perdus.

« Comment on va faire pour retrouver notre dortoir ? geignit Kise.

— Tu crois qu'il y a des plans pour les évacuations incendie comme chez nous ? s'interrogea Momoi.

— Sûrement pas ! Si tu te rappelles bien les bouquins, la sécurité c'est pas vraiment le fort de Poudlard.

— Tu as raison… » admit-elle, l'inquiétude commençant à monter en elle.

Alors qu'ils s'avançaient en direction d'une vaste salle voûtée au fond du couloir, ils entendirent de nouveau des pas derrière eux. Mais ce n'était pas la démarche traînante de Rusard, et puis, il y avait plus d'une paire de pieds cette fois. Sans compter le bavardage à voix basse qui parvint jusqu'à eux. Deux garçons. Amis ou ennemis ? Momoi et Kise échangèrent un regard anxieux. Éclairées par la lueur de leur propre lanterne, deux silhouettes se découpèrent au milieu du corridor, leurs ombres démesurées se promenant à leur suite sur le plafond.

« C'est Minecchi et Muracchi ! » s'exclama Kise.

Momoi plissa les yeux pour mieux les voir, mais il n'y avait pas de doutes, personne n'était aussi grand à Poudlard que Murasakibara.

« Hé ! Qu'est-ce que vous faites ? » souffla-t-elle quand ils furent à portée de voix.

— Et vous ? » rétorqua Aomine, en ajoutant avec un sourire en coin : « On fait des bêtises dès la première nuit ?

— Non, on explore ! protesta Kise.

— Ben voyons, railla le brun.

— On cherche les cuisines, ajouta Murasakibara.

— Bah tiens, ça m'aurait étonné ! s'esclaffa Kise.

— Et vous savez où elles sont ? pressa Momoi. Parce que nous, on est… eh bah… on est perdus. »

Aomine sortit un bout de papier plié et le brandit d'un air triomphal :

« On s'est procuré une carte ! »

Ou plutôt, comme l'expliqua la nouvelle recrue de Serpentard, ils l'avaient volée dans les affaires de l'un de leurs camarades. Momoi attrapa le bout de papier et le déplia anxieusement, cherchant à se repérer sur le plan plutôt complexe de l'édifice. Pendant qu'elle réfléchissait, ses trois amis discutaient d'un ton léger, ayant apparemment totalement oublié qu'ils n'étaient pas censés se trouver ici et que le redoutable Rusard rôdait toujours.

« Chut ! » s'exclama-t-elle finalement.

Bizarrement, elle n'eut pas besoin d'insister. Après étude du plan, elle en conclut que les cuisines ne devaient plus être loin. Et elle réalisa par la même occasion qu'elle avait un petit creux. Ils se dirigèrent vers la salle voûtée aperçue un peu plus tôt. L'endroit semblait servir de hall et était plutôt vide à part quelques bancs et sculptures décoratives impressionnantes dans la pénombre, comme si les monstres ailés et autres griffons étaient sur le point de prendre vie. Chaque oscillation de la lanterne faisait sursauter la jeune femme, croyant apercevoir une ombre penchée sur son épaule, ou une main noire s'avançant dans sa direction… Elle tâcha de se concentrer sur sa carte pour avancer le plus vite possible.

Après encore quelques détours, ils finirent par arriver sains et saufs dans une pièce qui semblait juste sous le niveau du sol, avec ses hautes fenêtres ne laissant filtrer qu'un rayon de clair de lune. L'endroit était un rêve d'amoureux de la nourriture, et clairement il y en avait quelques-uns dans leur petit groupe. Du plafond pendaient des jambons, saucissons, tresses d'ails et oignons, bouquets d'herbes aromatiques, comme une forêt délicieuse suspendue au-dessus de leurs têtes, éclairées par quelques chandeliers épars. Des placards vitrés débordaient de confiseries, confitures, compotes dans des bocaux épais reflétant la lumière des bougies. Ailleurs, une table apparemment conçue pour des géants offrait une ribambelle de paniers garnis des légumes bigarrés au formes rondes et généreuses, dans un coin, des armoires réfrigérées par la magie conservaient de merveilleux plateaux de fromages, ou de fantastiques gâteaux qu'on aurait crus préparés pour la fête d'anniversaire de la reine des fées. Et, perdus dans ce dédale fantastique de nourriture, ils trouvèrent Kagami et Kuroko posés sur un banc devant une table paraissant ridiculement petite par comparaison, en train de dévorer un en-cas nocturne qui ressemblait plutôt à un banquet de mariage. Ils paraissaient deux orphelins de conte de fée attirés par la nourriture tandis que l'ogre qui comptait les dévorer les attendait quelque part tapi dans les ombres de l'immense cuisine. Sans surprise, Momoi s'aperçut rapidement que Kuroko ne faisait que grignoter un sucre d'orge, tandis que Kagami engloutissait des assiettes entières de victuailles. Finalement, peut-être que c'était lui l'ogre du conte…

Kuroko les observa tranquillement approcher mais Kagami, trop absorbé dans son repas, fit un bond lorsqu'ils parvinrent à leur hauteur. Aomine passa un bras autour de ses épaules et s'en servit d'appui pour s'installer à ses côtés sur le banc.

« Alors Bakagami, je croyais que t'étais un élève bien sage ? »

Pour toute réponse, le tigre lui adressa un regard assassin avant de se réintéresser à son repas, mais fut bientôt forcé de repousser les pattes envahissantes de la panthère qui tentait de lui chiper sa pitance.

« Où sont les autres ? demanda Kuroko comme s'il s'agissait d'une réunion planifiée.

— Vous croyez qu'Akacchi et Midocchi sont plus sages que nous et dorment tranquillement ? enchaîna Kise.

— Ça m'étonnerait qu'ils puissent dormir sur leurs deux oreilles pour leur première nuit à Poudlard… » murmura Momoi en s'emparant d'un beau beignet replet.

Le silence se réinstalla tandis que chacun était occupé à combler son creux nocturne, et après ce délicieux « en-cas », ils se sentirent un peu plus tranquilles, même si Momoi continuait de craindre d'avoir commis une grave transgression pour laquelle ils ne manqueraient pas d'être sanctionnés le lendemain. Seulement, ils n'avaient toujours pas sommeil, et décidèrent alors de reprendre leur exploration…