Chapitre dix-sept

Dès qu'ils apparurent sur le chemin menant au Terrier, Hermione s'écarta de Severus et, lissant discrètement ses robes, elle se dirigea vers la maison biscornue. La porte s'ouvrit brusquement, et Ron Weasley en sortit en courant, ses longues jambes avalant la distance qui les séparait, les bras ouverts.

« 'Mione ! On t'attend depuis une éternité ! » s'écria t'il en la prenant dans ses bras. Il se figea soudain, apercevant le Maître de Potions par dessus son épaule. « Mais qu'est-ce qu'il fait là, lui ? »

« C'est une longue histoire, mais je te la raconterai dès que je le pourrai. »

« Mais Hermione, c'est Noël ! Qu'est-ce… »

« Je ne peux pas te le dire maintenant. Plus tard, je te le promets. Mais tu vas avoir intérêt à bien te tenir, » le prévint-elle, en lui tapotant le torse du doigt.

« D'accord, mais seulement s'il se tient bien lui aussi, » marmonna t'il avec une grimace. Comme si c'était calculé à l'avance, Severus avança, sous le regard de Ron qui finit par le saluer avec prudence, « Professeur. »

Severus le regarda d'un œil indifférent, remarquant ses robes un peu fatiguées.

« Toujours à porter des robes d'occasion, Weasley ? » demanda t'il avec un sourire mesquin. « J'aurais pensé que le Ministère payait ses Aurors mieux que ça. »

Le visage de Ron devint aussi rouge que ses cheveux étaient roux et il plongea vers Snape, les bras tendus.

« Espèce d'imbécile graisseux, je vais vous mettre une raclée, pire que celle de Harry ! »

Hermione se glissa entre les deux hommes, attrapa les épaules de Ron, et le fit pivoter vers la maison. Elle entendait Severus qui continuait à se moquer de lui. Sa colère prenant le dessus, Hermione sortit sa baguette et la dirigea vers Ron, qui arrêta immédiatement de se débattre et la dévisagea, bouche bée.

« Il est hors de question que je joue les arbitres aujourd'hui, est-ce que tu m'entends ? » cria t'elle. « Rentre. Tout de suite ! »

« Vous devriez vous méfier, Weasley. Miss Granger est sérieuse. »

Hermione se retourna, pointant sa baguette vers l'autre sorcier. Des étincelles rouges s'en échappaient.

« Je ne veux plus entendre le moindre mot ! Silencio ! »

Regardant par dessus son épaule, elle vit que Ron s'éloignait en marmonnant. Sachant qu'il pouvait toujours les entendre, Hermione se retourna vers Severus, qui se tenait, bras croisés, la fusillant du regard tant qu'il pouvait. Elle reconnaissait ce regard, c'était celui qui l'avait toujours effrayée, depuis ses onze ans, mais cette fois-ci, sa colère l'immunisait.

« Je me fiche de savoir ce que vous avez contre mes amis, mais en ma présence vous leur montrerez du respect ! Vous êtes mon invité aujourd'hui, et je vous demande de vous comporter comme tel. Une autre remarque de ce genre, et je vous Métamorphose en un putain de Véracrasse ! » Tremblante de rage, elle le transperça du regard. « Est-ce que vous avez compris ? »

Surpris par ce soudain éclat, Severus resta à la regarder. Il n'avait plus de colère dans le regard, et il laissait tranquillement ses mains pendre le long de son corps. Il réalisa qu'elle était toujours furieuse contre lui pour leur baiser de la veille, une chose à laquelle il avait réussi à arrêter de penser. Il ouvrit la bouche pour parler, puis la referma : il ne pouvait pas parler, et de toute façon ne savait pas quoi dire, son esprit était complètement vide.

Hermione cligna des yeux, comme si elle se rendait tout juste compte de la situation, et il vit que sa colère s'évanouissait. Elle leva sa baguette et murmura un Finite Incantatum.

Elle leva les yeux vers lui, hésitante, attendant le torrent de reproches qui n'allait pas tarder, mais rien ne vint. Ils restèrent silencieux, jusqu'à ce qu'Hermione baisse les yeux vers le chemin recouvert de neige et se retourne vers la maison en soupirant. Il avait une attitude si bizarre parfois, et elle n'allait pas – ne pouvait pas – s'occuper de ça maintenant.

« Professeur, » appela Severus, d'une voix douce. Elle se retourna vers lui de mauvaise grâce. Il lut dans ses yeux une myriade d'émotions qui lui serrèrent le cœur. Après un instant, il demanda, « Comment préférez-vous procéder ? »

« Je pense qu'il vaudrait mieux que vous me laissiez parler à Harry seule. En votre présence, il refusera de coopérer. »

« Et qu'allons-nous dire aux Weasley pour expliquer ma présence ? »

« Que j'ai pensé que vous seriez plus en sécurité ici, avec moi. »

« J'imagine que ce serait trop demander de croire que le Maître de Potions puisse avoir envie de compagnie le jour de Noël, » répliqua t'il, avec l'ombre d'un sourire.

« Et qui croirait une chose pareille, au juste ? »

Hermione se retourna avant qu'il ne puisse la voir sourire, se sentant un peu mieux. Elle se remit en route vers la maison, Severus sur ses talons. Dès qu'ils eurent franchi la porte d'entrée, Molly Weasley la serra dans ses bras, et elle ne put s'empêcher de sourire.

« Hermione ! Comment vas-tu, ma chérie ? » Molly l'écarta un peu d'elle pour la regarder d'un air interrogateur. « Ron dit que nous avons un invité ? »

« Il a vraiment dit 'un invité' ? »

« Non, pas tout à fait. »

Severus entra, affichant une contrariété minime, et Molly lâcha Hermione pour le serrer dans ses bras.

« Severus ! C'est un tel plaisir de t'avoir ici pour Noël ! »

« Merci, Molly, » dit-il, tentant de s'écarter, mais elle avait toujours les bras autour de son cou, et il vit qu'Hermione essayait de réprimer un sourire.

« Tout le monde est dans la cuisine, » annonça Molly quand elle libéra Severus. « Enfin, certains y sont. »

« En fait, j'aimerais me laver les mains si c'est possible, » intervint Severus, jetant un regard à Hermione. Elle hocha la tête, comprenant qu'il voulait qu'elle explique sa présence alors qu'il n'était pas dans la pièce.

« Mais bien sûr, Severus. Au bout du couloir, tu tournes à gauche, et c'est la deuxième porte à droite. Ensuite, tu remonte tout le couloir pour arriver à la cuisine. Maintenant, Hermione, à nous deux, allons rejoindre les autres, » dit Molly en passant un bras autour des épaules de la jeune fille pour l'entraîner vers la cuisine. « Ginny est là, évidemment, et Fred et George aussi, ils sont sans doute en train de faire exploser des choses dehors pour impressionner Bill et Charlie. Et puis bien sûr, il y a Ron, que tu as déjà vu. Harry est en haut, il dort encore. Le pauvre chéri, il est arrivé tard hier soir. »

Hermione avait à peine franchi la porte de la cuisine que Ginny se levait d'un bond de la longue table à laquelle elle était assise. Ron se tenait en face d'elle, dos à la cheminée.Il lui adressa un regard de reproche. Monsieur Weasley était plongé dans son exemplaire de la Gazette du Sorcier. Ginny se jeta sur elle et la serra dans ses bras à l'étouffer.

« Hermione, c'est si bon de te voir ! » s'exclama Arthur en levant les yeux du journal.

« Bonjour, Monsieur Weasley, » dit Hermione, une fois qu'elle put respirer à nouveau. « Je suis sûre que Ron vous a prévenu que je n'étais pas seule. J'ai dû amener Severus avec moi, je suis plus rassurée de savoir que je peux garder un œil sur lui. »

« Et tu as eu bien raison, ma chérie. Il n'y a pas de problème, » intervint immédiatement Molly, alors qu'Arthur hochait la tête pour confirmer. Ron grommela, et sa mère se retourna vers lui, les joues roses. « Ron Weasley, je n'aime pas beaucoup ton attitude, et je ne tolèrerai pas que tu manques de respect à cet homme sous mon toit. C'est valable également pour les autres, » ajouta t'elle, en lançant à Ginny un regard accusateur.

« Hein ? » s'écria t'elle en levant les mains. « Mais je n'ai rien dit. »

« Pas encore. Je ferais mieux d'aller prévenir les autres au sujet du professeur, » dit Molly, attrapant sa cape avant de sortir parler à ses autres fils.

« Tu joues toujours les remplaçantes pour Montrose ? » demanda Hermione, en allant s'asseoir à table, à côté de Ginny et en face de Ron.

« Nan, j'ai été échangée la semaine dernière, avec un batteur et un gardien, contre Aelfraed Ainsworth. Seulement dix-neuf ans, mais déjà un génie de l'Attrapage. »

« Je crois que j'ai entendu parler de lui. »

« C'est une fille, et tu as dû en entendre parler, » s'anima aussitôt Ron, oubliant son irritation maintenant que la discussion en venait au Quidditch. « Elle est incroyable ! Aussi douée que Harry avant qu'il ne se blesse ! »

« Impressionnant. Alors où est-ce que tu joues, maintenant, Ginny ? »

« Comment ça, Ron ne te l'as pas dit ? » demanda t'elle, incrédule, en dévisageant Ron qui se contenta de hausser les épaules.

« Désolé. »

« Je joue pour les Canons. »

Hermione fronça les sourcils. « Mais est-ce qu'ils ne sont pas toujours… »

« Mauvais ? »

« La putain de plus mauvaise équipe de tout le championnat, plutôt, » avança Ron, s'attirant un regard mauvais de la part de Ginny.

« Tu sais que ta mère n'aime pas qu'on emploie ce genre de vocabulaire, Ron, » dit Arthur, sans lever les yeux de son journal. Il ne vit pas Ron lever les yeux au ciel.

« Je pensais que c'était ton équipe préférée, » s'étonna Hermione.

« C'était le cas, jusqu'à ce qu'Ainsworth change d'équipe. Il n'a pas pensé à te dire qu'elle était magnifiquement belle et qu'il était amoureux d'elle, » expliqua Ginny en lançant à son frère un regard de mépris. Il se contenta de hausser les épaules une fois de plus.

« Vous jouez toujours au niveau professionnel, Miss Weasley ? » demanda une voix basse depuis la porte.

« Jusqu'à ce que je sois obligée de me trouver un vrai travail, » répondit-elle avec un sourire timide. « Bonjour, professeur. »

Severus lui fit un signe de tête poli.

Monsieur Weasley plia son journal en se levant, avant de se lever pour tendre une main à Severus et lui taper le dos de l'autre. « Severus ! Alors il paraît que tu te joins à nous pour Noël ! C'est formidable, mon vieux ! »

« Arthur. »

Hermione lança un regard mauvais à Ron, qui le lui rendit, avant de marmonner, « Professeur. »

Severus le regarda de haut, et répondit d'une voix dédaigneuse, « Weasley. »

« Je t'en prie, Severus, assied-toi, » dit Arthur, désignant les places libres à table, alors qu'il retournait s'asseoir à sa propre place. Severus s'assit en bout de table, les bras croisés, les lèvres pincées.

« Comment se passent les cours ? » demanda Ginny.

« Grumpf, mieux vaut ne pas en parler. La seule chose qui me permet de tenir, c'est de penser que je ne serai plus là l'année prochaine. »

Severus regarda Hermione avec attention, et elle lut un éclair de surprise sur son visage. Elle se demanda ce qu'Albus avait dit au reste du personnel.

Ron se leva, étirant ses longs bras, et annonça. « Je vais chercher maman. »

Il se retournait quand la porte s'ouvrit, et que la cuisine se retrouva envahie de bavardages bruyants alors que quatre gaillards rouquins entraient, poussés par leur mère replète.

« Hé, Charlie, est-ce que tu as essayé une de nos nouvelles crèmes ? » lui criait Fred. « Nous en avons maintenant qui… »

« Fred, je ne veux pas voir la moindre de tes expériences à l'intérieur de la maison, tu m'as bien entendue ? Bill, mon chéri, tu ne voudrais pas retirer ta boucle d'oreille, rien que pendant qu'on mange ? »

Hermione les regarda rapidement, cherchant Bill des yeux, et faillit fondre sur sa chaise. Il était toujours aussi beau, et il lui fit un clin d'œil, et un sourire qui dévoila ses dents d'un blanc éclatant.

« Hé, Hermione, » salua George en lui faisant un signe de la main, et elle lui sourit en lui rendant son signe.

« Maman, est-ce qu'on peut manger maintenant ? Hermione est arrivée, » chouina Ron. « Je meurs de faim. »

« Il faut que quelqu'un aille réveiller Harry, » rappela Ginny, haussant la voix pour se faire entendre malgré les jumeaux, qui discutaient vivement affaire avec Bill et Charlie.

« J'y vais, » se proposa Hermione. « Il faut que je lui parle, de toute façon. »

« Il est dans ma chambre, » dit Ron. « Tu te souviens ? »

« Evidemment. Ne nous attendez pas, nous en aurons peut-être pour quelques minutes. »

« Est-ce que tu es sûre, chérie ? Nous pouvons attendre… »

« Maman ! »

« Je vous en prie, Madame Weasley, commencez sans nous. »

Hermione se leva et sortit de la pièce, avec un signe de tête quasi imperceptible pour Severus en passant. Il se leva également et lui attrapa le bras une fois qu'ils furent seuls dans le couloir.

« Est-ce que vous êtes sûre que c'est raisonnable d'aller le voir seule ? » demanda t'il. « Vous pourriez vous retrouver en grave danger. »

« Votre présence l'effraierait, quelles que soient les circonstances. Il m'a dit qu'il me donnerait des réponses sur Malefoy et la potion, et je verrai ce qu'il a à dire à ce sujet. Et s'il ne veut pas me parler volontairement, j'ai le Véritasérum sur moi. »

« Est-ce qu'il le prendra ? »

« Je ne sais pas, » admit Hermione. « Si nous ne sommes pas descendus dans vingt minutes, venez me chercher. Demandez à Ron ou Ginny de vous indiquer le chemin. »

« Je n'aime toujours pas ça, » grommela t'il, serrant les doigts un peu plus fort autour de son bras avant de la lâcher. « Très bien. Soyez très prudente. »

Il la regarda longuement, sincèrement, et elle sursauta en voyant l'inquiétude qu'il laissait transparaître. Il se retourna abruptement et retourna à la cuisine, dans un envol de robes. Elle le fixa un moment avant de se diriger vers l'escalier près de la porte d'entrée.

Elle grimpa les escaliers en spirale, remarquant la chambre vide qui avait été celle de Percy. Ron ne voulait pas parler de lui, et elle n'osait pas aborder le sujet. Il faudrait qu'elle se souvienne de poser la question à Harry.

Si toutefois c'est bien Harry, se souvint-elle amèrement.

Elle continua à monter, calculant ce qu'elle allait dire à Harry. Elle arriva au cinquième étage, et hésita avant de frapper doucement. N'obtenant pas de réponse, elle frappa de nouveau, plus fort. Elle ouvrit la porte prudemment, passant la tête à travers l'ouverture pour découvrir une silhouette étendue sur le lit.

« Harry ? »

Un grognement indistinct parvint depuis le lit, et elle ouvrit la porte plus largement.

« Harry, » répéta t'elle, entrant dans la pièce et s'asseyant au pied du lit. « Harry. »

« Hermione ! » s'exclama Harry en se redressant. Les draps glissèrent pour révéler son torse large et pâle. Il attrapa ses lunettes. « Par Merlin, Hermione ! Tu as failli me tuer ! »

« Oh, ça va, tu survivras ! Il paraît que tu es arrivé tard hier soir ? »

« Oui, j'avais des trucs à faire. »

« Vraiment ? »

Il ne répondit pas, mais se frotta les yeux en bâillant. « J'ai manqué quelque chose d'intéressant ? »

« Pas vraiment. »

« Quelle heure est-il, d'abord ? »

« Une heure passée, je dirais, » répondit-elle, le regardant bâiller à nouveau. Cette fois-ci il s'étira, faisant jouer les muscles longs de ses bras et son torse. Elle se demanda, et pas pour la première fois, pourquoi elle ne pouvait pas le voir autrement que comme un frère. Elle réalisa qu'elle le regardait fixement, et il lui sourit.

« D'accord, qu'est-ce qu'il y a, 'Mione ? Je vois bien que quelque chose te chiffonne. »

Elle rit, à peine. « Tu m'as dit que Drago avait volé ma potion. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Oh, bordel, je ne peux pas croire que j'aie merdé à ce point, » répondit-il, rejetant les couvertures et posant les pieds au sol. « Je suis tombé sur notre vieil ami quand j'étais à Berlin. Je dînais tranquillement, en lisant les notes que tu m'avais envoyées. Malefoy est sorti de nulle part et à décidé d'évoquer le bon vieux temps en me lançant quelques sorts carabinés. Il m'a eu avec l'un d'entre eux, et j'ai été KO pendant presque trois jours. Il a attrapé mes papiers et Transplané. J'ai eu de la chance qu'il ne m'emmène pas comme souvenir pour Voldemort. »

« Pourquoi est-ce qu'il ne l'a pas fait ? »

« J'étais avec un Jäger, un Auror allemand, tu sais ? Il a fait peur à Malefoy, et m'a emmené à l'hôpital à toute vitesse. »

« Quelle chance, » dit-elle.

« Oui, ça, tu peux le dire, » dit-il, se levant pour attraper son jean sur la chaise, près de la fenêtre. Il l'enfila par dessus son caleçon, avant de passer un tee-shirt blanc et un pull noir. Par habitude, il leva la main pour lisser ses cheveux, mais comme toujours ils restèrent indisciplinés.

« Harry, j'ai besoin de savoir ce qui se passe. » Il la regarda, sans comprendre, et elle clarifia, « Ce que tu fais depuis tout ce temps, quand on n'a pas de nouvelles de toi. »

« Tu sais que je ne peux pas t'en parler. »

« Tu dois me dire ces choses, parce que je commence à être vraiment inquiète, » implora t'elle. Il s'assit sur la chaise en souriant.

« Tu ne devrais pas t'en faire. Je vais bien, il n'y a pas de problème. »

« Alors dis-moi qui est Myra Goodflea. »

« La femme avec qui je vis, » répondit-il sans hésitation. Ses yeux verts rencontrèrent ceux d'Hermione, et son estomac se retourna. Elle ne voulait pas croire qu'il lui mentait, mais elle avait la certitude qu'il ne lui disait pas la vérité.

« Je… Je ne te crois pas, » dit-elle, la voix tremblant un peu le temps qu'elle rassemble son courage. « Myra Goodflea, c'est une anagramme. Tu mijotes quelque chose avec Drago, n'est-ce pas ? Mais je ne sais pas quoi. »

Harry ouvrit la bouche pour démentir, mais reconnaissant le regard qu'elle avait, sut que ce serait un effort inutile. Il se pencha en avant, les coudes sur les genoux, et réussit à afficher un petit sourire.

« Je me disais bien que tu le remarquerais. » Il soupira. « Tu as raison. La nuit où Drago m'a attaqué ? Ce n'est jamais arrivé. Je l'ai trouvé dans une ruelle, à Berlin, à moitié mort. Il avait énervé Lucius, qui l'avait abandonné là après l'avoir roué de coup et de Doloris. Je l'ai ramené chez moi, je l'ai soigné, et j'ai commencé à le convaincre de devenir espion pour nous contre Voldemort. »

Hermione le dévisageait, sceptique, en fronçant les sourcils. « Drago est l'espion ? Comment est-ce que tu peux me le prouver ? »

« Tu te souviens de ce Sérum de Vérité qui a été administré à Snape, là-bas, en Russie ? » Elle acquiesça, et il demanda. « A ton avis, qui a préparé cette potion pour Lucius ? Est-ce que Snape ne t'a pas dit que la potion était déficiente ? »

« Maintenant que tu m'en parles, je crois me souvenir qu'il a dit quelque chose comme ça. Mais comment est-ce que je peux savoir que tu me dis la vérité ? » Elle sortit la petite fiole de Véritasérum de sa poche. « Est-ce que tu en prendrais ? »

« Je peux t'emmener voir Drago. Je ne peux pas prendre de Véritasérum, parce qu'il y a toujours des choses que je ne peux pas te dire, même maintenant. » Ses yeux verts étaient implorants, et elle hésita.

Hermione le regarda attentivement, puis se décida. « Donne-moi ta baguette. »

Severus va m'écorcher vive quand nous reviendrons. Si nous revenons. Et merde, qu'est-ce que je suis en train de faire ?

Il n'hésita pas à attraper sa baguette pour la lui donner, ce qui la rassura quelque peu. Il étaient tous les deux debout, et Harry avança vers elle, la serrant rapidement contre elle.

« Je suis content de te revoir, 'Mione. »

« Moi aussi. »

Avec un 'pop', ils disparurent.

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Severus se força à manger une assiette de la nourriture délicieuse qu'on lui avait servie en attendant qu'Hermione revienne avec Potter. Il n'avait pas du tout aimé cette idée, mais ils ne pouvaient vraiment pas faire grand chose d'autres dans les circonstances actuelles, tant que Dumbledore était en vacances.

« C'était merveilleux, Molly, » lui dit-il en toute sincérité en amenant son assiette sale à l'évier.

« Est-ce que tu en as eu assez, Severus ? Il y en a encore autant qu'on veut ! Tu aurais bien besoin d'épaissir un peu, » affirma t'elle en le scrutant de la tête aux pieds.

Il était sûr d'avoir entendu ricaner à table, mais quand il se retourna vivement, le regard noir, tous les enfants Weasley semblaient être en train de parler la bouche pleine, et aucun ne le regardait. Il se rassit à sa place et regarda sa montre. Hermione était absente depuis une demi-heure.

Il se racla la gorge. « Nous devrions peut-être aller voir ce qui retient le Professeur Granger et Monsieur Potter. »

Ron se renfrogna. « Laissez-les tranquilles, elle n'a plus jamais l'occasion de le voir. »

« C'est vrai qu'ils sont là haut depuis un moment, » convint Molly.

« J'y vais, » marmonna Ginny, à un regard de sa mère. Elle repoussa sa chaise et alla à la porte.

« Je vais venir avec vous, si toutefois vous me le permettez, » annonça Severus en se levant également. Ginny haussa les épaules.

Il la suivit le long du couloir menant à l'escalier en spirale, et ils montèrent cinq étages avant d'arriver à une porte sur laquelle un panneau à moitié effacé indiquait 'la chambre de Ronald'.

Ginny frappa deux fois, et ouvrit la porte en criant joyeusement, « On ne vous interrompt pas, au moins ! »

Il se renfrogna, notant l'élan de jalousie qui l'avait traversé à l'idée de tomber sur Hermione et Potter dans une position compromettante, mais se pencha néanmoins par dessus les cheveux roux de Ginny, étouffant un juron en voyant la chambre vide.

Ginny, de son côté, pensait qu'ils lui jouaient une bonne blague. « Où est-ce que vous êtes ? Vous vous cachez sous la cape d'invisibilité ? »

« Ils ne sont pas là, » murmura t'il, derrière elle. « Je sentirais leurs odeurs, s'ils étaient là. »

Elle le regarda d'un air curieux, et il leva un sourcil.

« Très bien. Alors j'imagine que nous ferions mieux de les chercher ailleurs, » dit-elle, commençant à descendre les escaliers en ouvrant toutes les portes.

A chaque pièce vide, l'estomac de Severus se nouait un peu plus. Quand ils parvinrent au rez-de-chaussée, il suivit Ginny à la cuisine.

« Très bien, où est-ce qu'ils sont ? » demanda Ginny, faisant les gros yeux à Ron et aux jumeaux, alternativement, comme s'ils dissimulaient Harry et Hermione.

« Qui ? » demanda Ron, sans comprendre.

« Harry et Hermione, évidemment ! »

Severus approcha d'Arthur et lui dit à voix basse, « Il faut que je te parle. »

« Bien sûr. Allons dans mon bureau. »

Il suivit Arthur hors de la cuisine, le long du couloir menant à la salle de bains. Il entendait des exclamations résonner dans le couloir, comme si Ginny avait finalement réussi à convaincre le reste de la famille que Harry et Hermione n'étaient pas en haut. Au bout d'un autre couloir, ils arrivèrent dans une petite pièce remplie de gadgets étranges. Severus identifia plusieurs d'entre eux comme des appareils moldus. Un mur était recouvert du sol au plafond de prises électriques, et un autre de posters de voitures moldues diverses.

Arthur alluma rapidement un feu, et s'assit derrière un petit bureau de bois, entièrement recouvert d'une montagne de paperasse. Severus s'assit en face de lui.

« Alors, qu'est-ce qui se passe ? »

Sans tarder, Severus se lança dans une version abrégée des événements, racontant rapidement comment ils s'étaient rendus compte que Drago Malefoy avait la potion d'Hermione, et qu'ils en avaient conclu que Harry devait être compromis d'une façon où d'une autre.

« Le professeur Granger est montée chercher Potter dans le but de lui demander ce qu'il avait à dire à propos de tout ça, et maintenant ils ont disparu tous les deux. »

Arthur secoua la tête. « Ça n'augure rien de bon. S'ils ont Transplané, impossible de savoir où ils sont allés. »

« Je crois que la chose la plus prudente à faire est de prévenir le Directeur immédiatement. D'après ce que j'ai compris, Potter travaille plus pour Albus que pour le Ministre. »

« Même moi, je suis dans le noir à propos de ce que fait Harry, » admit Arthur. « Nous allons écrire à Albus immédiatement. J'ai bien peur que notre hibou familial ne soit trop faible, mais le hibou de Ron, Coquecigrue, devrait se montrer à hauteur de la tâche. » Il ouvrit un tiroir, et en sortit une plume et un parchemin, qu'il posa de l'autre côté du bureau. « Je vais chercher le hibou. »

Severus attrapa la plume dès qu'Arthur fut sorti de la pièce. Il ne savait pas par où commencer.

Cher Albus, j'espère que vous passez de bonnes vacances pendant que Potter travaille pour Voldemort et kidnappe nos professeurs.

Il grimaça et se mit à écrire, reposant la plume après un moment.

Potter et Granger ont disparu. Besoin de conseils. SS

Il pliait le parchemin quand Arthur reparut avec une petite boule de plumes qui pépiait avec excitation. Le hibou vola jusqu'au bureau où il sautilla d'impatience.

« Tiens-toi tranquille, » lui ordonna Severus, et Coq se calma immensément. Il attacha le message à la petite patte du hibou, avant de le soulever dans sa main. « Trouve Albus Dumbledore tout de suite. C'est important. »

Coquecigrue hulula pour montrer qu'il avait compris, et battit des ailes, voletant le temps qu'Arthur ouvre la fenêtre, laissant entrer un courant d'air froid. Le hibou s'élança au dehors.

Severus se laissa tomber dans sa chaise, la tête entre les mains. « Je n'aurais pas dû la laisser y aller seule, » murmura t'il.

« Elle va s'en sortir, » le rassura Arthur. « Hermione sait se débrouiller. »

C'est ce qu'elle croit, pensa t'il, abattu. Il soupira.

« Il n'y a pas grand chose que nous puissions faire pour le moment, Severus, à part attendre. Pourquoi est-ce que nous ne retournerions pas goûter aux merveilleux desserts de Molly ? Je sais qu'elle a fait trois tartes, et aussi du gâteau. »

Il laissa Arthur l'entraîner vers la cuisine, où Molly leur proposa toute une variété de desserts, mais Severus ne mangea rien. Il resta assis à table, seul dans son inquiétude.

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Il faudra prévoir quelques jours d'attente pour le prochain chapitre. Il est important (sans blague…) et je ne voudrais pas le bâcler. benebu