A/N : Si quelqu'un sait quelle formation il faut suivre pour passer de humain à chat, je suis preneuse de l'information.
Résumé du chapitre précédent :
Harry et Draco discutent ensemble et Harry révèle que Ron et lui sont entrés dans la salle commune de Serpentard pendant leur deuxième année en se faisant passer pour Crabbe et Goyle. Le lendemain matin, Harry reçoit une lettre de Sirius, et révèle aux Malfoy que celui-ci est son parrain, accusé à tort d'avoir trahi ses parents. Narcissa décide d'inviter Sirius et Remus pour le thé via Harry, et celui-ci transmet avant d'aller achever la visite du manoir Malfoy en compagnie de Draco.
Vers la fin de matinée, Harry sentit qu'il commençait enfin à visualiser l'organisation de la demeure ancestrale des Malfoy. Il n'était toujours pas certain de pouvoir s'y retrouver seul, mais il supposa qu'il avait toujours le reste de l'été pour s'y habituer. Sans compter que les histoires ou anecdotes de Dra-Malfoy sur le manoir lui-même ou les oeuvres qui le décoraient rendaient la visite nettement plus intéressante.
Une pointe d'envie et de regret pointa le bout de son nez lorsque le Griffondor se rappela que lui n'avait pas la chance d'avoir accès à ce genre d'histoires, ou même à une quelconque forme d'héritage historique familial. Tout était parti en fumée la nuit où Voldemort avait tué ses parents.
Ce fut au milieu de cette réflexion, alors qu'ils revenaient de l'aile ouest, qu'Harry réalisa que le journal de Tom devait être au manoir et qu'il avait donc la possibilité de communiquer de nouveau avec son mentor. Il se tourna aussitôt vers le Serpentard, une note d'espoir dans la voix.
- Est-ce que tu crois qu'on peut aller voir ton père ?
- Mon père ? s'étonna Malfoy.
- J'ai... il y a quelque chose que j'aimerais lui demander, admit Harry avec un air gêné.
Le regard du blond se fit aussitôt soupçonneux et il fronça les sourcils.
- Et de quoi s'agit-il exactement ?
- Désolé, je ne peux pas te le dire, s'excusa le Griffondor.
- J'en déduis que ça concerne encore votre mystérieux ami commun.
Le Prince de Glace avait prononcé sa réplique d'un ton égal, mais se détourna du Griffondor et changea de direction pour se diriger vers le bureau de son père. Il fut toutefois interrompu par une main qui saisit son poignet et se retourna aussitôt, surpris du contact physique initié par son rival.
- Malfoy, je ne peux pas t'en parler maintenant parce que ce n'est pas à moi de révéler ce secret.
- Ça ne t'a pas empêché d'en parler à mon père, visiblement.
Harry poussa un soupir exaspéré et leva les yeux au ciel.
- Seulement parce que je n'avais pas d'autre option ! Personne d'autre n'est au courant, je n'en ai même pas parlé à Hermione et Neville.
Sa deuxième phrase sembla avoir un impact plus important, et Harry sentit le blond se détendre imperceptiblement. Un silence un peu gênant s'installa, puis le Serpentard baissa les yeux sur la main qui était toujours autour de son poignet. Harry suivit son regard et relâcha l'autre en rougissant légèrement. Le Prince de Glace se contenta d'un petit sourire, puis fit un signe de tête pour indiquer au Griffondor de le suivre.
Ils arrivèrent rapidement devant une double porte en bois sombre, à laquelle Draco toqua deux coups. Dès qu'ils eurent l'autorisation d'entrer, l'adolescent blond ouvrit la porte et avança de quelques pas, son rival derrière lui.
- Il y a un problème ? demanda aussitôt Lucius.
Draco remarqua l'air hésitant et tendu de son rival, et pinça les lèvres avant de se redresser et de prendre une voix formelle.
- Potter souhaitait une discussion privée. Je vous laisse.
- Et il fit demi-tour, ignorant le regard choqué du Griffondor, avant de sortir du bureau et refermer la porte derrière lui.
Draco se dirigea ensuite droit vers sa chambre, sans hésiter un instant dans les couloirs. Son esprit bouillonnait, et il n'était même pas certain de savoir pourquoi il réagissait de façon aussi extrême, ce qui ajoutait à son exaspération.
Une fois dans sa chambre, il hésita un instant à reprendre son livre, mais renonça et alla directement s'allonger sur le canapé noir installé à côté de sa bibliothèque personnelle, la tête sur un accoudoir. Pas la position la plus distinguée qui soit, mais Draco était seul et avait besoin de réfléchir. Pour une raison incompréhensible, le secret que son père et Potter avaient en commun et refusaient de partager avec lui le mettait sur les nerfs, au point qu'il en perde presque son sang-froid.
Après plusieurs minutes, Draco arriva à la conclusion que son agacement venait du fait qu'il se sentait mis à l'écart. Sans compter qu'il était assez vexant de passer une matinée à montrer son histoire familiale à un invité intéressé, pour s'entendre dire à la fin que celui-ci voulait aller voir son père. Le Serpentard avait la désagréable impression d'être utilisé comme une simple distraction, avant que Potter discute des vrais sujets avec ses parents.
Certes, vu le genre d'aventures, de problèmes, et plus généralement le genre de vie que menait le héros de Griffondor, il n'était pas inconcevable que certaines choses doivent rester secrètes. Un sourire ironique teinté d'amertume flotta sur les lèvres du sorcier blond lorsqu'il repensa au petit-déjeuner. Potter était là depuis à peine vingt-quatre heures et le Serpentard avait l'impression d'en avoir déjà appris plus sur lui qu'en trois années à Poudlard.
- Fichu Potter, murmura-t-il.
Son regard se perdit entre le plafond, le ciel et la partie des jardins qu'il pouvait observer depuis sa fenêtre. Avec un soupir, le Prince de Glace de Serpentard se résigna à passer une fois de plus son temps libre à penser à son insupportable rival, incapable de se concentrer sur autre chose que des cheveux bruns en bataille et une paire d'yeux trop verts.
-o-oOo-o-
Le déjeuner se déroula dans une ambiance assez étrange.
Draco était toujours vexé d'être tenu à l'écart des secrets principaux, et perdu dans ses pensées sur Potter, l'évolution étrange de leur relation en moins d'une journée et ce qu'il pensait de lui exactement. La réponse lui échappait toujours et il n'arrivait pas à se sortir de sa frustration à cet égard.
Lucius était de plus en plus intrigué par son jeune invité. Après avoir découvert que le Garçon-qui-a-Survécu avait grandi dans un environnement atroce et appris que son parrain était le fameux évadé – et cousin de sa femme – Sirius Black, assister à son échange avec le journal de Jedusor avait été une surprise de plus. Alors que l'aristocrate s'attendait à voir l'adolescent écrire dans le carnet, celui-ci avait posé une main dessus, fermé les yeux, et était resté parfaitement immobile pendant une bonne demi-heure. Harry lui avait ensuite expliqué comment il avait pris l'habitude de communiquer avec son mentor, et l'ex-Mangemort avait eu du mal à contenir son ahurissement.
Narcissa était toujours plongée dans ses propres réflexions et les recherches qu'elle avait entamées dans la matinée. Tout ce qu'elle avait trouvé jusque-là confirmait la révélation qu'Harry avait faite au petit déjeuner, et elle était outrée par l'affront qui avait été fait à son cousin. Peu importe qu'il ait été renié des années plus tôt, Sirius restait un membre de sa famille et Narcissa avait bien l'intention de réparer les torts qui lui avaient été causés. De plus, vu le sourire d'Harry à la vue d'une simple lettre, l'aristocrate avait l'intention de permettre aux deux Griffondors de pouvoir passer plus de temps ensemble dès que possible.
Harry avait retrouvé une forme de sérénité après sa longue discussion avec Tom. L'ancien préfet lui avait présenté ses excuses pour ne pas l'avoir contacté plus tôt et lui avait expliqué les raisons d'une telle décision. Le Griffondor avait eu du mal à les accepter, mais fini par comprendre que Tom n'ait pas voulu risquer qu'une telle information tombe entre de mauvaises mains. La certitude de ne pas avoir été abandonné avait fini par l'apaiser, et il avait pardonné son mentor sans hésiter.
Le reste de la conversation avait majoritairement consisté à mettre le Serpentard au courant de tout ce qui s'était passé dans les derniers jours à Poudlard. La mention de Pettigrew et de sa trahison avait donné à Tom des envies de meurtres non dissimulées, mais n'avait pas suffi à lui rendre la mémoire complète des derniers jours avant le fatidique Halloween. Il avait cependant été heureux d'apprendre que Sirius était innocent et avait l'intention de rattraper le temps perdu avec son filleul.
Au final, moins de dix phrases furent échangées pendant tout le repas sans que personne en soit gêné.
-o-oOo-o-
Le début d'après-midi se déroula de façon paisible. Narcissa et Lucius s'installèrent de nouveau dans leurs bureaux respectifs, Draco retourna dans sa chambre pour tenter de continuer son livre, et Harry décida de profiter des jardins et du soleil.
Le Griffondor déambula un long moment sans but particulier, admirant l'agencement des fleurs et des plantes, l'entretien impeccable de la moindre pelouse et la beauté des sculptures et des fontaines installées à intervalles réguliers. Finalement, il repéra un banc de pierre blanche à l'ombre d'un arbre, et s'allongea dessus, les bras croisés derrière la tête. Le héros de Griffondor avait toujours du mal à croire qu'il était possible de s'habituer à un cadre pareil. Pour sa part, il était certain qu'il serait incapable de s'en lasser.
Un couple d'oiseaux colorés vola au-dessus de lui en gazouillant joyeusement, avant de s'installer sur une branche de l'arbre qui le surplombait. Harry les observa pépier en souriant, amusé par leurs sautillements et la petite querelle qu'ils avaient l'air d'avoir. Ses yeux se tournèrent vers le bleu du ciel, et il prit une longue et profonde respiration. Il se sentait bien.
-o-oOo-o-
Ce ne fut que bien plus tard qu'Harry se redressa et s'étira paresseusement. Il ne s'était pas senti aussi détendu depuis longtemps. Se retrouver seul, au calme parmi la nature lui avait davantage manqué que ce qu'il aurait cru. L'adolescent se leva et retourna vers le manoir. Avec un peu de chance, Remus et Sirius ne tarderaient pas à arriver, même s'il n'avait aucune idée de l'heure à laquelle ils étaient attendus pour le thé.
Toutefois, il n'eut pas à patienter longtemps. À peine fut-il retourné dans le hall principal qu'il tomba sur Narcissa en train de descendre les escaliers.
- Ah, Harry, sourit-elle. Je viens d'apprendre que l'ami de ton parrain est arrivé aux portes du domaine.
- Remus est là ? s'exclama le brun dont les yeux s'allumèrent.
- Je viens d'envoyer Tilly le chercher, confirma-t-elle. Il devrait arriver sous peu.
En voyant le sourire qui éclaira le visage du jeune sorcier, Narcissa eut un regard affectueux. Après l'environnement épouvantable dans lequel il avait grandi, elle considérait sa capacité à aimer et faire confiance comme un miracle.
Quelques instant plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit sur un homme aux cheveux châtains et à l'air sur ses gardes, mais dont le regard s'éclaira dès qu'il vit l'adolescent.
- Remus ! s'exclama Harry en le rejoignant.
Il s'arrêta toutefois juste devant lui, ne sachant pas trop comment le saluer. L'ancien professeur régla la question en lui ébouriffant les cheveux de manière affectueuse.
- Harry, fit-il avec chaleur, c'est un plaisir de te revoir.
- Professeur Lupin, je présume ?
Remus leva aussitôt les yeux vers la sorcière blonde et distinguée qui était restée à quelques pas de distance. Son regard se teinta de méfiance, mais lorsque le loup en lui ne détecta aucune menace pour lui-même ou Harry, il se détendit.
- Je crains que le titre ne soit plus d'actualité, répondit-il poliment, mais je suis bien Remus Lupin. C'est un plaisir de vous rencontrer, Lady Malfoy.
L'aristocrate laissa son masque étudié s'adoucir quelque peu. Elle avait bien évidemment appris que l'homme en face d'elle était un loup-garou, mais dans l'intérêt de Harry, Narcissa était décidée à lui laisser une chance honnête avant de le traiter comme un monstre. Pour l'instant, l'attitude protectrice qu'il affichait vis-à-vis d'Harry et la courtoisie dont il faisait preuve étaient plutôt encourageantes.
- Le plaisir est partagé, répondit-elle. J'ai pu observer les progrès de Draco en Défense cette année, et j'ose dire qu'il a bien plus appris de vos leçons que des deux enseignants qui vous ont précédé.
Un air surpris s'afficha sur le visage de l'ancien Griffondor, qui ne s'attendait visiblement pas à un compliment de la part de la femme qui l'avait invité. Il jeta un coup d'oeil rapide à Harry, qui avait l'air heureux et détendu malgré sa présence dans la demeure d'une famille à la réputation plutôt sombre.
- Où est Sirius ? demanda Harry d'un coup.
Remus soupira aussitôt et se pinça l'arête du nez.
- Il a décidé qu'il voulait arriver à sa manière, soupira-t-il. J'ai fait de mon mieux pour le convaincre de simplement transplaner avec moi, mais-
- Mais mon cousin est un des sorciers les plus obstinés et inconscients que la Grande-Bretagne ait connu depuis un siècle, compléta Narcissa.
Sa voix véhiculait un étrange mélange d'agacement et d'affection, qui poussa Harry et Remus à échanger un regard surpris. Apparemment, il y avait un certain nombre d'histoires dans la famille Black que ni l'un ni l'autre ne connaissait. Ils eurent à peine le temps d'échanger un sourire complice avant que les deux autres Malfoy apparaissent à leur tour. Lorsqu'ils furent assez près, la sorcière blonde se chargea des présentations.
- Lucius, déclara Narcissa, voici Remus Lupin. Monsieur Lupin, mon mari Lucius, et Draco que vous connaissez déjà.
- Enchanté, monsieur Lupin, fit poliment Lucius en tendant la main.
L'ancien professeur hésita une fraction de seconde, mais plaça sa main dans celle de l'aristocrate, incapable de deviner lequel d'entre eux fournissait le plus d'efforts en faisant ce geste.
- Lord Malfoy, répondit-il simplement.
L'air sembla se charger d'une légère tension pendant quelques instants, puis Narcissa reprit la parole.
- Puisque les présentations sont faites, je ne vois aucune raison de rester dans l'entrée inutilement.
- Je croyais que ton cousin devait venir aussi ? demanda Lucius en haussant un sourcil.
- Il ne devrait pas tarder, intervint Remus. Et d'avance, mes excuses pour le jardin.
- Le jardin ? s'étonna Narcissa.
Harry écarquilla les yeux et perdit quelques couleurs en réalisant ce que son parrain avait choisi comme moyen de transport.
- Remus, il n'a quand même pas choisi de venir avec... ?
L'ancien professeur grimaça avant de lui adresser un air d'excuse.
- Oh par Merlin, grommela l'adolescent. Je vais l'attendre dehors !
Et il se précipita à l'extérieur, laissant derrière lui trois personnes perplexes et une embarrassée par la situation.
- Monsieur Lupin, qu'est-ce que mon cousin a encore fait ?
Remus hésita, et regarda tour à tour Draco et Lucius avant de faire un petit mouvement de tête expressif. Lucius perdit quelques couleurs en saisissant finalement ce que le Griffondor essayait de lui faire comprendre, et se dirigea à son tour vers la porte en marmonnant une série de jurons assez peu distingués.
- Je ferais mieux d'aller les rejoindre, soupira Remus.
- Ma foi, se résigna Narcissa, si tout le monde sort, autant en profiter pour prendre le thé directement dans les jardins. Tilly !
- Maîtresse Narcissa ?
- Fait servir le thé dans le petit pavillon de la roseraie.
- Bien, Maîtresse Narcissa.
En même temps que l'elfe de maison disparut, la sorcière blonde se dirigea d'une démarche gracieuse vers l'extérieure, suivie par son fils. Le Griffondor soupira, mais les suivit en glissant un mot à Draco.
- Si je peux me permettre un conseil, il vaut mieux que tu restes près de ta mère. Tu risques d'avoir un choc.
Le regard hautain et dédaigneux que l'adolescent blond lui lança irrita sa partie loup, et le Griffondor résolut donc de ne pas insister. En même temps que les trois s'approchaient de Lucius et Harry, ilss réalisèrent que ceux-ci étaient en pleine discussion et que le brun semblait mortifié.
- ... ne pensais vraiment pas qu'il resterait avec lui ou qu'il déciderait de venir avec !
- Tu n'as rien à te reprocher, Harry, soupira l'aristocrate. Mais j'admets que j'aurai deux mots à dire à ton parrain lorsqu'il arrivera.
- Bonne chance pour que ça ait le moindre effet sur lui, intervint Remus d'un air désabusé. J'ai essayé de l'en dissuader dès qu'on a reçu la lettre d'Harry.
Draco finit par craquer, exaspéré par cette manie que les trois sorciers avaient de ne pas dire explicitement où était le problème tout en le regardant toutes les cinq secondes.
- Potter, tu veux bien arrêter de tourner autour du pot et m'expliquer ce qui se passe ?
L'air mal à l'aise que prirent à la fois le Griffondor et – dans une moindre mesure – son père suffit à rendre Draco plus que soupçonneux. Il n'eut toutefois pas le temps d'obtenir une explication avant qu'un bruit d'ailes ne se fasse entendre au-dessus de leurs têtes et qu'une ombre s'étale sous leurs pieds.
Moins d'une minute plus tard, un hypogriffe atterrissait majestueusement devant le manoir Malfoy, à quelques mètres des marches et juste devant Harry. Celui-ci salua immédiatement la créature en s'inclinant, et tous les autres reculèrent pour ne pas interférer. Lucius dut toutefois tirer son fils en arrière, car celui-ci s'était figé sous le choc.
Lorsque Buck s'inclina à son tour, ils remarquèrent enfin la personne qu'il portait sur son dos, et qui sauta à terre.
- Harry !
- Sirius !
Le sorcier saisit aussitôt son filleul dans ses bras pour le faire voler en riant. L'hypogriffe s'ébroua, mais ne réagit pas outre mesure et se détourna de la scène pour aller s'allonger à l'ombre de l'arbre le plus proche, pile dans l'allée principale.
Pendant ce temps, Sirius avait reposé Harry à terre, et remarqua aussitôt la légère grimace de douleur que celui-ci arborait malgré son sourire. Un air inquiet apparut sur son visage, et il se pencha pour observer son filleul.
- Harry, qu'est-ce qui ne va pas ? Tu es blessé ? Quelqu'un t'a fait du mal ?
- Ça va, mentit le Golden Boy, juste un peu mal aux côtes.
Une exclamation outrée de Narcissa se fit entendre, et personne n'eut le temps de réagir avant qu'elle mette une claque à l'arrière de la tête de son cousin.
- Cissy ! protesta-t-il.
- Sirius, comment peux-tu encore être aussi inconscient ? lui reprocha la sorcière. Est-ce que tu as la moindre idée de ce qui serait arrivé si je n'avais pas pensé à désactiver les protections du manoir pour les personnes possédant le sang des Black ?
- Mais tu y as pensé, sourit le brun. Tu as toujours été prévoyante, Narcissa.
Lady Malfoy sembla à deux doigts de perdre patience, mais recomposa finalement un air calme et distingué.
- Bien, puisque mon cher cousin daigne enfin nous faire l'honneur de sa présence, je suggère que nous passions au jardin pour le thé.
Son ton impérieux et froid dissuada tous les autres d'élever la moindre protestation – Sirius compris – et ils lui emboîtèrent le pas, à l'exception de Draco dont le regard était resté fixé sur l'hypogriffe. Harry remarqua son trouble et grimaça avant de faire un signe de tête à son parrain pour qu'il continue sans lui. Celui-ci haussa les sourcils, et se retrouva sans voix en voyant son filleul se diriger vers l'autre adolescent.
- Erm... Malfoy ? tenta Harry.
- Potter, répondit-il d'une voix blanche. Est-ce que cet hypogriffe est celui qui a été exécuté il y a moins d'une semaine ?
- Alors à ce sujet, commença maladroitement Harry, c'est une histoire assez... erm... comment dire...
- Potter, je veux une explication claire et je la veux maintenant. Cette créature devrait être morte, pas en train de dormir dans mon allée !
Harry hésita brièvement, puis prit une grande inspiration et débita une longue phrase d'une traite, incertain de la façon dont son rival allait prendre la nouvelle.
- J'ai demandé à ton père de ne pas le tuer et il a accepté à condition de pouvoir faire croire à sa mise à mort pour ne pas perdre la face puisque tu avais exigé sa tête.
Le blond écarquilla les yeux, ouvrit la bouche, la referma, puis hocha la tête et fit brusquement demi-tour pour suivre les quatre adultes.
- Malfoy ?
- Pas maintenant, Potter.
Le ton sec de son rival convainquit Harry de ne pas insister, mais il se mordit la lèvre en espérant très fort que le Serpentard n'exigerait pas une nouvelle fois la mort de Buck. Ils marchèrent tous deux en silence, jusqu'à arriver au pavillon où les adultes venaient de s'installer autour d'une table dressée avec raffinement.
Harry s'installa à la place laissée libre entre Lucius et Sirius, pendant que Draco l'imitait en face de lui, entre Narcissa et Remus. Malgré le thé et les gâteaux disposés sur la nappe blanche, l'atmosphère demeura tendue. Ce fut Remus qui rompit le silence gênant en premier une fois que tout le monde eut une tasse dans les mains.
- Merci pour l'invitation et pour nous permettre de voir Harry, fit-il poliment.
Sa déclaration sembla dégeler un peu l'ambiance, et Narcissa se tourna vers lui avec un sourire approbateur.
- Allons donc, tout le plaisir est pour nous. Harry était si heureux de recevoir votre lettre ce matin, c'était tout naturel de vous inviter.
- Moi aussi je suis ravi de te revoir, Cissy, intervint Sirius, mais est-ce qu'on pourrait sauter les mondanités pour arriver directement au passage où tu m'expliques ce que mon filleul fabrique chez toi et pourquoi il est blessé ?
Dans la seconde qui suivit, Remus lui envoya un coup de pied sous la table, Harry protesta, Draco et Lucius se raidirent et Narcissa fusilla son cousin du regard. Avec un air désapprobateur, Lucius prit sur lui de répondre afin d'éviter que son adorable épouse ne jette "accidentellement" un sort à son invité.
- Harry est au manoir Malfoy en tant qu'invité permanent.
- Invité permanent ? releva Sirius avec un regard menaçant.
- Sirius, du calme, intervint Remus en posant sa main sur le bras de l'autre Maraudeur. Harry ?
Le jeune Griffondor hocha la tête en comprenant la question informulée, et prit une inspiration avant de se lancer. Il n'avait pas envie de raconter en détail sa vie chez les Dursley, mais se doutait que son ancien professeur et son parrain ne se laisseraient pas convaincre facilement. Les deux avaient l'air prêts à croire qu'il était en danger et retenu prisonnier.
- Lucius et Narcissa sont venus me chercher là où... là où j'habitais avant. C'est là-bas que j'ai été blessé, pas ici.
- Je croyais que Dumbledore t'avait caché dans un endroit où tu serais en sécurité ? s'étonna Remus.
Harry se renferma immédiatement et plongea son regard dans sa tasse de thé, tout son comportement indiquant son malaise à l'idée d'évoquer ce sujet. Narcissa fronça les sourcils, et s'adressa à lui avec douceur.
- Harry, tu n'as pas à en parler maintenant si tu ne le souhaites pas ou si ça te met mal à l'aise.
En voyant le regard noir de Sirius et l'objection qui se préparait sans nul doute, elle enchaina d'un ton sans réplique.
- Sirius, ce que ton filleul a vécu dans cet endroit pendant des années a laissé des marques et je refuse que tu le forces à en discuter. En revanche, ajouta-t-elle en guise de compromis, Lucius et moi pouvons vous montrer à tous les deux les souvenirs d'hier matin, quand nous sommes allés le chercher. Cela vous conviendrait-il ?
- Parfaitement, répondit Remus.
- Mais Lunard, protesta Sirius, ils-
D'un geste du menton, le loup-garou lui indiqua Harry, qui avait toujours les deux mains refermées autour de sa tasse de thé et dont le regard était plongé dans le liquide. La vision de son filleul en pleine détresse sembla ramener l'animagus à la réalité et il posa une main sur l'épaule de l'adolescent, s'inquiétant en le voyant sursauter au contact soudain.
- Harry, je suis désolé. Si tu ne veux pas parler de... de ce qui t'es arrivé là où tu étais avant, ça peut attendre et je ne vais pas t'y obliger. Je veux juste m'assurer que tu vas bien et que tu es bien traité.
Le regard émeraude qui se fixa dans ses yeux gris était un mélange de tristesse, de peur et de reconnaissance. Lorsqu'il vit Harry déglutir difficilement en retenant des larmes et murmurer un remerciement, Sirius eut soudain peur de ce qui avait bien pu arriver au fils de son meilleur ami en son absence.
Dans le silence qui s'ensuivit, l'apparition d'un elfe de maison avec une boîte rouge et or prit tout le monde par surprise, à l'exception de Draco. Le jeune Serpentard récupéra la boîte sans un mot et la tendit à son rival, qui écarquilla les yeux avant de faire un petit sourire reconnaissant et de la saisir. L'échange allégea considérablement l'atmosphère, et Sirius haussa un sourcil amusé en voyant la réaction d'Harry.
- Depuis quand un Malfoy possède un objet aux couleurs de Griffondor ? fit-il d'un air moqueur.
- C'est une question dont j'aimerais également connaître la réponse, appuya Lucius en se tournant vers son fils.
- Je n'ai pas vraiment eu le choix des couleurs quand j'ai demandé à Dobby de passer à Poudlard, rétorqua le Prince de Glace d'une voix sarcastique.
Il n'eut ni le besoin ni le temps d'expliquer quoi que ce soit d'autre, car son rival avait ouvert le couvercle et attrapé un des biscuits à l'intérieur, ce qui attira l'attention de Remus.
- Une minute, est-ce que ce sont les biscuits que je mangeais à Poudlard ?
Harry sentit ses joues se colorer, et détourna le regard avant de répondre d'un ton embarrassé.
- Je les trouve réconfortants, avoua-t-il.
- Au point que ce sont les seuls biscuits que le héros de Griffondor daigne manger, ironisa Draco.
Devant les quatre regards surpris qui se dirigèrent tour à tour vers le brun et lui, le jeune Serpentard émit un soupir mélodramatique mais accepta de développer.
- Potter ne mange jamais rien de sucré qui ne soit pas un fruit. Ces biscuits sont la première et seule exception à la règle. Enfin ça, et quelques chocolats de temps en temps.
À la fin de sa tirade, Remus et Sirius étaient bouche bée et Narcissa et Lucius durent dissimuler leur surprise. Pour sa part, Harry vira au rouge pivoine en croisant le regard de son rival alors que celui-ci arborait un sourire arrogant.
- Une minute blondinet, comment tu sais ça exactement ?
Draco envoya un regard noir au cousin de sa mère en entendant le surnom ridicule, et croisa les bras avant de hausser les épaules.
- Demandez plutôt à Potter pour quelle pâtisserie j'ai un faible.
Tous les regards se tournèrent vers le Golden Boy, qui conserva sa teinte rouge vif au niveau des joues et semblait vouloir à tout prix disparaitre dans sa tasse de thé.
- Harry ? demanda Remus d'un ton à la fois incrédule et amusé.
Sans le vouloir, l'ancien professeur capta le regard de Narcissa, qui avait l'air au moins aussi amusée que lui, alors que Lucius et Sirius avaient l'air purement choqués par l'échange.
- Lsmcronvnille, marmonna le jeune Griffondor en refusant de regarder qui que ce soit.
- Potter, il va falloir le dire un peu plus fort si tu veux qu'ils t'entendent, sourit Draco.
- Les macarons à la vanille, reprit le brun un peu plus fort.
Lucius eut besoin de tout son self-contrôle pour conserver son masque impassible et ne pas laisser sa mâchoire se décrocher sous la stupeur. Il avait une réputation à tenir après tout. En revanche, Sirius n'avait pas la même injonction et fixait son filleul d'un air si stupéfait qu'il s'approchait dangereusement du ridicule.
Narcissa et Remus étaient à la fois très étonnés et très amusés par les réactions des trois premiers. Les quelques coups d'oeil discrets qu'ils échangèrent leur confirmèrent qu'ils avaient – assez surprenamment – de bonnes chances de bien s'entendre. De son côté, Draco était satisfait de son effet, et Harry était horriblement embarrassé.
- Par Merlin, Godric et tous les Griffondors, jura Sirius. Harry, dis-moi que tu as une bonne explication pour savoir ça.
- Malfoy a décidé qu'on était rivaux depuis le premier jour de Poudlard ou presque, se dépêcha de répondre son filleul. Et comme il passe son temps à comploter pour me pourrir la vie, j'ai pris l'habitude de l'observer pour anticiper ses plans. Du coup, à force, j'ai fini par... par remarquer ce genre de détail.
Le soupir soulagé que poussa son parrain n'échappa à personne, et Remus leva les yeux au ciel. Même douze ans à Azkaban n'avaient pas été capables de changer certaines habitudes de Sirius, et il laissa un sourire affectueux étirer ses lèvres. Depuis qu'il l'avait revu dans la Cabane Hurlante, Sirius avait peu à peu repris des couleurs. Il était toujours trop maigre, mais retrouver de vraies nuits de sommeil, des repas dignes de ce nom, un accès à une salle de bain et des vêtements à sa taille lui donnaient déjà bien meilleure allure.
L'ancien Maraudeur aurait besoin de temps pour que toutes ses cicatrices physiques et mentales se referment, mais Remus était certain qu'il pourrait s'en sortir. Sirius avait toujours été une personne forte et obstinée qui se relevait de tout tant qu'il avait un objectif à atteindre ou quelqu'un à protéger. Avec Harry et lui dans sa vie, Remus voulait croire que tout irait bien. Il refusait de perdre Sirius une deuxième fois.
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas immédiatement que la conversation avait continué et s'efforça d'y prêter de nouveau attention.
- ... tout ça parce qu'Harry a refusé d'être ton ami en première année ? acheva Sirius en riant. Cissy, je ne pensais pas que c'était possible, mais on dirait que ton fils est encore plus revanchard que toi !
- Sirius, le menaça-t-elle.
Celui-ci leva les mains en signe de défaite, mais en profita pour faire un clin d'oeil complice à son filleul. Le geste n'échappa ni à Lucius, ni à Draco, et les deux Malfoy notèrent mentalement de demander à connaitre les histoires que le cousin de Narcissa avait l'intention de raconter à Harry. Un silence s'installa pendant quelques secondes, le temps pour tout le monde de boire une gorgée de thé ou manger un gâteau avant qu'un nouveau sujet ne soit abordé.
- Je suis navrée d'assombrir l'ambiance, annonça finalement Narcissa, mais il y a un autre sujet que je tiens à aborder.
- Lequel ? demanda Remus.
Lady Malfoy reposa sa tasse, et tourna son regard en direction de son cousin.
- Le statut juridique actuel de Sirius.
