Chapitre dix-huit

Dès qu'ils eurent Transplané, Hermione s'écarta de Harry pour observer ce qui l'entourait, glissant une main dans sa poche pour serrer nerveusement sa baguette. Elle espérait désespérément avoir pris la bonne décision en accordant sa confiance à Harry. Elle ne savait vraiment plus à qui elle pouvait faire confiance, puisque personne ne lui disait toute la vérité, pas même Dumbledore.

Ils étaient dans le salon d'un petit appartement. Les murs étaient nus, à l'exception d'un poster flambant neuf des Canons de Chudley, sur lequel elle vit passer un éclair roux qui était sans doute possible la silhouette de Ginny Weasley. Contre le mur du fond, un canapé jaune usé jusqu'à la corde, flanqué de deux fauteuils, l'un bleu clair, et l'autre orange, en aussi mauvais état que le canapé. De vieux numéros de la Gazette du Sorcier et des parchemins divers s'empilaient sur les fauteuils, ainsi que sur la table basse.

Un couloir, à droite. Elle présuma qu'il menait à la chambre à coucher. Une porte ouverte, en face d'elle, révélait la cuisine. La moindre surface y était couverte par des bols, des assiettes, et des verres, empilés en équilibre instable. Apparemment, ils n'employaient pas d'elfes de maison – par choix ou par manque de moyens, elle n'aurait su dire.

« Drago ! » cria Harry en se dirigeant vers la chambre, lui faisant signe de le suivre. « Tu es là ? Nous avons de la visite. »

Elle entra dans la chambre avec méfiance, et elle vit Harry aider Drago à s'asseoir dans le lit. Elle fut frappée tout de suite par son apparence effroyable. Ses cheveux blonc-blanc, maintenant longs jusqu'aux épaules, tombaient sans forme le long de son crâne. Il avait des cernes noirs sous ses yeux bleu clair, et ses lèvres étaient sèches et gercées. Il était très mince, quasiment squelettique. Elle aurait presque pu compter ses côtes, dévoilées par le drap qui avait glissé.

« Hermione Granger, » dit Drago d'une voix hésitante. « Excuse-moi, je te prie. Je ne me sens pas bien aujourd'hui. »

« Drago, » le salua t'elle froidement, regardant Harry qui s'agitait, redressait ses oreillers, lui servant un verre d'eau. « J'aimerais pouvoir dire que je suis désolée pour ton père… »

Il rit, un rire sardonique, qui ne s'étendit pas jusqu'à ses yeux. « Snape m'a fait une faveur en me débarrassant de lui. Je l'aurais fait moi-même, si j'en avais eu le courage… » ajouta t'il, baissant les yeux. Après un moment, il leva la tête vers Harry, pour demander, « Je croyais que Dumbledore était le seul à être au courant pour moi. »

« Tu la connais, Drago, elle n'a pas pu résister à un bon vieux mystère, » dit Harry, en allant s'asseoir dans la chaise près du lit.

Il hocha la tête. « Bien sûr. Tu as vu le livre et tu as compris. »

« Il m'a fallu un moment, mais oui. »

« Et maintenant tu veux des réponses. » Drago soupira, et ses épaules tombèrent, comme si l'air dans ses poumons avait été la seule chose qui le maintenait droit. « Harry, tu veux bien… Je ne m'en sens vraiment pas la force pour le moment. »

« J'ai commencé à surveiller Drago au mois de mars. Dumbledore pensait que je pourrais le retourner pour en faire un espion. Il croyait qu'il y avait encore du bon en lui. Une nuit, en avril, il a disparu – une convocation, je pense – » Drago acquiesça. « – et il est resté absent pendant plusieurs jours. Normalement, il aurait dû revenir en seulement quelques heures, alors je me suis inquiété. Je me suis dit qu'il avait peut-être remarqué que je le suivais, et qu'il s'était enfui.

« Je l'ai retrouvé dans une ruelle, près de son appartement, quasiment mort. Lucius s'était mis en colère contre lui, l'avait battu, lui avait lancé un nombre incroyable de Doloris, ainsi que d'autres sorts horribles, et l'avait laissé mourir là. Mais Drago avait quand même réussi à Transplaner à Berlin. J'ai soigné ses blessures de mon mieux, avant d'envoyer un hibou à Dumbledore pour qu'il m'aide. Il m'a envoyé une Médisorcière, qui a remis Drago sur pied en quelques jours, avant d'être amnésiée.

« Après ça, nous devions convaincre Lucius de le laisser revenir, ce qui n'a pas été si difficile. C'est là qu'intervient le livre – Prolongez la Vie de vos Potions. J'ai laissé Drago le dédier à Lucius, avec l'histoire que je t'ai racontée au Terrier, pour le convaincre. Et ça a marché. Lucius était suffisamment arrogant pour croire que Drago reviendrait vers son père en rampant, en se rabaissant, et en l'implorant.

« Ensuite, Snape a tué Malefoy au mois d'août… et ça a été la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Sa mort a libéré une place dans les plus hauts rangs, et Drago a pu se rapprocher de Voldemort, puisqu'il avait encore la plupart des contacts divers de son père. Maintenant, il est le premier fournisseur de potions pour les Mangemorts. Je pense que c'est à peu près tout, » conclut Harry, s'arrêtant et regardant Drago, pour vérifier s'il avait oublié quelque chose, mais il secoua la tête.

Hermione fixa son plus vieil ami, et Harry lui rendit ce regard sans faillir, pendant qu'elle réfléchissait à ces informations, se demandant s'il lui avait dit la vérité. Elle décida que ça avait été le cas, mais qu'il y avait toujours quelque chose qu'il gardait pour lui.

« Ça explique pourquoi on ne te voit plus jamais, » dit-elle finalement, rompant le long silence, et provoquant un petit sourire chez Harry. « Alors, Dumbledore est vraiment le seul à savoir ce que tu mijotes ? »

Harry hocha la tête. « Même Fudge n'est pas sûr de ce qui se passe. Il sait simplement que je travaille pour Albus, même s'il me 'donne' des missions, comme par exemple la chasse aux vampires rebelles, pour maintenir l'apparence que je suis en disgrâce au Ministère. Voldemort aime savoir où je suis, tu vois, et Drago m'aide pour ça. Il m'arrive même de me montrer à certains endroits de temps en temps, pour que d'autres personnes puissent signaler qu'elles m'ont vu. »

Drago se mit à tousser violemment, et Harry se leva d'un bond, se précipitant vers le lit, lui frottant le dos jusqu'à ce que les quintes de toux se calment peu à peu.

« Il est temps que tu prennes ta potion, » affirma Harry quand Drago fut remis. Il se leva pour aller à la porte, se retournant vers elle en passant, « Tu veux boire quelque chose ? »

« De l'eau, merci. » Quand il fut sorti, elle prit place dans la chaise maintenant libre et regarda Drago. « Excuse-moi de te poser la question, mais… qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? »

« Demande-moi plutôt ce qui va… » rétorqua Drago avec un sourire amer. « Pour en venir au fait : je suis mourant. Mon père m'a lancé un sort, la nuit où Harry m'a trouvé. Un vieux sort oublié – de la Magie Noire – mais nous ne savons pas ce que c'est. Je meurs doucement, et la potion est la seule chose qui me maintient en vie pour le moment, mais ça ne durera pas. »

« Qu'est-ce que tu prends ? »

« Une concoction que nous avons inventé, Harry et moi, avec l'aide de Snape avant qu'il ne soit découvert. Des sangsues en morceaux, de la racine de mandragore, et du sang de licorne. »

« Du sang de licorne ? » s'exclama Hermione. « Mais… »

« Je suis déjà en train de mourir, » interrompit-il d'une voix sèche, un éclair s'allumant dans ses yeux bleus. « Si j'ai de la chance, il me reste six mois, peut-être huit. Nous n'avons pas trouvé de contre-sort, et je ne m'attends pas à ce que nous en trouvions. Je ne fais que repousser l'inévitable. » Il poussa un profond soupir, fermant les yeux. « Je ne peux prendre la potion que toutes les quarante-huit heures, tellement elle est puissante. Pendant les premiers mois où nous avons travaillé dessus, j'ai frôlé l'overdose à quatre ou cinq reprises. Les effets ne durent qu'environ trente-trois heures, alors le reste du temps, je suis comme ça. Quelques heures après qu'elle ait cessé de faire effet, je ne peux plus sortir du lit, je ne peux plus rien faire, pas même lancer le plus petit sort. »

Hermione était sur le point de demander ce qui se passerait si Voldemort devait le convoquer alors qu'il était dans cet état. Et puis qu'est-ce qu'il avait dit à son père à propos du sort ? Comment avait-il expliqué qu'il n'était pas mort, ni même affaibli… mais Harry revint. Il avait à la main un verre d'eau, qu'il tendit à Hermione, et une grande fiole opaque, à peu près de la taille d'un pamplemousse. Il ouvrit la fiole en approchant du lit, et plaça doucement sa main sur la nuque de Drago, lui inclinant la tête pour pouvoir verser le liquide gris-vert dans sa gorge.

Le changement fut si soudain qu'Hermione faillit en lâcher son verre de surprise. Le teint de Drago devint d'un rose plein de santé, ses yeux, ses cheveux, brillèrent à nouveau, et il se redressa lentement, comme si ses muscles retrouvaient la volonté de vivre qui leur avait fait défaut les quelques quinze dernières heures. En fait, la seule chose qui trahissait sa condition précédente était sa maigreur maladive. Elle se demanda comment est-ce qu'il avait pu se faire passer, que ce soit face à Lucius ou à Voldemort, pour un homme en bonne santé.

Soudain, sa tête se mit à tourner. Elle se dit qu'il n'aurait jamais pu duper personne, malade comme il l'était, et qu'après tout Harry n'avait pas dû dire la vérité. Elle les regarda tous les deux, la vision brouillée, essayant de forcer les deux images qui flottaient devant ses yeux à n'en former qu'une, mais sa tête était lourde, et elle baissa les yeux, regarda le verre qu'elle tenait lui glisser entre les doigts, comme au ralenti, pour cogner le sol, envoyant de l'eau en toutes directions. Les gouttes miroitèrent dans les airs, le tapis monta à sa rencontre, et elle ferma les yeux.

« Bon Dieu, tu en as mis un temps ! » s'exclama Drago en repoussant les couvertures, révélant ses jambes maigrelettes, comme deux baguettes, qui émergeaient du caleçon trop grand qu'il portait. « Pourquoi est-ce que tu ne l'a pas simplement Stupéfixiée ? Je n'aurais pas eu à rester assis là, à écouter tout ce mélodrame. »

Harry reposa la fiole vide et s'agenouilla près de la silhouette endormie étendue au sol, cherchant, les doigts sur le cou d'Hermione, à vérifier son pouls. Satisfait, il l'allongea à plat, et écarta une mèche de cheveux de son visage.

« Je sais, mais je voulais lui donner quelque chose à amnésier. Quelque chose dont elle pourra essayer de se souvenir. »

« Je ne pense pas que ce soit raisonnable, Harry, » reprocha Drago, sur un ton plus sérieux. « Si elle se souvient de quoi que ce soit, elle risque de revenir ici. »

« Alors nous déménagerons. Ce ne sera pas la première fois. » Il regarda Drago, qui enfilait avec difficulté un pull marron, tournant ses maigres épaules pour faire glisser la laine sur son torse pâle. « Tu devrais manger plus. On devrait acheter de ce truc pour prendre du poids que vendent les moldus. »

« Je ne digère rien, et tu le sais. Pourquoi se donner tant de mal ? »

Il enfilait maintenant un pantalon noir, levant prudemment un pied, pour se tenir en équilibre sur l'autre. Il vacilla, et Harry se leva immédiatement, par habitude, mais n'avança pas, parce que Drago lui lança un regard mauvais.

« Parce qu'il y a toujours une chance. »

Drago continua à enfiler son pantalon. Il ne croisa pas le regard implorant de Harry, ne voulut pas lire ce faux espoir dans ses yeux. Il avait dit la vérité à Hermione, celle que Harry refusait d'admettre : ils ne trouveraient pas de contre-sort, ou de potion miracle qui le sauverait. Il était en train de mourir.

« J'imagine que tu veux que ce soit moi qui l'amnésie ? » Harry hocha la tête, et Drago soupira. « Il va falloir attendre quelques heures avant que je puisse le faire. Et puis, il faut que je trouve un bon souvenir à lui mettre dans le crâne. »

« Prends ton temps. Elle va dormir un moment avec ce que je lui ai donné. » Il sourit. « Dommage qu'elle ne puisse pas voir combien je me suis amélioré depuis les cours de Snape. »

« C'est parce que tu as eu un bon professeur, » dit Drago d'une voix veloutée.

Harry avança, lui prit le poignet pour l'attirer à lui sans ménagement. « Je pensais que tu étais le meilleur, » dit-il d'une voix basse, avant de capturer les lèvres de Drago.

« Je suis le meilleur, » répondit-il, enlaçant Harry et se serrant contre lui pour un autre baiser, plus profond, qui dura une éternité.

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Severus faisait les cent pas dans le bureau d'Arthur Weasley au Terrier, les sourcils froncés comme s'il était plongé dans de profondes réflexions. En fait ses réflexions n'étaient pas profondes du tout. Il n'arrêtait pas de revenir à la simple vérité : il l'avait laissée voir Potter seule, sans protection. Il ignorait Albus Dumbledore, qui se tenait debout près de la fenêtre, à regarder les flocons de neige qui tombaient maintenant en rafale. Il ignorait également Arthur et Molly, lui dans sa chaise, derrière son bureau, et elle assise en face de lui. Tous essayaient d'apaiser ses craintes, mais lui seul comprenait le danger qu'elle courait, dans lequel il l'avait mise.

« Severus, » dit Albus, tournant le dos aux autres. « Je n'ai pas le moindre doute, ils vont bientôt revenir, et avec une explication parfaitement logique pour leur disparition. Tu dois te souvenir combien ils étaient impétueux étant enfants. »

« Mais Hermione est plus prudente maintenant. Elle ne serait pas partie sans me prévenir. »

« Peut-être qu'elle a tout simplement oublié, » suggéra Molly. « Elle n'a pas vu Harry depuis si longtemps, peut-être que dans sa joie elle a oublié de te prévenir. »

Elle ne serait pas partie sans me le dire. Elle ne l'aurait pas fait.

Il fit volte-face pour demander à Dumbledore. « Expliquez-moi comment Malefoy s'est procuré cette potion. »

Le vieux sorcier soupira, se gratta la joue à travers sa barbe, réfléchissant. « Cette histoire ne doit pas sortir de cette pièce, » finit-il par dire, regardant une à une toutes les personnes présentes. « Au printemps dernier, pendant que Harry étudiait la potion qu'Hermione lui avait envoyée, Drago l'a attaqué et lui a tout volé. Harry aurait très certainement été tué, sans l'aide d'un Auror allemand qui avait été affecté à sa protection. »

« C'est ce que Harry a raconté ? » grommela Severus, le regard noir.

Albus le regarda avec un intérêt dissimulé, même s'il était surpris d'entendre la colère qu'exprimait le jeune homme. Peut-être qu'il tenait vraiment à Hermione ? Minerva lui avait laissé entendre quelque chose de ce genre, mais il était toujours si difficile de connaître les sentiments de Severus, quel que soit le sujet.

Il inclina la tête, le regardant dans les yeux par dessus ses lunettes. « Oui, c'est ce que Harry a raconté. »

Severus comprit le message, et un regard à Arthur et Molly suffit pour voir qu'ils l'avaient compris aussi. On ne doute pas de Harry Potter.

Il se laissa tomber dans une chaise, à côté de Molly, plongé dans ses pensées. Il y avait sept heures maintenant qu'Hermione avait disparu avec Potter, et l'anxiété lui nouait l'estomac.

C'est de ma faute. Je n'aurais pas dû la laisser y aller seule. C'est de ma faute. Tout est de ma faute.

Un silence lourd tomba dans la pièce, jusqu'à ce que finalement Molly se lève.

« Nous ne gagnerons rien à nous faire du mauvais sang, » annonça t'elle brusquement. « Après tout, c'est le réveillon de Noël, nous ne devrions pas rester enfermés dans ce bureau. Si je nous faisais une bonne tasse de thé, pour que nous allions rejoindre tout le monde ? »

« C'est une idée formidable, Molly. Pour ma part, je ne refuserais pas quelque chose de plus fort, cependant, » dit Albus, le regard pétillant. Arthur seconda cette idée.

« Qu'est-ce que tu en dis, Severus ? Il se trouve que j'ai une bonne bouteille de whisky planquée quelque part, ou du Pur Feu si tu préfères. »

Severus était avachi sur sa chaise, les bras croisés, la tête baissée, regardant le bureau d'un air mauvais. « Non, merci Arthur. Je préférerais rester seul pour le moment. »

« Viens nous rejoindre dès que tu en as envie, Severus, » dit Molly en se penchant pour poser une main sur son épaule. « Est-ce que tu veux que je t'apporte un thé, ou autre chose ? »

Il secoua la tête.

« Albus ? » demanda Arthur, en se levant pour aller à la porte.

« Je vous rejoins tout de suite. » Les Weasley quittèrent la pièce, la porte cliqueta doucement en se refermant, et Dumbledore vint s'asseoir sur le coin du bureau d'Arthur. Severus regarda obstinément la barbe qui était devant lui, refusant de croiser le regard amical d'Albus. Pendant presque une minute, il observa son Maître de Potions en silence. « Alors, les choses avancent entre toi et Hermione ? »

Severus eut une quinte de toux et se redressa, ses yeux noirs cherchant immédiatement le regard pétillant d'Albus, et le petit sourire qui commençait à lui venir aux lèvres. « Et de quoi est-ce que vous voulez parler, au juste ? » grommela t'il.

« De ce que tu veux bien me dire. Tout, ou partie, ou rien du tout. Il y a longtemps, tu te confiais à moi, Severus. »

Se levant, Severus avança à la fenêtre. Il regarda les flocons de neige balayés par le vent dans le noir, et son esprit s'envola jusqu'à elle. Il frissonna, et serra ses robes contre lui. Il entendit les pas tranquilles derrière lui, et la main d'Albus vint se poser sur son épaule.

« Je m'inquiète pour elle, moi aussi. »

Severus frotta une de ses mains sur ses lèvres, puis dans ses cheveux gras, jouant avec le temps de laisser échapper un long soupir. « Ce n'est pas… Je l'ai laissée y aller seule, tout en sachant qu'elle pourrait être en danger. » Je l'ai laissée partir.

Avec réticence, il tourna les yeux vers ceux de Dumbledore. La gentillesse qu'il y lut le submergea, et il ne put conserver plus longtemps les apparences. Il laissa le vieil homme voir toute la tristesse, et la peur et la douleur, il laissa Albus le serrer dans ses bras avec force, malgré son âge. Il alla même jusqu'à lever les bras pour le serrer lui aussi, le temps d'un instant. Il se libéra de l'accolade d'Albus, les larmes aux yeux, et se retourna vers la fenêtre.

« Tout ira bien, Severus, tout. Tu verras. » Il entendit Dumbledore s'éloigner, et la porte grincer. « Est-ce que je demande à Molly de t'apporter un whisky ? » Il ne répondit pas, ne donna pas le moindre signe de l'avoir entendu. « Je prendrai ça pour un oui, » conclut Albus, en refermant la porte derrière lui.

Severus se laissa tomber dans la chaise la plus proche, et rejeta sa tête en arrière, fermant les yeux. Il les rouvrit quand, un moment plus tard, Molly frappa et entra un verre de whisky à la main. Il le prit avec reconnaissance.

« Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu me le demandes, » dit Molly en lui serrant le bras avant de sortir.

Ce ne fut que quand les pas de Molly eurent cessé de résonner dans le couloir qu'il remarqua qu'elle lui avait laissé la bouteille, sur le bureau. Il but d'un trait le verre qu'il avait à la main avant d'attraper la bouteille, sentant la chaleur se répandre dans son estomac et lentement passer dans son sang. Il dégusta son second verre, perdu dans ses idées noires.

Il était au milieu de son troisième verre quand il entendit de l'agitation venant de l'entrée. Des voix, fortes et animées. Il sortit du bureau et se dirigea vers le bruit. Son cœur fit un bond quand il vit Hermione près de la porte d'entrée, parlant vivement à Molly et Ginny. Son regard se posa plus loin, et il vit Harry, une part de tarte à la main, riant avec Ron, Fred et George. Arthur, Charlie, Bill et Albus se tenaient derrière eux, parlant à voix basse. Dumbledore croisa son regard et lui fit un petit signe de tête, comme pour dire, tu vois ?

Il se renfrogna, ne se sentant pas à sa place au milieu de cette joyeuse famille. Alors que Ron parlait, Hermione lui adressa un regard, et sourit un peu, comme pour s'excuser. Il la fusilla du regard, et, passant à côté de tout le monde, alla jusqu'à la porte.

« Puisque apparemment tout va pour le mieux, je vais retourner à Poudlard, » annonça t'il, sa voix glaciale interrompant toutes les conversations. Il se glissa dehors avant que quiconque ait le temps de répondre.

Confuse, Hermione regarda Albus, qui lui fit un signe de tête. Elle s'excusa et le suivit dehors.

« Professeur, attendez ! » cria t'elle à la silhouette qui s'éloignait. Elle se lança à sa poursuite. « Severus ! »

Il ralentit, pour la laisser le rattraper. Les lumières du Terrier éclairaient le visage d'Hermione, tout en laissant celui de Severus dans l'ombre. Il regardait un point à gauche de son visage, refusant de croiser son regard.

« J'ai fait une erreur, » murmura t'elle, et il eut du mal à l'entendre, « et je suis désolée. J'aurais dû vous prévenir que je partais. »

C'était plus ou moins ce à quoi il s'était attendu, avec peut-être un peu moins d'émotion qu'il n'aurait pu en espérer. Le froid passait à travers sa cape, qu'il n'avait pas fermée. Le froid le piquait, mais il ne bougeait pas, ne disait rien. Il rejeta toute sa colère, toutes ses émotions, gardant un air froid et distant.

« J'ai aussi découvert ce qui était arrivé pour la potion. » Il croisa rapidement son regard, vit son inquiétude, et détourna rapidement la tête. « Drago a attaqué Harry, la lui a volée, et l'a publiée. »

Finalement il parla, lui accordant un regard distant, comme s'il regardait à travers elle. « Et pour ce qui est des lettres adressées à M. Goodflea ? »

« Il essayait de piéger Drago en écrivant à son alias. »

« C'est tout ce que vous avez découvert en sept heures d'absence ? » demanda t'il, d'une voix dégoulinante de venin, plongeant son regard dans celui d'Hermione. Elle écarquilla les yeux, sa bouche remua comme pour former des mots, mais rien ne vint. « J'ai perdu assez de temps ici aujourd'hui. »

Il la dépassa, ignorant la main qu'elle tendait vers lui, attrapant sur ses robes, essayant de le retenir. Il se retourna vers elle, il n'était qu'à quelques centimètres, la toisant de toute sa hauteur. Elle frémit et le lâcha, timidement.

« Severus, je suis désolée, je le suis vraiment. » Son regard était implorant.

Mais il était trop tard, il n'écoutait plus ce qu'elle disait, et quand il la regarda, cette fois elle vit, enfin elle comprit son regard, et elle fut anéantie d'y trouver la douleur, la trahison, la colère, et la pointe de tristesse qu'il ressentait.

« Joyeux Noël, » siffla t'il, regardant son visage se décomposer à ces mots si froids avant de tourner les talons. Il s'éloigna de quelques mètres avant de Transplaner.

Hermione regarda la neige tourbillonner à l'endroit où Severus avait disparu, retenant ses larmes. Elle aurait voulu se lancer à sa suite, essayer de le réconforter. Elle resta là jusqu'à ce qu'elle ait des fourmis dans les orteils à cause du froid, puis elle retourna vers la maison où les festivités du réveillon commençaient doucement.