Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, et l'histoire de enlightenedkitty.

Chapitre vingt-sept

Severus était assis face à Albus Dumbledore. Il fusillait le Directeur de son regard le plus noir, et Albus lui rendait ce regard avec tout autant de férocité.

« Severus, tu sais combien il peut être dangereux d'essayer de récupérer des souvenirs effacés. »

« Mais il y a quelque chose d'important dans ces souvenirs ! Je le sais, et je suis persuadé que Potter est derrière tout ça ! »

« Et même si Harry avait effacé la mémoire d'Hermione ? Qu'est-ce que tu t'attends à trouver ? » Severus n'avait pas de réponse toute prête à cette question, et il détourna le regard vers les flammes de la cheminée. « Il y a des secrets qui doivent encore être gardés même des plus loyaux d'entre nous. Je te demande de ne pas continuer à chercher à récupérer ces souvenirs. »

Il comprit que le sujet était clos, qu'Albus refuserait de discuter plus longtemps du sujet. Le visage fermé, Severus se leva de son fauteuil près du feu.

« Vous avez tort d'accorder tant de confiance à Potter, » siffla t'il, rendant regard pour regard au vieux sorcier. « Souvenez-vous de ces mots ! »

Severus tourna les talons, et dans un claquement de robes, sortit du bureau à grandes enjambées.

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Harry Potter se frotta les yeux et regarda la silhouette étendue dans le lit tout proche. L'état de Drago empirait, il ne pouvait plus se voiler la face plus longtemps. Se levant de son fauteuil, il sortit de la chambre, incapable de réfléchir correctement. Il se mit à faire les cent pas dans le salon, ignorant le désordre qui s'étalait partout, les meubles dépareillés, consumé uniquement de ses pensées qui semblaient revenir toujours et encore à Voldemort.

Voldemort saurait certainement comment contrer ce sort ancien qui tuait Drago à petit feu. Un sort pareil, le Seigneur des Ténèbres devait le connaître. Mais comment est-ce qu'il pourrait l'approcher sans tout lui révéler, l'état de Drago, sa propre supercherie, et son travail d'espion contre lui ? Voldemort le tuerait certainement. Après tout, le destin voulait que l'un d'entre eux tue l'autre. Harry frissonna quand le souvenir de cette vieille prophétie lui revint à l'esprit. Il serra ses bras contre lui.

Se jetant dans un fauteuil mangé aux mites, il se prit la tête entre les mains. Il resta comme ça, immobile, pendant près d'une heure, avant de finalement se lever et marcher d'un pas décidé vers la cuisine, qui avait été transformée en laboratoire d'appoint. Il trouva la fiole qu'il cherchait, et en avala le contenu en une seule gorgée. Il résista à l'envie de vomir qui le saisit alors que ses entrailles se tordaient et que sa peau brûlait comme si elle était en feu. Ces sensations disparurent, et il regarda les longs doigts fins de sa main droite. Ses vêtements flottaient un peu ; même en bonne santé, Drago était un peu plus mince que lui, mais Harry décida de ne pas se changer, et enfila sa cape noire. Il ne serait pas absent assez longtemps pour que ça fasse la moindre différence, et, puisqu'il avait pris le Polynectar standard, et pas la version qui durait plus longtemps, il redeviendrait lui-même relativement rapidement.

Il s'arrêta à la porte, pour se répéter une fois encore qu'il faisait ce qu'il devait faire, et quitta l'appartement sans un regard en arrière. Ensuite, Harry se tourna vers le seul homme qui pourrait lui donner exactement ce dont il avait besoin sans poser de questions embarrassantes : Albus Dumbledore.

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Hermione était assise dans son bureau, regardant par la fenêtre. Il tombait une bruine qui les avait retenus prisonniers, elle et les autres habitants du château, ces derniers jours. Jusqu'à maintenant, le mois de mars s'était montré gris et pluvieux, ce qui ne faisait qu'ajouter à ses idées sombres. Severus avait fait peu de progrès dans ses tentatives de briser le sortilège d'amnésie, même s'il continuait d'essayer chaque nuit, malgré la mise en garde de Dumbledore lui demandant de laisser les choses telles qu'elles étaient.

Cette dispute avait créé une fracture notable entre Albus et Severus, même si de son côté Hermione essayait de ne pas garder de grief contre le Directeur. Elle savait qu'il essayait seulement de la protéger, tout en s'efforçant de protéger également Harry et la mystérieuse mission qu'il accomplissait sans supervision aucune. Mais Hermione commençait à avoir des doutes sur son meilleur ami, surtout maintenant que ces rêves se faisaient plus fréquents.

Ça devenait de plus en plus difficile pour elle de dormir la nuit, et la présence de Severus était la seule chose qui lui donnait un peu de tranquillité d'esprit. Ça la calmait de simplement savoir qu'il était là, avec elle dans ses rêves, même si elle ne pouvait pas le voir, sachant que quand ce serait fini, il serait présent pour la réconforter.

Elle revint vers les copies qu'elle avait ignorées pendant la dernière demi-heure, et essaya de se concentrer, mais son esprit revenait sans cesse au rêve et à Harry. Elle aurait désespérément voulu aller voir Severus, il aurait été capable de la rassurer, mais il était au milieu d'un double cours de potions. Elle reposa la plume avec laquelle elle jouait distraitement, et soupira.

Elle se leva et s'apprêtait à se préparer du thé quand elle fut surprise par le bruissement des flammes dans la cheminée. Elle se retourna pour découvrir la tête d'Albus Dumbledore au milieu des flammes vertes.

« Professeur Granger, est-ce que vous voulez bien m'accorder un mot dans mon bureau ? »

Hermione, surmontant rapidement sa surprise, accepta, « Mais bien sûr, Monsieur. J'arrive dans un instant. »

Elle sortit rapidement de son bureau pour rejoindre le Directeur dans le sien. Donnant le mot de passe à la gargouille, qui la laissa entrer sans dire un mot, elle monta les escaliers et trouva la porte ouverte.

« Hermione, je vous en prie, entrez et asseyez-vous. » Assis derrière son bureau, Albus désigna une théière dont le couvercle tintinnabulait gaiement, demandant, « Est-ce que je peux vous proposer une tasse de thé, ma chère ? Pour ma part, j'allais justement m'en servir une. »

Elle sourit en s'asseyant devant le grand bureau. « Je veux bien, merci. J'allais justement me préparer une théière dans mon bureau quand vous avez appelé. »

« Quel chance pour tous les deux, alors, nous n'aurons pas à boire notre thé seuls. »

Il servit deux tasses et en tendit une à Hermione. Elle but avec précaution. Dumbledore lui sourit par dessus ses lunettes en demi-lunes. Il but lui aussi, et ils restèrent silencieux un moment.

« Comment est-ce que vous allez ? Tout va bien ? » demanda t'il, une fois qu'ils eurent tous les deux reposé leur tasse et leur soucoupe.

Elle haussa les épaules. « Plus ou moins, oui. »

« J'espère que vos classes ne sont pas une charge trop lourde. »

« Non, ça va, et je suis contente de ne plus avoir à enseigner aux première et deuxième année. Ça me laisse vraiment plus de temps pour travailler sur la potion. »

« C'est bien ce que j'avais espéré. Et est-ce que vous faites également des progrès dans ce domaine ? »

« Nous n'avons pas fait de découverte majeure depuis un moment, mais c'était prévisible, même si ça reste décevant. »

« Oui, j'imagine. » Ses yeux bleus restèrent posés sur elle un instant. « Et comment va Severus ? Il est plutôt doué pour m'éviter quand il en a envie. »

« Oui, c'est vrai. Je pense qu'il va bien. Il est toujours en colère, mais il va se calmer. Avec le temps. »

« Et vous ? Est-ce que vous aussi vous êtes en colère contre moi ? »

Le calme descendit sur la pièce, et Hermione plongea le regard dans les flammes de la cheminée. Finalement, elle leva les yeux vers lui et répondit. « Non, plus maintenant. Je l'étais, au début, mais je me suis rendue compte depuis que vous essayiez seulement de nous protéger tous. »

Une fois encore, Dumbledore l'observa longuement. Les rides de son visage se firent plus prononcées, et ses yeux bleus brillants trahirent sa fatigue.

« Quelle que soit la chose cachée dans votre esprit, Hermione, je crois que si on vous l'a faite oublier, c'était avec de bonnes intentions, et sans penser à mal. Si Harry devait se retrouver… compromis, ça signifierait sa mort, et le triomphe de Voldemort. C'est pour cela que je vous conjure de ne pas essayer de retrouver ces souvenirs inaccessibles, pour notre salut à tous. »

« Mais et si c'était quelque chose que j'avais besoin de savoir ? Quelque chose d'important ? »

Le vieil homme secoua la tête. « J'ai peur que nous ne devions placer toute notre confiance en Harry, car il est le seul à pouvoir vaincre Voldemort. »

Mais est-ce qu'il peut y arriver seul ? se demanda t'elle, même si elle ne fit pas cette remarque à voix haute.

« Est-ce que vous voulez une dragée surprise de Bertie Crochu ? » proposa Dumbledore, poussant vers elle un bol de friandises multicolores. Elle refusa, et, après un moment, il annonça. « Je vais devoir vous laisser, il faut que j'aille parler à Hagrid. J'ai reçu un certain nombre de plaintes de la part de parents qui n'apprécient pas la nouvelle espèce sur laquelle il fait travailler ses élèves en ce moment. »

Hermione se retint de frissonner en repensant à ses propres expériences avec les précédentes tentatives d'élevage d'Hagrid, les Scrouts à Pétard.

« Il faut que je descende dans les cachots de toute façon. Je dois jeter un œil à la potion. »

« Je pourrais peut-être vous accompagner avant d'aller voir Hagrid. Je n'ai pas vu la potion récemment, et Severus n'aime pas que je sois dans les parages quand il travaille. »

« Il est en classe pour le moment, nous aurons le laboratoire pour nous tout seuls. »

Ils sortirent du bureau de Dumbledore et descendirent vers les cachots, tout en discutant en chemin de la Coupe de Quidditch. Ils évoquèrent le match de la semaine précédente, Gryffondor contre Poufsouffle, que Gryffondor avait gagné – peut-être l'un des matchs les plus ennuyeux de l'histoire du Quidditch – et le prochain match en avril, Serpentard contre Poufsouffle, que, sauf miracle de la part de Poufsouffle, Serpentard n'aurait pas de mal à gagner. Ils convinrent tous les deux que Serdaigle gagnerait sans doute la Coupe, à moins que Gryffondor ne parvienne à les battre lors du dernier match de la saison.

Quand ils arrivèrent à la salle de classe qui servait de laboratoire, Albus écouta avec attention Hermione qui lui expliqua patiemment ce que contenaient les différents chaudrons, hochant la tête pour lui montrer qu'il comprenait le travail complexe qu'ils avaient effectué.

« Est-ce que je pourrais avoir un échantillon de la potion ? » demanda Albus une fois qu'elle eut terminé ses explications. « J'aimerais pouvoir la montrer à une certaine personne. »

« Bien sûr, » accepta Hermione, sans réfléchir à deux fois à cette demande. Elle ajouta, « tant qu'elle ne finit pas entre les mains de Voldemort, je suis sûre que ça ne pose pas de problème. »

Elle alla jusqu'au placard où Severus avait commencé à stocker la Mortalis Fallax terminée, en versa dans une petite fiole de verre qu'elle reboucha. Elle tendit la potion à Albus en disant, « Il y en a l'équivalent de deux doses là-dedans. »

Albus reçut la fiole avec un sourire, et ses yeux bleus pétillèrent quand il la rangea quelque part dans ses robes. « Merci, mon enfant. Je vous en prie, tenez-moi informé des progrès sur la potion. Je crains que Severus ne le fasse pas. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, il faut vraiment que j'aille parler à Hagrid de ses créatures. Encore merci pour la potion. »

Avec un signe de la main, le Directeur se glissa hors de la pièce, et Hermione se plongea dans les notes de Severus, l'incident déjà oublié.

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Hermione n'avait rien vu d'extraordinaire à ce qu'Albus demande un échantillon de Mortalis Fallax, puisque c'était une potion expérimentale dont il avait suivi de près le développement. Elle ne mentionna cet incident à Severus que quelques jours plus tard.

« Hein ? » siffla t'il d'un ton dangereusement calme. « Albus a pris de la potion et tu ne m'en as rien dit ? Mais pourquoi ? »

« Je n'ai pas vu quel mal il pouvait y avoir à cela. »

« Pas vu le mal ? » répéta t'il, plissant les yeux. « Pas une goutte de cette potion ne doit sortir de cette pièce sans mon approbation, est-ce que tu comprends ? Je me fiche de savoir si c'est pour Albus Dumbledore, le Ministre, ou ton cher Harry Potter ! »

Hermione ne comprenait pas pourquoi il se mettait dans cet état, et le lui dit. « Mais qu'est-ce que ça peut bien te faire si Dumbledore a la potion ? Ce n'est pas comme s'il allait la donner à Voldemort ! »

« C'est ma potion, et personne n'y touche, » dit-il, son regard noir proclamant que le sujet était maintenant clos. Il se retira jusqu'au fauteuil près de la cheminée.

Hermione l'observait, depuis l'endroit où elle se tenait près des chaudrons. Elle réfléchissait.

« Tu penses qu'il va l'envoyer à Harry ? Est-ce que c'est de ça dont tu as peur ? » Severus se contenta de la fusiller du regard pour toute réponse. « Je sais que Harry se comporte de façon bizarre, mais je pense que Dumbledore a raison. Nous devons lui faire confiance. »

« Toi, plus qu'une autre, tu devrais savoir qu'il faut se méfier de lui ! » ajouta t'il, avec une lenteur délibérée. « A moins que tu n'aie déjà oublié ce qu'il t'a fait ? »

« Non ! Mais je pense qu'il se passe peut-être plus de choses que ce que nous savons, et que nous ferions peut-être mieux de nous tenir à l'écart. »

Il plissa les yeux. « Alors Albus a fait plus que simplement te parler de la potion. »

« Nous avons discuté, oui, si c'est ce que tu veux savoir. Imagine qu'il ait raison ? On ne devrait peut-être pas s'en mêler. »

« Est-ce que je dois comprendre que tu ne tiens plus à retrouver tes souvenirs perdus ? »

Elle ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma, fronçant les sourcils alors qu'elle réfléchissait à sa réponse. « Je ne sais pas. Albus m'a demandé de ne pas le faire, mais ce sont mes souvenirs, et j'ai l'impression que j'ai le droit de les retrouver, quelle que soit la chose que Harry essaie de cacher. »

« Très bien, » répondit Severus, réprimant un sourire victorieux. « Ne faisons rien avant d'avoir découvert ce qui se cache dans ces souvenirs. »

Hermione accepta, et, si elle espérait en secret que ce ne serait rien de grave, elle savait bien à quoi s'attendre.