Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty.

Chapitre trente

Il était tard quand Harry revint finalement à l'appartement de Berlin. Drago avait passé les vingt-quatre heures écoulées à se ronger les sangs, à s'inquiéter pour Harry, ce que faisait Harry, ce que Harry avait l'intention de faire. Il était complètement dans le noir, et il n'aimait pas ça du tout. Entendant murmurer des sorts dans le couloir, il fixa un point à gauche de la porte. Elle s'ouvrit, et Harry apparut, appuyé contre l'autre côté du montant.

« Où est-ce que tu étais ? Est-ce que tu sais à quel point j'étais inquiet ? J'ai cru que tu ne reviendrais pas. » demanda nonchalamment Drago. Sa voix dissimulait la colère qu'il ressentait, mais son refus d'aller rejoindre Harry à la porte n'en cachait rien.

« Drago, je t'en prie, ne fais pas ça, » plaida Harry, le regard fatigué et implorant. Il laissa tomber son balai, ainsi qu'un sac qu'il avait à l'épaule. « Je n'ai pas dormi depuis près de deux jours, et je n'ai pas assez d'énergie pour ça. »

Ses vêtements pendaient de son corps, comme s'ils étaient devenus trop grands pour lui pendant son absence, il avait une coupure sur la lèvre inférieure, et Drago percevait l'épuisement pur et simple qui émanait de lui. Il céda, laissa Harry garder ses secrets encore une fois, et traversa la pièce pour se jeter dans ses bras ouverts.

Après un instant, Harry écarta la tête, et lui assura, « Nous en parlerons demain, je te le promets. » Drago se força à lui adresser un petit sourire, et hocha la tête, avant de poser à nouveau le visage contre l'épaule de Harry. « C'est pour nous deux que je fais ça. »

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A un moment donné, entre onze heures et minuit ce soir-là, Minerva McGonagall était venue à l'infirmerie, et, avec l'aide de Poppy Pomfresh, avait forcé Severus et Hermione à passer le reste de la nuit ailleurs. Severus était resté au chevet de Dumbledore, à attendre un signe qu'il se réveillerait, malgré les assurances de Poppy qui lui avait promis qu'elle le préviendrait s'il y avait le moindre changement dans son état. Hermione était restée pour Severus, même s'il était distant, et qu'ils s'étaient à peine parlé. Une fois dans le couloir, Severus se tourna en direction des cachots, et Hermione l'arrêta, posant une main sur son bras.

« Mes quartiers sont juste dans le couloir d'à côté. Nous serons plus près s'il y a du nouveau pour Albus. »

« J'ai des choses à faire dans les cachots, » répondit-il, écartant le bras sans la regarder franchement.

Fronçant les sourcils, elle insista, « Tu ne viens pas, même un instant ? »

« Non, je ne pense pas. J'ai beaucoup de travail, et chaque minute compte. » Quand il la regarda enfin, ses yeux étaient froids. « Les cours reprennent comme à l'accoutumée demain matin, alors je pense que je te verrai au déjeuner. »

Sur ces mots, il tourna les talons et descendit vers ses cachots, seul.

« Je n'ai même pas droit à un baiser ? » Soupirant, elle le regarda s'éloigner, se demandant quelle part l'attaque sur Albus avait dans ce comportement, et quelle part n'était due qu'à elle, même si elle était incapable de comprendre ce qu'elle avait pu faire de mal. Elle se retourna, et avança dans la direction opposée, vers ses quartiers, peu impatiente à l'idée de dormir seule pour la seconde nuit d'affilée. La nuit dernière, quand il avait prétendu ne pas pouvoir venir parce qu'il avait des copies à corriger, elle s'était dit que ce n'était qu'une lubie, mais ce deuxième soir la poussait à s'interroger.

Severus avait baissé la tête en entendant le son de sa voix, mais s'était forcé à continuer à avancer, à ne pas s'arrêter, à ne pas se précipiter vers elle pour la prendre dans ses bras. Sa tête lui disait de continuer à avancer, vers les cachots, et loin d'Hermione.

Il avait commencé à se rendre compte qu'il était temps qu'il s'éloigne, qu'il se sépare d'elle. L'année scolaire allait se terminer dans à peine deux mois, et elle partirait alors. Il valait mieux qu'il empêche tout attachement qu'il pouvait avoir envers cette fille de se développer plus avant, les choses seraient plus faciles comme ça en juin. C'était mieux. Elle lui manquerait dans les cachots, il le savait déjà. C'était idiot de voir à quel point il s'était mis à compter sur son assistance avec la Mortalis Fallax. Elle avait été utile, cependant. Oui, elle lui manquerait. Dans ses cachots.

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Elle rêvait encore, mais cette fois-ci, elle était seule, elle ne sentait pas Severus dans son dos, sa présence constante mais invisible, tandis qu'elle suivait Harry à travers le brouillard.

« Harry ! » appela-t-elle, même si elle savait qu'il ne répondrait pas.

« Il meurt, et il n'y a que moi qui puisse le sauver. »

« Drago ? Qui peut le sauver ? »

Elle s'arrêta, ne voulant pas le suivre plus loin. Elle était fatiguée de ce rêve, malade de le voir passer et repasser dans sa tête, sans jamais parvenir à comprendre ce que Harry lui disait.

« Harry ! » cria-t-elle une dernière fois à sa silhouette qui s'éloignait.

Les brumes l'enveloppèrent, et elle ne put plus distinguer Harry. Le vide de l'endroit commença à l'oppresser, et elle se mit à paniquer, à l'appeler et à tourner désespérément. Elle était perdue s'il n'y avait personne pour la guider. Les secondes devinrent des minutes, et les minutes s'écoulèrent, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus se souvenir depuis combien de temps elle était dans le brouillard, comme ça, toute seule.

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Tôt le lendemain matin, Drago se réveilla, épuisé et fourbu, comme s'il avait couru un marathon dans son sommeil. Il n'était qu'un peu plus de cinq heures, mais il ne pensait pas pouvoir retrouver le sommeil. La potion cessait déjà de faire son effet, et il était sincèrement tenté d'en reprendre, avant de perdre l'usage de tous ses muscles et de se retrouver cloué au lit jusqu'à sa prochaine dose. Il ne le ferait pas, il le savait, parce que Harry se mettrait en colère. Prendre la potion le rapprochait chaque fois un peu plus du jour inéluctable de sa propre mort.

Drago regarda un instant la silhouette endormie à ses côtés, et décida de laisser Harry dormir. Il ne savait pas ce qu'il avait pu faire la nuit précédente, mais la dernière fois que Drago l'avait vu revenir aussi fatigué, c'était il y avait quelques mois, quand Voldemort l'avait convoqué pour une Assemblée des Ténèbres, et qu'il était resté absent pendant plus d'une journée et demie.

Il se leva et alla à la cuisine, se préparer une tasse de thé, et revint vers le canapé défraîchi pour le boire. Le liquide chaud glissait dans sa gorge, le réveillant progressivement. Il s'assit pour réfléchir au comportement de Harry et à la chaleur de la tasse qu'il avait à la main. Il avait l'impression de comprendre la tasse mieux qu'il ne comprenait son amant.

Il avait bu la moitié de son thé quand une vague de fatigue le prit par surprise. Reposant sa tasse avec précaution, il s'étendit sur le canapé. Il n'était pas sûr que ses jambes pourraient le porter jusqu'à la chambre, et il ne tenait pas à réveiller Harry pour lui demander son aide. Il ferma les yeux et tomba dans un sommeil léger mais agité.

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Après s'être occupé autant qu'il le pouvait dans le laboratoire, Severus céda finalement, se disant qu'il devrait peut-être aller voir Hermione. Ils n'avaient pas fait de progrès sur les souvenirs auxquels elle ne parvenait pas à accéder, et le rêve semblait leur meilleur moyen d'y parvenir, en particulier maintenant, après cette attaque sur Dumbledore. Il monta chez elle et s'assit dans un fauteuil, pour regarder pendant des heures une Hermione qui dormait, ignorant sa présence dans la pièce.

Il était presque sept heures du matin quand elle commença à s'agiter dans son lit, ses jambes s'emmêlant dans les draps, et il sut que le rêve venait de commencer. Prenant une profonde inspiration, il ôta ses robes, se pencha vers le lit pour la prendre dans ses bras. Tendant son esprit vers celui d'Hermione, il murmura le mot magique, « Legilimens. »

Le brouillard l'enveloppa, et il se retrouva dans les airs, juste derrière Hermione. Tendant les bras, il se serra contre sa silhouette qui flottait, même si elle ne pouvait pas sentir sa présence.

« Il faut que je te dise quelque chose, Hermione, » appela Harry, sa voix venant de quelque part, plus loin dans le brouillard. « Il faudra que je t'en parle bientôt. »

Comme si la présence de Severus lui donnait du courage, Hermione se mit à avancer vers la voix. Severus la suivit, et ils se retrouvèrent bientôt dans une clairière. Tout était différent de ce qu'ils avaient vu avant, il n'y avait pas de lit, pas de Drago. Harry se tenait face à eux, mais pas le Harry adulte, un Harry d'une quinzaine d'années. Il ressemblait à l'adolescent en colère qu'il était la plupart du temps dans l'esprit de Severus. Il portait un pull aux couleurs de Gryffondor, un jean usé, et des baskets en piètre état.

« Hermione, il faut que je te dise quelque chose. »

« Parle-moi, Harry. »

Severus aperçut un rai de lumière juste derrière l'épaule de Harry, et avança dans cette direction, flottant à travers le brouillard, derrière Harry qui ne lui accordait pas la moindre attention. Soudain, Severus s'arrêta devant la source de cette lumière. Passant à travers un trou de serrure, elle découpait la brume comme un rayon fer chaud. Instinctivement, Severus se pencha et pour coller un œil à cette serrure, battant des paupières le temps que son regard s'habitue à la luminosité.

Il ne reconnut rien au début, tout n'était qu'images floues, jusqu'à ce qu'elles grandissent et deviennent plus claires. Severus tomba en avant, à travers le trou de serrure, au milieu d'images qui glissaient autour de lui. Après un moment, il réalisa qu'il pouvait voir Harry dans chacune d'entre elles – d'une façon ou d'une autre, Severus avait trouvé un moyen d'entrer dans l'esprit de Harry !

Harry discutant avec Lucius Malefoy au Ministère… Courant dans la Forêt Interdite avec Ron… nu et enlaçant Drago Malefoy… Rendant visite à Hermione, pétrifiée, à l'infirmerie… s'agenouillant devant Voldemort…

Tout devint noir, et Severus se redressa d'un bond dans le lit, le souffle court, le cœur battant à tout rompre. Hermione se leva précipitamment dès qu'elle se réveilla et le vit.

« Merlin, Severus, tu m'as fait une de ces peurs ! Depuis combien de temps est-ce que tu es là ? »

Il se frotta longuement le visage de ses mains, alors qu'elle se rasseyait sur le lit à ses côtés, posant timidement une main sur sa chemise blanche. Il ne parla qu'après un long moment.

« J'étais dans son esprit. C'était Harry, et je l'ai vu discuter avec Voldemort. C'est tout ce que j'ai pu voir avant que la connexion ne s'interrompe, mais ce que ces scènes impliquent est perturbant. » S'adossant à la tête de lit, il ferma les yeux.

« Qu'est-ce que nous pouvons faire maintenant ? Il n'y a que Dumbledore qui sache où il est ! »

« Dans ce cas, nous irons voir Dumbledore, » répliqua-t-il. Quand il rouvrit les yeux, elle fut incapable de déchiffrer son regard. Il glissa un bras autour de ses épaules, et l'attira contre lui. « Rendors-toi. Nous nous occuperons de tout ça quand tu te seras reposée. »

Soudain fatiguée à nouveau en l'entendant parler de repos, Hermione posa le visage contre le torse de Severus. Il avait l'odeur de ses cachots. Elle aurait voulu lui demander pourquoi il se montrait si distant avec elle à chaque fois qu'elle disait quelque chose, mais fut incapable de trouver ses mots. Elle s'endormit finalement, eut des rêves calmes et paisibles, mais quand elle s'éveilla une heure plus tard, juste à temps pour les cours, Severus était parti.

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Loin de là, dans son appartement berlinois, Harry Potter lui aussi se réveilla en sursaut, réalisant soudain que Snape était dans son esprit, et le repoussant rapidement. Il s'inquiéta un moment – Snape avait peut-être vu quelque chose – mais se calma rapidement. Il mettrait son plan à exécution le lendemain, alors que Snape sache tout ne pourrait pas y changer grand chose.

Après un moment, il se rendit également compte que le lit était vide, que Drago n'était pas là. Un coup d'œil au réveil lui indiqua qu'il était déjà neuf heures, et que Drago l'avait tout simplement laissé dormir. Il repoussa les couvertures et se leva, ne prenant que quelques minutes pour enfiler un pantalon à peu près propre qui traînait au sol, et un tee-shirt blanc. Il prit également un pull vert pour plus tard.

Entrant dans le salon, il vit Drago endormi sur le canapé et sourit, résistant à l'envie de l'embrasser et de le réveiller. Il alla à la cuisine se préparer un sandwich en vitesse.

« Harry ? C'est toi ? »

Des cheveux noirs en bataille, une paire de lunettes, et un Harry souriant apparurent à la porte de la cuisine. Avalant la dernière bouchée de son sandwich au jambon et au fromage, il lança, « Je ne voulais pas te réveiller ! »

« Je me reposais un peu, ce n'est rien, » répondit Drago. Se sentant plus fort que tout à l'heure, il quitta son canapé pour venir rejoindre Harry dans la cuisine. Celui-ci tenait à la main la fiole de Polynectar, et lui adressa un sourire coupable quand Drago entra.

« Tu vas quelque part ? »

« Oui, il faut que je fasse un saut au Ministère, mais je reviendrai dans l'après-midi. »

« Est-ce que tu veux bien me dire ce qui se passe, avant ? »

Les yeux verts de Harry se voilèrent et, reposant la potion, il s'appuya lourdement sur l'évier. Il en avait assez de garder des secrets pour Drago. Le néon au dessus d'eux clignota. Sa lumière crue accentuait la fatigue qui se lisait sur le visage déjà pâle de Drago.

« D'accord, nous allons parler, » répondit-il dans un long soupir. « Est-ce que tu as faim, soif ? »

Drago secoua la tête, silencieux. Sa façon de froncer légèrement les sourcils montrait bien qu'il se fatiguait des tentatives de Harry de le distraire de la question. Finalement, Harry prit la parole.

« J'ai commencé à y penser il y a quelques mois, juste après Noël, en fait. Il m'a fallu un peu de temps pour régler les détails, mais j'y suis finalement arrivé. »

Drago attendit patiemment pendant que Harry jouait avec le bas de son tee-shirt, et réarrangeait les mots dans son esprit. Il leva alors la tête, et plongea son regard vert dans les yeux gris de Drago.

« J'ai décidé de demander de l'aide à Voldemort, parce que je me suis dit, 'Qui d'autre que le Seigneur des Ténèbres en personne pourrait bien connaître un sort aussi maléfique ?' » Harry baissa les yeux, mais poursuivit, « Mais le hic, c'était de trouver comment le convaincre de me donner le contre-sort. Je n'avais rien à lui offrir, sauf une chose. »

Un silence lourd s'abattit alors que Drago dévisageait Harry, confus d'abord, puis étonné alors qu'il comprenait.

« Tu as offert de le rejoindre ? » Sa voix était à peine plus qu'un murmure, comme si de prononcer ces mots à voix basse pouvait les empêcher d'être vrais. Harry acquiesça, évitant toujours le regard de Drago qui lui demandait, « Mais pourquoi ? Après tout ce pour quoi tu… pour quoi nous nous sommes battus… »

« Je… Je m'en fiche. » Harry releva la tête, ses larmes retenues donnant à ses yeux un éclat comparable à celui d'émeraudes. « Qu'est-ce que ça peut me faire, qu'on gagne ou qu'on perde, si toi… Si tu n'es plus là ? »

Le cœur de Drago se serra dans sa poitrine, comme si quelqu'un avait plongé une main en lui pour le serrer de toutes ses forces. Il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il avait envie, désespérément, de tendre la main à Harry, d'essayer de le réconforter, mais il fallait d'abord qu'il entende la suite, le revers de la médaille qu'il ne pouvait pas manquer d'y avoir quand on traitait avec le Seigneur des Ténèbres.

« Qu'est-ce que tu as offert à Voldemort ? » demanda-t-il doucement, si bas qu'au début, il ne fut pas sûr que Harry l'ait entendu. Il était sur le point de répéter sa question, quand Harry lui répondit, d'un ton aussi bas que celui sur lequel Drago l'avait interrogé.

« Tout ce qu'il voulait. Dumbledore, Poudlard, la potion de Snape. Tout. » Une fois encore, il fut incapable de regarder Drago dans les yeux, et c'était tout aussi bien, parce qu'il n'aurait pas eu la force de supporter la tristesse qui s'y lisait. « Hier, je suis allé à Poudlard, j'ai volé la potion, empoisonné Dumbledore, et cherché tout ce que je pouvais sur les défenses du château. J'ai trouvé plusieurs informations, mais je sais qu'il doit y en avoir plus, alors je dois aller au Ministère, et voir ce que je peux y trouver. »

« Harry, » murmura Drago, ne sachant pas quoi ajouter.

« Je retourne voir Voldemort demain, et une fois que tout sera fini, il te guérira. »

Drago se tenait debout dans la cuisine, muet, regardant Harry Potter, le Garçon Qui Avait Survécu, le seul homme qui pouvait vaincre le sorcier le plus puissant de l'histoire. Celui qui sacrifiait le bien de tous les sorcier par amour pour lui.

« Harry… »

« Il faut que j'y aille. »

Harry glissa le Polynectar dans sa poche, ne sachant pas vraiment s'il en aurait besoin, et sortit de la cuisine, ne s'arrêtant que pour dénicher des robes noires quelconques et attraper son balai.

« Harry. »

Harry se retourna pour faire face à Drago, et son cœur manqua d'exploser quand il lut dans ses yeux l'amour et les craintes qui se mêlaient.

« Je serai bientôt de retour. »

Il ouvrit la porte de l'appartement, puis la referma et érigea une barrière magique après lui. Grimpant les escaliers jusqu'au toit de l'immeuble, il enjamba son balai, se tournant automatiquement vers Londres et le Ministère. Il ne se laissa pas le loisir de repenser à ses actions de la veille, au château. Il avait empoisonné Dumbledore. Pas mortellement, bien sûr, mais il avait néanmoins trahi tout ce qu'il avait défendu depuis son enfance. Tant qu'il ne se laissait pas y penser, tout irait bien, mais avec ce long voyage en balai qui l'attendait, peu d'autres distractions s'offraient à lui. Essayant de s'éclaircir les idées, il se concentra sur le paysage qui défilait sous lui.

Le voyage se passa sans encombres, et quelques heures plus tard, il entrait au Ministère. Il se dirigea immédiatement vers le bureau de Cornélius Fudge. Le Ministre de la Magie lui fournirait toutes les informations dont il avait besoin, ou du moins c'était ce qu'espérait Harry, parce qu'il n'aurait pas de porte de sortie si les choses se passaient mal. Il savait qu'Hermione garderait secrets les événements de Poudlard. Si le Ministère l'apprenait, ça causerait la panique

Arrivant dans l'antichambre du bureau de Fudge, Harry adressa son sourire le plus brillant à la secrétaire, et se passa une main dans les cheveux avec une nervosité feinte. La jolie jeune femme – elle paraissait avoir une petite trentaine d'années – laissa échapper un soupir rêveur en allant annoncer sa présence au Ministre.

« Le Ministre va vous recevoir, » gloussa-t-elle, battant des cils et suivant de ses yeux bleus Harry, qui lui offrit un dernier sourire avant de refermer la porte derrière lui.

Le bureau était aussi pompeux et tape-à-l'œil que la dernière fois que Harry y était venu, avec ses ors et ses bleus, et son mobilier lourd et ancien. Cornélius Fudge se leva de derrière son énorme bureau, et lui tendit la main, en s'écriant, « Harry ! Mais en voilà une surprise ! J'espère que tu n'as pas attendu trop longtemps ! »

Harry lui serra la main, répondant dans un grand sourire, « Hélas, pas assez ! Cette petite secrétaire que vous avez n'est pas désagréable… »

Fudge s'assit dans un grand fauteuil lourd de dorures, éclatant d'un gros rire. Il fit signe à Harry de prendre place. « Oui, Lydia vaut le coup d'œil, n'est-ce pas ? » Il serra les mains devant lui, et se pencha en avant. « Très bien, qu'est-ce que je peux faire pour toi, Harry ? J'imagine que ce n'est pas une visite de courtoisie. »

« En effet, Monsieur le Ministre. Je suis ici pour vous parler d'un sujet grave. » Il marqua une pause dramatique, pendant que le sorcier plus vieux et moins compétent qui était assis face à lui remuait des papiers sur son bureau, levant les yeux en entendant les mots 'sujet grave'. Harry reprit. « J'ai besoin des informations sur Poudlard que le Ministère détient pour le moment. »

« Mais Harry, » protesta le Ministre, de toute évidence déconcerté par cette demande, « c'est contraire à tous les usages. Je ne sais pas si Dumbledore… »

« Albus m'a envoyé chercher ces informations, pour le cas où Voldemort tenterait une attaque sur le Ministère. Il serait venu les chercher lui-même, mais il est tombé malade. »

« Rien de grave, j'espère, » s'inquiéta Fudge. « Je devrais peut-être lui envoyer un hibou. »

Harry haussa les épaules. « Si vous insistez, mais tout ce que vous apprendrez, c'est qu'il est effectivement malade. J'imagine que je pourrais trouver à faire à Londres pendant que nous attendons cette réponse. »

Fudge plissa les yeux, et répondit. « Non, ce ne sera pas nécessaire. Si Albus t'a envoyé chercher les informations, je ne vais pas me disputer avec lui. Laisse-moi quelques minutes le temps de donner les ordres nécessaires. »

« Bien sûr, Monsieur le Ministre. »

Moins d'un quart d'heure plus tard, il était de retour, pour demander à Harry de le suivre dans une bibliothèque au bout du couloir. Plusieurs sorciers et sorcières y triaient des parchemins pour les ranger dans de petits sacs, de toute évidence ensorcelés pour contenir plus que leur taille ne l'indiquait. Après un moment, ils eurent fini, et Fudge tendit les deux sacs à Harry.

« C'est ce que nous avons. Pour la plupart, des choses anciennes, qui datent de bien avant le vingtième siècle, même si nous avons quelques données qui viennent du temps où Dippet était Directeur. »

« Je vous remercie, Monsieur le Ministre. Je suis sûr qu'il y a là tout ce que peut vouloir le Directeur. »

« Tu diras à Dumbledore de faire un peu plus attention à lui ! » Alors qu'ils arrivaient dans le couloir, Fudge se retourna vers Harry pour ajouter, « Nous ne pouvons pas nous passer de lui pendant trop longtemps, pas vrai ? »

Harry se força à rire avant de répondre, « Non, vous avez bien raison. »

Fudge lui dit au-revoir, et Harry soupira alors que l'imbécile de sorcier retournait à son bureau. Harry se mit en route vers les portes d'entrée, espérant que ce seraient les dernières informations dont il aurait besoin.