Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty. Une traduction benebu.
Chapitre trente deux.
Un silence pesant s'abattit dans le bureau de Dumbledore. McGonagall avait conjuré une chaise de bois au dossier raide, la seule chaise occupée pour le moment, installée directement en face du bureau du Directeur. Le maître des lieux, cependant, brillait par son absence, toujours étendu à l'infirmerie sous le regard vigilant de Madame Pomfresh. Elle avait refusé toutes les demandes qu'on lui avait faites de libérer son patient pour quelques heures, même si son état s'était amélioré, et le débriefing se faisait donc en l'absence de Dumbledore. La plupart des anciens Directeurs surveillaient les événements avec curiosité, même si plusieurs d'entre eux continuaient à ronfler bruyamment dans leurs portraits. Fumseck était sur son perchoir, l'œil vif.
Minerva faisait les cent pas dans l'espace libre restreint devant le bureau, son regard se posant régulièrement sur Harry comme si elle s'attendait à ce qu'il crie à tout moment que tout ça n'était qu'une blague, et qu'il n'avait jamais vraiment eu l'intention de trahir Poudlard et l'Ordre. Severus se tenait debout, face à la cheminée, tournant le dos à tout le monde pour fixer l'âtre vide. Hermione était appuyée contre le bureau, les bras croisés, et concentrant toute son attention sur un point précis du mur qui lui faisait face. Harry était assis, morose, sur la chaise, le regard baissé, les effets du Véritasérum se dissipant finalement.
« Eh bien, » lança finalement Minerva, s'installant dans un fauteuil, en face de Harry, « nous avons de la chance que Drago Malefoy ait plus de bon sens que vous. Mais à quoi est-ce que vous pouviez bien penser, Potter ? »
« Il n'a pas réfléchi, » siffla Severus, se retournant enfin pour faire face aux autres. « Notre Monsieur Potter est bel et bien un Gryffondor. Il y a des années que je répète à Albus que nous ne pouvons pas compter sur lui pour assurer notre salut. »
« Vous avez peut-être raison, Snape, » dit lentement Harry. Sa voix ne comportait pas la moindre trace de sarcasme, ni de la moindre émotion. « Peut-être que vous aviez raison depuis le début. »
Severus s'autorisa un petit sourire supérieur avant qu'Hermione, qui était restée silencieuse depuis la fin de l'interrogatoire, ne prenne finalement la parole.
« Mais nous devons avoir confiance en Harry. » Tous les regards se tournèrent vers elle, même celui de Harry qui leva la tête avec réticence, et elle demanda, levant les yeux au ciel, « Est-ce que je suis la seule dans cette pièce à me souvenir de la prophétie ? »
« Mais Hermione, tu ne crois pas à la Divination. Tu nous a toujours dit que c'était n'importe quoi, » protesta Harry.
Elle hocha la tête, et fixa la cicatrice en forme d'éclair qu'il avait au front. Par réflexe, il leva la main, comme pour la protéger, la dissimuler à son regard.
« Nous ne sommes pas en train de parler de feuilles de thé ou de lignes de la main. C'est une prophétie, » insista-t-elle, en appuyant soigneusement sur le mot, « et depuis notre cinquième année, je te répète que c'est différent. Jusqu'à quel point est-ce qu'elle a déjà été accomplie ? Harry, tu es né à la fin du septième mois, tu as été marqué par Voldemort comme son égal, et il t'a également transféré des pouvoirs sans s'en rendre compte. La seule chose qui manque, c'est que l'un d'entre vous doit mourir. »
Severus se renfrogna. « Il nous a largement démontré qu'il n'était pas digne de confiance, alors pourquoi est-ce qu'on devrait continuer à avoir foi en lui ? »
« Parce que nous n'avons pas le choix, » répéta patiemment Hermione, comme si elle essayait d'expliquer une incantation compliquée à un élève obtus. « Est-ce que tu ne le vois pas ? Harry est le seul à pouvoir vaincre Voldemort, indépendamment de ce qu'il a fait, à cause de la prophétie. Il n'y a personne d'autre. »
Le Maître de Potions ouvrait la bouche pour protester, mais quelque chose l'interrompit en venant heurter la fenêtre. Toutes les têtes se levèrent, et virent un hibou blanc comme neige qui battait impatiemment des ailes, une boîte attachée, suspendue à ses pattes.
« Hedwige ! » s'exclama Harry, faisant mine de se lever, mais un regard sévère de McGonagall le maintint cloué sur sa chaise.
Hermione contourna le bureau pour aller ouvrir la fenêtre et laisser entrer le hibou fatigué, qui hulula, reconnaissant, et déposa son paquet dans les mains d'Hermione avant de voler jusqu'à Harry qui pencha sa tête vers elle pour le caresser de la joue, affectueusement.
« J'étais inquiet pour toi ! Je ne savais pas où tu étais, et j'ai dû partir sans toi ! »
Hedwige hulula doucement, et se posa sur son épaule alors qu'Hermione inspectait le paquet.
« Il est adressé au bureau du Directeur. »
Severus se retourna immédiatement et prit le paquet des mains d'Hermione, qui se retint de faire la moindre remarque en le lui cédant. Il ouvrit le papier d'emballage brun quelconque avec précaution. Il en sortit d'abord un rouleau de parchemin qu'il lut en silence et sans faire de commentaire avant de le passer à Hermione qui le lut à voix haute.
« A Dumbledore, Granger, Snape, ou quiconque,
J'espère qu'au moment où vous recevrez ceci, Harry sera revenu, et Albus en chemin vers une guérison rapide. Dans ce paquet, vous trouverez la Mortalis Fallax, ainsi que tous les documents relatifs à Poudlard et à ses défenses. Je me mettrai bientôt en route pour aller voir le Seigneur des Ténèbres, et je doute de revenir. Je vous en prie, je vous en supplie, ne tenez pas rigueur à Harry de son indiscrétion – il a été soumis à un stress extrême, et il a fait une erreur de jugement.
A vos côtés dans le combat,
Drago Malefoy. »Elle avait les yeux écarquillés quand elle leva les yeux du parchemin vers le visage blême de Harry. Il baissait une fois encore les yeux vers le sol, et elle le vit essuyer une larme à la hâte.
Tout le monde redressa ensuite la tête, en entendant Severus siffler, « Ma potion ! Et qu'est-ce que… des plans de Poudlard ? » Il tenait à la main plusieurs feuilles de papier avec des diagrammes de l'école, fusillant Harry du regard. « Est-ce que tout est là ? »
« Tout ce qu'ils avaient au Ministère. »
« Je veux dire, est-ce que c'est tout ce que vous avez volé à Poudlard ? »
Harry haussa les épaules. « Je n'ai même pas pris le temps de tout regarder, mais j'imagine que Drago s'est contenté de tout emballer pour l'envoyer ici. »
« Vous étiez prêt à tous nous trahir pour un contre-sort ? »
« Nous avons déjà parlé de tout ça, » répondit doucement Harry, levant les yeux vers Hermione dans l'espoir qu'elle le soutienne un peu, mais elle ne lui céda rien, pas même un regard. Elle était trop occupée à continuer à fixer la lettre qu'elle avait toujours à la main.
« Oui, » se moqua Severus alors qu'il se glissait dans le fauteuil du Directeur, derrière son bureau. « Il me semble que vous nous avez déjà raconté l'histoire si attendrissante de ce soir où vous et le jeune Monsieur Malefoy avez pratiqué le sortilège d'adiunctum animae, alors que vous n'aviez tous les deux que seize ans. »
Harry lui lança un regard noir, mais ne mordit pas à l'hameçon, et préféra se tourner vers McGonagall, puisque Hermione était toujours en train de regarder la lettre. « Mais il faut que nous fassions quelque chose. Voldemort prévoit d'attaquer bientôt en France, et je sais qu'il a déjà mis les choses en route au Ministère tout comme à Poudlard. »
« Mais faire quoi ? Avec Dumbledore toujours si affaibli… »
Revenant finalement au présent, Hermione leva les yeux vers McGonagall. « Nous allons voir Fudge. Ou plus précisément, Harry y va. » Ignorant les protestations immédiates de Severus, elle poursuivit. « Harry est la seule personne ici présente que Fudge prendra au sérieux, et il n'a pas besoin de savoir quoi que ce soit à propos de ce qui vient de se passer. En fait, je ne pense pas que quiconque à part nous quatre – nous cinq en comptant Dumbledore – ait besoin de connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire. Ça créerait bien trop de dégâts. »
Une fois encore, le silence se fit pendant que tout le monde réfléchissait à ce qu'elle venait de dire. Finalement, Minerva prit la parole.
« Vous avez raison. Nous ne pouvons pas rester assis ici à attendre que Dumbledore aille mieux pour agir. » Elle se tourna vers Harry, ses yeux sérieux lui faisant bien comprendre qu'elle parlait affaire. « Potter, allez voir Fudge. Il pourra peut-être envoyer quelqu'un à Paris et à Beauxbâtons. Severus, Hermione et toi, vous devez vous remettre au travail sur votre potion, immédiatement. Nous n'avons pas de temps à perdre. »
Severus ouvrit la bouche pour protester, mais McGonagall l'interrompit rapidement d'un regard sévère, avant d'accorder son attention à l'autre sorcière présente dans la pièce. « Mais d'abord, Hermione, je veux que vous préveniez l'Ordre immédiatement. Nous avons besoin de mettre un plan au point. »
« Et pourquoi est-ce que tu ne gardes pas un œil sur ton ami pendant que tu y es ? » grommela Severus, transperçant de ses yeux noirs Hermione et Harry, alternativement.
« Et pourquoi est-ce que tu ne la fermes pas ? » lança Hermione, ne laissant transparaître qu'une pointe de colère dans sa voix. « Harry est parfaitement capable de prendre soin de lui-même. »
Sentant les sous-entendus de la conversation, Harry comprit que cette dispute avait peu à voir avec lui-même. Il ne pipa mot et se contenta de regarder Severus et Hermione qui se fixaient avec animosité. McGonagall s'éclaircit la gorge, gênée, et Harry prit finalement la parole.
« Hermione, il faudrait qu'on se dépêche de partir si je veux coincer Fudge avant qu'il ne quitte son bureau. »
« D'accord, » répondit-elle, détourant finalement le regard de Severus. « Allons-y. »
Hermione et Harry empruntaient le chemin menant à Pré Au Lard peu de temps après avoir laissé McGonagall et Snape dans le bureau de Dumbledore. Ils ne s'étaient arrêtés que rapidement aux cuisines pour que Harry puisse rapidement avaler quelque chose, ce qui se révéla vite une très mauvaise idée parce que Hermione dût brandir sa baguette pour que Dobby, qui s'était agrippé aux jambes de Harry et refusait de le lâcher, le laisse enfin partir.
Il ne faisait pas encore tout à fait noir, mais une averse était tombée pendant l'après-midi, les obligeant à avancer prudemment pour éviter de grandes flaques sur le chemin. Ils marchèrent en silence pendant les quelques premières minutes, avant qu'Hermione n'ose finalement rompre le silence.
« Pourquoi est-ce que tu ne me l'as jamais dit pour Drago ? » demanda-t-elle doucement.
Au début, il ne répondit pas. Les mains dans ses poches, il gardait les yeux baissés vers le chemin et vers ses pieds. Il finit par dire, « Je n'en ai parlé à personne. Ni à toi, ni à Ron. Je ne voulais le partager avec personne. »
« Alors tu as pratiqué le sortilège d'adiunctum animae en sixième année ? » Il hocha la tête. « Harry, mais à quoi est-ce que tu pensais pour utiliser un sort de Magie Noire pour vous lier l'un à l'autre ? »
« Je… Je ne sais pas ! » s'exclama Harry. Elle entendait l'exaspération dans sa voix. « J'avais seize ans ! Et je croyais que je mourrais sans lui ! Est-ce que tu n'as jamais rien fait de stupide à seize ans ? »
Hermione s'arrêta dans sa progression et le regarda, curieuse. Harry s'arrêta lui aussi. Il lui lança un regard mauvais, et continua, « Excuse-moi, j'avais oublié. Tu es Hermione Granger, et tu ne fais jamais rien sans l'analyser et le passer au crible jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Surtout en ce qui concerne l'amour et les sentiments. »
« Tu ne peux pas dire ça ! »
« Mais j'ai raison, non ? » demanda-t-il, un peu sèchement. « Est-ce que ce n'est pas pour ça que ça n'a jamais marché entre Ron et toi ? »
« Qu'est-ce que ça a à voir dans l'histoire ? Ron était un gamin stupide quand nous étions à l'école, et il l'est toujours, aujourd'hui, quand il s'agit des femmes. »
« Je pense que tu essaies seulement de cacher le fait que c'est parce que tu as toujours analysé le moindre aspect de votre relation que ça n'a pas marché. »
« Bordel, Harry ! On avait seize ans, on n'était que des gamins ! J'adorais Ron, je l'adore toujours, mais ça n'aurait jamais marché… »
« Et tu continues à faire la même chose avec Snape, maintenant. »
Furieuse, elle lui lança un regard mauvais et lâcha, « Arrête tout de suite. Tu ne sais rien de Snape et moi. »
« Je vous ai vus tous les deux dans le bureau de Dumbledore ; c'est clair comme de l'eau de roche. »
« Tu n'as pas la moindre idée de ce qui s'est passé entre nous, alors je crois que tu ferais mieux de la fermer, Harry, » grogna Hermione.
Il la dévisagea pendant quelques instants, jusqu'à ce qu'un petit sourire finisse par se former sur ses lèvres. « Regarde-nous. Deux Gryffondors tombés amoureux de deux Serpentards. Qui aurait pu le croire ? » demanda-t-il.
Hermione rit, sentant sa colère disparaître aussi rapidement qu'elle était apparue. « Pauvre Ron… Il va faire une attaque quand il saura que je ne suis pas la seule. »
Ils se remirent en marche, et après un moment, Harry demanda. « Bon, alors, qu'est-ce qui se passe entre toi et Snape ? Si je ne savais pas à quoi m'en tenir, je dirais qu'il te déteste encore plus qu'il ne me déteste moi. »
« Je… Je ne sais pas, » répondit-elle dans un petit soupir. « Les choses allaient bien, enfin, je veux dire, je pensais que les choses allaient bien, et puis plus rien. Il ne veut pas me parler, il m'évite autant que possible, et nous n'avons pas, enfin… Nous n'avons pas… »
Hermione balbutia, et Harry suggéra, tout sourire, « Couché ensemble ? Baisé ? »
Hermione lui adressa un regard désapprobateur, et reprit, « Nous n'avons pas dormi ensemble depuis… Eh bien, depuis que tu as attaqué Dumbledore. »
A la mention de ses agissements, Harry eut un air contrit, et se trouva incapable de la regarder dans les yeux. Après un moment, il demanda, « Alors tu ne sais pas pourquoi il se conduit comme ça ? » Elle secoua la tête. « Tu veux que je dégote l'info pour toi ? »
Elle s'esclaffa. « Quoi, tu penses que Snape va tout à coup se confier à toi comme si tu étais un de ses vieux amis ? Il te hait, et ce n'est pas près de changer. »
« Pas vraiment. Ce que j'avais à l'esprit était un peu plus… détourné » répondit-il avec un sourire en coin. « Je suis prêt à parier que je suis meilleur en Légilimencie que lui en Occlumencie, alors peut-être que je vais pouvoir trouver ce qu'il y a sous ces cheveux graisseux. »
Elle grimaça, mais ne lui opposa aucune objection. Ce serait agréable de savoir ce que le bonhomme avait dans le crâne, puisqu'il ne servait à rien d'attendre qu'il en discute avec elle. Ils étaient arrivés au bout du chemin, et Hermione se tourna vers Harry.
« Ecoute, pourquoi est-ce que tu ne passe pas Square Grimmaud une fois que tu auras fini avec Fudge ? Tu pourrais m'aider avec l'Ordre. »
Harry secoua rapidement la tête. « Je ne peux pas – je déteste toujours cet endroit. »
Elle comprit et n'insista pas. Même si ça faisait maintenant sept ans que Sirius était mort, Harry en souffrait toujours, et il ne s'était jamais pardonné de n'avoir pas fait confiance à Dumbledore.
« Je reviendrai ici, tout simplement. Snape va nous faire un caca nerveux si je suis parti pendant trop longtemps. »
« Probablement. Fais bien attention, alors. »
Harry tendit la main et lui attrapa le bras. « Hermione… » Il ne sut aller plus loin, et elle fut surprise de voir des larmes apparaître dans ses yeux d'émeraude. « Je suis désolé, je ne pensais à rien d'autre qu'à Drago, et je vous ai trahis, toi et Ron et Albus… »
« Oh, Harry ! » s'écria-t-elle, l'interrompant, alors qu'elle se hissait sur la pointe des pieds pour lui passer les bras autour du cou. « Je sais, je sais. »
« … Et c'est Drago qui va payer pour tout ça finalement ! » sanglota-t-il, le visage enfoui dans les boucles de ses cheveux.
Hermione le berça doucement, lui caressant le dos et le serrant contre elle, fort. Les minutes s'écoulèrent, et il se calma, et finalement s'écarta, essuyant ses yeux rougis.
« Je t'aime, Harry, » affirma-t-elle doucement. « Quoi qu'il arrive. »
« Je t'aime moi aussi, » chuchota-t-il, serrant sa main.
Avec un sourire apaisant, elle lui proposa, « Tu t'occupes de Fudge, et nous reprenons cette conversation plus tard. »
Ils Transplanèrent tous les deux, Harry au Ministère, Hermione dans le carré de pelouse qui se trouvait devant le 12 Square Grimmaud. Elle pensa à l'adresse alors qu'elle approchait, surprise comme toujours quand les maisons adjacentes coulissèrent soudain pour révéler la bâtisse sombre et lugubre. Elle frappa avec le heurtoir d'argent en forme de serpent, et entendit des pas approcher juste avant que la porte ne s'ouvre, révélant un Remus Lupin fatigué.
« Hermione ! » s'exclama-t-il, la serrant rapidement dans ses bras.
« Remus, comment est-ce que vous allez ? »
« Je me remets, » répondit-il simplement.
Elle se souvint que la pleine lune datait seulement de quelques nuits plus tôt, mercredi, le jour précédent la visite de Harry au château – ça semblait vieux d'une éternité maintenant. Elle se demanda qui avait préparé la Potion Tue-Loup pour lui, puisqu'elle n'avait pas remarqué Severus en train d'en préparer dans les cachots. Ils avancèrent précautionneusement dans l'entrée, dépassèrent le portrait de Madame Black recouvert d'un drap – personne encore n'avait été capable de le décrocher – et poursuivirent leur chemin vers la cuisine.
« Qu'est-ce qui t'amène ici ? »
« Nous pensons que Voldemort va bouger bientôt, d'abord contre la France, puis contre le Ministère. Il faut que nous rassemblions l'Ordre aussi vite que possible. »
« Est-ce que tu es sûre ? » demanda Remus, l'incrédulité évidente sur son visage. « Est-ce que ça y est vraiment ? »
Elle hocha la tête. « Harry est allé voir Fudge pour le prévenir et voir s'il peut envoyer quelqu'un en France. »
« Si la France tombait aux mains de Voldemort… » commença-t-il, « …ce ne serait qu'une question de temps avant que le reste de l'Europe ne se retrouve sous sa coupe. »
« Exactement. »
Remus s'assit lourdement à la table, et laissa échapper une longue expiration avant de demander, « Combien de temps est-ce que nous avons ? »
« Nous n'en savons rien, » répondit-elle, sincère, attrapant une bouteille de Bièreaubeurre et lui en tendant une qu'il refusa d'un rapide signe de tête. « Nous n'avons même pas encore de plan bien établi ; nous n'en sommes qu'à rassembler l'Ordre au plus vite, et nous laisserons Fudge s'occuper du Ministère. »
« D'accord. »
Il fit glisser sa chaise en arrière, se releva, et traversa la cuisine en direction de l'endroit où se tenait Hermione, près du fourneau. Il fouilla dans quelques tiroirs, et en sortit un long parchemin. Hermione reconnut immédiatement la liste de contact en cas d'urgence des membres de l'Ordre.
« Est-ce que nous nous retrouvons ici ? »
« Non, à Poudlard. Demain matin, première heure. »
Il avança jusqu'à la cheminée, et attrapa une pincée de poudre de Cheminette dans le sachet sur le manteau, qu'il lança dans le feu. Les flammes s'étirèrent, crépitèrent, et prirent une teinte d'émeraude brillante, alors qu'il s'accroupissait devant elles.
« Le Terrier ! » Après un instant, il appela. « Molly ? Molly, tu es là ? »
Hermione entendit la voix désincarnée de Molly Weasley flotter dans les airs en retour, même si elle ne pouvait rien voir de la conversation en elle-même.
« Remus, est-ce que tout va bien ? »
« Non, il faut que nous agissions rapidement. Réunion d'urgence de l'Ordre, demain matin à sept heures à Poudlard. »
« Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que tout… »
« Voldemort bouge – vraiment, Molly, ce n'est qu'un nom – et j'ai besoin que tu contactes ta partie de la liste. Fol-Œil et Tonks sont tous les deux ici, alors ce n'est pas la peine que t'inquiéter d'eux. »
« Je préviens Arthur de faire passer le mot à tout le monde au Ministère immédiatement. »
« Dis-lui que Harry est déjà allé voir le Ministre. »
« D'accord. Fais attention à toi, Remus. »
Il s'extirpa des flammes et, essuyant la suie de ses épaules, se tourna vers Hermione. « Si tu veux bien prévenir Maugrey et Tonks, j'attaquerai ma partie de la liste. »
« Où sont-ils ? »
« Maugrey est dans la chambre du premier, il se repose, et Tonks… » Il rougit et baissa les yeux vers le sol, mais un grand bruit provenant de l'entrée suivi par des cris le dispensa de répondre à la question.
Hermione sortit rapidement de la cuisine sans penser plus avant à l'embarras de Lupin à propos de Tonks. Elle ne fut pas surprise de la retrouver en train de tirer sur le rideau du portrait de Madame Black alors que l'horrible vieille femme s'égosillait.
« ATROCE PETITE SANG DE BOURBE ! COMMENT OSES-TU SOUILLER MA MAISON, LA NOBLE ET TRES ANCIENNE MAISON DES BLACK ! »
« Besoin d'un coup de main ? » demanda Hermione, avant de l'aider à fermer le rideau et à recouvrir à nouveau Madame Black.
« Merci Hermione, » répondit-elle en souriant.
Les cris du portrait diminuèrent un peu, et Hermione observa la sorcière. Nymphadora Tonks était un peu plus grande et plus mince qu'Hermione, presque maigre, et ses cheveux blonds cascadaient en boucles souples sur ses épaules.
« Joli, le blond, » commenta Hermione. « Très classique. »
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda une voix enrouée depuis le palier du premier. Elles se retournèrent toutes les deux pour voir Fol-Œil boitiller en bas de l'escalier, les yeux, le normal comme le magique, ne quittant pas les deux sorcières qui se tenaient dans l'entrée.
« Réunion d'urgence de l'Ordre, » répondit Hermione. « Tout le monde est attendu à Poudlard demain matin à sept heures. »
« Quel genre d'urgence ? »
« Est-ce que c'est Voldemort ? Il bouge enfin ? » demanda Maugrey. Hermione acquiesça, et il grommela. « Eh bien, il y aura mis le temps. »
« Où est Rem – je veux dire Lupin ? »
Hermione jeta un regard interrogateur à Tonks, et remarqua que la sorcière rougissait un peu. Elle la rassura d'un sourire.
« Il est dans la cuisine, il prévient sa partie de la liste. »
« Bon, je ferais mieux d'aller au Ministère pour discuter avec Arthur. On est vraiment prévenus à la dernière minute. » Maugrey leur adressa à toutes les deux un signe de tête, avant d'avancer vers la porte. Alors qu'elle se refermait, elles l'entendirent ruminer, « Vigilance Constante ! Si seulement on m'avait écouté quand… »
« Vigilance Constante, » répétèrent-elles toutes les deux avec le sourire.
« Tonks, je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais… est-ce qu'il se passe quelque chose entre toi et Remus ? »
La Métamorphomage rougit et sourit de toutes ses dents. « Est-ce que c'est à ce point évident ? Je ne tenais pas à ce que ça se sache, pas pour le moment en tout cas. »
« Mes lèvres sont scellées, » promit Hermione, heureuse pour tous les deux. « Il faut que je retourne à Poudlard, mais je sais que toi et Remus pouvez vous occuper de tout ici. »
« Bien entendu. A demain matin. »
« Ne soyez pas en retard, » plaisanta-t-elle, avec un clin d'œil et un sourire malicieux. Tonks rougit un peu plus.
Hermione quitta le Square Grimmaud et Transplana sur le chemin menant à Poudlard, remontant rapidement vers le château. Elle était en alerte, chaque bruissement la faisait sursauter et serrer sa baguette, comme si une horde de Mangemorts pouvait à tout instant surgir de l'obscurité et la tuer, ici et maintenant.
Finalement, elle se retrouva face au château, et à ses centaines de points de lumière brillant à travers les fenêtres, la rassurant quelque peu. Elle passa les lourdes portes de chêne, et se dirigea vers le premier étage pour voir Minerva, mais la voix de Severus brisa le silence et l'arrêta. Il devait s'être caché dans un recoin sombre pour attendre son retour.
« Et où est Potter ? »
Elle se tourna vers lui et le fusilla du regard. « J'imagine qu'il est toujours au Ministère, puisque je ne l'y ai pas accompagné. »
« Tu l'as laissé y aller seul ? Pourquoi est-ce qu'on devrait lui faire confiance pour aller voir le Ministre ? »
Il n'avait pas besoin de prononcer les mots, elle pouvait les lire sur son visage plein de haine. Potter nous a déjà trahis une fois, pourquoi est-ce qu'il ne le referait pas ?
« Je n'ai pas de temps pour ça, » lança-t-elle, tournant les talons, mais il tendit la main et l'attrapa par le bras, la forçant à se retourner vers lui, ses yeux noirs transperçant les siens.
« On ne peut pas avoir confiance en ton ami. »
« Lâche-moi, » grogna-t-elle, de plus en plus en colère, les poings serrés le long de son corps.
« Ou quoi ? » se moqua-t-il, mais il relâcha sa prise.
Hermione lui adressa un regard mauvais, et lâcha, « Accorde-moi une faveur, et reste loin de moi. »
Elle tourna les talons et s'éloigna rapidement, montant les escaliers de marbre, sans lui laisser l'occasion de répliquer. Severus la regarda s'éloigner, bras croisés, pied tapant impatiemment contre le sol, avant de redescendre dans ses cachots.
Apparemment, ses plans concernant Hermione s'étaient retournés contre lui. Quand il avait pensé s'éloigner d'elle, il s'était attendu à ce qu'elle s'accroche avec plus de force, à ce qu'elle lui rappelle qu'ils s'aimaient, et qu'elle insiste pour le convaincre que leur relation pourrait continuer malgré la séparation qui adviendrait quand elle quitterait Poudlard et redeviendrait une Auror travaillant pour le Ministère. Il ne s'était certainement pas attendu à ce qu'elle suive son exemple et le repousse elle aussi. C'était pour le moins déconcertant, et il n'aimait pas ça du tout.
