Interlude Episode 2:

« Misdeeds Undone »

by Jo. R

Auteur : Jo. R

Traducteur : Aybarra

Rating: 13+

Catégories : Sarah/Daniel UST/Amitié, Angst, Drame, Sam/Jack ship/Amitié

Saison : se situe entre la saison 8 et la saison 9

Spoilers: 'Chimera', 'The Curse'. Very slightly for 'Threads', 'Singularity'

Résumé : Sarah tente de mettre le passé derrière elle et d'apaiser sa conscience.

Disclaimer: toujours pas à moi, ne le sera jamais – bien que je pourrais bien réclamer Sarah Gardner s'ils ne font rien avec son personnage.

Note de l'auteur : Grand, grand merci à Fairygnones d'être aussi organisée et de faire en sorte que ceci arrive cette année (c'est la seconde ou la troisième année de suite que toutes les trois nous parlions de faire quelque chose de ce genre !) et à Ruth d'être d'un grand secours et d'être restée conforme à sa réputation d'être sensationnellement vilaine (soyez prévenus, lecteurs de Interlude, soyez prévenus...).

Merci aussi à nos adorables bétas, Allie et Jo – vous êtes géniales !

Note du traducteur : c'est une fic assez sombre, voire très sombre. C'est un aspect que la série n'a pas abordé : ce qu'il advient de Sarah Gardner après qu'Osiris ait été retiré de son corps... Les conséquences psychologiques sur l'hôte... Est-ce que j'ai dit que la fic était sombre ? En tout cas, je vous ai prévenus !^^

Bon, ne vous inquiétez pas, il y a quand même un peu de ship de notre couple préféré ! lol

Un grand merci à Sam star et à Bibiche pour leur aide.

Je n'ai pas réussi à obtenir de réponse des auteurs. Je publie donc cette traduction sans leur autorisation... J'espère qu'elles ne m'en tiendront pas rigueur.

Bonne lecture !

ooOoo

Hommes. Femmes. Enfants.

Elle avait aidé à les tuer tous.

Des Jaffas qui l'avaient regardée avec peur et révérence dans leurs yeux. Qui étaient morts en croyant en elle, croyant en ses semblables. Croyant que leurs âmes iraient à Kheb.

Croyant un mensonge.

Le verre de cognac dans sa main était intact, mais elle s'y cramponnait désespérément, le traitant comme son dernier lien à la réalité. Elle n'avait pas été capable de rester assise depuis que ses cauchemars l'avaient réveillée, depuis que ses doigts tremblants avaient composé le numéro qu'elle avait mémorisé, mais qu'elle n'avait pas pu se résoudre à appeler plus tôt.

Neuf heures plus tôt.

Neuf heures et elle voyait toujours leurs visages.

Entendait leurs voix.

Entendait la sienne.

Rien de cela ne s'était estompé alors que la nuit faisait place à la lumière du jour.

Rien de cela ne s'était estompé comme les sons de l'extérieur s'étaient imposés au silence oppressant de son appartement.

Elle entendait encore sa voix dans sa tête.

Osiris.

Le parasite qui l'avait violée, forcée sa main. L'être qui avait ri sadiquement dans sa tête lorsqu'elle avait pleuré pour toutes les vies qu'il avait prises.

Pour les âmes perdues dont le sang souillait encore ses mains.

Elle entendait encore son rire, parfois.

Pensait encore qu'il était avec elle.

Le thérapeute qu'elle avait vu, le Docteur McKenzie, avait été facile à berner. Il lui avait été facile de lui faire croire qu'elle allait bien. Qu'elle avait récupéré du traumatisme et de l'horreur.

Elle se demandait parfois si elle s'était bernée elle-même à croire que c'était fini.

Sarah frissonna et marcha jusqu'à la fenêtre. Elle fixa la route vide en dessous et refoula de nouvelles larmes.

« Où es-tu, Daniel ? »

ooo

Les quinze heures de voyage entre Colorado Springs et le Minnesota semblaient prendre plus longtemps au retour qu'à l'aller, trois jours plus tôt.

Daniel tapotait ses doigts sur le volant alors qu'ils roulaient à une allure d'escargot à travers le trafic, totalement conscient des coups d'œil concernés que Sam ne cessait de lui lancer.

Bien conscient que ses coups d'œil seraient, bientôt, accompagnés de soupirs exaspérés.

Il n'était pas entièrement en désaccord avec elle lorsque son pied appuya encore la pédale de frein. Elle avait résisté six heures jusque là, une de plus que Teal'c et trois de plus que Jack.

Du coin de l'œil, il la vit ouvrir la bouche.

Il savait ce qu'elle allait dire.

Il anticipa avec un rapide coup d'œil dans sa direction. « Vous auriez pu rester avec Jack et Teal'c. Je vais bien. »

« Il vous est permis d'être inquiet. Sarah est une amie. »

Ses mains agrippèrent brièvement le volant, ne les relâchant que lorsqu'il se força à le faire.

Seulement quand il vit son regard entendu.

« Elle est une amie dont je n'ai pas eu de nouvelles depuis plus d'un an. »

« Ca ne veut pas dire qu'elle n'en est pas moins une amie. Vous étiez mort pendant plus d'un an. Ca n'avait rien changé. » Elle sourit quand il lui jeta un coup d'œil. « Vous vous inquiétez pour elle, vous en avez le droit. Vous disiez qu'elle semblait bouleversée quand elle a appelé. »

Daniel hocha la tête, se rappelant le son de sa voix. Se rappelant ses mots et se retrouvant à réprimer un frisson. « Elle était plus que bouleversée, elle était terrifiée. Désespérée. Bon sang. » Il regarda furieusement les feux arrières rouges du camion devant. « Nous devrions y être maintenant. Je devrais y être. »

« Essayez de vous détendre, » conseilla-t-elle d'une voix douce, l'ignorant quand il porta son regard noir sur elle. « Nous y sommes presque. Une heure, tout au plus. Vous êtes en train d'annuler tout le bien fait des vacances. »

Il émit un petit rire de dérision, mais ne parla pas. Il regarda à nouveau la route.

« Je suis désolée que vous n'étiez pas là. »

« Quoi ? » Ses excuses le prirent par surprise. Il la regarda à nouveau pour découvrir les yeux de Sam fixés sur le paysage qui défilait à une vitesse incroyablement lente – si ça défilait. « Pourquoi vous excusez-vous ? Ca n'a rien à voir avec vous. »

« Non ? » Sa voix était résignée, ses mots accompagnés d'un soupir presque trop discret pour qu'il l'entende. « Vous et Teal'c étiez là-bas à cause de moi. Je sais que le Général vous a dit que vous deviez venir pour moi. »

« Il ne nous a pas dit. Il a demandé. »

Demandé parce qu'il savait que c'était le seul moyen qu'elle accepte d'y aller.

Parce qu'elle avait besoin de s'éloigner du travail, du SGC.

Des souvenirs de l'homme qu'elle avait enterré et de celui qu'elle avait quitté.

Daniel changea de position sur son siège avec gêne, la culpabilité qu'il ressentait pire que l'impatience qui le taraudait quelques minutes auparavant. « Je suis désolé, Sam. »

« Il n'y a pas de raison de vous excuser. »

La façon dont elle évitait continuellement son regard suggérait autre chose.

Il ouvrit la bouche pour parler, pour dire quelque chose même s'il ne savait pas quoi, mais la referma lorsque les véhicules devant eux commencèrent à avancer.

Ils continuèrent en silence, avec Daniel se creusant la cervelle pour trouver quelque chose à dire. Il parlait couramment vingt-trois langages et il n'arrivait pourtant pas à trouver les mots dont il avait besoin pour la faire – pour le faire – se sentir mieux.

Pour faire amende honorable avec la femme qui l'avait supporté pendant presque neuf ans, plus longtemps que n'importe quelle femme l'avait supporté – y compris sa mère. La personne qui avait été là pour l'aider à travers ses souvenirs de la mort de ses parents, du sevrage et des effets de manque de quelque chose de bien plus puissant que n'importe quelle drogue sur Terre, qui l'avait aidé à se remettre de la mort de sa femme.

Qui l'avait aidé à gérer la culpabilité lorsqu'une autre femme qu'il avait aimée était devenue un outil aux mains d'un Goa'uld.

Se garant devant l'immeuble que Sarah lui avait dit être le sien, Daniel hésita à rejoindre Jack et Teal'c sur le trottoir. « Sam. »

« Oubliez ça, Daniel. Vous êtes tendu, je suis fatiguée. » Elle se tourna vers lui avec un petit sourire, ses doigts défaisant déjà la ceinture de sécurité, son autre main s'approchant de la poignée de la portière. « Allez voir Sarah. Je verrai si je peux garder les autres dehors. »

Elle sortit de la voiture avant qu'il ne puisse faire de commentaire. Il frappa le volant, jura entre ses dents et ouvrit la portière pour les rejoindre.

Et il se retrouva immédiatement le dépositaire de deux regards identiquement noirs.

« Nous vous attendrons là. » Sam brisa le silence, lançant aux deux hommes qui l'encadraient un regard qui les défiait de la contredire. « Si vous avez besoin de nous, appelez. »

« D'accord. Merci, Sam. » Il résista à l'envie de mettre ses mains dans ses poches et s'éloigna furtivement comme le coupable qu'il avait l'impression d'être et entra dans l'immeuble.

Entendant les deux questions posées alors que la porte se fermait derrière lui, il espéra que quel que soit ce qui n'allait pas avec Sarah justifiait le fait de mettre une fin malheureuse et non prévue à leurs vacances.

ooo

« Ca va, Carter ? »

« Est-ce que vous allez bien Colonel Carter ? »

Elle ferma les yeux pendant un bref instant, s'efforçant de ne pas dire la remarque sarcastique qui monta à ses lèvres. Elle avait tenté – et échoué, apparemment – de faire en sorte que rien ne se voit sur son visage quand elle était sortie de la voiture, mais d'une manière ou d'une autre, comme toujours, ils avaient senti l'atmosphère légèrement tendue.

C'était... mignon... d'une certaine façon. Agréable de savoir qu'ils se préoccupaient. Mais en même temps, cela lui donnait envie de crier et d'hurler qu'elle allait bien.

Qu'elle n'allait pas s'effondrer.

Elle avait passé un agréable séjour au chalet du Général, s'était sentie détendue, heureuse même, et elle savait que c'était parce qu'elle avait senti qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle s'effondre et pleure sur les épaules de quelqu'un à tout moment. Au chalet, ils avaient été heureux de la laisser savourer l'instant, mais depuis que Daniel avait annoncé qu'il devait partir et qu'elle avait suggéré qu'ils devraient tous partir au cas où on aurait besoin d'eux, les choses avaient changé.

C'était comme s'ils pensaient qu'elle allait bien quand elle était loin de Colorado Springs, mais qu'elle allait se désagréger à son retour.

Comme si les souvenirs seraient beaucoup trop pour elle.

Comme si elle avait réussi à les laisser chez elle, pour commencer.

« Je vais bien. Juste fatiguée. »

Elle se demanda, pas pour la première fois, comment les convaincre qu'elle allait bien. Comment leur expliquer comment elle se sentait d'une façon qui ne les ferait pas s'échanger des regards entendus et présumer qu'elle était dans le déni.

Ce n'était pas le cas.

Elle avait fait la paix avec sa décision de mettre fin à ses fiançailles. S'il y avait eu le moindre doute dans son esprit ou dans son cœur que ce n'était pas la chose à faire, elle aurait toujours une bague à son doigt.

Quant à son père... Elle avait tenté de l'expliquer au Général O'Neill, deux fois. Une fois alors qu'ils regardaient de la salle d'observation, une fois alors qu'ils étaient seuls sur la petite terrasse derrière le chalet. Elle pensait que, peut-être, il comprendrait, qu'elle avait l'impression d'avoir eu une seconde chance de mieux connaître son père, ce dont elle était reconnaissante au lieu d'en vouloir à la terre entière qu'il soit mort, comme tout le monde s'y attendait.

Bien sûr, s'il avait effectivement compris cela, il devait alors être vraiment inquiet parce qu'il pensait qu'elle ne s'était pas encore remise de sa rupture avec Pete, ce qui était ridicule.

Lui mieux que quiconque devrait savoir qu'elle était ok avec la fin de cette liaison. Oui, ils avaient tourné autour de la question au chalet, mais le fait qu'elle était là aurait dû lui dire ce qu'il avait besoin de savoir. Le simple fait qu'elle était là, avec lui, seule pendant toute une journée et une nuit aurait dû être suffisant pour le convaincre... Pour lui faire savoir où en étaient ses pensées ou du moins de la direction qu'elles prenaient.

Elle se rappela l'arrivée de Daniel et de Teal'c, qui les avaient trouvés assis sur le ponton en train de pêcher. Elle était sûre qu'ils avaient été tous les deux surpris de les voir là – et complètement habillés – et elle était convaincue, sans le moindre doute, que ses amis s'étaient attendus à ce que quelque chose arrive, que quelque chose change, si leur réaction à l'organisation pour dormir était une indication.

Elle avait dormi à poings fermés dans la chambre du Général pendant que lui-même avait réquisitionné le canapé, laissant à Daniel et Teal'c le pavillon des invités juste à quelques mètres du bâtiment principal.

Ils pensaient peut-être que le Général l'avait rejointe après que les lumières furent éteintes, mais ils seraient déçus si c'était le cas.

Le règlement était toujours un problème.

Un gros problème qui signifiait que peu importait à quel point elle avait dormi confortablement dans le Minnesota, elle l'avait fait seule et continuerait à le faire maintenant qu'ils étaient rentrés chez eux, à moins que quelque chose ne change.

Jusqu'à ce que ça change.

Ce qui serait le cas, un jour. Même si elle devait prendre l'initiative et faire en sorte que cela arrive, bien que d'après leur conversation au chalet, elle était pleine d'espoirs qu'ils trouveraient une solution ensemble bientôt.

« Carter ? »

« Colonel Carter ? »

D'après les expressions de leurs visages et le coup d'œil qu'ils s'échangèrent, Sam eut le sentiment que ce n'était pas la première fois qu'ils l'avaient appelée. Elle eut le sentiment qu'ils lui avaient posé une autre question à laquelle était censée répondre avec son habituel 'Je vais bien, vraiment', mais pour une raison ou une autre, elle avait raté sa réplique.

« Je vais bien. J'ai juste décroché un peu. »

Ce n'était pas la chose à dire.

De nouveau ils s'échangèrent un coup d'œil.

Puis la main qui rôdait près de son dos se fit un peu plus insistante et elle se retrouva conduite loin de Teal'c, vers le 4x4 du Général.

« Sam. » Son prénom dit par sa voix semblait étrange et d'après le pli de ses lèvres, il trouvait cela tout aussi bizarre. « Pourquoi ne pas vous asseoir dans le 4x4, d'accord ? Reposez-vous... juste. Levez le pied. Vous avez eu une longue journée. »

Techniquement, cela avait été une longue nuit puisqu'ils avaient conduit pendant la nuit, mais elle décida de ne pas le mentionner. « Je vais bien, mon Général. Daniel pourrait avoir besoin... »

« Daniel ira bien. S'il a besoin de quelque chose, il appellera et nous monterons. Jusque-là. » Il ouvrit la portière du côté passager et lui fit signe de monter. « Asseyez-vous. Restez au chaud. Faites une sieste si vous le désirez. Vous disiez que vous étiez fatiguée. »

Ne voulant pas se disputer, Sam s'installa dans le siège passager, lui dédiant un petit regard noir quand elle remarqua l'expression de satisfaction sur son visage alors qu'il refermait la portière.

Quelques minutes, se promit-elle à elle-même. Elle fermerait les yeux juste quelques minutes, les laisserait croire qu'ils avaient gagné, puis elle le rejoindrait sur le trottoir et attendrait.

Ses yeux commençaient à se fermer juste quand son portable se mit à sonner.

ooo

Elle tremblait et sanglotait, mais ne le laissait pas s'approcher suffisamment pour la toucher. Suffisamment proche pour la réconforter.

Daniel tira son portable de sa poche et appuya sur la touche deux, n'attendant que quelques secondes avant que Sam ne réponde.

« J'ai besoin de vous. Juste vous. Appartement 307. La porte est ouverte. »

Il raccrocha, n'ayant pas besoin d'attendre sa réponse et retourna regarder Sarah là où elle faisait les cent pas sur le balcon. Trop près de la rambarde à son avis.

La porte avait été déverrouillée quand il était arrivé, aussi il était entré quand elle n'avait pas répondu et l'avait trouvée, hystérique et radotant à propos de personnes, d'enfants et de morts, et tout cela étant apparemment sa faute. Le sang sur ses mains, le feu, les flammes et les enfants, oh mon dieu les enfants.

Elle ne parut pas l'entendre quand il parla, mais s'écarta comme un cheval effrayé quand il tenta de s'approcher trop près. S'était déplacée sur le balcon, faisant les cents pas, s'arrêtant de temps en temps pour regarder sur le côté.

Contemplant la route en dessous.

Presque comme si elle songeait...

Non.

Il ferma étroitement les yeux un moment, pas assez longtemps, mais c'était tout ce qu'il pouvait se permettre étant donné les circonstances.

« Daniel ? » Il sursauta, surpris, au son de la voix de Sam, tellement pris à refouler les images que son esprit tentait de conjurer. « Désolée. »

« Ce n'est rien. Elle est dehors. » Il fit signe vers la porte fenêtre d'une main et ôta ses lunettes de l'autre. « Elle ne... Elle agit comme si elle ne m'entend pas, mais elle ne me laisse pas m'approcher. »

« Je vais voir ce que je peux faire. » Sam lui fit un bref sourire et s'avança vers le balcon, s'armant de courage en prenant une profonde respiration.

ooo

Sam observa la pagaille dans l'appartement alors qu'elle avançait, réprimant un soupir. Meubles brisés, verre fracassé. Une odeur sous-jacente de quelque chose – cognac – et les pleurs qu'elle pouvait entendre venir du balcon étaient tous de mauvais signes. Signes de désespoir, d'une femme dans un état d'esprit fragile.

Zut.

Elle ne savait pas quoi faire ou dire, mais elle savait pourquoi Daniel l'avait appelée. Elle était une femme, après tout, et il semblait que même après huit années ensemble, ils pensaient encore que cela signifiait qu'elle était mieux équipée pour gérer des situations comme celles-ci. Ou il pensait peut-être qu'elle était elle-même dans un état d'esprit fragile et donc pourrait établir un rapport avec la femme confuse sur le balcon.

Double zut.

« Sarah ? » Elle plaqua sur son visage ce qu'elle espérait être un sourire rassurant et sortit sur le balcon, se retenant d'aller plus loin quand Sarah se retourna vivement de surprise. « Bonjour. Vous vous souvenez de moi ? Je suis Sam Carter, une des amis de Daniel... »

« Il vous a torturé. »

Sam n'eut pas à demander qui était 'il', mais dut se rappeler, lorsque ses yeux se posèrent sur les siens et la figèrent sur place, qu''il' n'utilisait plus la femme devant elle.

Des larmes coulèrent sur le visage de Sarah, ses yeux rouges et sa voix trembla légèrement, mais il y avait de la force en dessous. « Je vous ai torturée. Je sais qui vous êtes, Major Carter. Vous ne voulez pas m'aider. Je voulais vous tuer. »

Sam se retint de corriger la femme et hocha la tête à la place. « Vous ne m'avez pas torturée. Vous aviez raison la première fois, Sarah. Il m'a torturée. »

L'expression de lucidité s'effaça de ses yeux. « Je suis lui. Etais lui. Il était moi. A l'intérieur de moi. Il m'a fait faire des choses. D'horribles choses dont je me souviens dans mes rêves. »

Sam se risqua à s'avancer, agissant d'instinct. Elle prit les coudes de Sarah dans ses mains, sa prise forte mais pas assez pour faire mal. Probablement assez forte pour laisser des bleus, mais Sam ne se permit pas de penser à cela. « Ce n'était pas vous. Rien de cela n'était vous. Vous êtes Sarah Gardner. Vous n'êtes responsable de rien de ce dont vous vous souvenez, d'accord ? Vous étiez prisonnière et vous avez lutté aussi fort que vous pouviez et au bout du compte, vous avez gagné. Vous vous êtes libérée, Sarah. Rappelez-vous de cela. »

Un autre sanglot s'échappa de l'ancienne hôte et elle secoua violemment la tête, les yeux exorbités, ses mains s'accrochant à Sam – soit pour tenter de se libérer soit pour s'y accrocher comme à une bouée de sauvetage, elle n'arriva pas à décider. « Je ne suis pas libre. Je peux l'entendre rire dans ma tête. Je ne serai jamais libre. » Sa prise se resserra et pour la première fois, Sam baissa les yeux et vit du sang sur les paumes de Sarah et sur les siennes. « Je les ai tués. Je vais les tuer. Vous devez m'en empêcher. Je vous en prie. Tuez-moi. »

« Personne ne va vous tuer. » Sam jeta un œil par-dessus son épaule et fut soulagée de trouver Daniel rôder aussi près du balcon qu'il l'osait. Tirant la force de sa présence, elle reporta son attention sur la femme devant elle. « Je veux vous aider, Sarah. Me ferez-vous confiance ? »

Sarah la fixa, se calmant juste assez pour garder ses yeux sur ceux de Sam. Il lui vint à l'esprit qu'elle ne l'avait jamais aimée, cette autre femme, pas vraiment. Elle ne la connaissait pas assez pour l'aimer ou ne pas l'aimer, aussi comment pouvait-elle lui faire confiance ?

Pouvait-elle lui faire confiance ?

Daniel lui faisait confiance. Daniel qu'elle avait appelé à l'aide, qui était dans son appartement mais n'était pas celui à tenter de la calmer. Pourquoi donc ? L'en avait-elle empêché ?

« Je vous fais confiance. » Elle ne savait pas pourquoi, mais c'était vrai. Daniel avait confiance en elle, donc ça devait signifier quelque chose. Et il – le Goa'uld – l'avait détestée, donc c'était quelque chose aussi.

« Bien. C'est un bon début pour commencer. » Sam détacha doucement ses mains de celles de Sarah et prit l'une d'elle dans la sienne, la conduisant lentement à l'intérieur.

La traitant comme une enfant.

Elle n'était pas une enfant.

Elle avait l'impression d'en être une, mais elle ne l'était pas.

Oh, mon dieu. Les enfants qu'elle avait tués. Les vies qu'elle avait détruites avant qu'ils n'aient eu une chance.

Elle gémit et tenta de retirer sa main. Tenta de retourner sur le balcon où elle pourrait rassembler le courage de... de faire quelque chose à laquelle elle ne voulait même pas y penser.

« Ca va aller, Sarah. Vous allez aller bien. » Un autre gentil sourire fut dirigé vers elle et elle se laissa de nouveau guidée. « Je veux juste regarder à vos mains, d'accord ? M'assurer que vous ne vous êtes pas fait trop mal. Ensuite, nous irons en un endroit sûr et nous parlerons. »

Ses mains ?

Sarah baissa les yeux sur la main qui n'était pas tenue et sursauta de surprise.

Il y avait du sang, du vrai, sur ses mains.

Son sang.

Pas le sang imaginé des gens qu'elle avait tués. Peut-être qu'elle ne l'avait pas imaginé du tout. Peut-être que c'était elle.

Pourquoi saignait-elle ? S'était-elle blessée ?

Elle n'arrivait pas à s'en rappeler.

« Ce n'est rien, » répéta Sam, la faisant s'asseoir sur le canapé, et s'asseyant elle-même dessus. « Détendez-vous juste, rien ne va vous arriver. Personne ne va vous faire de mal. Vous êtes en sécurité, maintenant. »

D'autres larmes vinrent, mais Sarah les refoula.

Elle ne pouvait pas se permettre de pleurer encore, ne pouvait pas se permettre de croire...

Elle n'était pas en sécurité, et aucun d'eux ne l'était. Le gens dans son rêve, les visages dans son esprit.

Il se vengerait d'eux tous et elle ne savait pas si elle pourrait empêcher cela.

ooo

Le Docteur McKenzie leva la tête d'un air entendu quand ils entrèrent dans l'infirmerie, mettant brusquement fin à sa conversation avec le Docteur Brightman. Sam changea de position mal à l'aise lorsque son regard vint s'attarder sur elle, souhaitant pouvoir sortir de la pièce. Souhaitant que Sarah ne serre pas sa main aussi fermement que cela était impossible.

Daniel et le Général étaient avec eux, Daniel parce qu'il ne quitterait pas Sarah et le Général parce que... Eh bien, elle n'était pas sûr du pourquoi il s'était joint à eux. Quelque chose à voir avec le fait d'avoir un ancien hôte dans sa base qui le rendait nerveux, probablement.

Teal'c n'était pas là. Sa présence avait clairement mis Sarah mal à l'aise, aussi il s'était trouvé quelque chose d'autre à faire dès qu'ils étaient retournés au SGC.

« Mlle. Gardner. Je dois dire que je ne suis pas surpris de vous revoir. »

Sarah fit un pas en arrière aux mots du Docteur, Daniel lui lançait des regards noirs et Sam pensait qu'elle pourrait bien gronder. Peut-être. Il y eut un petit rire étouffé derrière elle, c'était donc une possibilité.

« Je ne veux pas lui parler. Il ne comprend pas. »

« Vous n'avez pas à lui parler si vous ne le voulez pas. » Sam adopta son attitude apaisante alors que Daniel et Jack restaient silencieux, jetant aux deux hommes un regard qui disait 'qui diable a appelé le psy pour commencer'. « Laissez juste le Docteur Brightman examiner vos mains et ensuite nous pourrons partir et parler. »

« Mes mains ? »

« Oui. Vous vous êtes coupée sur un morceau de verre, vous vous rappelez ? » Avec un sourire encourageant qui se transforma légèrement lorsqu'elle jeta des regards furibonds à McKenzie, Sam mena Sarah à l'un des lits, faisant signe au Docteur Brightman d'avancer tout en gardant Mckenzie en arrière d'un regard. « J'ai fait ce que je pouvais, mais j'ai pensé que vous devriez y jeter un œil au cas où j'ai oublié quelque chose. »

Le Docteur Brightman se fit discrète dans son examen et prouva être une bien meilleure alliée que Sam ne se serait attendue et elle jeta un regard à Mckenzie quand le psychiatre tenta de démarrer une conversation, allant jusqu'à l'avertir que s'il ne quittait pas son infirmerie, elle le ferait partir par la force.

Sam eut un sourire triomphant et se fit une note mentale d'être plus gentille avec le docteur dans le futur avant de reporter son attention sur le sujet en question. Le Général et Daniel, remarqua-t-elle, restèrent ostensiblement silencieux.

« Sarah, est-ce que ça vous dérangerait si le Docteur Brightman reste avec nous ? » La question prit le docteur en question par surprise, presque autant que la personne qui la posait. Sam haussa une épaule et tenta d'empêcher du mieux qu'elle pouvait le désespoir qu'elle ressentait de se voir sur son visage. Cela n'était pas de son domaine et n'avait pas peur de le reconnaître. De plus, le docteur avait plus d'expérience pour s'y prendre avec les personnes fragiles et puisqu'elle n'allait visiblement obtenir aucune aide des gars, elle voulait s'assurer qu'il y avait une sorte de soutien au cas où elle se retrouverait encore plus perdue. « Vous pouvez avoir confiance en elle. C'est une bonne personne. »

Sarah cligna et fixa des yeux solennels sur le docteur, serrant ses mains aussi serrées qu'elle pouvait. « Ca ne me dérange pas. »

« Docteur ? »

« J'ai tout le temps que je veux. » Le Docteur Brightman rendit à Sam son regard avec un hochement de tête et s'assit sur le lit à côté de Sarah, haussant un sourcil quand la femme battit en retraite, s'approchant inconsciemment de Sam.

Sam la remercia d'un sourire et prit la main de Sarah. « Est-ce que vous voulez nous dire ce dont vous vous souvenez, Sarah ? Qu'est-ce qui vous a si bouleversé ? » Elle remarqua l'expression d'approbation que le Docteur Brightman lui fit et remercia mentalement la personne qui lui avait une fois posé cette même question après son expérience avec Jolinar. A ce moment-là, elle avait détesté cela, leur en avait voulu pour leur interférence, mais maintenant elle était reconnaissante d'avoir quelque chose sur quoi s'appuyer.

Pendant un moment, il y eut le silence. Puis Sarah se mit à parler d'une voix basse et mal assurée, hésitante parfois lorsqu'elle leur raconta ce dont elle se rappelait.

Ce qu'elle avait fait.

« Il y avait un appareil, avec un minuteur. Une série de bombes partout sur la planète aux endroits les plus peuplés. Il a fait cela parce que certains d'entre eux avaient cessé de croire en lui. C'était censé être un avertissement au reste d'entre eux, pour les ramener à sa façon de penser. » Elle lâcha la main de Sam, et serra ses bras autour d'elle alors que de grosses larmes coulaient inaperçues sur ses joues. « Nous sommes revenus quelques semaines plus tard pour voir s'ils avaient appris leur leçon, en prenant quelques provisions pour aider ceux qui avaient survécu et les gagner à notre cause. Ils étaient tous tellement reconnaissants. Si heureux de nous voir. Ils n'avaient pas le moindre soupçon que c'était notre faute. Il a très bien joué son rôle, a dit qu'il avait tenté de les avertir et d'empêcher cela d'arriver, mais qu'il ne pouvait sauver qu'un petit nombre d'entre eux. Il ne pouvait sauver que ceux qui étaient loyaux. »

Ses épaules tremblèrent, sa voix se brisa.

« Ils pensaient qu'ils étaient chanceux, mais je sais que c'était faux. Il n'y avait pas assez de nourriture, pas assez d'aide. Il voulait qu'ils luttent, pour prouver qu'ils en valaient la peine. Pour être punis. Les gens commencèrent à mourir. Ils mouraient alors même qu'ils me disaient combien ils étaient reconnaissants. Hommes et femmes se privaient de nourriture pour tenter de sauver leurs enfants, mais ils étaient trop faibles et moururent quand même. Tant d'eux étaient malades, l'eau n'était pas potable. Ils auraient pu être tous sauvés, mais il n'en fit rien. Il resta en arrière et regarda cela arriver, regarda la fièvre et la maladie les emporter. Ils attendaient – m'attendaient – qu'il les sauve. »

Sarah s'éclaircit la gorge, déroula ses bras pour serrer étroitement ses mains. Sa voix s'adoucit, ses mots ponctués de sanglots occasionnels. « Il y avait un enfant en particulier, un petit garçon. Ses deux parents étaient morts et sa maison était en ruine. Il resta avec eux, roulé en boule entre leurs corps pour passer la nuit. »

Elle éclata en sanglots, tremblante.

« Je dois y retourner. Je dois voir... Je dois tenter de les sauver. »

Daniel s'avança pour la réconforter quand elle sanglota. Elle résista au début, mais se laissa aller quand il se mit à s'écarter, enfouissant son visage contre sa poitrine.

Sam se leva et marcha lentement jusqu'à Jack, échangeant un regard, de compréhension, alors que le Docteur Brightman s'approchait.

Ils pouvaient y retourner, mais les probabilités qu'il y ait quelque chose, quelqu'un, à sauver étaient minces.

« Ca fait plus d'un an, » dit le Docteur Brightman à voix basse, faisant écho à leurs pensées. « Si c'était aussi affreux qu'elle se le rappelle... Sans intervention, ces gens seront morts depuis longtemps. »

« Nous devons quand même y aller. » Sam se cuirassa contre l'éclair d'inquiétude qui apparut – brièvement – sur le visage du Général. Elle détestait l'idée de rencontrer tant de morts si tôt après avoir perdu son propre père, mais elle ne voyait pas d'autre choix. Sarah avait besoin de tourner la page et elle avait besoin de SG-1 pour cela. « Mon Général, elle a refoulé cela pendant des mois. La seule façon pour elle de mettre cela derrière elle et d'accepter qu'elle y a joué un rôle est d'y faire face. »

« On dirait Mckenzie. »

Sam fronça les sourcils à l'insulte. « Vous êtes celui qui m'a ordonné de le voir. »

« Oui, vous ne m'avez toujours pas dit comment ça s'était passé. »

A côté d'eux, le Docteur Brightman eut un ricanement de dérision. Elle avait lu le rapport, et avait approuvé la remise en service actif du Colonel. A ses yeux, l'offre du Colonel de montrer au Docteur Mckenzie comment c'était de perdre son père était une réponse parfaitement normale et naturelle. Même si elle avait menacé de le faire avec un bâton goa'uld et à une certaine partie de son anatomie.

« Je dois aller dans le sens du Colonel Carter, Monsieur. » Le Docteur Brightman se joignit à la conversation, se retenant de montrer sur son visage son amusement au souvenir. « Nous pouvons emporter des provisions, montrer à Mlle. Gardner que nous allons faire tout ce que nous pouvons pour aider. »

« Nous, Docteur ? » Jack haussa un sourcil, croisant ses bras sur sa poitrine pour éviter l'impression d'être attaqué de tous côtés. « Vous prévoyez votre premier voyage à travers la Porte des étoiles ? »

« Je devrais y aller, si ce n'est pour aider les survivants pour aider Mlle. Gardner et le Colonel Carter. » Le Docteur Brightman jeta à Sam un petit coup d'œil d'excuses. « Ceci ne sera pas facile pour vous, Colonel. C'est votre première mission après la perte de votre père et ce ne sera pas une mission agréable. Mlle. Gardner s'est projetée sur vous, vous êtes celle qui l'empêche de sombrer. J'aimerais être là pour vous aider toutes les deux. »

En un geste presque inconscient, Sam imita Jack et croisa ses bras dans un geste défensif. Soupirant sa défaite quand elle entendit la vérité derrière les mots du docteur. « Ca me va. Avons-nous l'autorisation d'y aller, mon Général ? »

Jack hésita, l'étudiant. Elle avait besoin d'une bonne nuit de sommeil, il le savait. Pas une de ces fichues missions pour ouvrir un cimetière. Il savait aussi qu'elle le prendrait personnellement s'il refusait – merde, c'était personnel. Ca ne devrait pas l'être – ne pouvait pas l'être, pas encore – mais ça l'était. « Demain, à 13 heures. Je libérerai un créneau. Vous prendrez Teal'c avec vous, » poursuivit-il, lui jetant un regard quand elle ouvrit la bouche pour protester au délais. « Doc, pouvez-vous aider Sarah à dormir un peu ? Elle est épuisée et aura probablement besoin de sa force demain. »

Le Docteur Brightman hocha la tête, comprenant à ses mots qu'elle était congédiée.

« Mon Général... »

« Carter. Marchez avec moi. » Il la vit se figer, jeter un coup d'œil par-dessus son épaule. « Daniel et le Docteur Brightman peuvent prendre soin d'elle. Vous devez prendre soin de vous. »

Pendant un instant, il lui sembla qu'elle allait protester, mais comme le bon soldat qu'elle était, elle ravala sa réplique, mais la disant de ses yeux qui jetaient des éclairs, avant de le précéder hors de l'infirmerie.

« Carter. »

« Oui, Monsieur ? »

« Attendez. »

Elle ne s'arrêta pas, mais ralentit. Elle le regarda du coin de l'œil quand il la rattrapa, mais ne dit rien et l'expression sur son visage suffit à la figer sur place.

Il paraissait plus qu'inquiet. Nerveux.

« Est-ce que quelque chose ne va pas, mon Général ? »

Si c'était possible, le son de sa voix sembla le rendre encore plus mal à l'aise. « Pas vraiment. Je... réfléchissais. » Il regarda des deux côtés du couloir. Deux fois. « A propos de ce qui a été dit au chalet. »

Ses traits s'adoucirent et son cœur bondit dans sa gorge. Elle calma ses traits en une expression neutre. « Oui ? »

Son regard rencontra le sien, ne cachant rien. « Aucun regret ? »

« Non. » La réponse fut instantanée, sincère. Pendant un instant, ils se regardèrent les yeux dans les yeux, puis il hocha la tête et fit un pas en arrière.

Un pas qui l'éloignait.

« Bien. Je vérifiais juste. Allez dormir un peu, Carter. Ce ne sera pas facile demain. »

« Je sais, mon Général. Je peux supporter ça. » Elle haussa légèrement la voix. Il le fallait pour qu'il l'entende comme il s'éloignait d'elle.

« Si je ne pensais pas que vous le pouviez, vous n'iriez pas. »

ooo

Les seules personnes qui dormirent sans problème furent Teal'c et Sarah. Le premier parce qu'il avait la discipline nécessaire pour ne pas laisser ce qu'on lui avait dit le perturber, la seconde parce qu'on lui avait donné un somnifère, juste assez pour tenir les cauchemars à distance.

Daniel passa une nuit inconfortable sur la chaise à côté de Sarah, se réveillant parfois quand il pensait avoir entendu quelque chose. Il fit de son mieux pour empêcher les images que les souvenirs de Sarah avaient créées dans son esprit de parvenir à la surface et découvrit qu'il y réussissait – quand il somnolait. Quand il était éveillé, il ne pouvait tout simplement pas oublier. Ne pouvait pas ne pas voir les images qu'elle avait si clairement dépeintes pour lui.

Jack fut ramené à un autre temps, un autre lieu. Durant les quelques heures qu'il réussit à prendre, il revit les événements de son propre passé avec de nouveaux souvenirs, ceux de Sarah, mélangés. Il vit femmes et enfants marcher sans but, supplier de l'aide en une langue qu'il ne comprenait pas, mais le message, le désespoir, réussit quand même à l'atteindre.

Après quatre heures de sommeil et se réveillant deux fois du même cauchemar, Sam renonça à tenter de dormir et resta couchée dans sa couchette à fixer le plafond. Tenter de ne pas voir le visage de son père surimprimé sur ceux des morts qu'elle savait découvrir là-bas. Il n'était pas mort ainsi et elle ne permettrait pas ses propres souvenirs d'être affectés par les horreurs auxquelles elle savait qu'elle devrait y faire face.

« Le MALP n'a rien montré. Rien que des ruines de ce qui devait être une civilisation. »

« L'air ? »

« Respirable. L'atmosphère de la planète est très similaire à celle de la Terre. Ca devrait aller, mon Général. »

Jack acquiesça, la réponse étant à la fois celle qu'il voulait et n'avait pas voulu entendre. « SG-1, vous avez l'autorisation de partir. Vous devez contacter le SGC à 15 heures. Cela vous donnera bien assez de temps pour jeter un œil autour et déterminer s'il y a quelque chose que vous pouvez faire. »

« A vos ordres, Monsieur. » Sam acquiesça et partit quand il lui fit signe qu'elle pouvait y aller, rejoignant son équipe dans la salle d'embarquement. Elle leva les yeux sur la fenêtre de la salle de contrôle, hocha la tête quand elle le vit observer à travers la vitre et se détourna en donnant l'ordre, « Avancez. »

De la salle de contrôle, il les regarda partir. Se demandant si un jour il lui semblerait normal que son équipe parte sans lui.

ooo

Ce n'était pas joli à voir. En fait, c'était l'une des pires visions qu'ils avaient jamais vues. Les trois membres de SG-1 se rappelèrent distinctement d'une autre planète où ils avaient été il y a de cela des années, où presque toute la population avait été effacée par la maladie.

Tout le monde sauf une enfant qu'ils avaient emmenée avec eux et qu'ils avaient affirmés être à eux.

La seule différence était qu'ils étaient venus quelques jours après la destruction de ces vies quand ils avaient trouvé Cassandra. Ici, ils venaient un an trop tard.

A la place de corps, ils trouvèrent des os.

A la place de l'espoir, ils trouvèrent la mort.

Après une heure à marcher en silence, par respect pour les morts, à cause de leur chagrin, Sarah s'arrêta net. Elle avait mené le groupe, avec Daniel à ses côtés, sachant qu'il était prêt à la rattraper si elle tombait.

Sachant qu'elle avait besoin de lui lorsque ses genoux cédèrent et qu'elle s'effondra par terre.

Les ruines de la maison étaient toujours là, couvertes d'herbes et de mousse, mais elle les reconnut. Elle reconnut le bâtiment pour être celui où elle avait rencontré la première l'enfant qu'elle ne pouvait sortir de son esprit, qu'elle soit éveillée ou endormie.

Avec l'aide de Daniel, elle se releva.

Fit trois pas mal assurés en avant et découvrit qu'elle ne pouvait retenir le sanglot qui parut trop bruyant dans le silence de mort.

Il n'y avait pas deux, mais trois squelettes par terre.

Deux adultes et un enfant, le dernier entre les deux plus grands, la colonne vertébrale courbée comme s'il s'était enroulé contre eux pour avoir chaud.

Elle pleura des larmes amères, tomba par terre à côté d'eux et hurla à l'injustice de tout cela. A la culpabilité qui la rongeait de l'intérieur.

« Sarah. Viens, tu n'as pas à voir ça. »

Elle le devait. Elle ne pouvait pas ne pas voir cela.

Elle le vit, image parfaite figée dans le temps, alors même que les larmes l'aveuglaient. Alors même qu'elle fermait les yeux.

« Je l'ai tué. Je les ai tous tués. »

« Non. » Le Colonel Carter avait rejoint Daniel à ses côtés et du coin de l'œil Sarah vit des traînées suspectes sur ses joues. « Ce n'est pas vous qui avez fait cela. Ecoutez-moi, Sarah. Vous n'êtes en rien coupable pour ceci. Osiris l'est. Il a tué ces gens. Il a détruit leur monde et les a laissés mourir. M'entendez-vous ? »

« Non. Non, je les ai tués. J'ai posé l'appareil. Je m'en rappelle... Je me rappelle le faire. Je me rappelle partir en pensant que c'était bien parce que je le pensais. Je me rappelle revenir et voir leurs visages, entendre leurs pleurs et partir. Je suis partie. Ils devraient être en vie, mais ils ne le sont pas. Ils sont morts à cause de moi. Parce que j'ai laissé cela arriver. »

Quelqu'un – soit Daniel soit le Colonel Carter – tenta de la réconforter. Tenta de mettre un bras autour d'elle.

Sarah s'en libéra. Violemment. Elle ne voulait pas de leur consolation, de leur gentillesse. Elle ne voulait pas de leur compréhension et de leur soutien.

Elle voulait leur haine, leur dégoût.

Elle voulait qu'ils la méprisent autant qu'elle se méprisait elle-même.

Elle voulait qu'ils désirent sa mort parce que c'était ce qu'elle méritait.

Mais ils ne la détesteraient pas. Ils savaient trop, comprenaient trop. Le Colonel Carter, se souvint-elle, elle ne sut trop comment, a été une hôte aussi. Elle savait ce que c'était, savait l'impuissance, savait qu'il n'y avait aucun moyen de contrôler cela.

Ils ne la tueraient pas, peu importait combien elle voulait qu'ils y mettent une fin.

Peu importait combien elle supplierait.

Non. Ils étaient trop bons pour cela. La seule façon de faire cesser cela était d'y mettre fin par elle-même.

Elle se força à se redresser, repoussa les bras qui se tendaient vers elle alors qu'elle passait. Repoussa leur inquiétude.

Et courut, aussi vite et aussi loin qu'elle put.

ooo

« O'Neill. »

« Teal'c. C'est bon de vous entendre. Comment ça se passe ? »

« Sarah Gardner est absente. Nous avons retrouvé les restes de l'enfant auquel elle faisait référence. Elle se blâme de sa mort et de la mort de son peuple. Le Docteur Brightman et le Colonel Carter pensent qu'elle a l'intention de se blesser elle-même en guise de réparation. »

« Bon sang ! Avez-vous besoin de renforts ? »

« Le Colonel Carter ne le pense pas. Elle a dit de vous dire qu'elle a les choses en mains. Elle pense que si quelqu'un d'autre vient sur la planète, il se pourrait qu'il soit plus difficile de convaincre Sarah Gardner de revenir avec nous. »

« Est-ce que Carter est là maintenant ? »

« Non, O'Neill. Elle et Daniel Jackson la cherchent toujours. »

« Très bien. » Jack fit une pause, soupirant profondément. Il y avait des moments où il détestait son boulot. « Dites à Carter qu'elle a encore deux heures. »

« Compris O'Neill. »

Le vortex se désengagea alors que le Sergent Harriman apparaissait à côté de lui. « Général O'Neill ? »

Jack réprima un autre soupir et se tourna, se demandant s'il paraissait aussi épuisé qu'il se sentait quand il vit l'inquiétude sur le visage de l'homme. « Walter ? »

« Le Président est en ligne pour vous. Il dit que vous aviez appelé plus tôt et demandé à lui parler. »

Ah. Oui. Il pouvait dire qu'Harriman était intrigué – habituellement, il était informé de tels arrangements – mais ceci n'était pas habituel. C'était un sujet personnel. Il commença à monter les marches menant à la salle de briefing, souhaitant avoir pu dormir quelques heures de plus la nuit dernière. Il devenait trop vieux pour survivre avec beaucoup de café et très peu de sommeil. « Transférez l'appel à mon bureau. Bloquez tous les autres appels. »

« A vos ordres, mon Général. »

ooo

Si le vent se levait juste un peu plus, elle n'aurait pas à y réfléchir. Elle n'aurait pas à sauter, elle pourrait se laisser simplement poussée doucement en bas du ravin.

Son corps trembla, ses jambes menaçant de céder sous son poids, mais elle ne put cependant pas s'y résoudre.

Elle ne pouvait en terminer.

Elle le voulait. Elle le voulait vraiment. Alors pourquoi se tenait-elle encore là sur le bord au lieu de plonger vers l'oubli.

« Sarah. »

« Oh, mon Dieu, Sarah. »

« Vous ne voulez pas faire ça. »

Elle entendit l'angoisse dans la voix de Daniel. Elle entendit le petit tremblement dans celle du Colonel Carter.

« Ce n'est pas la seule façon de vous en sortir. »

« Vraiment ? » Les mots étaient amers et ses yeux picotaient. Sarah essuya l'humidité sur ses joues, sachant qu'il était futile car elle fut immédiatement remplacée. « Je ne peux pas vivre ainsi. Je dois être punie. »

« Punie pour quoi ? Pour n'avoir rien fait ? » Il y eut un bruit de pas traînants, le son de boue et de feuilles mortes écrasées sous les pieds lorsque le Colonel Carter et Daniel s'approchèrent. « Vous n'avez rien fait, Sarah. C'est votre seul crime. »

« Je les ai tués. »

« Comment ? »

« Quoi ? Je vous l'ai dit... Il y avait un appareil... Beaucoup de bombes... »

« Les avez-vous placées dans les villes ? Les avez-vous fabriquées, avez-vous pris votre pied en pensant à la destruction qu'elles allaient causer ? »

« Sam... »

« Non, Daniel. Il faut qu'elle entende ça. Nous avons essayé l'approche douce et ça n'a pas marché. Répondez à cette fichue question, Sarah. Avez-vous éprouvé du plaisir en imaginant cela ? Est-ce que voir les restes de ce garçon et de ses parents vous a rendu heureuse ? Vous êtes-vous félicitée pour le travail bien fait, en vous faisant une tape dans le dos ? »

« Non. Non, je ne pourrais pas faire ça. Je ne pourrais jamais faire ça. »

Elle sanglotait, sa poitrine douloureuse de l'effort. Sa tête pulsait alors même que les mots la rendaient nauséeuse.

« Mais lui, il pouvait. Osiris. Cela l'a rendu heureux. Je parie qu'il était tout excité quand il a vu cet enfant. Quand il a regardé un pauvre petit garçon prendre le seul réconfort que ses parents morts pouvaient lui donner. Vous l'avez ressenti, n'est-ce pas ? Son plaisir. Son enchantement à voir que son plan avait si bien marché. »

« Oui. Oui, je l'ai ressenti. »

« Et comment cela vous a fait vous sentir, Sarah ? Vous en êtes-vous réjouie, ne serait-ce qu'une seconde ? Allez, soyez honnête. Vous vous êtes sentie puissante, n'est-ce pas ? Comme un dieu. Vous teniez leurs vies entre vos mains, vous contrôliez tout et vous adoriez ça. »

« Non ! Non, non, non ! J'ai détesté ça ! J'en étais malade ! Je me sentais... je voulais mourir. Je ne pouvais le supporter... » Elle se retourna brusquement, son expression hébétée, la peine sur son visage sans fard et difficile à regarder. « Comment pouvez-vous dire ça ? Vous disiez que vous compreniez, vous disiez... »

« Je sais ce que j'ai dit, Sarah. Je le croyais. J'y crois toujours. Ecoutez-vous. » Sam fit le dernier pas en avant et saisit Sarah fermement par les bras, faisant un pas en arrière du bord et tirant la femme avec elle. « Je sais qu'en cet instant, vous me détestez pour ce que j'ai dit, mais il le fallait. Vous n'aviez aucun contrôle. Vous détestiez ce qui arrivait et vous vouliez empêcher que cela arrive, mais vous ne pouviez pas. Ecoutez cela. Vous. Ne. Pouviez. Pas. Ce n'est pas votre faute. Ils sont morts parce qu'il y avait un parasite dans votre esprit qui voulait qu'ils meurent. Une tumeur que l'on vous a retirée. C'est parti. IL est parti. Il ne reviendra pas. Vous ne pouvez pas changer ce qu'il a fait dans le passé, il vous a pris cela, mais le futur est à vous. Il est entre vos mains. Prenez-le et vivez-le. »

Elle se brisa, éclatant en ce qui semblait être en milles morceaux. Sam la tira plus loin de la falaise, dans les bras de Daniel, relâchant sa propre prise quand elle fut certaine que Sarah n'allait pas courir et sauter.

« Vous avez fait du bon boulot, Colonel. » Le Docteur Brightman la rejoignit comme elle s'écartait, posant une main sur le bras de Sam. Le sentant trembler sous sa paume.

« Elle va me détester. »

« Pendant un temps, » acquiesça le docteur. « Mais avec le temps, elle vous remerciera. Vous lui avez juste dit ce qu'elle avait besoin d'entendre. »

« Et jusque là, je me sentirai coupable de l'avoir frappée quand elle était à terre. »

« Vous avez fait ce qui était nécessaire, Colonel Carter. Vous lui avez sauvé la vie. »

« Peut-être. » Sam regarda la femme brisée dans les bras de son ami, se sentit en partie responsable d'avoir aidé à la briser. « Elle a encore une longue route devant elle. »

« Elle n'ira pas seule. Nous lui trouverons une aide psychologique – pas Mckenzie et je l'aiderai autant que je peux. »

« Ainsi que Daniel Jackson. »

« Teal'c. » Sam le regarda quand il les rejoignit. Se détourna quand elle vit l'expression dans ses yeux. De l'inquiétude. Pas pour la femme derrière eux, pour elle. « Avez-vous parlé au Général ? »

« Oui. Il sera heureux que nous revenions dans le temps imparti. »

Sam se détourna, bloqua le bruit de gémissements désespérés et frissonna à la désolation tout autour d'eux. « Moi aussi. »

ooo

Jack les attendait quand ils revinrent, son expression impossible à lire.

« Tout le monde va bien ? »

« Façon de parler, Monsieur. » Sam réussit à lui faire un sourire las, un qui n'atteignit pas ses yeux et s'effaça quand elle se rendit compte qu'il ne le lui retournait pas. « Avec votre permission, j'aimerais emmener Sarah à l'infirmerie. »

« J'aimerais que nous nous rendions tous à l'infirmerie, » intervint le Docteur Brightman. « Juste pour être sûr. »

« Permission accordée. » Jack leur fit un petit signe de tête et se retourna brusquement. « Débriefing à 18 heures. »

« A vos ordres, Monsieur. »

Le Docteur Brightman fit sortir de la pièce Daniel et Sarah en premier, sa priorité étant sa patiente et la personne qui l'aidait à ne pas s'effondrer. Teal'c et Sam suivirent à un rythme plus lent, s'échangeant un regard à l'étrange comportement du Général.

ooo

Il se passa du débriefing pour rester assis avec elle. Après un rapide coup de fil de deux minutes, Daniel avait reçu la permission de Jack et reprit sa position à côté du lit de Sarah dans la chambre privée que le Docteur Brightman avait arrangée pour eux.

Il n'allait pas la quitter, il n'allait pas s'éloigner. Elle l'avait convaincu, une fois, qu'elle n'avait pas besoin de lui, mais il ne se ferait pas avoir encore.

Il ne la laisserait pas partir cette fois.

Peu importe combien de fois elle demanderait, peu importe combien elle le repousserait.

« Daniel ? »

La voix était lasse, fatiguée. Pas surprenant en considérant tout ce qu'elle avait vécu.

« Je suis là. »

« J'en suis heureuse. » Elle tenta de se redresser, lui fit un faible sourire de remerciement quand il bougea pour l'aider. « Je suis désolée. »

« De quoi ? »

Sarah haussa les épaules. Elle accepta le verre d'eau qu'il lui tendit, mais refusa de rencontrer ses yeux. « Je t'en voulais. »

« Quoi ? » La surprise rivalisa avec la douleur. Aucun ne gagna. « Pour ce qui t'est arrivé ? » Elle acquiesça, une unique larme coulant sur sa joue et il déglutit le nœud qui montait à sa gorge. « Je suppose que j'étais à blâmer... »

« Non. Pas du tout. » Elle rencontra ses yeux alors, les siens étaient brillants mais confiants. « Je te demande pardon de t'en avoir voulu. Ce n'était pas juste de ma part. Je ne voulais pas te laisser m'aider parce que je voulais croire que tu étais responsable de ce qui m'était arrivé, mais tu ne l'étais pas. »

« Sarah... »

« Non, Daniel. Je ne te laisserai pas te blâmer et je sais que tu ne me laisseras pas me blâmer. Plus maintenant. » Elle prit une profonde respiration, tendit sa main et prit la sienne. Elle le regarda pleine d'espoir. « Je sais que je n'ai aucun droit de demander ça, mais m'aideras-tu ? Je... Je ne pourrais pas faire ça seule et... »

Il ne la laissa pas finir. Daniel posa une main sur son visage, un doigt descendant sur ses lèvres pour la faire taire. « Tu n'as pas à demander. »

Avec un sourire de remerciement plein de larmes, elle se laissa aller dans ses bras et posa sa tête sur son épaule, fermant les yeux avec hésitation.

Elle attendit que les images viennent et sourit de soulagement quand elles ne vinrent pas.

Peut-être que ça irait, un jour.

ooo

Le débriefing fut rapide et relativement indolore, s'achevant juste vingt minutes après le début. Le Général O'Neill les congédia tous et rassembla ses affaires, le premier à quitter la pièce alors qu'habituellement il était le dernier.

Le Docteur Brightman et Teal'c suivirent son exemple, ce dernier jetant un regard à Sam lorsqu'elle s'attarda derrière.

Prenant une profonde inspiration, Sam marcha jusqu'à la porte fermée de son bureau et frappa d'un coup sec. Elle attendit qu'il dise qu'elle pouvait entrer et était sur le point de céder à l'envie d'aller se pieuter et dormir quand la porte s'ouvrit brusquement.

« Carter. »

« Monsieur. »

Ils se regardèrent en silence jusqu'à ce qu'il cède le premier et s'écarte pour la laisser entrer.

« Est-ce que ça va, mon Général ? » Elle le regarda aller à son bureau et s'y appuyer au lieu de le contourner et de prendre son fauteuil.

« Bien sûr, Carter. Pourquoi demandez-vous cela ? »

« Parce que vous n'en donnez pas l'impression, » répondit-elle immédiatement, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux plissés. « Est-ce que quelque chose est arrivé pendant que nous étions en mission ? »

« Pas exactement. »

« Pensez-vous que je m'y suis mal prise ? »

« Non ! Bien sûr que non. Vous avez fait du bon travail. Un excellent travail. Je n'aurais pas pu faire mieux. »

Sam jeta un œil vers la porte qu'il avait laissée ouverte et laissa ses bras tomber à ses côtés. « Alors qu'ai-je fait pour que vous agissiez ainsi ? »

« Ainsi... ? »

« Comme si vous étiez fâché contre moi, comme si vous étiez celui qui commence à regretter ce que nous avons dit... »

« Vous le pensez... ? Dieu, non. » Il se redressa, traversa la pièce et ferma la porte. Se tint devant elle, à côté d'elle. « J'ai parlé au Président après l'appel de Teal'c. A propos de ce dont nous avons parlé. »

« Oh. » Il la vit se raidir, carrer ses épaules comme si elle se préparait au pire. « Bien. »

Il vit l'expression traverser son visage, défaite mêlée de quelque chose d'autre et il secoua la tête. « Non, ce n'était pas comme ça. Ce n'est pas mauvais. C'est... Les choses sont en branle. »

La déception laissa place à la confusion et elle se tourna légèrement pour le regarder. « Alors, pourquoi... ? »

« Nervosité. »

Le rouge qui monta à ses joues rendit sa réponse plausible.

« Nervosité ? »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Jack se tortilla, piétinant sur place. Son regard se posa sur son front et sa réponse fut marmonnée. « Parce que j'essaie de découvrir un moyen de vous demander un rendez-vous sans ressembler à un idiot. Comme maintenant. »

« Vous ne ressemblez pas à un idiot. »

« Une première fois à tout. »

« Quand ? »

C'était son tour d'être confus, son regard descendant vivement sur ses yeux. « Quand quoi ? »

« Le rendez-vous, » souffla-t-elle, le fixant avec espoir. Ignorant la palpitation au creux de son ventre. « Quand ? »

Il cligna des yeux. Une fois. Deux fois. La regarda avec surprise. « Juste comme ça ? »

« Bien sûr. Vous ne le demanderiez pas si cela pouvait nous poser problème, n'est-ce pas ? »

« C'est vrai. Ca a été... accepté. » Cela ne sonnait pas très romantique quand il le dit de cette façon là, mais Jack eut un rire de dérision dans sa tête. C'était Carter. Et lui. Il ne s'agissait pas de romance.

Pas encore.

« Bien. Alors... quand ? »

« Ah... Je n'en suis pas encore là. »

« Okay. Appelez-moi quand vous y serez. » Elle ne put s'empêcher de sourire plus longtemps et se détourna, se dirigeant vers l'autre porte, celle qui menait au labyrinthe de couloirs.

Elle s'était éloignée de trois pas du bureau quand elle l'entendit sortir dans le couloir derrière elle, se retournant à temps pour le voir jeter un œil des deux côtés du couloir désert.

Il leva la tête, son sourire timide et plus qu'un peu penaud. « Demain. Sept heures. D'accord ? »

« Sept heures. »

« Bien. Maintenant, allez dormir, Carter. C'est un ordre. »

« A vos ordres, Monsieur. Bonne nuit, Monsieur. »

« Bonne nuit, Carter. »

Sam se retourna encore et reprit sa marche, le sourire s'étalant sur son visage comme tout cela pénétrait son esprit. C'était une pensée étrange et incroyable, et une sensation étrange et incroyable. Une qui la laissa avec l'impression d'être assez forte pour faire face à n'importe quel cauchemar qui l'attendait quand elle fermerait les yeux.

ooo

Note : Les Episodes Trois et Quatre seront formés d'une longue fic de Ruth M. King – « Twisted Tapestry ». Il s'agit d'une fic totalement indépendante de celle-ci, à ceci près que Sarah Gardner y apparaît un tout petit peu et qu'il y a ce fameux rendez-vous...