Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty.
Chapitre vingt-cinq
Ce fut le calme anormal de la pièce qui le réveilla. Severus se redressa rapidement, tendant automatiquement la main vers sa baguette.
« Lumos, » murmura t'il, avant de tressaillir, ébloui par la lumière soudaine.
L'autre côté du lit était vide, les couvertures repoussées. Il toucha le drap, il était froid. Elle était partie depuis un moment. Grommelant, il roula sur le dos, fixant le plafond.
C'était la cinquième nuit d'affilée. La première nuit, près d'une semaine après l'attaque, et quelques jours après que Poppy l'ait laissé sortir de l'infirmerie, elle l'avait réveillé en se remettant au lit, après être restée debout près d'une heure. La troisième nuit, il l'avait trouvée dans le salon, recroquevillée et tremblante dans un fauteuil, devant le feu. Il était parvenu à la convaincre de revenir se coucher, mais sans qu'elle lui dise jamais pourquoi elle s'était levée. Les seconde et quatrième nuits, elle n'était pas revenue, et apparemment, elle ne reviendrait pas non plus cette nuit. Si c'était un jeu, Severus commençait à s'en lasser, et pas qu'un peu.
Il glissa à tâtons ses pieds dans ses pantoufles, et attrapa sa robe de chambre au pied du lit, l'enfilant avant de tituber jusqu'à la salle de bains. Il entendit de l'eau couler, et fronça les sourcils en remarquant la lumière qui passait autour de la porte.
Peut-être qu'elle voulait simplement prendre une douche à quatre heures du matin. Pourquoi pas après tout ?
Il ouvrit la porte, et entra dans le nuage de vapeur qui transformait sa salle de bains en un véritable sauna.
« Si tu ne fais pas attention, » lança Severus, couvrant à la fois le ronflement de l'eau et l'exclamation surprise d'Hermione, « tu vas utiliser toute l'eau chaude et personne ne pourra se laver pour venir en cours ce matin. »
Il ouvrit la porte embuée de la douche. Hermione était assise dans un coin, laissant l'eau ruisseler sur son corps. Les genoux serrés contre elle, elle leva le menton vers lui. Son regard était vide et hanté. Il ne savait pas quoi dire, alors il s'assit sur le sol de pierre, étrangement froid si on pensait à la chaleur qui régnait dans la pièce. Il croisa les jambes et se pencha vers elle, sans la quitter des yeux. Appuyant sa joue contre ses genoux, elle détourna la tête.
Après plusieurs minutes de silence, elle se releva et coupa l'eau. Severus conjura une serviette et, regardant l'eau couler sur son corps svelte, entre ses seins lourds et sur son ventre si doux, ne resta pas indifférent.
« Merci, » murmura t'elle, quand il lui tendit la serviette en se relevant. Elle eut un petit sourire en voyant son peignoir tendu. « Je suis désolée de te réveiller tout le temps. »
Il fronça les sourcils, et détourna le regard alors qu'elle commençait à se sécher. Depuis que Poppy l'avait laissé sortir, il avait passé la plupart de son temps libre avec Hermione, même s'il fallait avouer qu'une bonne partie de ces moments avaient été passés à travailler sur la Mortalis Fallax. Il était toujours un peu mal à l'aise quand il lui parlait de sujets autres que les potions.
« J'ai cru que tu étais encore partie. »
Elle enveloppa ses cheveux dans la serviette, en disant, « Je suis désolée, j'avais simplement besoin de sortir un peu. »
« C'est… ce n'est pas un problème si tu n'as pas envie de rester, » affirma Severus, mais ses yeux trahissaient qu'il mentait, et combien ces mots le blessaient.
« Oh, Severus, je veux rester, » s'exclama t'elle, sortant de la douche pour jeter ses bras autour de lui. « Je ne suis pas retournée dans mes quartiers, ces nuits-là, j'ai seulement marché en rond dans le château jusqu'à l'heure du petit-déjeuner. »
Timidement, il l'enlaça lui aussi, surpris de voir combien son corps se souvenait de la moindre de ses courbes et savait comment s'adapter à elle. Elle était toujours mouillée de sa douche, et il sentait l'humidité à travers son peignoir de soie, et une fois encore son corps réagit, mais ne s'écarta pas pour autant.
« Tu peux me dire pourquoi ? » demanda finalement Severus, appuyant la tête contre la serviette qui enveloppait ses cheveux.
Elle le serra fort, avant de répondre. « Je le ferais, c'est promis, mais pas cette nuit. Maintenant, tout de suite, je n'ai vraiment pas envie d'en parler. »
Il soupira, un simple filet d'air passant entre ses lèvres, et répondit, « Très bien. »
Hermione attira le visage de Severus à elle, et l'embrassa, profondément, avant de faire un pas en arrière.
« Je te le promets, nous en parlerons demain, » dit-elle, avant qu'une petite lueur n'éclaire son regard. Severus eut des papillons dans l'estomac quand elle dénoua la ceinture de son peignoir et fit courir ses mains sur son torse. « Retournons nous mettre au lit. »
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Après l'amour, ce fut Severus qui eut des problèmes pour se rendormir, alors qu'Hermione n'eut pas la moindre difficulté. Il contempla sa silhouette endormie pendant un moment, avant d'abandonner toute idée de sommeil un peu après six heures.
Après avoir pris une douche et s'être habillé, il convoqua un elfe de maison pour qu'il lui apporte la Gazette du Sorcier du jour et du thé. Il dévora le journal et sirota son thé devant la cheminée. Il avait soigneusement recherché de plus amples informations sur l'attaque dont ils avaient été victimes au moment du match de Quidditch, mais jusqu'à maintenant elle n'avait donné lieu qu'à un article, enterré tout au fond du journal – un paragraphe ne mentionnant aucun nom ni détail spécifique, ce qui ne l'avait pas surpris. On ne pouvait pas laisser les lecteurs sorciers savoir que même Harry Potter n'était pas à l'abri des embuscades de Mangemorts. Il replia soigneusement le journal, sachant qu'Hermione aimait le lire avant d'aller prendre son petit-déjeuner dans la Grande Salle.
Severus grimaça en repensant à l'attitude bizarre qu'elle avait dernièrement. Il avait toujours pensé qu'elle avait quelque chose à voir avec lui, jusqu'à ce qu'il se souvienne qu'elle avait dit qu'elle n'était pas retournée dans ses quartiers les nuits où elle avait disparu. L'idée lui vint que quel que soit le problème qu'avait Hermione, il n'avait absolument rien à voir avec lui. Il fronça les sourcils à cette hypothèse, se sentant idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Il se renfrogna plus encore quand il se demanda ce qu'il devait faire à ce propos. Elle lui avait promis de lui en parler aujourd'hui, mais il ne savait pas s'il devait aborder le sujet lui-même, ou attendre qu'Hermione le fasse. Il décida d'attendre qu'elle aborde le sujet, afin de ne pas lui paraître insistant en empiétant sur son indépendance. Il était irrité de constater à quel point il était nerveux au sujet de leur relation naissante, mais ça ne l'empêchait pas de se faire du souci.
Il réalisa qu'il était presque huit heures, et Hermione serait insupportable toute la journée si elle ne buvait pas son café avant son premier cours. Il retourna dans la chambre pour la réveiller. Elle avait pris toute la place dans le lit pendant qu'il n'y était plus, lui laissant peu d'espace où s'asseoir. Elle ouvrit les yeux en sentant le matelas se creuser, et eut un sourire ensommeillé quand il fit courir ses doigts le long de sa joue.
« Quelle heure est-il ? »
« Bientôt huit heures. »
« Pourquoi est-ce que tu m'as laissée dormir si tard ? » demanda t'elle, bâillant et s'étirant tout à la fois. « J'avais encore des contrôles à corriger. »
« Et bien à moins que tu n'aies un double quelque part dans Poudlard, Hermione, » observa ironiquement Severus, pinçant les lèvres en ce qu'Hermione savait maintenant reconnaître comme un sourire, « Je crois que ces élèves vont devoir survivre un jour de plus sans leurs copies. »
« Ah ah, » répondit-elle avec un sourire moqueur, repoussant les couvertures et balançant ses jambes hors du lit.
Elle déposa un rapide baiser contre les lèvres de Severus et, échappant à son étreinte, enfila son jean et son pull, fourrant ses sous-vêtements dans une poche de ses robes. Elle enfila lesdites robes, tout en continuant d'avancer vers la porte.
« Je ne serai pas au déjeuner, je leur avais promis de leur rendre aujourd'hui, » lui lança t'elle par dessus son épaule, en sortant de la pièce. « Je te vois après les cours. »
« Le journal est sur la table si tu veux. »
« Merci, je l'ai ! »
La porte claqua et Severus soupira, toujours assis sur son lit. Il se massa les tempes d'une main, avant de la passer dans ses cheveux déjà gras. Il fit une grimace et sentit sa bonne humeur s'évanouir. Attrapant ses robes dans son armoire, il sortit de sa chambre à grandes enjambées pour aller jeter un œil sur les potions avant ses cours.
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« Ah, Severus, j'espérais te trouver là ! » gloussa Pomona Chourave en passant la tête dans la salle des professeurs. « Je voulais te prévenir que les mandragores de cette année poussent bien plus vite que d'habitude, et qu'elles seront prêtes dans quelques semaines. »
« Je n'en ai pas utilité dans l'immédiat, » répondit Severus, levant les yeux de son livre, « mais je pourrais en préserver quelques unes pour les cas d'urgence. Poppy en aura peut-être besoin. »
« Bien sûr, je lui poserai la question. » Chourave plissa les yeux et demanda sur le ton de la conspiration. « Mes troisième année m'ont dit que tu leur avais retiré un nombre incroyable de points cet après-midi. »
« S'ils ne s'étaient pas conduits comme de parfaits imbéciles, je n'aurais pas eu besoin de le faire, mais si ça peut te rassurer, j'en ai retiré autant à Serdaigle. »
« Severus ! » s'exclama t'elle d'un air réprobateur. « Je me serais attendue à ce que tu sois plus indulgent ces derniers temps ! »
« Et pourquoi au juste est-ce que tu as pensé ça ? » éructa t'il. Chourave fit un demi pas en arrière quand il déplia ses longues jambes pour se lever, et la dominer de sa haute silhouette. « Si tu veux me poser une question, je te suggère de le faire et d'arrêter de me faire perdre mon temps ! »
Elle se contenta de le regarder, sourcils levés, quand il se dirigea vers la porte et en saisit la poignée. Elle l'appela et il s'arrêta, déjà à moitié sorti, lui tournant toujours le dos.
« Severus, je veux que tu saches, indépendamment du reste, que nous sommes heureux pour toi. Nous le sommes tous. »
Tournant brusquement la tête, Severus fixa Chourave d'un regard haineux avant de s'éloigner, dans un tel mouvement que ses robes prirent presque la largeur de la porte. Chourave sourit, et s'en alla parler de ses mandragore à Madame Pomfresh – et commérer sur Severus avec elle, aussi.
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Severus marchait dans les couloirs, les paroles de Chourave le suivant comme des fantômes. Ça le mettait en colère au plus haut point que ses collègues soient au courant de son affection pour Hermione, mais d'un autre côté, il était content que la nouvelle ne soit pas encore parvenue aux oreilles des élèves. Il parvenait à tolérer les sourires, les regards et les chuchotis de la part de ses collègues, mais il était hors de question qu'il en supporte autant de la part des enfants.
Depuis le début du semestre, jusqu'à cet épisode de l'infirmerie, Severus avait distribué plus de retenues – la plupart avec Hagrid ou Rusard, et pas avec lui évidemment, pour qu'il puisse continuer à travailler sur la potion – et retiré plus de points en un court laps de temps qu'il ne l'avait jamais fait depuis le début de sa carrière d'enseignant, parce que ça lui avait servi d'exutoire pour la colère et la frustration qu'il avait ressenties quand Hermione l'avait repoussé pendant les vacances de Noël. Ce rejet lui avait vraiment fait du mal, et la seule façon qu'il avait alors de pouvoir continuer à travailler avec elle sur la potion, comme il était capital qu'ils le fassent, avait été de faire passer cette douleur sur quelqu'un d'autre, élève ou professeur. Il avait continué à punir sans relâche après être sorti de l'infirmerie, parce qu'il avait craint de soudain se transformer en un Flitwick et d'aimer inconditionnellement tous ses élèves. Heureusement, ça ne s'était pas produit, et il les détestait toujours autant, à quelques exceptions près d'élèves montrant le talent nécessaire à la poursuite d'une carrière dans le domaine des potions.
Il plissa les yeux, et un sourire mauvais s'imprima sur son visage quand il entendit des élèves discuter bruyamment dans un couloir voisin. Il les attendit au milieu du couloir désert, bras croisés, adoptant son regard le plus noir pour surprendre les fauteurs de trouble qui ne s'y attendaient pas.
Un trio de Gryffondors de troisième année apparut, deux garçons et une fille, qui s'arrêtèrent net en voyant le redouté Maître de Potions qui les fusillait du regard. L'un des garçons laissa tomber les livres qu'il portait, de surprise, avant de se dépêcher de les ramasser.
« Et qu'est-ce que vous êtes en train de manigancer tous les trois au juste ? »
Tous les trois balbutièrent leur réponse en même temps, mais Severus ne s'intéressait pas le moins du monde à leur réponse. Il les dévisagea lentement, l'un après l'autre. C'est à ce moment qu'Hermione apparut, venant du même couloir.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda t'elle, levant les sourcils.
« Ces trois chenapans faisaient trop de bruit dans les couloirs. »
« Oh, allez, Severus, ils ne faisaient rien de mal, j'étais juste derrière eux. »
« Je retire dix points de Gryffondor pour chacun d'entre vous, » siffla t'il, sans la quitter des yeux un instant. Comment osait-elle ? « Et je vous suggère, Professeur, » poursuivit-il d'un ton qui montrait que c'était tout sauf une suggestion, « de vous adresser à moi de façon plus formelle à l'avenir. »
Hermione se hérissa visiblement et ouvrit la bouche pour parler, avant de se reprendre et de se mordre la langue devant les Gryffondors terrifiés qui regardaient alternativement les deux professeurs blancs de colère.
Rapidement, Severus se retourna vers eux et siffla d'une voix dangereusement basse, « Alors ? Qu'est-ce que vous faites encore là ? »
Les élèves ne se le firent pas dire deux fois. Ils dépassèrent Severus et disparurent. Celui-ci ramena son regard vers Hermione. Elle faillit faire un pas en arrière tant il la dévisageait avec force, et une noirceur qu'elle ne reconnaissait pas.
« Comment oses-tu t'adresser à moi de cette façon devant des élèves ! » siffla Severus.
« Ils ne faisaient rien de mal, et tu le sais aussi bien que moi ! » répliqua t'elle.
« Ils troublaient ma tranquillité. »
« 'Ils troublaient ta tranquillité' ? Tu plaisantes ? » demanda t'elle, incrédule. « Tu étais probablement en train d'attendre là que des élèves sans méfiance croisent ton chemin, et chance pour toi, c'étaient des Gryffondors ! »
Elle pensa voir les coins de sa bouche se relever en un petit sourire, mais elle ne put en être sûre avant qu'il ne hausse les épaules et dise, « J'aurais retiré des points à Serpentard exactement de la même façon. »
« Ne dis pas de conneries ! Tout le monde sait combien tu adores tes petits Serpentards et tu détestes tous les autres. »
« J'ai une réputation à protéger. »
« Mais c'est quoi ton problème avec ta réputation ? Pourquoi est-ce que tu es tellement fier de passer pour un enfoiré ? »
« Parce que c'est tout ce que j'ai. Sans ça, je n'obtiendrais pas le moindre respect. »
« Mais tu n'as pas compris qu'ils ne te respectaient pas ? Tout le monde a peur de toi, mais personne ne te respecte. Ils ont trop peur que tu leur retires des points, leur donne des heures de colle, ou les fasse passer pour des idiots pour une broutille ! »
« Qu'ils me craignent ou qu'ils me respectent, ça ne fait pas la moindre différence pour moi. »
« Et pour les professeurs ? » Il se contenta de lever un sourcil, et la colère d'Hermione se fit plus visible sur son visage. « Et moi ? Est-ce que tu veux que j'aie peur de toi moi aussi ? »
Il plissa les yeux et la fixa, lèvres pincées, sans rien dire.
« J'ai passé trop de temps quand j'étais élève à me laisser intimider par toi. Ces sept ans ont été bien assez dans toute une vie. »
Elle tourna les talons et disparut comme une furie. Severus ne put que la regarder s'éloigner. La mine sombre, il redescendit dans ses cachots, les derniers mots d'Hermione gravés dans son esprit en feu.
Peut-être qu'elle avait raison, et qu'il voulait toujours qu'elle ait peur de lui, même après tout ce temps. Il ne pensait pas que ce soit le cas, ce n'était probablement qu'un réflexe de son subconscient essayant de la repousser. Il grimaça en pensant qu'elle avait probablement raison au sujet de sa punition envers les trois Gryffondors. Il y aurait eu toutes les chances qu'il ne leur retire pas de points si elle ne l'avait pas appelé par son prénom devant eux. Il faudrait qu'il lui présente ses excuses, il n'y avait rien d'autre à faire.
Merde !
S'il devait s'excuser, il le ferait quand il serait prêt à le faire. Il s'affaira dans ses cachots jusqu'à bien après le dîner.
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Il était presque dix heures du soir quand Severus se présenta devant l'entrée des quartiers d'Hermione, se disputant avec la sorcière qui gardait sa porte.
« Je suis sûre qu'elle n'a pas envie de vous voir, » affirma Lucinda en le regardant de haut.
Les muscles de sa joue se contractèrent, et il eut envie d'arracher cette stupide sorcière de sa peinture et de lui tordre le cou.
« Vous voulez bien simplement lui dire que je suis là ? » marmonna t'il entre ses dents serrées.
La sorcière lui lança un regard mauvais, et disparut de la peinture. Severus croisa les bras et tapa du pied, impatient, alors qu'il attendait dans le couloir. Après quelques instants, la sorcière reparut.
« Humpf. »
« Alors ? » l'apostropha t'il. « Est-ce qu'elle vient ? »
Lucinda haussait les épaules quand la porte s'ouvrit. Hermione se tenait dans l'encadrement du portrait, et s'écarta pour laisser entrer Severus. Elle était vêtue d'un tee-shirt quelconque et d'un jean, pieds nus, et ses cheveux étaient rassemblés sans recherche contre sa nuque.
« En voilà une qui sait être aimable, » marmonna t'il, et il la vit esquisser un sourire le temps d'une seconde.
« Tu veux du thé ? » proposa t'elle, désignant la théière fumante sur la table, devant le canapé. Il acquiesça.
Il la suivit, et s'assit sans un mot, à quelques dizaines de centimètres d'elle, alors qu'elle lui versait une tasse de thé et la lui tendait. Il la remercia et commença à boire prudemment, pour ne pas se brûler la langue avec le breuvage chaud. Ils burent en silence pendant plusieurs minutes, avant que Severus ne s'éclaircisse la gorge.
« Je voudrais m'excuser pour mon attitude de cet après-midi, » dit-il, d'un ton neutre.
« Et j'ai eu tort de t'appeler par ton prénom devant les élèves. » Il inclina la tête, mais n'en dit pas plus. « Est-ce que tu as rendu ces points à Gryffondor ? »
« Pourquoi est-ce que j'aurais fait une chose pareille ? »
« Tu as eu tort de leur retirer ces points ! »
Présenter ses excuse à la femme à qui il tenait était une chose, mais il n'allait pas s'abaisser à demander pardon à des gamins de treize ans.
« Je ne doute pas que tu leur donneras une opportunité extraordinaire de récupérer ces points lors de ton prochain cours. »
« Si tu ne le fais pas, alors j'imagine que oui, c'est ce que j'aurais à faire. Est-ce que c'est encore ta réputation qui est en cause ? »
Severus remarqua la façon dont elle appuyait sur ce mot en particulier, et laissa un petit sourire se former sur ses lèvres.
« Oui. Tu ne comprends peut-être pas pourquoi je préfère que les élèves aient peur de moi, et non qu'ils m'aiment, mais c'est comme ça que j'ai toujours fait, et je ne compte pas changer, je peux te le garantir. »
Hermione haussa les épaules, décidant de ne pas aller plus loin sur ce sujet. « Si ça ne pose pas de problème à Dumbledore, j'imagine que ce n'est pas à moi de t'en faire le reproche. »
« Effectivement. »
La grimace de contrariété qui apparut sur le visage d'Hermione en entendant son ton condescendant disparut quand il glissa un bras autour de sa taille et l'attira plus près de lui sur le canapé, ignorant la tasse le thé qui tomba au sol et qui les éclaboussa, eux, le canapé et le tapis.
Il l'embrassa profondément, comme s'il cherchait à marquer sa bouche comme sienne, et elle enveloppa sa nuque de ses bras, plongeant les doigts dans ses mèches grasses, se pressant contre lui. Après plusieurs minutes passionnées, elle se leva, l'attirant avec elle. Il ne résista pas quand elle l'entraîna vers la chambre.
Une demi-heure plus tard, Hermione était allongée, la tête posée contre le ventre plat de Severus, alors que lui était appuyé contre la tête du lit. Elle avait le bras enroulé autour de sa taille.
« Il est temps que je te dise ce qui ne va pas. Pourquoi je n'arrête pas de me lever au milieu de la nuit. »
Elle parlait d'une voix timide, et il caressa ses cheveux sans rien dire. Après un moment, elle reprit.
« Je n'arrête pas de faire ce rêve, ça a commencé après le Nouvel An. C'est toujours le même, il y a Harry et Drago, et Drago est mourant. Au début, j'essaie de rattraper Harry, et il n'arrête pas de me dire que Drago est en train de mourir, et finalement je le rattrape, et il y a ce lit immense. Drago est là, et il me dit qu'il meurt, et après il se met à disparaître sous mes yeux. »
Severus tourna la tête d'Hermione vers lui et la regarda avec attention. « Est-ce que tu fais ce rêve toutes les nuits ? »
« Depuis l'attaque, oui. Avant, je le faisais toutes les semaines, à peu près, mais il n'était pas aussi intense. Je n'arrive pas à me rendormir après, c'est pour ça que je me lève à chaque fois. »
« Est-ce que tu en as parlé à Albus ? »
Elle secoua la tête. « Non, seulement à Harry, et maintenant, à toi. »
« Tu l'as dit à Potter ? »
« Il est venu au château après l'attaque – pendant que tu étais encore inconscient – et je lui en ai parlé comme ça. Pourquoi ? »
« Pour rien, probablement. » Il continua à la fixer, jusqu'à ce qu'il dise finalement, « Il y a peut-être plus dans ces rêves que ce dont tu te souviens. »
Elle se détourna pour fixer le tableau sur lequel des moutons s'égayaient sur une colline, et c'est sans le regarder qu'elle lui demanda, « Est-ce que tu peux… Tu pourrais trouver ce dont je ne parviens peut-être pas à me souvenir ? »
Elle le sentit prendre une soudaine inspiration, et sut que sa demande l'avait surpris.
« Tu veux que j'entre dans ton esprit ? » demanda Severus, comme s'il doutait de ce qu'elle venait de lui demander, étonné qu'elle puisse seulement l'envisager. Elle hocha la tête. « Très bien. »
« Nous pourrions même le faire maintenant, » dit-elle, se redressant et se retournant pour lui faire face. Elle vit un léger doute traverser son visage, et ajouta rapidement, « ou plus tard, si tu préfères. »
Severus baissa les yeux sur ses mains, et resta dans cette position pendant près d'une minute. « Si tu veux que nous le fassions maintenant, allons-y. »
Balançant ses jambes hors du lit, il se leva et alla jusqu'aux vêtements épars sur le sol. Plongeant la main dans ses robes, il en sortit sa baguette avant de revenir vers le lit.
« Est-ce que nous devrions nous installer ailleurs ? »
« Non, cet endroit est convenable. Est-ce qu'un Légilimens est déjà entré dans ton esprit ? »
Secouant la tête, elle répondit, « Non. Ou du moins, pas que je sache. »
« Tu sais que Potter en est un lui aussi. » Hermione écarquilla les yeux et secoua de nouveau la tête. « Je m'en suis rendu compte quand je lui donnais des leçons d'Occlumencie, et je ne serais pas étonné que ce talent ait été reconnu pendant sa formation d'Auror, et qu'il ait reçu des leçons de Légilimencie plus approfondies. »
« Si c'est le cas, je ne suis pas au courant, mais c'est très possible. Apparemment, il y a de plus en plus de choses concernant Harry dont je ne suis pas au courant. »
« Et oui, quelle énigmatique personnage, » ironisa t'il, ignorant son regard noir. « Bien, si tu es prête… »
« Ça ne va pas me faire mal, si ? » demanda t'elle soudain, sa voix plus aiguë trahissant sa nervosité.
« Non. En fait, tu ne seras pas capable de discerner ma présence dans ton esprit. Cependant, si tu trouves que c'est déplaisant ou inconfortable, nous pouvons arrêter. »
« Non, ça va aller. » Elle prit une profonde inspiration, et souffla. « Je suis prête. »
« Ce sera plus facile si nous nous regardons dans les yeux, » lui indiqua Severus, et elle hocha la tête, s'installant bien en face de lui et plongeant dans les abysses de son regard. « Légilimens. »
La chambre disparut, et elle se retrouva enfermée dans sa propre tête, ses souvenirs défilant devant elle comme une cassette en avance rapide. Elle essayait de se raccrocher à chacun d'entre eux quand il passait. Elle avait quatre ans, et elle jouait dans la salle d'attente peinte en bleu du cabinet de ses parents – huit ans, elle mangeait toute seule à la cantine – elle encourageait Ron, Harry et Ginny pendant un match de Quidditch – elle aidait Neville à retrouver Trevor – Snape se moquait d'elle parce qu'elle donnait la réponse à une obscure question sur les potions – un matin de Noël, elle devait avoir sept ans, parce que Papy et Mamie était encore vivants tous les deux – elle sortait du magasin après avoir acheté Pattenrond – les Détraqueurs les entouraient, elle et Harry…
Soudain, le monde se mit à tourner, et elle se retrouva assise sur son lit, dans sa chambre, avec Severus face à elle. Elle prit une inspiration tremblante alors qu'il tendait la main vers son épaule.
« Est-ce que tu vas bien ? » Elle hocha la tête, et il continua, « J'ai besoin que tu penses à Potter et Malefoy, que tu te concentres sur le rêve, parce que ça nous rendra les choses plus faciles à tous les deux. Prends un moment, et dis-le moi lorsque tu seras prête. »
Hermione ferma les yeux et se remémora tous les moindres détails du rêve, forçant son esprit à se concentrer sur Harry et Drago, avant de les rouvrir et de plonger son regard dans celui de Severus.
« Je suis prête. »
« Légilimens, » souffla t'il, et une fois de plus elle sentit la chambre s'éloigner.
Drago l'appelant 'Sang de Bourbe' devant toute l'équipe de Quidditch de Serpentard, et Ron vomissant des limaces – le faux Maugrey transformant Drago en fouine et le faisant rebondir pendant que Harry et Ron étaient pliés en deux de rire – Harry retenant Ron de frapper Drago – Drago sabotant une de ses potions – elle recevant un sort en pleine figure alors que Harry et Drago se battaient en duel, et Snape se moquant d'elle, 'je ne vois pas grande différence', et elle qui s'enfuyait, les larmes roulant sur ses joues, alors qu'elle avançait dans les couloirs, le visage enfoui…
Elle se retrouva brutalement dans sa chambre, et parvint enfin à fixer Severus du regard. Il était appuyé contre la tête de lit, une main sur son nez dont échappait une coulée de sang. Baissant les yeux, elle se rendit compte qu'elle avait le poing serré, d'ailleurs, il lui faisait un peu mal.
« Oh Merlin ! » s'exclama t'elle, avant d'attirer à elle une serviette. Elle conjura de la glace dont elle la remplit, et la pressa dans la main de laquelle il couvrait son nez. « Je suis vraiment désolée ! »
« Pas de sortilège ? »
« Il n'est pas cassé, alors il n'y a pas grand chose que je puisse faire, » expliqua t'elle, et Severus se demanda si elle disait la vérité, ou si elle le laissait souffrir pour sa conduite passée. Il avait trop mal au nez pour pouvoir se concentrer, sinon il aurait découvert tout seul si oui ou non elle lui mentait.
Il ne dit rien, se contenta de la regarder, le temps que la glace rafraîchisse son nez et calme ses esprits. Le souvenir lui revint, comme s'il ne l'avait jamais oublié. Il se souvint de ce jour-là, d'avoir trouvé les deux sorciers dans le couloir, baguettes levées, et d'avoir su que c'était Malefoy qui avait commencé, parce que c'était toujours Malefoy qui commençait, tout comme Severus regardait toujours ailleurs. Il se souvint de sa voix glacée qui avait mis fin au vacarme alors qu'il distribuait les retenues et retirait les points, et du fait qu'il n'avait pas accordé la moindre attention à Hermione.
Il n'était pas réellement surpris qu'elle lui en veuille toujours pour la façon dont il l'avait traitée, même si c'était principalement subconscient : elle l'avait frappé sans réellement le vouloir.
« Il n'y a rien que je puisse dire pour excuser le comportement que j'ai eu ce jour-là, » dit-il finalement, d'un ton inhabituellement aigrelet à cause de la poche de glace qu'il avait sur le nez.
Hermione cilla à plusieurs reprises, comme si ça pouvait l'aider à mieux comprendre ce qu'il venait de dire, avant de répondre, « J'imagine que tu ne faisais qu'entretenir ta réputation. »
Ces mots touchèrent leur cible, causant plus de dommages qu'elle ne s'y était attendue ou ne l'avait voulu, et elle aurait voulu pouvoir les retirer en voyant ce qui se lisait dans son regard.
« Tu as raison, bien sûr, » convint-il à voix basse.
Hermione cligna de nouveau des yeux, avant d'écarter doucement la main de Severus de son visage pour regarder son nez.
« Tu ne saignes plus. Est-ce que ça fait mal ? » Elle tâta son nez semblable à un bec de faucon, et il fit la grimace. « Tu survivras. Mais j'ai quelque chose contre la douleur, si tu veux. »
Severus la regarda avec nervosité alors qu'elle sautait du lit pour aller à la salle de bains, et ce fut d'une voix prudente qu'il demanda, « Est-ce que c'est expérimental ? »
Elle reparut dans l'encadrement de la porte, le visage grimaçant, et revint jusqu'au lit avec une petite fiole orange.
« Non, ce n'est pas une expérience, » répondit-elle, grognon, « tu peux être rassuré. »
Il avala la potion, et la douleur disparut instantanément.
« Merci, » dit-il, en posant la fiole vide sur la table de chevet. « Je pense que nous devrions réessayer demain. Les potions n'auront pas besoin de nous avant le déjeuner, alors nous aurons toute la matinée. »
« Merlin merci, la semaine est finie, » soupira Hermione, revenant se mettre au lit, sous les couvertures. « Elle a été longue. »
Il eut un reniflement amusé et se glissa sous les couvertures lui aussi. « Attends un peu qu'on arrive en mai-juin, là tu comprendras ce que c'est que d'avoir une longue semaine, surtout juste avant les BUSEs et les ASPICs. »
« Merci de m'y faire penser, » répondit-elle dans un grognement.
« Arrêtes de t'en faire, préparer les élèves pour les examens est beaucoup plus facile que de les passer soi-même. »
« Tant mieux, sinon je crois que je n'aurais plus qu'à me tuer. »
« Ce ne sera pas nécessaire, je peux te l'assurer. »
« Nox, » marmonna Hermione, et les lumières s'éteignirent sur le champ. Elle s'installa au creux du bras de Severus, la tête sur son torse. « Merci de m'avoir aidée. Pour le rêve. »
« Je ne dirais pas que j'ai aidé beaucoup pour le moment, mais nous aurons le fin mot de cette affaire. »
« Merci quand même. Bonne nuit. »
Severus l'embrassa sur la tête, et resta étendu dans le noir, écoutant la respiration d'Hermione se faire plus lente alors qu'elle s'endormait, laissant ses pensées dériver. Ce qui le dérangeait dans cette histoire, c'était que ces rêves aient commencé après l'attaque lors du match de Quidditch, mais il ne savait pas si c'était significatif ou non. Ses idées devinrent plus brumeuses, et il commença à avoir du mal à en suivre le fil. Il se laissa aller au sommeil, Hermione dans ses bras.
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Harry se traîna jusqu'en haut des escaliers montant à l'appartement. Sa botte accrocha la dernière marche, et il s'écroula sur le palier. Il resta étendu un court instant, haletant, avant de se forcer à se mettre à genoux, puis à se relever. Il s'appuya un moment contre le mur, reprenant son souffle avant d'avancer dans le couloir.
Sa main tremblait quand il abaissa les barrières de protection de la porte d'entrée, et il s'y reprit à deux fois pour parvenir à ouvrir la porte. L'appartement était plongé dans le noir, le seul éclairage provenant des lampadaires, dehors. Il se cogna le tibia dans une chaise en progressant jusqu'à la chambre dans le noir.
« Lumos, » murmura t'il, en frottant sa jambe douloureuse, et évitant l'encadrement de la porte de la cuisine.
En entrant dans la chambre à coucher, il s'arrêta, à la recherche du moindre mouvement en provenance du lit. Ne voyant que la poitrine de Drago se soulever et retomber dans un mouvement régulier, il remercia les dieux de le trouver toujours en vie. Il continua son chemin jusqu'à la salle de bains, allumant la lumière dès qu'il ferma la porte derrière lui. Délibérément, il n'accorda pas un regard au miroir alors qu'il ôtait sa cape, ne s'arrêtant qu'une fois complètement nu. Il mit alors la douche en marche, et attendit que l'eau chauffe.
Il revint lentement vers le miroir, frottant ses mains contre ses biceps pour se réchauffer, et levant finalement les yeux vers son reflet. Il ne prendrait jamais l'habitude de regarder dans un miroir et de voir ces yeux bleu glacier posés sur lui, le visage fin et les cheveux si blonds qu'ils en paraissaient blancs. Il était content de savoir que la potion cesserait de faire effet d'ici quelques heures. Il avait vraiment horreur d'avoir cette apparence quand il était à la maison, surtout quand il avait meilleure allure que le véritable Drago.
Le miroir s'embua à cause de la vapeur, effaçant l'image de ce Drago en bonne santé, et Harry passa sous la douche, sous le jet d'eau chaude. Il se tint là un moment, la tête baissée, laissant l'eau ruisseler dans ses cheveux et le long de son dos, une main sur la barre de métal, l'autre sur la porte de verre, afin de se soutenir.
La réunion ne s'était pas bien passée, et il avait subi quelques Doloris pour amuser Voldemort. Ses épaules s'affaissèrent, et il se frotta les yeux d'une main, sans ménagements. Maintenant il comprenait ce qu'avait ressenti Snape pendant toutes ces années.
Il attrapa le savon et se lava rapidement, n'ayant pas confiance en ses jambes pour le porter très longtemps. Après s'être lavé les cheveux et rincé, il attrapa une serviette marron élimée et se sécha en vitesse. Il ramassa ses vêtements et sortit de la salle de bains, allumant de nouveau sa baguette pour ne pas se cogner encore dans les meubles. Il enfourna ses vêtements dans un panier, avant d'enfiler un caleçon et de se mettre au lit.
Harry passa une main contre le torse de Drago, se lovant contre lui, et celui-ci geignit dans son sommeil. Harry ne savait pas combien de temps il pourrait encore supporter de vivre cette double vie tout en regardant son amant mourir jour après jour. Ça devenait beaucoup trop dur, et pour dire la vérité, il se fichait de savoir qui allait gagner, finalement, puisque quel que soit le vainqueur, Drago mourrait. Harry soupira et se serra plus fort contre le dos de Drago, fermant les yeux et repoussant toutes ses idées folles, sauf celle qu'il ne pouvait jamais oublier.
Drago est en train de mourir, tu te souviens ?
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Maria, merci pour tes reviews, ici et sur d'autres fics. Tu ne veux pas te créer un compte que je puisse t'envoyer de longues réponses ?
fumseck-62442, SweetLullaby, si je poste aujourd'hui, c'est grâce à vous. Vous m'avez donné envie de partager la suite de cette histoire au plus vite.
benebu
