Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty.

Chapitre vingt-deux

Drago affichait sa mine des mauvais jours en traversant la cour, ajustant son masque tout en marchant. Il avait horreur d'assister à ce genre de choses, ces espèces de festivals de la perversion. Même s'il lui arrivait d'apprécier le pouvoir que lui conférait son rôle de Mangemort, certains aspects lui faisaient horreur.

Contrairement à Lucius, se dit-il, bien conscient que si les circonstances avaient été différentes, son père aurait été là à sa place. Non qu'il regrette la mort de ce monstre, en fait, il aurait voulu pouvoir remercier Snape pour ça.

Voldemort serait content de lui aujourd'hui, il avait accompli beaucoup lors de sa visite à Poudlard. L'échantillon de potion était toujours à l'appartement, en cours de test et d'analyse.

Il s'assombrit en voyant une famille de moldus traînée dans la neige, une femme d'âge moyen et sa fille adolescente criant dans une langue qu'il ne connaissait pas, alors qu'un sorcier masqué soumettait le père à un Doloris, avant de mettre les deux femmes KO d'un sort chacune. Il sentit la bile lui monter dans la gorge quand un autre Mangemort se pencha sur la jeune fille pour l'empoigner sans ménagement.

Voldemort était de retour en Russie, dans l'imposante demeure de Dmitri Borodin, où Lucius avait été assassiné. Drago entra par les portes de bois sculpté, qui donnaient dans un grand hall. Au centre de la pièce se dressait fièrement une statue de marbre représentant une licorne, et deux Mangemorts se tenaient de part et d'autre.

Drago reconnut Queudver à sa voix, alors qu'il parlait à un autre sorcier masqué. Pettigrow croisa son regard et lui désigna les portes derrière lui. Il acquiesça et avança vers elles.

Il ouvrit lentement la porte, et entra dans une salle à manger toute en longueur. La table de bois sombre s'étendait dans toute la pièce, on aurait facilement pu y asseoir trente personnes. Tout au fond de la pièce Lord Voldemort se tenait à la place d'honneur, présidant à six Mangemorts assis autour de lui. Ses yeux rubis regardèrent Drago remonter le long de la table.

« Drago, » siffla t'il, sortant sa langue rose pour humecter ses lèvres pâles et fines.

« Monseigneur. »

Drago ôta son masque en approchant de l'extrémité de la table, et s'agenouilla pour embrasser le bord des robes de Voldemort. Il se dirigea ensuite vers une chaise libre. Quelques instants plus tard, Pettigrow entra, fermant la porte derrière lui. Il vint s'asseoir en face de Drago et retira son masque.

« Maintenant que tout le monde est présent, je voudrais que Drago commence avec sa récente visite à Poudlard. »

« Les défenses extérieures sont aussi importantes que nous l'avions imaginé, mais je crois qu'une attaque aérienne combinée par balais, couplée à une attaque au sol, pourrait prendre Dumbledore par surprise. »

« Oui, nous étions justement en train de préparer un plan d'attaque, » dit Voldemort avec un rire sinistre, et un regard vers le sorcier assis à sa gauche, qui inclina la tête. « Tu peux poursuivre. »

« Pendant que Bole occupait Dumbledore avec son inspection de la nutrition, je suis allé dans les cachots pour subtiliser un échantillon de cette prétendue potion miracle sur laquelle Snape et la Sang de Bourbe travaillent. Je suis en train de l'analyser, pour en déterminer les ingrédients exacts, afin de pouvoir la reproduire. Jusqu'ici, ça m'a pris plus longtemps que prévu, à cause de la complexité de cette potion. »

Les yeux rouges plongèrent dans les siens, et il retint un frisson. « Je ne doute pas que vous travailliez avec diligence, Monsieur Malefoy, » dit Voldemort d'une voix glaciale qui donna à Drago l'impression qu'elle lui entrait sous la peau.

« Evidemment, Monseigneur. J'ai également découvert que Harry Potter et Albus Dumbledore assisteraient tous les deux à un match de Quidditch en février, accompagnés de notre vieil ami Severus Snape. Je pense que ce serait une parfaite opportunité de les attaquer. »

« Alors c'est toi qui devrais préparer cette attaque, Malefoy, » ironisa Pettigrow depuis l'autre côté de la table.

« Je le ferais, Queudver, » dit Drago d'un ton lourd, « mais je travaille sur le déchiffrement de cette potion. Sans oublier que d'être impliqué dans une attaque contre Potter et Dumbledore nuirait à mon image au Ministère. »

« Le nom de Malefoy doit encore y avoir une grande influence, je n'en doute pas, » répondit-il, ses yeux larmoyants se posant calmement sur les yeux gris de Drago.

« Je ne peux pas nier que je n'aie pas autant de pouvoir que mon père, mais lui non plus ne s'en serait pas sorti avec une réputation indemne s'il avait pris part à une attaque contre Potter. »

« Tu as raison, évidemment, Drago, » intervint Voldemort, ronronnant presque, son regard passant de Drago à Pettigrow. « Mon cher Queudver, je te confie la tâche de préparer cette attaque. Je veux que Severus Snape meure. Lui, et toutes les personnes qui oseront prendre sa défense. »

Pettigrow se renfrogna, ses yeux s'étrécirent jusqu'à n'être plus que deux têtes d'épingles noires alors qu'il fusillait Drago du regard. Il marmonna ensuite, sans jamais quitter du regard le visage de Drago, « Oui, Monseigneur, tout de suite. »

« Ingrid, comment progressent les choses en Pologne et en République Tchèque ? » Les yeux rouges se tournèrent vers une sorcière blonde, et Drago s'enfonça dans son siège, continuant à ignorer le regard hargneux de Pettigrow.

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Les choses revinrent à la normale, ou tout au moins, une imitation acceptable de la normalité pour deux adultes qui ont couché ensemble et doivent continuer à travailler ensemble de façon productive. Suivant un accord tacite, ils agissaient tous les deux comme si rien ne s'était passé, même si Severus devenait de plus en plus irritable de jour en jour. Tous les professeurs le remarquèrent. Des bruits couraient dans la salle des professeurs et dans les couloirs, les jours précédant la rentrée de janvier, mais personne ne savait avec certitude ce qui s'était passé durant les vacances de Noël.

Hermione vit Dumbledore le dernier vendredi des vacances pour voir avec lui les plans de ses cours de première et deuxième année, qu'il allait maintenant assurer pour lui laisser plus de temps pour travailler sur la Mortalis Fallax. Elle avait aussi re-vérifié les plans de toutes ses autres classes.

Le dimanche précédant la reprise des cours arriva, et le calme fut remplacé par un bruit de fond permanent d'élèves circulant dans les couloirs. Hermione passa la plus grande partie de la journée seule dans les cachots, un endroit que la plupart des élèves et des professeurs évitaient, et elle n'y vit Severus qu'à quelques reprises. Le reste de sa journée, elle le consacra à se détendre devant sa cheminée, en lisant tranquillement des textes sur la Métamorphose au niveau moléculaire.

Après le couvre-feu, elle arpenta les couloirs à la recherche d'élèves qui n'étaient pas encore couchés, puisque c'était sa semaine de patrouille. Elle n'était pas particulièrement ravie de ce fait, et elle comprit enfin pourquoi les professeurs étaient toujours tellement en colère contre elle, Harry et Ron quand ils les surprenaient à braver le couvre-feu.

Au milieu de sa quatrième heure de patrouille, elle rencontra deux Gryffondors de septième année qui retournaient furtivement jusqu'à la Tour. Gordon Graham et Edana Ross. Ils étaient en deuxième année lors de sa dernière année d'études, mais elle ne savait rien de plus sur eux que leurs noms.

« Miss Ross, Monsieur Graham, j'espère que vous avez une bonne raison pour être dans les couloirs après le couvre-feu, » dit Hermione, levant un sourcil. Ross eut au moins la décence de détourner le regard, honteuse, alors que Graham la regardait d'un air de défi, exactement comme Harry ou Ron auraient essayé de faire détourner le regard à Snape.

« Nous étions en train de réviser à la bibliothèque. » Quand les commissures des lèvres d'Hermione se relevèrent en un sourire sardonique, il ajouta précipitamment, « On retournait directement à la Salle Commune ! »

« Dans ce cas, vous avez dû prendre le chemin des écoliers, Monsieur Graham. Je vous retire cinq points chacun, pour vous être trouvé dans les couloirs après le couvre-feu. »

« Allez, Professeur Granger, vous êtes une Gryffondor, pourquoi est-ce que vous fermez pas les yeux ? McGonagall en a déjà assez après nous parce que nous sommes en retard sur Serpentard ! »

« Je vais vous dire, Monsieur Graham, vous tournez les talons immédiatement pour rentrer à la Tour de Gryffondor, et je me contenterai de vous retirer dix points chacun, sans mentionner cet incident au Professeur McGonagall. »

La fille agrippa Graham par le bras et commença à le tirer en arrière, d'une poigne assez forte pour arracher le bec d'un toucan, tout en sifflant entre ses dents, « Il n'y a pas encore une journée complète que nous sommes revenus et tu nous fais déjà perdre des points, Gordon ! »

Graham lança un regard mauvais à Hermione, tout en marchant à reculons, avant de se retourner et de dégager son bras de la prise de Ross. Hermione les regarda s'éloigner en direction du portrait de la Grosse Dame.

« Toujours aussi Gryffondor, » dit une voix veloutée derrière elle, et Severus sortit de l'ombre. « C'est tellement touchant. »

Surprise par sa soudaine apparition, Hermione se renfrogna et croisa les bras. « Je ne suis pas comme un certain Directeur de Maison, qui laisse ses propres élèves faire tout ce qu'ils veulent sans jamais rien dire. »

« Nous avons des idéaux différents, vous savez. » Ses yeux noirs plongèrent dans ceux d'Hermione, et elle se demanda si la conversation avait un double sens qui lui échappait encore pour le moment.

« Que faites-vous là, de toute façon ? Je pensais que c'était Madame Bibine qui patrouillait ce soir. »

« C'est vrai. Mais elle est à l'infirmerie, elle a attrapé une grippe qui semble résister même à la meilleure Pimentine de Madame Pomfresh. »

« Oh. Mais vous n'avez pas une potion qui… »

« Je ne suis pas une pharmacie, Professeur ! » s'emporta t'il. « Je ne garde pas de potions en stock dans l'éventualité que quelqu'un en ait besoin un jour ! »

« Calmez-vous, je ne faisais que demander, » marmonna Hermione en l'observant.

Ce n'était pas la première fois qu'il s'énervait contre elle aujourd'hui. Il y avait eu un moment de tension dans les cachots, au sujet de la Mortalis Fallax, et de la température qu'il fallait adopter pour empêcher le sang de dragon de geler et de ruiner la potion.

Elle se demanda combien de temps ils pourraient continuer à travailler ensemble dans ces conditions. Il s'était montré froid et distant depuis le réveillon du Nouvel An. Elle se demanda si elle ne devrait pas en parler à Dumbledore, mais elle était incapable d'imaginer comment aborder la question.

Depuis que j'ai baisé avec Snape pendant les vacances de Noël, les choses ne sont plus pareilles entre nous.

Elle eut un sourire lugubre, et Severus se renfrogna plus encore.

« Je vous conseillerais de rester à l'étage ce soir, » grommela t'il d'un ton sourd, avant de s'éloigner, les robes virevoltantes.

Elle fronça les sourcils, se demandant s'il parlait de sa patrouille dans les couloirs, ou s'il lui demandait de ne pas descendre dans les cachots.

Très bien, je ferai les deux.

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Albus Dumbledore déambulait dans les couloirs du vieux château, souriant avec bienveillance aux élèves, professeurs et fantômes qu'il rencontrait en chemin, ses robes vert émeraude bruissant tranquillement alors qu'il marchait. Il prit son temps, laissant ses pensées se rassembler et s'ordonner, comme elles avaient commencé à le faire il y avait des années, quand il n'était encore qu'un enfant. Certaines des idées qui lui venaient lorsqu'il laissait ses pensées se réorganiser toutes seules comme ça le surprenaient encore. En fait, il continuait de croire que son tour de passe-passe avec la Pierre Philosophale et le Miroir du Rised était la meilleure idée qu'il ait jamais pu avoir.

En ce moment, cependant, Albus était assez inquiet pour son Maître de Potions. Severus n'avait pas été lui-même depuis le début du trimestre, et quiconque s'approchait à moins d'une douzaine de mètres de lui pouvait témoigner de la soudaine propension qu'il avait à se mettre en colère. Il s'en prenait à tout le monde, sans la moindre provocation, même à cette chère Poppy, qui avait seulement essayé de le convaincre de prendre une potion somnifère. Il donnait rouleau sur rouleau de parchemin à rendre à toutes ses classes, et ne mettait la moyenne à quasiment personne, même pas à ses Serpentards. Depuis le début, Albus avait essayé de se retenir d'aller voir le jeune sorcier, pour lui laisser le temps de se calmer par lui-même. Mais en entendant dire qu'il avait retiré des points à Serpentard pendant un double cours de potions avec les Gryffondors, Albus avait su qu'il ne pouvait plus ignorer la situation.

Minerva lui avait fait part de la rumeur qui circulait, disant que quelque chose s'était passé entre Severus et Hermione pendant les vacances, mais personne ne croyait vraiment que ce soit plausible, à part Minerva. Elle assura à Albus qu'elle n'en avait jamais soufflé mot. Albus avait eu des soupçons de son côté depuis un moment, et il en parla à Minerva. En fait, il était quasiment certain de savoir ce qui s'était passé entre eux.

Il sourit tout seul, se réjouissant de penser que les gens le croyaient omniscient, quand il avait simplement un esprit bien huilé, et faisait attentions à tous les détails, même les plus infimes. Mais cette croyance injustifiée lui donnait de nombreux avantages.

Il salua de la tête deux Serpentards qu'il croisa en descendant vers les cachots, et traversa la salle de classe vide rapidement, jusqu'au bureau de Severus, qui était plongé dans le noir. Il alla jusqu'au fond de la pièce, derrière le bureau, et ralentit quand quelque chose lui revint à l'esprit, quelque chose sur quoi il n'arrivait pas à mettre le doigt, mais qu'il devait avoir oublié, dans son propre bureau. Il sourit.

Severus avait dû changer le sortilège de répulsion… il était plus fort que la dernière fois qu'Albus était descendu. Il ferma les yeux, laissa son esprit se vider, et dès qu'il les rouvrit, il vit la porte qui était là depuis le début. Il frappa doucement, ses doigts cognant délicatement la porte de bois. N'ayant pas obtenu de réponse, il frappa de nouveau.

« Severus ! » appela t'il, constatant qu'il ne répondait toujours pas.

« Allez-vous-en ! »

« Je ne bougerai pas. »

Albus s'assit sur le coin du bureau de Severus, ayant pris soin de déplacer les papiers qui s'y trouvaient avant. Plusieurs minutes s'écoulèrent, et la porte s'ouvrit finalement. Son propriétaire le fusilla du regard avant de lui tourner le dos pour retourner dans ses quartiers, laissant la porte ouverte. Albus se leva et lui emboîta le pas, refermant la porte derrière lui.

Severus s'assit sur le canapé, devant la cheminée, un verre de liquide ambré à la main. Il leva ce verre, dans une interrogation muette.

« Non, merci, il est encore un peu tôt dans l'après-midi. » Albus s'assit dans le fauteuil, près du canapé, et remit de l'ordre dans sa barbe neigeuse. « Peut-être que tu devrais attendre que nous ayons parlé avant de boire. »

« Oh, il faut qu'on parle ? Dans ce cas… »

Il pencha la tête en arrière et vida son verre en une gorgée, avant de le reposer, plongeant son regard dans celui d'Albus.

« Severus, je sais que tu n'aimes pas que je me mêle de tes affaires, et j'essaie de m'en tenir à l'écart le plus possible. » Severus eut un ricanement moqueur, et fusilla la cheminée du regard comme si c'était contre elle qu'il était en colère. « Mais quand tes… problèmes interfèrent avec le fonctionnement de mon école, je suis forcé d'intervenir. »

« De quoi est-ce que vous êtes en train de parler ? »

« Je te parle de Severus Snape retirant des points à Serpentard. Passant ses nerfs sur tous les professeurs de l'école, sans parler des élèves. Tout le monde commence à en parler, les professeurs, et les élèves aussi. »

« Parler de quoi ? » lança t'il, se servant un autre verre en dépit du regard désapprobateur d'Albus.

« De toi. Je suis assez inquiet à ton sujet, tout comme le sont plusieurs de tes collègues. »

« Je vais bien, » l'interrompit Severus un peu trop rapidement. « Je suis très occupé entre la potion et mes cours, les élèves sont des petits merdeux, comme toujours, et travailler avec Granger m'exaspère au plus haut point. Ce sont des choses que je suis parfaitement capable de gérer moi-même. »

Pendant un moment, Albus le regarda par dessus les lunettes en demi-lune posées en équilibre sur le bout de son long nez.

« Je suis désolé, mon garçon, encore une fois je t'en ai demandé trop. » Le vieil homme soupira, et soudain son visage se fit le reflet de toutes les années qu'il avait vécues. « J'avais espéré que de ne plus avoir à espionner pour nous te procurerait un peu du repos que tu mérites, mais apparemment j'avais tort. »

Severus le regarda de ses yeux noirs, et Albus regretta de ne pas comprendre l'homme tourmenté assis en face de lui.

« Ce n'est pas… » commença t'il, avant de se taire, fixant le verre vide qu'il tenait toujours entre ses doigts délicats. « Vous savez combien les choses devenaient difficiles avec Voldemort, vous l'avez vu vous-même. »

Albus hocha la tête, se souvenant de toutes les fois où lui, ou un autre professeur, avaient retrouvé Severus, recroquevillé devant l'entrée principale de l'école, incapable de parler ou de marcher. Il se souvint également qu'à chaque fois, il lui fallait plus longtemps pour se remettre d'une de ses visites. Ça lui faisait de la peine de penser que c'était lui qui avait forcé Severus, qui lui accordait toute sa confiance, à retourner vers le Seigneur des Ténèbres à chaque fois que celui-ci le convoquait.

« C'est comme si je ne parvenais pas à m'habituer à… une vie normale. D'une certaine façon, ma vie d'avant me manque, cette vie ou je n'avais pas d'attaches, rien à perdre. »

Une fois de plus, le vieux sorcier le regarda, et vit la tristesse sur son visage quand il détourna le regard.

« Severus, » dit-il, attendant qu'il le regarde à nouveau. « Je ne peux pas te mentir, et te dire que jamais tu ne perdras ce à quoi tu tiens, ni te dire qu''il vaut mieux avoir aimé quelqu'un et l'avoir perdu, que de ne jamais avoir aimé du tout', car personne ne peut comprendre combien cette phrase est vraie sans avoir véritablement aimé et perdu quelqu'un. »

« Je vous remercie, vraiment, » grogna Severus. « J'apprécie que vous ne me disiez pas ces choses. »

« Mais je peux t'assurer que si ton humeur ne s'améliore pas bientôt, je vais me retrouver forcé de t'envoyer dans un endroit horrible, plein de soleil, et sans la moindre bibliothèque à des kilomètres à la ronde. »

Severus grimaça en voyant le vieil homme afficher lentement un grand sourire, semblable à celui d'un vieux pianiste de bar qui ressort les vieux standards aux habitués éméchés.

« Vous n'oseriez pas, » répliqua t'il, tout en sachant au fond de lui qu'Albus ne bluffait pas, et qu'il était réellement capable de le faire.

Albus sourit, les yeux bleus étincelants, avant de demander. « Est-ce qu'il est trop tard pour accepter ce verre ? Il n'est peut-être pas si tôt que ça, finalement. »

Avec un reniflement moqueur, Severus le servit.

« Alors maintenant, c'est une visite de courtoisie ? »

« En fait, je voulais te rappeler que nous assistions au match de Quidditch de Miss Weasley jeudi prochain. » Severus grogna. « Arthur Weasley nous a réservé un Portoloin. Départ devant mon bureau à deux heures. »

« Je meurs d'impatience, » annonça t'il sombrement. « Et si je ne venais pas ? »

« A quelle date veux-tu que je te réserve ces vacances ? » demanda Albus, dissimulant mal son sourire.

&&&&&&

Hermione et Minerva discutaient avec excitation du match à venir, debout devant le bureau de Dumbledore qui les écoutait, assis dans son fauteuil. Ils attendaient Severus, et il était presque deux heures quand il déboula dans la pièce, le visage déformé par la contrariété. Ils tendirent tous la main vers la barre métallique qui se trouvait sur le bureau sans qu'il ne prononce le moindre mot.

Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent devant le stade, et rejoignirent la petite file d'attente de sorciers et de sorcières attendant d'entrer. Il y avait une véritable rivière orange et noire, contre seulement quelques points de gris et de blanc. Quand ils arrivèrent enfin à l'entrée, Hermione tendit leurs billets à une vieille sorcière qui portait des robes à rayures oranges et blanches.

« Bon match ! » s'exclama t'elle en leur tendant un programme.

Ils trouvèrent facilement leur loge. Harry et Ron étaient déjà là, tout comme les Weasley, et tout le monde avait en main une paire de Multiplettes, et parlait avec agitation.

« Hé, Mione ! » l'appela Ron, en agitant frénétiquement les bras, pour le cas où elle aurait eu du mal à repérer la petite loge située en hauteur.

Molly et Arthur étaient assis sur une rangée, Fred, George, Bill et Charlie étaient derrière, et Harry et Ron sur une troisième rangée. Il restait encore deux rangs libres derrière eux. Hermione serra Harry et Ron dans ses bras, avant de s'asseoir à côté de Harry.

« Comment ça va, Harry ? » demanda t'elle en s'asseyant.

Il haussa les épaules, avant de répondre, « Je n'ai pas à me plaindre, disons. »

« Pas d'autres confrontations avec Malefoy, j'espère. »

« Non, grâce à Merlin, » répondit-il avec un sourire. « Et toi ? Comment est-ce que tu tiens le coup ? »

« Oh, je survivrai. L'année scolaire passe bien plus vite quand on n'est plus élève. »

« Hé, Mione, » intervint Ron en se penchant devant Harry. « Est-ce qu'il t'a parlé des sept Nimbus 3000 que les Canons ont reçu la semaine dernière ? Un 'don anonyme'. »

« Non, il ne m'en a rien dit ! » s'exclama t'elle, clairement surprise, et levant un sourcil interrogateur en direction de Harry.

« Hein ? Mais pourquoi est-ce que j'aurais donné des Nimbus 3000 à cette parodie d'équipe professionnelle, alors que je n'en ai pas moi-même ? »

« Mais bien sûr, Harry, » convint Ron, d'une voix pleine de scepticisme. Hermione rit.

Elle parcourut le programme, souriant à la photo d'équipe de Ginny, dans laquelle elle souriait timidement avant de se sauver hors du cadre de la photo.

Soudain, une voix d'homme résonna dans le stade à moitié vide, « Bon après-midi ! Et bienvenue au match d'aujourd'hui entre les Faucons de Falmouth et les Canons de Chudley ! Veuillez accueillir les Faucons de Falmouth ! » Sept silhouettes en robes blanches et grises décollèrent du terrain de Quidditch, dans un tonnerre d'applaudissements, et la voix de l'annonceur gagna encore en enthousiasme quand il poursuivit, « Et maintenant… Applaudissements pour… les Canons de Chudley ! »

Quand les Canons prirent les airs dans un tourbillon de orange et de noir, tout le monde dans la loge se leva d'un bond en poussant des acclamations, sauf Severus, qui battit des mains à quelques reprises, et fit l'effort de paraître s'ennuyer à mort. Des feux d'artifice orange et noir explosèrent au dessus du stade, et les étincelles se rapprochèrent comme des groupes de lucioles pour commencer à former des mots.

GINNY WEASLEY PRESIDENTE !

Harry et Ron étaient pliés en deux de rire, tandis que Fred et George se rengorgeaient fièrement, jusqu'à ce que Molly se retourne brusquement.

« George ! Fred ! Vous allez avoir des ennuis quand on sera à la maison ! »

« Elle dit toujours ça, » chuchota Ron à Harry et Hermione, quand Molly se retourna vers son mari qui riait lui aussi du coup d'éclat des jumeaux. « Mais ils ne vivent même plus là-bas ! »

Le commentateur reprit la parole, d'un ton amusé. « Apparemment, Ginny Weasley est venue avec son équipe publicitaire aujourd'hui ! »

Les équipes se rassemblèrent près du sol, tournant autour de l'arbitre. Celui-ci adressa quelques mots aux joueurs, avant de libérer les quatre balles. Les Canons prirent rapidement possession du Souaffle, et commencèrent à remonter le terrain en direction du but de Falmouth.

« Williams a le Souaffle, il le passe à sa nouvelle équipière, Ginny Weasley – Wow ! Attention, Weasley ! Ces Faucons sont des durs ! »

Ron se leva d'un bond pour injurier le Batteur des Faucons, qui avait envoyé un Cognard droit vers la tête de Ginny – elle l'avait esquivé de justesse, mais elle avait lâché le Souaffle qu'un Poursuiveur des Faucons avait récupéré.

« Ronald Weasley, je n'aime pas ce genre de langage ! » hurla Molly, deux rangées plus bas. Harry et Hermione ricanèrent en voyant Ron se rasseoir, rouge comme une tomate.

Les Faucons marquèrent dans la foulée, avant d'intercepter une passe de Williams à Phelps, l'autre Poursuiveur des Canons. Ils marquèrent de nouveau, il ne leur avait pas fallu longtemps pour arriver à 0-20.

« Ça va être un massacre, » gémit Ron.

« Apparemment, » expliqua Harry à Hermione, « quand ils ont joué contre les Faucons l'an dernier, ils ont perdu 310-50. »

« Ouille ! »

« Et revoilà les Canons, Williams a le Souaffle, » cria le commentateur. « Il fait une passe à Phelps, qui renvoie à Williams, et Williams fait une très mauvaise passe à Weasley, qui parvient à se rétablir. »

Hermione regarda attentivement Ginny plonger pour se glisser derrière les Poursuiveurs de l'équipe des Faucons, la regarda fouetter les airs sur son balai, le Souaffle rouge toujours serré contre elle, alors qu'elle esquivait un Cognard.

« Harry ! T'as vu ça ? Elle t'a piqué une de tes manœuvres ! »

« Ouais, je suis impressionné qu'elle ait réussi à copier celle-là ! »

« Weasley fait une passe à Phelps, qui lance le Souaffle et marque ! 10 à 20 pour les Faucons ! Et le gardien des Faucons qui a manqué son arrêt, c'est Lana Allen ! »

Le jeu se poursuivit, et un quart d'heure plus tard, les Faucons avaient inscrit trois autres buts, sans réaction de l'équipe adverse. On en était à 10-50.

« Le Vif d'Or ! » s'exclama Harry. « Il flotte au dessus des buts des Faucons ! »

Hermione et Ron suivirent la direction qu'il indiquait du doigt et pointèrent leurs Multiplettes pour voir l'étincelle dorée. Apparemment, l'Attrapeuse des Canons, Connolly, l'avait vu également, car elle se penchait sur son Nimbus 3000 flambant neuf. Alors qu'elle se précipitait vers les buts de l'équipe adverse, les Faucons marquèrent de nouveau.

Connolly zigzagua dans le camp des Faucons, suivant le Vif d'Or, et Hermione garda ses Multiplettes fixés sur l'Attrapeuse. Ni l'une ni l'autre ne virent le Batteur des Faucons avant qu'il ne se glisse devant elle et ne donne un bon coup de batte au Vif d'Or.

« Ce n'est pas juste ! » chouina Ron, alors que l'arbitre sifflait la faute et arrêtait le jeu.

« On dirait que les Faucons ont gagné une pénalité pour ce dégagement illégale du Vif d'Or par le Batteur Kelly. Williams va tirer le penalty. »

Williams prit le Souaffle des mains de l'arbitre, et commença à voler de droite à gauche devant les buts des Faucons, avant de foncer comme une flèche dans la direction opposée, et d'envoyer le Souaffle vers le but de gauche. La gardienne plongea, ne tenant plus son balai qu'entre ses genoux. Le Souaffle lui caressa le bout des doigts, ripa sur l'intérieur du but, et entra finalement.

« Pénalité transformée ! Williams a marqué le penalty, le score est maintenant de 20 à 50 ! »

Le Souaffle revint dans le jeu, et le Poursuiveur des Faucons fit une longue passe basse à un autre Poursuiveur, mais Ginny surgit de près du sol, intercepta la passe, et renvoya immédiatement le Souaffle à Phelps qui l'attrapa d'une seule main et tira, prenant la Gardienne par surprise.

« Un autre but de Phelps, sur une passe de Weasley ! 30-50 ! »

Les Poursuiveurs des Canons repassèrent en défense alors que les Faucons avançaient vers eux.

« Regardez ! » cria Ron en tendant la main vers l'Attrapeur des Faucons qui avait plongé en piqué vers la pelouse, suivi de près par l'Attrapeuse des Canons.

Le Vif d'Or dansait, au ras du sol, et les deux Attrapeurs se relevèrent prématurément pour éviter la collision, et il leur échappa à tous les deux, serpentant joyeusement à une dizaine de centimètres à peine du sol.

Soudain, Harry se leva, ainsi que tous les Weasley, pour se mettre à crier.

« Vas-y, Ginny ! »

Hermione quitta des yeux les Attrapeurs à la poursuite du Vif d'Or et vit Ginny qui filait vers les buts, le Souaffle serré contre elle comme une pierre précieuse. Il n'y avait plus que la gardienne entre elle et les buts ; quand un Cognard fonça vers elle, et elle se laissa rouler autour de son balai pour l'éviter, sans même ralentir.

« Merde ! Où est-ce qu'elle a appris ça ? » s'exclama Harry. « Ce n'est pas moi qui le lui ai appris ! »

« Non, c'est moi, » répliqua Charlie, se retournant pour sourire à Harry.

« Bien joué ! »

Ginny avança vers le but de gauche, et la Gardienne la suivit. Ginny tira vigoureusement sur son balai, plongeant à droite, pour couper vers le but de droite, se penchant sur son Nimbus comme si ça devait lui permettre de gagner encore un peu plus de vitesse. La Gardienne avait mis du temps pour se retourner, mais elle fonçait maintenant vers Ginny, qui tenait le Souaffle du bout des doigts, le relâchait… Il passait à travers le but quand le sifflet de l'arbitre retentit.

« Et Weasley marque un but ! Attendez, non, l'arbitre fait signe qu'il n'est pas valable parce que… Parce que les Faucons ont attrapé le Vif d'Or ! La partie est terminée, les Faucons gagnent 30 à 200 ! »

La loge ne fut plus que bruit et protestation, tout le monde parlait en même temps.

« Hein ! »

« Mais elle a marqué avant qu'il n'attrape le Vif d'Or ! »

« Il est complètement aveugle cet arbitre ! »

« Je ne peux pas y croire ! »

Hermione pointa ses Multiplettes sur le terrain, où Ginny et Williams, le capitaine, criaient sur l'arbitre. L'homme aux cheveux sombres se contenta de hausser les épaules avant de leur tourner le dos et de s'éloigner. Ginny commençait à le suivre quand Williams lui attrapa le bras, la retenant pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Ginny fit la grimace, mais hocha la tête et suivit le reste de l'équipe qui avait commencé à quitter le terrain, suivie par Williams.

Molly se leva et affirma, « Au moins, elle a bien joué. »

« Et même mieux que ça, » renchérit Minerva. « Elle s'est vraiment améliorée depuis Poudlard ! »

« Ginny voudrait que tout le monde vienne dîner au Terrier, » annonça Arthur en se levant à son tour.

« On peut pas, » répondit George. « On a déjà prévenu Ginny. »

« Moi non plus, » dit Charlie. « J'ai un rendez-vous ce soir. »

Molly fusilla du regard ses trois fils. « Vous pourriez soutenir un peu plus votre sœur, tous les trois ! »

« Elle sait que nous l'aimons et que nous sommes fiers d'elle, » intervint Bill. « Elle m'a dit qu'elle était contente que nous soyons tous là pour la voir. »

« J'imagine que toi non plus tu ne restes pas ! » Bill secoua la tête, et adressa un petit sourire à sa mère. Le regard contrarié de Molly s'étendit, englobant maintenant aussi Hermione, Harry et Ron. « Et vous trois ? Est-ce que vous comptez disparaître vous aussi ? »

Hermione secoua la tête, et regarda Harry et Ron qui en faisaient autant.

« Non, maman, on va rester. »

La voix de Molly s'adoucit quand elle se retourna vers Dumbledore. « Nous serions véritablement ravis que vous restiez également tous les trois. »

« Evidemment ! » s'extasia Albus, et McGonagall approuva d'un signe de tête.

Hermione jeta un œil à Severus, se demandant s'il essaierait d'éviter le dîner, mais il se contenter de fixer le terrain de Quidditch silencieux et le stade en train de se vider.

Molly en revint à ses autres fils, fronçant les sourcils. « Vous allez quand même attendre un peu et lui dire qu'elle a bien joué avant de vous volatiliser. »

« Bien sûr que oui, » répondit Bill au nom de tous, avec un regard sévère pour Fred et George, qui haussèrent les épaules tous les deux.

« Très bien. L'équipe fait une réunion après le match, et elle nous retrouvera ensuite près de l'entrée. »

Ils se levèrent tous et descendirent de la loge. La foule s'était presque entièrement dispersée le temps qu'ils arrivent devant le stade. Après un quart d'heure d'attente, quelques membres des Canons sortirent, et enfin, Ginny. Ils l'entourèrent, et elle serra tout le monde dans ses bras – sauf Snape, à qui elle se contenta de sourire en lui adressant un signe de tête. Hermione fut surprise de le voir esquisser un sourire.

Ils parlèrent du match pendant quelques minutes, Charlie et Harry détaillant les différents mouvements qu'elle avait exécutés, quand Fred et George annoncèrent qu'ils devaient partir. Ginny les embrassa de nouveau, ainsi que Bill et Charlie, qui s'en allaient également. Fred salua tout le monde, George fit une courbette, et ils disparurent.

Pop. Pop.

Hermione regarda autour d'elle, pensant que Bill et Charlie avaient Transplané sans dire au revoir, mais ils étaient toujours là, à côté de Ginny.

Pop. Pop. Pop.

Ensuite, ce fut l'enfer.


La citation d'Albus 'il vaut mieux avoir aimé quelqu'un et l'avoir perdu, que de ne jamais avoir aimé du tout' vient de Tennyson, dans In Memoriam.

Maria, tu as vu, encore du Dumbledore tout Dumbledoresque. Que feraient nos tourtereaux sans lui ? Merci pour ta review, benebu.