Disclaimer : les personnages ne sont toujours pas à moi, et l'histoire non plus.

Note : spéciale dédicace pour Mirliton et dekado : Severus prend une douche, le retour.

Chapitre vingt

Hermione était étendue dans la quasi obscurité, les yeux ouverts. Elle regardait le plafond. Severus était étendu à ses côtés, sur le ventre, et elle regarda son dos se soulever et retomber au rythme de sa respiration. Ça faisait longtemps qu'il dormait, elle n'aurait su dire combien de temps, peut-être depuis un peu après minuit. Des heures après qu'il l'ait allumé, le feu continuait à brûler, en craquant et en sifflant tranquillement. Il éclairait la pièce d'une lumière douce. Son regard se tourna de nouveau vers le plafond.

Ses pensées se bousculaient dans son esprit à une telle vitesse qu'elle avait du mal à les suivre. Elle aurait voulu avoir une Pensine pour pouvoir en faire le tri. Peut-être qu'elle pourrait aller à Pré Au Lard dans la matinée pour en acheter une.

Une idée lui revenait à l'esprit plus souvent que les autres : Qu'est-ce que je fais encore là ?

Mais elle n'avait pas de réponse. Elle ne savait même pas si elle voulait parler du fait qu'elle était toujours dans le lit de Snape, ou même de Poudlard en général. Soudain, elle eut une envie folle de se précipiter dans le bureau de Dumbledore pour lui donner sa démission, et de retourner à Londres, où elle était une Auror, et où elle était seule. Mais elle savait bien qu'elle n'en ferait rien, puisque d'enseigner à Poudlard était justement sa mission en tant qu'Auror.

J'ai couché avec Snape.

C'était la deuxième chose à laquelle elle pensait. Pour autant qu'elle puisse en juger, cette idée ne s'accompagnait d'aucune émotion, pas de colère ni de dégoût, rien. C'était juste une constatation qui devait encore prendre son sens, et ça l'inquiétait vraiment.

Severus bougea dans son sommeil, tournant son visage vers elle. Elle roula de côté pour lui faire face, et repoussa doucement une mèche de ses cheveux noirs de son visage, pour l'étudier. Il paraissait plus jeune quand il était détendu. Peut-être même qu'elle le trouvait beau.

Il y avait un moment qu'Hermione n'avait pas été avec un homme, plusieurs mois avant Poudlard. Elle n'avait pas eu de réelle relation depuis qu'elle avait quitté l'école, pas qu'elle en ait réellement eu une à cette époque non plus, et certainement pas cette amourette à longue distance avec Viktor Krum. Elle ne s'était jamais vraiment entendue avec les hommes. Peut-être que c'était à cause de son intelligence, ou son manque de talent pour les relations humaines, mais elle trouvait toutes ces histoires de drague terriblement fastidieuses. Il y avait tant de règles et de politesses à observer dont elle ne comprenait rien.

Elle se retourna et regarda les ombres danser sur le plafond. Elle avait vraiment besoin de parler à quelqu'un maintenant, mais pas à Harry ou Ron, ils ne comprendraient jamais, ni à Dumbledore – dieux, non – ou à aucun autre professeur d'ailleurs, parce qu'elle ne savait que trop bien à quelle vitesse les ragots faisaient le tour du château. Elle pourrait peut-être parler à Ginny. Elle pouvait avoir confiance en sa discrétion. Elle allait faire ça. Dans la matinée, elle enverrait un hibou à Ginny, et verrait si elle pouvait trouver le temps de venir prendre un thé avec elle à Pré Au Lard. Elle achèterait une Pensine, avant de prendre le thé et de discuter avec Ginny, et ensuite elle y verrait plus clair dans toute cette histoire.

Une fois décidée, Hermione ferma les yeux, repoussant fermement toutes les pensées qui se bousculaient, et après un moment, elle s'endormit.

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Severus se réveilla en sursaut quand il réalisa qu'il y avait quelqu'un d'autre dans son lit. Il tendit automatiquement la main vers sa baguette, quand il se souvint de la soirée précédente et se détendit, laissant échapper une longue expiration. Il s'était plus ou moins attendu à ce qu'elle disparaisse au milieu de la nuit – il l'avait à moitié espéré.

Il avait deux règles d'or en ce qui concernait ses relations avec les femmes : il allait toujours chez elles, pour pouvoir partir quand il en avait envie, et il ne couchait jamais avec une collègue. La nuit dernière, il avait brisé ces deux règles, mais il se rendait compte que ça ne l'ennuyait pas tant que ça aurait dû le faire. Il se redressa un peu et la regarda, sa peau de pêche éclairée par les flammes de la cheminée. Ses mèches bouclées entouraient son visage, et il dût se retenir pour ne pas les écarter doucement. Au lieu de cela, il se passa la main sur le front.

Il s'assit et repoussa les couvertures, sifflant entre ses dents quand l'air froid agressa son corps nu. Il ramassa ses robes au sol – leur place habituelle était au bout de son lit – et enfila ses pantoufles. Il sortit doucement du lit pour ne pas déranger Hermione, avant de passer à la salle de bains.

Severus alluma l'eau chaude de la douche, la laissant couler pendant qu'il se soulageait. Il se tint devant le miroir, passant une main dans ses cheveux noirs tombant jusqu'aux épaules, il fit la grimace en voyant la touche de gris près de ses tempes. Il se sentait vraiment vieux ce matin, surtout s'il considérait qu'il avait une fille de vingt-trois ans dans son lit. Laissant tomber ses robes, il passa sous la douche et soupira quand l'eau chaude ruissela sur lui.

Albus va être infernal quand il apprendra la nouvelle, pensa amèrement Severus, imaginant le vieillard en train de lui serrer la main et de lui donner des tapes dans le dos, ravis que deux de ses protégés se soient trouvés l'un l'autre. Il attrapa le savon et commença à se laver, repoussant cette image de son esprit.

Il ne savait pas comment se comporter avec elle maintenant. Toute sa vie, il avait évité les relations inutiles, et c'était justement pour ça qu'il avait commencé à suivre ces deux règles. Soudain, la colère le submergea et il donna un coup de poing dans le mur de pierre. La douleur aiguë dans ses phalanges dissipa le brouillard de son esprit.

Mais à quoi diable est-ce que j'ai bien pu penser ? se reprocha t'il. Je n'ai pas réfléchi, c'est bien là le problème.

La seule façon dont il envisageait de s'en sortir, ça aurait été en n'adressant plus jamais la parole à Hermione. Ce qui était hors de question, puisqu'il était impératif qu'ils continuent à travailler ensemble sur la potion, comme il le lui avait dit lui-même la veille au soir.

Peut-être qu'elle sera tout aussi embarrassée que moi. Peut-être qu'elle dira que c'était une erreur, et puis ce sera tout.

Il ne s'autorisa pas à y penser plus longtemps pendant qu'il se rinçait. Il éteignit la douche et attrapa la serviette pour commencer à se sécher sans ménagement. Il passa la serviette dans ses cheveux noirs, grimaçant à son reflet dans le miroir. Il attrapa ses robes et sortit de la salle de bains. Se déplaçant en silence dans la chambre, il alla jusqu'à son armoire dont il sortit ses habituels costume noir, chemise blanche, et les sous-vêtements nécessaires.

Tout en s'habillant, Severus regardait Hermione qui continuait de dormir. Elle était étendue sur le dos, les bras et jambes allongés, et il pouvait voir un pied dépasser de sous les couvertures. Il finit de s'habiller et alla jusqu'au lit, pour s'asseoir sur le bord. Il l'observa un moment, jusqu'à ce qu'elle marmonne quelque chose et se retourne, lui tournant le dos. Il se leva alors pour aller dans son salon, où il convoqua un elfe de maison pour qu'il lui apporte du café et la Gazette du Sorcier.

Une demi-heure plus tard, il finissait son journal quand Hermione émergea de la chambre à coucher, l'air un peu dérouté et les cheveux en bataille. Il arrêta de respirer un instant, et leurs regards se croisèrent pendant un long moment.

Severus murmura finalement, « Bonjour. »

« Bonjour, » répondit-elle d'une voix hésitante depuis la porte.

« Est-ce que vous voulez du café ? » demanda t'il, désignant la cafetière fumante sur la table devant lui.

« Non, merci, euh… Je… Je ne me sens pas prendre de petit-déjeuner pour le moment. Je devrais probablement remonter chez moi et prendre une douche, vous voyez… » Il continua à la regarder, mais son regard se voila. « Je redescendrai tout à l'heure, il faut que je, euh, que j'aille à Pré Au Lard pour faire une course, mais je redescendrai plus tard. »

« Oui, vous avez déjà dit ça. »

« C'est vrai, » marmonna t'elle, l'air perturbé. « Alors je crois que je ferais mieux d'y aller. » Elle avança dans la pièce, avant d'hésiter et de se retourner vers lui. « Est-ce que vous pensez que je devrais repasser par derrière, ou… » elle se tut, détournant les yeux.

« Je ne pense pas que vous rencontriez qui que ce soit dans les cachots à cette heure-ci, » répondit Severus, le regard fixé sur elle, « mais si vous préférez, les cuisines pourront vous fournir une sortie plus discrète. »

Elle leva les yeux vers lui, et il put y lire la surprise. Elle s'attendait sans doute à ce qu'il lui conseille de sortir par derrière, mais il savait que son âme de Gryffondor ne la laisserait pas emprunter ce chemin détourné, comme si elle avait honte. Et il avait raison.

« Non, ce ne sera pas nécessaire. Et puis, si je passe par les cuisines, les elfes vont se jeter sur moi. »

« J'aurais pensé qu'il se souviendraient plus longtemps de vos tentatives pour les libérer, et qu'ils fuiraient à votre vue, » dit-il, avec un demi-sourire.

Hermione rit. « Est-ce que tout le monde ne passe pas par ce moment où il essaie de sauver le monde ? »

« Ça ne m'est jamais arrivé. »

« Bien sûr, tout le monde, sauf Severus Snape, » rectifia t'elle avec un sourire, qui disparut rapidement. « Bien, euh, j'imagine que nous nous verrons plus tard. »

Il la regarda sortir, sans que ses yeux noirs ne trahissent ses pensées. Il soupira, replia le journal et le lança sur le canapé tout proche. Apparemment, il avait eu raison de penser qu'elle serait tout aussi confuse que lui. Décidant qu'il préférait travailler plutôt que de rester assis à broyer du noir, il alla à la bibliothèque pour avancer dans ses recherches.

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Drago Malefoy ralentit le pas en approchant de la maison lugubre. Pettigrow lui avait dit de se présenter à vingt heures, et il avait quelques minutes d'avance. Ses entrailles tremblaient et se nouaient, comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à rencontrer le Seigneur des Ténèbres, mais extérieurement, il ne montrait que de la confiance hautaine, signe distinctif des Malefoy.

La porte d'entrée s'ouvrit toute seule quand il l'approcha, et il entra prudemment, observant attentivement l'obscurité. Il sortit sa baguette et de la lumière s'échappa de l'extrémité, pour révéler une entrée poussiéreuse, avec un miroir obscurci et un portemanteau. Il avança jusqu'au bout du couloir, jusqu'à une autre pièce plongée dans le noir, un salon, devina t'il. Des draps blancs recouvraient divers meubles disposés devant une grande cheminée vide. Il frissonna, en partie à cause du froid, mais aussi de nervosité.

Il se dirigea vers l'escalier à sa gauche. Les marches craquèrent et gémirent alors qu'il montait, d'un pas toujours prudent. Alors qu'il approchait de l'étage, il entendit des murmures venant d'une pièce située au bout du couloir. Une faible lumière filtrait des contours de la porte. Il prit une profonde inspiration, et se prépara en posant la main sur la poignée, mais celle-ci tournait déjà, et Pettigrow se tenait dans l'encadrement de la porte.

« Vous aviez raison, Maître, » dit-il par dessus son épaule en ouvrant la porte pour Drago, qui balaya rapidement la pièce du regard.

Elle était sombre, seulement éclairée par le feu ronflant. Le sol et le manteau de la cheminée étaient recouverts d'une bonne couche de poussière, et la pièce contenait également des meubles recouverts de draps. Voldemort le regarda de ses yeux rouges, depuis le seul fauteuil de la pièce, un fauteuil vert a haut dossier.

Drago approcha rapidement, et se mit à genoux pour embrasser le bas des robes de Voldemort.

« Drago, » ronronna la voix glaciale quand il se releva.

« Monseigneur. »

« Dis-moi, comment avancent les choses ? As-tu vu Potter ? »

« Je n'ai pas revu Potter depuis la dernière fois, quand j'étais en Roumanie, il y a presque deux semaines. Mais j'ai découvert des informations intéressantes sur Hermione Granger. »

« Cette cruche de Sang de Bourbe ! » s'exclama Pettigrow. « A quoi est-ce que ça peut servir ? »

Drago se retourna vers le petit homme chauve et le regarda froidement. « Sang de Bourbe ou pas, Granger est une sorcière avec laquelle il faut compter. Tu n'as certainement pas oublié combien d'entre nous elle a pris à elle seule, ou qu'elle a été impliquée dans le meurtre de mon père. »

« Personne n'a oublié la mort infortunée de Lucius, et nous ne sous-estimerons pas Granger, » affirma Voldemort, ramenant à lui l'attention de Drago. « Dis-moi, qu'as-tu découvert ? »

« Vous savez bien sûr qu'on l'a envoyée à Poudlard pour cette année. Mes sources disent que c'était en partie pour punir Potter qu'ils ont été séparés et qu'elle a été envoyée là-bas. Tout le monde au Ministère sait bien qu'elle est mécontente de cette mission. Cependant, elle travaille maintenant avec Snape sur une potion de grande importance, une potion qui pourrait vaincre l'Avada Kedavra. »

« Vraiment ? »

Drago hocha la tête. « D'après ce que j'ai entendu dire, ils ont fait peu de progrès, peut-être assez pour survivre une fois au sort. »

« C'est rassurant, » grommela Pettigrow depuis la cheminée, passant un doigt dans la poussière et grimaçant. « Et combien de temps avant qu'ils n'arrivent à deux, trois, ou même plus ? »

« Ça, je ne saurais le dire, » admit Drago. « Peut-être que si nous pouvions faire entrer quelqu'un dans Poudlard pour obtenir un échantillon, je pourrais y travailler moi-même et voir ce qu'il en est. »

Voldemort acquiesça, les yeux brillants. « Peut-être que tu pourrais organiser une petite inspection toi-même, Drago, et rendre une petite visite à notre vieil ami Severus. »

« Sous quel prétexte ? »

« Je suis sûr que ton ingéniosité pourra te fournir une raison de lui rendre visite. »

« Je vais commencer à y penser immédiatement, Monseigneur. J'apprécierai beaucoup cette occasion d'avoir une petite… discussion avec Snape. »

Voldemort sourit, une vision horrible – sa peau blanche s'étira sur son visage, et ses yeux rouges s'animèrent. « Oui, » siffla t'il. « J'aimerais beaucoup ça moi aussi, beaucoup. Peut-être que mon tour viendra bientôt. Très bien, ce sera tout. Tu peux te retirer. »

« Monseigneur, » salua Drago, s'agenouillant à nouveau pour embrasser le bas des robes de son Maître. Il fit un signe de tête guindé à Pettigrow, et tourna les talons avant de quitter la pièce.

Ce ne fut que qu'une fois déjà loin de la maison, après qu'il ait Transplané à Berlin, qu'il s'arrêta dans une ruelle pour vomir. Il essuya son visage du revers de sa manche, avant de retourner à son appartement.