Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty. Moi, je traduis…

Chapitre vingt-trois

En moins d'une seconde, Hermione avait sorti sa baguette et pivoté sur elle-même. Elle compta au moins vingt Mangemorts qui les encerclaient, baguettes à la main.

« Attention ! » s'écria t'elle, quand le premier sort siffla près de son oreille pour aller toucher Charlie Weasley à l'épaule. Il tituba, fit un pas en arrière, et s'écroula au sol.

D'autres sorts s'abattirent sur le groupe, et quand un Mangemort abaissa sa baguette vers elle, Hermione se jeta au sol, roulant sur elle-même. Le sort toucha le sol, faisant voler des cailloux qui lui griffèrent le visage. Elle se releva d'un bond et visa.

« Stupefix ! »

Le sort toucha le Mangemort en pleine poitrine et il s'écroula. Elle se rua vers lui, et, comme un serpent en colère, une corde sortit de sa baguette pour s'enrouler autour des bras et des jambes de son adversaire. Hermione se retourna pour chercher le Mangemort suivant.

Elle en vit un qui allait s'attaquer à Ginny, et Hermione lui lança rapidement un sort offensif, qui le manqua – trop à gauche – mais qui détourna son attention de Ginny vers elle. Ginny en profita pour le frapper d'un Petrificus Totalis, et il s'écroula comme une pierre. Hermione leva la tête pour voir un Mangemort envoyer un éclair vert à Albus, et rester bouche bée en le voyant disparaître quand le sort approcha, pour réapparaître soudain exactement à l'endroit où il était, et immobiliser le Mangemort d'un mouvement de baguette.

Un sort lui frôla le front, et Hermione sentit une coupure, puis une brûlure sur sa peau. Faisant vivement demi-tour, elle vit un autre Mangemort qui courait vers elle. Elle lança un Stupefix, qu'il évita. Il riposta, et elle plongea au sol.

« Expelliarmus ! »

La baguette du sorcier s'éleva haut dans les airs, et d'un mouvement lent, il plongea la main dans sa cape, pour en sortir une fiole qu'il serra contre son torse. Hermione se dit qu'elle ne tenait pas à savoir ce qu'il y avait dans cette fiole. Elle attendit, comme en transe, le laissant approcher. Elle avait sa baguette à la main, prête, mais ce fut avec son talon qu'elle le frappa en pleine poitrine, écrasant la main autant que la fiole. Il vola en arrière, et se mit à hurler. Le verre lui avait coupé la main, et la fiole avait pris feu. Les flammes couraient maintenant sur son bras, menaçant son visage. Hermione lança le sortilège de refroidissement le plus puissant qu'elle connaissait, et les flammes léchant le Mangemort s'éteignirent. Lui-même, gelé, s'écroula au sol. Elle admira son travail avec un sourire mauvais, sachant qu'il ne se réveillerait pas avant que la police du Ministère ne vienne le cueillir.

Elle se souvint alors que sa trahison de Voldemort faisait de Severus une cible tout aussi tentante pour un Mangemort que Harry ou Albus ne l'étaient, et elle essaya de le retrouver dans la confusion, esquivant et retournant les sorts en chemin.

« Mione ! Bouge ! »

Entendant le cri de Harry, son instinct prit le dessus, et elle plongea de côté alors qu'un éclair vert frôlait sa cape. Elle amortit sa chute avec ses bras, et, se relevant et se retournant dans le même mouvement, elle abaissa sa baguette.

« Avada Kedavra ! »

Les mots avaient quitté sa bouche avant qu'elle n'ait pu y penser, lui échappant sans qu'elle ne le veuille, et elle regarda le sortilège toucher sa cible. Le Mangemort s'écroula instantanément.

« Ça va ? » demanda Harry, se précipitant vers elle.

« Oui, vu les circonstances, » répondit-elle, secouée. « Il faut que je trouve Snape. »

« Vas-y, alors, » approuva t'il, s'essuyant le front de la main, ce qui laissa une trace noirâtre. « Merde ! On dirait qu'il faut que j'aille sauver les fesses de Ron encore une fois ! »

Harry fonça vers l'entrée du stade. Soudain, six Policiers du Ministère, dans leurs robes bleu foncé, apparurent, aux côtés de deux sorciers en robe ordinaire, qu'Hermione reconnut comme des Aurors. Le mot se répandit parmi les Mangemorts, et beaucoup commencèrent à s'éloigner du combat pour Transplaner, mais plusieurs furent arrêtés par des sorts avant de pouvoir disparaître.

« Où est Severus ? » hurla t'elle, mais personne ne lui répondit, et elle continua à le chercher désespérément du regard.

Elle le vit enfin, à l'autre bout du champ de bataille, à pas loin de cent mètres de tout le monde. Elle vit sa baguette s'envoler de sa main quand un sort le toucha, et elle se mit à courir vers lui, en se demandant comment il avait bien pu s'éloigner autant.

Le temps ralentit, et elle vit la lueur verte sortir de la baguette du Mangemort. Elle vit le sort couvrir la distance qui séparait les deux hommes, et frapper Severus en pleine poitrine. Elle le vit tomber à genoux, avec sur le visage l'incompréhension la plus totale.

« Non ! » hurla t'elle, et le moindre souvenir, la moindre pensée qu'elle avait eue de cet homme, depuis la première fois où elle l'avait vu dans la Grande Salle quand elle avait onze ans, se cristallisèrent en un besoin impérieux de le rejoindre.

Elle donna tout ce qu'elle avait dans cette course, accélérant encore alors que Severus tombait en avant, se retenant sur des bras tremblants.

Il a dû prendre de la Mortalis avant qu'on ne parte !

Le Mangemort fit quelques pas vers Severus, sans comprendre ce qui n'avait pas fonctionné dans son sort. Il baissa de nouveau sa baguette vers Severus, qui était en train de se relever, et le frappa de nouveau, cette fois-ci à bout-portant.

« Severus ! »

Elle n'était plus qu'à une trentaine de mètres maintenant, et elle voyait Severus qui essayait de s'asseoir. Une fois de plus, le Mangemort baissa sa baguette. Cette fois, Severus resta étendu.

« Avada Kedavra ! »

Un éclair de lumière verte frôla le Mangemort, et elle se retourna pour voir Harry qui courait à toute vitesse, venant de côté, sa baguette à la main. Il cria de nouveau, et cette fois le sort toucha sa cible.

Hermione ne ralentit pas avant de pouvoir s'agenouiller auprès de Severus, inspirant à grandes goulées, les poumons brûlants comme un soufflet de forge. Doucement, elle le fit rouler sur le dos, et chercha son pouls. Ne trouvant rien, elle baissa la joue près de sa bouche, et sentit un faible souffle.

« Mobilicorpus, » murmura t'elle. Le corps de Severus s'éleva à quelques dizaines de centimètres du sol.

Elle fit ensuite apparaître une civière, qu'elle glissa sous lui, avant de le laisser redescendre dessus. Les mains tremblantes, elle essaya de mesurer ses constantes vitales.

« Comment va t'il ? » demanda Harry, arrivant près d'elle assez essoufflé.

«Je ne sais pas. Il ne devrait probablement même plus être en vie. Merde ! » s'exclama t'elle. « Je n'arrive pas à avoir des chiffres clairs. Il faut qu'on le sorte d'ici, vite. »

Harry hocha la tête. « D'accord. Je vais aller voir comment vont les autres. »

Ils se dirigeaient vers l'entrée du stade, la civière de Severus flottant derrière eux, quand un Auror les intercepta. Il était plus âgé, ses cheveux noirs parsemés de mèches grises. Il avait un regard bleu perçant, et ses lèvres habituellement pleines étaient pour le moment pincées.

« Potter, Granger, » les salua t'il, avec un bref signe de tête.

« Jones, content de te voir, » répondit Harry.

« Le Ministre veut te voir, immédiatement. »

« Dès que tout sera en ordre ici, je… »

« Non, j'ai peur qu'il ait insisté pour que tu y ailles sur le champ. Nous saurons nous débrouiller ici. Sainte-Mangouste envoie du monde. »

Harry fronça les sourcils, à tel point qu'ils se touchèrent par dessus les lunettes brisées qui pendaient sur son nez. Il regarda Hermione. « Je viendrai à Poudlard dès que j'en aurai fini là-bas. »

« D'accord. »

Harry Transplana, et elle suivit Jones vers l'endroit où elle avait fait la queue pour entrer tout à l'heure, devant le stade.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Au moment où nous sommes sortis du stade, nous nous sommes retrouvés encerclés par une vingtaine de Mangemorts. Tout s'est passé très vite, et je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé d'autre. J'en ai tué un, et immobilisé deux autres, et ils ont tous essayé de s'enfuir quand vous êtes arrivés. »

« Je ne peux pas croire qu'ils se soient montrés arrogants au point d'attaquer trois Aurors, l'adjoint du Ministre, et le Directeur de Poudlard en plein jour, » affirma Jones, secouant la tête.

« Combien en avez-vous capturés ? »

« Neuf. On les transfère au Ministère pour les interroger. »

Avec un rictus moqueur, elle demanda, « Pourquoi ? Ils ne sauront rien, évidemment. Même si vous utilisez du Véritasérum. Tu sais bien comment travaille Voldemort. » Il sursauta en l'entendant mentionner le nom, mais elle l'ignora. « Seuls quelques privilégiés savent ce qui se passe réellement, et tous les autres ignorent tout. Vous auriez aussi vite fait de les envoyer directement à Azkaban. »

« Je sais, mais après tout, il y a toujours une chance que l'un de ces merdeux sache quelque chose. » Il sourit, avant d'ajouter, « Et puis, les interrogatoires peuvent avoir un effet thérapeutique, parfois. »

Hermione se renfrogna. Mangemort ou pas, elle désapprouvait l'utilisation de violence gratuite envers les prisonniers, et le fait que le Ministère ferme les yeux à ce sujet.

« Il faut que je parle à Evans, » s'excusa Jones. Hermione vit des sorcières et des sorciers en robes vertes s'activer sur la pelouse, mais elle fut incapable de déterminer qui avait été blessé. Albus Dumbledore s'éloigna du Guérisseur avec qui il était en train de discuter, et vint rapidement à sa rencontre.

« Où est Harry ? Est-ce qu'il va bien ? »

« Oui, Fudge voulait le voir, et il y est allé, mais il m'a dit qu'il viendrait à Poudlard ensuite. »

« Le Ministre choisit toujours les plus mauvais moments. » Il vit la civière qui flottait derrière elle, et ce fut d'une voix inquiète qu'il demanda, « Et Severus ? »

« Je ne sais pas, mais c'est mauvais. Il a reçu trois Avadas. Il faut que je l'emmène à Sainte-Mangouste. »

Dumbledore secoua la tête, avec un regard sérieux. « Non, il faut l'emmener voir Poppy. Il ne voudrait pas qu'il en soit autrement. »

« Mais Sainte-Mangouste est plus… »

« Personne n'est plus qualifié que Poppy Pomfresh. »

« Ils ont plus de… »

« Plus de moyens ? Je ne pense pas. Pomfresh, McGonagall, Flitwick, Chourave, moi. Et vous, également, Professeur Granger. Est-ce que nous ne sommes pas tout aussi qualifiés, tout aussi pleins de ressources ? » Il plongea son regard dans celui d'Hermione, et elle ne sut que répondre. « Je vous fais confiance pour le ramener à Poudlard. »

« Bien sûr. Comment s'en sont sortis les autres ? »

Albus soupira, passant une main sur son front fatigué.« Charlie Weasley est mort. »

« Merde. »

« Ginny et Arthur ont tous les deux été transportés à Sainte-Mangouste. Ils sont sérieusement blessés, mais ils pourront être soignés. Les autres n'ont que des blessures légères, ils seront traités sur place. Maintenant, il faut vraiment que vous emmeniez Severus voir Poppy. »

« Oui. Je reviens tout de suite après, » répondit Hermione, mais dès qu'elle eut prononcé ces mots, elle sut qu'elle préférerait rester avec Severus, et apparemment Dumbledore eut la même impression.

« Non, mon enfant, vous allez rester aider Poppy, » dit-il, ses yeux bleus plus sérieux qu'elle ne les avait jamais vus. « Vous en savez plus que quiconque sur son état, et je sais que Severus lui aussi voudrait que vous soyez avec lui. » Hermione ouvrait la bouche pour répondre quelque chose, mais Dumbledore lui mit dans les mains une vieille canette de soda, en expliquant, « Ce devait être notre moyen de rentrer à Poudlard, mais vous devez vous en servir immédiatement. »

Elle serra la canette dans sa main gauche, et tendit la droite vers la civière. Elle sentit cette espèce de crochet qui l'attrapait derrière l'estomac avant que le Portoloin ne la propulse vers le château. Dumbledore lui fit un petit signe de la main, avant de retourner s'occuper des autres. En un instant, elle tomba sur le sol froid de l'entrée, se cognant les genoux sur le sol de marbre. Elle se releva.

Elle pointa sa baguette vers la civière, et celle-ci s'éleva du sol, à sa suite, alors qu'elle montait en courant les escaliers menant au troisième étage. Hermione se précipita dans l'infirmerie, faisant claquer violemment la porte contre le mur, et Poppy sortit de son bureau, l'air mécontent, jusqu'à ce qu'elle voie la civière et se précipite vers eux.

« Severus ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Nous avons été attaqués. Il a reçu trois Avadas, sa vie ne tient plus qu'à un fil. »

« Mais comment est-ce qu'il… »

« La potion, » l'interrompit-elle. « Il nous faut une potion fortifiante, et de l'eau. »

« Bien sûr ! »

Poppy se précipita vers ses étagères, et Hermione dirigea la civière vers un lit inoccupé, avant de la faire disparaître, afin que Severus se retrouve étendu sur le lit. Elle lui retirait sa cape quand Poppy revint.

« J'ai peur que tu n'aies besoin de faire un brin de toilette avant de pouvoir faire quoi que ce soit d'autre, Hermione, » dit-elle, avec une fermeté surprenante dans la voix. Hermione n'eut pas d'autre solution que d'obéir. « Il y a des robes propres dans l'armoire, au dessus des toilettes. »

Hermione passa dans la salle de bains et tressaillit en voyant son reflet dans le miroir. Une longue trace de sang séché partait de sa blessure au front, pour couler le long de sa joue droite, jusqu'à la mâchoire. Elle avait aussi un méchant bleu sur la joue droite, et des écorchures lui barraient la joue gauche. Elle sortit sa baguette et la pointa en premier lieu vers son entaille au front, dont il ne resta qu'une petite cicatrice une fois qu'elle en eut fini. Elle s'occupa ensuite du bleu, qui disparut. Elle ne s'attarda pas sur les écorchures, un sort ne servirait à rien. Elle demanderait une potion à Poppy pour les traiter.

Elle retira ses robes tachées, rassembla ses cheveux en chignon, et se dirigea vers le lavabo, faisant couler l'eau chaude. Elle se frotta le visage, doucement autour de ses blessures, parce qu'elles restaient quand même sensibles, avant de s'essuyer et d'enfiler des robes de l'école propres. Elle se sentait mieux, en effet.

Elle retourna dans l'infirmerie, où Poppy avait changé Severus pour lui mettre une chemise de nuit de coton, et l'avait enseveli sous une pile de couvertures. Elle se retourna quand Hermione approcha pour la rejoindre au pied du lit.

« Je lui ai fait prendre la potion fortifiante, et j'ai fait sa toilette, mais je ne sais pas quoi faire d'autre pour lui. »

« J'ai vu les rats récupérer, pendant nos propres tests, et il n'y a rien d'autre à faire que de le laisser se reposer. »

« Je ne vais pas te mentir, » commença Poppy, en posant une main sur l'épaule d'Hermione. « Il a l'air très mal en point. Il ne survivra peut-être pas. »

Hermione hocha doucement la tête, et sa voix craqua quand elle répondit, « Je sais. »

« L'une d'entre nous devrait rester à ses côtés en permanence, j'imagine. » Poppy marqua une pause, ses yeux sages observant Hermione qui se glissait près du lit et posait le dos de sa main sur la joue de Severus. « Tu veux prendre le premier tour ? Ou est-ce que tu veux prendre un peu de repos ? Tu dois être épuisée. »

Le dos tourné à Poppy, elle répondit, « Non, je reste avec lui. »

« Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? Pour cette cicatrice au front ? »

Hermione se retourna vers la sorcière et secoua la tête. « Non, ça ira. Mais vous avez peut-être quelque chose pour ça ? » demanda t'elle, désignant les écorchures sur sa joue.

« Bien sûr, ne bouge pas. »

Poppy farfouilla dans les placards de son bureau, et Hermione se tourna de nouveau vers le lit, et vers la silhouette livide. Elle attira une chaise d'un 'Accio', et la Métamorphosa en un petit fauteuil, un peu plus confortable, mais suffisamment dur pour qu'elle ne s'assoupisse pas. Elle savait que Poppy avait eu raison de lui suggérer de se reposer, elle en avait désespérément besoin. Elle avait oublié combien d'efforts et d'énergie il fallait pour lancer un Avada Kedavra sur une autre personne, et pas seulement sur un rat.

Mais elle savait qu'elle serait incapable de dormir, pas en sachant Severus étendu à l'infirmerie, sa vie ne tenant qu'à un fil. Elle ne pouvait pas le laisser seul tant que son destin était aussi incertain.

&&&&&&&

Finalement, Harry échappa à Cornelius Fudge, et retrouva Alex Jones, qui était revenu du stade de Quidditch. Jones l'informa du transfert de Ginny et Arthur à Sainte-Mangouste, et du fait que le reste de la famille les y avait accompagnés. Harry se rendit immédiatement à l'hôpital magique.

La sorcière de l'accueil lui fit signe de poursuivre son chemin, lui indiquant qu'il devait se rendre au quatrième étage, les séjours de courte durée. Il s'engouffra dans les escaliers branlants, avalant les marches deux par deux. Il était à bout de souffle quand il arriva à l'étage des blessures causées par des sorts, se souvenant vaguement avoir vu Lockhart lors d'une précédente visite dans le même service.

Il passa devant l'aile des résidents de longue durée, se demanda si Franck et Alice Londubat y étaient toujours, et ce que devenait Neville. Il faudrait qu'il demande à Ginny, si elle était éveillée, puisque elle et Neville étaient restés amis. Une vague de tristesse le traversa soudain quand il réalisa qu'il avait perdu de vue la plupart des amis qu'il s'était faits à Poudlard.

Il trouva l'aile réservée aux séjours de courte durée, et interrogea le Guérisseur de garde, une sorcière prénommée Evelyn. Malgré sa petite taille (il ne pensait pas qu'elle fasse plus d'un mètre cinquante, cinquante-deux à la rigueur), elle était intimidante, avec tous ces cheveux gris volant dans toutes les directions, des yeux verts perçants qui louchaient, et une voix qui ressemblait à du papier de verre crissant contre de la pierre.

« Et vous êtes ? »

« Harry Potter, madame. Je suis ici pour rendre visite à Arthur et Ginny Weasley. »

« Mmm. Oui. Ils sont ensemble, tout au bout, à gauche, » croassa la vieille femme, en tendant la main vers une rangée de lits séparés par des rideaux tirés.

Il la remercia et remonta l'allée, sans regarder à droite ni à gauche. Il ressassait toujours les détails de ce qui s'était déroulé dans l'après-midi. Pettigrow avait dit qu'il n'y aurait pas plus de quinze Mangemorts, mais Harry avait bien vu qu'ils étaient au moins vingt, et ils s'étaient battus avec plus de hargne qu'il ne s'y était attendu.

« Harry ! » s'exclama Ron, et Harry chassa ces idées de son esprit.

Il étreignit brièvement Ron, fit un signe de tête à Bill qui se tenait près du mur, avant de se retourner vers Molly, dont le visage était baigné de larmes. Elle se leva de la chaise de bois placée entre les lits d'Arthur et de Ginny, pour venir se blottir entre les bras ouverts qu'il lui tendait. Il la serra contre lui, aussi délicatement qu'un jeune père tiendrait son nouveau-né. Elle renifla à quelques reprises contre son torse, et il lui tapota gentiment le dos, jusqu'à ce qu'elle s'écarte, et parvienne à lui adresser un petit sourire, avant de retourner s'asseoir.

« Harry, mon chéri. »

« Madame Weasley, si je peux faire quoi que ce soit… » Il laissa la fin de la phrase en suspens, et elle hocha la tête, tendant le bras pour presser la main de Harry dans la sienne. « Comment vont-ils ? »

« Arthur sortira dans quelques jours, ils veulent le garder en observation. Ginny devrait pouvoir sortir demain matin, mais les Guérisseurs ont dit qu'elle ne pourrait pas jouer au Quidditch pendant au moins un mois, à cause de ce sort qui l'a touchée à l'épaule gauche. »

« Je n'arrive toujours pas à y croire ! » s'exclama Ron, depuis sa chaise, de l'autre côté du lit de Ginny. « Je ne comprends pas qu'ils nous aient fait un plan aussi merdique ! »

« Ron, » commença Molly, mais sa voix manquait de sa conviction habituelle, et les joues de Ron ne s'empourprèrent pas.

« Madame Weasley, il faut que j'aille à Poudlard, parler à Dumbledore, mais je reviendrai ensuite. »

« Non, non, ça va aller, rentre te reposer, » intervint Ron. « Fred et George viendront tout à l'heure, pour que Bill et moi puissions rentrer à la maison un moment. »

« D'accord. »

Ron se tourna vers Bill. « Je vais raccompagner Harry à la sortie, et peut-être m'arrêter à la cafétéria après. Tu voudras quelque chose ? »

« Oui, ramène-moi un café noir. »

« Maman ? »

Molly hocha doucement la tête, sans quitter son mari des yeux. Harry et Ron tournèrent les talons et sortirent de la salle. Ron demeura silencieux jusqu'à ce qu'ils atteignent les escaliers.

« Alors, qu'est-ce qu'il voulait, Fudge ? »

« Bof, les mêmes conneries que d'habitude. Il m'a demandé pourquoi je n'étais pas au courant de l'attaque, comme si j'avais une sorte de sixième sens qui me permettait de deviner quand j'allais me faire attaquer par des Mangemorts. »

Ron fit une grimace. « Putain d'imbécile. »

« Et oui, c'est notre patron. Maintenant, il faut que j'aille voir Dumbledore pour avoir à peu près la même conversation avec lui. »

« Ça ne peut pas être si pénible que ça, si ? Il m'a toujours semblé plutôt inoffensif, à moi. »

« C'est bien là le secret, Ron, » dit Harry, en lui lançant un regard de reproche par dessus son épaule. « C'est pour ça qu'il est si fort : tout le monde le sous-estime. »

« Oh. »

« Et il faut que j'aille voir Hermione et Snape. »

« Est-ce que Snape est vraiment aussi mal en point que ça ? »

« Je ne sais pas, Hermione ne pouvait pas se prononcer tout à l'heure. Mais je l'ai vu recevoir trois Avada Kedavra, et y survivre, même si ce n'est que de justesse. »

« Merlin tout puissant ! Trois ? » s'exclama Ron, impressionné. « Comment est-ce qu'il a fait ? »

« Comment ? Hermione ne t'a pas parlé de la potion miracle sur laquelle elle travaille ? »

« Si, un peu, mais tu sais bien que c'est dur de continuer à faire attention à ce que dit Hermione quand elle s'emballe sur son sujet. »

Harry rit. « Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais c'était tellement incroyable, à chaque fois, il recevait un sort, et je le voyais mort. Mais je pense vraiment qu'il n'aurait pas survécu à un quatrième. »

« Est-ce que ça aurait été si terrible que ça, à ton avis ? Un monde sans Snape ? »

Harry ne répondit pas. Ils arrivèrent au rez-de-chaussée, et s'étreignirent une fois de plus avant que Ron ne remonte vers la cafétéria, et que Harry ne sorte dans la rue quasiment déserte. Il plongea dans une ruelle vide, et Transplana à la limite du parc de Poudlard. Il arriva rapidement aux portes principales, et se rendit immédiatement à l'infirmerie.

Quand il entra, Poppy l'interpella immédiatement depuis son bureau, et se précipita vers lui.

« Harry, est-ce que tu vas bien mon grand ? Est-ce que quelqu'un à Sainte-Mangouste s'est occupé de toi ? »

« Je vais bien, madame Pomfresh, » la rassura t'il avec un sourire charmeur. « Je suis simplement venu voir Hermione, c'est tout. »

« Elle est restée au chevet de Severus depuis qu'ils sont revenus, » lui confia Poppy, avant d'ajouter en faisant grise mine, « comme si elle avait peur de le laisser seul. »

« Mmm. Eh bien, je vais essayer de l'emmener faire quelques pas. »

Il avança jusqu'au fond de l'infirmerie, et se glissa derrière le rideau tiré. Hermione sursauta en le voyant.

« Harry, » marmonna t'elle, d'une voix ensommeillée. « Merde, j'ai dû m'assoupir. »

Elle se redressa rapidement, puis alla jusqu'au lit, et pour la première fois Harry regarda la silhouette étendue de Severus Snape. Il était complètement enseveli sous les couvertures, exception faite de sa tête. Il avait le teint pâle, maladif, et ses cheveux collaient à l'oreiller, plus gras qu'à l'habitude. Il avait vraiment l'air faible, comme s'il risquait de mourir d'un instant à l'autre. Harry regarda avec curiosité Hermione s'activer autour de lui, vérifiant ses constantes vitales et lui administrant une potion.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Une potion fortifiante. C'est la seule chose qui puisse l'aider à récupérer. »

Elle se redressa et reposa la fiole sur la table de chevet, avant de poser une main sur le front de Severus. Mécontente de ce qu'elle sentit, elle écarta les couvertures, révélant son torse qui se soulevait à peine à chacune des inspirations que ses poumons luttaient pour prendre. Hermione posa les mains à plat sur la poitrine du sorcier, au dessus de son cœur, et murmura une incantation que Harry reconnut comme un sortilège de réchauffage. Ses mains émirent une sorte de lumière rouge, qui se répandit sur la peau blanche de Severus, et glissa le long de son corps. Elle le couvrit à nouveau.

« Allons faire un tour, » proposa Harry, levant une main pour arrêter toute protestation. « Il ne mourra pas pendant que tu es partie. Je pense que Madame Pomfresh saura comment prendre soin de lui en attendant. »

Elle eut un rire forcé. « Tu es la deuxième personne à me dire ça aujourd'hui. »

« Laisse-moi deviner, Dumbledore est l'autre personne ? » Elle hocha la tête. « Il faut que j'aille le voir, mais je voulais te parler d'abord. »

Elle céda finalement, et sortit de l'infirmerie alors que Madame Pomfresh s'installait dans le fauteuil qu'elle venait de quitter. Hermione suivit Harry qui remontait rapidement le couloir du troisième étage.

« C'était malin de l'amener ici plutôt qu'à Sainte-Mangouste. »

« C'était l'idée d'Albus, heureusement qu'il était plus calme que moi. Maintenant je comprends pourquoi c'était mieux, nous n'aurions pas voulu avoir à expliquer à tout le monde comment Severus a réussi à survivre à trois Avadas. »

« Et en parlant de ça, comment a t'il fait ? » demanda Harry, ralentissant pour marcher à son rythme. « Je ne savais pas que vous étiez si avancés dans la potion. »

« Moi non plus. Nous n'avions pas fait de tests sur les humains avant, seulement sur des rats. J'aurais plutôt pensé qu'elle serait moins efficace sur nous, mais les résultats semblent globalement équivalents. Seulement, les effets secondaires sont plus graves. »

Ils marchèrent en silence pendant un moment, jusqu'à ce que Harry pose finalement la question qu'Hermione avait évité jusqu'à maintenant, « Est-ce qu'il survivra ? »

« Je… je n'en sais rien. D'habitude, les rats retrouvent leurs forces après deux ou trois heures, mais là, ça fait cinq heures, et il est à peine mieux que quand nous sommes arrivés ici. »

« Et tu es resté avec lui pendant tout ce temps ? » Hermione acquiesça sans lever les yeux vers lui. « 'Mione, il faut que tu te reposes. Je sais que tu tiens beaucoup à lui, mais tu ne dois pas oublier de prendre soin de toi. »

Elle s'arrêta au milieu du couloir, et Harry se retourna pour la regarder.

« Quoi… ? Qu'est-ce que… ? »

« Je ne sais pas ce qui t'est arrivé, et si tu ne m'en as pas parlé, ce n'est pas grave, je ne t'en veux pas. Mais tu tiens à lui, c'est évident, je l'ai vu cet après-midi, je viens de le voir encore, et Madame Pomfresh l'a vu elle aussi. Et même maintenant, alors que tu me fusilles du regard, je peux voir qu'au fond tu es vraiment inquiète pour lui. Et c'est ok, ça ne me pose pas de problème. »

« Eh bien, tant mieux, parce que je n'ai pas besoin que tu approuves ce que je peux ressentir ! » lâcha Hermione avec colère, croisant les bras.

« Ecoute, tout ce que je te dis, c'est que tu dois aussi prendre soin de toi. Fais une sieste, dans l'infirmerie si tu insistes, mais dors un peu, et laisse Madame Pomfresh faire son travail. »

Harry l'implora du regard, ses yeux verts plongés dans ceux d'Hermione, et elle céda finalement. « Très bien, je m'allongerai sur le lit qui est dans le bureau de Madame Pomfresh. »

« Merci. Allez, viens, je te raccompagne avant d'aller voir Albus, » dit-il, en souriant et en lui passant un bras autour des épaules, l'attirant contre lui. Elle fut contente de ce contact humain, et se serra contre lui également, passant un bras autour de sa taille.

« Je n'arrête pas d'avoir ce rêve très étrange sur toi, ces derniers temps, » annonça Hermione. Harry la regarda, sourcils froncés. « C'est à chaque fois la même chose. Toi et Drago vivez ensemble, et il est vraiment très malade, mais tu prends soin de lui. »

« C'est bizarre. Est-ce qu'il y a autre chose dans ton rêve ? »

Elle secoua la tête. « Non, pas que je me souvienne. »

« Peut-être que tu devrais essayer de prendre une potion Nuit Sans Rêves, » suggéra t'il.

« Ça ne me dérange pas, je ne me réveille pas en sursaut ou quoi que ce soit. C'est juste que c'est bizarre que je n'arrête pas de faire ce rêve. »

« Tu devrais peut-être essayer d'en parler à Trelawney. Elle pourra certainement te dire si ça veut dire quelque chose. »

« Oui, c'est ça, » répondit Hermione en riant, donnant un petit coup de coude à Harry.

Il la laissa aux bons soins de Madame Pomfresh, qui fut ravie d'apprendre que Harry l'avait convaincue de prendre un peu de repos, chose qu'elle avait été incapable de faire quelques heures plus tôt. Harry se rendit ensuite au bureau du Directeur, pour l'habituel compte-rendu des événements, même s'il n'avait pas d'informations particulières à offrir sur ce qui s'était passé dans l'après-midi. Finalement, Albus le remercia, et ce fut quasiment en bondissant que Harry sortit du château et du domaine, tant il était impatient d'enfin rentrer chez lui. Il arriva à la limite des terres de l'école, et Transplana dans la ruelle qui lui était familière, monta les escaliers en courant, et soupira en voyant que les sortilèges qu'il avait placés sur la porte il y avait si longtemps, cet après-midi, étaient toujours intacts.

« Merlin ! Je commençais à m'inquiéter ! » s'exclama Drago quand Harry passa la porte.

« Tu n'étais pas le seul, » marmonna Harry en se laissant tomber dans l'un des fauteuils défoncés, et se frotta distraitement la joue d'une main.

« Comment ça s'est passé ? » demanda Drago en se penchant vers lui.

« C'était le bordel. Il y avait au moins une vingtaine Mangemorts… »

« Vingt ! Pettigrow n'avait parlé que de quinze ! »

« Oui, d'ailleurs je me pose pas mal de questions à ce sujet. » Il se tut, fermant les yeux derrière ses lunettes. Après un moment, il les rouvrit et reprit son récit. « Ils ont attaqué après la fin du match, il y en avait partout.

Snape est méchamment blessé, je ne sais pas avec quelle gravité, mais Hermione craint qu'il n'y survive pas. Elle s'en est sortie sans problèmes, des bleus et des griffes, même chose pour Dumbledore. Ron s'est fait mettre KO, mais il va bien maintenant, McGonagall aussi. Arthur et Ginny Weasley sont à l'hôpital, et Charlie Weasley est mort. »

« Et du côté des Mangemorts ? »

« La plupart d'entre eux ont Transplané quand la Police Ministérielle s'est pointée avec deux Aurors. Quelques uns se sont fait arrêter, et j'en ai tué une paire, alors je m'attends à recevoir une réprimande officielle. » Il alla à la cuisine, se prendre une bière dans le frigo, avant de venir se rasseoir. « Je ne sais pas comment je suis sensé faire pour combattre autant de Mangemorts tout en essayant de garder Snape et tous les autres en vie. »

« Il sera vert en apprenant que Snape est toujours en vie, » dit Drago. « Après tout, c'était lui la cible principale de l'attaque. »

« Oui, je ne doute pas que la prochaine réunion soit très drôle. » Harry but une longue gorgée de bière, et demeura silencieux un moment. « J'ai obtenu d'autres informations sur la potion miracle. »

« Vraiment ? » demanda Drago, ses sourcils blonds se soulevant jusqu'à toucher la racine des cheveux qui cascadaient sur ses épaules. « Je n'ai pas fait beaucoup de progrès avec cet échantillon. »

« Je mettrai tout ça dans ma Pensine tout à l'heure, pour que tu puisses voir toute la scène. C'était carrément incroyable, Drago, je l'ai vu recevoir le sort trois fois et y survivre. »

« Voldemort tuera pour avoir cette potion. »

« Je sais, » répondit Harry, buvant une autre gorgée. « C'est pour cette raison qu'il faut que nous nous assurions que Snape reste en vie pour pouvoir la finir. Je ne pense pas qu'Hermione soit capable de le faire, sans lui. »

« Bien sûr que non, » répondit Drago, méprisant.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire. Elle en serait capable, mais… » Il s'interrompit, réalisant que Drago ne comprendrait pas ce qu'il essayait de lui dire. « Elle a parlé de toi, elle a dit qu'elle n'arrêtait pas de faire un rêve étrange dans lequel tu étais malade, et je prenais soin de toi. »

« Et c'est tout ? »

Il haussa les épaules. « Elle a dit qu'elle ne se souvenait de rien d'autre. »

« Est-ce que tu crois qu'elle s'est souvenue de sa visite ici ? »

« Non, elle aurait formulé sa remarque autrement. »

« J'espère. Si elle commence à avoir des soupçons sur toi, ça va encore nous causer des ennuis. »

Harry sourit. Ôtant ses lunettes, il attrapa sa baguette. Un éclair de magie les répara instantanément, et il les remit sur son nez.

« Tu ne sais pas que 'ennuis', c'est mon deuxième prénom ? » Drago leva les yeux au ciel. Harry posa sa bière, et se glissa sur le canapé, passant un bras autour des épaules de Drago, et déposant un tendre baiser sur ses lèvres offertes. « Comment est-ce que tu te sens ? »

« Fatigué. Les effets de la potion touchent à leur fin. »

« Déjà ? » demanda Harry, incrédule. « Mais tu devrais encore en avoir pour trois heures, normalement ! »

« Et tu penses que je ne suis pas déjà au courant ? » rétorqua Drago, cinglant. Il regretta aussitôt cet éclat, voyant la tristesse que montrait le visage de Harry. « Je crois que mon corps commence à développer une tolérance pour cette potion, je n'ai pas voulu t'en parler plus tôt. »

« Merde ! » s'exclama Harry, serrant le poing et se frappant la cuisse. « Nous pouvons toujours retravailler dessus, essayer de l'améliorer. Peut-être que Snape pourrait de nouveau jeter un œil dessus. »

« Je ne crois pas que ça fasse une grosse différence, de toute façon. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Harry, » dit Drago, d'une voix tranquille. « Tu sais très bien ce que je veux dire. Quelques semaines de plus ne changeront rien. Elles ne feront que retarder l'inévitable, et te donner de faux espoirs. Je suis en train de mourir, Harry, et ça va arriver vite, très vite. »

Il vit les larmes qui se formaient dans les yeux vert émeraude de Harry, et il le serra contre lui, caressant ses cheveux noirs en bataille pendant que le Garçon Qui Avait Survécu sanglotait contre le corps chétif d'un Drago mourant.


Amand1, me, merci pour vos reviews. Maria, j'espère que la bataille t'a autant plu que le match de Quidditch du chapitre précédent. benebu.