Chapitre dix-neuf
Dès qu'elle fut de retour, Albus prit à part Harry et Hermione. Ils retournèrent dans le bureau d'Arthur, où Arthur et Molly vinrent les rejoindre.
« Vous nous avez fait une belle frayeur, » commença t'il en s'appuyant contre le bureau, les bras croisés, emmêlant les doigts dans sa barbe blanche. Ses yeux bleus traînèrent un instant sur Harry. « Est-ce que l'un de vous veut bien nous donner une explication ? »
Harry haussa les épaules. « J'ai dû lui parler de Drago et de cette potion, et ensuite je l'ai emmenée dans mon appartement de Bucarest. Nous nous sommes mis à parler, et nous avons complètement perdu la notion du temps. »
« Je ne m'étais pas rendue compte que nous étions partis depuis si longtemps. Je pensais que nous n'avions été absents que quelques heures, » ajouta Hermione.
Dumbledore tourna son regard vers elle, levant les sourcils. « Je vois, » dit-il, posant de nouveau les yeux sur Harry. « Apparemment, tout est en ordre, à moins que l'un de vous n'ait quelque chose à ajouter. »
« Il n'y a rien d'autre à dire, » affirma Hermione. Harry acquiesça.
« Très bien, je crois que nous en avons fini alors. »
« Harry, mon chéri, Hermione, venez à la cuisine, vous devez être affamés, » dit Molly.
« Je suis morte de faim ! » s'exclama Hermione, en se levant d'un bond. Elle suivit Arthur et Molly qui sortaient, mais Harry attendit, les yeux toujours plongés dans ceux d'Albus.
« J'espère que tu feras preuve de plus de discrétion à l'avenir, Harry Potter. » Albus fronça les sourcils et prit un ton plus sévère. « Je n'aime pas beaucoup qu'on amnésie mes professeurs. »
« Je ne l'ai pas amnésiée, » répondit-il, levant les mains en signe de défense. « Nous avons simplement parlé. »
« Bien sûr. »
La situation se transforma à une bataille de volonté, les yeux verts et brillants de Harry, contre les yeux bleus de Dumbledore. Harry sut que le vieil homme savait, mais ça ne fit que le rendre plus obstiné. Albus céda le premier, soupirant, et baissa le regard sur ses mains fatiguées par les ans.
« Je ne sais pas pour toi, Harry, mais je suis affamé, et la seule personne dont la cuisine puisse rivaliser avec celle des elfes de Poudlard, c'est Molly Weasley. Qu'est-ce que tu dirais de rejoindre les autres ? »
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Le jour de Noël se passa rapidement, entre les cadeaux et la nourriture, les nouvelles farces des jumeaux, les discussions à propos du Quidditch, Molly qui leur proposait assiette sur assiette de bons petits plats, des matches de Quidditch pour se remettre, suivis d'encore plus de discussion sur le Quidditch. Soudain, il fut minuit, Noël était fini. Hermione et Ginny restèrent encore éveillées à discuter pendant une heure. Hermione éteignit finalement la lumière quand Ginny commença à s'endormir au milieu d'une de ses propres phrases.
Elle se leva de bonne heure le lendemain matin, enfila son jean et son nouveau pull Weasley, avant de rassembler ses affaires. Molly la convainquit de prendre le petit-déjeuner avec le reste de la famille – Harry et les jumeaux étaient déjà partis, Harry pour la Roumanie, et les jumeaux pour Londres – et elle fut contente de rester, ne serait-ce que pour un peu de temps. Elle s'assit avec Ron et Ginny, parla encore un peu de Quidditch, et accepta d'aller voir les Canons de Chudley jouer pendant la saison, tant que Ginny lui envoyait les billets.
Quelques minutes seulement avant neuf heures, Arthur posa son assiette dans l'évier, embrassa sa femme et sa fille, avant de partir pour le Ministère. Ron repoussa aussi sa chaise, la traînant au sol quand il se leva pour débarrasser son assiette. Hermione le suivit.
« Il faut que j'aille au bureau moi aussi, » dit-il. « J'ai de la paperasse en retard. »
« Est-ce que tu reviens ce soir, mon chéri ? » demanda Molly d'une voix pleine d'espoir.
« Maman, tu sais bien que je reste en ville pendant la semaine. »
« Mais c'est tellement bête, tu gaspilles ton argent en loyer pour cet appartement minable, alors que tu pourrais Transplaner au travail tous les jours comme le fait ton père. Et puis, je ne vois vraiment pas comment tu peux supporter de vivre là-bas, c'est tellement… tellement sombre et déprimant. »
« D'accord, maman. Je reviendrai pour le dîner, mais c'est tout, » concéda Ron avec fermeté.
« Je ferais bien d'y aller moi aussi, » dit Hermione.
« Est-ce que tu as bien pris toutes tes affaires, ma chérie ? Sinon, nous pouvons toujours te les envoyer par hibou, ou même envoyer Ron te les ramener à Poudlard en un clin d'œil, » babilla Molly en faisant le tour de la table pour la serrer dans ses bras. « Tu es toujours la bienvenue ici si tu as besoin de te changer les idées un week-end. »
« Merci, Molly. »
Elle serra tous les Weasley dans ses bras, attendit que Ron ait embrassé sa mère, et ils sortirent ensemble, s'enfonçant dans la neige jusqu'aux chevilles.
« Alors, tout va bien avec Harry, finalement ? » demanda t'il.
« Tout va bien. Tout a été éclairci finalement. »
« Alors il est vraiment quelque part en Roumanie ? »
Elle acquiesça. « C'est ce qu'il semble. » Il s'arrêtèrent à mi-chemin, pour se regarder. « Comment va ton bras, au fait ? »
« Mon bras ? »
« Tu sais, la sorcière folle qui… »
Une lueur éclaira le regard de Ron quand il se souvint. « Oh, oui, elle. C'est réglé maintenant. Ça a disparu tout seul après un mois, sans que je ne fasse rien. »
« Bien. »
« Mais je n'ai pas oublié ce que tu m'as dit à propos du tatouage. Je veux dire, combien de sorciers tatoués est-ce que tu connais ? »
« Pas beaucoup, » répondit-elle avec un sourire ironique. « Mais pas un mot à ta mère. Quand on sait ce qu'elle pense de la boucle d'oreille de Bill… »
« Oui, j'imagine que tu as raison à ce sujet, » dit-il, se renfrognant. Puis soudain, il s'éclaira, le regard brillant. « mais peut-être que dans ce cas, elle arrêterait de me prendre la tête pour que je revienne à la maison. Tu sais, ça pourrait bien être l'une de tes idées les plus brillantes, 'Mione ! » Il sourit et la serra dans ses bras. « Bon, il faut que j'aille travailler, tu sais, le trépidant quotidien d'un Auror… »
« C'est ça, ramène là… » dit-elle, levant les yeux au ciel. « Fais attention à toi. »
Il fit mine de la saluer, et Transplana. Fermant les yeux, elle sourit et Transplana à la limite de Pré Au Lard. Elle se mit rapidement en route vers le château, regrettant de ne pas avoir demandé à une calèche de venir la chercher.
Passant les grandes portes de chêne, elle s'arrêta un moment, indécise. Elle avait très envie de voir Severus, d'essayer de lui parler, mais elle savait qu'il serait toujours en colère contre elle, non qu'elle lui en veuille. Elle avança doucement vers les escaliers, puis accéléra le pas, choisissant finalement de descendre dans les cachots. Elle se disait que c'était simplement pour jeter un œil aux potions, et que si jamais il était là, elle pourrait peut-être essayer de lui parler et de lui dire ce qui s'était passé, pour qu'il puisse lui pardonner de l'avoir blessé.
Hermione se demanda depuis quand est-ce qu'elle pouvait bien se préoccuper de ce que ressentait Snape. Elle s'arrêta, arrivée à la porte du laboratoire, se souvenant soudain combien elle le détestait auparavant. Mais après avoir passé des mois à travailler avec lui, elle avait commencé à le respecter, et même à l'estimer. Elle prit une profonde inspiration, et ouvrit la porte, mais la pièce était silencieuse et plongée dans le noir.
Elle attrapait sa baguette pour allumer les bougies, quand elle remarqua la faible lueur des braises dans la cheminée. Il faisait bon dans la pièce, plus chaud qu'il n'aurait dû faire avec ce feu éteint. Comme s'il avait été là jute avant qu'elle n'arrive, mais qu'il avait éteint le feu pour faire croire le contraire.
Elle alluma les bougies et vérifia les potions. Son Véritasérum était toujours maintenu en stase, pour qu'il se conserve pour ses septième année. Elle avança jusqu'à la Mortalis Fallax, surprise de la voir bouillonner dans un ton gris-vert. Elle était jaune avant qu'ils ne partent.
Ramassant le carnet de notes de Severus, sur la table, à côté de la potion, elle tourna les pages jusqu'à ce qu'elle trouve ce qu'elle cherchait.
26 déc, 9h29
Ajouté scarabées égyptiens br. Couleur
Il était là à l'instant ! Comment avait-il su qu'elle descendait dans les cachots ? Il s'était arrêté au milieu d'une phrase, abandonnant ses précieuses notes, juste quelques instants avant qu'elle n'ouvre la porte, et son cœur se serra quand elle reconnut qu'elle n'était pas venue pour les potions, mais pour lui.
Elle ramassa la plume qui avait été abandonnée sur la table, et se pencha sur le carnet, retenant ses cheveux de sa main libre.
26 déc, 9h33
Couleur gris-verte, comme prévu.
Elle reposa la plume à côté du carnet, le laissant ouvert.
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Plusieurs jours plus tard, Hermione n'avait toujours pas revu Severus. Il ne sortait jamais de ses cachots pour ses repas, ne sortait en fait pas du tout des cachots à en croire la carte du Maraudeur. Mais il l'évitait, elle le savait. S'il travaillait dans le laboratoire, il en avait disparu le temps qu'elle y arrive. Elle ne savait pas comment il le savait, mais il ne se cachait pas de l'éviter.
Elle passa les jours qui suivirent son retour à préparer les plans de ses leçons pour le trimestre à venir, passant un bon moment sur ceux de ses cinquième année, pour les aider à préparer leurs BUSEs. Fatiguée de travailler, elle s'étira et regarda par la fenêtre de son bureau, sur le versant nord du château, qui ne lui offrait qu'une vue banale de l'orée de la Forêt Interdite, assombrie par des nuages gris qui menaçaient de donner encore de la neige dans l'après-midi.
Pour la millionième fois, ses pensées se tournèrent vers Severus, et elle se renfrogna. Il agissait comme un gamin en l'évitant, comme si de ne pas lui parler pouvait résoudre quoi que ce soit. Ça ne ferait que rendre leur éventuelle confrontation pire encore. Elle aurait voulu qu'Albus arrive, et que dans son infinie sagesse, il lui donne l'information qui lui aurait permis de comprendre toute cette situation.
Elle se dit qu'il avait peut-être placé un sortilège dans les escaliers, pour l'alerter quand elle approchait, mais dans ce cas, il aurait dû passer à côté d'elle pour rejoindre son bureau et ses quartiers. A moins qu'il n'existe un autre chemin, un raccourci qu'elle n'aurait pas remarqué auparavant. Elle sortit la carte du tiroir du haut de son bureau, et la déplia devant elle, tapant le parchemin de sa baguette. Elle murmura la formule, et tout Poudlard lui apparut. Elle laissa son regard glisser jusqu'aux cachots, et eut un sourire amer en voyant le nom de Severus Snape entre ses quartiers et le laboratoire.
Elle se leva d'un bond, attrapa ses robes et se précipita vers la porte. Elle vérifia ensuite de nouveau sur la carte, avant de la glisser dans la poche de ses robes, se hâtant dans le couloir. Elle ralentit en approchant du deuxième étage – le nom de Rusard était apparu à cet endroit sur la carte la dernière fois qu'elle l'avait regardée. Il était là, en train d'éponger une grande flaque d'eau entourant les restes en train de fondre d'un bonhomme de neige, complet jusqu'à la pipe de terre.
A son propre désarroi, Hermione se sentit obligée de lui offrir son aide, mais Rusard lui fit signe de passer son chemin, tout en continuant à marmonner entre ses dents contre les 'élèves indisciplinés', le 'manque de discipline', et les 'véritables punitions'. Elle se retint de sourire et accéléra le pas en prenant le couloir suivant. Elle ralentit finalement en atteignant l'escalier de marbre descendant au rez-de-chaussée.
Elle trouva Severus sur la carte, toujours dans le laboratoire, et se dirigea vers l'escalier, les yeux sur son nom, en sortant doucement sa baguette. Elle commença à descendre, scrutant la carte. Chacun de ses pas était lent et délibéré, afin qu'elle puisse trouver où exactement était situé le sortilège, mais elle commença à se demander si elle n'avait pas tort de penser qu'il puisse y avoir un sort quand elle arriva presque à l'étage des cachots. Soudain, elle posa le pied sur l'avant-dernière marche, et la minuscule silhouette de Severus Snape sursauta, avança vers le mur du fond, et disparut dans… dans le sol ! Enfin, dans le sol, pour autant qu'en sache la carte, mais son nom continuait de se déplacer, même si elle ne pouvait plus le voir.
Ce doit être un couloir que Fred et George n'ont jamais trouvé, se dit-elle.
Aussi vite qu'il avait disparu, il réapparut dans ses propres quartiers. Elle aurait besoin de se renseigner auprès de quelqu'un à ce sujet, quelqu'un qui connaissait très bien ce château. Pas Dumbledore, parce qu'elle ne voulait pas qu'il en sache plus que ce qu'il avait déjà pu deviner, ni Rusard, parce qu'il irait vendre la mèche à Severus. Il faudrait qu'elle réfléchisse à la question.
Elle se retourna vers la seconde marche, et pointa sa baguette dans cette direction, remuant à peine les lèvres.
« Comperio invisus. »
Ça lui prit un moment, mais elle trouva ce qu'elle cherchait. Un petit miroir suspendu derrière elle, complet avec son enchantement. Après un moment, elle se rendit compte qu'il serait très difficile de tromper ce sort pour qu'elle puisse passer, sans pour autant alerter Severus qu'elle avait modifié son dispositif. Elle rangea sa baguette et remonta les escaliers. Un plan commençait déjà à se former dans sa tête.
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Quelques heures plus tard, Hermione avait déterminé son meilleur plan d'action possible. Une rapide discussion avec Dobby l'avait renseignée sur le couloir mystérieux dans les cachots, ainsi que sur la façon dont on pouvait y accéder depuis les cuisines. Remontant chez elle, elle eut une idée et attrapa une plume et un parchemin pour griffonner une note. Elle monta ensuite jusqu'à la volière, où elle trouva un hibou qui accepta de porter son message.
Elle retourna à l'entrée des cachots, sortant sa baguette à l'approche de la deuxième marche. Elle murmura un sort, ses mots résonnèrent dans l'espace confiné. Ayant terminé, elle revint sur ses pas, sortant de nouveau la carte de sa poche pour vérifier que Severus était toujours dans le laboratoire. Elle n'avait pas su trouver de moyen d'annuler le sort qu'il avait placé, mais elle pensait pouvoir le modifier un peu sans lui donner l'alerte – elle l'espérait, du moins. De toute façon, elle n'allait pas tarder à le savoir.
Elle alla ensuite aux cuisines, remerciant les elfes qui l'accueillirent avec des assiettes de nourriture, essayant de leur expliquer qu'elle ne venait pas chercher à manger. Elle alla jusqu'à une porte sur un côté de la cuisine. Ouvrant la porte elle trouva un cagibi. Sans se troubler, elle referma la porte, tapa trois fois la poignée de sa baguette, et l'ouvrit de nouveau, souriant de voir des bougies s'allumer, pour révéler un couloir sombre, dans lequel de la mousse poussait sur le sol de pierre. L'air y était lourd et oppressant.
Hermione referma doucement la porte derrière elle, et tourna vers la gauche, vers le laboratoire et ses quartiers, tout en se demandant ce qu'il y avait dans l'autre direction. Il faudrait qu'elle se souvienne de faire des relevés dans tout ce couloir plus tard, pour pouvoir l'ajouter à la carte.
Elle avança dans le couloir, évitant prudemment les plaques de mousse. Elle ralentit en approchant d'une porte, la porte du laboratoire, d'après la carte, puisque son nom flottait près de la pièce. Severus était toujours là, en train de lire près du feu, apparemment.
Il y a une semaine, j'aurais été avec lui, en train de lire moi aussi.
Elle fronça les sourcils et serra les lèvres. Ça lui manquait, de lire en silence à ses côtés, de le voir s'occuper des potions, de l'entendre lui poser des questions pièges qui la faisaient réfléchir. Ses réflexions ironiques lui manquaient.
C'est… c'est lui qui me manque, réalisa t'elle. Par tous les dieux, Severus Snape me manque. Harry et Ron ne m'adresseront plus jamais, jamais la parole.
Elle dépassa la porte, un peu en colère contre elle-même de s'être laissée aller à tenir à Snape. Elle regarda sa montre dans la lumière faible, et accéléra, tournant dans le couloir au bout duquel on voyait une lourde porte de chêne, menant aux quartiers de Snape. Elle regarda son plan entrer en action sur la carte.
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Eleanor Fawcett tremblait un peu, en descendant les escaliers en direction des cachots. Ses longues robes noires ornées de l'emblème de Serdaigle traînaient au sol. Ses petits doigts courts – elle n'avait que onze ans – jouaient avec un morceau de parchemin qu'elle regarda une fois de plus.
Miss Fawcett,
Merci de passer dans les cachots ce soir vers 20h15, j'ai un livre sur les griffons qui je pense devrait vous plaire. Je serai dans la pièce située après la salle de potions. Si j'étais absente, le livre est sur la table au fond à droite.
Professeur Granger.
Elle avançait en tremblant vers les marches des cachots, priant pour ne pas rencontrer le Professeur Snape et devoir lui expliquer pourquoi elle était dans ses cachots pendant qu'il l'intimidait de sa grande taille et de son regard noir. Comme beaucoup d'élèves avant elle, elle craignait réellement le Maître de Potions. Prenant une profonde inspiration, elle commença à descendre.
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Severus était assis dans son fauteuil, plongé dans sa dernière revue sur les potions. La Mortalis Fallax bouillonnait tranquillement de l'autre côté de la pièce, indifférente aux événements qui se produisaient. A côté de lui sur la table, une petite clochette de bronze était posée, silencieuse. Soudain, elle s'éleva dans les airs et commença à sonner avec insistance.
L'air contrarié, il arrêta la clochette et la mit dans sa poche. Il ne se donna pas la peine d'éteindre le feu, puisque Hermione savait sans doute déjà ce qui se passait. Sa revue toujours à la main, il avança vers la bibliothèque située contre le mur du fond de la pièce, et saisit le troisième livre sur la seconde étagère, dont la tranche noire était si usée qu'on ne pouvait plus en lire le titre. Dès qu'il toucha le livre, la bibliothèque glissa de côté, et il sortit dans un couloir. Ça commençait à devenir pénible, de s'en aller dès qu'elle descendait dans les cachots, et parfois ça causait des problèmes pour les potions, même si Hermione était suffisamment maligne pour finir ce qu'il avait commencé.
Ça faisait cinq jours, presque une semaine, depuis l'incident du Terrier, et Severus se fatiguait d'éviter Hermione, mais il n'était pas prêt non plus à la voir et à lui expliquer pourquoi il s'était mis en colère quand elle et Potter étaient revenus de leur petite escapade. Il ne pourrait pas continuer comme ça quand les cours auraient repris, parce qu'alors il ne pourrait plus l'éviter totalement.
Il essaya de trier les émotions qui se bousculaient dans son esprit, grimaçant quand il se rendit compte qu'en plus de la colère, la trahison, et la tristesse, il pouvait ajouter la solitude à sa liste. Même s'il lui en voulait toujours, elle lui manquait.
Il tourna dans le couloir pour rejoindre ses quartiers et s'arrêta net en voyant Hermione appuyée contre le mur, les bras ballants, le visage jaune dans la douce lueur des bougies. Son esprit se bloqua alors qu'il essayait d'analyser la situation.
Indépendamment de ce qui allait se passer ensuite, Hermione se souviendrait de ce moment comme d'un triomphe, ne serait-ce que parce qu'elle avait vu Severus Snape réellement stupéfait, et incapable de trouver quoi dire. Il ouvrit, puis ferma la bouche, puis plissa les yeux, avant d'être suffisamment remis pour siffler, d'une voix basse et extrêmement dangereuse, « Qu'est-ce que vous faites ici ? »
« Je vous attendais. » Elle croisa les bras et le regarda d'un air de défi, refusant de se laisser intimider.
Il lui rendit ce regard. Ni l'un ni l'autre ne dirent un mot pendant un long moment.
Elle détourna finalement les yeux, pour regarder le mur derrière lui, et décida de commencer par un sujet neutre. « Est-ce que vous avez eu des problèmes avec la Belladone ? »
« Bien sûr que non. »
« Bien sûr que non, » répéta t'elle avec une pointe de sarcasme, remarquant l'éclair dans ses yeux.
Encore une fois, ils se regardèrent en silence, comme deux hippogriffes se tournant autour avec méfiance, cherchant le défaut qui leur permettrait d'attaquer.
« Est-ce que vous allez continuer à m'éviter jusqu'à l'été ? » demanda finalement Hermione. Elle n'attendit pas sa réponse. « Parce que si c'est le cas, nous devrions établir un emploi du temps pour le laboratoire, pour que vous n'ayez pas à vous sauver dans vos quartiers à chaque fois que je viens jeter un œil à la potion. »
« Miss Granger, je crois bien que c'est la meilleure idée que vous ayez jamais eue, » cracha Severus.
« C'est Professeur Granger ! » s'énerva t'elle, faisant un pas vers lui, serrant les poings le long de son corps. « Et si cette idée ne vous plaît pas, j'aimerais beaucoup entendre ce que vous avez à proposer ! »
« Mais au contraire, je pense que nous devrions mettre votre suggestion en œuvre immédiatement. »
« Si j'avais réalisé que ma présence vous était si pénible, » dit lentement Hermione, qui n'avait pas imaginé qu'il pourrait accepter sa proposition – en fait, elle avait espéré qu'il protesterait – « jamais je ne vous aurais assisté pour cette potion. »
Il s'adossa contre le mur de pierre derrière lui, croisant les bras, et l'observa. « Je n'ai jamais souhaité que vous m'apportiez votre aide sur cette potion. »
« De qui venait cette idée alors ? De Dumbledore ? » Il hocha la tête, et elle siffla entre ses dents, « J'aurais dû le savoir ! J'aurais dû me douter que jamais vous n'auriez volontairement demandé d'aide, et encore moins mon aide ! Très bien, je ne vous ennuierai plus. »
Elle passa à côté de lui, retenant les larmes qui menaçaient de lui échapper. Surpris, il tendit la main vers son épaule, mais elle se dégagea et continua à avancer dans le couloir.
« Professeur, » appela t'il. « Je ne vais pas vous courir après, alors si vous voulez entendre ce que j'ai à dire, je vous en prie, attendez, Hermione. »
Elle hésita, et consentit à s'arrêter au bout du couloir, se retournant à moitié vers lui. Il avança vers elle, ses yeux noirs cherchant les siens, et il soutint son regard en traversant le couloir.
« Il est vrai que je n'ai jamais souhaité que vous m'aidiez pour la potion. Cette idée était uniquement celle d'Albus. Cependant, dans les mois pendant lesquels vous m'avez assisté, j'ai fait plus de progrès sur la Mortalis Fallax que pendant les deux dernières années. » Il la regarda en silence, et elle fixa la mousse qui poussait sur la pierre, près de son pied gauche. « Quels que soient nos sentiments l'un pour l'autre, il est impératif que nous continuions à travailler sur la potion, non pas séparément, mais ensemble, parce que c'est plus efficace que de nous laisser des messages au sujet de nos résultats ou des idées que nous avons. »
Elle leva les yeux vers lui, surprise par le compliment implicite dans ce qu'il venait de dire. Il dut reconnaître cette surprise, les coins de sa bouche se relevèrent brièvement.
« D'accord, » marmonna t'elle.
Ils restèrent ainsi, dans un silence gêné, le genre de silence qui suit une dispute entre de nouveaux amis. Hermione le regardait attentivement de ses yeux marrons, et il détourna le regard, changea de position. Comme s'il était nerveux, se dit-elle.
S'éclaircissant la gorge, Severus annonça, « Les potions sont en ordre pour le moment. Je crois que je vais me retirer pour la soirée avec ma revue. Bonne nuit. »
« Je suis désolée d'avoir quitté le Terrier sans rien vous dire, » laissa t'elle échapper alors qu'il se retournait. Il fronça les sourcils et la fixa. « Je suis désolée d'avoir perdu la notion du temps que vous ayez attendu en vous inquiétant… je vous ai laissé tomber, je le sais. »
Elle pouvait voir son visage se figer, le voir s'éloigner d'elle, reprendre ses distances, mais elle refusa de le laisser faire. Franchissant l'espace qui les séparait, elle plaça une main sur son bras.
« Severus, ces derniers jours, j'ai eu l'impression que j'avais perdu mon meilleur ami, mais c'est ridicule, Harry et Ron sont mes meilleurs amis, et je n'ai jamais pensé que vous étiez autre chose que… eh bien, un salaud fini, voilà, mais ça n'empêche pas que… parler avec vous, et avoir des conversations intelligentes, et travailler avec vous… tout ça m'a manqué, et même simplement m'asseoir près du feu avec vous. »
Elle l'implora du regard, et il tressaillit, sous le choc, essayant d'absorber ce qu'elle venait de lui dire. Une part de lui refusait de croire que sa compagnie ait pu lui manquer, à elle ou à quiconque, d'ailleurs. Il serra les dents et se détourna, fermant les yeux de toutes ses forces. Pourquoi est-ce qu'elle faisait ça maintenant ? Il ne voulait pas y penser, ni ce soir, ni jamais, il voulait retourner chez lui et lire son putain de journal près du feu, avec peut-être un verre de whisky, n'importe quoi, mais ne pas penser à elle, et maintenant elle venait de s'assurer qu'il ne pourrait penser à rien d'autre.
Le regardant, Hermione réalisa qu'elle voyait le véritable Severus Snape. Son masque avait glissé, et son visage se tordait alors qu'il luttait contre ses démons intérieurs. Consciente de la précarité de la situation, elle tendit la main, hésitante, et caressa sa joue de ses doigts. Il se retourna vers elle, les yeux embués. Elle se dressa sur la pointe des pieds alors que sa main guidait le visage de Severus vers le sien. Son cœur battait à tout rompre quand leurs lèvres se rencontrèrent, d'abord timidement.
Severus continua à l'embrasser, malgré son esprit qui lui hurlait qu'ils n'étaient ni l'un ni l'autre en état émotionnellement de recourir au plaisir physique, mais il se rendit compte qu'il en avait besoin autant qu'elle, alors tant pis pour les conséquences. Il y avait des années qu'il n'avait pas été avec une femme, et qui plus est avec une femme qui lui plaisait, et à ce moment précis, rien d'autre ne comptait.
Il glissa les bras autour de sa taille et l'attira contre lui. Elle ouvrit la bouche, et leurs langues se rencontrèrent. Il leva la main vers l'attache de cuivre qui retenait les robes d'Hermione, et l'ouvrit adroitement, avant de faire glisser les robes de ses épaules, pour révéler un pull jaune à col en V et un jean. Elle croisa les mains derrière la nuque de Severus, se lovant contre lui.
Hermione perdit ses doigts dans les cheveux de Severus, surprise de les trouver si doux. Quand il couvrit de baisers sa joue, descendant vers son cou, puis le long de son épaule, l'air lui manqua. Il la mordilla gentiment, et elle gémit, serrant les mains dans ses cheveux. Il laissa glisser ses lèvres le long de son décolleté, alors qu'il enserrait son sein gauche, les doigts frôlant son mamelon. Elle poussa une exclamation surprise et se cambra contre lui.
« Severus ! » souffla t'elle d'une voix lourde de désir.
« Je crois que ce comportement est tout à fait inapproprié, Professeur. Que se passerait-il si un autre professeur, ou, les dieux nous en préservent, un élève, venait à passer et à nous surprendre ? » demanda t'il, la voix veloutée et le regard brûlant. Il glissa une main sous son pull, et à travers son soutien-gorge de coton, taquina de son pouce l'extrémité de son sein. « Ce serait tout simplement inadmissible. »
« Dans ce cas, » répondit-elle, essayant de reprendre son souffle, « je propose que nous allions ailleurs. »
Il captura ses lèvres et les conquit, alors qu'une de ses mains descendait vers ses fesses. Brusquement, il la colla contre lui tout en la repoussant en arrière, l'emprisonnant entre lui et le mur de pierre. Elle pouvait sentir son érection à travers les couches de vêtement qui les séparaient. Elle passa les mains sous ses robes, en glissa une entre eux pour le caresser à travers son pantalon. Severus eut une inspiration surprise, et l'embrassa plus fougueusement avant de s'écarter.
« Accio ! » cria t'il en tendant la main pour attraper les robes quasi-oubliées d'Hermione qui s'élevèrent du sol. Se retournant vers elle, il lui tendit son autre main, à laquelle elle s'accrocha comme un naufragé à sa bouée. « Nous y allons ? »
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Ta da ! Pour ceux qui tiennent des comptes, nous sommes maintenant arrivés à la moitié de cette fic. Vous restez pour la suite ? benebu
