Interlude Episode 3:
Twisted Tapestry Part One
by Ruth M. King
Auteur: Ruth M. King
Traducteur : Aybarra
Spoilers : tout jusqu'à la fin de la saison 8
Timeline : se situe pendant les saisons 6 et 8
Rating : 13+
Pairing : Sam/Jack
Résumé : un briefing de routine éveille les souvenirs d'événements oubliés et déchaîne une réaction en chaîne qui menace le tissu même de la réalité.
DISCLAIMER: Stargate SG-1 and its characters are the property of Showtime/Viacom, MGM/UA, Double Secret Productions, and Gekko Productions. We have written this story for entertainment purposes only and no money whatsoever has exchanged hands. No copyright infringement is intended. The original characters, situations, and story are the property of the authors. Not to be archived without permission of the authors.
Notes de l'auteur : Voici l'Episode Trois ! Grands mercis à Jo et à Ruthie pour leur soutien et leurs encouragements sans faille. Cette fic est longue. Le premier et le dernier chapitre se déroulent après la fin de la saison 8 tandis que le reste de l'histoire se déroule durant la saison 6. Pour ceux qui seraient intéressés, il y a Janet et Jonas !
Note du traducteur : Une histoire absolument superbe... Comme Ruth l'indique dans sa note, l'essentiel de la fic se déroule pendant la saison 6. Cette fic compose les épisodes 3 et 4 de la série « Interlude ».
Un grand merci à Sam star et Bibiche pour leur aide.
Bonne lecture et bonne année !
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Chapitre Un
Ce n'était pas son imagination. Les briefings étaient définitivement plus ennuyeux maintenant qu'il était général. Avec dix sept équipes SG, il était soit en briefing soit en débriefing, et une grande partie de sa vie se passait dans cette salle. Il pouvait se voir vieillir et devenir chauve ici. Ceci, quand vous y pensez, était ce qui s'était exactement passé pour Hammond. Il devrait y avoir une sorte de règle. Il aurait à le mentionner au Président la prochaine fois qu'ils auraient une conversation... en même temps que sa nouvelle politique concernant les pierres.
Cameron Balinsky était enthousiaste, Jack devait lui reconnaître cela. En fait, si Carter et Daniel avaient un jour des enfants, ce serait probablement ainsi qu'ils seraient. Non pas que Carter et Daniel... du moins il l'espérait... C'était juste... Penser à Carter était beaucoup plus satisfaisant que d'écouter un cours sur le volcanisme extra-terrestre. Jack dut se retenir de sourire. Ils allaient sortir pour la première fois officiellement ensemble et le monde avait intérêt à s'occuper de lui-même pendant quelques heures. Il ne serait pas responsable de ses actions dans le cas contraire.
Ramenant son attention au briefing, Jack se demanda si quelqu'un avait remarqué sa distraction. De l'autre côté de la table, Daniel Jackson lui jetait des regards noirs. Okay, il avait donc été pris en flagrant délit. La belle affaire. Jetant un œil à sa montre, Jack se rendit compte que la prochaine équipe serait là bientôt.
« Est-ce qu'on peut emballer ça ? » dit-il.
« Si vous me laissiez juste parler des dernières données envoyées par l'UAV, » suggéra Balinsky.
« Un jour cette année ce serait bien. »
« La lune a une atmosphère respirable, aucun signe d'ennemis et quelques émissions énergétiques intéressantes sous la surface, Général. Je pense que ça vaut la peine d'envoyer une équipe. »
Jack se tourna pour regarder la vidéo prise par l'UAV. Premièrement, parce que ça lui donnait l'air d'être intéressé, et deuxièmement pour se donner le temps de prendre sa décision. Si quelqu'un pensait qu'il était facile d'envoyer ces hommes là-bas, il le défiait de passer un jour dans le fauteuil de Général.
« Quelle est la référence de cette planète déjà ? » demanda-t-il.
« Euh... c'est une lune, Général. »
« Okay, de cette lune. »
« M4K 879. »
« Nous y avons déjà été ? »
« Non, Général. »
« Non, Jack, » ajouta Daniel.
« Ca me semble assez familier. »
« Tous ces lieux se ressemblent, vous l'avez dit vous-même. » Pourtant... il y avait quelque chose.
« Vérifiez, » ordonna-t-il.
« Jack, » commença à protester Daniel.
« Si nous y avons déjà été, il n'y a pas de raison d'y retourner. Une fois suffit. Informez-moi demain. »
Si cet endroit était aussi insignifiant que les scans le suggéraient, alors ce serait encore là demain. C'était juste son instinct. Daniel avait probablement raison. C'était souvent le cas sur ce genre de choses, mais il n'y avait pas de mal à être prudent. A ce propos, que faisait Daniel à ce briefing ? Jack ne se rappelait pas l'avoir invité et il n'était certainement pas membre de SG-13. Mettant de côté cette pensée, Jack ouvrit la porte pour laisser entrer SG-7. Il jeta à nouveau un coup d'œil à l'écran pendant que les hommes prenaient leurs sièges. Il passait toujours les vues de M4K 879. Jack savait qu'il avait déjà été là-bas. Il le savait.
ooo
Jack jouait avec sa nourriture, repoussant ses cannelloni tout autour de son assiette, apparemment inconscient qu'il devait les manger. Il avait à peine dit deux mots à Sam depuis qu'il s'était montré au seuil de sa porte il y a deux heures. Tout d'abord elle avait été préparée à l'ignorer. Malgré les apparences du contraire, Jack était un homme très important maintenant et il avait souvent beaucoup à faire. Cependant, si cette relation allait marcher, ils devaient s'habituer à se parler. C'était en fait beaucoup plus difficile qu'elle ne s'y était attendue. Sam était habituée à suivre ses ordres. Si Jack lui ordonnait de la fermer, elle le ferait. Il était difficile de briser les habitudes.
« Jack ? » interrogea-t-elle.
Il leva la tête, prenant conscience de l'endroit où il était et se mit à manger. Sam soupira ce n'était pas exactement ce qu'elle avait voulu. Tendant la main, elle arrêta sa fourchette à mi-chemin de sa bouche.
« Quelque chose à l'esprit ? » demanda-t-il.
« Vous ôtez les mots de ma bouche, » répondit Sam. « Qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Rien. »
« Très bien. Vous ne voulez pas me le dire, c'est okay. »
« Ce n'est pas ça. »
« Alors quoi ? » Super, le rendez-vous se transformait en dispute, leur première, et en plus en public. Sam prit une profonde respiration.
« Est-ce que ce serait plus facile si je vous appelais 'mon Général' ? »
« Coup bas. »
« Je sais. »
Jack contempla ses cannelloni quelques instants encore avant de les repousser. Il se pencha vers Sam, sa voix baissant d'un ton.
« Sam, pensez-vous que je suis bête ? »
Elle faillit s'étouffer. Comment diable était-elle censée répondre à cela ?
« Je veux dire, je ne suis pas aussi intelligent que vous ou Daniel... »
« La dernière fois que j'ai vérifié, l'USAF ne promouvait pas les gens bêtes au grade de général, » le rassura-t-elle.
« Alors pourquoi ai-je le sentiment que personne ne me prend au sérieux ? J'ai posé une question aujourd'hui et Daniel m'a descendu. »
« Ca ne lui ressemble pas. »
« Je sais... et j'étais sacrément sûr de moi. »
« Sûr à propos de quoi ? »
« M4K 879. Est-ce que ça vous semble familier ? J'étais en train de regarder les prises de vues de l'UAV et je sais juste que nous y avons déjà été. Daniel dit que non et il devrait savoir, pas vrai ? »
« Nous comme SG-1 ? »
« Ouais. »
« Est-ce que vous me laisseriez regarder la vidéo ? »
« Vous voulez bien ? »
« Bien sûr. »
Jack lui fit un grand sourire en se levant et fit signe au serveur. Sam haussa les sourcils.
« Rien de mieux que le présent, » lui dit-il.
Et ainsi se termina leur premier rendez-vous. Vingt minutes plus tard, Sam se retrouva à Cheyenne Mountain, toujours dans sa robe et hauts talons, assise seule dans la salle de briefing pendant que Jack était allé réveiller Teal'c. Ce n'était pas exactement ainsi qu'elle avait anticipé la fin de la soirée. Bien qu'ils devaient encore obéir à certaines restrictions, il y avait beaucoup de choses qu'ils pouvaient faire pour passer du temps ensemble loin de la base.
Teal'c arriva finalement, et d'après la façon dont il était habillé, on aurait dit qu'il était au milieu d'une séance d'entraînement... ou s'apprêtait à s'y mettre. C'était difficile à dire. Teal'c ne semblait pas transpirer comme une personne normale. Il ne semblait pas contrarié que sa soirée ait été interrompue.
« Que désiriez-vous me montrer, O'Neill ? » demanda Teal'c.
Maniant maladroitement la télécommande, Jack réussit à redémarrer la vidéo.
« Maintenant dites-moi que nous n'avons pas déjà été là, » dit-il.
Elle regarda attentivement l'écran. Il y avait tout un tas de mondes rocheux dans l'univers, il était donc difficile de dire. Autant elle voulait soutenir Jack, Sam ne pouvait en toute honnêteté être d'accord avec lui.
« Je pense que vous vous trompez, » dit Teal'c, « Je n'ai jamais visité ce monde. »
Le visage de Jack se chiffonna, et il la regarda avec pleins d'espoir. Elle ne voulait vraiment pas être celle à le descendre, aussi elle lui fit signe de repasser la vidéo. Cette fois, elle s'approcha plus près. Il devait y avoir quelque chose. Elle faisait confiance à l'instinct de Jack.
« Stop ! » ordonna-t-elle brusquement. « Là. »
Il fit comme ordonné et Sam s'approcha plus près de l'écran. Il y avait un point brillant dans le coin en bas. Un objet métallique réfléchissant la lumière du soleil. Elle prit la télécommande des mains de Jack, l'utilisant pour zoomer.
« P90, » dit Sam quand le zoom se focalisa sur l'objet.
Il n'y avait pas de doute possible. C'était une arme du SGC.
« Je vous l'avais dit, » dit Jack avec un grand sourire.
Sam sut ce qu'il allait dire ensuite. Jack ne laisserait pas tomber cela. Si cela avait été elle, il l'aurait taquinée, la persuadant d'avoir une vie. La même règle ne semblait pas s'appliquer quand Jack était obsédé par quelque chose.
« Allons découvrir ce que c'est, » annonça-t-il.
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Daniel n'avait aucune illusion quant à savoir qui était en train d'essayer de défoncer sa porte d'entrée. La voix criant, « Daniel, réveillez-vous ! » était aussi une indication. Jack O'Neill était un homme difficile à ignorer quand il était en boule... comme sans aucun doute ses voisins s'en étaient rendus compte. Pour sauver sa réputation, sans mentionner sa porte d'entrée, Daniel n'eut d'autre choix que d'ouvrir.
« Ah quand même, » grommela Jack en le dépassant.
Il fut suivi de très près par Sam et Teal'c. Après avoir fait signe à ses voisins, Daniel ferma la porte. Il avait espéré éviter cette confrontation, mais mentir à Jack était toujours risqué. Si par le grand des hasards, il faisait attention, il vous attrapait chaque fois sans exception. Identifier l'instant exact où son esprit vagabondait était le truc. Même après huit ans, Daniel ne pouvait toujours pas le dire. La mémoire de Jack était sélective d'une façon complètement aléatoire. Parfois, il se rappellerait des bribes d'informations hautement techniques alors qu'à d'autres moments, il ne se rappellerait pas sur quelle planète il se trouvait. Il se pouvait que cela soit dû aux connexions créées dans le cerveau de Jack par l'appareil des Anciens. Ce facteur expliquerait certainement pourquoi il avait reconnu la lune.
« Sarah est ici, » dit Daniel en rejoignant les autres dans le salon. Il espérait qu'ils saisiraient l'allusion et partiraient.
« Dites-lui de nous faire du café, » suggéra Jack.
Sam, nota Daniel, jeta un regard furieux à Jack et il revint sur sa position, marmottant un « S'il vous plait ? » peu enthousiaste.
« Je vais le faire, » dit Daniel.
Ca allait prendre un moment, se dit-il en s'activant dans la cuisine. Réveillée par le bruit, Sarah apparut, les yeux lourds de sommeil.
« Des problèmes ? » demanda-t-elle.
« Non, ça ira, retourne te coucher, » la rassura-t-il.
« Je suis réveillée maintenant. »
Le café était prêt et Daniel ne pouvait pas différer plus longtemps. Il porta les mugs jusqu'à l'endroit où ses amis attendaient. Aucun d'eux ne semblait particulièrement content. Jack faisait les cent pas, prenant dans ses mains différents artéfacts et les remettant à leur place. Suivant nerveusement derrière, Sarah était prête à rattraper le moindre truc qui tomberait. Sam était assise sur le canapé, bras et jambes croisées. A en juger par la façon dont elle était habillée, Daniel réalisa qu'il n'était pas le seul à qui Jack avait interrompu la soirée. Au moins, Teal'c semblait relativement serein.
« Montrez-lui la photo, » ordonna Jack.
Sam sortit une feuille A4 de son sac à main et la tendit à Daniel. Et voilà. La preuve était irréfutable. Tout espoir de pouvoir s'en sortir fut promptement balayé.
« Vous feriez mieux de vous asseoir, » soupira-t-il.
Jack se laissa tomber sur le canapé entre Sam et Teal'c, tandis que Sarah se pelotonnait sur le fauteuil inclinable. Ayant l'impression d'être à son procès, Daniel resta debout.
« Effacer vos souvenirs n'était pas mon idée, » commença-t-il, « J'ai protesté. »
« Bien sûr que vous l'avez fait. Vous avez dû protester vraiment fort, » accusa Jack.
« Les Autres ont insisté. »
« Attendez, est-ce que tout cela est arrivé pendant que vous étiez un être ascensionné ? »
« Oui... écoutez, je devrais commencer depuis le début. »
« Pourquoi ne pas faire ça ? » dit Jack.
Daniel prit une profonde respiration et commença.
Chapitre Deux : SGC 1999
Jack O'Neill embrassait le Dr. Carter.
Bizarre, étrange... légèrement érotique... et fascinant, c'était totalement fascinant. C'était comme de regarder un train dérailler... ou un de ces shows, montrant une voiture de flic donner la chasse, que Teal'c aimait tant.
Le Major Carter avait été consciente de ce qui allait arriver environ dix secondes avant tout le monde, mais il n'y avait rien qu'elle pouvait faire. Ils étaient dans un univers et elle était dans un autre. Toute action de sa part serait probablement mal interprétée, aussi elle resta là, tentant de prétendre que la vision ne la figeait pas de peur.
Sam sentit sa peau se colorer lorsqu'elle jeta un coup d'œil au Général Hammond. Elle priait Dieu qu'il ne prenne pas cela comme un signe que le Colonel O'Neill et elle étaient... mais non. Ils se rendirent tous compte de la raison pour laquelle O'Neill faisait cela. Il offrait un réconfort et une aide pour tourner la page, rien de plus. Sam avait fait de même pour lui en Antarctique, quand elle avait prétendu être sa femme, bien qu'il n'y eût pas d'audience... ou de baiser.
Ce fut le Dr. Carter, nota Sam, qui finalement se recula. Caressant ses cheveux, la femme murmura quelques mots, le Colonel secouant la tête en réponse. Sam se retrouva à se demander si elle devrait être jalouse, mais il fit un signe de tête et s'éloigna. Sam relâcha le souffle qu'elle ne se rappelait pas avoir retenu lorsqu'il toucha le miroir et apparut devant elle. Il se tenait là, la main levée lorsque la vision de l'autre univers s'évanouit et Sam soupçonna qu'il n'avait pas voulu revenir.
Personne ne bougea.
La pièce retint collectivement sa respiration alors que tous les yeux étaient fixés sur le Colonel et elle. A un certain point il avait dû être conscient de l'observation minutieuse car, presque imperceptiblement, ses épaules se redressèrent et il se détourna du miroir et de la femme qu'il venait d'embrasser.
« Quoi ? » demanda-t-il.
Sam se renfrogna. N'avait-il vraiment aucune idée de l'agitation que ses actions avaient provoquée ou à quel point elles pouvaient être potentiellement dommageables ?
« Débriefing dans une heure, » annonça le Général Hammond, rompant le moment de gêne.
Sam resta en arrière pendant que les autres membres de SG-1 quittaient la pièce. Ils avaient leurs examens médicaux post-mission à faire, la laissant quelque peu perdue. Il y eut un remue-ménage alors que divers personnels emmenaient les sacs de sable et les pièces d'artillerie qui avaient été placés dans la pièce au cas où des forces hostiles passeraient le miroir. Ils étaient plus qu'efficients et Sam se retrouva bientôt seule. Elle se tint là pendant un moment à contempler la surface finement polie du miroir quantique, mais elle n'était pas vraiment intéressée par ses propres réflexions. Le miroir en lui-même était la source de sa fascination. De quoi était-il fait ? Comment marchait-il ? La source d'énergie ? Elle savait que, malgré une période d'étude intensive, ils étaient bien loin de pouvoir répondre à ces questions.
Interagir avec un autre univers était théoriquement impossible. Sam laissa ses doigts traîner sur le métal d'un gris terne, sentant la subtile chaleur et le ronronnement d'énergie que l'appareil émettait. Remarquez, certains pourraient dire la même chose de la capacité de la Porte des étoiles à former un vortex stable. Ils l'avaient examinée sous toutes les coutures, mais n'étaient pas plus près de trouver la raison derrière les propriétés uniques du Naquadah. Les secrets du métal se trouvaient au-delà de la configuration de ses électrons, protons et neutrons un endroit où l'homme ne pouvait pas encore 'voir'. Peut-être que les propriétés 'étranges' étaient le résultat de la configuration des quarks ? Sam sourit à sa propre plaisanterie en laissant tomber sa main. C'était un geste de frustration. Ses spéculations étaient vaines. Ils n'avaient pas d'appareil de contrôle, donc il était impossible d'utiliser le miroir. Avec du temps, Sam était certaine qu'elle pouvait 'MacGyver' quelque chose... Mais pour l'instant, c'était juste une camelote inutile. Plus vite il serait réexpédié en zone 51, mieux ce serait.
Sam tourna résolument son dos à son reflet et commença à se diriger vers la salle de briefing. Elle serait en avance, mais tant mieux. Cela lui donnerait le temps de se recomposer un peu.
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L'expression sur le visage de Jack O'Neill était troublée, mais Daniel connaissait son ami suffisamment bien pour ne pas lui demander ce qui n'allait pas. Jack parlerait s'il voulait parler. S'il ne le voulait pas, même une bière ne lui délierait pas la langue. Non pas que Daniel savait cela avec certitude. Il tombait toujours dans les pommes avant que Jack ne soit même ivre. Daniel n'était pas le seul qui était curieux, à en juger par les regards que Janet Fraiser lui jetait pendant qu'elle supervisait leurs examens post-mission. Jack fut le premier à sortir de là, le premier à prendre sa douche et il semblait avoir l'intention d'utiliser toute l'eau chaude disponible. C'était comme s'il essayait de se purifier... pour quelle raison, Daniel ne pouvait le dire. Le fait était que Jack sortait juste de la douche, serviette enroulée autour de sa taille, quand Daniel et Teal'c étaient habillés et prêts à partir. Il n'y avait pas de doute que cela avait à voir avec le Major Carter, le Dr. Carter... ou peut-être les deux et Daniel savait qu'il n'y avait qu'une façon de le distraire.
« J'étais en train de penser au miroir, » commença-t-il.
« C'est en effet un appareil étrange, Daniel Jackson, » répondit Teal'c.
Jack ne dit rien en mettant son pantalon.
« Je me demandais si c'était le seul, » continua Daniel.
« Vous croyez qu'il n'est pas unique ? »
« Réfléchissez-y. »
« J'essaie de ne pas faire ça, » grommela Jack.
C'était une réponse, sarcastique, mais c'était mieux que rien.
« Toutes ces histoires et légendes liées à des surfaces réfléchissantes. Ca ne peut pas être juste une coïncidence, » insista Daniel.
« Blanche Neige, » ricana Jack.
« Ce n'est pas juste Blanche Neige... La Belle au Bois Dormant, La Reine des Neiges, Le Royaume des Miroirs Tordus... »
« Des contes de fées. »
« Peut-être... mais et les légendes ? Narcisse ? La Dame de Shalott... Et traversant un miroir, qui est suspendu devant elle toute l'année, les ombres du monde qui apparaissent... »
« Là, elle voit la grande route serpentant vers Camelot... tout le monde connaît le poème, Daniel. »
Ca c'était une surprise, pensa Daniel, mais il décida de ne pas attirer l'attention sur le fait que Jack avait écouté à l'école.
« Je ne le connais pas, » dit Teal'c.
« C'est l'histoire d'une femme qui vit sous une malédiction. Elle voit le monde à travers un miroir et tisse une tapisserie de ce qu'elle voit. Un jour, elle voit le reflet de Lancelot chevauchant seul, elle regarde par la fenêtre et le voit. Le miroir se brise en mille morceaux. »
« Puis il y a une tempête, elle monte dans un bateau et descend la rivière vers Camelot en chantant son chant de mort, » finit Jack. « Elle se suicide. »
Teal'c inclina la tête d'un côté en assimilant l'information.
« Les Jaffas ont une légende similaire, » dit-il.
« Poésie Jaffa ? Ca ne va pas être comme les plaisanteries Jaffas, n'est-ce pas ? » demanda Jack.
« Non. »
« Eh bien, écoutons cela... ou Daniel va vous tanner toute la nuit. »
« En effet. Je vais tenter de le traduire pour vous. »
Teal'c se redressa, son visage devint grave... une performance pour le Jaffa habituellement stoïque.
« Dans la lumière de la lune rouge, là où l'étoile voilée bat avec les ailes du colibris, d'une largeur de main à travers le ciel. La femme coud avec grâce et splendeur, son monde réfléchit sur l'eau... »
Les mots étaient hypnotiques, beaux. Daniel jeta un œil à Jack. Pour une fois son ami écoutait.
« ... Elle est belle au-delà des mots. Puisse Cronos veiller sur son âme. » Termina Teal'c.
Il y eut un silence. Puis Jack toussa.
« Eh bien, c'est flippant, » dit-il.
« C'est fascinant, » contra Daniel.
« Eh bien, vous devriez peut-être mettre ça dans un mémo. »
En fait, ce n'était pas une mauvaise idée, pensa Daniel en suivant Jack hors des vestiaires. Il se demanda combien d'autres histoires avaient des parallèles dans la mythologie Goa'uld. Mais ce n'était pas le propos... Jack semblait s'être sorti de son introspection et en ce qui concernait Daniel, mission accomplie.
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« Prenez un siège, Major, » fut tout de ce que Hammond dit. Il était assis au haut bout de la table, donnant l'impression au monde qu'il l'attendait.
Sam fit comme on lui avait ordonné, prenant un fauteuil aussi loin de lui que possible, sans paraître impolie.
« Comment vous sentez-vous ? » demanda-t-il.
« Un peu secouée, » avoua Sam, « mais je vais bien, vraiment. »
« Bien. »
Le Général s'adossa à son fauteuil, la regardant d'un œil inquisiteur.
« Il y a quelque chose dont nous devons discuter, » continua-t-il, à la grande consternation de Sam.
« Monsieur, je peux vous assurer que le Colonel O'Neill et moi n'avons jamais... »
« A propos du miroir. »
« Oh... bien sûr. Qu'y a-t-il à propos du miroir, mon Général. »
« Le Colonel O'Neill a déjà soumis sa recommandation et je suis enclin à aller dans son sens. Le miroir représente un risque pour la sécurité et en tant que tel, il devrait être rendu inopérant. »
« Il n'est pas assez grand pour fournir un chemin d'accès à une invasion. Pour autant que nous savons, vous devez être physiquement en contact avec le miroir pour faire le transfert. »
« Peut-être, mais il n'y a aucune raison qui l'empêche d'être utilisé comme un moyen pour déployer des armes. Une arme chimique ou biologique pourrait être envoyée à travers le miroir. Je n'ai pas besoin de décrire les possibles conséquences. »
« Je vois, monsieur. »
« Il semblerait que nous n'avons pas d'autre choix que de détruire le miroir avant que... et je cite 'un de ces univers parallèles ne vienne nous botter les fesses'. »
Sam réprima un sourire à l'O'Neillisme typique pour continuer d'un ton professionnel, « Sauf votre respect, mon Général, je ne suis pas sûre que nous le puissions. »
« Pourquoi pas ? » demanda Hammond.
« Le miroir est fait de Naquadah, comme la Porte des étoiles. C'est quasiment indestructible. J'hésiterais avant de lui balancer une bombe atomique parce que nous n'avons aucune idée de la puissance explosive qu'une telle quantité de Naquadah pourrait engendrer. »
« Je vois. Avez-vous d'autres suggestions ? »
« Nous pourrions sceller le miroir de la même façon que nous avons fait avec la seconde Porte des étoiles. Ca devrait empêcher la matière d'entrer de ce côté-ci. Il nous faudra contacter les Salish pour obtenir plus de trinium, mais... »
« Vous avez l'autorisation, Major. »
« A vos ordres, mon Général. »
Sam se retrouva à réprimer sa déception tout au long du reste du débriefing. Comme elle s'y attendait, Daniel fut particulièrement vif dans ses objections à leurs plans concernant l'appareil. Elle comprenait sa frustration, mais elle savait qu'ils n'avaient pas le choix. Le Général repoussa fermement les objections du jeune homme. Le Colonel O'Neill par contre fut calme, ce qui ne lui ressemblait pas. Plus d'une fois, Sam sentit ses yeux sur elle. Elle tenta de ne pas lui retourner ses regards, mais elle se sentit définitivement mal à l'aise.
Considérant le fait qu'il y avait une infinité d'univers parallèles, pourquoi fallait-il qu'ils ne rencontrent que des réalités où le Colonel et elle étaient impliqués romantiquement ? N'importe qui d'autre et cela n'aurait pas eu tant d'importance. Okay, si cela avait été le Général Hammond, cela aurait été un peu flippant. Sam ne pouvait tout simplement pas concevoir une vie où elle ne se serait pas engagée dans l'Air Force. C'était une partie tellement importante de qui elle était.
Sam tenta de repousser ces pensées alors qu'elle se concentrait sur le design d'un sceau pour le miroir. S'immerger dans un problème technique de ce genre l'aida à se concentrer. C'était ce qu'elle faisait de mieux. Et pourquoi devrait-elle s'inquiéter d'univers parallèles de toute façon ? Avec le miroir désactivé, rencontrer de nouveau une autre version d'elle-même ne serait probablement plus un problème.
Chapitre Trois : SGC 2002
Le Sergent Baker bâilla en jetant un coup d'œil à sa montre. Seulement une heure à son poste de garde et il s'ennuyait déjà à mourir. Il ne savait pas qui il avait réussi à fâcher pour se retrouver avec ce service-là, mais cela devait être quelqu'un d'assez haut placé. Si seulement il avait pu apporter un journal, des cartes peut-être ? Mais non. Baker ne savait même pas ce que c'était. Il devait juste se tenir là et le surveiller deux mètres de haut, large d'une main et enchâssé dans du métal. La pièce semblait certainement trop grande pour entreposer un si petit objet. Et pourquoi n'était-il pas dans l'entrepôt avec le reste de la camelote ? Il devait faire attention à ne pas bouger trop loin ou trop vite pour ne pas couper un des faisceaux laser qui quadrillaient la pièce. Pas de suspension au plafond pour voler ce bébé, songea-t-il.
Il soupira et regarda encore sa montre. Il y avait une histoire chuchotée parmi les soldats du rang que des gars étaient en train de garder quelque chose au fond de Cheyenne Mountain quand ils avaient été attaqués par des aliens... non pas que quelqu'un prenait cette histoire au sérieux... néanmoins on pouvait s'interroger. Il semblait y avoir un sacré nombre de trucs bizarre par ici. Sans mentionner les gens. Des scientifiques pour la plupart, qui pour Baker signifiaient des types avec les cheveux fous et des meufs avec des lunettes. Exceptée celle-ci... quel était son nom ? Major Carter ? 'Carter est sacrément sexy', pensa-t-il, et elle semblait avoir toujours du temps pour les sans grades. Elle était une visiteuse régulière de la zone 51, même si elle était officiellement en poste à Cheyenne.
Un doux fantasme à propos d'un officier supérieur mis à part, il n'y avait pas grand-chose pour le divertir. Baker était le stéréotype de sa catégorie et n'était pas capable de beaucoup d'imagination. Il aimait sa bière froide, son steak à point et le truc qu'il préférait dans la vie militaire était le fait qu'il lui était permis de porter un gros fusil, vraiment gros. Il faisait son boulot du mieux de ses capacités, mais il ne deviendrait jamais général... et ne serait jamais à l'aise à croire aux fantômes, aliens ou...
Merde ! Qu'est-ce que c'était que ça ?
Baker agrippa son gros fusil un peu plus étroitement, et puis se détendit. Ce n'était rien, juste le résultat de l'ennui et la grande pièce vide jouant des tours à ses sens.
Puis, cinq minutes plus tard, il l'entendit encore. Deux fois, cette fois-ci, un léger coup qui semblait venir de l'objet au centre de la pièce. Ca donnait presque l'impression qu'il y avait quelque chose d'emprisonné à l'intérieur.
S'approchant de la porte, Baker passa la tête à l'extérieur. Il voulait juste s'assurer qu'il n'était pas le jouet d'une plaisanterie. Il n'y avait personne dehors et il savait que personne n'avait pu s'introduire dans la pièce. C'était tout simplent trop bizarre.
Baker se retrouva à hésiter, se demandant s'il devrait faire un rapport... Ou juste réserver son lit dans l'hôpital psychiatrique le plus proche. Peut-être que ce n'était pas important ? Petit à petit il commença à se détendre...
BOOM !
La secousse seule fut suffisante pour le faire tomber. Quand la porte cessa finalement de trembler, Baker leva la tête, cherchant en vain quelque chose sur quoi tirer. A sa surprise, l'objet se tenait toujours là, sereinement, au centre de la pièce comme s'il ne s'était rien passé. Il secoua la tête, tentant de se débarrasser du bourdonnement dans ses oreilles.
Il y eut d'autres personnes, rameutées par le bruit. Quelqu'un lui parlait, mais Baker n'arrivait pas à comprendre ce qu'ils essayaient de lui dire. Il montra simplement du doigt l'appareil, faisant se précipiter plusieurs personnes en blanc vers l'objet. L'un des hommes en uniforme prit le bras de Baker et tenta le l'éloigner, mais il secoua la tête. Si cette chose était dangereuse, il n'était pas question qu'il quitte son poste. L'autre homme lui montra ses oreilles incitant Baker à toucher les siennes. Il y avait du sang sur ses doigts... chaud, gluant... il sentit la nausée monter dans la gorge. Le sang des autres il pouvait le supporter, mais le sien...
Heureusement, quelqu'un était là pour l'attraper avant qu'il ne tombe par terre.
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Jack était toujours un peu intimidé quand il venait à la Zone 51. Il était bien conscient qu'il n'était pas le plus brillant du lot et être en compagnie de tant de personnes intelligentes ne faisait pas grand bien à son estime de soi. D'un autre côté, il y avait toujours des tas de trucs sympa à regarder. Malgré ce qu'il montrait au public, il trouvait les nouvelles technologies fascinantes et être là avec Carter n'était pas si mal. Elle pouvait s'occuper de tous les trucs techniques pendant qu'il se tenait là et faisait semblant d'être intimidant. Les deux autres membres de la fête étaient aux antipodes l'un de l'autre. Jonas Quinn sautillait sans cesse avec des yeux émerveillés. Tôt ou tard, la nouveauté d'être sur Terre passerait... du moins Jack l'espérait. Puis il y avait Teal'c. Jack était bien conscient que son ami enregistrait tous les détails de la base. S'il y avait quelque chose sortant de l'ordinaire ici, T le verrait. Oui, Jack avait une confiance totale en SG-1, même en Jonas Quinn. Cependant, il n'en dirait pas de même de l'homme qui venait de les rejoindre.
Dit simplement, le Docteur Rodney McKay était un emmerdeur. Il avait essayé de tuer Teal'c et craquait complètement pour Carter... deux mauvais points de l'avis de Jack.
« Comment va le Sergent Baker ? » demandait Carter.
« Qui ? » répondit McKay, semblant sincèrement confus.
« Le garde ? »
« Oh... il va bien si vous criez assez fort. Le truc que j'essayais d'expliquer était que votre soi-disant sceau commençait à faiblir. »
« Il a tenu l'attaque initiale. »
Jack détecta la dureté dans la voix de Carter, mais il était réticent à intervenir. Elle ne le remercierait pas de cela. De plus, il savait qu'elle était parfaitement capable de se défendre toute seule.
« Peu importe, » marmonna McKay alors qu'ils étaient introduits dans la pièce qui contenait le miroir quantique.
« Il commence à perdre son intégrité, » poursuivit-il, « comme vous pouvez le voir par vous-même. » Même Jack pouvait dire qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas car, avec une prédilection pour l'effet dramatique de la situation, McKay baissa la lumière. On ne pouvait pas se tromper sur l'éclat d'un rouge terne qui émanait de la surface du bouclier.
« Puis-je ? » demanda-t-elle.
« Allez-y, essayez juste de ne toucher à rien, » répondit McKay.
Jack se retrouva à se demander s'il y avait quelque part plus loin que la Russie où il pourrait peut-être envoyer le pauvre type agaçant. La bordure de la galaxie peut-être ? Ou dans une autre ?
« Eh bien ? » demanda Jack, après que Carter eût passé plusieurs longues minutes à étudier l'état du bouclier.
« Quelle sorte de question est-ce là ? » dit McKay d'un ton de dérision.
« Elle sait ce que je veux dire. »
Carter se redressa et reporta son attention sur son supérieur, ignorant délibérément McKay... une action que Jack trouva hautement amusante.
« Je ne pense pas qu'il y ait une menace immédiate, mon Colonel, » dit-elle.
« Immédiate comme... ? »
« Nous devrions êtes en sécurité pendant quelques heures. »
« Oh, je vous en prie ! » interrompit McKay.
« Tealc, ôtez gentiment Mr. Macaw de la pièce pour que je puisse discuter du sujet avec le Major Carter sans interruption inutile. »
Se tromper sur le titre et le nom de l'homme était un double coup dur de l'avis de Jack et il était fier de lui. Il ignora les bafouillages outrés de McKay alors que Teal'c le forçait à sortir de la pièce.
« Alors, Major, vous disiez ? » lui dit Jack en souriant.
« Je pense que le sceau tiendra pendant les prochaines dix... peut-être douze heures. »
Jack acquiesça distraitement pendant que son esprit repassait l'information. Carter ne l'avait pas dit, mais il se rendait compte que, qui que ce soit qui était derrière cela, c'était probablement quelque chose d'intelligent et, à en juger par le fait qu'ils tentaient toujours de passer à travers, sans aucun doute belliqueux. A son avis, il y avait un danger clair et imminent.
« Etant donné qu'il y a quelqu'un qui frappe à notre porte, j'ai besoin que vous passiez en revue nos options pour détruire le miroir, » dit-il.
« En fait, j'y ai pensé, » répondit-elle.
« Bien sûr que vous y avez pensé. »
Une légère expression de déception passa sur son visage aux mots désinvoltes de Jack. Il se tapa la tête mentalement d'ouvrir, une fois de plus, sa bouche avant de réfléchir. Lui offrant un sourire d'excuses muettes, il lui fit signe de continuer.
« Des tentatives précédentes pour détruire le miroir ont été entravées par notre incapacité à contrôler la réaction. Il y a tant de Naquadah dans la structure que tout moyen conventionnel résulterait probablement en dégâts considérables. »
« Alors qu'est-ce qui a changé ? » demanda Jack.
« Le Naquadria, » interrompit Jonas.
« Exactement, » dit Sam. « Avec de la chance, une petite quantité contiendra la réaction en chaîne à l'intérieur du miroir lui-même. Les dégâts devraient être minimaux. »
Jack jeta un œil à l'objet rougeoyant. Malgré les assurances de Carter, cela semblait risqué. Faire exploser délibérément du Naquadria... la matière était imprévisible, comme Daniel Jackson en avait fait la découverte. De sombres pensées s'infiltrèrent dans la conscience de Jack alors qu'il se rappelait son ami. Il y avait des fois où il détestait Daniel de jouer les héros... se faisant tuer. Okay, peut-être qu'il avait fait l'ascension en un autre plan d'existence, mais Jack n'en était pas certain. Plus maintenant. Il se demandait si toute cette vision n'avait pas été un produit de son désir de prendre ses désirs pour la réalité, et trop de Jell-O bleu.
« Mon Colonel ? » La question de Carter interrompit ses mornes réflexions, ce dont il en fut reconnaissant.
« Faites-le, » ordonna-t-il.
« Le Naquadria est au SGC, » dit Jonas, « Je ne sais pas s'il est prudent de le faire amener ici. »
« Il a raison, monsieur, nous ferions bien de ramener le miroir avec nous. Il nous faudra peut-être faire quelques simulations... » ajouta Carter.
« Okay, faites ce que vous avez à faire, » dit Jack.
« A vos ordres, mon Colonel. »
Sombrement, Jack prit conscience que Carter avait quitté la pièce. Il pouvait à peine entendre sa voix dans le couloir, alors qu'elle se disputait avec le Docteur McKay. Jack regarda Jonas, « Vous pensez que ça va marcher ? » demanda-t-il.
« Je ne suis pas expert en Naquadria... » dit le jeune homme en haussant les épaules.
« Mais vous êtes le plus proche que nous avons. »
« Oui, je pense que ça marchera. »
ooo
Jonas Quinn avait beaucoup appris depuis qu'il était venu sur Terre. L'une d'elle étant que le Colonel O'Neill voulait rarement plus d'informations qu'il n'était absolument nécessaire. Il donnait au Major Carter un peu plus de latitude qu'au reste de la communauté scientifique, mais au fond, si c'était une réponse de type oui ou non, il était content. Si ça dépassait deux mots ou plus de deux syllabes, il ne l'était pas. Quelque chose que Jonas trouvait un peu étrange. Ce n'était pas comme si le Colonel était un homme qui n'était pas intelligent... mais il avait mauvais caractère, était impatient... oh... et le truc de blâmer Jonas pour la mort de Daniel Jackson. Parfois, Jonas se demandait s'il gagnerait un jour le respect de l'homme. Il avait renoncé à l'idée d'amitié. Il était membre de SG-1 uniquement parce que O'Neill le trouvait préférable à un officier Russe inconnu. Jonas aimait à penser que c'était dû à sa performance au cours de la crise avec Anubis et la Porte des étoiles, mais en vérité, il savait qu'il n'en était rien.
Pourtant, tous les autres semblaient assez amicaux, et il était bien plus heureux maintenant qu'on lui avait permis de sortir du SGC... bien que sous surveillance, mais le chez soi semblait encore être bien loin. Il était sorti la nuit et avait regardé les étoiles étrangères et n'en revenait toujours pas à quel point elles semblaient différentes. Puis le Major Carter lui avait dit que son système solaire n'était pas visible de l'hémisphère nord et elles avaient perdu un peu de leur fascination.
Intégrer la société de la Terre n'allait jamais être aisé. Jonas avait su cela avant de quitter Kelowna, mais il n'avait jamais vraiment anticipé à quel point cette planète était différente. Il avait espéré que Teal'c aurait pu l'aider un peu plus, mais le seul autre 'alien' du SGC s'était révélé être solitaire. D'après ce que Jonas pouvait voir, le style de vie de Teal'c avait peu changé au cours des cinq années qu'il avait passé parmi les humains. Bien sûr, Teal'c était plus vieux de bien des années. Jonas avait presque l'envie d'un adolescent de s'intégrer, ce qui était probablement pourquoi il voulait que le Colonel O'Neill l'aime bien. Le Colonel était, selon tous les rapports, l'un des individus les plus cool du SGC.
Ils étaient donc là, ensemble dans cette petite pièce et Jonas n'arrivait à penser à rien qu'il puisse dire et qui ne le ferait pas paraître idiot. Le Colonel ne sembla pas perturbé par le silence inconfortable. Il semblait assez content de se tenir là à fixer le miroir.
« Alors le Major Carter a dit que vous aviez eu quelques expériences avec un univers alterné ? » hasarda Jonas.
« Oui, » répondit le Colonel.
« Comment c'était ? »
« Sombre... et ça sentait drôle. »
« Oh. »
« Teal'c travaillait encore pour Apophis, j'étais marié à Carter et l'un de mes meilleurs amis était encore en vie. »
Jonas prit conscience qu'il foulait un territoire dangereux et décida de s'attacher à ce qui semblait l'affirmation la moins incendiaire.
« Marié ? »
« Ne le dites pas. »
« Je n'allais rien dire. »
« Bien. »
Okay, peut-être pas. L'idée d'être marié au Major Carter semblait être une pensée désagréable, ce qui semblait étrange. De ce que Jonas avait vu, le Colonel et le Major Carter semblaient bien s'entendre.
« C'est incroyable, non ? » tenta-t-il à nouveau.
« Quoi ? » demanda sèchement O'Neill.
« Que quelque part, toutes les possibilités existent. »
« Plutôt troublant. »
Heureusement pour lui, Jonas fut épargné de continuer à faire la conversation par le retour du Major Carter. Elle souriait.
« Nous sommes prêts, » annonça-t-elle.
« McKay vous a causé des problèmes ? » demanda le Colonel.
« Non, monsieur, je n'ai eu qu'à mentionner le mot Russie et il a cédé. »
« Bien joué, Major. »
ooo
Teal'c n'affectionnait pas particulièrement la version terrienne du transport aérien. Pourtant, étant le guerrier qu'il était, il ne se plaignit pas, même quand les changements de pression faisaient que son symbiote se tortillait frénétiquement dans sa poche, ce qui était des plus désagréables. Ils étaient enfin en route pour Cheyenne Mountain, le miroir quantique entreposé en sécurité dans la cale. Au moins, ce jet était plus confortable que le C-17 dans lequel ils avaient voyagé jusqu'en Russie... Teal'c espérait sincèrement qu'il ne lui serait pas demandé de sauter hors de cet avion. Malgré les apparences, il y avait certaines choses du service d'un Goa'uld qui lui manquaient. Les anneaux de transport étant l'une d'entre elles.
« Alors, Carter, parlez-moi encore de ce truc d'univers parallèles ? » demanda le Colonel O'Neill sotto voce.
Teal'c remarqua le coup d'œil du Major Carter en direction des deux autres membres de leur groupe. Elle et O'Neill étaient assis un peu à l'écart de Jonas Quinn et de lui-même, comme c'était souvent leur habitude. Leur séparation était probablement la seule raison pour laquelle O'Neill avait posé la question, ne pensant pas qu'il serait entendu.
« Vous avez entendu parlé de Schrödinger ? » continua-t-elle.
O'Neill eut l'air interdit, tout comme lui. Teal'c n'avait aucune idée de qui le Major Carter parlait.
« Le chat dans la boîte ? Est-il mort ou vivant ? » dit-elle.
« Vous mettez un chat dans une boîte et tentez de le tuer ? Carter, c'est cruel, » répondit O'Neill.
Jetant un coup d'œil vers eux, Teal'c remarqua les yeux du Major Carter se plisser, alors qu'elle tentait de décider si O'Neill plaisantait ou non. Même après tant d'années passées ensemble, c'était parfois difficile à dire. O'Neill était un individu complexe, tout comme l'était le Major Carter, pourtant Teal'c était honoré de les appeler tous les deux ses amis.
« Je parlais de la théorie des différentes possibilités. Où pour chaque résultat possible à toute situation, le monde se sépare en une multitude de mondes ou d'univers, » dit-elle.
« Oh... ça. »
« Chacun de ces mondes se ramifie dans son propre futur et il n'existe aucun moyen pour eux d'interagir. »
« Excepté à travers le miroir. »
« Exactement. »
O'Neill lui fit un sourire éclatant, puis continua, « Alors si je vous demande d'aller pêcher, il y a un univers où vous dites oui ? »
Le Major Carter, remarqua Teal'c, ne répondit pas à la question. A la place, elle parut mal à l'aise avec la direction que la discussion prenait... comme elle se devait. Teal'c se rappelait distinctement sa propre expérience avec un univers alterné. Il avait été forcé de tuer son double. L'autre homme avait refusé la chance de renverser le faux dieu Apophis et de lutter pour la liberté de tous les Jaffas. Il s'était souvent interrogé sur son double au cours des années qui avaient suivi. Quel type d'homme était-il réellement ? Est-ce que Teal'c avait privé Rya'c d'un père, Drey'auc d'un mari ? Si leurs situations avaient été inversées, est-ce que cet autre lui aurait suivi Jack O'Neill ? Ces autres univers étaient vraiment étranges. O'Neill avait raison d'ordonner la destruction du miroir. Même si Teal'c aurait préféré rencontrer l'ennemi face à face dans une bataille, il devait accepter le fait que, dans ce cas précis, l'ennemi pouvait être l'un de ceux contre qui il ne désirait, ou même ne pourrait pas se battre.
Ils étaient pernicieux, cela avait été établi sans doute possible. Le sceau, qui protégeait la Terre de ceux de l'autre côté du miroir, était toujours attaqué. C'était une preuve de l'ingéniosité du Major Carter qu'il n'ait pas encore été brisé.
« On n'atterrira pas avant encore deux heures, » disait O'Neill. « Pourquoi ne pas dormir un peu ? »
« Je vais bien, mon Colonel, » indiqua le Major Carter.
« Bien sûr, maintenant, mais vous allez travailler sur ce truc 24h/24, 7j/j quand nous arriverons. »
« Mon Colonel... »
« Ah ! »
Le Major Carter sourit et acquiesça.
« J'essaierai, monsieur, » lui assura-t-elle.
Laissant le Major Carter se reposer, O'Neill vint se joindre aux deux autres membres de son équipe. En dépit des apparences, Teal'c pouvait détecter un certain assouplissement dans l'attitude de son ami envers Jonas Quinn... bien que subtile. Jonas Quinn possédait de nombres qualités admirables, même s'il ne pourrait jamais vraiment remplacer Daniel Jackson dans leurs cœurs et esprits.
« Carter tente de dormir, » les informa O'Neill en s'affaissant sur un siège.
Teal'c tenta de ne pas trahir son amusement, parfois c'était une bataille d'empêcher son sourcil de se relever aux mots de son ami.
« Vous allez pouvoir l'aider avec ça ? » demanda O'Neill à Jonas.
« Je ferais de mon mieux, Colonel. L'instabilité du Naquadria sera notre plus gros problème. »
« Est-ce que ça ne l'est pas toujours ? »
O'Neill ferma les yeux, feignant de dormir, et évitant ainsi efficacement ce qui aurait pu tourner en une discussion hautement technique. Jonas sembla un peu déçu, mais Teal'c inclina sa tête pour indiquer que le jeune homme avait bien fait et avait eu l'approbation de O'Neill. Les très jeunes ne comprenaient pas toujours, songea Teal'c en s'apprêtant à faire son kelnorim.
ooo
Il savait qu'elle était là. Pour une raison ou une autre, la résonance de l'univers changeait quand elle était proche. Il ne savait pas pourquoi il devrait être plus en phase avec sa présence que tous les autres. Peut-être que c'était parce qu'elle avait été celle qui l'avait aidé à faire l'ascension ?
« C'est commencé, » dit-il.
Sa main parut lourde sur son épaule lorsque l'énergie toucha l'énergie. C'était étrange qu'il puisse encore sentir son corps, même si sa forme corporelle n'existait plus. Une sensation ressemblant à la perte d'un membre, du moins c'est ce qu'il s'imaginait.
« Ceci est dur pour vous, » répondit-elle.
C'était le moins que l'on puisse dire. Il connaissait bien ses amis. Il savait qu'ils réussiraient. Et il savait que le chaos s'ensuivrait.
« Est-ce que vous vous y habituerez un jour ? »
« A quoi ? »
« Ne plus être capable de faire quoi que ce soit. »
« Non. »
Sa réponse était attendue, même si elle n'était pas très rassurante. Ils avaient eu cette discussion auparavant. Il savait qu'il ne faudrait pas grand-chose pour les arrêter. C'était dans la limite de ses capacités même maintenant, alors qu'il apprenait quelles étaient ses limites. Il présumait qu'il en avait. Personne ne semblait très clair à ce propos, même s'ils étaient très affirmatifs sur ce qui n'était pas permis de faire. Il commençait à se demander s'il n'avait pas pris la mauvaise décision. Bien que la mort avait semblé certaine, il aurait toujours le doute persistant qu'il aurait pu être sauvé. Cette existence, bien qu'elle soit impressionnante, n'était pas totalement satisfaisante. C'est juste que ce n'était pas ce à quoi il était habitué.
Il était seul. Il pouvait aller n'importe où, faire presque n'importe quoi et pourtant il considérerait sérieusement à renoncer à tout ça pour être une fois de plus avec ses amis.
« Venez, » lui dit-elle, « il n'y a rien que vous puissiez faire. »
« Non. Je vais rester, je veux rester. »
« Pourquoi ? »
« Il faut que je sache si je peux le faire. Si je ne peux pas... eh bien... vous devrez peut-être me renvoyer d'où je suis venu. »
Elle fut troublée par ses mots. Au lieu de le laisser, elle resta tout près. Observant. Attendant. Prête à appeler les autres s'il le fallait. Eh bien, laissons les venir. S'il y avait un moyen d'aider, Daniel Jackson le trouverait.
Chapitre Quatre
Le Colonel O'Neill avait eu raison sur une chose : il n'y avait pas eu de temps pour le sommeil depuis qu'ils étaient revenus au SGC. Sam prit une autre gorgée de son café et tenta une fois de plus de concentrer son attention sur l'écran de l'ordinateur. Elle n'avait pas travaillé aussi longtemps depuis… eh bien… depuis Edora. Okay, ce n'était pas un souvenir dont elle voulait revivre pour l'instant. Cette fois, l'enjeu était bien plus important que la vie d'un homme.
Une autre simulation, un autre échec. Jusqu'à maintenant, elle avait été responsable d'avoir fait exploser la Terre, l'Amérique et le Colorado… elle s'approchait, mais Sam n'avait aucune idée du temps qui lui restait. L'attaque, ou quoi que c'était, ne semblait pas s'intensifier.
Celle-ci était une possibilité qu'elle n'avait pas anticipé quand elle avait fait sa recommandation pour sceller le miroir. C'était un mystère quant à savoir pourquoi quelqu'un voudrait tellement se rendre dans leur univers qu'il dépenserait tant de temps et d'énergie pour tenter de passer à travers. Remarquez, elle savait qu'il existait des ennemis là-dehors, si grands et terribles qu'ils avaient conduit les Anciens à quitter la galaxie… quelle chance avaient de simples humains contre une telle puissance ? Le miroir avait été placé dans un niveau bien inférieur à celui de la salle d'embarquement. Sam aurait préféré quelque part plus loin, un peu moins habité, mais le fait était qu'à la seconde où elle aurait les bonnes configurations, elle aurait l'ordre de procéder immédiatement à la destruction du miroir. Elle n'aurait le temps d'aller nulle part ailleurs.
L'ordinateur émit un flash… encore le Colorado. Sam entra une nouvelle série de paramètres et laissa la nouvelle simulation se faire pendant qu'elle allait chercher du café. Jonas avait été là un peu plus tôt, impatient d'aider. Elle avait incorporé ses suggestions, mais en réalité, dès lors qu'il s'agissait de faire les simulations, il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait faire. C'était le boulot de Sam ou plus spécifiquement celle de… l'unité centrale de la base.
Avec des équipes partant et revenant à toute heure de la journée et de la nuit, le SGC était occupé 24h/24 et 7j/7. Plus important, il y avait toujours du café au mess et des repas chauds. Ce dont Sam avait été reconnaissante en plus d'une occasion que ce soit en revenant fatiguée et battue d'une mission, soit parce qu'elle était restée éveillée toute la nuit à travailler sur un projet quelconque.
Cette nuit, la pièce était presque vide. Sam salua de la tête un groupe de soldats qui occupaient une des tables en les dépassant. Elle prévoyait de prendre un café et un sandwich et de retourner directement à son labo. Il y avait eu un temps où elle aurait pu s'attarder. Daniel avait fait souvent nuit blanche et Teal'c sortait souvent de ses quartiers pour se joindre à eux. Sam tenta de refouler les pensées tristes, mais le simple fait était que… Daniel lui manquait. Il avait été tant de choses pour elle frère, ami, collègue scientifique… Le fait que le Colonel O'Neill avait apparemment refusé de faire le deuil avait été une pomme de discorde entre eux. Oh, elle savait bien que le Colonel était un solitaire. Il gérait ses émotions à sa façon, bien qu'incompréhensible. Là où Sam avait voulu parler, le Colonel s'était fermé à ceux qui tenaient à lui. Là où Sam avait eu besoin d'un peu de temps et d'espace, son supérieur avait insisté pour qu'ils prennent la prochaine mission disponible. Qui pouvait dire lequel d'entre eux avait raison ?
Sam avait finalement renoncé à ses efforts et une paix gênée avait été restaurée. Maintenant, tout ce dont elle était certaine était le fait que l'absence de Daniel était douloureuse pour eux tous… surtout en des moments comme ceux-ci. Il lui manquait le plus quand c'était calme. Quand ils étaient en mission, souvent, ils n'avaient pas le temps de méditer. L'action les gardait occupés, les gardait soudés comme une équipe, ce qui était peut-être ce que le Colonel avait espéré.
S'installant de nouveau derrière son ordinateur, Sam entra une autre série de paramètres.
Parfois, elle se demandait ce que ce serait d'avoir une vie normale… mais elle se glorifiait aussi du fait d'être là, à faire quelque chose que personne d'autre ne pouvait faire. Sam avait sa propre fibre d'arrogance quand il en venait à son champ de connaissances. Peut-être qu'elle n'était pas aussi apparente que dans le cas de McKay, mais c'était définitivement là.
Là. Ca y était. L'écran de l'ordinateur clignota en affichant le résultat : destruction du miroir avec un minimum de dégâts, limités à la pièce protégée. Elle jeta un œil à sa montre : 3 heures du matin. Avait-elle le temps de faire encore quelques simulations ? La seule limite de temps qu'elle avait était ses propres estimations du temps que le sceau tiendrait. Il n'y aurait pas de nouvel essai pour tester ses chiffres, elle devait en être sûre la première fois.
Pas de pression.
Sam décida de faire un détour du côté de la précaution. Il fallait qu'elle ait une idée du taux de tolérance du système. Si elle était une fraction hors de la quantité de Naquadria nécessaire… alors que la simulation s'effectuait à nouveau, ses peurs furent confirmées lorsque Colorado Springs s'évanouit une fois de plus. Elle allait devoir être très, très prudente.
Décrochant son téléphone, Sam fit le numéro du Général.
« Hammond, » répondit sa voix.
« Ca y est, monsieur, » dit-elle.
« Etes-vous prête pour un briefing immédiat ? »
« J'arrive tout de suite. »
Saisissant une feuille imprimée de ses résultats, elle se laissa glisser de son tabouret et se dirigea vers le bureau de Hammond. Il l'attendait ainsi qu'à sa grande surprise, le Colonel O'Neill.
« Qu'avez-vous pour nous, Major ? » Hammond alla droit au but.
« Des charges multiples, mon Général, ici, ici et ici, » dit-elle en indiquant les positions sur un diagramme du miroir.
« Est-ce qu'il y a assez de Naquadria ? » demanda le Colonel.
« Je sais que les quantités semblent petites, mais tout ce que nous essayons de faire est de démarrer une réaction en chaîne. »
« Bien. »
« Beaucoup plus et nous risquerions de détruire la Porte des étoiles et… »
« Et une explosion de trois mille mégatonnes. Je m'en souviens. »
« Même maintenant, je ne suis pas complètement certaine que ceci marchera. Sans des données pratiques… »
« Mais c'est le mieux que nous avons ? » demanda Hammond.
« Oui, mon Général. »
« Alors, vous avez le feu vert, Major. »
ooo
Jack O'Neill était toujours là quand venait le moment de faire exploser quelque chose. Son service ne démarrait pas encore avant trois heures, mais il avait été incapable de rester en arrière. De plus, il avait toutes les raisons d'être là. Il était censé être une sorte d'expert quand il s'agissait d'explosifs. Au cours de ses années d'université, les cours de chimie avait toujours été l'un de ses préférés… bien qu'il n'était pas sûr que son professeur pense de même… mais il n'avait mis le feu au labo qu'une seule fois et le plafond n'en était que mieux avec les tâches de permanganate de potassium. Il y avait eu, bien sûr, l'incident de surdité avec le triiode d'ammonium, mais cela n'avait pas été permanent.
Il ne put s'empêcher un grand sourire en regardant le moniteur pendant que Carter mettait la touche finale. Bien sûr, le fait qu'elle était penchée en avant avait quelque chose à voir avec cela aussi. Il n'aurait peut-être pas dû regarder, mais... que diable. Il devait prendre son plaisir là où il pouvait et il avait toujours l'excuse d'être un mec. Ca voulait dire qu'il pouvait s'en tirer facilement, surtout quand il s'agissait de Carter. Quelque chose ne devait vraiment pas tourner rond pour qu'il la trouve encore attirante quand elle était vêtue d'une combinaison anti-radiation.
Le miroir se trouvait devant elle, le sceau autour émettant à présent une brillante lumière blanche. Jack pouvait presque sentir la chaleur qui émanait de la surface alors même qu'il regardait à travers un écran d'ordinateur, à plusieurs niveaux au-dessus. Carter se redressa pour la dernière fois, ayant posé la dernière charge.
« Ca devrait aller, » lui dit-elle, sa voix étouffée par le respirateur.
« Ca me semble bien, » agréa-t-il, se disant qu'elle pourrait avoir besoin d'un peu de soutien. De plus, d'après ce qu'il voyait du miroir, ils n'avaient plus le temps et Carter semblait le penser aussi. Elle vérifia une dernière fois avant de sortir en hâte de la pièce. Il lui faudrait quelques minutes pour atteindre le labo et les doigts de Jack le démangèrent alors qu'il attendait. Il se demanda si elle le laisserait appuyer sur le bouton.
Sam ne s'était pas donnée la peine de se changer en chemin et Jack saisit l'odeur reconnaissable de la sueur lorsqu'elle ôta ses gants et arracha la capuche de sa combinaison, révélant ses traits rouges. Il n'en fut pas surpris. Manipuler le Naquadria était délicat dans les meilleures conditions, ne parlons pas de situations où le destin de la planète était en jeu.
« Alors ? » demanda-t-il.
« Un peu nerveuse, » confia-t-elle.
Il s'écarta du chemin comme Carter se penchait sur le clavier. Elle tapa frénétiquement quelques secondes et puis se releva. L'écran brilla un bref instant puis devint noir.
« Ca y est ? » demanda-t-il.
« L'explosion a dû détruire la caméra. »
« Je n'ai rien senti. »
« Croyez-le ou non, mais c'était exactement ce que je recherchais. »
« Etes-vous sûre que ça a marché ? »
« Il n'y a qu'un moyen de le savoir. » Alors qu'il regardait, Sam remit la capuche et les gants et s'apprêta à descendre. Saisissant sa propre combinaison, Jack la suivit.
Il y avait une fascination troublante à fourrer son nez sur ce qui restait d'une explosion. Surtout une de ce type, avec aucune perte humaine. Jack sentit son pouls s'accélérer lorsqu'il sortit de l'ascenseur et pénétra dans le sous-niveau où le miroir s'était trouvé. Naturellement, l'explosion avait mis hors d'état de marche les lumières… ce que Jack trouva d'une certaine façon rassurant. Ca voulait dire que quelque chose s'était réellement passé ici.
« La structure pourrait ne pas être fiable, » dit Carter passant sa lampe torche autour d'elle.
« Ce n'est pas le moment de me dire ça, » répliqua Jack.
La puissance de l'explosion devint plus visible lorsqu'ils s'approchèrent de l'épicentre. Les murs habituellement gris avaient été noircis et la porte de la pièce où le miroir s'était trouvé avait été arrachée de ses gongs. Il y avait aussi une grande quantité d'eau par terre, la chaleur ayant fait déclencher les spinklers.
« Les dames d'abord, » offrit Jack et, après lui avoir jeté ce qui était probablement un regard noir, Carter mena la voie à l'intérieur de la pièce.
Il n'y avait pas de doute : la destruction était totale. Jack estimait que ce qui restait du miroir quantique tiendrait dans un verre.
« Sacré foutoir, » marmotta-t-il.
« Je vais m'en charger, mon Colonel, » répondit Carter.
« Vous allez rentrer chez vous et dormir. »
« Monsieur ? »
« Vous avez fait votre boulot. Laissez quelqu'un d'autre s'occuper de ça. Je ne veux pas vous voir de retour à la base avant demain, compris ? »
« Vous réalisez que c'est déjà demain ? »
« Très drôle, Carter. Venez, cet endroit me donne la chair de poule. »
Il avait fait deux pas quand il se rendit compte que Carter ne suivait pas.
« Quoi ? » demanda-t-il.
« Je ne sais pas. Je… j'ai cru voir… » commença-t-elle.
« Carter ? »
« Ce n'est rien. Je suppose que je suis juste fatiguée. »
Jack se retint de commenter, même si les mots 'vous croyez' menacèrent de sortir d'eux-mêmes. Il resta en arrière une seconde, jetant un œil autour de la pièce en se demandant ce que Carter avait vu. D'habitude son instinct était bon… Puis il écarta la pensée, fâché contre lui-même. Le Major n'était pas la seule personne qui avait besoin de sommeil, décida-t-il, en la suivant.
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S'il y avait une chose que le Sergent Siler détestait, c'était de perdre ses outils. Vous pouviez lui rentrer dedans par hasard, l'électrocuter, casser ses os et tout cela à la suite. Mais prenez un de ses outils sans permission et vous aurez à payer le prix. Inutile de dire que lorsqu'il découvrit que sa clé à molette préférée avait disparu, il n'était pas content.
Est-ce que personne ne comprenait à quel point cet équipement était important pour que le SGC fonctionne sans problème ? Siler avait besoin de savoir où sa clé se trouvait à tout moment. Et maintenant, quand les verrous qui tenaient verticalement la Porte des étoiles avaient du jeu, une fois de plus il ne trouvait pas sa clé à molette. Bien sûr, si les gens voulaient bien cesser de sauter, tomber, rouler et faire en général tout sauf marcher sur la rampe, ça aiderait… Le voilà donc, à se démener pour garder l'endroit en état de fonctionner et est-ce que quelqu'un appréciait ses efforts ? Non. La seule personne qui était moins reconnue que lui-même était le gars qui entrait l'adresse des Portes. Au moins la plupart des gens connaissaient le nom de Siler.
Il était en train de grommeler pour lui-même quand il sortit de l'ascenseur et… faillit rentrer dans le Major Carter. Vêtue en civil, elle rentrait visiblement chez elle.
« Pardon, Madame, » marmonna-t-il, réussissant à être à peine poli.
« Sergent, est-ce tout va bien ? » demanda-t-elle.
Siler fut immédiatement reconnaissant qu'elle ait remarqué que quelque chose n'allait pas.
« Avez-vous vu ma grande clé à molette ? » demanda-t-il. C'était possible, se dit-il, bien que le Major Carter ne prenait jamais ses outils sans permission. Elle avait été bien élevée.
« Est-ce qu'il n'est pas accroché sur le mur derrière le réacteur à Naquadah ? » suggéra-t-elle.
« Non, Madame. »
« Je l'ai vue là il y a deux heures… En avez-vous parlé au soldat Wood ? »
« Non, Madame. »
Wood ! Ca se pourrait bien. Juste parce que Siler laissait le type l'assister de temps en temps, Wood pensait qu'il avait carte blanche pour prendre ses affaires.
Les traits figés, le Sergent Siler rentra dans l'ascenseur et le fit redescendre vers les niveaux inférieurs.
Quand les portes s'ouvrirent au niveau 28, la cabine était vide.
ooo
Durant son temps sur Terre, Teal'c avait fait de ses quartiers sa retraite personnelle. Quelque part où il pouvait aller pour calmer et apaiser son âme de guerrier. Bien qu'il ne pourrait jamais espérer recréer le décor de sa maison sur Chulak, il avait réussi à injecter une idée de son héritage à cette pièce autrefois stérile. Martha Stewart serait en effet fière. Une fois la porte fermée et les bougies allumées, Teal'c pouvait presque croire qu'il était chez lui.
Presque.
Malgré les années qu'il avait passées au service des Tau'ri, son peuple lui manquait. Il était très conscient qu'il était un alien, sa restriction au SGC étant une évidence flagrante. Le fait qu'il portât un symbiote signifiait que ses mouvements seraient toujours surveillés. Teal'c en comprenait les raisons et les acceptait. Il y avait sur ce monde des individus sans scrupule qui rechercheraient l'utilisation du symbiote pour leurs propres besoins. Ou, s'il était blessé hors du SGC, loin de ses collègues, le Goa'uld serait libre de rechercher un hôte, exposant les Tau'ri à une force maléfique inconnue. Non, c'était mieux qu'il reste ici, profondément sous la surface, protégé du monde extérieur. Cependant, bien qu'il désirât de tout cœur marcher librement, Teal'c savait que cela pourrait ne jamais être possible, pourtant, il ne regrettait pas sa décision de suivre O'Neill.
Pourquoi ces choses venaient à sa conscience était un mystère. Teal'c avait habituellement peu de problème pour éclaircir son esprit avant de se mettre en Kelnorim. Cette nuit, cependant, il avait des problèmes et une légère transe fut tout ce qu'il put accomplir. C'était presque comme si quelqu'un l'observait. Une présence, familière et pourtant… En dépit de la chaleur de la pièce, Teal'c se retrouva à frissonner. Sans raison apparente. La base n'était pas en péril. Le Major Carter avait détruit avec succès le miroir quantique il y a de cela des heures.
Prenant conscience qu'il n'aurait aucun repos jusqu'à ce qu'il calme son esprit, Teal'c décida de faire un tour. Il ne réfléchit pas à sa destination, mais il se retrouva rapidement au voisinage du laboratoire du Major Carter. Un sixième sens quelconque l'avait guidé ici, espérant qu'elle serait présente. Elle n'était pas là, mais le Colonel O'Neill était dans la pièce, occupé à écrire une note.
« O'Neill, » entonna Teal', faisant sursauter de surprise son ami.
« Je n'ai touché à rien ! » s'exclama l'homme.
Etant donné que tous les équipements semblaient débranchés, Teal'c accepta l'affirmation comme étant la vérité. Avec curiosité, il jeta un coup d'œil au message qu'O'Neill allait laisser.
'Carter, si vous voyez ceci avant 7 heures du matin mardi, vous serez en violation d'un ordre direct. RENTREZ CHEZ VOUS !'
« Juste au cas où elle tenterait de se faufiler ici, » expliqua O'Neill.
« N'êtes-vous pas censé être chez vous aussi ? » demanda Teal'c.
« C'est différent… et que faites-vous ici de toute façon ? Ne devriez-vous pas être en train de méditer ? »
« En effet, mais je n'ai pas été capable d'accomplir un Kelnorim complet cette nuit. »
O'Neill fut immédiatement inquiet, comme il se devait. En l'absence d'une profonde méditation, Teal'c ne pourrait pas refaire le plein de son énergie et de ce fait ses performances se détérioreraient rapidement. Ceci inquiéterait forcément son ami et frère d'armes. Comment O'Neill pourrait-il s'appuyer sur lui dans la bataille si Teal'c n'était pas à son maximum ?
« Une raison particulière ? » demanda O'Neill.
« Je n'en suis pas sûr, » avoua Teal'c.
« Vous devriez peut-être voir le doc ? »
« Je le ferai, si cela continue. »
Teal'c était certain qu'il n'y avait rien avec sa condition physique et décrire son malaise au Dr. Fraiser ne l'aiderait probablement pas. Non, il continuerait simplement sa marche jusqu'à ce qu'il se sente prêt à retourner à ses quartiers et méditer une fois de plus.
Chapitre Cinq
Jack rentra effectivement chez lui cette nuit-là, au moins pour maintenir l'illusion qu'il avait une vie hors de la montagne. Peut-être qu'il ne travaillait pas autant que Carter, mais il faisait certainement sa part. Jack donc rentra chez lui, regarda un peu la télé, passa un peu de temps sur sa terrasse avec son télescope, prit quelques jolies photos de Jupiter et dormit même un peu avant de se dire qu'il était temps de revenir à la base. Il se sentait en fait très en harmonie avec le monde lorsqu'il entra dans le vestiaire pour se changer.
Bleu ou vert était la pensée la plus importante à son esprit lorsqu'il ouvrit son armoire… et la referma immédiatement. Jack vérifia la plaque portant le nom sur la porte. C'était sans aucun doute le sien, mais l'image à l'intérieur ne l'était certainement pas. Il n'avait aucune objection aux femmes à demi nues, à vrai dire, mais il choisissait de ne pas les afficher dans son armoire au travail. Le point le plus important était que les photos de Charlie n'étaient pas là.
Sa bonne humeur s'évaporait rapidement comme il sortait tout ce qu'il y avait dans le petit espace. Jack n'avait qu'un nombre limité de photos de son fils et chacune d'elles lui était très précieuse. Si un idiot quelconque les avait enlevées pour faire une farce, Jack s'assurerait personnellement qu'il passe le reste de sa carrière en Antarctique. Il prit la boîte à cigares du fond de son placard et étala le contenu sur le banc. Ca n'allait pas. Il y avait des photos de ses jeunes années, celles de ses parents… mais rien de Sara ni de Charlie. Son alliance n'était pas là non plus.
La pièce était vide, il n'y avait donc personne sur qui il aurait pu crier, mais il y aurait un sacré prix à payer dès qu'il mettrait la main sur quiconque était responsable. Après s'être changé, il sortit d'un pas décidé des vestiaires, avec la volonté express de trouver les autres membres de son équipe pour avoir quelqu'un à qui se plaindre. Malheureusement pour lui, la première personne qu'il rencontra fut Jonas Quinn. Il songea sérieusement à courir dans la direction opposée, mais il était trop tard. Jack avait été vu et Jonas avait déjà un grand sourire sur le visage avant même qu'il ait pu faire mine de s'échapper.
« Bonjour, Colonel, » le salua Jonas. « Est-ce que vous vous joignez à nous pour le petit déjeuner ? »
« Qui 'nous' ? » demanda Jack, ne voulant pas s'engager.
« Teal'c et le Major Carter. »
Jack ressentit un bref éclair d'agacement. Ils avaient toujours pris le petit déjeuner en tant qu'équipe quand Daniel était avec eux. Après le départ de Daniel, Jack avait cessé de venir. Cela faisait mal de savoir que les autres continuaient la tradition avec leur nouvel équipier et il fut sur le point de refuser quand son estomac émit un grondement audible.
« Je prendrai ça pour un oui, » dit Jonas.
Avec une très mauvaise grâce, Jack suivit l'homme jusqu'au mess. C'était sa propre faute de n'avoir pas mangé pendant qu'il était chez lui. Il jeta un œil autour en poussant la porte, cherchant sur les visages présents les yeux trop brillants de quelqu'un qui pensait pouvoir s'en payer une bonne sur le dos du Colonel grincheux. Personne ne le regarda avec ne serait-ce qu'une expression coupable ou… à part l'une des infirmières qui lui fit un sourire lorsqu'elle passa à côté de lui. Jack lui rendit son sourire automatiquement, puis il se rendit compte qu'elle souriait à Jonas. 'Qu'y avait-il donc entre les archéologues et les femmes ?' se demanda-t-il en allant chercher du gruau et du café. Ca devait être une sorte d'instinct maternel.
Jonas s'attarda en arrière, tentant de se décider entre les céréales et un petit déjeuner chaud, et Jack le laissa à son dilemme pour pouvoir aller prendre la chaise qui restait à côté de Carter. A sa surprise, elle ne le salua pas de son sourire habituel. En fait, elle semblait aussi grincheuse que lui-même. Il lui fit du coude.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-il.
« Un idiot s'est amusé avec mon ordinateur et je n'arrive pas entrer mon mot de passe, » grommela-t-elle.
« O'Neill était dans votre labo tard la nuit dernière, » dit Teal'c.
« Je sais, j'ai lu la note… Mon Colonel, vous n'avez touché à rien, n'est-ce pas ? »
« Non, » répondit Jack, légèrement blessé qu'elle puisse l'accuser tout de suite.
« Quelqu'un l'a fait. »
« Eh bien, ce n'était pas moi. »
Il la regarda furieusement, avant de retourner à son gruau. Ses photos étaient parties, Carter était fâchée avec lui… est-ce que la journée pouvait empirer ?
« Peut-être que vous avez oublié le mot de passe, Major Carter ? » suggéra Teal'c.
« Peu probable, » répondit Jack pour elle.
« Ce n'est pas la première bizarrerie que j'entends ce matin. »
« Je suis d'accord avec vous. »
« Que vous est-il arrivé, mon Colonel ? » demanda Carter.
« Mes photos ont disparu. Celles que je gardais dans mon vestiaire. »
« Charlie O'Neill ? » demanda Teal'c.
« Ouais. »
Jack ne voulait pas vraiment en dire plus. Il perçut le changement d'expression sur le visage de Carter alors que ses yeux montraient la compassion. Ce n'était pas quelque chose qu'il voulait voir, pas venant d'elle… de personne. Les années lui avaient appris à vivre avec la mort de Charlie, mais il ne pensait pas que cela serait un jour moins douloureux. Il supporta l'instant inconfortable de la seule façon qu'il savait.
« Bien sûr, Claudia Schiffer en bikini noir a du bon, » dit Jack avec un sourire forcé.
Carter sourit simplement et secoua la tête. Il y avait eu un temps où un tel commentaire l'aurait fait bondir, mais maintenant, elle l'encaissait sans broncher. Elle s'était sans aucun doute calmée avec l'âge.
Heureusement, toute gêne prolongée fut annulée par l'arrivée de Jonas qui avait un bol de… Jack n'aurait su dire quoi. C'était d'un brun chocolat avec un peu de rose et de vert flottant dessus. En fait, cela semblait assez dégoûtant, mais Jonas le fourra dans sa bouche avec appétit.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Carter.
« Chocco Loops, » répondit Jonas. « Vous ne les avez pas essayés ? »
« Je n'en avais même jamais entendu parlé. Mon Colonel ? »
« Ne me regardez pas, Carter. Je préfère que ma nourriture ne ressemble pas au vomis de quelqu'un, » dit Jack.
Mais Carter avait un air rembruni. Jack reconnut l'expression. Ca voulait dire que son cerveau travaillait sur quelque chose. Il aurait parié gros qu'elle réfléchissait à une connexion entre son ordinateur, ses photos et le petit déjeuner de Jonas.
« Teal'c, est-ce que quelque chose d'étrange vous est arrivé ? » demanda-t-elle.
« Il n'arrivait pas à faire son Kelnorim la nuit dernière, » répondit Jack pour lui, recevant un haussement de sourcil.
« C'est peu de conséquence, » dit Teal'c.
« Et vous, Jonas ? » voulut savoir Carter.
« Difficile à dire. Tout me semble étrange pour moi, » avoua-t-il.
« Vous avez quelque chose, Major ? » demanda Jack.
« Je ne sais pas, monsieur. Ca pourrait être simplement une coïncidence, mais… »
« Mais quoi ? »
Elle se contenta de hausser les épaules. Pas de doute qu'elle leur dirait quand elle serait prête, pensa Jack en retournant à son petit déjeuner.
ooo
George Hammond avait une mauvaise journée. En fait cela avait été le cas depuis ce jour fatidique où Apophis avait franchi la Porte des étoiles, mais Hammond n'aurait pas voulu qu'il en soit autrement. Se cacher en retraite n'était pas son style. Il préférerait partir avec éclat plutôt qu'en gémissant, mais les Goa'uld avaient tenté d'interpréter ce souhait littéralement en plus d'occasions qu'il n'aimait s'en rappeler. Cette fois, cependant, il semblait que cela soit un problème purement technique. SG-10 attendait dans la salle d'embarquement, mais la Porte des étoiles refusait de s'engager.
Il n'y avait apparemment aucune raison à cela, et Harriman avait tenté tout ce qu'il savait.
C'était fichtrement frustrant.
« Appelez le Sergent Siler, » ordonna Hammond.
« Mon Général, j'ai déjà essayé, » répondit Harriman. « Personne ne l'a vu depuis hier soir. »
« Il n'est pas arrivé ce matin ? »
« D'après les registres, il n'est pas parti depuis dimanche matin. On est en train de le chercher, mais… »
« Très bien, prévenez-moi dès qu'on l'aura retrouvé. Est-ce que le Major Carter est là ? »
« Oui, mon Général. »
« Faites-la venir. »
Le Sergent Harriman se tourna pour s'atteler à sa tâche. Le Major Carter était probablement en train de prendre son petit déjeuner, mais il devait le faire. Il y avait trois équipes off world, donc rendre opérationnel la Porte des étoiles était la priorité de Hammond.
« SG-10, restez en stand-by jusqu'à nouvel ordre, » ordonna-t-il.
La disparition apparente de Siler l'inquiétait sérieusement. La base était grande, et il y avait beaucoup de zones très peu utilisées où il pouvait se trouver blessé… ou pire. Et le sergent semblait vraiment avoir un penchant pour se blesser pendant son service.
Malgré ses inquiétudes pour Siler, Hammond fut content de voir arriver Sam. Elle paraissait un peu essoufflée et elle avait avec un morceau de toast, donc ses spéculations étaient justes.
« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle.
« Nous n'arrivons pas à ouvrir le vortex, Madame, » répondit Harriman. « Les diagnostiques ne montrent rien d'anormal. »
« Laissez-moi voir. » Docilement, Harriman s'écarta de son chemin, donnant accès à Sam à son clavier. Hammond ne put dire exactement ce qu'elle faisait, mais d'après l'expression sur son visage, il pouvait voir que les résultats étaient négatifs.
« J'ai… j'ai déjà tenté ça, » se risqua Harriman.
« Major ? » demanda Hammond.
« Il a raison, mon Général. Il n'y rien, » répondit-elle.
Elle tapait sur le clavier tout en parlant, tentant une nouvelle séquence d'adressage. Hammond ne savait pas pourquoi. Cependant, quel que soit ce qu'elle fit parut avoir le bon effet. Les chevrons s'engagèrent et la Porte s'activa brusquement.
« Ca n'a pas marché précédemment… mon Général, je vous le jure… » bredouilla Harriman.
« Qu'avez-vous fait, Major ? » demanda Hammond.
« Honnêtement, je ne sais pas, » répondit-elle.
« Elle s'est mise juste à fonctionner de nouveau ? » demanda Harriman.
« Apparemment. »
Elle se leva, laissant le sergent troublé reprendre son fauteuil.
« Je ne sais pas comment l'expliquer, mon Général, » dit-elle.
« Très bien, Major. Sergent, rappelez SG-10 et dites-leur qu'ils ont le feu vert. »
Hammond remonta les marches vers son bureau et fut quelque peu surpris quand le Major Carter le suivit à l'intérieur et referma la porte derrière elle.
« Qu'y a-t-il, Major ? » demanda-t-il.
« Je me demandais si l'équipe de nettoyage en a terminé avec les niveaux inférieurs, mon Général. »
« Oui, ils ont fait leur rapport hier. »
« Bien… euh, ils n'ont rien remarqué d'inhabituel, n'est-ce pas ? »
« Auraient-ils dû ? »
« Non. »
« Major ? »
« Désolée, mon Général. Je pense que je suis un peu nerveuse. C'est juste qu'on dirait que beaucoup de choses étranges ont eu lieu ce matin. »
« Vraiment ? »
Si Hammond avait pu lever son sourcil, il l'aurait fait.
« Plus étrange qu'à l'accoutumée, voulais-je dire, » précisa-t-elle. « Je suis juste un peu inquiète à propos du miroir quantique. Peut-être que l'explosion a fait plus de dégâts que nous ne le pensions. Ca expliquerait certainement le fait que la Porte des étoiles ne fonctionne pas correctement. »
« Quelles sortes de dégâts ? »
« Je ne sais pas exactement. Rien que nous puissions détecter, de cela j'en suis certaine. Mais nous connaissons si peu sur cette technologie… Je devrais vraiment descendre et jeter un œil. »
Le Général n'eut même pas à y réfléchir. Il connaissait suffisamment bien le Major Carter pour ne pas prendre au sérieux une de ses inquiétudes.
« Permission accordée, Major. »
« Merci, monsieur. »
ooo
La combinaison anti-radiation était grande, encombrante et elle sentait mauvais. Sam se demanda en la mettant pourquoi une petite taille semblait être trois tailles au-dessus. Quelle que soit la personne qui l'avait portée la dernière fois, elle avait un problème avec l'hygiène personnelle. Pourtant c'était un mal nécessaire et elle supporterait volontiers l'inconfort ne serait-ce que pour apaiser son esprit. Elle n'arrivait pas à expliquer son malaise. Cela avait peut-être un rapport avec la quantité de temps qu'elle avait passé sur ces fichues simulations ? Le miroir était parti, fin de l'histoire.
Du moins l'espérait-elle.
Cela n'avait pas de sens, vraiment. La destruction du miroir quantique ne pouvait être responsable du problème de mot de passe avec son ordinateur ou la disparition des photos du Colonel, quelles que soient les particules ou les radiations que celui-ci avait laissées derrière. Il est vrai que cela pouvait affecter la Porte des étoiles, mais rien d'autre. Depuis l'incident sur K'Tau, Sam avait commencé à se méfier un peu plus d'elle-même. Elle avait fait une erreur là-bas, une qui avait failli effacer toute une civilisation. Et puis il y avait eu sa première rencontre avec le Dr. McKay. Il lui avait dit qu'elle basait la plupart de ses théories sur son intuition plutôt que sur des faits, qu'elle prenait trop de risques. Parfois, elle se demandait s'il n'avait pas raison.
Mais cette fois, il n'y avait pas eu d'autre choix possible… ou c'est ce qu'elle ne cessait de se dire. Qu'auraient-ils pu faire d'autre ? Enterrer le miroir dans le béton et le couler dans la mer ? Depuis que les Russes avaient réussi à récupérer la Porte des toiles du fond de l'océan, Sam ne pensait pas qu'il y avait un endroit sûr sur Terre. Ils n'avaient pas le temps de l'emmener dans l'espace.
Le niveau inférieur était à présent éclairé par des lampes de secours, mais à part cela, l'équipe de nettoyage avait fait du bon boulot. L'eau et les débris étaient partis, mais il faudrait encore une autre couche de peinture pour enlever les marques de brûlure et redonner aux murs leur gris standard. Tout semblait être à sa place, réalisa Sam alors qu'elle se tenait au milieu de la pièce.
C'était insensé.
Il n'y avait rien là. Pour citer le colonel O'Neill, elle réfléchissait trop, encore. Peut-être qu'elle aurait dû rester un peu plus longtemps chez elle ? Sam avait obéi à l'ordre du Colonel à la lettre, ne retournant pas au travail jusqu'à l'heure dite, mais la vérité était qu'elle n'avait pas été capable de se détendre. C'était comme cela parfois. Après une longue période de travail intensif, son esprit refusait de se fermer, même si elle était physiquement épuisée. Oui, elle était allée au lit, mais elle s'était tournée et retournée, n'ayant pas eu plus de quelques heures de sommeil. Elle était fatiguée, voilà tout.
Les lumières tremblotèrent, ajoutant au malaise de Sam… puis elles s'éteignirent complètement. Malgré elle, Sam laissa échapper un halètement. Elle n'avait pas pensé à emporter de torche. Les lumières du couloir éclairaient faiblement la pièce, mais n'atteignaient pas un coin de ténèbres au centre… là où le miroir s'était autrefois trouvé.
Plus noir que noir, plus sombre que sombre.
Sam frissonna, soudain gelée. Son imagination prenait le dessus. Elle ne voulait rien de plus que s'enfuir. Mais elle ne le fit pas. Sam s'approcha de la tâche de ténèbres, tentant de discerner ce qui se trouvait en son centre. Elle tendit la main et tenta de le toucher, mais ses doigts semblèrent glisser.
ooo
Jonas pouvait sentir son petit déjeuner tourner dans son estomac alors qu'il se dirigeait vers son labo. Peut-être que le Colonel O'Neill avait raison et manger quelque chose qui ressemblait à du vomis était une mauvaise idée. Quoi que ce soit, les Chocco Loops étaient définitivement rayés du menu dès à présent. Jonas perdait petit à petit sa fascination pour la nourriture terrestre. Trop de cela le rendait malade. Néanmoins, en de rares occasions où il lui était permis de sortir de la base, il était difficile de ne pas se faire plaisir. La prochaine fois qu'il aurait l'opportunité, il allait prendre part aux délices connus sous le nom de 'all-day-breakfast'.
Pour l'instant, il était impatient de se mettre au travail. Le Dr. Jackson avait laissé une véritable mine d'or : textes et objets anciens, symboles phalliques. Pour Jonas, c'était une source sans fin de fascination. Il avait appris davantage en quelques petits mois depuis qu'il avait hérité du bureau du Dr. Jackson que tout le temps qu'il avait étudié sur Kelowna. Et s'il allait prouver un jour sa valeur au sein de SG-1, Jonas savait qu'il avait encore beaucoup de choses à apprendre.
Pourtant, il appréciait le processus consistant à apprendre quelque chose de nouveau, qui mettait au défi son esprit. Il espérait que, un jour, il pourrait remporter tout ce qu'il avait appris chez lui… bien que, toutes choses considérées, son retour n'était rien de plus qu'un rêve lointain. Essayant de se concentrer sur le travail qui l'attendait, Jonas entra dans son labo… et en ressortit en courant.
C'étaient les Chocco Loops.
Il était fatigué.
Il était…
Cent et une excuses passèrent dans sa tête alors qu'il tentait de s'expliquer pourquoi il pourrait halluciner. Jonas fit un grand sourire au soldat qui se trouva être le témoin de sa sortie précipitée.
« Pourquoi y a-t-il des poissons ici ? »
On ne pouvait pas nier la voix. Et d'après l'expression sur son visage, le soldat l'avait entendue aussi.
« Ecoutez très attentivement, » murmura Jonas, « Je veux que vous alliez trouver le Colonel O'Neill et l'ameniez ici. »
« A vos ordres, monsieur, » répondit le soldat, trop choqué pour discuter.
« Et vite ! »
Alors que l'homme s'éloignait en courant, Jonas risqua un autre coup d'œil par la porte, avant de se précipiter pour aller chercher Sam et Teal'c.
ooo
Jack était en train de s'occuper de sa paperasse quand un soldat à l'allure débraillée entra dans le mess. L'homme donnait l'impression d'avoir vu un fantôme. N'importe quelle excuse pour éviter de lire ses mémos, pensa Jack en écoutant le jeune homme débiter à toute allure ce qu'il avait à dire. Il fut un peu perturbé par le fait que Jonas demandait sa présence, mais sa curiosité était telle qu'il se sentit obligé de répondre à la convocation même s'il devait avouer qu'il était sceptique. Si quelqu'un allait hanter le SGC, pourquoi choisir les labos ? La salle d'embarquement, okay… ou même l'infirmerie, mais pas les labos. Ce n'était pas comme si quelqu'un était mort là. Il était plus que probable que Jonas venait encore de faire 'l'expérience' de la culture terrienne, et de trop regarder les films d'horreur.
Ou quelqu'un faisait une autre plaisanterie.
Si c'était le cas, Jack allait vraiment péter un plomb. Ses photos ne s'étaient toujours pas manifestées, mais il avait fait savoir que si elles n'étaient pas de retour dans son vestiaire d'ici la fin de la journée, il y aurait un terrible prix à payer.
Un coup d'œil au visage de Jonas suffit à dire à Jack que ce n'était pas une farce. Se tenant là avec Carter et Teal'c, il ne souriait pas, il ne parlait pas. Tout qu'il semblait capable de faire était de montrer du doigt la direction de son labo. Il y avait eu peut-être quelques bruits grinçants, mais Jack n'aurait pu en jurer. Suivant la direction de Jonas, Jack passa la tête par la porte.
« Jack ! »
Il fut repéré tout de suite et n'eut d'autre choix que d'entrer dans la pièce. On aurait dit qu'une bombe avait explosé à l'intérieur, et au milieu de tout cela se tenait un Daniel Jackson paraissant très confus. Jack ne fut pas aussi surpris qu'il aurait pu être. Daniel avait, après tout, la réputation de ne pas rester mort.
« Où sont mes affaires ? » demanda-t-il.
« Euh… ici ? » répondit-il.
Il y avait eu certainement quelques changements depuis que Jonas s'était installé ici, mais pour Jack c'était le même fouillis des mêmes vieilles bricoles.
« Okay, mais rien n'est à sa place. Qu'est-il arrivé à mon système de référencement ? » continua à radoter Daniel.
« Vous aviez un système de référencement ? »
« Jack ? »
« Euh… Daniel… euh… »
Comment était-il supposé dire à quelqu'un que, en un mot, il était mort ? Jack jeta un œil par-dessus son épaule. Les autres rôdaient toujours à l'extérieur. Il regarda avec espoir Carter. Elle était tellement plus douée que lui à ce genre de truc et elle pourrait peut-être expliquer pourquoi Daniel Jackson avait une forme corporelle et était apparemment en bonne santé.
« Est-ce que quelqu'un va me dire ce qui se passe ? » demanda Daniel.
« Ce n'est plus votre labo, » lui dit Carter en s'avançant.
« Quoi ? Est-ce que j'ai été viré ? »
« Nous l'avons donné à Jonas. »
« Qui est Jonas ? »
« Euh… c'est moi, » dit Jonas de l'embrasure de la porte.
Daniel regarda furieusement le jeune homme.
« Enchanté de vous rencontrer, » dit-il, puis ajouta, « Pourquoi lui avez-vous donné mon labo ? »
« Parce que vous n'en aviez plus besoin, » répondit Jonas.
« Ce n'est pas à vous que j'ai posé la question. Jack ? »
« Vous voyez, techniquement parlant… » commença Jack.
« Jack ? »
« Vous êtes mort. »
« Non, je ne le suis pas, » dit Daniel.
« Si, vous l'êtes, » contra Jack.
« NON, je ne suis pas mort. »
« SI, vous l'êtes. »
Derrière eux, Carter s'éclaircit la gorge, mettant efficacement fin à la dispute.
« Teal'c, emmenez… le Dr. Jackson à l'infirmerie et faites-lui passer des examens. Assurez-vous qu'il soit qui il dit être. Carter, vous venez avec moi, » ordonna Jack.
Si ce n'était pas Daniel Jackson, c'était une sacrée bonne imitation, réalisa Jack alors que Carter et lui entraient dans l'ascenseur.
« Dites-moi que ceci n'a rien à avoir avec ce foutu miroir ? » plaida-t-il.
« Euh… en fait, mon Colonel… » commença-t-elle.
Mais Jack n'écoutait plus. Il s'appuya contre le mur gris pendant une seconde, résistant à l'envie de frapper sa tête contre ce dernier. Pourquoi lui. Pourquoi maintenant ?
« J'étais en route pour mon labo pour faire des tests quand Jonas m'a trouvée, » continua Carter.
« On dirait que vous avez échoué, » répliqua-t-il sèchement.
« Oui. »
Le visage de Carter était impassible et Jack eut le sentiment que les choses allaient largement empirer.
Chapitre Six
Emmener le Dr. Jackson à l'infirmerie était une tâche qui aurait été normalement confiée à un officier subalterne, mais Teal'c se rendit compte qu'en cette occasion cela nécessitait une attention spéciale. Quand O'Neill avait délégué la tâche, Teal'c savait que c'était avec une bonne raison. Avant toute chose, ils ne savaient absolument pas qui était exactement cet homme. En surface, il ressemblait à leur ami, mais ils savaient tous que les apparences pouvaient être trompeuses. O'Neill avait besoin de quelqu'un en qui il pouvait avoir confiance pour garder son sang-froid, pendant qu'il informait leur supérieur de la tournure récente des événements. Une telle précaution était sage, réalisa Teal'c alors qu'il croisait d'autres personnes sur leur chemin vers l'infirmerie. La réaction était généralement celle de la surprise et du choc.
Bien sûr, ils devaient encore établir le fait que c'était effectivement le Dr. Jackson. Il y avait d'autres possibilités : clones et vies artificielles lui vinrent immédiatement à l'esprit.
« Je sais que je n'ai pas été au SGP très longtemps, mais je ne pensais pas qu'ils donneraient mon bureau, » dit Jackson, en guise de conversation.
« SGP ? » répondit Teal'c.
« Stargate Project. »
« Ceci est le Stargate Command, et Daniel Jackson a été là depuis sa conception. C'était lui qui résolut le mystère de la Porte des étoiles et accompagna O'Neill sur la première mission sur Abydos. »
« Et il est mort ? »
« Oui. »
« Peut-être qu'il a fait un mauvais choix. »
« Non. »
Bien que ce Dr. Jackson était physiquement similaire au leur, Teal'c sentait déjà des différences notables dans la personnalité. Sa curiosité éveillée, Teal'c demanda, « Ne vous a-t-on pas demandé d'assister le Dr. Langford lors de la traduction originelle ? »
« Non. Je veux dire, elle me l'a demandé, mais j'ai refusé. »
Il n'y avait pas doute quant à l'amertume dans la voix du Dr. Jackson.
« Pourtant vous me reconnaissez ? »
« Oui. Vous êtes Teal'c, membre de SG-1. »
« Et vous n'en êtes pas ? »
Le Dr. Jackson éclata de rire.
« Vous n'êtes pas sérieux ? Jack déteste les scientifiques. »
Teal'c hocha la tête. On ne pouvait pas nier ce fait. Bien que O'Neill faisait des exceptions, comme avec le Major Carter et le Docteur Fraiser, il avait néanmoins peu de patience avec ceux qui étudiaient les disciplines scientifiques. D'aucun devait faire ses preuves pour que O'Neill vous appelle 'ami'. Dans certains cas, c'était un attribut qui en valait la peine, mais en certaines occasions, son manque de confiance pouvait être agaçant. Le Dr. Jackson, si c'était lui, aurait à gagner à nouveau la confiance de O'Neill.
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Janet Fraiser avait cru qu'elle était préparée. Quand Jonas Quinn avait appelé pour l'avertir à l'avance, elle s'était sentie relativement calme. Après tout elle avait fait face aux versions alternatives de Sam et Kawalsky, pourquoi est-ce que ceci devrait-il être différent ? Dès qu'elle le vit, elle sut qu'elle s'était raconté des craques.
Elle avait regardé Daniel mourir d'une mort douloureuse et horrible.
Elle avait lutté pour sa vie et échoué.
Dieu miséricordieux, elle avait même considéré l'aider à mourir.
Et maintenant, il était là, se tenant devant elle, juste comme si rien n'était arrivé. Elle ne savait pas quoi penser, quoi ressentir… Il remarqua son hésitation et lui sourit.
« Je ne mords pas, » plaisanta-t-il.
Janet se sortit de sa rêverie en secouant la tête.
« Asseyez-vous, Dr. Jackson, ceci ne vous fera pas mal, » dit-elle.
« C'est ce que vous dites toujours. »
Elle reprit un peu de son détachement médical alors qu'elle poursuivait son examen. Aussi longtemps qu'il ne lui parlait pas, elle allait bien. Que Teal'c soit là à observer n'aidait pas. Il était aussi impassible qu'une statue, et Janet aurait cru qu'il n'était pas affecté par la réapparition de son collègue, si ce n'était la main qui s'attardait un peu trop près de son Zat. S'il n'avait pas été inquiet, il n'aurait pas été sur le qui-vive pour neutraliser toute menace que Daniel… le Dr. Jackson pourrait poser.
A la fin de l'examen, il n'y avait pas de doute dans son esprit. C'était Daniel Jackson. Il hocha simplement la tête quand elle l'en informa.
« Vous n'en semblez pas heureux, » dit Janet.
« Pour dire la vérité, je ne le suis pas, » confia-t-il. « J'espérais que tout ceci était un mauvais rêve. Je suis vraiment mort ? »
« Oui. »
Il prit une profonde inspiration, et Janet se demanda pendant un instant s'il n'allait pas craquer. Elle voulait le toucher, le réconforter comme elle l'aurait fait avec Daniel.
« Vous avez été tué pendant le service, » lui dit-elle avec autant de gentillesse qu'elle put.
« Comment ? » demanda-t-il. « Ce que je veux dire, c'est que je suis archéologue. Le truc le plus dangereux que je fais est de traverser la rue. »
Janet jeta un coup d'œil à Teal'c, se demandant ce qui lui était permis de dire au Dr. Jackson. L'information n'était pas réellement confidentielle, et s'il allait rester ici pendant quelque temps, il le découvrirait tôt ou tard.
« Vous… il est mort d'un empoisonnement après avoir reçu une dose massive de radiations, » dit-elle, détestant le tremblement dans sa voix. Même maintenant, le souvenir était presque trop douloureux à supporter.
« Comment ? »
« Il y a eu un accident, » dit Teal'c. « Daniel Jackson a démonté un appareil qui aurait provoqué une destruction à très grande échelle. »
« Où ? »
« Le monde de Jonas Quinn, une planète connue sous le nom de Langara, » lui dit Janet.
Jackson sursauta en entendant le nom, comme si une décharge électrique avait traversé son corps. Aucun doute que cela avait une signification pour lui.
« Je vois, » fut tout ce qu'il dit.
« Dr. Jackson, » commença Janet.
« Non… Non… ça va. C'est… »
Mais il ne sembla pas capable de finir la phrase.
« En fait, il est heureux que vous soyez mort, » continua Janet.
« Euh… Pourquoi ? »
« Parce que deux personnes ne peuvent pas exister simultanément dans la même réalité. Votre corps subirait un arrêt entropique en cascade. »
« Et cela entraînerait ? »
« Votre mort. »
« Mais à vous entendre, je suis déjà mort. »
« Venez, je vais vous conduire à vos quartiers, » dit Teal'c.
Janet regarda le Dr. Jackson partir. Elle avait été secouée par la rencontre, aucun doute à cela, mais elle tenta de repousser cela au fond de son esprit alors qu'elle préparait son rapport pour le Général Hammond.
ooo
Sam avait la présentation dans son portable, elle avait la souris sans fil, elle avait le pointeur laser… en d'autres mots, et comme toujours, elle était parfaitement préparée. Techniquement parlant. En réalité, elle ne s'était jamais sentie aussi nerveuse avant de faire une présentation. Le Colonel O'Neill avait raison. Elle avait échoué. Sam ne savait pas comment ni pourquoi, mais elle avait échoué. Même si elle avait fait et refait ses calculs, elle savait qu'il devait y avoir un moyen de prédire cela.
Des observations ultérieures de l'anomalie n'avaient pas aidé. Rien ne semblait être émis qu'ils pouvaient détecter. De ce qu'elle pouvait voir, ce n'était qu'un trou un trou dans le tissu de la réalité. Sam se retrouva à craindre ce qu'elle allait dire.
« Major Carter ? » demanda gentiment le Général Hammond.
Sam prit conscience qu'elle était restée immobile trop longtemps. Elle appuya sur la télécommande et la première image apparut sur l'écran. Sa voix lui sembla étrange lorsqu'elle se mit à parler… criarde… elle tenta de l'ajuster et réalisa qu'elle faisait une assez bonne imitation de Teal'c.
« Ce que vous regardez est l'anomalie temporelle qui reste de la destruction du miroir quantique, » dit-elle.
« Cool. C'est juste comme dans Star Trek, » murmura le Colonel.
« Non, monsieur, ce n'est pas ça. Ceci est réel et c'est 9 mètres au-dessous de nous. »
Elle se retrouva à compter jusqu'à dix avant de continuer. Les remarques spirituelles du Colonel O'Neill n'étaient pas ce dont elle avait besoin à l'instant.
« Nous sommes tous conscients de la 'théorie des mondes innombrables', » continua-t-elle. « Ce que nous vivons est une série de 'fuites' des univers parallèles. »
« Et vous pensez que c'est ce qui est responsable du problème avec la Porte des étoiles ? » demanda le Général Hammond.
« Oui, mon Général, » répondit Sam.
« Pendant que je tentais de faire le Kelnorim, j'ai eu l'impression d'être observé, » dit Teal'c.
« C'était peut-être le cas. Quelqu'un avec une technologie d'invisibilité, peut-être… »
« C'est un peu tiré par les cheveux, ne trouvez-vous pas, Carter, » interrompit O'Neill.
« Je serais d'accord avec vous, mon Colonel, si ce n'était une chose. »
« Daniel Jackson, » dit Jonas.
Sam acquiesça en silence. Jonas paraissait encore secoué par la rencontre. En dépit d'être né et d'avoir grandi sur une autre planète, il n'était pas encore habitué à des événements de ce type. De ce que Sam connaissait de son éducation, elle avait été assez protégée. Le reste d'entre eux prenaient cela comme si rien n'était, bien que Sam se demandait s'il n'aurait pas été mieux s'ils pouvaient l'écouter avec la fraîcheur d'esprit de Jonas. Au moins elle n'aurait pas à surmonter une certaine dose de condescendance.
« Jusqu'à maintenant, les intrusions dans notre univers ont été relativement sans danger, » poursuivit-elle.
« Mais ? Je sens un mais, » dit le Colonel.
« Mais ça pourrait empirer. »
« Comment ? »
« Monsieur, chaque décision que nous prenons divise l'univers en une multitude de réalités. Théoriquement parlant, toutes les possibilités existent… jusqu'à retourner au big bang. Jusque là, les incursions sont venues d'univers très similaires au nôtre, mais qu'arrivera-t-il si la constante gravitationnelle est différente ? Ou si l'univers est à un état d'évolution plus primitif ? »
« En résumé, Major ? » demanda Hammond.
« Je ne peux faire que des spéculations, mon Général, mais à partir des mesures que nous avons faites, l'anomalie est en train de grandir. Nous ne pouvons que nous préparer à ce que les incursions soient plus sérieuses. »
« Sérieuses comment ? »
« Nous parlons d'une instabilité de phase du multivers. A la fin, toutes les réalités vont fusionner en une seule et tout ce que nous connaissons se transformera en chaos. »
« Est-ce qu'il y a quelque chose que nous pouvons faire pour empêcher cela d'arriver ? » demanda Teal'c.
« Pour l'instant, je ne sais pas. »
« Combien de temps avons-nous ? » voulut savoir Jack.
« Je ne peux pas le dire tant que je n'ai pas étudié le problème plus en détail, » avoua Sam.
« Alors je suggère que vous commenciez tout de suite, » ordonna Hammond.
« Mon Général, je recommande aussi que nous contactions les Asgard et les Tok'ra, ils pourraient peut-être nous aider. »
« Très bien, rompez. »
ooo
Jack était partagé sur le fait d'aller à la suite de Carter. D'un côté, il pouvait voir qu'elle était bouleversée, d'un autre côté il ne voulait pas commencer à faire jaser. Elle fut hors de la salle de briefing si vite qu'il aurait juré avoir senti une brise et ce n'était pas juste son impatience à suivre l'ordre de Hammond. Jack souhaita, et pas pour la première fois, d'avoir la capacité de faire marcher son cerveau avant de parler. Sa répartie à propos d'elle qui s'était trompée avait été dite comme une plaisanterie, mais Carter ne l'avait pas vue ainsi. Parfois, elle exigeait bien trop d'elle-même.
Il savait ce qui se passerait maintenant. Carter n'était rien moins que prévisible. Elle allait s'enfermer dans son labo, ne mangerait pas, ne dormirait pas jusqu'à ce qu'elle ait résolu le problème. Son implication était admirable, mais cela ne l'empêchait pas de s'inquiéter pour elle.
Il lui était permis de s'inquiéter pour elle.
N'est-ce pas ?
Jack se retrouva en train de parcourir le chemin familier jusqu'à son labo. Il ne savait pas exactement ce qu'il allait dire, il savait juste qu'il serait là. Carter ne serait bonne à rien si elle se morfondait en auto-apitoiement.
Comme il s'y était attendu, elle était déjà en plein boulot. Elle avait allumé tous ses ordinateurs et il y avait plus de lumière clignotantes qu'il n'en avait jamais vues.
« Carter ? » commença-t-il.
Elle ne répondit pas. Elle ne leva même pas la tête.
« Carter, » dit-il un peu plus fort.
Cette fois elle se crispa, mais il n'y eut pas de réponse.
« Pour l'amour du ciel, Carter, ce n'était pas votre faute ! »
« Avec tout mon respect, mon Colonel… » commença-t-elle.
« On vous a donné un ordre et vous avez suivi cet ordre du mieux de votre capacité. Comme toujours. Est-ce que l'une de vos simulations vous aurait permis de prévoir ceci ? »
« Non. »
« Eh bien voilà. »
Jack fit un grand sourire. Rien ne lui faisait plus plaisir que de gagner un duel d'esprit avec Carter. Elle ne fut pas amusée, cependant.
« Mon Colonel, ceci pourrait signifier la fin de… eh bien de tout. C'est dur d'être responsable de ça. »
« Carter, vous réparerez ça. »
« Je suis sérieuse. »
« Okay, l'après-vie sera peut-être un peu embarrassante, mais… »
Il avait foi, même si celle de Sam en elle-même se réduisait. Dans un certain sens, Carter appréciait cela. Sa remarque lui tira un sourire. Sentant qu'elle était dans un meilleur état d'esprit, Jack décida de demander, « Honnêtement, Carter, combien de temps pensez-vous que nous ayons ? »
« Monsieur, j'ai dit au Général Hammond… »
« Je sais ce que vous avez dit… mais là, c'est moi. »
Elle se passa les mains dans ses cheveux blonds courts. Jack savait qu'elle avait une réponse. Carter en avait toujours une.
« Pour l'instant, je dirais un peu moins d'un siècle, » admit-elle, puis ajouta, « je vous en prie, mon Colonel, il faut vraiment que je me mette au travail. »
Et Jack sut que c'était son congé pour partir. S'il ne le faisait pas, le monde ne serait pas sauvé et ce serait franchement dommage. Bien sûr, parfois la vie était une plaie, mais ça lui manquerait s'il n'y en avait plus. Moins d'un siècle semblait être un temps suffisant, mais Jack n'était pas aussi idiot que cela. Il savait combien de temps l'univers était censé durer. Une centaine d'années n'était rien d'autre qu'un clin d'œil.
« C'était assez étrange de voir Daniel comme ça, » ajouta Sam avant qu'il ne soit parti.
« Ouais, » avoua Jack.
Ses pensées se tournèrent vers Daniel Jackson… ou plutôt au double qui occupait maintenant l'une de suites VIP. Jack n'avait pas parlé à l'homme depuis qu'il l'avait découvert dans le labo de Jonas et s'il était honnête avec lui-même, il ne le désirait pas. Ce serait trop bizarre. Il n'était pas l'homme que Jack avait appelé ami, quelles que soient les similarités physiques. Qu'on le laisse là jusqu'à ce que Carter puisse le renvoyer chez lui.
« Je me demandais si ceci arrivait dans sa réalité, » continua-t-elle.
« Et peut-être que sa Carter a déjà résolu le problème ? »
« Oui. »
« Pourquoi n'allez-vous pas le lui demander ? »
« Mon Colonel ? »
« J'ai mieux à faire. »
ooo
Daniel Jackson contemplait les murs gris des quartiers qu'on lui avait attribués… et les fixa encore. Il voulait dormir, avait besoin de dormir, mais il savait que s'il le faisait, il aurait des cauchemars. Au début, il s'imaginait que, étant en ce lieu, cela les arrêterait, mais au contraire, c'était pire. Rien que de savoir qu'il… l'autre lui… avait fait une telle différence renforçait l'intensité de ses rêves. Les voix étaient plus fortes, il y avait plus de sang, plus de morts…
Ce n'était vraiment pas aussi sensationnel qu'on le disait, décida Daniel. Il ne voulait pas cela...
Il n'avait jamais voulu cela.
Il était archéologue, pour l'amour du ciel ! Bien sûr, il avait pas mal bourlingué partout sur Terre au cours de sa carrière, mais sur d'autres planètes ? Daniel ne pouvait penser à aucune bonne raison de faire cela, et certainement pas en tant que membre de la prestigieuse SG-1. Cela le fit rire en pensant que Jack permettrait un membre qui n'était pas militaire dans son équipe. La seule fois où Daniel avait tenté de tirer avec un fusil, il s'était blessé davantage que le lapin qu'il visait.
Daniel se retrouva, encore, à s'interroger sur son alter ego. Qu'est-ce qui avait conduit l'homme à faire ce bond dans l'inconnu ? Il soupçonnait que la première rencontre avec Catherine Langford avait été la clé. Daniel n'avait jamais publié ni ne serait-ce que rendu public ses théories saugrenues. Sa première rencontre avec Catherine Langford avait été basée sur ses capacités linguistiques, rien de plus. Quand elle était venue le voir dans son confortable bureau de l'Université de Chicago, la dernière chose qu'il avait voulu faire était de tout lâcher et de déménager à Colorado Springs. Cela aurait signifié perdre ses crédits de recherche ce pour quoi il avait travaillé trop dur pour y renoncer facilement. S'il n'avait pas eu d'autre choix, alors il aurait peut-être été ouvert à sa proposition. En ce temps là, il n'avait pas pu découvrir pourquoi ils avaient besoin d'un archéologue au cœur de Cheyenne Mountain.
Cela avait été son ami, le Dr. Rothman, qui l'avait finalement introduit dans le programme. Personne n'avait été plus surpris que Daniel de découvrir que ses théories étaient vraies. Il lui avait fallu tout au plus trente secondes pour se mettre à regretter sa décision première.
Bien sûr, il y avait eu des opportunités pour lui d'aller sur d'autres planètes, mais pour une raison ou une autre, il n'y était jamais allé. Et il se retrouvait à présent dans un univers complètement différent… coincé dans ce qui revenait à une cellule. La seule personne qu'il avait vue depuis qu'on l'avait laissé ici était le sergent qui lui avait apporté ses repas. Aussi quand il entendit un coup à la porte, il ne débordait pas vraiment d'enthousiasme.
« Je n'ai pas faim ! » cria-t-il.
« Pardon ? »
Il se retourna pour découvrir Samantha Carter debout dans la pièce.
« Oh… euh… bonjour, » marmonna-t-il. « Je pensais que vous étiez… euh… peu importe. »
« Bien, » sourit-elle.
« Que puis-je faire pour vous… euh… ? »
« Sam. »
« Sam… Vous ne vous faites pas appeler Samantha ? »
« Pas dans cet univers. »
Un silence gêné s'installa comme elle paraissait regretter sa décision de venir le voir.
« Etes-vous venu pour me renvoyez chez moi ? » ne put s'empêcher de demander Daniel.
« Malheureusement non, » dit-elle en secouant la tête. « En fait, j'espérais que vous pourriez m'aider. »
« Comment ? »
« Dans cette réalité, Daniel Jackson fut le premier à entrer en contact avec un univers parallèle. Il a découvert un appareil sur P3R-233. Nous l'appelons un miroir quantique. Une fois activé, il peut être utilisé pour accéder à d'autres réalités. Je me demandais si vous aviez eu une expérience similaire. »
« Désolé, je ne peux pas vous aider. C'était avant mon temps. »
« Oh ? »
« Je n'ai été intégré au SGP que depuis huit mois. Je ne me rappelle pas avoir eu connaissance de ça. S'ils l'avaient fait, je doute que quelqu'un me l'aurait dit de toute façon. Je n'ai jamais été sur la liste 'des personnes à informer'. »
« Alors ceci n'est pas en train d'arriver ? »
« Non, je suis désolé. »
Elle parut déçue, comme si elle s'était attendue à ce qu'il ait une réponse. Eh bien, peut-être que son Jackson en aurait eu une. Daniel le détestait déjà… même s'il était mort. Deux minutes plus tôt, il mourait d'envie d'avoir de la compagnie, maintenant il ne voulait rien de plus que d'être de nouveau seul.
« Autre chose ? » demanda-t-il.
« Ceci va paraître un peu étrange… d'où vous venez… est-ce que le Colonel O'Neill et moi… sommes liés ? »
« En quelle façon ? »
« Romantiquement. »
Daniel éclata de rire. Il ne put s'en empêcher. Quelle idée !
« En fait, vous vous détestez. Je ne sais pas pourquoi. »
« Oh… okay, merci. »
« Vous êtes déçue ? »
« En fait c'est en quelque sorte un soulagement. Ecoutez, je dois y aller, j'essaierai de passer plus tard. Est-ce que vous désirez quelque chose ? »
« Non… Oui. Demandez à Jack de passer ? »
« Je ferai de mon mieux. »
« Et si vous avez besoin d'un linguiste… »
« Je garderai ça à l'esprit. »
Il se retrouva à réfléchir à ce que Sam voulait dire exactement lorsqu'elle partit, se demandant quelle raison Jack pourrait avoir de ne pas vouloir le voir. Il était vrai qu'ils avaient leurs désaccords, mais…
« Différent univers, Daniel, » se dit-il à lui-même, « différent univers. »
Chapitre Sept
« Pourquoi moi ? » fut l'exclamation audible de Jonas alors qu'il entrait dans les toilettes pour hommes. Les Chocco Loops avaient déjà chamboulé sa digestion. Il n'allait pas être malade, cette indignité lui fut épargnée en cette occasion. C'était l'autre extrémité qui l'inquiétait. D'où son rapide expédition aux toilettes. La présentation de Sam avait failli être sa perte et il avait été très, très content quand elle s'était terminée. Il n'était pas sûr qu'un univers alternatif soit à blâmer pour ses douleurs à l'estomac, mais il préférerait faire cela que n'importe quoi d'autre.
Découvrir que le Dr. Jackson avait été… il ne savait pas s'il pouvait trouver la phrase juste. S'il était honnête avec lui-même, il avait toujours soupçonné que si Daniel Jackson avait survécu, n'aurait jamais pu le regarder dans les yeux. Un soupçon qui s'était révélé correct. Peu importe, ça n'allait certainement pas aider son estomac.
Il venait de s'installer dans l'une des cabines quand il se rendit compte qu'il avait plus chaud qu'il ne le devrait. Bien sûr, la salle de briefing avait été chaude, mais ceci était pire. Jonas savait qu'il n'avait pas de fièvre, il se leva donc pour vérifier. Se tenant entre les cabines et les urinoirs, Jonas se retourna lentement, essayant de décider de quelle direction venait la chaleur. La cabine à l'autre extrémité par rapport à celle où il s'était trouvé parut en être la source. Jonas s'en approcha prudemment. Il ne voulait pas donner l'alarme jusqu'à ce qu'il soit certain que quelque chose n'allait pas.
Se tenant devant la porte de la cabine, il ne savait pas ce qu'il allait trouver. Des pensées d'autres personnes mortes lui passa dans la tête, aussi illogiques qu'elles puissent être.
« Coucou ? Il y a quelqu'un ? » cria-t-il pour s'en assurer.
Il n'y eut pas de réponse.
Maintenant qu'il était plus près, Jonas pouvait voir une lumière palpitante filtrer à travers les fentes dans la porte. Il ne l'avait pas remarqué au début, pas dans la pièce déjà illuminée. Et la chaleur…
Suant avec profusion, Jonas poussa la porte.
Pénétrant. Aveuglant. Brûlant.
Il recula en trébuchant, tentant de protéger ses yeux, se faisant un croche-pied dans ses efforts pour s'échapper. Jonas tomba, sa tête frappant le bord d'un évier. Le coup l'assomma pendant quelques secondes car il fut forcé de s'étendre là, les yeux étroitement fermés, sentant le sang couler sur son visage. Il comprit alors qu'il ferait bien de bouger et d'ouvrir les yeux.
Ténèbres.
Il frotta son visage de ses mains, pensant qu'il avait du sang dans les yeux. La lumière était toujours là, il pouvait sentir la chaleur sur son visage. La compréhension se fit jour.
Il ne pouvait pas voir. Il ne pouvait pas voir !
Mais il devait s'éloigner de la lumière. Tentant de refouler la panique, Jonas s'aida de l'évier pour se relever. Tournant le dos à la chaleur, il s'affaira vers l'endroit où il pensait que se trouvait la porte. Il réussit à faire trois pas avant de trébucher sur la poubelle et se retrouva étalé une fois de plus par terre. Jonas resta couché là, s'efforçant de bouger son corps.
'Est-ce que ça a été comme ça pour le Dr. Jackson ?' se demanda-t-il. Jonas pouvait sentir sa peau exposée commencer à cloquer, à brûler.
« A l'aide ? » tenta-t-il d'appeler à travers ses lèvres sèches, craquelées.
Mais à moins que quelqu'un ne passe par là par hasard, sa voix ne serait jamais entendue. Prenant conscience qu'il allait devoir se sortir de là tout seul, Jonas poussa sur ses mains et ses genoux, et commença à ramper.
La porte… la porte… elle devait être quelque part par là, mais tout ce qu'il pouvait sentir était les murs de carrelage. D'une manière ou d'une autre, il avait réussi à se retourner.
Il allait mourir dans les toilettes pour hommes. Jonas se mit à rire, appréciant l'humour noir de la situation. Le son de son rire hystérique résonna dans la pièce vide. Tellement que Jonas n'entendit pas la porte s'ouvrir.
« Oh mon Dieu ! » s'exclama une voix.
Des mains puissantes tentèrent de le tirer sur ses pieds, mais ses jambes refusèrent de supporter son poids.
« Allez, aidez-moi à vous sortir de là. Je ne peux pas vous porter ! »
Jonas reconnaissait la voix à présent, le Colonel O'Neill… qui serait vraiment fâché si Jonas se faisait tuer aussi. Glissant et trébuchant, il laissa O'Neill le traîner dehors dans le couloir où il s'effondra sur le sol frais et béni en béton. Il ne put se reposer. Il fallait que O'Neill sache quelque chose. Jonas se saisit de la main de l'autre homme.
« Major Carter, allez chercher le Major Carter, » haleta-t-il.
« Bien sûr, après que je vous aurais emmené à l'infirmerie, » répondit O'Neill.
Alors qu'il s'évanouissait, Jonas était sûr qu'il vit O'Neill poser un 'hors service' sur la porte des toilettes.
ooo
Il était couché là, immobile, silencieux. Inspirer, expirer, inspirer… il y avait quelque chose de réconfortant à regarder le mouvement régulier de montée et de descente de sa poitrine et d'écouter le bip rythmique des appareils.
Aucun doute que Jonas Quinn avait eu de la chance. L'aveuglement dû au flash de lumière s'estomperait, ses brûlures guériraient et le coup à la tête s'effacerait… avec le temps. Etant donné qu'il venait de rencontrer un univers vieux de moins de deux milliards d'années, cela aurait pu être bien pire. Même le Colonel O'Neill avait réussi à s'en sortir avec rien de plus qu'un vilain coup de soleil. Bien sûr, il était probable que ce nouvel univers avait une série de constantes physiques complètement différents des leurs… et la porte de la cabine s'était refermée en bloquant un peu des particules les plus lourdes émises par la radiation.
Sam prit une profonde respiration. Elle devait cesser de réfléchir.
Les hommes de la maintenance installaient un bouclier en plomb autour des toilettes en question, non pas que cela les protégerait pour toujours. Oui, cela avait fait diminuer le taux de radiations, mais au bout du compte, il n'arrêterait pas l'expansion de l'univers… et expansion il y aurait d'après toutes les connaissances de Sam concernant la cosmologie… ce qui était bien plus que celles de la plupart des gens.
Sentant une main sur son épaule, Sam se tourna pour voir Janet Fraiser debout près d'elle. Elle souriait.
« Le Général Hammond vient d'appeler, » dit-elle d'une voix douce. « Il te veut en salle de briefing. »
Sam hocha la tête et fit un signe vers le lit où était couché Jonas.
« Je souhaiterais qu'il ouvre juste les yeux, » dit-elle.
« Il se réveillera quand il sera prêt, » la rassura Janet.
« Ouais. »
« Tu ferais mieux d'y aller. » La vérité était que Sam ne le voulait pas. Elle ne voulait pas leur faire face encore et avouer qu'elle n'avait toujours pas de solution à leur problème. Sam pouvait tous les voir dans son esprit, assis autour de la table, pendus à chacun de ses mots, attendant qu'elle tire une brillante idée de son chapeau. Même le Colonel… Ses pensées se tournèrent brièvement vers les mots du Dr. Jackson. La vie de Sam serait sans aucun doute fichtrement plus facile si elle pouvait se forcer à ne pas aimer Jack O'Neill, mais pour une raison ou un autre, elle ne pouvait concevoir un univers où cela était le cas. Même si en certaines occasions il pouvait être extrêmement agaçant…
« Eh bien, Carter, qu'avez-vous ? » demanda-t-il aussitôt qu'elle entra dans la salle de briefing.
L'instant précis étant un exemple flagrant. Il ne lui avait même donné la chance de s'asseoir et de remettre ses idées en place.
« Jonas va s'en remettre, » dit-elle, regardant furieusement son supérieur.
« C'est une bonne nouvelle, Major, » répondit Hammond. « Prenez un siège. »
Sam se retrouva assise en face du Colonel O'Neill plutôt qu'à côté de lui.
« Carter ? » répéta le Colonel.
« Monsieur ? »
« Les toilettes ? Ce n'est pas juste Teal'c et les haricots, n'est-ce pas ? »
« Je n'en ait pas consommé un seul depuis que vous m'avez ordonné de ne pas le faire, » dit Teal'c, paraissant offensé.
« Hé, j'essayais de vous protéger. Vous vous rappelez de la tenue spatiale ? »
« En effet. »
Il lui fut impossible de cacher son sourire. Okay, maintenant elle se rappelait pourquoi elle l'aimait bien.
« L'univers dans les toilettes hommes est, à vue d'œil, vieux de moins d'un million d'années, » interrompit Sam, se disant qu'elle pourrait aussi bien les éblouir avec sa science. « Il émet de la chaleur, de la lumière et d'autres formes de radiations ainsi que des électrons et protons se combinant pour former des neutrons. Et il est en pleine expansion. En l'état actuel, il pourrait nous détruire avant l'instabilité provoquée par la destruction du miroir quantique. »
Sam fit une pause et regarda ses camarades avec une expression décidée, espérant que l'un d'eux pourrait avoir un semblant de bonne idée.
« Nous devrions peut-être retourner sur P3R-233 ? » suggéra Teal'c.
Pendant deux secondes, Sam aurait pu l'embrasser.
« C'est ce que j'allais dire, » mentit-elle. « L'installation était un laboratoire. Il doit y avoir des notes ou quelque chose du genre. »
« Major, l'endroit à été fouillé méthodiquement, » réfuta Hammond.
« Il est possible que nous ayons raté quelque chose, monsieur, et pour l'instant, nous n'avons pas tellement d'options. Je parie que vous n'avez pas réussi à contacter les Tok'ra ou les Asgard ? »
Hammond secoua la tête. Sam savait aussi bien que le reste d'entre eux qu'ils ne pouvaient pas compter sur leurs alliés pour une aide. Les Asgard pouvaient être occupés à combattre les Réplicateurs… et les Tok'ra ? Eh bien c'était un mystère.
« Pourquoi est-ce que les Goa'uld n'ont pas pris le miroir ? » demanda soudain le Colonel. « Ce que je veux dire, c'est qu'ils ont utilisé le réseau de Portes des étoiles pendant des millénaires, ils ont dû le reconnaître, non ? »
« O'Neill a raison, » acquiesça Teal'c.
« Et ils ont effectivement mis un avertissement devant la Porte, » ajouta Sam. « C'était peut-être là pour une raison autre que la radiation sur la surface de la planète. »
« C'est possible. »
« Ils savaient peut-être à quel point ces choses pouvaient être dangereuses. »
« Je n'arrive pas à imaginer le Goa'uld moyen renoncer à l'opportunité d'étendre le bordel dans un autre univers, sans une foutue bonne raison, » dit O'Neill.
« Et, s'ils étaient au courant de ça, ils devaient avoir une raison pour ne pas détruire le miroir. »
« Nous devons y retourner, mon Général, » dit le Colonel, en accord avec elle.
« Et il y a autre chose, » se risqua Sam. « Nous pourrions avoir besoin de quelqu'un pour traduire les textes que nous trouverons peut-être. Jonas ne sera pas disponible… »
« Avez-vous quelqu'un d'autre à l'esprit ? » demanda le Général.
« Daniel Jackson. »
« Vous n'êtes pas sérieuse, » interrompit le Colonel.
« En fait, monsieur, je le suis. Tout d'abord, il s'est porté volontaire, et même s'il est d'un autre univers, il est toujours le linguiste le plus expérimenté que nous ayons. »
« Il n'a jamais traversé la Porte des étoiles, » ajouta Teal'c.
« Et s'il se transformait en… vous savez… 'Méchant Danny' ? » demanda O'Neill.
« Alors je suis sûre qu'entre vous et Teal'c, vous serez capable de le garder sous contrôle, » répondit Sam, tentant de ne pas sourire à l'expression sur le visage du Colonel. Il était déchiré entre le fait qu'il ne voulait pas faire ce qu'elle suggérait et son défi flagrant à sa masculinité. Cette version de Daniel Jackson n'avait pas été endurcie par cinq années d'expérience sur le terrain et il était improbable qu'il présente une grande menace.
« Ca ira, monsieur, » ne put s'empêcher d'ajouter Sam, « Je suis quasiment sûre que, tous les deux, vous n'êtes pas mariés dans une réalité alternative. »
« Très bien, vous avez le feu vert, » interrompit Hammond avant que le Colonel n'ait le temps de penser à une répartie. « Colonel, parlez au Dr. Jackson et voyez s'il est d'accord pour vous accompagner. Je vous veux dans la salle d'embarquement dans trente minutes, avec ou sans Daniel Jackson. »
ooo
Jonas Quinn courait, aussi vite qu'il pouvait, aussi désespérément qu'il pouvait… pourtant il ne semblait aller nulle part. Qu'est-ce que c'était que ce livre déjà ? A Travers la Grande Lorgnette ? Alice rencontrant la reine rouge.
Pas comment.
Au contraire.
Jonas sauta par-dessus un ruisseau. Puis il s'arrêta. Il devrait vraiment cesser de lire des livres humains pour enfants. C'était bien trop perturbant. Où était-il de toute façon ? Jonas regarda autour de lui, essayant de donner un sens au paysage. Des collines, des bouquets d'arbres, de la vapeur dérivant à grande vitesse… si seulement tout n'était pas pourpre… et étincelant. Il semblait y avoir beaucoup d'étincelles. Il supposait que tout cela était un rêve quelconque, excepté qu'il ne pouvait se rappeler aller au lit.
Peu importe.
Jonas décida qu'il était l'heure de se réveiller. D'abord, il se pinça, puis, quand cela ne le réveilla pas, il se gifla. Aucun changement. Quand il ouvrit les yeux, le paysage pourpre étincelant était toujours là. En dernier ressort, il s'agenouilla près de la source et immergea la tête dans l'eau froide.
Le soupçon commença à s'insinuer dans son esprit. Et s'il n'était pas endormi ? Sa mémoire semblait intacte. Il se rappelait s'écrouler dans les toilettes et quelqu'un qui le traînait à l'extérieur. Le Colonel O'Neill ? Oui, c'était le Colonel O'Neill, au grand embarras de Jonas. Pas vraiment la meilleure façon de faire ses preuves. Alors s'il ne dormait pas, il devait être…
« Non, vous n'êtes pas mort, » dit une voix.
Jonas regarda autour de lui, essayant de découvrir d'où venait le son, présumant bien sûr que ce n'était pas une illusion créée par son imagination de plus en plus dérangée.
« Par ici, » dit la voix.
Il y n'y avait toujours aucun signe d'être vivant, pas même un semblant de chien intelligent. Sa psyché jouait délibérément à cache cache. Ainsi soit-il, il n'avait rien d'autre à faire. Résigné, Jonas se dirigea dans la direction d'où la voix était venue.
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Jack O'Neill détestait être forcé de faire quelque chose qu'il ne voulait vraiment pas faire, ce qui faisait de son choix de carrière un étrange choix. Inutile de dire qu'il avait progressé dans la hiérarchie aussi vite que possible pour s'assurer, qu'un jour, il serait celui à donner les ordres. Malheureusement, ça ne marchait pas toujours ainsi. D'où sa présence ici, traînant les pieds vers les quartiers de Daniel Jackson comme un petit écolier récalcitrant.
« Pourquoi moi ? » demanda-t-il à personne en particulier.
Carter était bien plus douée à ce genre de truc que lui. Donnez-lui un honnête interrogatoire à la bonne vieille méthode. Jack avait fait une timide tentative pour déléguer la responsabilité, mais Carter lui avait dit qu'elle avait un quelconque bidule à préparer… ou un truc du genre. La vérité était qu'il avait cessé d'écouter après les trois-quarts des syllabes du mot… ce qui avait été l'intention de Carter.
Jack savait que ses sentiments en la matière étaient probablement irrationnels, mais au cours des années, il avait appris à faire confiance à son instinct et en ce moment même, il lui disait de procéder avec précaution. Il y avait quelque chose de très différent avec ce Daniel. Lui faire confiance sur le terrain… une telle chose prenait du temps. Pourtant, il était peu probable qu'ils rencontrent une situation de combat. Le jeune homme travaillerait sous pression, mais Jack réalisait aussi que Carter avait probablement raison. Ils avaient besoin de Daniel Jackson.
Frappant à la porte, Jack attendit d'entendre une réponse étouffée. Présumant qu'il pouvait entrer, il passa la tête à l'intérieur.
« Jack ! » Daniel vint vers lui avec un sourire sur le visage.
« Dr. Jackson, » répondit Jack avec un manque d'entrain perceptible. Cet homme n'était pas son ami, se dit-il de nouveau à lui-même, et il décida d'abréger.
« Carter dit que vous vous êtes porté volontaire pour faire un voyage par la Porte des étoiles ? » dit Jack.
Daniel hocha la tête, mais Jack ne put s'empêcher de remarquer un éclair de peur dans les yeux du jeune homme.
« Pourquoi ? » insista Jack, « Je veux dire, vous ne l'avez jamais fait auparavant. »
« Parce que je veux aider. Je veux rentrer chez moi, » répondit Daniel.
« Non, ce n'est pas ça. Il y a quelque chose d'autre. »
Daniel soupira et s'assit sur le lit. Jack ne put s'empêcher de remarquer que l'homme semblait défait… comme s'il n'avait pas dormi depuis des mois.
« Vous me connaissez trop bien, » dit Daniel.
« Je ne vous connais pas du tout. C'est le problème ! Alors soit vous me le dites soit il est hors de question que je vous emmène sur cette mission. »
« Je suppose que vous êtes ici parce que vous voulez que j'y aille. »
Jack ne répondit pas. Il n'allait pas mordre à l'hameçon. Il n'y avait pas de débat à avoir ici. Soit Daniel donnait une explication soit Jack s'en allait. Il ne devait rien à cet homme.
« Teal'c et le Dr. Fraiser m'ont dit comment votre Daniel est mort. Il était un héros, » commença Daniel.
« Je n'ai pas besoin qu'on me le rappelle, » répliqua sèchement Jack.
« Ouais… Langara, c'est ça ? »
« Et je connais le nom de la planète. Venez-en au fait ou nous partons sans vous. »
« J'étais censé aller sur cette mission. »
« Pardon ? »
« C'était censé être mon premier voyage à travers la Porte des étoiles… et avec SG-1, excusez du peu. Un grand honneur… »
« Et alors ? »
« Je n'ai pas pu. Je me suis réveillé le matin avant la mission et j'ai simplement su que jamais je ne pourrais passer cette Porte des étoiles, aussi j'ai prétendu être malade et SG-1 y est allé sans moi. Vous connaissez le reste de l'histoire. Beaucoup de gens sont morts sur Langara. A ce moment-là, je n'y ai pas beaucoup réfléchi… ou j'ai essayé de ne pas le faire. Ce fut un terrible gaspillage de vie, mais ils furent ceux à prendre le risque. Je ne pensais pas que j'aurais pu être celui qui ferait la différence. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je ne sais pas quoi penser. Même si j'avais été là, je ne sais pas si j'aurais pu faire ce qu'il a fait. »
« Alors vous voulez prouver que vous n'êtes pas un lâche, c'est ça ? »
« Oui. »
« Ceci n'est une sorte de mission vouée à la mort et à la gloire, Dr. Jackson. Il y a un sacré enjeu. »
« Je sais, mais tout le monde mérite d'avoir une seconde chance… n'est-ce pas, Jack ? » Jack voulut demander à Daniel de quoi il parlait, mais il se rendit compte que ce n'était pas le moment de jouer les idiots. Il ne savait que trop bien. Malgré le fait qu'il n'était dans le programme que depuis peu de temps, ce Daniel était assez familier avec le passé de Jack pour savoir quels coups porter.
« Je veux juste faire du mieux que je peux, » ajouta-t-il.
« Vous avez intérêt, » gronda Jack.
Il jeta un coup d'œil à sa montre et réalisa qu'il avait déjà utilisé quinze minutes de ses trente minutes.
« Vous avez dix minutes pour vous préparer et vous présenter à la salle d'embarquement, » ordonna-t-il et quitta la pièce avant que Daniel ne puisse commencer à exprimer ses remerciements.
Chapitre Huit
Une fois de plus la Porte des étoiles échoua dans sa tentative pour ouvrir le vortex et Walter Harriman dût résister à l'envie de passer son poing à travers l'écran devant lui. Il pourrait vraiment faire sans cela. Il était assis dans ce fauteuil depuis si longtemps que ses fesses commençaient à prendre racines. Changeant discrètement de position pour éliminer un peu de l'engourdissement, il refit les tests de diagnostique. Derrière lui, Walter entendit le soupir d'agacement du Major Carter. Il savait qu'il lui démangeait de le pousser hors de son fauteuil et de le faire elle-même. Cependant, étant donné qu'elle avait un sac plein à craquer sur son dos, s'asseoir était hors de question, aussi elle dût rester debout là et regarder.
Walter savait qu'elle était stressée, merde ils l'étaient tous, mais une Major Carter énervée et en colère était une mauvaise nouvelle pour tout le monde. La plupart du temps, elle était la plus douce des personnes sur terre, mais Harriman pouvait dire qu'elle était presque au point où elle se transformerait en psycho-Carter. Etre engueulé par le Major n'était pas une expérience agréable, surtout parce que cela arrivait si rarement. Tout un chacun s'attendait à ce que le Colonel O'Neill soit grincheux et par conséquent il y avait moins d'impact émotionnel quand il vous hurlait dessus.
Sentant davantage d'impatience provenant du Major, Walter n'attendit pas les ordres et commença la séquence d'adressage.
« Chevron un enclenché ! » annonça-t-il lorsque le premier chevron cliqua à sa place.
En dessous de lui, dans la salle d'embarquement, il vit SG-1 se préparer une fois de plus. Ou disons SG-1 plus Daniel Jackson… il y avait quelque chose de pas rond avec ça. Daniel Jackson et pourtant… non. Tout devenait un peu étrange de l'avis de Walter. Il ne savait pas si c'était réellement un Daniel Jackson d'un univers parallèle ou si l'homme avait ressuscité… encore.
Walter ne voulait pas vraiment y penser. Il était assez content d'être assis sur son fauteuil et dire, « Chevron deux enclenché ! »
Ouvrir et fermer l'iris, être tiré dessus de temps en temps, et peut-être un peu de paperasse. Parfois, il fantasmait d'être en première ligne, mais pas souvent.
« Chevron trois enclenché ! »
« Si ça ne marche pas cette fois, mon Général, il nous faudra peut-être tenter les Tok'ra et voir si nous pouvons obtenir un vaisseau, » dit le Major Carter au Général Hammond.
« C'est une honte que le Projet Prométhée ne soit pas terminé, » répondit le Général.
« Il nous faut quelques mois de plus, monsieur. »
« Chevron quatre enclenché ! »
Harriman ne savait pas ce que le Projet Prométhée était. C'était probablement quelque chose dont il n'était pas censé avoir entendu. Il fit un grand show pour faire semblant de ne pas les écouter dans l'espoir qu'ils laisseraient échapper d'autres informations, mais ils se retinrent de dire davantage. Est-ce que ce Projet Prométhée était une alternative aux voyages par la Porte des étoiles ? se demanda Walter. En ce cas allait-il se retrouver sans travail ?
« Chevron cinq enclenché ! »
Il ne voulait pas vraiment être muté hors du SGC. Malgré toute sa monotonie, le boulot avait ses atouts.
« Chevron six enclenché ! »
Walter se demanda si prier pourrait aider. Il fallait vraiment que le vortex se forme cette fois ou il aurait peut-être à se laisser tomber sur son épée, métaphoriquement parlant, en signe de repentance professionnelle. Oublier le fait que personne ne savait ce qui n'allait pas avec la Porte des étoiles, pas même le Major Carter. Il y avait là une certaine fierté en jeu.
« Chevron sept… verrouillé. »
La Porte des étoiles explosa à la vie, le Dr. Jackson évitant de justesse d'être vaporisé, nota Walter. Teal'c le tira en arrière juste à temps.
« SG-1 vous avez le feu vert ! » annonça Hammond alors que le Major Carter entrait en trombe dans la salle d'embarquement.
Alors que Harriman observait, l'équipe monta en hâte la rampe. Jackson hésita devant le vortex, dans l'intention, apparemment, de fourrer sa tête à travers en premier. Le Major Carter et le Colonel O'Neill se regardèrent simplement avant de poser tous les deux une main sur son dos et de le pousser. Avec une courbette pleine de fioritures, O'Neill fit un geste au Major Carter de le précéder et puis ils furent partis. Le vortex se désintégra.
« Voilà notre espoir, Sergent, » dit Hammond.
« Je sais, mon Général, » répondit Harriman, « Je sais. »
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Daniel n'était pas sûr de ce à quoi il s'attendait de son premier voyage à travers la Porte des étoiles. Les autres, remarqua-t-il, étaient presque blasés par l'expérience. En tout cas ils se tenaient tous autour et riaient pendant qu'il perdait son déjeuner. Au moins, c'était son impression. Si c'était possible, il se sentait plus isolé maintenant qu'il ne s'était senti à la base. Ces gens formaient une équipe et il était l'intrus. Il s'assit sur les marches devant la Porte des étoiles, observant pendant qu'ils pratiquaient leurs routines, se demandant s'il devrait aussi se balader autour, en agitant une arme. Non pas qu'on lui en avait confié une, mais… Daniel avait été plutôt soulagé. Satisfait que sa haine des armes soit une chose que Jack semblait parfaitement comprendre.
« Carter, vous et le Dr. Jackson vérifiez le labo, » ordonna Jack quand il se fut assuré que tout était sûr.
« Mon Colonel ? » interrogea Sam.
« Tea'lc et moi allons jeter un œil sur le reste du complexe. »
« N'allez pas trop près de la surface. Les indications montrent que les taux de radiations sont toujours élevés. »
« Nous serons prudents. » Jack fit un clin d'œil à Sam et sourit. C'était un autre truc que Daniel ne comprenait pas. L'amitié entre Jack et Samantha… Sam. Les personnes qu'il connaissait se seraient disputées. C'était presque comme si…
« Daniel, vous venez ? » demanda Sam.
« Bien sûr, » répondit-il et suivit sa direction.
Le labo avait été dépouillé de tout ce qui aurait pu passer pour de la technologie. Cet endroit était mort, réalisa Daniel et il se retrouva à se demander combien de temps avait passé depuis que des gens avaient vécu et respiré ici. La présente compagnie exceptée, bien sûr. Il observa Sam commencer à chercher dans les divers tiroirs. Consciente de son observation, elle se tourna et le regarda.
« Essayez par là, » ordonna-t-elle.
Bien. Il rêvassait encore, mais il n'arrivait pas à dissiper l'émerveillement d'être sur une planète totalement différente. En dépit de la température, Daniel savait qu'il n'était pas sur Terre. Il y avait tout un monde de différences entre la Terre et ses semblables. Pour commencer, son poids ne lui semblait pas le bon. S'il ne se connaissait pas mieux, il aurait juré avoir perdu quelques kilos. Et l'air… sentait différemment. Sulfureux. Il souhaita qu'il y ait un moyen pour lui d'aller en surface et se tenir sous le ciel alien, mais d'après ce que Sam avait dit, les taux de radiations interdisaient cela. Cela ne l'empêcha pas de se demander comment ce serait. Où étaient les étoiles ? Les galaxies ? Les Nébuleuses ? Ou serait-il déçu par la réalité prosaïque d'une couverture nuageuse ?
« Dr. Jackson, je pense que j'ai trouvé quelque chose, » appela Sam.
Elle avait trouvé un morceau de papier au fond d'un tiroir. Docilement, il s'avança jusqu'à elle et étudia l'écriture pendant quelques instants.
« Ce n'est qu'une liste de réquisition, » lui dit-il.
« Oh… okay… merci. »
Ils l'appelaient tous Dr. Jackson… même Jack, gardant une distance entre lui et eux. Essayant de ne pas s'impliquer émotionnellement, ce qui était compréhensible, supposait-il. Cela ne faisait pas moins mal pour autant. Comme tout le monde, Daniel voulait être accepté, être aimé et cette froideur commençait à l'atteindre.
Tentant de se concentrer sur le travail sous la main, Daniel ramassa un bloc-notes abandonné et feuilleta les pages. Il ne semblait y avoir aucune référence ni aux miroirs ni aux quanta, mais il le mit dans sa poche quand même pour le lire à tête reposée.
« Comment savons-nous que les Goa'uld n'ont pas pris l'information quand ils ont détruit la planète ? » demanda Daniel, brusquement.
« Nous ne le savons pas, » avoua Sam, « mais pourquoi feraient-ils cela en laissant le miroir ? »
« Bonne remarque. »
« Les données sont peut-être là, mais pas enregistrées comme nous l'espérons. »
Cela n'aidait pas du tout. Sam s'éloigna pour explorer les profondeurs sombres à l'autre bout de la pièce et Daniel se retrouva à fixer les motifs sur les murs. Mais ils ne ressemblaient pas à l'écriture sur le calepin. En fait, ça ne ressemblait à rien de ce qu'il avait vu. En dépit de cela il y avait quelque chose de familier dans la forme des dessins. Sortant sa caméra, Daniel enregistra les inscriptions. Juste au cas où il s'avérerait être l'équivalent alien d'un tableau blanc.
« Il y en a d'autres par ici ! » appela Sam de la porte à l'autre bout.
Rassemblant son équipement docilement, Daniel la suivit.
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C'était le silence qui le perturbait le plus, décida Jack alors que Teal'c et lui effectuaient leur recherche méthodique. Il souhaita avoir emmené Carter avec lui au moins il pouvait compter sur elle pour une conversation intéressante. Il y avait des occasions où il appréciait la nature taciturne de Teal'c, mais là n'en était pas une. Jack avouait qu'il était nerveux. Pour une raison ou une autre, il ne pensait pas que cet endroit était aussi mort qu'il paraissait. Ce qui était fou. Ils n'avaient même pas vu un rat… ou quel que soit son équivalent sur P3R-233. Bien sûr, trouver quelqu'un en vie serait un bonus car la personne pourrait leur dire exactement comment le miroir quantique fonctionnait… en présumant qu'elle vive au pays des merveilles de O'Neill. En tout probabilité, ils seraient emprisonnés, torturés… pendant que l'univers s'écrouleraient autour d'eux.
Jack n'était pas inconscient du sérieux de la situation. Il ne pensait pas avoir jamais vu Carter aussi effrayée, aussi seule. Elle était la seule personne qui pouvait les sortir de ceci… ou disons plutôt qu'elle était la seule personne en qui il avait confiance pour faire ce travail. Il faisait face à la possibilité qu'elle ne serait peut-être pas capable de le faire cette fois. Teal'c et lui ne trouvaient certainement rien de concluant.
Le complexe était plus grand qu'il ne s'y était attendu. Ils se retrouvèrent à marcher à travers des salles assombries, certaines grandes, d'autres pas tant que cela, toutes vides et mortes. Les Goa'uld avaient certainement fait un exemple de cet endroit. Personne ne penserait qu'il y avait quelque chose de valeur ici. Fatigué de n'entendre que le son de sa propre respiration, Jack alluma sa radio.
« Carter ? » interrogea-t-il.
« Présente, mon Colonel, » répondit-elle.
« Trouvé quelque chose ? »
« Non, monsieur. Le Dr. Jackson se demandait si vous aviez traversé ce qui pourrait être une librairie ? »
« Des livres et des trucs comme ça ? Non. »
« Ca pourrait ne pas être des livres. »
« Alors quoi ? »
« Je ne sais pas, mon Colonel. »
« Nous continuerons de regarder. »
Jack regarda Teal'c qui répondit d'un haussement de sourcil. C'était cinglé, mais ni l'un ni l'autre n'allait dire cela à Carter. Il songea brièvement à demander à Carter et à Daniel de les rejoindre, mais décida de ne pas le faire. Deux groupes de recherche pouvaient couvrir plus de terrain qu'un seul.
« Par là, » ordonna-t-il, choisissant une direction au hasard.
« Est-ce que cette voie ne mène pas vers la surface, O'Neill ? » interrogea Teal'c.
« Si, mais je ne pense pas que nous ayons tellement le choix. »
Ils devaient regarder partout. Ne laisser aucune pierre non retournée… et une demi-douzaine d'autres stéréotypes auxquels Jack ne voulait pas penser. Ils se tenaient à un carrefour. Trois couloirs s'éloignaient d'eux. Dans le premier, il y avait des marches qui menaient vers le haut, le second serpentait vers le bas et le troisième restait sur le même niveau. Jack commença à monter les marches, lorsque Teal'c le retint.
« Quoi ? » demanda-t-il.
« Mon symbiote m'offre certaines protections. Je vais y aller, » répondit Teal'c.
« Nous ne devrions pas nous séparer. »
« Mettez-vous en doute mon honneur, O'Neill ? »
« Je n'oserais pas. »
« Il n'y a rien de vivant ici. Je serai tout à fait en sécurité. »
Jack jeta un regard noir à Teal'c, ne voulant pas être d'accord avec lui. Il ne voulait vraiment pas que son ami aille là-haut seul, mais d'un autre côté, l'empoisonnement par radiations n'était pas vraiment le pied. Avoir regardé une personne en mourir était suffisant pour lui. De plus, Teal'c avait probablement raison.
« Appelez-moi dès que vous trouvez quelque chose, » acquiesça Jack, bien qu'à contrecoeur.
L'autre homme hocha la tête en signe d'acceptation et se mit à grimper l'escalier. Jack attendit jusqu'à ce qu'il ne puisse plus entendre les bruits de pas avant de considérer ses autres options. Si Teal'c montait, alors il pourrait tout aussi bien essayer en bas.
C'était cinquante fois plus flippant d'être là seul que cela n'avait été avec Teal'c. Jack devait résister à l'envie d'appeler de nouveau Carter, rien que pour entendre une voix amicale. Un souvenir d'enfance lui vint crûment en mémoire : s'introduire dans une maison abandonnée, et réputée hantée, sur un défi. S'attendant, à tout moment, que ses amis bondissent et lui fichent une peur bleue. Jack se souvint monter dans un train fantôme avec Charlie et combien son fils avait eu délicieusement peur. Sara avait détesté cela. Le souvenir fut suffisant pour amener un sourire ironique sur son visage.
Il avait dû marcher pendant encore vingt minutes avant que le couloir qu'il avait choisi ne se termine. Jack estima qu'il devait être loin au-dessous du niveau où se trouvait la Porte des étoiles. Il y avait une salle bien éclairée devant lui. Quelle que soit la source d'énergie, elle devait être suffisamment résistante pour supporter l'attaque goa'uld. De ce que Jack pouvait voir, la pièce avait environ la taille de la salle d'embarquement et était décorée d'une série d'inscriptions élaborées sur les murs et de miroirs. Voulant jeter un coup d'œil de plus près, Jack fit un pas en avant pour se retrouver projeté six mètres en arrière contre le mur le plus proche. Sa tête se cogna contre le béton et il s'écroula, inconscient.
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Teal'c quitta O'Neill avec son propre sentiment de prémonition. Il savait comment serait la surface de ce monde. Durant son temps aux services d'Apophis, Teal'c avait dirigé nombre de ces… nettoyages. Le souveni le laissa avec un sentiment d'échec, se demandant combien de vies auraient été sauvées s'il s'était rebellé plus tôt.
Mais non. Une telle action n'aurait résulté que par sa propre mort et il n'aurait pas été capable d'aider son peuple. Il était parfois difficile de se rappeler que ses années de servitudes étaient dans le passé, mais O'Neill avait été la bonne personne à qui jurer son allégeance. Teal'c n'aurait jamais pu accomplir les choses qu'il avait accomplies sans la confiance et l'encouragement de ses amis… sans mentionner le programme Porte des étoiles des Tau'ri. Il ne fuirait donc pas ce qu'il considérait être son devoir, et de retourner chaque pierre sans exception dans sa recherche d'informations pour le Major Carter. Si la réponse se trouvait à la surface, Teal'c doutait qu'elle eût survécu, mais quelqu'un devait vérifier. Teal'c croyait que le Major Carter aurait été bien plus déprimée si O'Neill avait choisi de se mettre en danger à sa façon habituelle. Elle, d'eux tous, pouvait le moins se permettre d'être détournée de sa tâche. Quand le Major Carter était bouleversée, Teal'c avait remarqué qu'elle avait tendance à devenir moins patiente avec ceux autour d'elle, s'attendant à ce qu'ils atteignent ses critères d'excellence. Elle avait aussi un penchant pour s'épuiser elle-même, un niveau d'investissement qui les mettrait finalement tous en danger.
Il y eut une nette chute de température comme Teal'c approchait de la surface. Il ne fut pas surpris de découvrir que le bâtiment dans lequel l'escalier débouchait s'ouvrît aux éléments et que les murs fussent couverts de givre.
Teal'c se tenait sous un ciel rouge et menaçant. La lumière provenant du soleil avait été filtrée par la poussière de l'atmosphère, transformant le paysage en un ennuyeux rouge vif. Pourtant il y avait à peine assez de lumière pour dire que c'était la journée plutôt que la nuit.
Et il faisait froid.
La morsure vive et féroce d'un hiver nucléaire. De la mort du soleil.
Lentement, Teal'c surveilla ce qui l'entourait. Dans la pénombre, il pouvait à peine distinguer les ruines des autres bâtiments. Ils étaient bas, aucun ne dépassait un étage, et s'étendaient aussi loin que ses yeux portaient. Ce serait impossible de tous les fouiller, réalisa Teal'c. Quelque peu à contrecoeur, il retourna sur ses pas.
Un brouhaha de métal résonna dans l'air lourd. Teal'c pivota vivement sur lui-même, son bâton goa'uld prêt, pour ne découvrir qu'un amas de métal dans lequel son pied s'était pris. Il se permit un sourire sombre, heureux que personne n'ait été témoin de sa perte momentanée de sang-froid. Curieux, il ramassa la plaque métallique. Elle était lourde, faite d'un alliage quelconque de Naquadah, présuma-t-il. Il y avait des symboles sur la surface, à moitié obscurcis par la poussière. Teal'c essuya la couche de saleté pour révéler une écriture bien familière.
« O'Neill ? Major Carter ? » parla Teal'c dans sa radio.
« Qu'y a-t-il, Teal'c ? » répondit le Major Carter.
« Je crois avoir trouvé quelque chose qui a peut-être un intérêt. Je reviens vous rejoindre à la Porte des étoiles. »
« Où êtes-vous maintenant ? »
« Cela n'a pas d'importance. »
Teal'c mit fin à la conversation et se mit à redescendre les marches.
Chapitre Neuf
Sam ne savait pas si elle devait être agacée ou pas. Teal'c et le Colonel étaient visiblement allés là où ils n'auraient pas dû. Oh, il n'avait pas menti, mais il avait habilement éludé sa question. D'un autre côté, s'ils avaient trouvé quelque chose de valeur, alors ça en valait peut-être le risque.
« Je vais aller voir Teal'c, » cria-t-elle en direction de Daniel.
Il marmonna une réponse qui n'engageait rien, son attention prise par un vieux livre qu'il avait trouvé. Certaines choses ne changeaient jamais, songea Sam. Daniel, même cette version, était la personne la plus obsessionnelle qu'elle connaissait… en dehors d'elle-même, cela va de soi. Le laissant à son étude, elle refit son chemin à travers le labo vers la Porte des étoiles. Seule pour la première fois dans ce qui lui semblait une éternité, Sam s'assit sur les marches, tentant d'étouffer un bâillement. Sans les autres pour témoins, elle pouvait laisser tomber un peu ses défenses. La vérité était qu'elle avait envie de pleurer, mais elle ne pouvait pas se permettre ce défoulement. Quelqu'un remarquerait ses yeux gonflés et son nez rouge. Elle avait parié tout qu'elle trouverait les réponses ici et en dépit du message de Teal'c, elle n'était pas certaine qu'ils trouveraient quoi que ce soit.
Le raclement de bottes sur la pierre pénétra sa conscience. Sam se plaqua un sourire sur son visage et se leva pour rencontrer Teal'c.
« Qu'avez-vous découvert ? » demanda-t-elle.
« Un autre avertissement, » répondit-il, tendant une plaque de métal.
Sam la prit de ses mains et examina l'écriture. Elle n'arrivait pas à la lire, mais elle pouvait admirer la technologie. L'inscription était sans défaut.
« Comme vous l'aviez correctement supposé, les Goa'uld connaissaient l'existence du miroir, » poursuivit-il. « L'attaque fut précipité à cause de cela. »
« Alors pourquoi ne l'ont-ils pas pris ? Je veux dire, il était là aux yeux de tous, » argumenta Sam.
« Parce que les Goa'uld ont attaqué ce monde pour empêcher la destruction de l'univers. »
Sam se tint là, tentant d'assimiler l'information, puis elle prit conscience de quelque chose.
« Teal'c, où est le Colonel ? » demanda-t-elle.
« Il explorait une autre zone du complexe pendant que je me rendais à la surface. »
« Colonel O'Neill ? Colonel O'Neill, répondez, je vous en prie. »
Il n'y eut que des statiques pour toute réponse. Merde.
« Nous ferions bien de le trouver, » dit-elle. « Dr. Jackson ! »
Daniel sortit du labo, ses lunettes sur la tête.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-il.
« Le Colonel O'Neill est introuvable. Nous devons aller le chercher, » expliqua-t-elle.
« Oh… très bien… Je vais juste attendre là, alors. »
« Vous venez avec nous. »
Personne ne devait rester seul. Plus maintenant. Le Colonel aurait dû savoir qu'il ne devait pas se balader sans être accompagné. Teal'c les conduisit à l'endroit où il avait vu O'Neill la dernière fois.
« De quel côté est-il allé ? » demanda Sam.
« Je ne le sais pas, » répondit Teal'c.
« On dirait qu'il y a des traces de pas de ce côté, » ajouta Daniel.
Plissant les yeux dans la faible lumière, Sam put à peine distinguer les empreintes des bottes de la taille du Colonel O'Neill. Ils se mirent à descendre le couloir Sam en tête, Teal'c couvrant leurs arrières. Avec le Colonel manquant, rencontrer des forces hostiles n'était pas au-delà des possibilités. Sam tenta de réprimer une vague de panique. Maintenant, elle était vraiment en colère. Ils ne pouvaient vraiment pas perdre de temps à trouver O'Neill et à le sortir du pétrin, quel qu'il soit, dans lequel il s'était fourré. Pourquoi faisait-il ce genre de truc ? Pourquoi ? Un truc de macho ? Que diable avait-il à prouver ? Il connaissait les protocoles de missions aussi bien que n'importe qui.
Sam était si absorbée par son admonition du comportement de O'Neill, qu'elle faillit trébucher sur le corps étalé par terre.
« Bon sang, mon Colonel ! » jura-t-elle en s'agenouillant à côté de lui, ses doigts cherchant son pouls. Il était là, puissant et régulier. Les chances étaient qu'il était simplement inconscient. Sam le gifla doucement.
« Est-ce que vous m'entendez ? » dit-elle. « Il faut vous réveiller, mon Colonel. »
Le Colonel O'Neill s'éveilla au son de sa voix, roulant sur lui-même pour que sa tête repose sur sa cuisse.
« Maman ? » questionna-t-il.
« Pas tout à fait, » sourit Sam.
« Major Carter, » interrompit Teal'c.
Sam leva la tête pour voir Teal'c debout sur le pas d'une salle bien éclairée. Il leva une main et caressa l'espace vide devant lui. L'air parut s'embraser et Teal'c trébucha en arrière. Un champ de force.
« Je dirais qu'il y a là dedans quelque chose qu'ils ne veulent que nous voyons, » commenta-t-elle.
Daniel s'avança prudemment, s'arrêtant juste avant que ses lunettes n'entrent en contact avec la barrière énergétique.
« Que pouvez-vous voir ? » demanda Sam.
« Juste quelques écritures, » répondit Daniel.
« Les reconnaissez-vous ? »
« Ca ne ressemble à rien de ce avec quoi je suis familier. »
Sam jeta un œil au Colonel. Il était encore à peine conscient. Elle savait qu'ils devraient le ramener au SGC dès que possible. D'un autre côté, s'il y avait quelque chose de l'autre côté de ce champ de force, ils ne pouvaient se permettre de perdre ce temps. Elle aurait parié que tirer dessus ne résoudrait rien. Ils se retrouveraient probablement à se tuer eux-mêmes. Il devait y avoir un autre moyen de traverser.
« Dr. Jackson, surveillez le Colonel O'Neill, » ordonna-t-elle.
Faisant signe à Teal'c de suivre, elle descendit le couloir un peu plus loin. Il y avait plusieurs entrées sombres et elle choisit la première, les menant dans une petite salle vide.
« C'est le mur mitoyen, » dit-elle à Teal'c et se tint loin en arrière.
Il sut exactement ce qu'elle voulait et abaissa son bâton en direction du mur gênant. Bien sûr, il n'y avait aucune garantie que le champ de force ne s'étendait pas dans l'infrastructure… Sam s'abrita et se couvrit les oreilles pendant que Teal'c tirait les coups nécessaires pour ouvrir un trou d'une bonne taille. Elle fut couverte de débris de bétons, mais il ne semblait pas y avoir d'autres dégâts. Rampant en avant, ses mains tendues devant elle, Sam passa à travers le trou.
« Teal'c, allez chercher le Dr. Jackson, » ordonna-t-elle.
Maintenant qu'elle était à l'intérieur, Sam pouvait voir l'étendue des écritures sur les murs. Elle était sûre que ce n'était pas simplement une forme de décoration. Elles devaient signifier quelque chose. Il y eut un bruit de raclement derrière elle et elle se retourna pour voir Daniel manœuvrer pour entrer dans la pièce.
« Qu'en pensez-vous ? » demanda-t-elle.
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Daniel ôta ses lunettes et les remit en place.
« Je suis désolé, je… »
« Il se peut que cela ne saute pas aux yeux, » dit Sam.
Ne saute pas aux yeux ? Que diable était-ce censé vouloir dire ? La seule chose évidente dans cette pièce était les écritures sur les murs et… Daniel cessa son radotage interne et se tourna sur lui-même. Se regardant dans un des miroirs !
« Quoi ? » demanda Sam, « Dr. Jackson, vous n'y regardez même pas. »
« Si, je le regarde, » répondit-il, « C'est dans les miroirs. Léonard de Vinci a fait la même chose. »
« Mais qu'est-ce que ça dit ? » La voix de Jack semblait un peu mal assurée, mais au moins il était sur ses pieds. Sam, remarqua Daniel, ne put s'empêcher de lui sourire alors qu'il leur jetait un regard. Jack avait ses lunettes de soleil, sans aucun doute dans une tentative d'empêcher quelqu'un de bien voir ses yeux.
« Mon Colonel, vous devriez vous reposer, » avança-t-elle.
« Mais c'est difficile quand Teal'c et vous faites exploser des trucs. Je vais bien. »
Mais il y avait une tâche sombre à l'arrière de sa casquette, il saignait donc quelque part. Sam, semblait-il, savait bien qu'elle ne pouvait rien y faire. Jack était sensible quand il en venait à ses blessures et la plupart du temps, il valait mieux de le laisser tranquille. Au fond de lui, Daniel était convaincu que c'était dû à un excès de testostérone. Il préférait souffrir plutôt que d'admettre qu'il avait tort. Alors tant pis s'il s'évanouissait sur le chemin de retour…
« Eh bien ? » insista Jack.
« Je… euh… Je n'en suis pas totalement sûr, » bredouilla Daniel.
« Dans ce cas, faites-nous part de votre meilleure supposition. »
« Euh… okay… »
Daniel s'avança jusqu'à l'un des miroirs et le fixa pendant quelques minutes. Les autres membres de l'équipe s'étaient tous reculés. Il était extraordinairement difficile de se tenir là et de ne rien faire, mais dans ce cas précis, ils ne pouvaient vraiment pas aider. Daniel devait le faire seul.
« Cette partie se réfère aux Portes des étoiles et le fait que les Anciens ont construit un second réseau d'appareils qui permettrait de croiser les liens de la réalité. Je devine qu'ils parlaient des miroirs. Bien…, » commença-t-il, sa voix devenant plus forte comme il se prenait au jeu. Daniel se précipita à travers la salle, puis reprit sa place avant de continuer sa narration.
« Par là, nous avons un avertissement sur le fait d'endommager le tissu de la réalité… oh… »
« Quoi ? » demanda Sam, même s'il avait l'impression qu'elle connaissait déjà la réponse.
« Tous les miroirs sont liés. Si l'un d'entre eux est détruit, alors tous les autres sont déstabilisés. »
« Alors pourquoi les laisser partout pour que tout un chacun les découvre ? » demanda le Colonel.
« Ils ne l'ont pas fait. D'après le texte ici, les miroirs furent cachés au-delà de la perception humaine. La connaissance des miroirs devint une légende… mais apparemment ce n'est pas la fin de l'histoire. Ce monde était en guerre avec un système voisin et ils étaient en train de perdre. Puis un visiteur vint par la Porte des étoiles, amenant le miroir avec lui. Il dit que c'était une arme qui vaincrait leurs ennemis. Tout ce qu'ils avaient à faire était de trouver un moyen de le détruire. »
« Ce qui est la raison pour laquelle nous avons trouvé le miroir dans le labo, » réalisa Sam.
« Peut-être. Mais avant qu'ils ne puissent terminer leur tâche, un nouvel ennemi apparut et détruisit leur monde. »
« Un mot sur qui était cet étranger ? » voulut savoir Jack.
« Anubis. »
« S'il a vraiment prit un tel risque, les autres Grands Maîtres tenteraient de l'arrêter, » dit Teal'c.
« Et ces gens se sont retrouvés au milieu. »
« En effet. »
« Daniel, est-ce qu'il y a ici quelque chose qui dit comment la déstabilisation peut être arrêtée, ou comment empêcher qu'elle ne s'étende ? » demanda Sam.
« S'il y a quelque chose, nous venons peut-être de faire un trou dedans, » fut la réponse de Daniel.
ooo
Jack savait qu'il avait eu un coup à la tête. Il savait aussi que Carter savait cela. Mais Carter ne savait pas qu'il savait qu'elle savait et…
Il avait mal à la tête.
Il avait été assommé tellement de fois au cours de sa carrière que c'était un miracle qu'il ait encore la moindre capacité cognitive. A la façon dont il se sentait maintenant, ce qui restait de ses cellules grises étaient sur le point d'abandonner, de dégoût. Jack ne voulait rien de plus que rentrer à la maison et de se coucher sur un de ces adorables lits de l'infirmerie. Des draps propres, des oreillers moelleux et, s'il avait de la chance, quelques jolies infirmières pour exaucer ses moindres désirs.
Mais non.
Carter, la sadique qu'elle était, faisait parcourir la salle encore et encore par Jackson, juste pour s'assurer qu'il n'avait rien raté. Bien sûr, Jack aurait pu leur ordonner d'arrêter, mais il se disait que le destin de l'univers était une assez bonne raison pour mettre de côté son propre confort. Remarquez…
La soudaine augmentation du bruit de voix envoya des décharges de douleur dans sa tête et Jack s'écarta du mur sur lequel il s'appuyait et s'avança pour écarter les belligérants.
« Ca suffit, » s'écria-t-il.
Ils se tournèrent, leur colère se reportant brusquement sur lui. Jack s'en fichait. Il était assez grand pour la recevoir. Ce qu'il n'allait pas 'supporter' était que la paire se dispute comme deux enfants. Ils boudaient maintenant. Bien que Carter pouvait s'en sortir, la même expression sur le visage de Daniel était juste grotesque. Jack prit une profonde respiration, résistant à l'envie de cogner leurs têtes l'une contre l'autre.
« Dr. Jackson, avez-vous tout ça sur bande ? » demanda Jack.
« Oui. »
« Bien, alors vous pourrez le traduire quand nous serons à la maison. »
« Mais, mon Colonel… » protesta Carter.
« Carter, le fait que cette salle ait un gros champ de force qui la protège, me dit que nous n'allons rien trouver ailleurs. »
« Avec tout mon respect, nous ne le savons pas. »
« J'ai mal à la tête. »
Sujet clos de l'avis de Jack. Il se mit à se diriger vers le trou dans le mur, présumant que soit ils le suivraient soit ils ne le suivraient pas. A cet instant, il se fichait pas mal de ce qu'ils feraient. Il allait retourner à la Porte des étoiles, au SGC et à l'infirmerie. Dans cet ordre. Jack avait déjà fait plusieurs pas dans le couloir avant que Carter ne le rattrape, comme il l'avait soupçonné. Heureusement, il avait un plan d'urgence pour empêcher d'autres discussions non désirées. Juste comme elle ouvrait sa bouche, Jack fit semblant de trébucher. Il s'appuya contre le mur quelques secondes, soufflant bruyamment. L'expression de Sam se transforma rapidement en inquiétude.
« Nous devrions peut-être vous ramenez chez nous, » acquiesça-t-elle.
« C'est ce que j'ai dit au début, » marmonna-t-il.
« Avez-vous besoin d'aide, monsieur ? »
« Je vais bien. »
Il se remit à marcher, mais pas avant qu'il n'ait un aperçu du sourcil levé de Teal'c. Jack choisit de l'ignorer. D'une manière ou d'une autre, il fallait qu'il réussisse à faire en sorte que Carter et Jackson travaillent en relative harmonie, quelque chose qu'il ne pouvait pas faire tant qu'ils seraient ici. Il pensait à la sécurité de l'univers et non à sa tête douloureuse… pas trop.
Ce fut une longue marche jusqu'à la Porte des étoiles et Jack souhaitait presque que sa fierté de mâle lui permette d'accepter l'offre de Carter. Si elle était venue de quelqu'un d'autre qu'elle, peut-être qu'il l'aurait fait.
« Composez l'adresse, » ordonna-t-il.
Il entendit vaguement les chevrons s'engager, son attention était autrement focalisée à tenter de contrôler le réflexe de haut-le-cœur. Ce serait super, retourner au SGC en train de vomir. Heureusement, il s'engagea sur la rampe avec sa dignité intacte. Cependant, la vue qui l'accueillit fit souhaiter à Jack d'avoir accédé aux souhaits de Carter et être resté un peu plus longtemps sur la planète.
Jacob Carter se tenait au bas de la rampe… et il semblait furax.
ooo
Jacob Carter était furax. Il avait reçu l'appel il y a six heures, s'était rendu sur Terre immédiatement pour découvrir que sa fille avait disparu sur une mission à moitié bâclée et on lui avait interdit l'opportunité de lui dire ce qu'il pensait exactement de sa dernière 'escapade'. Même maintenant, il retenait sa langue. Jack O'Neill rôdait près de Samantha comme un grand, maigre, vieux… et là la métaphore prit fin. Jacob n'arrivait jamais à se décider de ce qu'il pensait de Jack. Il y avait certaines choses qu'il respectait chez l'homme, mais il était plus qu'un peu inquiet par l'affection que sa fille montrait clairement pour son supérieur. Une affection qui ne fut jamais plus évidente lorsque Jack trébucha en avant et vomit. Samantha fut instantanément à ses côtés, tenant son P90 hors du chemin alors qu'il continuait d'avoir des haut-le-cœur.
« Alors qu'avez-vous à dire pour vous-mêmes cette fois ? » demanda Jacob, sa voix d'une douceur trompeuse.
« Je vais dégueuler encore, » dit Jack et dirigea délibérément sa prochaine vomissure pour forcer Jacob à reculer de quelques pas.
« Il faut emmener le Colonel O'Neill à l'infirmerie, » cria Samantha.
« Je vais bien, » marmonna Jack.
Mais Samantha n'allait pas accepter un 'non' pour réponse. Soutenant son supérieur, elle se dirigea hors de la salle d'embarquement. Jacob se demanda si elle avait même remarqué qu'il était là. Puis il se rendit compte qu'elle devait l'avoir fait. Elle utilisait cela comme excuse pour l'éviter. Comme elle se devait. Il s'était convaincu lui-même que ce bordel était entièrement la faute de Sam.
Jacob avait toujours été fier de sa fille. Elle était la personne la plus intelligente du SGC, ce qui en disait beaucoup. Elle avait l'allure de sa mère, son intelligence… et l'entêtement de Jacob et sa nature de fonceur. Teal'c inclina la tête en passant devant lui, suivi par…
« Daniel ? » questionna Jacob.
« Euh… oui ? » répondit le jeune homme.
« Ne devriez-vous pas être mort ? »
« C'est ce que les gens n'arrêtent pas de me dire. »
Jacob sentit une main sur son épaule et se retourna pour regarder George Hammond.
« Nous ferons le débriefing dans une heure, » dit George avec une trace de sourire. « Tu voudrais peut-être te rafraîchir un peu avant. »
Baissant les yeux sur lui, Jacob remarqua, d'un air amusé, les tâches sur sa tunique. Il aurait aimé croire que les tâches étaient inévitables, mais il avait un soupçon insidieux qui lui disait que Jack l'avait fait exprès. Il semblerait qu'il allait devoir attendre pour faire connaître à Sam ce qu'il pensait.
Une heure plus tard, convenablement nettoyé et portant un treillis vert réglementaire, Jacob était assis à la table de briefing. Sam était en face de lui, une défiance coléreuse clairement visible dans ses yeux. Une consolation de Jacob était le fait qu'elle n'était pas à côté de son supérieur. Jack n'était pas venu au débriefing. Il était probablement en train de se disputer avec le Dr. Fraiser pour se tirer de l'infirmerie. Teal'c et le Dr. Jackson complétaient le groupe. Une version d'un univers parallèle, se corrigea Jacob… Il aurait dû être surpris, mais il ne l'était pas. C'était simplement un autre signe qui montrait à quel point toute cette situation était grave.
Tous les yeux étaient tournés vers le bureau du Général et personne ne papotait. La salle de conférence semblait toujours trop chaude et le silence la rendait encore plus oppressive. Tout le monde était sur les nerfs. Jacob savait très bien que s'il ouvrait la bouche, il commencerait une dispute. Fort heureusement, George mit fin à son coup de fil et sortit pour se joindre à eux avant que la tension ne triomphe de lui.
« Alors, SG-1, qu'avez-vous trouvé ? » demanda le Général.
« Rien d'utile, » avoua Sam. « Les inscriptions que le Dr. Jackson a trouvées ne font que confirmer ce que nous savions déjà. Détruire le miroir a provoqué l'instabilité dans le tissu de la réalité et l'effet est exponentiel. »
« Je n'ai pas tout traduit, » réfuta Daniel. « Tout est sur vidéo, je dois la parcourir. Nous savons qu'Anubis a volé le miroir d'on ne sait où… »
« Attendez… Anubis ? » interrogea Jacob.
« Oui, pourquoi ? »
« Jacob ? » intervint George.
« C'est juste une légende, » dit Jacob en réprimant ses pensées.
« Papa, si tu sais quelque chose ? » insista Sam.
« De nombreuses légendes sont basées sur des faits, » ajouta Daniel.
« Très bien, » soupira Jacob, « Selmak peut raconter l'histoire mieux que moi. »
Il fit une pause, permettant à Selmak de prendre le contrôle de ses fonctions motrices. Inclinant la tête, il sut que ses yeux brillèrent avec l'éclair caractéristique. Même après tout ce temps, c'était quelque chose à laquelle il pensait ne jamais s'habituer.
« Salutations, Major Carter, Général Hammond, Teal'c, Dr. Jackson, » dit Selmak.
« Selmak, » acquiesça George, « Qu'avez-vous à nous dire ? »
« Il y a une histoire parmi les Tok'ra. Les miroirs étaient destinés dans un but de recherche uniquement. Les Anciens pouvaient visualiser les réalités alternées sans le besoin d'une interaction. Douze miroirs étaient placés en cercle, l'un à l'opposé de l'autre. Cependant, quand ils prirent conscience du pouvoir de leur invention, ils cachèrent les miroirs du reste de l'univers. D'après la légende, l'un de ces miroirs fut dérobé par un Goa'uld. »
« Anubis ? »
« On dirait bien. Quand il enleva le miroir de la place qui lui était désignée, il y eut une grande perturbation à travers l'univers. »
« Quel genre de perturbation ? » voulut savoir Sam.
« Les étoiles, au début de leur vie, se transformèrent en supernovae. Des trous noirs se formèrent… mais l'univers est résistant. Il s'en remit. »
« C'est insensé ! »
La voix au bout de la table était inhabituelle, inattendue. Soudain, Jacob reprit à nouveau le contrôle de son corps. Selmak s'était retiré, sachant que son hôte était mieux à même de gérer cette situation. Il jeta un œil à Sam qui secoua la tête, lui disant de ne rien dire, mais comment pouvait-il ignorer cela ? L'homme qui était à présent assis dans le fauteuil du général n'était pas son ami.
« Général Bauer, » commença Sam pour se voir couper la parole par Bauer.
« Lieutenant Carter, je vous suggère de retourner à votre labo. Rompez. »
Chapitre Dix
Sam ne s'était pas attendue à cela. Pour une raison ou une autre, elle avait espéré que ses amis, le Général Hammond inclus, seraient toujours là. Elle n'avait pas pensé que l'univers serait à ce point cruel pour les lui prendre. Elle avait eu tort. Dès qu'elle fut congédiée, Sam se précipita à l'infirmerie pour voir Jack… et Jonas, et Janet. Son père, Daniel et Teal'c la suivaient sur les talons. Pour une raison qu'elle ne pouvait imaginer.
Le Colonel O'Neill semblait suprêmement confortable couché dans le lit de l'infirmerie. C'était une honte de le réveiller, surtout qu'elle était porteuse de mauvaises nouvelles. Elle songea sérieusement à le laisser là, mais réalisa rapidement à quel point cette action se révélerait futile. De plus, Sam avait besoin du soutien qu'il offrait. S'il y avait une personne sur cette planète qui ne perdrait jamais sa foi en elle, c'était Jack O'Neill. En dépit de tout, sa confiance en ses capacités n'avait jamais vacillé. Elle se tint pourtant là, se demandant si elle était juste avec lui. Elle jeta un œil vers Janet, espérant que le docteur prendrait la décision à sa place.
« Est-ce qu'on peut le réveiller ? » demanda-t-elle.
« Je préférerais qu'on le laisse dormir… Sam, qu'est-ce qui ne va pas ? » répondit Janet.
« Nous avons perdu Hammond. »
« Oh. »
« Un instant il était là et puis… nous nous retrouvons avec le Général Bauer sur les bras. »
Janet s'écarta du lit et fit un signe de la main à Sam de continuer.
« Mon Colonel ? » appela Sam, touchant avec douceur son épaule.
Il ouvrit un œil.
« Hammond est parti ? » demanda-t-il, prouvant qu'il était réveillé depuis le début.
« Oui. »
En poussant un grand soupir, il se redressa et regarda le groupe qui entourait son lit.
« Alors qu'est-ce que nous avons ? » demanda-t-il.
Sam se recula et laissa son père raconter l'histoire. Le Colonel écouta avec son habituelle façade d'indifférence.
« Alors, pour résumer, nous devons fabriquer un autre miroir et le remettre à sa place ? Est-ce que c'est ce que vous êtes en train de me dire ? » demanda O'Neill.
« Je crois que oui, » répondit Daniel. « Il y a juste deux problèmes. »
« Seulement deux ? »
« Nous ne savons pas où sont les autres miroirs, » confia son père.
« Et je ne sais pas comment en fabriquer un autre, » avoua Sam.
« Vous trouverez, » lui dit Jack.
« Je souhaiterais avoir votre confiance. »
« Vous y arriverez tous. Dr. Jackson, Teal'c, vérifiez les livres et voyez si vous pouvez trouver où pourrait se trouver cette salle des miroirs. Carter… »
« Je sais, monsieur. »
« Jacob… »
Sam savait que le Colonel allait demander l'aide de son père, une chose qu'elle ne désirait pas vraiment maintenant… pas à moins que le parricide ne soit permis.
« … Donnez un coup de main à Teal'c et au Dr. Jackson. Maintenant fichez le camp d'ici, vous tous. »
Elle poussa un soupir de soulagement, se rappelant mentalement de remercier son supérieur à un moment ou un autre. Balançant ses jambes hors de son lit, il se mit à descendre, pour se retrouver avec la main de Janet sur sa poitrine. Sam dut réprimer un sourire lorsque la petite doctoresse malmena le Colonel d'un mètre quatre-vingt huit pour le remettre au lit.
« Vous ne pouvez pas aller le confronter, mon Colonel, » lui dit Sam, sachant exactement ce qui passait dans sa tête. « Vous vous retrouveriez en cellule… ou pire. »
« Carter, je ne vais pas simplement rester assis là et laisser ce connard… »
« Mon Colonel, vous le devez. Laissez-nous faire notre part. Si nous trouvons quelque chose, alors… »
« Je pourrais lui botter les fesses ? »
« Oui, mon Colonel. »
« Bien, alors… réveillez-moi quand vous aurez quelque chose. »
Le Colonel O'Neill roula sur le côté et ferma les yeux. Sam savait bien qu'il ne fallait pas rester. Elle s'éloigna rapidement, avec Janet.
« Comment va Jonas ? » demanda Sam.
« Pareil, » répondit Janet. « Pour le moment, il n'y a rien de plus que je puisse faire pour lui. »
Sam hocha la tête, sentant le poids psychologique augmenter sur ses épaules une fois de plus. Il n'y avait rien d'autre pour elle à faire sinon retourner à son labo et commencer à travailler sur la fabrication d'un miroir quantique. L'ironie de la situation ne lui échappa pas. Au moins, d'une certaine perspective, elle suivait les ordres de Bauer. Essayant de se rappeler combien de temps s'était passé depuis qu'elle avait mangé la dernière fois, Sam prit un danish et un café au mess et se prépara à aller travailler. Avec son père occupé ailleurs, elle pouvait être certaine d'avoir quelques heures de paix et de tranquillité.
Il y avait de subtiles différences dans le labo, elle dut de nouveau hacker son ordinateur pour y avoir accès, mais Sam relégua cela comme faisant partie des changements qui survenaient. Elle était en train de rassembler tout ce qu'ils avaient sur la construction de miroirs quand elle eut l'impression nette d'être observée. Sam leva les yeux, droit sur le visage souriant de Rodney McKay. Elle se rembrunit.
« Qu'êtes-vous en train de faire, exactement, Lieutenant Carter ? » souffla-t-il avec un soupçon de menace.
« Ce ne sont pas vos affaires, » répliqua-t-elle.
« Oh, je pense que si. Vous semblez avoir oublié les règles, Samantha. »
« Les règles ? »
« Pas de nourriture. »
Il prit son danish aux pommes et le balança dans la poubelle.
« Pas de liquides. » Il prit son café et le renversa dans l'évier.
« Et touchez encore à mon PC et je vous ferez transférer en Antarctique ! »
McKay lui cria les derniers mots, sa main frappant violemment la paillasse, la faisant sursauter en arrière, manquant de la faire tomber de son tabouret. Qu'est-ce que c'était que cela ? Non seulement elle était coincée avec McKay, mais avec un McKay psychotique !
« Le Général Bauer m'a ordonné de… » commença-t-elle.
« Oh, je vous en prie, Bauer ne vous ordonne jamais rien sans passer par mon intermédiaire. Je savais que vous envoyer sur cette mission vous donnerait l'illusion des grandeurs. »
« Pardon ? »
« Tout le monde sait que votre Papa vous a obtenu ce poste… sans mentionner baiser avec le Colonel O'Neill… »
Sam ferma ses poings, souhaitant pouvoir frapper cet homme.
« Très bien, » lui dit-elle, « Je vais aller ailleurs. »
« Non. Vous ferez cette analyse que je vous ai demandée de faire avant que vous ne convainquiez votre petit ami de vous emmener à travers la Porte des étoiles. »
Elle perdit alors son sang-froid. Elle savait qu'elle était allée trop loin dès qu'elle arma son bras, mais elle ne semblait pas pouvoir se retenir. Toute la tension et la frustration des dernières 48 heures étaient dans ce coup unique. Elle cassa son nez et il y eut quelque chose de hautement satisfaisant à entendre le bruit.
« Que diable ? » hurla-t-il alors qu'il tentait de retenir le flot de sang. « Salope ! »
« Cessez de geindre…, » commença Sam.
« Lieutenant Carter ! » Le cri du Général Bauer la ramena à la raison.
Merde !
ooo
Il marchait depuis des heures. Du moins, il en avait l'impression. Jonas ne comprenait pas vraiment. Tout cela était dans son esprit, alors pourquoi ses pieds lui faisaient-ils mal ? Pourquoi avait-il faim et soif ? Le paysage était toujours d'un pourpre persistant. Ca commençait décidément à être lassant. Jonas aurait donné n'importe quoi pour une tâche de vert un arbre, un champ… n'importe quoi. Le soleil pourpre brillait dans un ciel pourpre. Il n'avait pas bougé de tout le temps qu'il avait été là. Au début, il crut qu'il n'y avait pas de jour ou de nuit, puis soudain tout cela changea. La nuit tomba brusquement, comme si quelqu'un avait tourné un interrupteur. Là où il y avait eu de la lumière, il n'y avait plus que les ténèbres. Jonas leva instinctivement les yeux au ciel. Quelle surprise, les étoiles étaient pourpres. Si ceci était une illusion de son esprit, alors… eh bien, son esprit déraillait.
« Hé ho ? » appela-t-il.
Il espérait que la voix était encore là.
« Dépêchez-vous, » répondit-elle.
« Pourquoi ? Je veux dire, je suis ici, je ne vais nulle part. »
« Le Dr. Fraiser essaie de vous guérir, et au bout du compte elle réussira. »
« Comment connaissez-vous le Dr. Fraiser ? »
« Trouvez-moi et je vous le dirai. »
« Pourquoi ne venez-vous pas ici ? »
« Vous devez me trouver, c'est le but de tout ça. »
« Et si je refuse ? »
« Alors vous mourrez… et tout le monde mourra. »
Pas de pression. Se rendant compte qu'il n'avait pas d'autre choix, Jonas se mit à avancer.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il en marchant.
« Un ami. »
Jonas n'en était pas si sûr. Il ne comprenait pas ce qui se passait. D'après les mots de son invisible 'ami', il avait réussi à déduire qu'il était inconscient. Que se passerait-il s'il se réveillait ? Visiblement, il ne serait plus ici. Qu'y avait-il de si important dans ce lieu ? Il avait l'impression qu'il n'avait plus de temps à perdre. Ignorant la douleur dans ses pieds, Jonas se mit à courir.
ooo
« Elle est quoi ? » demanda Jack.
« Elle a été confinée dans ses quartiers, Colonel, » murmura Janet.
« Sur quelle accusation ? »
« Attaque d'un personnel civil. »
« Ca ne ressemble pas à Carter. »
« Le personnel civil en question était le Dr. McKay. »
Okay, alors peut-être que ça se comprenait. Ces deux-là ne s'étaient jamais entendus. Jack jura pour lui-même. Il aurait dû garder un œil plus vigilant sur Carter. Elle s'était épuisée au point d'être à bout de nerfs. Ceci n'était pas juste un autre exemple de Carter travaillant trop. Bon sang, pourquoi n'avait-elle pas pu suivre ses propres conseils ?
« Doc, donnez-moi mon pantalon, » ordonna-t-il.
« Colonel, je pense vraiment que… »
« Trop tard pour ça. Si quelqu'un me demande, je serai avec Carter. »
A sa surprise, Fraiser ne discuta pas. Dix minutes plus tard, il se tenait à l'extérieur des quartiers de Carter, pour se rendre compte que quelqu'un d'autre s'était rendu là en premier. Il grimaça en entendant les cris. Pas question que Jacob Carter laisse passer cela. Les ordres d'un, il est vrai, officier subalterne n'allaient pas l'empêcher de mener la vie dure à sa fille. Jack se souvenait distinctement sa première rencontre avec 'Papa', certains pourraient dire que Selmak avait arrondi quelques angles, mais ce n'était pas toujours ça. Cette fois, Jack avait le sentiment que Selmak et Jacob voulaient tous les deux avoir un mot avec Carter.
« Quand vas-tu apprendre, Sam ? » résonna la voix de Jacob.
« Je ne le savais pas, Papa ! » répondit-elle.
« Dans ce cas, tu aurais dû prendre le temps de découvrir. Ceci n'est pas un réacteur à Naquadah avec lequel tu t'amuses… »
Jack fit un geste vif en direction du garde pour qu'il ouvre la porte. Le jeune homme hésita, ayant eu sans aucun doute l'ordre contraire.
« Nous étions attaqués, qu'attendais-tu que je fasse ? » La voix de Carter avait monté d'une octave.
« Pense avant d'agir. Ou est-ce trop demander ? Bon sang, tu es censée être un génie. »
« Ca suffit, Papa ! Le Colonel O'Neill t'a donné un ordre, je suggère que tu t'y conformes. »
« Et que vas-tu faire ? Gribouiller des nombres sur le mur ? Bauer va te traduire en cour martiale ! »
« Je trouverai un moyen. »
« Tu ferais bien. »
Jack se recula lorsque Jacob frappa sur la porte. Le garde laissa immédiatement l'autre homme partir. Jacob se figea et fixa Jack.
« De tous les hommes qu'elle a réussi à mette en boule… Bauer a toujours été un idiot. »
« J'ai eu moi-même cette impression, » répondit Jack.
« Vous savez ce que vous avez à faire ? »
« Oui, monsieur. »
« Bien. » Parfois, Jack se demandait si, réellement, Jacob l'aimait bien. Alors qu'il regardait l'homme s'éloigner d'un pas décidé, il se dit que la réponse était négative. Pour il ne savait quelle raison futile, Jacob voyait en lui une menace pour sa fille. Rien n'aurait pu être plus loin de la vérité. Jack savait qu'il ne ferait jamais rien pour risquer la carrière de Carter. Il souhaitait juste que Jacob puisse être convaincu de cela.
Jack frappa doucement sur la porte en entrant dans les quartiers de Carter, juste pour lui faire savoir qu'elle avait un autre visiteur et lui donner le temps de se ressaisir. Elle lui offrit un bref sourire pincé lorsqu'il entra.
« Alors, Carter… » commença-t-il.
« Ne le dites pas, » répliqua-t-elle.
« Quoi ? »
Elle se contenta de le regarder, et Jack ne put trouver en lui le cœur pour la gronder encore. Carter semblait fatiguée au-delà de la raison, il n'était pas étonnant que son contrôle lui ait échappé.
« Je ne sais pas, mon Colonel, » avoua-t-elle. « J'étais… et puis McKay est venu et… »
C'était l'état le plus proche de la panique dans lequel il ne l'avait jamais vue. Carter était rarement à ce point incohérente. Elle ne pouvait se permettre de l'être. Sentant son malaise, elle fit un effort pour se maîtriser.
« Vous rappelez-vous d'Orlin ? » dit-elle.
Jack acquiesça l'alien 'invisible' qui avait élu résidence dans la maison de Carter. Il avait vu deux photos d'eux en train de marcher dans un parc quelque part. Quant à ce qui avait pu se passer… Jack ne se permit pas vraiment d'y penser.
« Le type qui a construit une Porte des étoiles dans votre cave ? » demanda-t-il.
« Oui. Je pensais à ça. S'il est possible de construire une Porte des étoiles, alors pourquoi pas un miroir ? » dit-elle.
« A partir d'objets ménagers ordinaires ? Carter, est-ce que vous avez encore regardé les rediffusions de MacGyver ? »
« Mon Colonel… je vous en prie. Toutes les informations qu'il me faut sont chez moi. Il faut juste que je m'y rende. »
« Je pensais que vous pourriez dire ça. »
Il y avait un sourire féroce sur son visage en tirant un zat de sous son t-shirt. Il semblerait que son petit détour par l'armurerie ait été utile, après tout. Carter éclata de rire et pendant deux secondes il crut qu'elle allait laisser tomber le protocole et jeter ses bras autour de lui. Bien sûr, elle ne le fit pas, mais ce fut agréable à imaginer. Jack gratta à la porte. L'homme qui l'ouvrit n'avait vraiment aucune chance. Il tomba sans un son, son corps inconscient se tortillant par l'effet du coup de zat. Carter soulagea l'homme à terre de son arme. Jack approuva d'un signe de tête. Ni l'un ni l'autre ne voulait blesser leurs camarades d'armes, mais étant donné la situation… De plus, Carter était assez bonne au tir pour blesser plutôt que tuer.
Sortir du SGC n'avait jamais été aisé. Le mieux que Jack pouvait espérer était de réussir à atteindre l'une des voies de secours sans avoir à blesser quiconque. Il ne savait pas ce qui s'était passé exactement durant les heures qu'ils avaient passé sur P3R-233, mais il pouvait sentir les changements qui avaient eu lieu. Ce n'était pas simplement au niveau de la chaîne de commandement. Les gens avaient peur et cela les rendait imprévisibles. Ce serait vraiment idiot de se faire descendre par les leurs. Jack savait que Carter était celle qui était importante. Son devoir était de la protéger, qu'elle appréciât cela ou non.
Le couloir était vide. Avec l'aide de Carter, ils traînèrent le garde inconscient dans la cellule. L'homme était plus jeune que Jack ne voulait y penser. Une bonne chose probablement, sinon il ne se serait jamais laissé descendre. Jack prit la tête, laissant Carter couvrir leurs arrières. Ils n'avaient pas à aller si loin que cela, mais ils rencontrèrent des problèmes dès qu'ils arrivèrent au premier tournant. Tout espoir de Jack d'avancer rapidement fut ruiné quand la femme en question leur jeta un regard et s'enfuit dans la direction opposée. Jack visa avec le zat, mais rata et l'officier réussit à s'abriter dans l'ascenseur.
« Merde ! » jura-t-il.
« Oubliez ça, » lui dit Carter lorsque les alarmes se mirent à hurler.
Ils devaient à présent se dépêcher. Bauer fut rapide à réagir, Jack devait lui reconnaître cela. Il ne se donna même pas la peine d'envoyer les troupes. Avec un cliquetis métallique et un craquement, les portes anti-explosion se mirent à s'abaisser.
« Vite ! » cria Jack, poussant Carter devant lui.
Ils passèrent sous la première, esquivèrent sous la seconde, et Jack jura avoir laissé la moitié de son scalp sous la troisième, mais cela n'eut pas d'importance. Ils étaient arrivés. L'écoutille de secours avait des verrous manuels, il n'y avait rien que Bauer pouvait faire pour les empêcher de sortir.
La montée ne fut pas drôle. Vingt niveaux, sans pause, étaient un calvaire pour son épaule et ses genoux, comme Jack en connaissait le prix. Une fois par an, tout le SGC faisait un exercice d'évacuation, mais après les deux premières fois, il s'était toujours assuré d'être ailleurs. Maintenant, il souhaitait avoir fait un peu plus d'exercices à la salle de gym. Que ne donnerait-il pas pour les biceps de Teal'c ? Le fait que Carter soit devant lui n'aida pas, celle-ci montant d'un pas sautillant comme une gazelle folle. Excepté qu'une gazelle ne pouvait pas grimper… la métaphore n'était donc pas bonne, mais…
« Est-ce que nous y sommes ? » geignit-il.
« Encore un peu, mon Colonel, » répondit-elle.
Carter semblait essoufflée, ce qui fut étrangement rassurant. Jack se retrouva à regarder en bas, se demandant si quelqu'un allait être envoyé à leur poursuite. Probablement pas. Il faudrait à Bauer un certain temps pour relever les portes anti-explosion et se rendre compte que Carter et lui avaient réussi à sortir. Et quand il le ferait… eh bien, il y avait des moyens bien plus rapides pour atteindre la surface. Il ne pensait pas que la poursuite s'arrêterait simplement parce qu'ils avaient réussi à sortir du SGC.
Ils s'arrêtèrent quand ils atteignirent la sortie. Même s'il savait que c'était futile, Jack se retrouva à tendre l'oreille pour entendre une possible perturbation à l'extérieur. Comme attendu, il ne put rien entendre. Comme il put, il manoeuvra son corps autour de celui de Carter. Si quelqu'un allait être descendu, ce devait être lui. Lentement, il entrouvrit l'écoutille.
Rien. Pas de coups de feu. Pas de voix lui disant de lâcher son arme et de sortir les mains en l'air. Jack ouvrit en grand l'écoutille et sortit, Carter juste derrière lui. Ils s'accroupirent tous les deux, les yeux cherchant la végétation environnante. Il jeta un coup d'œil à Carter et elle haussa les épaules. Ils se levèrent comme un seul homme.
« O'Neill ! » La voix de Teal'c les surprit comme leur ami s'avançait dans la clairière.
« T ? » interrogea Jack.
Il savait que Teal'c ne les trahirait pas, mais pourquoi était-il là ?
« Bauer vous a envoyé ? » demanda-t-il.
« Non, » répondit Teal'c.
« Alors pourquoi êtes-vous là ? » voulut savoir Carter.
« Je suis une diversion. »
« Ah ? »
« Vous devez me tirer dessus, O'Neill, pour que je puisse prétendre avoir été maîtrisé et envoyer les recherches dans la mauvaise direction. »
« Je ne vais pas tirer sur vous, Teal'c ! » protesta Jack.
« Vous le devez. »
« Il a raison, » argumenta Carter, « Ca pourrait nous donner un temps précieux. »
« Alors, faites-le ! » lui dit Jack.
A son immense surprise, elle le fit. Etant donné que Carter avait un 9mm, cela fit bien plus de dégâts qu'un coup de zat, même si ce n'était qu'une blessure à la cuisse.
« Carter ! » s'exclama Jack.
« Son symbiote guérira la blessure assez rapidement, » répondit-elle.
Avec cela, elle se faufila entre les arbres.
« Teal'c… » commença Jack.
« Allez-y, » dit l'autre d'une voix rendue sifflante par la douleur.
« Gardez un œil sur les choses ici. Nous pourrions de nouveau avoir besoin de votre aide. »
Jack savait qu'elle n'avait pas vraiment le choix, mais il s'assurerait d'avoir un mot avec Carter quand il l'aurait rattrapée.
Chapitre Onze
Teal'c était étendu sur le sol d'une forêt assombrie, s'interrogeant sur la sagesse de ses actions. Il ne s'était pas attendu à ce qu'on lui tire dessus avec une arme terrienne. Comme le Major Carter l'avait fait remarquer, son symbiote guérirait la blessure, cependant, pour le moment, c'était extrêmement douloureux. Néanmoins, si ses amis réussissaient à s'échapper, cela compenserait la douleur qu'il endurait. Il n'avait aucune illusion quant à l'immensité de la tâche à laquelle ils étaient confrontés. Il n'y avait aucun doute dans son esprit que O'Neill avait planifié la fuite du Major Carter dans le but de s'assurer la fabrication d'un miroir quantique de remplacement.
Ce fut un soulagement bienvenu que d'entendre les bruits des groupes de recherche qui se frayaient un passage à travers les arbres… pour plus d'une raison. S'ils cherchaient encore, alors O'Neill et le Major Carter n'avaient pas encore été attrapés, et il attendait avec joie les attentions médicales qui étaient en route. Teal'c se mit tant bien que mal sur ses pieds. Il ne pouvait pas prendre le risque de ne pas être découvert. Il y avait des cris lorsqu'on le vit. Il reconnut le Major Gruff qui menait l'équipe.
« Teal'c, que s'est-il passé ? » demanda le Major.
« Je tentais d'appréhender le Major Carter et le Colonel O'Neill, » répondit Teal'c.
« Ils vous ont tiré dessus ? »
« Le Major. Je ne crois plus qu'ils sont ceux que nous connaissions autrefois. »
« Vous avez raison. De quel côté sont-ils partis ? »
Teal'c indiqua la direction opposée de celle que ses amis avaient prise.
« Okay, Smith emmenez Teal'c à la base, vous autres, déployez-vous. Ils ne peuvent pas être très loin. »
Teal'c se permit de sourire en lui-même alors qu'on l'aidait à retourner à l'entrée principale de la base et jusqu'à l'infirmerie. Le Dr. Fraiser n'était pas contente de le voir, bien qu'elle se retînt de dire quoi que ce soit jusqu'à ce que son escorte soit partie.
« A quoi diable pensiez-vous ? » demanda-t-elle.
« Que le Major Carter et O'Neill avaient besoin de temps pour s'échapper, » répondit-il.
« Et ça valait la peine d'être tiré dessus ? »
« Dr. Fraiser, le destin de l'univers est en jeu. Mon inconfort temporaire importera peu s'ils ne réussissent pas. »
Elle ne parut pas convaincue. Le Dr. Fraiser mettait toujours le bien-être de ses patients en premier, peu importe le reste. C'était une caractéristique digne d'éloges, cependant, dans ce cas précis, elle était mal placée.
« Et même s'ils fabriquent un autre miroir, nous ne savons toujours pas où il doit être mis, » poursuivit le Dr. Fraiser.
« C'est pourquoi je dois retourner immédiatement auprès du Dr. Jackson, » dit Teal'c.
« Non, vous allez rester ici et laisser guérir cette blessure… ou je vous descendrai moi-même. Je sais que vous avez des problèmes avec votre Kelnorim, Teal'c. »
Teal'c haussa son sourcil, trahissant sa surprise.
« J'ai mes sources, » répondit-elle à sa question muette.
O'Neill, ça devait être O'Neill. Il devait y avait quelque chose chez les femelles Tau'ri se dit Teal'c en s'allongeant sur le lit. En certaines circonstances, elles étaient vraiment plus agressives que les mâles.
ooo
« Vous lui avez tiré dessus ! » s'exclama Jack.
« C'était le seul moyen, » répliqua Sam.
« Nous ne tirons pas sur nos propres coéquipiers. » Elle se tourna vers lui, les sourcils levés.
« Okay, nous ne leur tirons pas dessus à moins qu'ils ne soient possédés par une entité alien et ont prouvé qu'ils étaient belliqueux, mettant en danger le SGC et la sécurité de la planète. » Ce qui était le plus proche d'une excuse de sa part pour lui avoir tiré dessus deux fois avec un Zat. Au cours des années, elle avait appris à prendre ce qu'elle pouvait de Jack O'Neill. Il ne manquait jamais de lui dire qu'elle avait fait du bon boulot, mais parfois il était moins que disposé avec d'autres gentillesses. Les excuses, par exemple, n'étaient pas son fort. La confiance était un autre problème et à cet instant, Sam lui était extrêmement reconnaissante, à la fois de l'écouter et de la sortir de sa fichue cellule. Bien que, à en juger par la façon dont les choses tournaient, elle se demandait si elle serait très contente avec les arrangements le temps qu'ils arrivent à pieds à Colorado Springs. Elle ne pouvait qu'espérer que les autorités ne les attendaient pas chez elle.
Quand Orlin avait fabriqué sa Porte des étoiles, Sam avait rapidement compris que la structure ne pourrait pas rester dans son garage pendant très longtemps. Elle avait donc passé la nuit après son retour de P4X-636 à la mettre en pièces détachées pour comprendre comment elle fonctionnait. Cela avait été épuisant, mais avait largement valu la peine. Tout ce que Sam avait appris, elle l'avait encrypté et gardé pour son usage personnel. Pas exactement protocolaire, mais à ce moment-là, elle était en colère et se sentait trahie par ceux qu'elle considérait comme ses amis. Sans mentionner une certaine peine à perdre Orlin. Ce n'est qu'après avoir terminé qu'elle avait laissé la Porte être expédiée à la Zone 51. Il n'y avait eu aucun doute dans son esprit que les gens là-bas seraient capables de trouver comme elle marchait… un jour ou l'autre. Non pas qu'elle avait actuellement tant d'idées que cela sur le fait de transformer une Porte des étoiles en un miroir quantique. En fait, elle n'était même pas certaine de reproduire les travaux d'Orlin. Même si elle réussissait l'impossible, à moins que Daniel et Teal'c ne fassent leur part et découvrent l'endroit où le miroir devait aller… Sam prit une profonde respiration. Paniquer n'allait pas aider.
Une étape à la fois, un pied devant l'autre… essayer de ne pas trébucher, essayer de ne pas glisser…
La main du Colonel agrippa son bras, la tirant en arrière avant qu'elle ne se cogne sur une pierre déterrée.
« Doucement, » avertit-il.
« Désolée, » marmotta-t-elle.
« Vous voulez vous arrêter un moment ? »
« Non, je vais bien… juste trop de réflexions. »
« Coucou ? »
Faisant un effort, Sam tenta de réprimer ses pensées alors qu'ils avançaient. Le chemin débouchait sur une route forestière, laquelle menait vers le tarmac. Bientôt, ils marchaient au milieu des maisons à la place des arbres et les premières gouttes de pluie tombèrent du ciel. Ils étaient trempés lorsqu'ils atteignirent la maison de Sam.
D'après toutes les apparences, le bâtiment était exactement comme Sam l'avait laissé. Non pas qu'elle pensât que leur arrivée n'eût pas été remarquée, mais les voisins étaient habitués à ce qu'elle rentre à des heures indues. Ils penseraient, peut-être, que cela ne sortait pas de l'ordinaire.
« Faites comme chez vous, » dit-elle à O'Neill en allant dans son bureau pour allumer son PC. Elle entendit un babillage de bruits lorsque la télé fut allumée, suivis par le cliquetis des bouteilles lorsqu'il ouvrit le réfrigérateur.
« Apportez m'en une, » cria-t-elle par-dessus son épaule. La bière n'était probablement pas une bonne idée, mais déserter n'était pas non plus parmi ses plus brillantes idées. Il entra et lui tendit une bière froide, puis il la regarda.
« Ne pensez-vous pas que vous devriez vous sécher un peu avant de jouer avec vos jouets électroniques ? » demanda-t-il.
Sam baissa les yeux sur ses vêtements trempés.
« Vous avez peut-être raison, » dit-elle.
« Et… euh, je suppose que vous n'avez rien qui m'ira ? »
« Papa a laissé quelques trucs ici. »
« Sans vouloir vous offenser, Carter, mais il n'a pas mon style. »
ooo
Il y avait eu des moments, dans les années récentes, où Jack O'Neill avait fantasmé être dans la chambre de Samantha Carter. Il ne s'en excusait aucunement. Après tout, il était un mec et Carter était une femme attirante. C'était tout à fait naturel. Cependant, pour une raison ou une autre, il n'avait jamais pensé qu'il utiliserait un jour sa chambre pour se changer et mettre les vêtements de son père. Se regardant dans le miroir, il se demanda s'il était possible de paraître encore plus abruti. Le pantalon était trop court et la chemise en tissu écossais était trop serrée. Heureusement, Carter avait sorti un de ses propres sweats trop grands qui le couvrait assez bien. Bien que la raison pour laquelle elle avait besoin de porter un truc aussi grand lui échappait complètement.
Pour l'instant, elle était occupée dans son bureau, faisant ce qu'elle avait à faire avec l'ordinateur, Jack se sentait donc un peu inutile. Il avait fait son truc du chevalier à l'armure blanche, donc maintenant il était l'heure de laisser Carter sauver le monde. Traversant la cuisine, il se saisit d'une autre bière avant de s'asseoir devant la télé. Les Simpsons… Au moins un truc qui se passait bien, pour une fois.
… Ou peut-être pas.
Les mots 'dernier épisode' flashèrent sur l'écran. Jack était troublé. La saison ne devrait pas être terminée. Il prit le guide télé de Carter, pour découvrir ses personnages jaunes préférés sur la couverture. Le titre disait, DERNIER EPISODE DE TOUS LES TEMPS. Cela ne pouvait pas être vrai. Dans quelle sorte de monde en pagaille se retrouvaient-ils ? Jack s'affaissa dans son fauteuil. Quel que soit ce que Carter faisait, elle avait intérêt à se dépêcher. Il ferma les yeux pendant une seconde… puis ils s'ouvrirent brusquement quand il entendit un miaou reconnaissable. Baissant les yeux, Jack vit un chat se faufiler entre ses chevilles. Avec un autre miaou, le chat sauta sur ses genoux et se mit à ronronner.
« Carter ! » hurla-t-il. « Il y a un chat ici avec ses fesses sur mon visage. »
« Un chat ? » interrogea Carter, en émergeant de son bureau. « Je n'ai pas eu de chat depuis… Schrödinger. »
« Le chat que vous avez essayé de tuer dans la boîte ? »
« Quoi ? Non, monsieur. C'est le chat que j'ai donné à Narim. »
« Pourriez-vous me l'ôter de mes genoux ? » Carter prit pitié de lui et enleva le chat, tandis que Jack tentait d'ôter les poils de son torse. Il n'avait pas trop d'affinité avec les chats, pourtant ils faisaient toujours un détour pour venir à lui. Carter, c'était autre chose. Elle câlina le petit animal, alors même qu'il se débattait pour retourner à Jack.
« Mon Colonel, je pense que la perturbation s'étend, » confia Carter.
« Que voulez-vous dire ? » demanda-t-il.
« Ca a commencé à Cheyenne Mountain, maintenant Colorado Springs… Je ferais bien de retourner travailler. »
Jack n'avait pas besoin que la situation leur échappe des mains. Alors que le chat reprenait sa position précédente, il s'installa pour regarder le dernier épisode de tous les temps des Simpsons.
ooo
Le Colonel Reynolds avait été soldat toute sa vie… ou du moins, il aimait à le penser. Depuis qu'il était un petit enfant, courant partout avec un bâton, prétendant tirer sur ses camarades de jeu. Il avait toujours été fier de servir son pays. Mais ceci… ceci était une erreur. Reynolds s'était toujours flatté de sa capacité à suivre les ordres, mais cela ne signifiait pas qu'il aimait ce qu'il devait faire. Quand un général vous disait de sauter, vous demandiez 'à quelle hauteur ?' en sautant. Peu importe qui il était… ou ce qui était arrivé à l'homme que vous pensiez être le commandant du SGC. Reynolds était autant dans le noir que la plupart du personnel de la base. Bauer avait une certaine réputation et personne n'allait remettre en question ses ordres. Pas à moins de vouloir finir en cellule… ou devant une cour martiale. Pourtant, Reynolds restait avec le sentiment gênant qu'il aurait dû au moins tenter. Comme le Major Carter. Personne n'était en désaccord sur le fait que McKay méritait un coup de poing sur son nez, mais si elle avait réussi à retenir ses mains, alors Reynolds ne se serait pas retrouvé dans cette situation.
C'était un quartier tranquille de banlieue, pourtant, même les voisins les plus dignes de confiance allaient se rendre compte qu'il y avait quelque chose d'étrange à propos de la femme qui vivait au numéro 1025. Car c'était la seconde fois en peu de temps que des files de militaires étaient rangées à l'extérieur de sa maison. Sans mentionner l'enquête, il y a moins d'un an, concernant son enlèvement. Non, il n'y avait rien de normal à propos du Major Carter. Et la même chose pouvait être dite de l'homme qui se trouvait actuellement dans la maison avec elle. Reynolds avait une sacrée dose de respect pour le Colonel O'Neill. Même si l'homme avait défié les ordres de son supérieur, Reynolds ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression qu'il y avait une foutue bonne raison à cela. O'Neill jouait peut-être avec les règles, mais il avait toujours à l'esprit le meilleur intérêt de ses hommes et de sa planète. Remarquez, le Colonel avait un 'faible' bien connu pour le Major Carter. Personne n'en parlait jamais… Si Hammond avait toujours été aux commandes du SGC, jamais aucun d'eux ne serait en fuite comme cela et Reynolds ne désirait vraiment pas être celui à les arrêter. Mais tels étaient ses ordres. La rumeur était qu'ils avaient fui pour poursuivre le plan du Major Carter pour sauver le monde. Etant donné le penchant de SG-1 pour cette activité, cela rendait la chose tout à fait plausible.
Le jour était assombri par la pluie, assez sombre pour qu'il y ait de la lumière à l'intérieur de la petite maison. Une silhouette se déplaçait derrière les stores, d'après sa taille et sa corpulence, Reynolds savait que c'était le Major Carter. Il jeta un coup d'œil à l'homme accroupi à côté de lui : un marine sans une seule pensée originale. Quelqu'un qui levait déjà son arme avec l'impatience d'avoir un tir facile. Reynolds écarta le fusil d'une claque. Il ne laisserait personne descendre ses amis sans leur donner une chance de se rendre paisiblement. De plus, s'il connaissait Jack O'Neill, l'homme était déjà conscient de leur présence, mais il ne pouvait pas faire grand-chose. Nulle part où s'enfuir. Les voitures de O'Neill et du Major Carter étaient toujours au SGC et ils n'iraient pas très loin à pied.
Décidant qu'il était temps d'avancer, Reynold souleva le mégaphone à ses pieds.
« Jack ? » appela-t-il.
Il n'y eut pas de réponse, mais il n'en attendait pas. En fait, il aurait été surpris si O'Neill avait dit quoi que ce soit… en tout cas rien qui eût été répétable en bonne compagnie.
« Il n'y a nulle part où aller, Jack, » poursuivit-il. « Viens sans faire d'histoire et je promets que personne ne sera blessé. »
Une par une, les lumières à travers les fenêtres s'éteignirent. Reynolds ne pouvait plus voir aucun mouvement. Il retint sa respiration. Qu'est-ce que O'Neill allait bien faire ? Bien que personne ne doutât que le Major Carter fût le cerveau du duo, Jack avait une façon de surprendre son monde. Effectivement, la porte d'entrée s'entrouvrit et Reynolds entendit les armes se relever, les sécurités ôtées. Il savait que si O'Neill sortait armé, jamais il ne pourrait empêcher ces hommes-là de tirer. Ils avaient leurs ordres, comme lui, mais seraient probablement un peu plus rigoureux dans la façon de les exécuter.
Alors qu'il observait, la porte s'ouvrit un peu plus. Reynolds pouvait voir une forme pâle bouger dans l'obscurité. Incertain, il leva sa propre arme. Il y eut alors un miaulement et un chat de gouttière fut jeté sans ménagement dans la rue. Reynolds savait qu'il était destiné à être une distraction, mais il ne put empêcher ses yeux de suivre la bête alors qu'elle s'enfuyait de son foyer, les poils de sa queue hérissés comme une brosse à bouteille. Quelque part, un moteur de moto rugit et Reynolds se retourna pour voir l'improbable vision d'un Jack O'Neill assis sur une Kawasaki derrière le Major Carter, leur faisant un doigt d'honneur.
ooo
Plus Jamais. Jamais, jamais, plus jamais. Jack était au courant que Carter était une accro de la vitesse, mais il n'avait jamais vérifié personnellement à quel point elle l'était. Ce n'était pas qu'il n'aimât pas les motos, mais il préférait sans problème être à la place du pilote. Carter avait catégoriquement refusé quand il avait timidement suggéré l'idée. Apparemment la Kawasaki nécessitait du doigté… quelque chose que Jack ne pouvait pas vraiment apprécier quand il devait s'accrocher comme si sa vie en dépendait. Il était clair que Carter avait une idée totalement différente de la signification du mot 'doigté'. Quand elle avait suggéré la première fois d'utiliser sa moto, il s'était attendu à son Indian de collection… pas une machine surpuissante qu'elle s'était bien gardée de mentionner. Carter semblait en fait prendre plaisir à son malaise. Même si elle lui tournait le dos, Jack aurait juré qu'elle se moquait de lui. Cela n'aidait pas d'avoir un gros sac d'outils qui pendait sur son épaule, rendant précaire son équilibre chaque fois qu'elle prenait un virage un peu trop vite.
Et il avait froid. Jacob n'avait pas pensé à laisser de combinaison en cuir chez Sam bien que, à en juger par l'habileté de sa fille à conduire, ce n'était pas si surprenant. Jack pouvait s'estimer chanceux qu'elle ait eu un casque supplémentaire. De plus, il avait survécu à l'Antarctique. Bien qu'avec des os cassés et une hémorragie interne, il n'avait pas trop pensé au froid. Ce n'était rien, mais il fut très heureux quand Carter s'arrêta devant un motel. Jack descendit un peu raide. Inutile de dire qu'il était un peu tendu.
« Je vais aller nous prendre une chambre, » dit-il.
Pour une raison ou une autre, les noms de M. et Mme. Smith semblèrent appropriés. Le fait que Carter soit vêtue de cuir et que Jack soit… eh bien… quelque peu plus vieux, ils ne ressemblaient pas beaucoup au couple légitime. Si les gens pensaient qu'il l'avait ramassée dans un bar, tant mieux.
La chambre était exactement comme il s'y attendait, un peu miteuse, un peu humide, mais dans l'ensemble convenable. Jack s'effondra sur l'un des lits, pendant que Carter commençait à sortir ses outils.
« Puis-je faire quelque chose ? » offrit-il.
« Je pourrais manger quelque chose, » répondit-elle.
Par quoi Jack sut qu'on venait de lui dire, subtilement, de rester hors du chemin. Probablement une bonne chose.
« Pizza ? » demanda-t-il.
« Très bien. » Elle avait déjà ce regard brillant dans ses yeux et Jack sut qu'elle ne faisait pas vraiment attention à rien d'autre que les nombres qui traversaient son esprit.
« Oh, j'aurai besoin de votre Zat, » lui cria-t-elle.
« Pour quoi faire ? »
« Le Naquadah. »
« Puis-je prendre la moto ? »
« Non, mon Colonel. »
Résigné, Jack donna son arme avant de se glisser hors de la pièce. Il marcha trois blocs jusqu'à la pizzeria. Une fois qu'il y arriva, il se rendit compte qu'il n'avait aucune idée ce que Carter aimait sur sa pizza. Il y avait quelque chose de très anormal à cela. Les voilà en train de faire face à la fin de l'univers, et il avait l'impression qu'il connaissait à peine la femme aux côtés de qui il avait travaillé pendant six ans. Ce n'était pas exact, bien sûr, mais ça ne semblait pas normal de se creuser la tête pour le choix de la garniture. Tout le monde aimait les pepperoni, pas vrai ?
Le ciel commençait à s'éclaircir lorsqu'il commença à marcher en direction du motel, et Jack se retrouva à regarder les étoiles familières. Cela, au moins, n'avait pas changé.
ooo
C'était un château. Un vrai château, sorti tout droit des pages d'un conte de Disney. Il y avait juste un problème… il ne semblait pas y avoir d'entrée. Jonas fit et refit le tour, mais il n'y avait rien sur les murs qui ressemblait ne serait-ce que vaguement à une entrée.
« Alors comment suis-je censé entrer ? » interrogea-t-il son ami 'invisible'.
« Utilisez votre imagination, Jonas, » répondit la voix.
« Pourquoi rendez-vous cela si difficile ? »
« Parce que je ne peux vous aider à moins que vous ne vous aidiez vous-même. »
Pas d'aide donc. Il ne savait même pas s'il était censé entrer, mais puisque c'était le seul bâtiment qu'il avait vu, cela semblait assez sûr de présumer que quel que soit ce qu'il voulait se trouvait à l'intérieur. Jonas traversa le pont-levis, prenant un instant pour regarder l'eau étincelante des douves. Il pouvait voir les poissons nager au fond. Etait-ce son imagination ou est-ce qu'ils chantaient ?
Jonas les ignora. Il devait réfléchir. Ceci était basé sur un conte de fées, la magie… Donc, tout ce qu'il avait à faire était de trouver les mots magiques.
« Sésame, ouvre-toi ! » cria-t-il.
Rien ne se passa.
« Bien sûr, c'est un conte arabe, » marmonna Jonas pour lui-même. Mauvaise référence.
Alors quel autre moyen y avait-il d'entrer dans une forteresse impénétrable ? Forteresse… tresses... Levant la tête, et se sentant plus qu'un peu stupide de faire cela, Jonas cria, « Raiponce, Raiponce, descends-moi tes longs cheveux ! »
Effectivement, une épaisse natte de cheveux d'or descendit d'une fenêtre dans une des tours. Jonas la regarda et puis tourna son regard vers le haut. C'était un long chemin, mais qui ne risque rien… Il se saisit de la tresse et se balança en l'air. Jonas avait toujours pensé être relativement en forme, probablement davantage depuis qu'il était venu sur Terre et avait commencé à s'entraîner avec Teal'c. Malgré tout, ses bras et ses épaules étaient presque endoloris le temps qu'il se hisse à travers la fenêtre. Du propriétaire des cheveux, il n'y avait aucun signe. La tresse disparut aussitôt qu'il fut sur le sol ferme. Jonas avait craint qu'une sorcière l'attendait peut-être.
Il était donc à l'intérieur, et maintenant ?
La pièce où il se tenait était circulaire, au sommet de la tour. Il n'y avait qu'un moyen de sortir, et c'était vers le bas… Ce qui était ironique quand vous y réfléchissiez. Jonas tira violemment la lourde porte en chêne et se mit à descendre l'escalier en colimaçon. C'était maintenant le tour des parties inférieures de son corps de protester, ses pieds et ses chevilles pour être précis. Considérant le fait que tout cela était un rêve, la douleur était un peu plus réaliste qu'il aurait souhaité. Le fait que cela fit si mal en disait long sur sa psyché, mais Jonas ne savait pas quoi. Il ne prévoyait pas de se faire analyser cette fantaisie un jour prochain.
Les marches se terminèrent brusquement devant une autre porte en bois, ornée d'un miroir. Selon son estimation, il était plusieurs mètres sous le niveau où il avait débuté… ce qui le surprit en songeant aux donjons et aux diverses formes de tortures médiévales. Pas quelque chose à laquelle il voulait penser dans un monde où n'importe lequel de ses souhaits pouvait prendre forme Jonas tenta la porte… verrouillé. Il la regarda.
« Miroir, un miroir sur un mur, » marmonna-t-il.
Il y eut un clic audible. S'armant de courage, il ouvrit la porte et se retrouva dans un grand hall. Les murs étaient couverts de tapisseries et le sol de paille. Il y avait de la fumée de bois dans l'air, irritant ses poumons. A l'opposé, à l'autre bout du hall, il y avait le dais sur lequel se trouvait un trône.
« Coucou ? » interrogea Jonas, essayant de voir qui exactement était assis sur le trône.
« Pas trop tôt, » répondit la voix.
L'homme se leva et marcha vers Jonas.
« Je suppose que maintenant vous voulez savoir comment vous sortir du bordel dans lequel vous vous êtes fourrés. »
ooo
« Dr. Jackson ! »
Le cri était suffisamment fort pour que Janet sorte de son bureau en courant. Jonas Quinn était réveillé et ce n'était pas trop tôt. Il était assis sur son lit, son visage aussi pâle que les draps blancs en coton. Un regard sur les écrans fut suffisant pour que Janet sache qu'il était hautement agité. Son cœur battait à tout rompre et sa tension semblait vouloir traverser le plafond.
« Jonas, Jonas, ça va, » dit-elle d'une voix apaisante, essayant de calmer l'homme.
Mais il ne semblait pas écouter. Elle saisit ses mains lorsqu'il tenta de se dégager des appareils.
« Jonas, calmez-vous. Vous êtes en sécurité, vous allez vous en sortir, » lui dit Janet.
« Non, non, je ne suis pas en sécurité, aucun de nous l'est, » dit-il.
« Sam trouvera un moyen. »
« Je l'ai vu. J'ai vu le Dr. Jackson. »
« Je sais. Il est là, il travaille sur le problème. »
« Non, pas celui-là. »
« Comment ça pas celui-là ? »
Janet commençait à avoir un mauvais sentiment. Et si les radiations auxquelles il avait été exposé avaient eu une action sur son esprit d'une façon qu'elle ne comprenait pas ? Et il s'était cogné sa tête. Peut-être qu'il y avait une lésion au cerveau ? Un caillot ? Le jeune homme prit une profonde respiration.
« Dr. Fraiser, je sais que je dois vous paraître fou, mais vous devez me faire confiance. J'ai vu Daniel Jackson, votre Daniel Jackson… et je pense qu'il sait quelque chose qui pourrait nous aider. Vous devez m'aider. »
« Comment ? »
« Rendez-moi de nouveau inconscient. »
« Quoi ? »
« C'est le seul moyen. »
« Jonas ! »
Elle le regarda fixement, réfléchissant à sa demande. Il semblait si impatient, mais Janet n'avait pas l'habitude d'endormir ses patients juste parce qu'ils le demandaient. Remarquez, à en juger par les récentes alertes d'intrusion, elle se demandait exactement ce qu'elle avait à perdre. La situation semblait se détériorer rapidement au SGC. Teal'c avait été convoqué avant qu'il ne soit complètement guéri… si Jonas pensait qu'il pouvait aider… Etant donné le destin que Sam avait prédit, ne serait-il pas mieux de dormir à travers tout ceci ?
« Si vous ne le faites pas, je me précipiterai sur le mur le plus proche, » menaça-t-il.
« Faites cela et je ne vous raccommoderai plus, » répliqua sèchement Janet.
« Je vous en prie. »
ooo
To be continued...
