Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de enlightenedkitty. Ça ne laisse pas grand chose pour moi…
Chapitre trente-trois.
Avant de quitter le bureau de Dumbledore la veille au soir, ils s'étaient mis d'accord pour se retrouver dans la Salle sur Demande ; Hermione se mit donc en route dans cette direction à l'avance pour assurer les préparatifs. Il leur faudrait des sièges principalement, et peut-être aussi quelque chose à manger. Elle fut surprise de trouver Harry déjà sur place, une demi-heure à l'avance. La pièce était entièrement remplie de chaises – une soixantaine environ, si elle avait eu à en estimer le nombre – toutes rassemblées en demi-cercle, laissant un espace libre sur l'avant. Des cartes pendaient au mur à cet endroit, seul élément de décoration dans une pièce autrement nue. Quelques cartes d'Angleterre, une du Ministère, une de Poudlard, et même une carte de France. Harry, en jean et tee-shirt, était assis dans l'une des chaises, sur l'avant, fixant le mur recouvert de cartes, mais sans le voir, l'esprit de toute évidence ailleurs.
Le voir là tranquillisa la vague inquiétude qui l'avait prise la veille au soir, après son altercation avec Snape dans le hall d'entrée. Elle s'était demandée si Harry reviendrait finalement, ou si tout ça n'était qu'une ruse de plus, mais elle était soulagée de voir qu'elle avait eu raison d'écouter son instinct qui lui dictait de lui faire confiance, malgré tout ce qu'il avait fait.
« Salut, » lança doucement Hermione, puisqu'il n'avait pas semblé remarquer son arrivée et qu'elle ne voulait pas le faire sursauter. Elle s'approcha de lui.
Il émergea de sa rêverie, et parvint à lui adresser un sourire triste tout en essayant d'aplatir ses cheveux en bataille. Il avait des cernes noirs sous les yeux.
« Quand est-ce que tu es arrivé ? Je pensais que tu devais dormir au Terrier. »
« J'étais là-bas, oui, mais je n'ai pas réussi à dormir, alors vers cinq heures du matin, je me suis esquivé. Je suis là depuis. Je me suis dit que tant qu'à faire, il valait mieux que je trouve à m'occuper, plutôt que de fixer le plafond et d'écouter Ron ronfler comme une tronçonneuse. »
Hermione s'assit à côté de lui, et commença à tendre une main vers son épaule, mais se reprit, et n'acheva pas son geste. L'ancienne Hermione aurait voulu réconforter l'ancien Harry, mais ils n'étaient plus ni l'un ni l'autre ceux qu'ils avaient été, et elle ne savait pas comment la nouvelle Hermione et le nouveau Harry devaient se comporter. Elle se contenta de demander, « Comment est-ce que tu vas ? »
Il haussa les épaules, un mouvement à peine visible, et détourna le regard. « C'est difficile de penser à autre chose qu'à Drago. »
Elle ne sut pas quoi répondre, et ils restèrent assis dans un silence inconfortable pendant quelques minutes. Finalement, elle se leva et proposa, « Peut-être que nous devrions prévoir des boissons, puisqu'il est si tôt. Il y aura peut-être des gens qui n'auront pas eu le temps de petit-déjeuner. »
« Comme tu veux. »
Contente d'avoir quelque chose à faire plutôt que de rester assise à côté de lui dans un silence triste, Hermione sortit sa baguette, décala les chaises alignées contre le mur gauche de la pièce, et conjura une longue table. Ensuite, elle convoqua un elfe de maison, lui demandant thé, café, et jus de fruits, et lui donnant des instructions pour qu'il apporte les viennoiseries qui convenaient, lui laissant déterminer par lui même ce qu'elle entendait par-là, parce qu'elle n'avait pas la moindre envie de s'occuper des détails. Il revint avec plusieurs autres elfes quasiment immédiatement, et couvrit la table de nourriture et de boissons.
« Est-ce que tout le monde sait où se tient la réunion ? » demanda Harry une fois que les elfes eurent disparu.
Hermione hocha la tête et expliqua, « Minerva va s'arranger pour que quelqu'un reste en bas, et envoie ici tous ceux qui ne seraient pas déjà au courant.
« Bon. Puisqu'il est encore tôt, je vais faire un petit tour si ça ne te dérange pas. Je serais de retour avant que ça commence. »
Il sortit sans attendre de réponse, les épaules basses et les yeux comme hantés. Hermione le laissa partir, les sourcils froncés. Elle se versa une tasse de café et s'assit, regrettant de ne pas savoir quoi faire avec Harry. Buvant son café brûlant à petites gorgées, elle se força à ne penser à rien, ni à Harry, ni à Voldemort, ni à Severus, à rester assise en silence, savourant le calme avant la tempête.
Harry marcha jusqu'au bout du couloir, les mains enfoncées dans les poches, regrettant de ne pas avoir eu la présence d'esprit de prendre sa Cape d'Invisibilité avec lui, parce qu'il n'était pas vraiment d'humeur à parler à qui que ce soit. Il déambulait sans but, changeant de direction à chaque fois qu'il entendait une voix qui venait vers lui, ou simplement quand il en avait envie. Finalement, il se retrouva devant les portes de l'Infirmerie, et se demanda si son subconscient l'avait guidé ici depuis le moment où il était sorti de la Salle sur Demande.
Il poussa la porte avec hésitation et s'arrêta juste derrière, cherchant du regard la maîtresse des lieux qu'il ne voulait pas déranger au cas où elle serait occupée avec ses patients. Poppy travaillait dans son bureau, et elle en sortit en entendant le bruit de la porte.
« Harry, bonjour. Est-ce qu'il n'est pas un peu tôt ? »
Il parvint à lui adresser un petit sourire contrit. « Je voulais savoir comment allait Albus. »
« Il est réveillé, ou tout au moins, il l'était il y a quelques minutes. Tu peux aller le voir quelques instants si tu veux, » lui proposa-t-elle, avant d'ajouter, « tant que tu prend soin de ne pas trop l'agiter. »
« Vous me connaissez, Poppy, jamais je ne lui donnerais de raison de s'énerver contre moi. »
Elle rit en entendant ses mots, et retourna à son bureau. Harry se dirigea vers les rideaux qui protégeaient Dumbledore des regards, son sourire disparaissant progressivement de son visage. Il ne prenait plus la peine maintenant de dissimuler la dépression qui lui pesait sur les épaules. Il ne s'encombrait pas d'Occlumencie quand il était avec le vieil homme normalement ; c'était peut-être le Legilimens le plus puissant qu'il ait jamais rencontré, et même dans l'état de faiblesse dans lequel se trouvait Albus en ce moment, Harry ne serait probablement pas à la hauteur. Et puis il était fatigué de tous ces secrets.
Il tendit la main et fit coulisser le rideau. Albus était assis dans son lit, mais sursauta un peu, battant des paupières comme s'il s'éveillait d'un somme.
« Je suis désolé ; Poppy pensait que vous étiez toujours réveillé. Je reviendrai… »
« Harry, » dit Albus d'une voix basse et enrouée. « Je me demandais quand tu allais venir me voir. »
Harry hésita, debout près du rideau, avant de finalement avancer jusqu'au lit, se forçant à regarder le vieux sorcier dans les yeux dès le début.
« Assieds-toi, je t'en prie. »
Harry prit une chaise, fit ce qu'on lui disait, et attendit. Dumbledore le regarda pendant un moment, ses yeux bleus brillants voilés par quelque chose que Madame Pomfresh devait lui avoir donné auparavant. Harry put sentir le Legilimens farfouiller un peu dans son esprit, chose rare car habituellement il ne parvenait jamais à surprendre Dumbledore sur le fait, même s'il était persuadé que le vieil homme utilisait ce talent sur tout le monde. Pour une fois, Harry se sentit jaloux de Snape qui était suffisamment doué pour l'Occlumencie pour pouvoir tenir Dumbledore à l'écart de son esprit.
« De quoi est-ce que tu as envie de parler ? »
« Je voulais vous expliquer… »
Un regard bienveillant l'interrompit, et Albus lui sourit doucement. « Tu n'as pas à donner d'explications : je comprends. »
« Non, je pensais… Je pensais que je pourrais quand même réussir à tout avoir, » balbutia Harry, déconcerté par ce sourire qui lui donnait l'impression qu'il ne se faisait pas comprendre de Dumbledore, que le vieil homme ne pouvait pas avoir vu tout ce qu'il y avait à voir dans sa tête et tout interprété correctement. « Que je pourrais à la fois tout trahir, mais tout sauver aussi. »
« Je sais. »
« Je n'ai pas réfléchi, je ne pouvais demander d'aide à personne sans trahir tout ce pourquoi j'étais supposé me battre… »
« Harry. »
La voix était plus insistante, et le sourire avait disparu. C'était ce que Harry voulait, ce dont il avait besoin. Il avait besoin de voir Dumbledore en colère.
Mais ce fut à lui-même que Dumbledore réserva sa colère, et pas à Harry.
« Je t'ai confié un fardeau trop lourd à porter, tu ne pouvais pas espionner Voldemort et prendre soin de Drago en même temps. Bien sûr, c'était normal que tu veuilles sauver celui que tu aimes. » Il leva une main fatiguée quand Harry ouvrit la bouche pour l'interrompre, et continua, « J'aurais dû consacrer plus d'efforts à la recherche d'un remède pour Drago au lieu de te pousser à bout. » Un soupir lui échappa, et il détourna son regard de celui de Harry. « Même après toutes ces années, je continue à te demander tellement, comme si tu n'avais pas déjà fait plus que ta part. »
« Mais c'est mon rôle. Jusqu'à ce qu'il meure, » affirma tranquillement Harry.
Albus leva les yeux à ces mots, pour regarder le Garçon Qui Avait Survécu, sourcils froncés. Une fois encore, il souhaita que Harry ait pu être épargné, que personne n'ait eu à porter le genre de responsabilité dont ce brave enfant portait encore le poids.
« Je sais, Harry. Mais jusqu'à ce qu'il meure, j'aurais dû prendre sur moi toutes tes autres tâches, afin de compenser ce que tu as à faire. »
Le silence se fit entre eux. Harry baissa les yeux sur ses vieilles baskets alors que Dumbledore l'observait.
« Il n'y avait pas que Drago, » finit par dire Harry, et cette fois Dumbledore ne l'interrompit pas, parce qu'il lui disait une chose que même lui n'avait pas été capable de déduire. « Je cherchais à m'enfuir, à tout oublier, et j'avais la parfaite excuse : sauver Drago. Mais peut-être que lui a vu ce que je faisais, et qu'il a refusé de me laisser trahir tout le monde en son nom. »
« Je crois que tu as eu beaucoup de chance d'avoir eu Monsieur Malefoy. Il est très rare de trouver un amour aussi fort et aussi vrai. »
Les yeux vert émeraude de Harry se remplirent de larmes, et il battit des paupières, essayant de les ravaler alors qu'il détournait la tête pour échapper au regard bienveillant du vieil homme. Ça faisait tellement mal de penser à Drago. Il se mordit l'intérieur de la joue, la douleur lui fournissant quelque chose sur quoi se concentrer.
« Tu devrais y aller, » finit par dire Albus. « Il faut que tu assistes à ta réunion. Poppy dit que cet après-midi je serai 'libre d'aller et venir à ma guise', selon sa formule. J'imagine qu'elle veut dire par là qu'elle souhaite que j'aille m'allonger dans mon propre lit plutôt que d'encombrer l'un des siens, » ajouta-t-il avec un sourire et un petit éclat dans le regard.
Harry rit et dit au revoir à Albus, sortant de l'Infirmerie juste à temps pour rattraper Kingsley Shacklebolt dans les escaliers entre le cinquième et le sixième étage. Ils firent le reste du chemin ensemble.
« Kingsley, » salua Harry. L'autre sorcier lui adressa un signe de tête.
« Harry. Je suis venu directement du Ministère et Alex Jones m'a donné les dernières nouvelles avant que je ne parte. Fudge a déjà envoyé une équipe de nos Aurors en France pour assister les Autorités Magiques du pays dans tout ce qu'elles veulent. »
« Et ici, il compte envoyer quelqu'un ? Poudlard va être une cible importante. »
Kingsley secoua la tête au rythme lent auquel il prononça sa réponse. « Il s'inquiète avant tout du Ministère, évidemment, et il laisse à l'Ordre le soin de se charger de Poudlard. Il dit que Dumbledore saura se débrouiller. »
« Quel putain d'imbécile, » jura Harry. « On n'a même pas encore décidé de ce qu'on ferait des élèves, mais si Fudge n'envoie pas un minimum d'aide, je ne vois pas comment nous pourrions protéger tout le monde. »
« Nous devrions renvoyer les élèves. Ils seraient plus en sécurité chez eux. »
« Probablement. Mais il faudrait qu'on les renvoie par le Poudlard Express, et ce serait une cible de choix pour Voldemort. »
« Nous devrions en discuter avec Albus, » dit Kingsley, passant une main sur son crâne luisant. « Il sera là pour la réunion, n'est-ce pas ? »
Harry secoua la tête. « Non, il est toujours à l'Infirmerie, mais il m'a dit qu'on le laisserait sortir dans l'après-midi. »
Ils arrivèrent à la Salle sur Demande quelques minutes avant sept heures. Pas moins de quatre personnes interpellèrent Harry dès qu'il passa la porte, mais il les ignora largement. Même Ron et Hagrid qui l'avaient appelé n'eurent droit qu'à un signe de la main. Harry choisit d'avancer vers Arthur Weasley et Minerva McGonagall qui se tenaient à l'avant de la pièce, près d'un pupitre qui était apparu depuis le moment où il était parti.
« Harry, » le salua Arthur en lui tendant la main. « Minerva et moi parlions justement d'Albus. »
« Je reviens de le voir. Il m'a dit que Poppy le laisserait sortir dans l'après-midi. »
« C'est une bonne nouvelle. Est-ce que Kingsley t'a mis au courant ? »
« Un peu. Il m'a dit que Poudlard allait devoir se débrouiller, plus ou moins. »
L'air sombre, Arthur acquiesça et compléta, « Mais j'ai quand même été capable de le convaincre de laisser les membres de l'Ordre de venir ici, à quelques exceptions près. »
« Des exceptions ? » demanda Minerva, nerveuse. « Est-ce que je te pose la question ? »
Arthur eut un reniflement amusé. « Harry et moi, ainsi que la plupart des Aurors. »
« Hein ? Mais ce sont les sorciers et les sorcières les mieux entraînés pour ce genre de situation ! » s'exclama Harry. Plusieurs personnes dans la pièce tournèrent la tête vers lui et il baissa la voix pour poursuivre. « Le Ministère n'est que le second objectif de Voldemort. Il consacrera plus de temps et d'efforts à l'attaque de Poudlard ! »
« Albus et moi en avions discuté auparavant, et même si je suis d'accord avec vous, Albus est d'avis que V-Voldemort cherchera à vous atteindre en premier, quel que soit l'endroit où vous vous trouvez. »
« Parce qu'il veut que Dumbledore reste en vie jusqu'à ce moment-là, pour pouvoir lui rire au nez, » marmonna Harry.
« Exactement, » confirma Arthur en pointant un doigt en direction de Harry. « Même si les raisons que peut avoir Fudge de te vouloir à ses côtés sont probablement différentes de celles d'Albus, je crois que le Directeur serait d'accord avec le Ministre, et tiendrait à t'éloigner de Poudlard. Cependant, je suis sûr qu'Albus sera capable de le persuader d'autoriser certains Aurors à rester ici. »
Le regard de Minerva s'écarta un peu d'eux, et elle réalisa que la plupart des chaises étaient maintenant occupées par des gens qui discutaient entre eux, la plupart d'une voix contrariée ou inquiète, et elle revint à eux pour les prévenir, « Il est temps que nous débutions. Arthur, tu commences avec les plans du Ministère ? »
« Bien sûr. »
Minerva alla s'asseoir avec Flitwick et Chourave, et Harry trouva une chaise libre pas très loin de Ron. Ils partagèrent un sourire alors qu'Arthur Weasley s'éclaircissait la voix, et les discussions se turent.
« Bonjour. Je suis sûr que la plupart d'entre vous sont au courant maintenant de la raison pour laquelle nous sommes réunis. Oui, c'est vrai. Voldemort est finalement prêt à passer à l'action. » Plusieurs personnes marmonnèrent à la mention de son nom, mais Arthur les ignora. « Le Ministre à envoyé une équipe de quatre Aurors à Paris pour assister les Autorités Magiques Françaises et faire tout ce qui leur sera demandé, ainsi que deux autres à Beauxbâtons. »
« Si la France est attaquée, nous serons très certainement attaqués nous aussi. Nous n'avons pas de chiffre exact, mais il a au moins quatre-vingt Mangemorts prêts à se rassembler sur le continent. Nous nous attendons au double de ce chiffre s'il doit y avoir une attaque sur le Ministère ou sur Poudlard. »
Il marqua une pause le temps d'avaler une gorgée de thé puis poursuivit, « Nos derniers renseignements nous laissaient entendre qu'il rassemblerait ses forces en Europe dans deux semaines, mais les récents événements ont probablement accéléré considérablement l'agenda de Voldemort, s'ils ne l'ont pas tout simplement rendu caduc. »
« Qu'est-ce que tu es en train d'essayer de nous dire, Arthur ? Que le Ministère fait pas la différence entre sa tête et son cul ? » plaisanta Mondingus Fletcher qui se tenait près de la table des victuailles, provoquant quelques gloussements surpris.
« Ce n'était pas tout à fait ce que j'essayais de dire, Mondingus, mais je te remercie. Nous serions inclinés – et je crois qu'il est dans notre intérêt d'adopter cette vue – à croire qu'il va attaquer dans les délais les plus brefs, pour des raisons personnelles. » Ses yeux croisèrent brièvement ceux de Harry, mais Arthur détourna rapidement le regard.
Le soir précédent dans le bureau du Ministre, Harry avait raconté à Fudge et à Arthur une version très abrégée des événements, laissant de côté le fait qu'il avait pris du Polynectar et assisté aux réunions lui-même. Au lieu de cela, ils croyaient que Drago avait été leur espion, et que sa position avait été compromise d'une façon ou d'une autre.
« Le Ministre n'a pas autorisé l'envoi de personnel supplémentaire à Poudlard, à part les personnes qui sont d'ores et déjà membres de l'Ordre. »
« A des exceptions près ! » intervint haut et fort Minerva depuis son siège.
« A des exceptions près, Minerva a raison. Je me dois d'assurer mes fonctions de Vice Ministre de la Magie. La plupart des Aurors et quelques autres personnes devront conserver leurs postes habituels. »
« Hein ! » s'exclama Tonks en se levant brutalement, sans prêter attention à Remus Lupin qui essayait de la faire se rasseoir dans son siège. Elle n'était pas la seule debout. Ron et Kingsley se joignirent à elle, ainsi que Tabitha Meadows et Kimball Prewett, deux des plus récents diplômés de Poudlard à être devenus Aurors et à avoir rejoint l'Ordre.
« Je sais, Nymphadora, nous sommes tous outragés, mais j'espère parvenir à convaincre Fudge d'assigner Poudlard comme mission à certains Aurors membres de l'Ordre. A défaut d'y parvenir, nous attendrons toujours des Aurors qu'ils viennent ici en dehors de leurs heures de travail. »
Alors qu'Arthur continuait à parler, Harry laissa son esprit divaguer, puisqu'il était déjà au courant des plans du Ministère pour se préparer à l'attaque du Seigneur des Ténèbres.
Les mots d'Albus l'avaient aidé à se sentir un peu mieux, mais ça ne changeait rien au fait que Drago était parti et que, quand on y regardait bien, tout était de sa faute, malgré les reproches que Dumbledore se faisait à lui-même. Ses yeux glissèrent distraitement sur Snape qui était assis droit comme un I, les bras croisés, au bout d'une rangée, une chaise libre à côté de lui. Le Maître de Potions fixait avec un désintérêt apparent un point sur la carte qui était derrière Arthur Weasley, mais Harry sentait bien qu'il écoutait avec beaucoup d'attention.
Il ne parvenait toujours pas à comprendre ce qu'Hermione pouvait lui trouver. Harry tourna son regard vers l'endroit où elle était assises, quelques rangées plus loin, pour la voir quitter Severus des yeux afin de se concentrer sur Arthur. Il se retint de sourire. Elle choisissait toujours les types les plus improbables, Viktor Krum inclus. Son regard revint à nouveau se poser sur l'objet de l'affection d'Hermione, et il se mit à tousser pour dissimuler le rire qui se bloqua dans sa gorge quand il vit que maintenant c'était Snape qui la regardait.
Il décida de profiter du fait que Snape était occupé par la réunion pour mettre à l'épreuve sa théorie, et vérifier s'il était meilleur Legilimens que Snape était Occlumens. Il l'avait affirmé comme ça, la veille, pour épater Hermione, sans penser avoir jamais à entrer dans l'esprit de Snape, mais l'homme avait tenu le coup en tant qu'espion juste sous le nez de Voldemort pendant plus de sept ans, et Voldemort était un Legilimens puissant. Maintenant, c'était une question de fierté pour lui d'entrer dans un esprit où même le Seigneur des Ténèbres avait échoué. Et puis, il était très curieux aussi de ce qui avait pu se passer entre eux, puisque Hermione ne l'avait pas exactement submergé de détails.
Harry regarda autour de lui pendant un moment pour trouver l'endroit d'où il aurait la meilleure vision de Snape, mais l'espace entre eux était loin d'être dégagé. Harry se leva tranquillement, et alla jusqu'à la table des rafraîchissements se servir une tasse de café, avant de venir se rasseoir sur un siège libre, quelques rangées derrière Snape. Sans la sortir, il pointa sa baguette, dissimulée dans ses robes, en direction de Snape et annonça dans un souffle, « Legilimens. »
Un tourbillon d'images engouffra Harry, et il tendit une main en avant, comme s'il pouvait ralentir les images brouillées en utilisant sa force physique. Une image passa à toute vitesse et Harry, reconnaissant cette masse de cheveux, se concentra. L'image ralentit et il put la voir, brièvement, avant qu'une autre prenne sa place – Hermione, adulte, debout derrière un chaudron alors que Snape la regardait depuis l'autre côté de la pièce – Hermione dormant entre ses bras dans son lit à l'Infirmerie – Hermione et Harry courant vers lui devant le stade, alors qu'un autre Avada Kedavra le touchait en pleine poitrine – Hermione ondulant sous lui au cours d'une étreinte passionnée.
La succession décousue des images perturbait Harry, et il ne parvenait pas à faire d'association claire jusqu'à ce qu'une autre scène se présente, plus vivace que les précédentes. Snape marchait dans un couloir, s'éloignant d'Hermione, mais il continuait d'entendre sa voix, il voulait répondre. Mais des années passées à chercher à se protéger lui dictaient d'avancer.
Et soudain, tout fut clair et Harry faillit en rire tellement c'était ridicule : Snape, le sorcier qui inspirait le plus de frayeur après le Seigneur des Ténèbres en personne, Snape avait peur, peur de perdre Hermione à la fin de l'année scolaire. Harry pouvait le voir comme le nez au milieu de la figure, Snape l'aimait plus que tout, et faisait simplement ce qu'il croyait être le mieux pour lui. Harry se dégagea doucement de l'esprit de Snape. Quelque part, il était persuadé que Snape prendrait beaucoup de plaisir à lui faire autant de mal que possible s'il savait que Harry avait vu des choses si intimes ; il ne tenait certainement pas à se faire prendre alors qu'il s'en allait.
Il reporta son attention sur Arthur qui répondait maintenant à des questions, et du coin de l'œil Harry vit Snape tourner vivement la tête et fouiller la pièce du regard jusqu'à ce que ses yeux noirs viennent se poser sur Harry. Mais Harry était prêt, il avait déjà en tête une image de Drago, nu sur leur lit, exhibant une érection monstrueuse alors que lui approchait, baissant la tête vers…
Une vague de répulsion lui laissa savoir que Snape avait posé les yeux sur quelque chose qu'il aurait préféré ne pas voir. Harry sourit, sachant que Snape interpréterait certainement cette scène de façon incorrecte. Il était néanmoins vraiment content d'avoir décidé non pas de bloquer l'entrée de Snape, mais plutôt de lui laisser croire qu'il était en train de penser à autre chose.
« Il n'y a pas d'autres questions ? Très bien. Minerva, tu avais quelque chose à ajouter ? » demanda Arthur.
Minerva se leva et s'adressa aux membres de l'Ordre depuis sa place.
« Les membres de l'Ordre qui ne doivent pas rester au Ministère monteront la garde ici à Poudlard à tour de rôle. Vous resterez après la fin de la réunion s'il vous plaît pour qu'on puisse organiser la rotation. D'ailleurs, tous ceux qui veulent rester ici pendant les jours qui viennent seront les bienvenus. »
« Quand Albus reviendra-t-il ? » demanda quelqu'un depuis l'autre côté de la pièce, Elphias Dodge, devina Harry en entendant la voix sifflante.
« D'après ce que j'ai compris, il sortira de l'Infirmerie aujourd'hui. »
Kingsley rappela le sujet dont il avait discuté plus tôt avec Harry, et demanda, « Est-ce que vous allez renvoyer les enfants à la maison auprès de leurs parents ? »
« Je comptais en discuter avec le Directeur, mais c'est une possibilité. »
« Et qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur cette potion miracle que Snape nous cache ? » l'interpella Ron. « Est-ce qu'elle est prête ? »
« Je vais laisser Severus vous répondre en personne, » dit Minerva, lui faisant signe de se lever.
Harry redressa les sourcils et accorda son attention à Snape, qui n'apprécierait probablement pas l'opportunité soudaine de parler de sa potion. Le Maître de Potions regarda la sorcière d'un air mauvais, mais refusa de se lever, choisissant plutôt de parler depuis son siège.
« La Mortalis Fallax est aussi prête qu'elle le sera jamais étant donné l'utilisation que nous souhaitons en faire. Pour le moment, elle permet à quiconque en boit de survivre à trois Avada Kedavras. » Des 'oh' et des 'ah' étonnés se firent entendre dans la pièce, mais il y mit rapidement fin. « J'ai dit 'survivre', ce n'est pas la même chose qu'être sur pied et en état de se battre. Il y a des risques de mourir des suites des effets de la potion ou du sort. »
« Combien de réserve est-ce que tu as, Severus ? » demanda Arthur.
« Il faudrait que je vérifie pour en être sûr, mais je crois que j'ai suffisamment de potion pour fournir une dose à chaque membre de l'Ordre, » répondit-il. « Il faut jusqu'à dix minutes pour que la potion prenne toute sa puissance, ses effets ne durent qu'environ cinq heures, en conséquence, il est extrêmement important de ne pas la prendre plus tôt que nécessaire. »
« Combien de temps est-ce qu'il te faudra pour avoir des doses pour tout le monde ? »
Après un moment de réflexion, il répondit, « Je peux les préparer pour ce soir. »
« Très bien. Est-ce qu'il y a quoi que ce soit d'autre ? Dans ce cas, nous en avons fini. Je vous rappelle que tout le monde doit voir Minerva afin de prendre son tour ici au château, sauf les Aurors. Vous pourrez régler ça avec elle plus tard. »
Harry se leva, comme tout le monde, souriant alors que Fol-Œil s'écriait par dessus les discussions qui s'élevaient. « Minerva ? Je reste, évidemment. Vos élèves vont sans doute avoir besoin d'entraînement supplémentaire en Défense Contre les Forces du Mal. »
Il n'entendit pas la réponse de Minerva ; Ron s'approchait de lui pour commencer à lui parler du dernier match de Quidditch de Ginny, se conduisant comme s'il n'était pas le moins du monde inquiet au sujet de Voldemort, mais Harry était bien trop occupé à regarder Hermione et Arthur Weasley discuter à l'avant de la salle. Il remarqua rapidement qu'Hermione commençait à s'énerver.
« Mais ce n'est pas juste, Arthur ! Ma mission était de rester ici pour l'année entière ! »
Ron se tut immédiatement et suivit Harry qui était allé voir ce qui se passait.
« Je sais, je sais, » lui répondait Arthur, essayant de la calmer, mais ses plus vieux amis voyaient bien qu'Hermione était de plus en plus furieuse.
« Albus ne le permettra pas, et vous le savez ! »
Harry demanda « Qu'est-ce qui se passe ? »
« Je suis en train de me faire baiser, voilà ce qui se passe. Et par Fudge ! » répondit-elle avec une grimace amère, croisant les bras.
« Voyons, Hermione. Je suis sûr qu'Albus parviendra à convaincre Fudge de te laisser rester. »
« Mais de quoi est-ce qu'elle parle, papa ? » demanda Ron, regardant son père.
Arthur soupira et expliqua, « Hermione est comprise dans les Aurors qui sont rappelés au Ministère. On l'éloigne de Poudlard. »
« Mais qui va la remplacer pour ses cours ? » demanda Harry.
« Quelqu'un de l'Ordre, le plus probablement. Mais je crois que nous avons de bonnes chances qu'Albus puisse parler à Fudge et lui permette de rester. »
« C'est ridicule, » lâcha Hermione, résignée. « Mais je vais au moins assurer mes cours aujourd'hui, puisqu'il n'y aura personne pour me remplacer au pied levé. »
« Bien sûr, » convint Arthur. « Excusez-moi, mais il faut que j'aille discuter avec Albus avant de retourner au Ministère. »
Hermione se tenait là, immobile et muette alors que Harry et Ron débattaient pour savoir si Dumbledore serait ou non capable de persuader Fudge de laisser quelques Aurors rester à Poudlard. Elle avait cru qu'elle resterait à Poudlard quoi qu'il se passe au Ministère puisqu'elle y était maintenant professeur, et ces nouvelles contraires la perturbaient. Elle ne manqua pas de remarquer l'ironie de la chose : combien elle avait été outragée de se trouver envoyée à Poudlard, et combien maintenant ça la contrariait de s'en voir écarter, mais cette fois-ci ses raisons étaient plus personnelles.
Elle parcourut la pièce du regard, cherchant la haute silhouette vêtue de noir. Elle le trouva, qui la regardait, en colère, blessé, et un peu déçu. Elle sut qu'il avait entendu assez de la conversation pour savoir qu'elle allait partir prématurément. Hermione fit une grimace alors qu'il quittait la pièce.
« Je ferais mieux d'aller mettre de l'ordre dans mes cours pour mon remplaçant. »
« Laisse-moi t'accompagner jusqu'à ta première classe de la journée, » proposa Harry.
« Je n'ai pas de cours tout de suite, mais tu peux venir avec moi, je vais à mon bureau corriger des copies, » répliqua-t-elle.
« D'accord. Ron, je reviens, ne t'en vas pas. »
« Pas de problème, mec. Je parle à McGonagall, et après, je descend dans la Grande Salle. J'ai besoin d'un vrai petit-déjeuner – des œufs, des saucisses, des trucs comme ça. Tout ça ne vaut rien pour moi, » affirma Ron, désignant les viennoiseries sur la table.
Hermione leva les yeux au ciel et ignora le commentaire de Ron. « Allons-y, Harry. »
Ils se frayèrent un chemin parmi toutes les personnes encore présentes, mais ni l'un ni l'autre ne purent échapper à Molly, et ils durent les embrasser, elle et Ginny. Fred, George et Bill se contentèrent de poignées de main. Finalement, ils se retrouvèrent dans le couloir, devant la Salle sur Demande, et prirent la direction du bureau d'Hermione, au second.
« Tu voulais me parler de quelque chose ? » demanda Hermione une fois qu'ils arrivèrent au quatrième étage.
« Oui, de Snape. C'est bizarre, de parler de lui avec toi. »
« Qu'est-ce que tu trouves bizarre ? On n'arrêtait pas de parler de lui avant. »
« Ne fais pas semblant de ne pas comprendre. Tu sais ce que je veux dire, » dit Harry. Il marqua une pause, avant de reprendre. « Bon, alors je suis entré dans sa tête. »
Hermione s'arrêta net dans le couloir et le dévisagea, bouche bée. Quand il avait abordé le sujet la veille, elle avait cru à des rodomontades, et n'y avait pas prêté attention. Mais si Harry était véritablement entré dans l'esprit de Severus…
« Alors ? » demanda-t-elle avec impatience, voyant qu'il ne lui disait pas immédiatement ce qu'il savait.
« Il est fou de toi, 'Mione. C'est ça le problème. » La confusion se lisait sur le visage d'Hermione, et Harry ne put s'empêcher de rire. « Il a peur de te perdre cet été, quand ta mission sera finie. »
« Oh mon Dieu, et maintenant il croit que je pars tout de suite ! » s'exclama-t-elle. « Il va être furieux ! »
« Pense à tous ces pauvres élèves qui ne se doutent de rien et qui vont devoir supporter son humeur massacrante aujourd'hui. »
Se tordant les mains, Hermione commença à faire de petits aller-retours dans le couloir. « Mais qu'est-ce que je dois faire ? Je n'ai jamais été douée pour ce genre de choses ! »
Harry ravala un éclat de rire en voyant sa vieille amie aussi désemparée qu'une collégienne qui a un béguin. C'était un comportement qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir chez Hermione. Elle avait toujours été bien trop raisonnable pour laisser des choses idiotes comme l'amour se mettre en travers de sa quête incessante de succès académiques.
« Hermione, il faut que tu lui parles. »
« Mais il va être en colère et ça sera impossible ! »
« Il donnera peut-être l'impression qu'il est en colère, » répondit Harry avec un sourire, « et peut-être même qu'il croira qu'il l'est. Mais Hermione, je l'ai vu. J'ai vu combien il t'aime. »
« Tu en es certain ? » Harry hocha la tête et Hermione sourit alors que les larmes lui montaient aux yeux. Elle les essuya du revers de la main et renifla, tout en disant, « Eh bien, je suis contente que les choses soient claires. »
Elle se remit en route, Harry à ses côtés, et ils croisèrent un groupe de Gryffondors de cinquième et sixième année qui retournaient à leur Salle Commune après le petit-déjeuner.
Une fois que les élèves furent suffisamment éloignés, Harry demanda, « Qu'est-ce que tu ressens pour lui ? Est-ce que tu l'aimes ? »
Elle réfléchit un moment avant de lui répondre. « Oui. Je ne m'en étais pas rendue compte avant, mais je l'aime. »
« Severus Snape, » murmura Harry. « Qui l'eût cru ? »
« Oh, comme si tu pouvais parler, » répliqua Hermione avec un sourire malicieux, qui disparut quand elle se rendit compte qu'elle venait de faire allusion à Drago. « Oh, Harry, je suis désolée… »
Secouant la tête, il dit, « Ce n'est pas grave. Il faut que je m'habitue à l'idée qu'il est parti. »
Hermione s'arrêta et lui prit la main. « Tu sais que je suis là pour toi, s'il te faut quoi que ce soit. »
« Je sais. Merci, » répondit Harry, en serrant sa main. « Ecoute, il faut que j'aille parler à Minerva. Je vais rester ici quand je ne serai pas au Ministère, alors même si tu n'es pas là pour veiller sur Snape, moi je le serai. »
Elle rit et répondit, « Je m'inquiétais plus pour mes élèves, mais merci. »
« Maintenant, va le voir et te réconcilier avec lui. »
Hermione poursuivit sa route jusqu'à son bureau, corrigea ses copies, et parvint à atteindre le déjeuner sans encombre même si pendant tout ce temps elle n'avait qu'une chose et une seule à l'esprit : Severus Snape l'aimait.
Pendant le déjeuner, elle ne croisa son regard qu'une seule fois. Il lui adressa un regard glacial, et le reste du temps, il évita ostensiblement de ne serait-ce que tourner la tête vers l'autre extrémité de la table où elle était assise à côté de Hagrid. Elle supporta les bavardages du demi-géant, et parvint même à endurer la fin de la journée scolaire, et finalement son dernier cours prit fin.
Hermione n'avait pas décidé d'un plan d'action alors qu'elle descendait vers les cachots. Mais d'un autre côté, tout ce qu'elle pouvait faire c'était lui parler, et c'était le seul plan dont elle avait besoin. Elle vérifia sur la Carte des Maraudeurs et le trouva dans le laboratoire, préparant probablement la potion pour la distribution. Il aurait sans aucun doute besoin d'aide pour la préparer en grandes quantités.
Severus allait et venait dans le laboratoire en bras de chemise. Il s'était débarrassé bien avant de ses longues robes, qu'il avait jetées sur un fauteuil avec irritation. Il fixait le vide d'un œil noir. Il se jeta dans son fauteuil, maussade. Il avait fait tout ce qu'il avait à faire pour ses potions pour l'instant. Il avait déjà lu le dernier numéro de Ars Alchema, et maintenant, il n'avait plus rien d'autre à faire que de s'asseoir et réfléchir.
Un coup frappé à la porte le surprit, mais il ne fut qu'à moitié étonné que ce soit Hermione qui passe la tête dans l'entrebâillement quelques secondes plus tard.
« Je me suis dit que tu pourrais avoir besoin d'aide, » annonça-t-elle tranquillement en refermant la porte derrière elle.
« Merci, mais tout est sous contrôle comme tu peux le voir. » Il eut un rictus, et la fixa d'un regard si noir qu'il aurait transpercé l'acier.
Elle l'ignora et avança vers les chaudrons, lui tournant le dos. « Est-ce que tu as déjà commencé la nouvelle potion ? Comment est-ce que tu vas distribuer les doses ? J'imagine que de petits flacons au bout d'une ficelle qu'on peut passer autour du cou seraient une bonne solution au problème. »
Il afficha une mine renfrognée, et traversa la pièce pour qu'elle puisse voir combien il était contrarié, et qu'elle sache qu'il n'avait pas besoin d'elle. « Je me suis déjà occupé de ça, » affirma-t-il d'un ton sourd.
Severus se tenait derrière elle quand elle se retourna. Hermione le regarda pendant un long moment avant de soupirer et de détourner le regard. Maintenant ou jamais.
« Severus, je ne veux pas me disputer avec toi. Je ne peux plus le faire, pas avec toutes les autres choses qui se passent. » Sa voix était tranquille et régulière, et elle leva finalement les yeux vers ceux derrière lesquels Severus se cachait. « Je veux seulement… Je veux être avec toi. »
Severus avait beau se croire prêt à tout entendre, il ne s'était pas attendu à ça. Il la regarda sans mot dire, ne sachant quoi répondre. Il cilla et détourna le regard, incapable de lui répondre.
Hermione, pas aussi surprise de son manque de réponse qu'il ne l'était de son affirmation espéra qu'elle interprétait correctement son silence en pensant qu'il ne savait tout simplement pas quoi dire. Elle leva une main vers son visage, laissant courir ses doigts le long de sa joue anguleuse, et lui fit gentiment tourner la tête pour qu'il la regarde.
« Je ne veux plus perdre de temps loin de toi. »
Alors que son esprit s'agitait, Severus plongea ses yeux dans ceux d'Hermione, et elle soutint son regard sans fléchir. Le choix lui revenait, à lui : il pouvait continuer à lui résister tout en sachant combien elle lui manquait, ou il pouvait céder, et laisser les choses suivre leur cours, quelles qu'en soient les conséquences. Elle laissa sa main retomber du visage de Severus, mais il rattrapa son poignet et l'attira contre lui. Elle laissa échapper, il le sentit, un 'oh' surpris quand il baissa la tête pour capturer ses lèvres d'un baiser. Il glissa les mains sous les robes d'Hermione et elles trouvèrent leur place sur ses hanches avec l'aisance née de la familiarité, alors qu'elle levait immédiatement les mains vers son cou pour emmêler ses doigts dans ses cheveux, l'attirer plus près, plus près encore. Il ne la lâcha pas.
Il embrassa, tortura son cou de sa langue qu'il laissa glisser sur tous les points sensibles qu'il y connaissait, alors qu'il glissait la main gauche entre eux, la glissait sous son tee-shirt pour enserrer son sein à travers le soutien-gorge, son pouce effleurant le mamelon. Hermione abandonna les cheveux de Severus pour fiévreusement déboutonner sa chemise blanche. Elle eut beaucoup de mal à se concentrer sur ce qu'elle faisait quand d'un sort murmuré il fit disparaître son soutien-gorge. Elle eut une petite inspiration surprise quand il pinça son téton maintenant libre et la mordilla le long de la clavicule.
« Severus, » murmura-t-elle, avant de répéter un peut plus fort quand elle n'obtint pas de réponse. Il releva la tête, et un râle sourd faillit lui échapper en voyant la façon dont elle le regardait. « Je… Je voulais juste que tu saches que… que je t'aime. »
Et Severus Snape, qui avait depuis longtemps abandonné toute idée, toute notion aussi ridicule que celle d'amour romantique, pensa que son cœur allait exploser. Il attaqua les lèvres d'Hermione avec une passion que jamais avant il n'avait ressentie, et, la soulevant du sol, la prit dans ses bras pour la porter jusqu'à ses quartiers.
Plus tard, alors qu'ils étaient allongés tous les deux, draps rejetés, pour laisser l'air frais des cachots courir sur eux, Severus se serra contre Hermione, la tenant contre lui. Il avait une main dans ses cheveux. De l'autre, il dessinait des cercles paresseux sur son bras, et ses jambes étaient étendues possessivement en travers de celles d'Hermione. Elle respirait de plus en plus régulièrement, puis elle soupira, tous ses muscles détendus en même temps, et elle se sentit fondre plus encore entre les bras de Severus. Il plongea le visage dans sa masse de boucles et inspira profondément.
« Je t'aime, Hermione, » murmura-t-il, et quelque part, à deux doigts du sommeil, elle l'entendit et sourit.
Hermione se redressa d'un coup dans le lit, et Severus avait déjà traversé la moitié de la pièce, et enfilait ses robes quand les coups résonnèrent à nouveau. Un coup d'œil au réveil l'informa qu'i était presque six heures du soir.
« Snape ! Hermione ! »
Elle reconnut la voix de Harry à travers le bois épais, et malgré son esprit embrumé par le sommeil, le ton urgent la réveilla sur le coup. Elle ne parvint pas à retrouver ses vêtements par terre, alors elle se contenta d'attraper des robes de Professeur de Severus et de le suivre.
Harry était à la porte, et Hermione fut estomaquée de voir qu'il semblait effrayé quand il leur dit, « La France a été attaquée, et il n'y a que les Aurors que nous avions envoyés à Beauxbâtons qui s'en sont sortis, et avec seulement une soixantaine d'élèves. »
« Hein ? » siffla Severus.
« Ils pensent qu'il n'y a pas de survivant parmi les Autorités Magiques. »
« Oh par tous les dieux, » s'exclama Hermione.
« Apparemment, j'ai poussé Voldemort à avancer considérablement ses plans. »
Severus les regarda attentivement tous les deux. « Il faut que nous finissions la potion, immédiatement. Potter, vous aidez aussi. »
