Le Noël suivant

- Bonjour, appela M. Molesley, en entrant à l'office, il y a quelqu'un ?

- Oh, bonjour M. Molesley, Mme Molesley !, s'écria Mme Hughes, en se levant de sa place à la longue table. Bonjour les enfants ! Merci d'être venus !

De chaudes salutations furent échangées entre la famille Molesley et tous les habitants de l'office. M. Carson était venu depuis le cottage pour la célébration de Noël, et la famille Bates était également attendue d'une minute à l'autre. Et en effet, à peine les Molesley avaient-ils terminé de saluer tout le monde, qu'une autre voix résonna dans le long couloir :

- Bonjour là-dedans !

C'était la voix enjouée d'Anna, qui tenait son fils par la main.

- Anna ! M. Bates ! Bonjour, bienvenue, salua M. Carson.

Il régnait une agitation fébrile et joyeuse dans l'office et la cuisine, alors que tout le monde se préparait pour le repas de Noël des domestiques. Après avoir salué tout le monde à l'office, Anna se rendit à la cuisine pour saluer Mme Patmore et Daisy.

- Oh, bonjour Anna !, s'exclama Mme Patmore, les mains plongées dans une pâtisserie. Comment allez-vous ? Et les petits ?

L'imposant cuisinière délaissa une minute son travail pour gazouiller auprès de la petite Elizabeth qui observait les choses, perplexe, du haut des bras de sa mère.

- Qu'elle est devenue grande !, s'extasia Mme Patmore. Regardez-moi ces joues bien rondes !

- Et c'est son anniversaire en plus, nota Daisy. J'ai préparé un gâteau d'anniversaire spécial pour elle.

- Oh, c'est si gentil Daisy ! Vous n'auriez pas dû, répondit Anna.

- Oh mais si ! Est-ce qu'on ne peut pas gâter un peu les bébés…, rétorqua la jeune cuisinière.

- Alors, vous appréciez vos derniers jours en service ?, demanda Anna.

Daisy et Andy, qui étaient mariés depuis quelques mois, avaient décidé que le début de la nouvelle année les verraient reprendre la ferme de M. Mason, car l'homme vieillissant avait de plus en plus de mal à assumer le travail tout seul.

- Oui, dit Daisy. Tout ça va me manquer tout de même… Pas de Mme Patmore pour me crier dessus toute la journée, taquina-t-elle en jetant un sourire en coin à sa future ex-supérieure.

- Ah, ah, très drôle Daisy, répliqua Mme Patmore. Maintenant pourriez-vous apporter ça à table avant que je ne me mette à crier là tout de suite !

Anna et Daisy rirent de bon cœur alors que la jeune assistante cuisinière emportait prestement le plat.

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- Alors Beckie, comment vont les études ? Est-ce que vous vous trouvez bien dans cette école ?, demande le vieux M. Mason à l'adolescente.

- Très bien, merci monsieur, répondit la jeune fille. Je me suis fait de bonnes amies, et les professeurs sont très gentils, dans l'ensemble. Je suis très heureuse là-bas.

- Et elle a rapporté un excellent bulletin du premier trimestre, ajouta M. Molesley, manifestement ivre de fierté devant les accomplissements scolaires de sa fille adoptive.

- Bravo, Beckie, la félicita Mme Hughes.

La conversation allait bon train autour de la table, et tout le monde se régalait du diner de Noël de Mme Patmore. Saisissant un instant où les discussions avaient marqué un léger temps d'arrêt, Andy se leva et demanda l'attention de l'assemblée.

- Tout le monde, s'il vous plait, puis-je avoir votre attention ?

Quand les bavardages se furent complètement éteints, son regard fit le tour de la table, puis vint se poser sur sa jeune épouse, et s'alluma d'une lueur fière et aimante.

- Daisy et moi-même allons bientôt quitter le service, pour écrire une nouvelle page de notre vie, à Yew Tree Farm. Nous voudrions remercier toutes les personnes ici au château, qui ont été si aimables avec nous depuis des années. Nous sommes très heureux que M. Mason nous accueille dans sa ferme, et d'ici quelques mois, si tout va bien, un bébé viendra compléter notre bonheur.

Daisy devint cramoisie alors que les exclamations de félicitations explosaient autour de la table. Bientôt tous les hommes se précipitaient pour serrer la main et taper sur l'épaule du fier futur père, et les femmes entouraient Daisy pour la serrer dans leurs bras. Mme Patmore pleurait sans retenue, à la fois à l'annonce du bébé et de tristesse de voir partir son assistante, qui était devenue un équivalent de fille adoptive pour elle au fil des années.

Quand la conversation eut repris, Mme Hughes approcha Anna et Phyllis et leur dit :

- Lady Mary m'a donné pour instruction que tous les enfants devaient être rassemblés dans le Grand Hall à trois heures pile. Je crois qu'il va y avoir une distribution de présents.

- Oh, vraiment ? J'espère qu'elle aura su rester raisonnable…, dit Anna.

- Je n'en suis pas du tout sûre…, sourit la gouvernante.

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En effet, à trois heures, les familles Bates et Molesley furent accueillies dans le Grand Hall, au pied du gigantesque arbre de Noël, par leurs anciens employeurs et la famille Crawley au sens large. Tom Branson était là avec Sybbie et Miss Lucy qui était maintenant officiellement sa fiancée, ainsi que les Hexham qui avaient fait le déplacement depuis l'Écosse pour les fêtes, avec Marigold et leur plus jeune fils, Philip. De nouveau des vœux amicaux furent échangés, alors que chacun s'extasiait sur les enfants qui avaient tant grandi depuis l'an dernier. Les enfants Bates et Molesley passèrent un temps non négligeable bouche bée devant l'arbre de Noël, peu habitués qu'ils étaient à une telle avalanche de guirlandes et de lumières.

- Peut-on avoir nos cadeaux, maintenant, Maman ?, demanda un George impatient en tirant la manche de sa mère.

Lady Mary interrompit son bavardage animé avec Anna, et regarda sa propre mère.

- Maman, devrions-nous commencer à distribuer les présents ?

- Oui, allons-y, sourit Lady Grantham.

Un par un, les enfants furent appelés à la grande table sur laquelle un tas de paquets de toutes tailles était étalé. Chacun, y compris Beckie, reçut un cadeau, et un sucre d'orge pour l'accompagner. Bientôt le Grand Hall résonna de joyeuses exclamations et fut envahi de morceaux de papier cadeau, alors que chaque enfant découvrait son cadeau. La petite Elizabeth serrait de toutes ses forces sa nouvelle poupée de chiffon, observant l'animation ambiante depuis le refuge des bras de son père, lorsque Lady Mary approcha de nouveau les Bates, apportant un magnifique cheval à bascule, orné d'un nœud brillant.

- Joyeux anniversaire, mademoiselle Elizabeth, dit Lady Mary, en tendant le second présent à Anna.

- Oh, Madame, vous n'auriez pas dû ! Elle a déjà eu un cadeau !

- Oui, mais c'est aussi son anniversaire ! Donc elle a droit à un cadeau de Noël, et un pour son anniversaire, affirma Lady Mary, ne laissant pas de place aux protestations. De toute manière, ce cheval était dans la nursery, et nos enfants sont trop grands pour y jouer maintenant, alors autant qu'il serve pour les vôtres.

- C'est si généreux à vous, Madame, merci, sourit Anna.

Lady Mary répondit par le chaud sourire qu'elle réservait à son ancienne femme de chambre devenue amie.

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Plus tard dans la soirée, au cottage des Molesley, Phyllis redescendait de la chambre des garçons pour rejoindre son époux qui l'attendait au salon avec une tasse de thé.

- Tous endormis ?, demanda Joseph.

- Les garçons oui. Joseph s'est endormi en serrant son avion, je n'ai pas pu lui faire poser.

Joseph senior rit de bon cœur.

- S'il est aussi déterminé que Beckie, il se pourrait qu'on finisse avec un aviateur dans la famille.

- Je n'écarterai pas cette possibilité, approuva Phyllis. Et Beckie est absorbée par son nouveau roman de Dickens. Il faudra qu'on passe la voir en allant nous coucher, sinon elle risque de passer sa nuit dessus.

Ils savourèrent tous deux un moment de silence en sirotant leur thé. Puis Joseph leva les yeux vers Phyllis et sourit :

- J'aime de tout cœur ces enfants Phyllis. Je suis si heureux que tu sois arrivée avec de la famille. Je n'avais jamais pensé être père, mais je remercie Dieu chaque jour de les avoir amenés dans mon foyer en même temps que toi. Je les aime, et je t'aime.

Phyllis sourit béatement, ses yeux brillants de larmes retenues.

- Je t'aime aussi. Tellement. Joyeux Noël mon cher.

- Joyeux Noël, répondit-il, en se penchant vers elle jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent.

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A quelques centaines de mètres de là, au Grantham Arms, John entra dans sa chambre, et sourit à la vue de sa femme en train de nourrir sa fille. Anna leva les yeux au son de ses pas, et demanda :

- Johnny s'est endormi ?

- Oui, je crois que l'excitation de la journée l'a épuisé. Il n'a pas voulu poser son petit train par contre.

Anna pouffa.

- Liz n'a consenti à lâcher sa poupée de chiffon que lorsqu'elle a dû faire un choix entre elle et mon sein…

John vint s'asseoir au bord du lit, près d'Anna, et caressa doucement la tête du bébé.

- Elle est si belle. Tu m'as donné des enfants merveilleux, ma chérie, je ne pourrais jamais assez t'en remercier.

- Nous les avons faits ensemble, pointa Anna. Tu es tout autant responsable de leur beauté que moi.

Elle savait que John était toujours très fier d'affirmer que ses enfants avaient pris le meilleur des traits de leur mère.

- Ah, ah, bien sûr, dit-il d'un ton pince-sans-rire. Aimerais-tu qu'on ait encore un autre enfant ?, demanda-t-il doucement, en passant un bras autour des épaules d'Anna.

Anna réfléchit un moment à sa proposition, tout en décrochant Elizabeth qui s'était profondément endormie.

- Je ne sais pas. Nous verrons ce que nous réserve la vie. Je ne suis plus si jeune. Je serais contente si ça arrive, mais je serais tout aussi heureuse avec juste ces deux-là.

John s'installa au lit pendant qu'Anna allait reposer leur fille dans son berceau pour la nuit. Quand elle fut de retour dans leur lit, elle se blottit contre le flanc de son époux, et commença à chatouiller son abdomen, en lui décochant un regard coquin.

- Donc, M. Bates, au sujet de ce bébé de plus…