Deux mois s'étaient écoulés, et l'été était bien entamé à Downton. Baxter et Molesley pouvaient être vus ensemble à chaque moment de liberté qu'ils arrivaient à s'octroyer. Thomas levait souvent les yeux au ciel en constatant la présence fréquente de Molesley à l'office, même quand il n'avait rien à y faire, mais Mme Hughes regardait avec bienveillance les deux amoureux, tout occupés qu'ils étaient à organiser leur mariage et à faire des projets pour leur vie future. Cela lui rappelait l'époque où elle était elle-même absorbée par les mêmes discussions avec M. Carson, bien que Phyllis et Joseph semblaient avoir moins de difficultés à trouver un terrain commun que Charles et elle-même. Cela était dû en grande part au fait que Molesley était d'accord avec environ tout ce que suggérait Baxter.
Les choses se déroulaient un peu moins facilement pour les Bates, qui n'avaient toujours pas trouvé l'hôtel de leurs rêves. Ou plutôt Anna n'avait pas trouvé. Ils avaient visité une bonne dizaine d'endroits, dont certains semblaient parfaitement acceptables à John. Mais Anna leur trouvait toujours un défaut. Les objections étaient de nature variable, mais John n'était pas dupe, et connaissait la véritable raison qui expliquait les réticences d'Anna : ils n'étaient pas à Downton. Il commençait à s'inquiéter du fait que son épouse s'était mis en tête de trouver un endroit idéal qui n'existait pas dans la réalité , et ne semblait pas accepter la nécessité de faire des compromis sur certaines de ses exigences. Il avait tenté de discuter le sujet avait elle, mais elle niait ce point. Ils avaient convenu, plusieurs mois auparavant, qu'ils auraient souhaité avoir emménagé dans leur nouvelle résidence avant la naissance du bébé, mais cette possibilité semblait s'éloigner de plus en plus, avec chaque semaine qui passait et n'apportait aucune solution. Il lui avait dit quelques semaines auparavant qu'il appréciait sa persistance et sa détermination, mais il commençait à penser qu'elle se montrait maintenant plus têtue et déraisonnable que déterminée. Et comme il l'avait appris à ses dépens, sous-entendre auprès d'une femme enceinte qu'elle se montrait déraisonnable était quelque peu risqué. Il en avait fait les frais plusieurs fois, en récoltant quelques réponses peu charitables. L'humeur était donc plutôt tendue dans le foyer Bates au long des soirées qu'ils passaient à négocier les options.
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Ce matin-là, Mary était descendue prendre son petit-déjeuner dans la salle à manger, car elle avait prévu de partir faire le tour du domaine avec Robert et Tom. Alors qu'elle entamait ses œufs brouillés, son père s'adressa à elle :
- Oh, Mary, j'ai oublié de vous dire hier, le vieux Anderson veut prendre sa retraite. Il abandonne la gérance du Grantham Arms.
- Oh. Il est donc si vieux ?
- Pas loin de soixante-dix ans je crois. Et il a des ennuis de santé.
- D'accord. Mais, il a un fils, est-ce qu'il ne veut pas reprendre le bail ?
- Son fils est parti dans le Sud lorsqu'il s'est marié, il y a plusieurs années de ça.
- Eh bien nous allons devoir chercher un nouveau gérant alors.
- J'ai pensé…, dit Robert. Est-ce qu'on ne devrait pas proposer la gérance aux Bates ?
Mary leva les yeux, fronçant les sourcils.
- Oh, je n'avais pas pensé à ça.
- Ils ont bien dit qu'ils cherchaient à rester dans le coin.
- Oui, en effet, mais ils ont aussi dit qu'ils cherchaient à acheter, pas à prendre une gérance. Ils ne veulent rendre de compte à personne.
- On peut toujours leur proposer. Ils feront ce qu'ils voudront de cette offre.
- Vous pouvez si vous le voulez. Mais je ne pense pas qu'ils l'accepteront.
Passant à un autre sujet, Mary continua :
- Nous devrions vraiment prendre une décision au sujet du toit, Papa. Sinon nous allons bientôt nous retrouver avec des flaques d'eau dans les chambres des domestiques.
- Je sais bien, Mary… Mais c'est un budget si énorme… Où allons-nous trouver une telle somme ?!
- Nous allons devoir la trouver rapidement, insista Mary.
- Ne pourriez-vous pas vendre quelque chose ?, suggéra Henry.
- Comme quoi, par exemple, mon cher ?, répondit Mary fraichement.
- Je ne réalise pas vraiment de quel montant on parle, mais… Un champ ? Un meuble ? Un tableau ? Un cottage ?
- Il est vrai que cela nous avait bien aidé quand nous avions vendu le Della Francesca, songea Robert. Je vais y réfléchir, ajouta-t-il, avant de s'essuyer la bouche et de se lever. On devrait y aller maintenant, Mary.
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Les domestiques se rassemblaient petit à petit autour de la grande table de l'office pour le thé. Thomas Barrow était déjà assis à sa place en bout de table, en train de lire le journal.
- Alors, Anna, M. Bates, comment avancent les recherches ?, demanda Daisy en apportant un gâteau sur la table.
- Eh bien, je pense que nous aurons bientôt visité absolument tous les hôtels du comté du Yorkshire, dit Bates, un peu amèrement.
- Toujours pas de chance ?
- Mais jeudi nous allons voir un endroit près de Ripon. Il semble intéressant sur le papier. Ripon n'est pas bien loin d'ici, n'est-ce pas Anna ?, demanda-t-il en regardant sa femme.
- Je suppose, dit-elle sans réel enthousiasme.
- A propos de Ripon, écoutez ça, interrompit Barrow, en lisant dans son journal : « Epidémie de rougeole à Ripon, bilan provisoire de dix-sept décès ».
- Doux Jésus, dit Mme Hughes. Pensez-vous qu'il soit raisonnable de vous y rendre, Anna ? Avec votre grossesse, cela doit être dangereux…
- Ne vous inquiétez pas Mme Hughes, j'ai déjà eu la rougeole quand j'étais enfant. Je m'en souviens extrêmement bien, malheureusement. On ne peut pas l'attraper deux fois je crois ?
- Non, dit Baxter. J'espère que mes neveux vont bien, ajouta-t-elle. Je vais écrire à ma sœur pour prendre des nouvelles. Et qu'en est-il de vous, M. Bates ?
- Je l'ai déjà eue aussi, la rassura Bates.
- Bon, c'est déjà une bonne chose, dit Mme Hughes. Si quiconque ici présent n'a jamais eu la rougeole, merci de vous abstenir de vous rendre à Ripon, je vous prie, répéta-t-elle à l'attention de tout le personnel.
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Quelques jours plus tard, la famille était rassemblée dans le salon pour le thé. Isobel était passée pour rendre visite à son petit-fils. En sirotant son thé, elle racontait aux Crawley l'épidémie qui faisait rage au sein de la communauté de réfugiés à qui elle apportait secours à Ripon.
- Nous avons déjà perdu un nourrisson de quatre mois, et de nombreux enfants sont malades. Certains adultes également, même si heureusement la majorité d'entre eux l'a déjà eue.
- Doux Jésus, dit Mary. J'espère que ça n'arrivera pas jusqu'ici. Aucun de nos enfants ne l'a encore eue ?, dit-elle, en jetant un regard interrogatif vers Tom. Je n'ai pas souvenir que Sybbie ait eu la rougeole ? Et je suis certaine que George et Caroline ne l'ont jamais eue.
- Non, elle ne l'a pas eue non plus, confirma Tom.
Mary garda le silence un moment, une expression inquiète sur son visage. Son père la tira de sa rêverie quelques instants plus tard.
- Dites, Mary, avez-vous parlé du Grantham Arms à Anna ?
- Non, pas encore, pourquoi ?
- Eh bien, j'y ai réfléchi depuis l'autre jour, et je me demandais s'il n'y aurait pas une solution qui permettrait de résoudre nos deux problèmes à la fois. Je veux dire, le Grantham Arms, et notre toit.
Mary eut l'air perplexe.
- A quoi pensez-vous ?
- Nous pourrions proposer aux Bates d'acheter l'hôtel. Bates me disait pas plus tard qu'hier qu'ils avaient du mal à prendre une décision parce qu'Anna voulait vraiment rester à Downton. Cela résoudrait trois problèmes d'un coup vraiment. Ils pourraient d'installer au village, nous n'aurions pas à nous soucier de qui va récupérer le Grantham Arms, et nous récupèrerions largement les fonds nécessaires aux réparations du toit.
- Mais quelle idée futée, Papa !, s'exclama Mary, un peu trop impressionnée au goût de son père.
- N'ait pas l'air aussi surprise ! Je suis futé, merci beaucoup.
Tom riait discrètement dans son coin. Mais Cora prit la parole :
- Mais pouvons-nous nous passer des loyers de l'hôtel ? C'est une important source de revenus…
- Eh bien, pour le moment, nous sommes dans une situation telle que nous ne pouvons nous permettre de réparer le toit au-dessus de nos propres têtes, Maman, pointa Mary. Nous utiliserons une partie de l'argent de la vente pour ça, et nous investirons le reste. Oh, il faut leur dire ! J'ai tellement hâte de voir la tête d'Anna, je suis sure que c'est exactement ce dont elle rêve.
- Bien, Tom, Mary, allons dans la bibliothèque, discuter de combien nous devrions en demander. Dès que nous aurons fixé cela, nous pourrons leur en parler. Demain matin, peut-être ? Qu'en pensez-vous Mary ?
- Allons-y !, dit Lady Mary avec un enthousiasme non feint.
Elle était fort soulagée de savoir qu'elle ne perdrait pas son amie et confidente, et il ne faisait aucun doute pour elle qu'Anna serait absolument ravie de l'offre. Et elle savait parfaitement que si Anna acceptait, Bates n'irait jamais à son encontre.
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- Alors, M. Bates, Anna, comment s'est passée la visite à Ripon ?, s'enquit Mme Hughes alors que le personnel s'installait pour le thé.
Bates semblait d'humeur un peu tendue, et il répondit :
- L'endroit avait des qualités indéniables… Et pourtant il semble qu'elles n'aient pas convaincu Anna. Une fois de plus, ajouta-t-il avec insistance, en jetant un regard agacé vers son épouse.
- Il fait continuer de chercher, M. Bates, tenta Baxter, jouant l'apaisement. L'endroit parfait est peut-être le prochain sur la liste.
- Oui, peut-être. Qu'en penses-tu Anna ?
- Hmm, peut-être, répondit-elle pensivement.
Plus tard dans la soirée, alors qu'ils étaient au lit au cottage, John soupira de frustration, et se décida à parler franchement à Anna.
- Anna, ma chérie, souhaites-tu réellement acheter un hôtel et déménager ?
Elle le regarda, étonnée par sa question :
- Enfin, oui, bien sûr que je le souhaite. J'en ai rêvé depuis tant d'années.
- Bien, je suis ravi de l'entendre. Parce qu'au vu de tes réactions à nos innombrables visites, je commençais à me demander si en réalité tu ne préfèrerais pas qu'on reste domestiques.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?!
- Tu as refusé de discuter de plusieurs endroits qui à mon avis étaient parfaits, notamment ce dernier à Ripon. Je crois que tu cherches quelque chose qui n'existe pas…
Anna fit la moue et croisa ses bras au-dessus de son abdomen maintenant volumineux, d'un air de défiance.
- Eh bien, je suis navrée John, mais je ne me sentais pas chez moi, dans aucun de ces endroits ! Je ne me voyais pas y élever mes enfants ! Que veux-tu que je te dise ? Veux-tu que je fasse semblant ? Parce que je peux le faire, si c'est ce que tu veux !
Sa voix commençait à se briser légèrement à la fin de sa tirade, et des larmes affluèrent soudain sur ses joues. John se sentit immédiatement coupable d'avoir déclenché cette crise. Il se tourna vers elle et l'entoura de ses bras.
- Bien sûr que non, ma chérie. Ce n'est pas ce que je veux. Je suis désolé. Je n'aurais pas dû dire ça. On trouvera un endroit qui nous plait à tous les deux. Comme disait Mlle Baxter, l'endroit parfait est peut-être le prochain.
Anna se blottit contre le torse de John, en essuyant ses joues.
- Merci John. Je sais que je fais la difficile… Mais c'est dur pour moi, le château a été mon foyer pour la plus grande partie de ma vie… Ça a été notre premier foyer. Je n'arrive pas à me résoudre à choisir par défaut…
- Je comprends, mon amour. Nous allons trouver ce qu'il nous faut. Je sais qu'on va y arriver.
Il la garda serrée contre lui, en lui caressant doucement les cheveux, jusqu'à ce qu'elle trouve le sommeil.
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En milieu de matinée le lendemain, John et Anna étaient tous deux installés à la grande table de l'office, occupés à faire des réparations. Mlle Baxter était assise à côté, en train de lire une lettre. En la finissant, elle soupira de soulagement, et dit :
- Eh bien, je suis contente. Ma sœur me dit qu'aucun de ses enfants n'a encore attrapé la rougeole.
- Oh, c'est une bonne chose, répondit Anna aimablement. Alors, Mlle Baxter, est-ce que vous avez fixé une date avec M. Molesley ?, s'enquit-elle.
Mlle Baxter rougit légèrement, et dit :
- Ça se pourrait bien. On prévoit de le faire début septembre, afin qu'on puisse prendre quelques jours de lune de miel juste avant la rentrée des classes de M. Molesley. Nous attendons seulement la confirmation du père Travis pour fixer la date.
- Très bien. Je suis vraiment contente pour vous deux, dit Anna en lui souriant.
Alors qu'elle terminait sa phrase, Andy le valet de pied apparut dans l'encadrement de la porte et appela :
- Anna, M. Bates ? Monsieur le Comte et Lady Mary vous demandent dans la bibliothèque.
Anna et John se regardèrent, en se demandant chacun si l'autre avait une idée de la raison de cette convocation, mais aucun d'entre eux ne savait quoi que ce soit.
- Merci, Andy, nous y allons.
Ils reposèrent chacun leur ouvrage, et montèrent les escaliers.
- Entrez !, résonna la voix de Lord Grantham quand ils frappèrent à la porte de la bibliothèque. Ah, Anna, Bates, entrez, entrez.
Lord Grantham était assis à son bureau, Mary se tenant près de lui, souriant aux Bates qui s'approchaient.
- Vous avez demandé à nous voir, Monseigneur ?, demanda Bates.
- Oui, en effet, répondit Lord Grantham.
Il se leva, et les mena à une petite table, sur laquelle se trouvait une pile de papiers. Il désigna les quatre chaises disposées autour de la table, et dit :
- S'il vous plait, que chacun prenne place.
Anna et John se regardèrent, de plus en plus perplexes. Jamais jusqu'à ce jour leurs employeurs ne les avaient invités à s'asseoir avec eux autour d'une table.
- Si nos informations sont bonnes, entama Lord Grantham, vous n'avez pas encore pris de décision concernant l'achat d'un hôtel ?
- Non, Monseigneur, en effet, répondit Bates avec déférence.
- Eh bien, voilà. Lady Mary et moi avons une offre à vous faire.
- Madame ?, dit Anna, jetant un regard curieux vers sa maitresse.
Mary lui souriait toujours :
- C'était l'idée de mon père, mais je dois dire qu'elle est brillante. Je suis sûre qu'elle va vous plaire. Allez-y Papa, dites-leur !
- Voilà les faits : le gérant du Grantham Arms prend sa retraite. Nous cherchons donc quelqu'un pour prendre sa suite.
Bates fronça légèrement les sourcils, tandis qu'un air plein d'espoir éclairait le visage d'Anna.
- Mais…, je veux dire, je vous remercie beaucoup, Monseigneur, mais nous ne cherchons pas à reprendre une gérance. Nous souhaitons acheter.
- Oui, je sais. Et Lady Mary et moi en avons parlé, et c'est pourquoi nous avons décidé de vous céder l'hôtel, si toutefois vous souhaitez l'acquérir, bien entendu. Nous avons besoin de fonds, donc je pense que cela résoudrait nos deux problèmes d'un coup. Je crois qu'Anna souhaitait s'établir dans le secteur de Downton ?
Anna regardait Lord Grantham, ébahie, ses mains plaquées sur sa bouche. Elle ne pouvait croire que ce dont elle avait rêvé depuis si longtemps sans oser le formuler était en train de se réaliser. Ses yeux brillaient de larmes de bonheur.
- Anna ?, appela John, espérant la sortir de son état de transe avant que Lord Grantham ne s'en offense.
- Oui, murmura-t-elle. Oui… je suis navrée, Monseigneur, merci, c'est juste tellement… inattendu.
- Aimeriez-vous posséder le Grantham Arms, Anna ?, demanda Lady Mary.
- Ce serait absolument parfait, répondit Anna, qui retenait ses larmes avec difficulté.
- Euh, quel prix en demandez-vous, Monseigneur ?, demanda Bates, qui lui, gardait les pieds sur terre.
- Ah, oui, dit le Comte.
Il glissa une feuille de papier sur la table en direction de John et Anna. Bates la prit, la déplia et la tint afin qu'Anna puisse la lire en même temps que lui. Les yeux d'Anna s'agrandirent encore. Ils avaient visité suffisamment de biens dans le secteur pour connaitre exactement les prix du marché, et pour réaliser que Lord Grantham leur faisait une immense faveur.
- Monseigneur, dit Bates en secouant la tête légèrement. Nous ne pouvons accepter cela. C'est vingt pour cent en dessous des prix du marché. Nous aurions l'impression d'abuser de votre générosité.
- Ah, mais Bates, vous n'abuseriez de rien du tout, mon brave, car Lady Mary et moi-même sommes parfaitement au fait des prix du marché, et nous vous faisons cette offre en toute liberté. Prenez cela comme un cadeau d'adieu, un remerciement pour des années de bons et loyaux services. D'amitié, pour être tout à fait honnête.
Anna n'essayait même plus de retenir ses larmes, et même Bates avait les yeux légèrement rougis. Il fixa la feuille de papier quelques instants de plus, et murmura :
- Merci mille fois, Monseigneur. Nos rêves se réalisent grâce à vous. Et à vous, Madame, ajouta-t-il avec un sourire pour Lady Mary.
Il se tourna vers Anna, et prit sa main.
- Je vous prie d'excuser mon épouse, Monseigneur, je crois qu'elle est un peu submergée.
Anna se redressa et partit à la recherche d'un mouchoir dans la poche de sa robe. Quand elle eut essuyé ses larmes, elle releva les yeux vers le Comte de Grantham, et dit :
- Merci, Monseigneur ! Je vous suis tellement, tellement reconnaissante. C'est exactement ce que nous cherchions.
Lord Grantham hocha la tête aimablement à son intention.
- Bon, Bates, je vous laisse vous mettre en rapport avec votre banque, et je vais demander à Murray de préparer les papiers. Nous poserons une date pour la vente dès que possible.
Ces mots prononcés, Lord Grantham se leva, et tendit la main à Bates :
- Je suis ravi d'avoir pu m'assurer que le Grantham Arms restera entre des mains dignes de confiance. J'ai une petite faiblesse pour cet hôtel. Je viendrai de temps en temps boire une pinte.
- Il y aura toujours une table pour vous, Monseigneur, dit Bates en acceptant sa poignée de main.
Alors qu'ils se dirigeaient vers la porte de la bibliothèque, Anna chuchota à Lady Mary :
- Un immense merci, Madame. Je suis si heureuse.
- Et moi de même, Anna, répliqua Mary, tendant la main elle aussi à sa femme de chambre.
Les deux femmes restèrent main dans la main quelques secondes, juste le temps nécessaire pour échanger un regard qui en disait plus que mille mots.
Quand ils eurent pris congé de leurs employeurs, et qu'ils se retrouvèrent seuls en haut de l'escalier qui redescendait à l'office, les Bates s'arrêtèrent un instant avant d'entamer la descente. Ils se tenaient face à face, en se regardant avec incrédulité.
- Eh bien, commença John, Mlle Baxter avait raison en définitive. L'endroit parfait était bien le prochain.
- Oh John… répondit Anna, avant d'éclater en sanglots.
Il la prit dans ses bras, et sentit sa chemise devenir toute humide de larmes. Il pensa qu'il allait devoir rentrer et se changer avant le déjeuner, quand Anna leva les yeux et dit :
- Je n'arrive pas à croire qu'on ait eu une telle chance ! C'est absolument parfait !
- Eh bien, peut-être que Dieu s'est dit qu'il allait enfin commencer à se racheter pour tout ce qu'il nous a fait subir. Il était temps qu'on ait un peu de chance, non ?
Ils se regardèrent, un immense sourire sur leurs visages, et échangèrent un baiser avant d'éclater d'un rire sincère.
