Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty.

Chapitre vingt-six

Mais Hermione et Severus ne purent pas consacrer leur matinée à essayer de comprendre son rêve étrange, parce que ce samedi était le jour de ce qui promettait d'être le meilleur match de Quidditch de l'année, Serpentard contre Serdaigle.

Severus se redressa dans le lit comme un élastique neuf, réveillé en sursaut par le souvenir de ce match. Il serait décisif pour désigner le vainqueur de la Coupe, même s'il restait trois autres matchs à jouer ensuite. Poufsouffle et Gryffondor avaient tous les deux de mauvaises équipes, qui se disputaient la dernière place des quatre Maisons.

« Fait chier ! » s'exclama t'il sans vraiment le vouloir. Il tourna la tête pour voir s'il avait réveillé Hermione en sortant du lit.

« Hmm ? » marmonna t'elle, toute ensommeillée, en roulant sur elle même pour le regarder.

« J'ai failli oublier le match de Quidditch de ce matin. Ce serait assez louche que le Directeur de la Maison n'y assiste pas. »

« Merde ! »

Hermione se redressa aussitôt, repoussant les couvertures.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda t'il, cherchant son pantalon dans la pile de vêtements accumulés par terre. « Il n'est pas encore dix heures, tu peux encore dormir une bonne heure. Je voulais simplement parler à Tom Travers avant le match. »

« Ce n'est pas ça, Ron m'a dit qu'il viendrait plus tôt pour pouvoir prendre un petit-déjeuner ici avant le match. »

Severus se figea, une jambe dans son pantalon, et l'autre en l'air. Il dévisageait Hermione.

« Tu as invité Weasley ? »

Elle haussa les épaules, avançant vers son armoire. « Oui. »

« Tu as invité Ronald Weasley à mon match de Quidditch ? »

« Ce n'est pas ton match de Quidditch, mais oui, je l'ai invité, » lui répondit-elle par dessus son épaule, sans se donner la peine de le regarder. Elle pouvait sentir son regard perçant, et en soupirant, elle se retourna finalement vers lui. « Severus, s'il te plait. C'est mon ami. »

Il grommela et finit par acquiescer – pas sans avoir pris le temps de la foudroyer du regard un peu plus longtemps cependant. « Puisque je n'ai pas le choix en la matière, je vais laisser ça passer. »

« Merci, » dit-elle, levant les yeux au ciel. Sortant un pantalon gris et un pull bleu, elle commença à s'habiller.

« Tu ne t'habilles pas en noir et vert pour soutenir mon équipe ? »

Hermione le regarda quand sa tête sortit du col de son pull. « Tu plaisantes, là ? » Il se contenta de hausser les épaules, et elle poursuivit, « Parce que ça voudrait dire que moi, une Gryffondor, je te soutiens toi, un Serpentard, aux yeux de tous. »

« Evidemment, ça ferait jaser. »

« Honnêtement, je m'en fiche pour les professeurs, mais est-ce que tu tiens vraiment à devenir la rumeur la plus croustillante parmi les élèves ? En tous cas, moi, je n'y tiens pas. »

« Ils finiront par le savoir tôt ou tard. »

« Ils n'ont pas besoin d'être au courant avant la fin de l'année scolaire, » répondit-elle en enfilant son pantalon. Elle ne vit pas l'air mitigé qui traversa son visage. Ne l'entendant plus parler pendant un moment, elle leva finalement les yeux vers lui. « Quoi ? »

Il avait oublié qu'elle allait partir à la fin de l'année, mais il secoua la tête et se contenta de lui répondre, « Je pensais à Travers. »

« Alors, tu ferais bien d'aller lui parler. Il faut que je retrouve Ron. »

« Je te suis dans une minute. »

Hermione attrapa ses robes en sortant, pour tomber immédiatement sur Ron et Ginny Weasley, qui couraient pratiquement à sa rencontre dans le couloir. Soupirant – elle aurait voulu que l'inévitable confrontation soit déjà terminée – elle se força à sourire, et serra ses amis dans ses bras.

« J'espère que tu ne m'en veux pas, 'Mione, » dit Ron avec un grand sourire, « Ginny a voulu venir et voir si elle pouvait faire un peu de repérage pour les Canons. »

« Oui, mon équipe est tellement nulle que je me suis dit que j'allais essayer de dénicher un joueur potable parmi les septième année. »

« Je suis sûrs qu'ils seront ravis d'avoir l'opportunité de jouer devant toi, Ginny. »

« L'opportunité ? Celle d'être recrutés dans l'équipe la plus merdi… » Ron s'interrompit en voyant Severus sortir, et s'arrêter juste derrière Hermione. « Mais qu'est-ce que… Bordel, qu'est-ce que vous faites là, Snape ? »

Je me fais ta meilleure amie, ça me semble plutôt évident, espèce d'imbécile, pensa t'il. Severus se contenta cependant d'un sourire narquois et d'un haussement de sourcil. A en juger par le grognement et le regard noir qu'il obtint de Ron en réponse, le message était passé. Ginny ne semblait pas choquée pour sa part, et Severus se demanda si elle était déjà au courant, devinant qu'Hermione lui confiait tout. Il lui adressa un bref signe de tête, auquel elle répondit par un sourire.

Il posa une main sur l'épaule d'Hermione, et se pencha vers elle juste assez pour remuer le couteau dans la plaie de Weasley. Il ne quitta Ron du regard que pour se tourner vers Hermione quand elle dit, « Je te retrouve sur les gradins alors. »

« D'accord. »

Ron fixait toujours Snape qui s'éloignait, ignorant Hermione qui l'appelait.

« Ron, je jure par Merlin que si tu tentes quoi que ce soit… »

« Est-ce que tu… ? est-ce que tu… ? Par tous les dieux, je n'arrive même pas à le dire ! »

« Tu veux savoir si elle couche avec Snape ? » demanda Ginny en réprimant un sourire, voyant que Ron bredouillait de plus belle.

« Oh non, Gin ! Maintenant j'ai cette horrible vision de Snape tout nu ! »

« Allez, grandis un peu, Ron, » dit Hermione, passant un bras autour des épaules de ses deux amis, les entraînant dans la direction d'où ils venaient. « Je ne sais pas pour vous, mais moi je meurs de faim ! »

Ginny éclata de rire. « Les marathons nocturnes font toujours cet effet là ! » plaisanta t'elle.

« Ginny, si tu ne la fermes pas, » menaça Ron, qui marchait de l'autre côté d'Hermione, « je te promets que tu ne pourras plus monter sur un balai pendant un mois ! »

« Je crois qu'il est tout simplement jaloux, » chuchota bien fort Ginny à l'oreille d'Hermione. « Je l'ai entendu dire à Bill qu'il n'avait pas eu de copine depuis plus d'un an. »

« Ginny ! »

Il essaya de contourner Hermione pour donner un coup à Ginny, mais Hermione le repoussa en riant, « Maintenant je comprends pourquoi il tenait tant à ce que je lui arrange le coup avec Anne ! »

« Anne ? » s'exclamèrent-ils tous les deux.

« Mais oui, c'était ça son nom ! » poursuivit Ron, oubliant totalement l'attaque de Ginny. « Elle sera au match ? »

Hermione haussa les épaules. « Je ne sais pas, probablement. Elle était à Serdaigle quand elle était élève. »

« Ce n'est pas comme si tu avais tes chances auprès d'elle, de toute façon. »

« Et pourquoi pas ? Qui ne voudrait pas d'un Auror de choc du Ministère, beau et charmant comme je suis ? » Les deux femmes se mirent à rire, et Ron protesta. « Quoi ? »

« Rien, Ron, » dit Hermione, tendant vers lui une main rassurante. « Tu rendras une sorcière très heureuse un jour. »

« Ouais, le jour où tu divorceras d'elle. »

Hermione se retourna vers Ginny, les épaules tremblantes tant elle riait, et entre deux éclats de rire, gronda sa cadette. Ron fusillait les deux sorcières du regard quand ils arrivèrent près de la Grande Salle.

« Vous savez, j'aurais aimé un peu de soutien de la part de ma sœur et de ma meilleure amie, mais apparemment ce serait trop demander ! »

Il croisa les bras, et fit la tête jusqu'à ce que Hermione le serre dans ses bras.

« Mais tu auras toujours mon soutien. »

« Mais oui, Ron, on plaisantait, fais pas la tête. »

Il poussa un profond soupir et se gratta la tête. « Bon, d'accord, mais c'est bien parce que j'ai trop faim pour me mettre en colère. »

Hermione rit et lui donna une tape dans le dos, et le trio entra dans la Grande Salle pour prendre un petit-déjeuner.

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Severus était assis à son bureau, lisant des copies de ses quatrième année, quand quelqu'un frappa à la porte avec assurance.

« Entrez. »

La porte s'ouvrit en grinçant, et Tom Travers, le capitaine et Attrapeur de l'équipe de Serpentard entra dans la pièce et vint se placer face au bureau. C'était un sixième année, beau, grand, avec ses larges épaules, ses cheveux blonds et ses yeux bleus perçants.

« Monsieur ? »

« Est-ce que votre équipe est prête ? »

« Oui, Monsieur. Nous avons fait trois séances d'entraînement supplémentaires cette semaine pour nous préparer aux manœuvres de Serdaigle. »

« Bien, parce que si vous ne gagnez pas, j'ajouterai des entraînements au petit matin à vos emplois du temps jusqu'à la fin de la saison. »

« Oui, Monsieur. Nous avons travaillé notre défense et… »

Severus l'interrompit d'un regard noir. « Je ne suis pas votre entraîneur. Je me fiche de savoir sur quoi vous avez travaillé. Je veux tout simplement vous voir gagner. » Le jeune homme ne cilla pas une seule fois. Il resta immobile et silencieux jusqu'à ce que Severus dise. « Ce sera tout. »

Travers hocha la tête, tourna les talons et sortit du bureau. Severus s'enfonça dans sa chaise, et regarda les copies qu'il avait sous les yeux d'un air mauvais.

Ce match serait la seule grande confrontation de la saison, à moins que Gryffondor ou Poufsouffle ne défient toute probabilité et parviennent à jouer une partie convenable, ce qui était douteux, étant donné le talent – ou plutôt, l'absence totale de talent – de ces deux équipes. Les Serdaigles avaient des Poursuiveurs remarquables, et un bon Attrapeur, même si leur Gardien et leurs Batteurs étaient simplement dans la moyenne, mais cinq membres de cette équipe étaient en septième année. Son équipe quant à elle, avait montré beaucoup de talent la saison précédente, et aucun de ses membres n'était en dernière année, ce qui faisait que Serpentard était assuré de remporter la Coupe de Quidditch l'année suivante, même s'ils ne gagnaient pas cette année.

Severus revint à la copie qu'il était en train de corriger, et lui mit rapidement moins de la moyenne, griffonnant un commentaire sur l'incompétence de l'auteur à accomplir même la tâche la plus basique. Il finit ses rouleaux de parchemin en moins d'une heure, et décida d'aller assister à la fin de l'échauffement de son équipe. Quittant ses cachots, il franchit les lourdes portes de chêne.

La journée s'annonçait parfaite pour le Quidditch. Le soleil brillait dans un ciel bleu azur, pleinement visible pour le moment malgré les nuages cotonneux qui encombraient le firmament, et une brise vive balayait tranquillement le terrain de Quidditch. Severus se mit en marche vers les gradins, une main en visière pour se protéger les yeux, soulagé de voir un nuage s'interposer entre lui et la boule de feu. Il en profita pour observer le terrain tout en marchant. Les deux équipes s'échauffaient dans la tiédeur de la matinée.

Grimpant deux à la fois les marches qui menaient à la loge des Professeurs, il ne fut pas surpris d'y trouver Flitwick, debout sur le banc du premier rang, et encourageant son équipe. Jetant un coup d'œil autour de lui, Severus se rendit compte que de nombreux élèves étaient déjà installés dans les gradins, pour regarder eux aussi les deux équipes s'entraîner.

« Oh, bonjour, Severus, » s'exclama le petit sorcier, tout en battant des mains vigoureusement pour saluer une manœuvre réussie. « Bien joué, Perpétua ! »

« Filius. »

Severus monta jusqu'au quatrième banc, tout au fond de la loge, et s'assit s'enveloppant dans sa cape pour se protéger du vent frisquet. Il sortit une paire de Multiplettes, et les dirigea sur le bout du terrain, où ses Serpentards s'entraînaient. Quinze minutes s'écoulèrent, et les Serpentards mirent pied à terre, afin de rentrer pour une dernière réunion de l'équipe avant le match. Les Serdaigles les suivirent peu de temps après.

Flitwick se retourna vers lui et annonça, « Je tiens à te dire, Severus, que tu as l'air en meilleure forme ces derniers temps. »

Severus baissa lentement les yeux vers le sorcier ridé. « Vraiment ? Je n'ai pas remarqué. »

« Tu dois bien être le seul. »

« Je crois que notre cher Severus dort plus qu'il ne le faisait auparavant, » lança une voix enjouée depuis les escaliers, et Flitwick faillit tomber de son banc d'amusement.

« Merci, Albus, » lâcha Severus, alors que le Directeur approchait de son banc.

Alors qu'il prenait place aux côtés de Severus, Albus lança à Flitwick un regard malicieux, auquel le petit sorcier répondit par un clin d'œil.

« Si vous voulez bien m'excuser, je vais aller adresser quelques mots d'encouragements à mon équipe. Que le meilleur gagne. »

« Alors comme ça vous êtes déjà résigné à perdre ? C'est aussi bien, finalement. »

« Au contraire, Severus, au contraire, » répondit Flitwick avec un sourire, avant de disparaître dans l'escalier.

Severus tourna la tête vers Dumbledore et le dévisagea. « Alors ? Qu'est-ce que vous voulez ? »

Le vieil homme sourit en lisant la méfiance apparente dans son regard. « Je voulais simplement savoir comment tu allais ces derniers temps, rien de plus. Est-ce qu'un Directeur n'a pas le droit de s'inquiéter pour ses professeurs ? »

Severus ricana en silence, et détourna ses yeux du regard bleu qui les tenait prisonniers.

« Pourquoi est-ce que vous vous fatiguez à me poser ces questions ? Ne croyez pas que je ne vous ai pas senti farfouiller dans ma tête. »

« Mais ce que je sais et ce que tu me dis, ce sont deux choses différentes, » répondit Albus après un moment de réflexion. « C'est ce que tu me dis sur toi-même qui me renseigne le mieux sur tes véritables sentiments. Tu connais les limites de la Légilimencie. »

La tête de Severus se tourna si vite qu'il risqua de se briser le cou, et il fixa le vieil homme d'un regard mauvais, mais Albus se contenta de rire.

« Ne te donne pas la peine de me dire à quel point tu me détestes, je le sais déjà. » Il leva les yeux vers le ciel, perdu dans ses pensées. « Tous les professeurs tiennent à toi, Severus. N'oublie surtout pas ça. »

« Et combien d'entre eux sont au courant de ce qui ne devrait concerner que moi ? » demanda t'il dans un grognement sourd.

« Je ne peux pas me porter garant pour Argus, nous n'en avons pas discuté, » répondit Albus. Il sourit en voyant Severus tressaillir à l'idée que Rusard soit au courant de sa vie privée, « mais je crois que la plupart de tes collègues sont au courant de la relation qui existe entre toi et le Professeur Granger. En fait, Sybill a même pris le temps de venir me rendre visite l'autre jour, pour mentionner en passant qu'elle avait prévu toute cette situation au moment où Hermione était encore son élève. »

« Mais oui, bien sûr, » marmonna t'il, ignorant le grand sourire qu'affichait le vieux sorcier. « Vous, par contre, vous vous y attendiez probablement. »

Albus rit. « Je ne peux pas nier que l'idée m'ait traversé l'esprit à plus d'une occasion. »

Severus était en train de composer mentalement une réponse cinglante, mais s'arrêta quand Hermione, Ron, Ginny, et Anne apparurent en haut de l'escalier, suivis bientôt de Minerva et de Flitwick, qui discutaient de l'équipe de Serdaigle et de sa chance de gagner la Coupe de Quidditch. Minerva, évidemment, souhaitait que la victoire revienne à n'importe qui sauf à un Serpentard, et elle faisait partager ses propres connaissances sur le Quidditch à Flitwick pour s'assurer de son succès.

« Hermione, désolé, je suis à votre place ! » s'excusa joyeusement Albus. Severus parvint à adresser un sourire timide à Hermione, qui eut la décence de rougir devant ce commentaire hardi du Directeur.

« Oh, mais si vous voulez vous asseoir là, restez, je vous en prie, Monsieur le Directeur, » commença t'elle, mais le vieil homme s'était déjà levé pour descendre à leur rencontre, afin de serrer les mains de Ron et Ginny.

« C'est si merveilleux de vous voir à nouveau ici à Poudlard ! Il me semble qu'hier encore vous étiez tous les deux sur ce terrain, emmenant l'équipe de Gryffondor à la victoire. »

« Toi aussi tu jouais au Quidditch ? » demanda Anne. Ron rougit jusqu'aux oreilles.

« Ouais, mais j'étais loin d'être aussi doué que Harry et Ginny. »

Hermione et Ginny échangèrent un regard, et se retinrent de rire en se souvenant combien Ron avait été mauvais à ses débuts. Hermione monta dans la loge pour s'asseoir à côté de Severus, et Ginny la suivit. Quelques minutes plus tard, Ron les suivit, Anne sur ses talons. Ils étaient toujours en train de discuter avec animation.

« Je ne peux pas croire qu'elle soit toujours en train de lui parler, » chuchota Hermione à Ginny.

« Au cas où tu l'aurais oublié, les seuls hommes qu'il y a ici sont vraiment vieux, » répondit Ginny, et Severus se pencha en avant pour lui lancer un regard mauvais. Elle corrigea rapidement, « Enfin, je voulais parler des hommes libres, Professeur. »

Sa grimace s'adoucit, et il lui adressa un petit sourire, qui disparut rapidement quand Hermione reprit la parole.

« Tu n'as pas encore rencontré Vasily ! C'est le nouveau professeur d'Arithmancie, il est russe, il est sublime, il – aïe ! »

Ginny lui avait donné un coup de coude dans les côtes, désignant Severus du regard. Hermione se retourna et vit que c'était maintenant elle que Severus regardait d'un œil noir.

« Mais il ne possède ni l'esprit vif ni le délicieux talent pour les sarcasmes auxquels je ne peux pas résister. »

Severus glissa un bras autour de sa taille, et elle se serra contre lui, posant une main sur son genou. Ron les vit tous les deux en venant s'installer, levant d'abord les sourcils, incrédule, avant que ceux-ci ne se rejoignent sur son front quand il adressa au couple un regard noir. Severus lui rendit ce regard, ses yeux sombres transperçant le rouquin, qui détourna finalement les yeux et vint s'asseoir aux côtés de Ginny.

En à peine dix minutes, les autres professeurs arrivèrent, Vasily compris, et Ginny convint qu'il était sublime. Quelques instants plus tard, les deux équipes entrèrent sur le terrain sous les applaudissements de tous les spectateurs. Madame Bibine vint les rejoindre, porteuse du coffre contenant les balles.

« C'est une belle journée pour un match de Quidditch, et c'est un grand match qui s'annonce aujourd'hui : Serdaigle contre Serpentard ! » s'exclama Stephen Stebbins, un Poufsouffle de cinquième année à l'esprit vif qui occupait le poste de commentateur.

Un coup de sifflet, et les deux équipes prirent leur envol. Madame Bibine libéra les quatre balles dans les airs. Serdaigle s'empara du Souaffle en premier, et Perpétua Deauclaire, la capitaine et Poursuiveuse star. Du bout du terrain, elle fit une passe à un autre Poursuiveur, qui laissa échapper le Souaffle. Il fut récupéré par Trevor Groot, le meilleur Poursuiveur que Serpentard ait jamais eu.

« Le Poursuiveur de Serdaigle a perdu le Souaffle, récupéré par Trevor Groot ! Ils sont maintenant à deux contre un, la Poursuiveuse Balbina Zabini s'éloigne maintenant d'eux pour filer vers le but ! »

Les deux Poursuiveurs foncèrent droit sur la Gardienne, Cynthia Ackerley, et Groot plongea vers le but de gauche, parvenant à feinter la Gardienne en faisant une passe en arrière à Zabini, qui avait elle tourné vers le but droit. Elle lança le Souaffle à travers l'anneau, un but facilement marqué.

« Les Serpentards ouvrent la marque, 10-0 ! »

Fawcett récupéra le Souaffle pour Serdaigle. Il fit une passe au troisième Poursuiveur, Kevin Entwhistle, qui fila tout droit, évitant un Cognard, avant de faire une passe à Deauclaire, qui tira rapidement et marqua un but à travers les bras tendus du gardien.

« Serdaigle répond par une combinaison de passes, et égalise à dix partout. »

Andrew Pritchard, Poursuiveur de Serpentard, remonta tout le terrain avec le Souaffle, ne ralentissant que pour permettre à Bradley Bole de dégager un Cognard, avant de faire une passe à Groot.

Severus quitta du regard les Poursuiveurs, pour se mettre à la recherche de Travers à travers ses Multiplettes. Il trouva son Attrapeur aux basques de Roger Sherwyn, l'autre Attrapeur, un petit quatrième année qui avait de bons yeux, et un remarquable contrôle de son balai. Ses yeux surveillaient frénétiquement le terrain, cherchant la lueur dorée du Vif D'Or dans l'éclat du soleil éclairant le terrain. Soudain, Sherwyn se coucha sur son manche, et fila tout droit. Travers fit un signe désespéré au Batteur le plus proche, Keene Broadmoor. Broadmoor prit un moment pour évaluer la trajectoire de l'Attrapeur qui plongeait, puis lui décocha un Cognard visé à la perfection. Le Cognard toucha l'arrière du balai de l'Attrapeur. Il fit un tour sur lui-même, et tomba sur le côté.

Minerva retint son souffle, et Flitwick se couvrit les yeux alors que l'Attrapeur ne tenait plus à son balai que d'une main. Il parvint à rattraper le manche de l'autre main, puis à lancer une jambe en l'air et à se remettre en selle. Une acclamation soulagée s'éleva dans le stade, même si on entendait les Serpentards siffler.

« C'était moins une ! Excellent tir du Batteur de Serpentard, Keene Broadmoor ! Il a failli totalement désarçonner Sherwyn ! »

Severus adressa un sourire moqueur à Minerva et à Flitwick, qui avait finalement ôté les mains de ses yeux, et se tenait debout sur la pointe des pieds sur le banc, avant de leur lancer, de sa voix la plus sirupeuse, « L'attaque fait peut-être le spectacle, mais c'est grâce à la défense qu'on gagne la partie. »

Madame Bibine siffla un arrêt de jeu et s'assura que l'Attrapeur de Serdaigle allait bien avant de laisser reprendre la partie. Les Serpentards avaient toujours le Souaffle, et Groot le passa à Andrew Pritchard qui doubla son défenseur et marqua, amenant le score à 20 à 10.

Deauclaire, Poursuiveuse de Serdaigle, remonta le terrain, feinta vers la gauche pour éviter Zabini, avant de lancer le Souaffle à Fawcett, mais Pritchard s'interposa et intercepta la passe à l'avantage de Serpentard comme si elle avait été pour lui, avant de filer droit devant lui vers les buts.

Severus eut un sourire moqueur pour Hermione quand Serpentard marqua à nouveau, et elle le rabroua, « Ne fais pas ton malin, leur Attrapeur est très doué. »

Sherwyn s'éleva plus haut dans les airs, les yeux fouillant toujours l'espace sans répit. Apparemment, sa rencontre un peu plus tôt avec le Cognard ne l'avait pas intimidé, et son homologue de Serpentard continuait à le suivre. Le match continuait sous eux, la défense Serpentard tenant en respect les Poursuiveurs de Serdaigle. Le score était maintenant de 80 à 30 pour Serpentard. Alors que Serdaigle était à l'attaque, Travers aperçut la petite balle d'or ailée et fonça vers elle, sachant qu'il n'aurait que quelques secondes d'avantage sur l'Attrapeur adverse.

« Regardez ! On dirait qu'ils ont vu le Vif d'Or tous les deux ! »

La foule se leva pour regarder les deux Attrapeurs se battre avec leurs balais loin au dessus du terrain, et retint son souffle quand un Cognard perdu rebondit vers Sherwyn. Il plongea en piqué pour l'éviter, mais perdit le Vif d'Or du regard.

Groot, Poursuiveur de Serpentard, s'éloigna de l'action qui se concentrait autour du Souaffle et vint serrer son balai contre celui de l'Attrapeur de Serdaigle, le déviant de sa course. Du terrain comme des tribunes, on cria à la faute, mais Madame Bibine ne vit rien et laissa continuer le jeu. Alors que Sherwyn tentait de revenir dans la course, Travers se pencha de plus belle, essayant de gagner encore un peu plus de vitesse sur son Nimbus 3000, jusqu'à ce que le Vif d'Or change brusquement de direction, tombant de six mètres et virant vers la gauche, droit sur la trajectoire de Roger Sherwyn.

« Incroyable ! Roger Sherwyn a attrapé le Vif d'Or ! Victoire de Serdaigle, 180 à 80 ! »

La foule explosa de joie, sauf les Serpentards, bien entendu, dont les huées et les sifflets étaient perceptibles dans le tintamarre. Hermione regarda Severus. Il avait les bras croisés, et affichait une grimace terriblement contrariée. Avec hésitation, elle posa une main sur son bras. Il laissa enfin échapper lentement le souffle qu'il retenait depuis que l'Attrapeur de Serdaigle avait pris le Vif d'Or en main, et se tourna vers elle, les traits fatigués.

« Gryffondor peut toujours battre Serdaigle, » dit-elle pleine d'espoir. Severus se contenta d'un reniflement dédaigneux.

« Je vais devoir attendre une année de plus avant de reprendre possession de la Coupe de Quidditch. Mais au moins, elle n'ira pas dans le bureau de Minerva, » ajouta t'il.

« Je suis sûre qu'elle se dit exactement la même chose. »

Ginny lui donna un coup de coude dans les côtes, et annonça, « On va prendre un verre aux Trois Balais, tu viens avec nous ? Vous aussi, Professeur Snape. »

« Oh, avec plaisir, » répondit immédiatement Hermione, avant de se retourner vers Severus qui secoua la tête.

« Il faut que j'aille m'occuper de la potion. »

« Tu es sûr que tu ne peux pas la mettre en stase et venir avec nous ? » Une fois de plus, il secoua la tête, et elle décida de ne pas insister. Elle se contenterait sans problème d'un match de Quidditch qui n'avait pas fait de victimes. « Alors je te retrouverai au labo en revenant. »

« Ça me convient tout à fait, » répondit Severus en se levant. Ses longs doigts enserrèrent un instant ceux d'Hermione, et leurs regards se croisèrent, avant qu'il ne descende dans les gradins, s'arrêtant pour présenter ses félicitations à Flitwick et lui serrer la main. Hermione sourit.

« Il n'est pas trop mal, finalement, quand il est poli, 'Mione, » commenta Ginny, regardant Severus discuter avec Minerva, et se retourner une dernière fois vers Hermione avant de descendre les escaliers.

« Il y a ça, et le fait qu'il ne te déteste pas. Je ne comprends toujours pas vraiment pourquoi il hait à ce point Harry et Ron. » Hermione se pencha un peu, et vit que Ron et Anne étaient toujours en grande conversation, même maintenant que le match était fini et que les gradins se vidaient. « Il a dû l'ensorceler ou quelque chose, ce n'est pas possible autrement ! »

« Tu plaisantes ? Il ne pourrait pas lancer un sortilège d'amour ou préparer un philtre même si sa vie en dépendait. »

« Alors peut-être qu'il lui plait vraiment. »

« Si on considère que l'alternative qu'elle a est ce type canon, soit elle l'aime bien, soit elle est lesbienne. » Ginny continuait de manger des yeux Vasily Borodin, qui discutait avec Flitwick. « Hé, tu penses que Vasily voudrait venir prendre un verre avec nous ? »

Vasily se joignit effectivement à eux pour leur sortie à Pré au Lard, tout comme le firent Minerva, Hagrid, et Flitwick quand ils eurent vent de l'invitation. A son grand chagrin, Ginny n'eut que peu d'occasions de discuter avec Vasily. Les heures passèrent rapidement, et avant que quiconque n'ait eu le temps de le réaliser, la nuit était tombée. Ginny et Ron firent leurs adieux, Ron glissa discrètement à Anne un morceau de papier, et ils Transplanèrent.

Les professeurs rentrèrent à Poudlard, et se séparèrent dans l'entrée. Hermione descendit dans les cachots, où elle et Severus partagèrent un dîner sur le coin d'une table du laboratoire, avant d'y passer la plus grande partie de la soirée à travailler sur la potion. Plusieurs heures plus tard, ils se retirèrent dans les quartiers tous proches de Severus, et Hermione s'endormit rapidement.

Alors qu'elle rêvait encore une fois de Harry et Drago, Severus, étendu à ses côtés, plongea dans son esprit obscurci, qui n'offrait pas la moindre résistance pendant qu'elle dormait.

Il ne lui fallut qu'un moment pour se retrouver aspiré dans son rêve. Hermione était entourée de brouillard, la voix de Harry lui parvenait à travers ce nuage comme celle d'un fantôme.

« Drago est en train de mourir, tu ne te souviens pas ? »

Severus essaya de percer le brouillard qui les entourait, mais il ne pût distinguer les fantômes qui y flottaient, les souvenirs qui s'y pressaient, si proches, mais néanmoins hors d'atteinte, alors il la suivit, courant, mais toujours sur ses gardes. Les voix désincarnées se rapprochaient, jusqu'à ce qu'ils rejoignent Harry qui se tenait devant un grand lit. Drago y était étendu, comme un squelette vivant, et il tourna lentement la tête vers elle, ses yeux bleu glacier leur passant à travers.

« Je meurs, tu ne te souviens pas ? »

Drago se désincarna. Sa peau se désagrégea, ses cheveux blancs tombèrent peu à peu, jusqu'à ce qu'il ne reste de lui qu'un squelette. Harry grimpa dans le lit à ses côtés.

Hermione se réveilla en sursaut, et Severus aperçut un fragment, un lambeau de quelque chose qu'elle avait oublié, une vision d'un Drago extrêmement malade étendu dans un lit, qui disparut presque immédiatement. Sortant de son esprit, il la serra contre lui. Il la tint dans ses bras jusqu'à ce que sa respiration ralentisse, et qu'elle se calme.

« Alors ? » demanda t'elle.

« Je pense qu'il y a un sortilège d'Amnésie, quelque chose de costaud. J'ai vu quelque chose, un morceau d'un souvenir plus grand, qui aurait été effacé sans ménagements. »

« Tu peux le récupérer ? »

« Peut-être. Il nous faudra plus de temps. »

« Qu'est-ce que… A ton avis, qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Je pense que tu le sais déjà. » répondit finalement Severus, d'un ton posé.

« C'était Harry, pas vrai ? C'est lui qui a fait ça. »