Interlude Episode 7:

Far From Home

by Ruth M. King

Auteur : Ruth M. King
Traducteur: Aybarra

Spoilers : Tout jusqu'à la fin de la saison 8. En particulier 'Gemini', 'Reckoning' et 'Moebius'.

Season / Sequel : Se passe à la fin de la saison 8 et avant la 9.

Rating : 13 +
Pairing : Sam/Jack
Résumé : la version Réplicateur de Sam est de retour et elle a pris Jack. Pour le retrouver, Sam a besoin d'un peu d'aide d'une source inattendue.

DISCLAIMER: Stargate SG-1 and its characters are the property of Showtime/Viacom, MGM/UA, Double Secret Productions, and Gekko Productions. We have written this story for entertainment purposes only and no money whatsoever has exchanged hands. No copyright infringement is intended. The original characters, situations, and story are the property of the authors. Not to be archived without permission of the author.

Note de l'auteur : voici l'épisode Sept ! encore une fois, de nombreux remerciements à Jo et Ruthie pour leur soutien infaillible et leurs encouragements.

Note du traducteur : un episode assez sombre.

Un grand merci à Sam star et à Bibiche pour leur aide.

Bonne lecture !

ooOoo

Chapitre 1 : Prologue

Etait-ce cela la mort ?

Elle pouvait encore réfléchir. Elle pouvait encore sentir ses composants élémentaires. Elle avait les souvenirs et les croyances de son alter-ego, pourtant elle restait incertaine. L'humaine était morte une fois, mais il n'y avait pas de souvenir. La salve de la lance l'avait effacée de l'existence jusqu'au moment où elle s'était réveillée chez les Nox.

Sa conscience s'étendit. Attirant, incitant, nourrissant. Lentement. Très lentement, elle rassembla les pièces. Alors que ses composants s'unissaient, elle sut instinctivement que quelque chose n'allait pas. Bien que l'arme ne l'ait pas détruite, elle était, elle savait, mortellement blessée.

Ce n'était pas ainsi qu'elle voulait que cela finisse.

Il faisait froid ici, tellement froid. Elle avait les souvenirs de Samantha Carter. Elle se rappeait la sensation de bras autour d'elle… d'un baiser bref et interdit. Son peuple était mort. Sa propre vie s'effacerait bientôt. Elle voulait la chaleur, elle voulait l'amour. Elle savait comment elle voulait mourir et ce n'était pas ainsi.

Ils vinrent la chercher, à travers l'obscurité de ce monde froid. Elle le vit et soudain son chemin fut clair.

Il l'aiderait à vivre et elle ne serait plus seule.

Elle le prit dans la nuit. Les autres furent faciles à neutraliser. Elle ne les tua pas, sachant que cela le bouleverserait s'ils mourraient. Elle voulait qu'il soit heureux.

Pendant qu'il dormait, elle entra dans ses rêves. C'était plus facile ainsi. Elle pouvait lui soutirer des informations. Ainsi, elle n'avait pas à prétendre être quelqu'un d'autre. Trouver ce qu'elle voulait ne prit pas longtemps. Un lieu si lointain qu'ils ne le retrouveraient jamais.

Un lieu où ils pourraient être ensemble.

Ils retournèrent à la Porte des étoiles. Personne n'avait de raison de les interroger, ni au SGC ni à la Zone 51.

Et ils furent libres.

ooo

Le Major Samantha Carter ne pleurait pas. Aussi étrange que cela puisse sembler, ses yeux étaient secs et l'avaient été depuis bien des heures. Sam faisait toujours attention à limiter sa consommation d'alcool. Cela ne lui allait pas. Ou disons plutôt que cela n'allait pas avec ceux qui se trouvaient dans son entourage. Trop d'éthanol dans son système et elle devenait quelque peu belliqueuse. Parfois, elle souhaitait pouvoir juste vomir comme les gens normaux, mais non… Il fallait qu'elle s'en prenne au monde entier. Au moins quand elle était seule, la seule personne qu'elle pouvait blesser était elle-même.

Seule.

Elle n'avait jamais pensé qu'elle serait à nouveau ainsi. Quand Pete était parti, Jack avait été là pour prendre sa place. Et maintenant… Sam prit une profonde respiration et se versa un autre verre de vin. Il était censé être le général. Il était censé rester en sécurité à la maison. La vérité était que Jack était parti sur cette dernière mission à cause d'elle. La cheville de Daniel n'avait été qu'une excuse. Après plus d'une année à la tête de SG-1, il y avait encore des moments où Sam pensait qu'il ne lui faisait pas confiance. En cette occasion, il avait probablement eu raison. Sam ne savait pas ce qu'elle aurait pu faire si elle avait rencontré ce Réplicateur… Réplicarter… hé, c'était drôle.

La façon dont les choses s'étaient déroulées, elle n'avait eu pas une chance. Ils étaient sur la bonne planète. Il n'y avait pas de doute là-dessus. Même si Daniel n'en était pas certain, il y avait des signes d'activité des réplicateurs. D'après lui, elle était blessée, mourante, même. Une assez bonne raison pour abaisser leur garde.

Sam n'avait aucune idée du comment cela s'était passé. Ils avaient dressé le camp pour la nuit. Teal'c et Jack avaient pris les premiers tours de garde, lui permettant de dormir. Elle s'était réveillée une semaine plus tard à l'infirmerie. Comment Teal'c avait réussi à les ramener à la maison, Sam ne savait pas. Le Réplicateur n'avait pas pris leurs GDO, une négligence de sa part… ou peut-être qu'elle les avait crus morts ? Si elle ne fonctionnait pas correctement, elle pouvait avoir fait une erreur. Une chance. Le SGC avait cru que Teal'c était mort. Sam avait découvert qu'ils avaient vu Jack et elle rentrer en toute sécurité chez eux et puis disparaître dans le Minnesota… Aucune question n'avait été posée.

Et maintenant, Jack était parti.

Il y eut des recherches, mais Sam savait qu'on ne le trouverait pas. Il n'était pas là, c'était aussi simple que cela. Pourquoi le Réplicateur le cacherait-il sur Terre quand elle avait toute la galaxie ? Sam en aurait fait de même. Elle se rappelait avec netteté ses propres expériences avec Numéro Cinq. Jack pensait probablement qu'il vivait son fantasme… Pêche, Minnesota et Sam Carter. Il n'y réfléchirait pas à deux fois. Le Réplicateur ne ferait pas les mêmes erreurs que Numéro Cinq. Elle saurait quels étaient les vrais sentiments de Jack.

Daniel s'en voulait de s'être souvenu. Teal'c s'en voulait de ne pas avoir pu les défendre. Sam s'en voulait parce qu'elle avait été celle à faire confiance au Réplicateur au début. Si Jack avait su ce qui allait se passer, Sam était presque certaine qu'il n'aurait pas été aussi rapide à lui dire que ce n'était pas sa faute.

La bouteille était vide et il était temps d'aller au lit. Son congé médical était terminé et elle devait se présenter au SGC le lendemain matin. Le travail était tout ce qui lui restait… et il fallait qu'elle mange. Sam détestait se voir ainsi. A la première occasion demain, elle irait voir McKenzie pour voir s'il pouvait l'aider.

Passant de pièce en pièce, elle vérifia méthodiquement les fenêtres et les portes. C'était un réflexe conditionné. Elle savait que sa maison était sûre, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Sam vérifiait la porte d'entrée quand quelqu'un frappa. Il y avait une silhouette sombre derrière la vitre, mais elle ne pouvait dire si la personne portait un uniforme ou pas. Dans son esprit, elle pouvait entendre la douce voix lui disant qu'on avait retrouvé le corps de Jack. Elle ferma les yeux et souhaita qu'elle s'en aille.

« Sam, je vous vois ! »

C'était Daniel… Daniel et il était très excité par quelque chose. Au plus profond d'elle, Sam était heureuse qu'il ait trouvé quelque chose pour le distraire de Jack, c'est juste qu'elle ne voulait pas savoir. Cependant, étant donné qu'il l'avait vue, elle n'avait pas d'excuse pour ne pas ouvrir la porte.

« J'étais sur le point d'aller au lit, » lui dit-elle, espérant que sa voix n'était pas traînante. Si elle l'était, il ne sembla pas remarquer.

« Nous avons trouvé quelque chose ! » s'exclama-t-il.

« Nous ? »

« Teal'c et moi. Nous passions en revue le reste des bidules que les responsables des fouilles à Gizeh ont envoyés au SGC et nous avons trouvé ceci. »

Il agitait un morceau de papier devant son visage. Sam le lui prit, en faisant attention à ne pas déchirer le fragile document. C'était du vrai papier, pas du papyrus, quelque chose que leurs doubles avaient sur eux. Le truc vraiment étrange était que cela lui était adressé. Prenant le papier avec elle, elle traversa la cuisine et l'étendit soigneusement sur le comptoir, se penchant tout près pour pouvoir lire les mots effacés.

Chère Samantha,

Si vous lisez ceci alors je présume que nous avons sauvé le futur et tout est comme il devrait être…

Chapitre Deux (Ligne de temps alternative)

« Oui, maman. Oui, je sais. Oui, je rentre bientôt. Non, je ne sais pas exactement quand. » Sam tenta de garder sa voix basse, mais sa conversation commençait à faire tourner des têtes. Elle souhaitait être allé dans un endroit plus isolé pour prendre l'appel… ou ne pas avoir donné ce numéro à sa mère pour commencer.

Comme si ça ne suffisait pas qu'elle n'allait pas traverer la Porte des étoiles, maintenant elle allait être la risée de tous. Combien de femmes ayant la trentaine avaient une mère qui les appelait pour se renseigner sur elles ?

« Maman, je dois y aller, » protesta-t-elle et raccrocha au nez de sa mère. Sam ne devait aller nulle part, mais son Jell-O était en train de fondre.

Elle souhaita que le sol s'ouvre et l'avale. Dieu qu'elle était pathétique. Elle n'arrivait même pas à tenir tête à sa mère, encore moins à quiconque. Si elle avait eu un peu plus d'assurance, elle ne retournerait pas à un job sans avenir. Sam soupira en son for intérieur en se tournant vers son Jell-O. Elle et le Dr. Jackson partiraient demain matin et, apparemment, il n'y avait rien qu'ils pussent faire. Pour l'instant, le seul côté agréable qu'elle pouvait voir était le fait qu'elle ne verrait plus jamais Rodney McKay, plus, plus jamais.

Plus jamais.

Beurrrrrk !

Ce n'était pas juste. Le Dr. Jackson et elle avaient trouvé la Porte des étoiles pour le Général Hammond et maintenant, il allait envoyer un quelconque idiot de l'armée avec le QI d'une patate… oh… oh… oh. Sam renversa sa chaise dans sa hâte d'accueillir l'homme qui venait d'entrer dans le mess. Malgré le fait qu'il était à présent en uniforme, il le portait avec une sorte de mépris nonchalant. Sam remarqua qu'il avait complètement oublié de se peigner.

« Colonel O'Neill, » s'exclama-t-elle, tendant brusquement la main en guise de salut.

La main qui engouffra brièvement la sienne était encore maculée de saleté. Il la retira et essuya la paume sur son pantalon. A son désarroi, Sam remarqua une traînée de Jell-O sur le tissu bleu-marine.

« Désolée, » dit Sam avec un mouvement de recul.

« Que doit-on faire pour avoir quelque chose à manger ici ? »

« Le Jell-O n'est pas mal. »

« Super. »

Sam trotina derrière lui lorsqu'il s'avança jusqu'au comptoir où on servait de la nourriture chaude.

« Nous sommes vraiment contents de vous voir, » continua-t-elle.

« Nous ? »

« Le Dr. Jackson et moi… du moins, il le serait s'il était là. »

« J'en suis sûr. »

Le Colonel O'Neill était occupé à remplir son assiette avec de la viande et de la purée.

« Vous mangez ? » demanda-t-il.

« Non… Non… Vous savez ce qu'on dit, un instant sur les lèvres, une vie entière sur les hanches. »

Il se contenta de la regarder et l'expression sur son visage suffit à Sam pour resserrer son cardigan marron un peu plus étroitement. Elle savait qu'elle n'était pas en très grande forme physique. Même si elle faisait continuellement un régime, elle ne semblait pas pouvoir ôter ces kilos en trop.

Ayant fini de se servir, O'Neill trouva un siège et Sam apporta son Jell-O pour s'asseoir en face de lui.

« Alors ? » demanda-t-elle.

« Oui ? »

« Quand y allons-nous ? »

« Pardon ? »

« A travers la Porte des étoiles. »

Il posa sa fourchette et la regarda fixement. « Vous n'allez pas passer la Porte des étoiles, » dit-il.

« Mais… mais il le faut. Vous êtes censé défendre notre cause ! » protesta Sam. Cela ne pouvait pas arriver. Elle n'avait jamais voulu quelque chose aussi fort.

« Pourquoi prendrais-je un prof d'anglais et une correctrice sur une mission militaire ? »

« Parce que nous sommes une équipe. »

Il se pencha plus près d'elle et le sourire sur son visage n'était pas très gentil.

« Vous vivez encore avec votre mère, n'est-ce pas ? Et je parie qu'elle choisit aussi vos vêtements. »

Sam eut l'impression qu'elle allait pleurer. Comment savait-il cela ? Elle n'allait pas verser de larmes devant lui, sûrement pas. Sam renifla. Otant ses lunettes, elle s'essuya les yeux. A son crédit, O'Neill parut légèrement honteux.

« Rentrez chez vous, » lui dit-il, son ton étonnamment gentil.

« C'est ça... Chez moi. Je suppose que c'est tout ce à quoi je suis bonne, » dit-elle en reniflant.

Il ne dit rien et Sam décida qu'il était temps de partir.

« Hé, » l'appela-t-il.

« Oui ? »

O'Neill tenait ses lunettes. Elle tendit la main, mais il ne les lui rendit pas tout de suite.

« Vous devriez songer à porter des lentilles de contact, » lui-t-il.

« Trop de soucis, » répondit-elle en lui arranchant les lunettes des mains.

« Dommage. »

Ignorant son commentaire, Sam sortit du mess, la tête haute. Elle ne se rendit pas compte qu'elle était suivie, pas jusqu'à ce qu'elle sente une main saisir ses fesses. Sam grinça des dents et s'écarta vivement. Rodney McKay se tenait derrière elle.

« Pas mal, » lui dit-il.

« Quoi ? »

« De vous jeter ainsi aux pieds de cette tête brûlée. »

« Ce n'est pas ce que j'ai fait… Je voulais juste aller sur cette mission. »

« Eh bien pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et coucher avec lui ? »

« Pardon ? »

« Bien sûr, peut-être que ça marcherait ? Je veux dire, le type doit être assez désespéré. »

L'expression sur le visage de McKay l'effraya. Il la regardait comme si elle était de la crotte. Sam avait envie d'aller se doucher immédiatement. Pourquoi attirait-elle les cinglés ? Pendant un instant, elle réfléchit à la suggestion de McKay et puis elle baissa les yeux sur elle. De qui se moquait-elle ? Jack O'Neill était bel homme. En aucun cas il pourrait être intéressé par elle.

Bien que si elle gardait les lumières éteintes et une couverture au-dessus de…

ooo

Cela avait été une très, très longue journée. Rien que ce matin, Jack O'Neill était assis, heureux, sur son bateau, sans avoir à se soucier de quoi que ce soit… maintenant, il était presque minuit et il était à l'intérieur de Cheyenne Mountain, se préparant à piloter un vaisseau alien à travers un vortex stable vers une autre planète. Pas de changement de style de vie, pas du tout…

C'est ça.

Pas étonnant qu'il soit grincheux, mais s'en prendre au Dr. Carter avait été probablement exagéré. Elle était au mauvais endroit au mauvais moment. Ce dont Jack O'Neill avait besoin était un jeune officier sur qui hurler… ou un peu de sommeil. C'était ça. Huit bonnes heures de sommeil et il serait de nouveau lui-même, un type cordial.

On lui avait affecté des quartiers quelque part sur ce niveau. Jack jeta un œil sur le papier dans sa main, tentant de comprendre le système de numérotage des chambres. Ah… c'était là. Ouvrant la porte, Jack ne se donna pas la peine d'allumer la lumière en jetant son sac sur le lit où il atterrit avec un cri étouffé.

Attends une seconde…

La main de Jack tatonna pour l'interrupteur lorsque quelqu'un alluma la lampe de chevet. Il fut surpris et déçu de découvrir que son lit tant désiré était déjà occupé. Apparemment nue, le drap tenu serré sur sa poitrine et ses lunettes de biais, le Dr. Carter donnait l'impression qu'elle allait avoir une crise cardiaque.

« Désolé, » s'excusa-t-il. « Je pensais que c'était ma chambre. »

« Ca l'est, » répondit-elle.

« Quoi ? »

Pendant un instant, il pensa qu'elle allait être malade. Puis elle ôta ses lunettes et se déplaça de l'autre côté du lit. Elle rabattit les couvertures en une invitation.

« Oh, merde ! » jura Jack. Est-ce que cela pouvait-il être plus gênant ?

« Laissez-nous aller avec vous et je ferai tout ce que vous voudrez, » dit-elle.

Ce qui était probablement destiné à être dit d'une voix suave sortit davantage comme un grincement et pendant un instant Jack fut tenté de rire. Elle commença à sortir du lit, et il ferma étroitement les yeux.

« Ce que je veux, c'est que vous partiez, » lui dit-il.

« Vous ne voulez pas de moi ? »

« Non. Bon Dieu… pas comme ça ! »

Il la sentit passer à côté de lui vers la porte, et il réalisa qu'il était sur le point de perdre ses draps s'il ne faisait rien. Jack tendit la main pour l'empêcher de courir à travers la base ne portant rien d'autre qu'un drap.

« Vous devriez remettre vos vêtements d'abord, » dit-il.

« Mes vêtements… ? » Elle paraissait complètement perplexe.

Regardant la pièce, Jack aperçut un tas de vêtements marons pliés sur une des chaises. Même ses sous-vêtements étaient démodés, remarqua-t-il, lorsqu'il les lui tendit. Sam les attrapa et se précipita dans la salle de bain. Jack secoua la tête. Il lui avait fallu beaucoup de courage pour venir ici et tenter cela. D'un côté, il admirait sa tenacité. D'un autre côté, il était atrocement mal à l'aise. Elle devait se rendre compte qu'elle n'était pas tout à fait le type 'beauté fatale', mais il devinait qu'elle désirait vraiment, vraiment aller sur cette mission.

Il leva la tête lorsque la porte de la salle de bain s'ouvrit et que le Dr. Carter se glissa dans la chambre.

« J'apprécierais si vous ne mentionniez pas ceci, » dit-elle à voix basse.

« Je l'emporterai avec moi jusqu'à ma tombe, promis, » la rassura Jack.

Sam refusa de le regarder en s'approchant de la porte, les épaules voûtées. Jack se sentit un peu désolé pour elle.

« Un petit conseil, » dit-il. « Ne refaites pas ça. Rien n'en vaut la peine. »

« Vraiment ? » demanda-t-elle.

« Non. »

« Vous aviez raison sur moi. »

« J'avais raison ? »

« Je n'ai jamais pris de risque. Je n'ai jamais saisi l'occasion… Ceci était… ceci était mon rêve. J'aurais dû savoir que ça ne marcherait pas. Je veux dire, qui voudrait de moi ? »

« Carter ? »

« Mon père voulait un garçon, ma mère veut une ménagère. Et puis il y a McKay… il veut juste me sauter, je pense. »

Jack ne voulait pas entendre cela, pas maintenant, jamais. Les conversations personnelles n'étaient pas son truc. Il devait trouver un moyen d'arrêter le flot de mots.

« Dr. Carter, arrêtez ! » dit-il.

« Je suis désolée, je suis désolée, je vais y aller, » marmonna-t-elle.

« Faites ça. Il vous faudra vous lever tôt demain. »

« Pourquoi ? Mon vol n'est qu'à midi. »

« Ouais, mais nous passons la Porte des étoiles à 8h00. »

« Quoi ? »

« Vous m'avez entendu. »

« Vraiment ? Oh mon Dieu ! Nous ne vous décevrons pas, promis. »

Tout d'un coup, Sam l'étreignait étroitement. Puis, en un tourbillon de tissu marron, elle fut partie.

« Je dois le dire à Daniel, » cria-t-elle par-dessus son épaule.

Jack fut laissé là avec le souvenir embarrassé de son corps chaud pressé contre le sien et un oreiller qui sentait la vanille.

ooo

Elle était une intello, du moins c'est ce que Jack devait constamment se rappeler. Le problème était que plus il passait de temps en sa compagnie, plus il trouvait difficile de continuer de penser à elle de cette façon. Les intellos n'étaient pas censées être mignonnes. Jackson n'était certainement rien de plus qu'un poids mort, alors qu'est-ce qui rendait Carter si différente ?

Peut-être parce qu'elle était une femme ? Cela y faisait certainement. Jack aimait les femmes.

Ou parce qu'elle s'était proposée de coucher avec lui ?

Okay, il avait refusé, mais maintenant que l'idée était fermement plantée dans son esprit, c'était difficile de s'en débarrasser. Son style de vie au cours des dernières années n'avait pas été propice à rencontrer quelqu'un de spécial. Bien sûr, il y avait eu des rencontres d'une nuit. Cela lui avait suffit pendant qu'il se remettait de Sara ou voulait un lit chaud à partager. Trouver une fille dans un bar n'était pas difficile, même pour un homme dans un âge avancé comme lui. Bien qu'ayant abandonné la vie militaire, il ne s'était pas trop négligé.

Carter était différente. Traitez-le de vieux jeu, mais un coup rapide n'était pas ce qu'il voulait… plus maintenant. Il ne pensait pas avoir jamais rencontré quelqu'un de si passionné. Elle croyait en lui, ce qui était quelque peu étrange étant donné le fait qu'ils s'étaient à peine parlés. Sa foi enflammait une étincelle dans son âme fatiguée et usée. Si seulement il pouvait cesser de l'insulter… Regardez-le. Cinquante ans et se comportant comme l'adolescent qui ne parle pas à la fille qu'il aime. Et il aimait effectivement Carter. Il l'aimait beaucoup, même s'il ne comprenait pas pourquoi.

Il n'y avait pas tellement lieu de l'admettre. Jack était quasi certain qu'elle n'avait pas grande opinion de lui, bien que leur permettre, au Dr. Jackson et à elle, de venir sur la mission avait dû marquer des points. C'est juste qu'il ne savait pas comment lui parler. Elle était si intelligente et il était… Il avait surpris McKay parler d'elle et de la façon dont elle parlait. Jack ne pouvait qu'être d'accord avec l'homme. C'était très sexy, surtout parce que c'était tellement inattendu.

Devrait-il dire quelque chose ? Et si elle, elle ne l'aimait pas ? Mais elle avait voulu coucher avec lui ? C'était un cercle sans fin et Jack savait qu'il ne n'était pas près de trouver une réponse.

Si jamais ils étaient seuls et si le moment était le propice, il dirait quelque chose. Après tout, il n'y avait rien à craindre.

Elle était une intello.

Juste une intello.

ooo

Le baiser était agréable, décida Sam alors que Jack tenait son visage dans ses mains. Elle tentait encore d'intégrer l'idée qu'il pensait qu'elle était sexy. Personne ne lui avait jamais dit cela… personne qui ne soit un gros macho ou un qui lui donnait la chair de poule. Sam s'attendait encore à découvrir que tout cela n'était qu'une méchante plaisanterie. Jack tirait leurs corps sur le côté pour qu'ils puissent s'appuyer sur le plancher du Gateship. Sam se retrouva couchée sur son dos, le poids de Jack sur elle et soudain elle se débattit.

« Hé, hé, tout va bien, » dit-il d'une voix apaisante.

« Non, tout ne va pas bien, » haleta Sam en se glissant de sous lui.

Elle se retira dans le coin le plus éloigné du vaisseau, mettant autant de distance que possible entre Jack et elle. Il se mit sur ses talons et observa alors qu'elle commençait à hyperventiler.

« Sam ? » interrogea-t-il.

Sam secoua la tête, ne pouvant pas parler maintenant. Il parut blessé et vaguement déçu. Aucun doute que la plupart des femmes cédait aux charmes de Jack O'Neill… mais elle n'était pas la plupart des femmes. Maintenant que l'intensité de l'instant était passée, Sam ne savait pas à quoi elle avait pensé. Embrasser cet homme… Elle le connaissait à peine.

« Daniel et Teal'c vont se demander ce qui nous arrive, » haleta-t-elle.

« Est-ce que vous… ? »

« Bien, je vais bien, et vous ? »

« Confus. »

Et elle se dit qu'il avait tous les droits de l'être.

« Je pense que j'ai besoin d'un peu d'air, » continua Sam.

Jack ouvrit la porte, laissant entrer la chaleur du désert. Sam se sentit rougir lorsqu'il lui offrit sa main pour l'aider à se relever. Elle ignora le geste et se remit comme elle put sur ses pieds. Il y avait tant de choses à faire, elle devait réparer le vaisseau pour qu'ils puissent déplacer la Porte des étoiles, changer le futur et… Si elle n'était pas prudente, elle allait s'évanouir. Jack l'observait encore et Sam se sentit plus bas que terre.

« Vous n'êtes pas obligé de rester, » dit-elle.

« Quelqu'un le doit, » répondit-il.

ooo

Jack ne comprenait pas vraiment. Il se tenait à côté et observait pendant que Sam s'activait sur le vaisseau. A la fin, il dut quasiment la traîner physiquement pour qu'elle mange un peu et se repose. Ils retournèrent au camp dans un silence gêné, Sam gardant autant de distance que possible. Il ne comprenait pas ce qui n'allait pas. Un instant ils étaient en train de s'embrasser, ce qui avait été agréable, l'instant d'après… Jack trouvait sa complexité intrigante. Pourquoi une femme aussi intelligente et belle avait-elle une si mauvaise opinion d'elle-même ? Elle ne pensait même pas qu'elle était attirante. A la lumière du feu, il l'observa : le jeu des émotions sur son visage, le doute de soi. Les autres ne faisaient pas très attention. Daniel parlait avec ses amis et Teal'c méditait… du moins c'est ce qu'il semblait.

« Venez, » dit-il en se levant et tendant sa main.

« Pourquoi ? »

« Dormir. »

« Avec vous ? »

« Il commence à faire froid. »

Elle lui jeta ce regard-là, encore. Celui d'une biche prise dans les phares d'une voiture. Que pensait-elle qu'il allait lui faire ?

« D'accord, je vais aller m'allonger là-bas et si vous avez besoin de moi pour quoi que ce soit… » dit-il, laissant mourir ses mots.

Il espérait qu'elle viendrait avant que la nuit ne s'achève. Elle ne vint pas. Pour autant qu'il savait, Samantha Carter passa la nuit roulée sur elle-même. Jack ne savait pas quoi faire, il ne le savait vraiment pas. Il y a quelques jours, elle avait tenté de le séduire. Sa tentative avait été risible et il se demandait ce qu'elle aurait fait s'il avait accepté son offre.

Sam disparut tout de suite après le repas du matin, retournant au Gateship pour continuer ses réparations. Elle prit Teal'c avec elle cette fois, laissant Jack avec personne à qui parler sinon Daniel.

« C'est toujours la même chose avec vous deux, » commença l'autre homme après une heure d'un silence gêné.

« Quoi donc ? » demanda Jack.

« Vous et Sam, vous ne réussissez jamais vraiment à être ensemble. »

« Pardon ? »

« Dans ma ligne de temps, c'était le règlement. Nous avons aussi visité deux réalités alternatives. Excepté que dans celles-ci, vous étiez mort… ou alliez mourir. »

« Je n'ai pas besoin de savoir ça. »

Ce type était tout simplement étrange, décida Jack. Les hommes n'étaient pas censés s'asseoir et discuter de leurs sentiments… pas à moins d'avoir bu une demi-caisse de bière et peut-être quelques verres de whisky.

« Pourquoi n'allez-vous pas lui parler ? » suggéra Daniel.

Super, maintenant, il donnait des conseils aussi. Qui pensait-il être ? Oprah ? De plus, Sam avait pris Teal'c avec elle. Il semblait assez évident qu'elle ne voulait pas parler avec Jack.

« Ou vous pouvez rester ici avec moi. »

Les mots de Daniel furent accompagnés par une main, posée sur le genou de Jack. Okaaaaaay, peut-être qu'une petite marche était une bonne idée… ça l'éloignerait de Daniel pour commencer. Il ne remarqua pas le sourire amusé de l'homme alors qu'il se précipitait hors de la tente.

« Ne merdez pas, cette fois ! » lui cria Daniel.

ooo

Sam n'arrivait à rien. Elle avait passé la dernière heure à fixer un panneau ouvert, le fouillant de temps en temps. Teal'c prétendait ne pas remarquer sa préoccupation. Il se tenait à l'extérieur du Gateship, montant ostensiblement la garde. Ce qui était bien, vraiment. Ils avaient fait prisonniers les Jaffa qui avaient découvert le Gateship, mais tôt ou tard, Râ allait s'apercevoir de leur absence… alors l'enfer s'abattrait sur eux et ils auraient à se battre. Sam ne savait pas ce qu'elle ressentait à propos de cela. Des gens seraient blessés, tués. Elle avait l'intention de se tenir aussi loin de l'action que possible. Ses récentes expériences lui suffisaient pour le restant de sa vie.

La nuit dernière, elle n'avait pas pu dormir et pas seulement parce qu'elle avait froid. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle voyait la mort Kawalsky, Daniel, les soldats dont elle n'avait même jamais connus les noms. Jack lui avait donné un pistolet comme s'il s'attendait à ce qu'elle l'utilise. Sam savait que le mieux qu'elle pourrait faire était de tirer des coups de feu au hasard. Il était douteux qu'elle touche quelque chose. Et si elle le faisait ? La pensée de prendre une vie humaine était suffisante pour la rendre malade.

En fait…

« Teal'c, il faut que j'aille derrière cette dune, » cria-t-elle en courant hors du vaisseau.

Elle n'était pas malade. Elle eut quelques haut-le-cœur, mais c'était tout. Sam se retrouva assise dans le sable, souhaitant ne pas avoir insisté pour venir sur cette mission. Elle avait voulu l'excitation et l'aventure, l'occasion de pouvoir faire la différence, et regardez-la maintenant. C'était pathétique, elle était pathétique.

« Est-ce que ça va ? »

La voix la fit sursauter. Elle avait été si préoccupée qu'elle n'avait pas entendu Jack O'Neill approcher. Il était la dernière personne qu'elle voulait voir à cet instant. Quelque chose dans son genou craqua lorsqu'il s'assit à côté d'elle, faisant grimacer Sam de compassion.

« Que voulez-vous ? » demanda-t-elle, espérant qu'être brutale le ferait s'en aller.

« Pourquoi m'avez-vous embrassé ? » demanda-t-il. « Ce que je veux dire, c'est que vous êtes celle qui a commencé… »

La question n'était pas vraiment une surprise, ce qui stupéfia Sam fut le fait qu'elle lui donna une réponse honnête.

« Personne ne m'avait jamais dit que j'étais sexy, » avoua-t-elle.

« C'est vrai ? »

« Oui. »

Il parut surpris. Au fond d'elle, Sam savait qu'elle n'était pas attirante, peu importe ce que Jack pourrait dire. Etant donné le fait qu'ils étaient à présent coincés dans le passé, incapables de jamais revoir leurs amis ou leurs familles… eh bien, le désespoir était probablement un facteur.

« Je sais que nous sommes coincés ici et tout ça, mais vous n'avez pas à être gentil avec moi, » continua-t-elle.

« Hola… attendez une seconde. Etre gentil ? Je n'embrasse pas les femmes sexy pour être gentil. »

« Je vous en prie, cessez de parler ainsi. »

« Comment ça ainsi ? Vous êtes sexy, vous êtes intelligente, et je trouve cela attirant, faites avec ! »

« Je ne peux pas. »

« Pourquoi ? »

« S'il vous plait… »

« Dites-moi pourquoi et j'arrêterai. »

« Ce n'est pas juste. »

« Vous voyez, je ne suis pas gentil maintenant, n'est-ce pas ? »

Sam éclata de rire, elle ne put s'en empêcher. Il lui fit un grand sourire, un sourire puéril qui illumina son visage. Soudain, il ne parut pas aussi effrayant.

« Ecoutez, je ne vais pas vous pousser vers quoi que ce soit que vous ne voulez pas, » dit-il. « On dirait que nous allons avoir beaucoup de temps pour nous connaître. »

« Oui… du temps… »

ooo

« Je pense que nous ne devrions pas rester ici, » dit Sam.

« Pourquoi pas ? » voulut savoir Daniel.

« Une fois que nous aurons enfoui le caméscope et le ZPM, nous devrions partir. »

Il y avait un ton de défi dans sa voix qui rappela à Daniel sa Sam Carter et ce ne fut pas un souvenir plaisant. Il l'avait regardée mourir. Il les avait tous vus mourir. Le corps de Sam avait recouvert celui de Jack, le rejoignant dans la mort, ce qu'ils n'avaient pu accomplir au cours de leur vie. Cinq années et le chagrin était revenu de plein fouet à la seconde où il avait vu leurs doubles. Pour une raison ou une autre, il s'était attendu à ce qu'ils paraissent différents, avec une barbe ou…

« Où suggérez-vous que nous allions ? » demanda Jack.

« Nous utilisons le Gateship pour trouver une jolie planète déserte, quelque part où nous ne pourrons pas faire de dégâts, » poursuivit-elle.

« Pour autant que la Porte des étoiles demeure ici, le futur est assuré, » dit Teal'c.

« Nous n'avons aucun moyen de savoir cela. »

Décidément, sa confiance augmentait. Remettre en état le Gateship avait quelque chose à voir avec cela.

Côté personnalité, Sam était la plus différente de ses amis. Jack était… eh bien, Jack. Teal'c était aussi peu bavard que quand ils s'étaient rencontrés la première fois. Mais la vie de Sam avait clairement pris un chemin très différent. Une chose restait fort heureusement constante, son évidente attirance envers Jack, et vice versa. Daniel les encourageait de toutes ses forces. Dieu seul savait, mais ils avaient besoin de quelque chose… ou quelqu'un à qui se raccrocher.

« Une planète déserte ? » interrogea Jack, « Aucune personne du tout ? Etes-vous sûre ? »

« Nous finirions probablement par nous descendre les uns les autres, » acquiesça Daniel.

« C'est le seul moyen de s'assurer que nous n'affecterons pas la ligne du temps, » argumenta Sam.

« Et si nous découvrons quelque part une civilisation qui est déjà condamnée ? »

« Vous connaissez une telle planète ? » demanda Teal'c.

« Laissez-moi y réfléchir et voyez le côté brillant de la chose : nous pourrions ne pas survivre demain. »

« Comme si nous avions besoin qu'on nous le rappelle, » marmonna Jack.

Sam ne parut pas trop heureuse. Ils avaient prévu de partir aux aurores, dans la lumière de l'aube où les choses étaient un peu confuses. Sans dire un mot, elle se glissa hors de la tente. Jack, remarqua Daniel, la regarda partir, son expression fermée et indéchiffrable. C'était ironique, vraiment. Daniel planifiait une campagne militaire, quelque chose qu'il n'avait jamais rêvé faire. Ce qui était pire, c'est qu'il ne savait pas s'il pouvait compter sur ses amis. Ou du moins les gens qu'ils étaient devenus. Ils avaient la tâche la plus importante de toutes, s'assurer que la Porte des étoiles reste sur Terre.

ooo

La lumière du désert était froide et Sam souhaita avoir pensé prendre sa veste. Autour d'elle, les autochtones s'occupaient de leurs affaires. Une façade de normalité destinée à tromper leurs maîtres Goa'uld. Ils voulaient leur liberté, il n'y avait pas de doute sur cela, mais Sam était heureuse de ne pas être intégrée dans la vraie bataille. Jack non plus et elle ne pensait pas qu'il aimait tellement cela. Il avait plaidé sa cause, mais Daniel avait été inflexible. Jack était la seule personne qui pouvait piloter le Gateship. Sam savait que la bataille était un mal nécessaire. Elle voulait le futur que la vidéocassette avait montré.

Le chez soi paraissait un lointain souvenir, mais c'était son choix d'être là et elle ne perdrait pas de vue cela. Elle se demanda si elle manquait déjà à quelqu'un. Sa mère serait inquiète que ses appels restent sans réponse. Son frère penserait peut-être à l'appeler dans quelques semaines…

Elle entendit quelqu'un sortir de la tente et se tourna pour voir Jack. Il avait son manteau et Sam l'accepta avec reconnaissance.

« Des regrets ? » demanda-t-il.

« Posez-moi la question demain, » répondit-elle avec un sourire.

« Vous voulez aller marcher ? »

« D'accord. »

Ils ne s'éloignèrent que d'une dune, mais ce fut suffisant pour atténuer la lumière des feux et couper court aux clameurs des voix. Les étoiles au-dessus étaient incroyablement brillantes et les formes des constellations étaient étranges. Intellectuellement, Sam savait que des milliers d'années pouvaient apporter des changements dans les étoiles, mais jamais elle n'avait pensé le voir par elle-même.

Une fois qu'ils furent assis confortablement dans le sable, Jack fit apparaître une outre de vin, ou quelque chose qui y ressemblait. Apparemment, c'était une recette de Daniel. L'alcool brut brûla la gorge de Sam et lui fit venir des larmes aux yeux. Elle jeta un coup d'œil vers Jack.

« Devrions-nous boire ça ? » demanda-t-elle.

« On dirait ma femme, » grommela Jack.

« Vous êtes marié. »

« Divorcé. »

« Moi aussi. »

Jack prit une autre gorgée, toussa un peu et rangea l'outre.

« Vous avez raison, » sourit-il. « Que ne donnerais-je pas pour une bière froide ? »

« Que s'est-il passé ? Avec votre femme ? » se retrouva-t-elle à demander.

« Nous nous sommes éloignés, je crois. J'étais parti si souvent… peut-être que si nous avions eu des enfants, cela aurait été différent. Et vous ? »

« Il avait une liaison. »

Sa voix était calme quand elle répondit ce qui était un grand accomplissement. Ce qu'elle ne mentionna pas c'est qu'elle avait trouvé son mari au lit avec sa meilleure amie deux semaines après le mariage.

Jonas n'avait jamais voulu être marié à elle. Sam avait su qu'il était ivre quand il avait fait sa demande. Elle n'avait dit oui que parce qu'elle pensait qu'elle n'aurait pas une autre chance. Puis elle avait fait l'erreur de le dire à sa mère. Après cela, ils avaient été emportés dans le tourbillon des préparatifs et il n'y avait pas eu le temps de réfléchir. Sam s'en voulait. La seule fois où elle s'était risquée à suggérer qu'ils devraient peut-être annuler, la réponse avait été une qui serait à jamais gravée dans sa mémoire. Menaces, cris, larmes… quand elle avait découvert sa mère avec un couteau sur son poignet, Sam était allée à l'autel.

Le divorce avait été presque un soulagement, bien que Sam s'était souvent demandée ce qui se serait passé si elle avait été capable de satisfaire son mari.

« C'était un idiot, » dit Jack, ce qui était gentil, bien que totalement inexact.

« Non, il ne l'était pas. J'étais l'idiote qui a dit oui, » répondit-elle.

Jack se mit à tracer des boucles dans le sable, visiblement mal à l'aise avec la nature personnelle de la conversation.

« Est-ce que… est-ce qu'il vous a blessé ou quelque chose comme ça ? » demanda-t-il.

« Non, pourquoi ? »

« C'est juste que… vous savez… quand nous… l'autre jour… et vous vous êtes figée. »

« Je ne vous connais pas encore si bien que ça et… pour dire la vérité… le sexe n'a jamais été très agréable. »

« Vraiment ? »

Elle pouvait voir l'éclat dans ses yeux. Jack prenait visiblement son affirmation comme un défi. Il s'éclaircit la gorge, « Peut-être que vous n'avez jamais été avec la bonne personne ? »

« Peut-être que je suis simplement nulle ? »

« Vous voulez une seconde opinion ? »

Sa voix était basse, rauque. C'était peut-être l'alcool et la mort imminente, mais Sam ne put se retenir de se pencher vers lui. Il mit ses bras autour d'elle, la tenant serrée.

ooo

Jack avait fait cela depuis suffisamment longtemps pour ne pas être distrait par le fait qu'il y avait une femme attirante assise à côté de lui… du moins, il le pensait. Mais il ne put s'empêcher de jeter un petit coup d'œil à Sam de temps en temps. Le vaisseau volait plus que bien à présent, et elle avait réparé avec succès l'occultation.

« Ca va ? » demanda-t-il.

« Oui… non… Un peu le mal de l'air, » avoua-t-elle.

« C'est la faute à Daniel, c'est lui qui traîne. »

Teal'c était assis à l'arrière de l'appareil, stoïque, immobile. Il ferait sa part Jack n'en doutait pas. Quant à ce qui se passait dans l'esprit du grand bonhomme, eh bien, c'était un mystère. Sam était un paquet de nerfs, mais elle avait tous les droits de l'être. Ce n'était pas pas son show. Il ne lui en aurait pas voulu si elle avait voulu rester à l'écart, mais il savait maintenant que ce n'était pas le style de Samantha Carter.

Ils avaient beaucoup parlé la nuit dernière. Jack ne put retenir le sourire qui fendit son visage. Sam le vit et lui offrit un sourire timide. Il ne savait pas s'il avait fait beaucoup pour calmer ses nerfs, mais au moins ils étaient arrivés à une compréhension. Faire des plans pour un futur quelconque serait tenter le destin.

Baissant les yeux, Jack vira le Gateship au-dessus du campement, une fois de plus, plaidant silencieusement que Daniel fasse mouvement. S'ils attendaient plus longtemps, ils perdraient l'avantage de la lumière. Qu'est-ce qui lui prenait tant de temps ? il n'y avait toujours pas de signe de mouvement et Jack ramena le vaisseau au-dessus du désert. Les étoiles commençaient à s'éclipser et le ciel de l'est passait à l'argent. Combien de temps encore allaient-ils devoir attendre ?

« Jack ? » grésilla la voix de Daniel dans la radio.

« Il était temps ! » répliqua brusquement Jack.

« Changement de plan. Nous avons créé la diversion, mais les Jaffa ne semblent pas sur le point de partir. »

« Peu importe, nous y allons. »

« Jack, je pense vraiment que… »

« Vous disiez que la Porte des étoiles doit rester ici. Maintenant fermez-la et laissez-moi faire mon boulot. »

Sam parut un peu surpris à ses mots secs, mais pas question que Jack recule maintenant. Il jeta un coup d'œil à Teal'c. Ils allaient fortement compter sur la force supérieure et les capacités du Jaffa. Quant à lui-même… Jack savait qu'il essayait de se racheter pour ses erreurs passées. Il n'allait pas foutre en l'air cette fois.

« Très bien, les enfants, c'est maintenant ou jamais, » siffla-t-il en posant le vaisseau.

Leur mission était simple : sortir, attacher la Porte des étoiles au vaisseau, et s'envoler d'ici.

Facile.

Carter avait calculé que s'il étendait partiellement les nacelles du vaisseau, tout en volant à travers la Porte inactive, le vaisseau serait coincé… et devrait pouvoir soulever la Porte des étoiles de sa plateforme.

Simple, net et il aurait sû savoir que ça ne marcherait pas. Faire passer le vaisseau à travers la Porte était la partie facile, mais le fichu truc ne voulait pas bouger. Les moteurs fatiguaient et Jack aurait juré pouvoir entendre le métal se déchirer.

« Carter, il y a un peu de C4 dans mon sac. Sortez et voyez si vous pouvez souffler un de ces rochers. Teal'c, couvrez-la ! » ordonna-t-il.

Jack était douloureusement conscient qu'il y avait des Jaffa qui s'approchaient. Il ne voulait pas vraiment envoyer Sam dehors, mais il n'y avait pas d'autre choix. Un soufle d'air, froid en dépit du soleil levant, témoigna de l'ouverture de la porte. Jack risqua un coup d'œil derrière lui pour les regarder sortir. Ils auraient au plus trente secondes pour poser les charges et partir. Il se mit à compter.

« Allez… allez, » souffla-t-il.

Un cri.

Le ronflement d'une lance goa'uld.

Le terrible bruit des coups de feu.

Carter avait dû utiliser le 9mm qu'il lui avait donné. Puis il entendit un hurlement. Jack abandonna presque le vaisseau pour courir l'aider. Puis il sentit le vaisseau s'incliner légèrement lorsqu'une… deux… personnes montèrent à bord.

« Tout va bien ? » cria-t-il.

« Le Dr. Carter est blessée, » répondit Teal'c.

« Quoi ? »

« Je vais bien, » protesta-t-elle.

Et Jack dut la croire car les charges choisirent cet instant pour exploser. Le vaisseau tanga et c'est à peine s'il arriva à le maîtriser. Puis, d'une petite accélération, Jack arriva à libérer la Porte des étoiles. Le C4 avait fait son boulot.

« Carter, est-ce que cet engin a des armes ? » demanda-t-il

« Je ne sais pas, essayez de penser à ça, » suggéra-t-elle.

Jack ferma les yeux.

« A quoi pensez-vous ? »

« A faire exploser ce truc. »

Rien ne se passa. Soit les armes ne fonctionnaient pas, soit elles n'existaient pas. Une explosion fit tanguer le Gateship.

« Ce n'était pas moi, » protesta Jack, « J'engage le système d'occultation. »

Ce qui sonnait beaucoup mieux que 'le système pour devenir invisible'. Il cessa l'accélération, laissant le vaisseau suspendu en l'air pour pouvoir observer le planeur de la mort passer en hurlant au-dessus d'eux. Il fit un demi-tour serré, revenant sur eux. Il y avait toujours la possibilité d'une collision accidentelle et Jack décida qu'il était temps de bouger. Il s'éleva, vers les étoiles.

« Hé, Sam, venez voir ça ! » cria-t-il dès qu'il eut stabilisé leur orbite.

C'était magnifique. Rien que de voir la Terre de l'espace faisait que tout ce voyage en valait la peine. La planète était comme elle devrait être, ses eaux et ses forêts inviolées par les ravages de l'homme.

« Sam, » appela-t-il à nouveau.

« O'Neill, » répondit la voix de Teal'c.

Il y avait une note de panique dans la voix de l'homme et Jack quitta immédiatement les contrôles. Maintenant qu'il était plus près, il pouvait sentir la puanteur de la chair brûlée. Sam était étendue sur le sol du vaisseau, sa cuisse droite brûlée et sanglante. Cela faillit le rendre malade. Jack hésita le temps d'un battement de cœur avant de s'agenouiller à côté d'elle. Sam émit une faible protestation lorsqu'il se mit à couper le tissu de son pantalon.

« Sam, voudriez-vous, s'il vous plait, vous faire à l'idée que j'aimerais vraiment vous voir nue ? » plaisanta-t-il.

La brûlure était vilaine, mais pas fatale. Ca doit faire un mal de chien, pensa Jack, en prenant son sac. Dieu merci, ils avaient emporté quelques fournitures médicales. Avec autant de douceur qu'il put, il désinfecta la blessure et la banda. Sam gémit tout au long du processus, grinçant des dents pour s'empêcher de crier. Quand il en eut terminé, elle pleurait.

« Hé, c'est fini, » dit-il d'une voix apaisante.

« Ca fait mal, » haleta-t-elle.

« Je sais… mais regardez. »

Jack l'incita du regard à regarder vers l'avant du vaisseau. Elle lâcha un petit halètement de surprise lorsqu'elle se rendit compte de l'endroit où ils étaient. Il l'aida à se relever et à s'asseoir sur le siège du copilote.

« Je n'arrive pas à y croire, » murmura-t-elle, « quand j'étais enfant, j'ai toujours voulu être astronaute, mais… »

« Vous en êtes une, Sam. »

« Oui, j'en suis une. »

ooo

Il y eut une célébration. Et pourquoi pas ? Les gens d'ici avaient certainement suffisamment de raisons. Râ était parti. Ils avaient vu son vaisseau quitter l'orbite.

Sam était étendue sur son lit, écoutant la musique et les rires, souhaitant désespérément pouvoir en faire partie. Elle avait dormi pendant des heures. La fin de la journée était passée depuis longtemps, mais la fête continuerait toute la nuit. Elle changea gauchement de position. Sa jambe élançait, mais elle savait que leur provision d'antalgique était très limitée. Elle n'allait pas en demander jusqu'à ce que la douleur soit insupportable.

Ses yeux s'habituèrent à l'obscurité de l'intérieur de la tente et elle pouvait voir la silhouette de Jack assis près de l'ouverture de la tente qui était relevée. Il regardait à l'extérieur, observant la fête et Sam fut contente qu'il ne l'ait pas laissée seule. Elle ne parla pas, mais il avait dû sentir qu'elle était réveillée. Il se retourna, son visage se fendant d'un sourire fatigué.

« Comment vous sentez-vous ? » demanda-t-il.

« Ca fait mal, » répondit-elle.

« Je sais, mais tenez encore un peu si vous pouvez. Vous désirez quelque chose ? »

« Quelque chose à manger. »

Sam pouvait sentir la nourriture à l'extérieur et son estomac grondait.

« Je reviens tout de suite, » dit Jack.

Il tint parole, revenant quelques minutes plus tard avec une assiette de viande et du pain sans levain. L'outre d'eau était aussi la bienvenue. Il était aux petits soins pour elle pendant qu'elle mangeait, lui apportant une couverture supplémentaire, quelques oreillers de plus. Sam trouva l'attention agréable. Elle n'aurait jamais pensé cela de l'homme cynique qu'elle avait rencontré il y a quelques jours. A la fin, elle leva une main pour l'arrêter.

« Ca va, » lui dit-elle, « je vais bien. Vraiment. »

« Je sais, je… je… je sais, » bafouilla-t-il, étonnamment mal assuré.

Sam ne savait pas ce qui n'allait pas. Il refusait de rencontrer ses yeux, choisissant à la place de retourner à l'entrée de la tente et de contempler fixement la fête à l'extérieur. Sam décida de tenter le coup.

« Ce n'était pas votre faute, » dit-elle.

« J'ai donné l'ordre, tout comme je l'ai fait en Sierra Leone, en Irak…, » répondit-il.

« Quoi ? »

« Disons juste que j'ai le talent pour faire blesser les gens. »

Elle se rendit compte que cet homme n'était pas loin d'être complètement lessivé. C'était probablement la raison de sa retraite… et puis l'Air Force l'avait de nouveau traîné dans la mêlée.

« Je pensais que tout cela était terminé, » dit-il.

« Ca peut l'être, » répondit Sam.

« C'est mon job. »

Ca semblait étrange. Habituellement, Sam était celle à rechercher le soutien. Elle avait fait de sa vie un tel bordel qu'elle n'était pas vraiment en position de donner des conseils à quiconque. Elle était coincée là, dans le passé de la Terre, avec la capacité d'aller n'importe où, faire n'importe quoi… c'était exultant. Pendant que l'attention de Jack était concentrée ailleurs, Sam rejeta les couvertures et passa une jambe incertaine par-dessus le bord du lit. Au premier abord, elle fut un peu gênée. A un moment donné, au cours des soins, quelqu'un avait dû lui ôter ses vêtements, la laissant en T-shirt et sous-vêtements. Sam n'avait pas trop d'assurance dans sa silhouette. Elle savait que son corps était un peu mou comparé à celui des femmes militaires qu'elle avait rencontrées sur la base, mais il était un peu tard pour s'en inquiéter. Jack avait probablement vu sa cellulite.

Sam se mit sur ses pieds. Ca faisait mal, mais pas autant qu'elle s'y attendait. Elle avança tant bien que mal, ses pas lents et incertains. Jack se retourna vivement.

« Retournez dans ce lit ! » ordonna-t-il.

« Jack… »

« Sam… »

Elle le regarda avec des yeux furieux, tentant avec défi de maintenir sa position tout en se tenant en un équilibre précaire sur une jambe. Si Jack pouvait être ridicule, alors elle aussi.

« Vous allez tomber, » dit-il.

« Est-ce que vous me rattraperez ? » demanda-t-elle.

Ses traits s'adoucirent comme il murmurait un unique mot.

« Toujours. »

ooo

Sam savait qu'elle ne se fatiguerait jamais de la vue de la Terre dans toute sa gloire. Ca allait être difficile de dire adieu. La Porte des étoiles devait être enterrée bientôt et ils quitteraient la Terre pour de bon. Jack l'avait emmenée ici une dernière fois. Son excuse avait été son désir de faire partie du 'mile-high club', mais en fait c'était une couverture pour une soirée romantique loin de la civilisation bouillonnante au sol. Ils ne savaient pas encore où ils allaient s'installer. Ils voulaient tous explorer un peu avant de trouver un endroit qui leur irait.

Ca paraissait étrange de faire ces plans alors qu'ils se connaissaient depuis si peu de temps. Etant donné que son premier mariage avait été un tel désastre, Sam n'arrivait pas à croire que celui-ci serait pire et Jack, comparé à Jonas, c'était le jour et la nuit. Elle se sentit sourire aux doux souvenirs. Oui, ils étaient indéniablement agréables, pensa Sam avec une certaine fierté. Au bout du compte, cela n'avait pas été difficile de se donner à lui.

« Tu veux aller voir la lune ? » offrit-il avec un grand sourire.

« Jack, » avertit-elle.

« Pas de poubelle sur le site d'atterrissage d'Apollo, promis. »

Son ton était léger et taquin, une chose à laquelle elle commençait à s'habituer. Sam mit ses bras autour de lui, « Avons-nous assez d'énergie pour aller jusqu'à Saturne ? » demanda-t-elle.

« Ton désir est un ordre. »

Avec des mouvements à peine perceptibles, il tourna le vaisseau, prêt à lui faire franchir l'orbite terrestre et s'élancer vers les planètes extérieures. La dernière chose à laquelle l'un ou l'autre s'attendait était que l'alarme de proximité se déclenche.

« Que… ? » s'exclama Jack lorsqu'un autre vaisseau apparut de nulle part.

Sam se pencha en avant, tentant d'avoir une bonne vue de l'autre vaisseau avant qu'il ne disparaisse derrière la Terre.

« Goa'uld ? » demanda Jack.

« Je ne pense pas, » répondit Sam.

« Quoi alors ? Il ne devrait y avoir rien d'autre en orbite de la Terre avant cinq milles ans. »

« Jack… ça ressemblait à un autre Gateship. »

« C'est impossible. »

Mais il modifiait déjà la course de son vaisseau pour poursuivre l'autre. Il engagea l'occultation, remarqua Sam, et elle se retrouva à retenir son souffle alors qu'ils s'approchaient plus près. L'autre vaisseau décélérait en se préparant à entrer dans l'atmosphère et Jack se mit à suivre la descente. Il y avait peu de doute quant à son origine. C'était sans doute possible un Gateship. A en juger par la façon dont il était apparu en orbite, il n'était certainement pas venu par la Porte des étoiles.

« Merde ! » jura Jack soudain.

« Que s'est-il passé ? »

« Ils ont dû activer leur système d'occultation. »

Il avait raison. Aussi vite qu'il était apparu, l'autre vaisseau s'était évanoui.

« Penses-tu que nous devrions le dire à quelqu'un ? » demanda Sam.

Chapitre Trois

Je vous écris ceci parce que je ne sais pas à qui d'autre le dire. Il y a quelqu'un d'autre ici. Jack et moi avons vu un Gateship descendre de l'orbite, nous avons tenté de le suivre, mais nous l'avons perdu en entrant dans l'atmosphère. Nous pensons tous les deux qu'il vient d'un autre temps. Votre temps.

Je n'ai pas à vous dire à quel point le futur est fragile. Nous n'osons pas intervenir. La Porte des étoiles est sur le point d'être enterrée. Qui qu'ils soient, ils ne pourront pas l'utiliser pour partir.

Bonne chance,

Samantha.

Sam relut la lettre. Ce n'était pas possible… n'est-ce pas ?

« Jack, » murmura-t-elle, « ça doit être Jack. »

« C'est ce que nous pensions. Il est le seul qui puisse piloter un de ces trucs, » dit Daniel.

« Et le seul qui y aurait accès, à qui personne ne poserait de question. »

« Mais sûrement que le vaisseau est toujours dans la Zone 51, nous le saurions s'il avait été volé. »

« C'est un vaisseau pouvant voyager dans le temps, Daniel. Quelqu'un aurait pu le remettre au moment où il est parti. »

« Je crois que je commence à avoir un de ces maux de tête dont Jack parlait toujours. »

Mais Sam pensait déjà bien plus loin. Okay, ils ont prit le vaiseau, sont retournés trois milles ans avant JC… ça n'aidait toujours pas. Même avec un vaiseau pour les suivre, Jack était la seule personne qui pouvait le piloter.

« Même si nous pouvons le poursuivre, comment allons-nous le faire voler ? » demanda Daniel.

Enoncer l'évidence n'aidait pas. Il devait y avoir un moyen. Les mains de Jack avaient activé le vaisseau. Le vaisseau devait le scanner pour rechercher l'ADN des Anciens.

« Nous avons besoin d'un échantillon du code génétique de Jack, » dit-elle.

« Ca ne devrait pas être trop difficile, » répondit Daniel.

« Merci. »

« Je suis sérieux. Les médecins n'ont cessé de prélever un échantillon ou un autre pendant neuf ans. »

« Daniel, vous êtes un génie. »

Il lui fit un grand sourire. Comme Sam lui retournait le sourire, elle sentit des larmes piquer ses yeux. Jack… même s'ils échouaient, ils pourraient au moins faire quelque chose. Et il se pourrait qu'il rentre à la maison. Daniel la prit dans une étreinte silencieuse et Sam se retrouva à pleurer toutes les larmes de son corps.

ooo

« Ca doit être la chose la plus dégoûtante que j'ai faite de ma vie, » murmura Sam pour elle-même en s'asseyant devant les contrôles du vaisseau à remonter le temps.

Ses mains étaient couvertes de sang. Du sang de Jack. Elle espérait juste qu'il y avait suffisamment de globules blancs pour donner assez d'ADN.

« Ca pourrait être pire, » dit Daniel.

« Comment ça ? »

« Il y a… euh… d'autres fluides corporels que vous auriez pu utiliser. »

« Et que recommanderiez-vous ? » demanda Teal'c, sa voix toute innocente.

« Beuurk ! » fut tout ce que Sam eut besoin de dire.

Elle commençait à souhaiter avoir laissé Daniel à la maison. Sa cheville n'était pas complètement guérie, donc elle avait une parfaite excuse, mais il était trop tard maintenant. Tentant de se détendre, Sam posa ses doigts sanglants sur les contrôles. Rien ne se passa.

« Vous devriez peut-être appuyer plus fort ? » suggéra Daniel.

« Non, j'ai observé Jack faire ça. Il touchait à peine, » contra-t-elle.

Cela n'allait pas se faire par la force brute et l'ignorance… ou avec de la cervelle et un portable. Cette machine n'allait réagir qu'aux qualités indéfinissables qui rendaient Jack O'Neill différent. Trempant ses mains dans un peu plus de sang, Sam réessaya. Le problème pouvait être mental, en ce sens que Sam ne pensait pas pareil que Jack. Elle pensa à la pêche. Assise au bout du ponton, jetant une ligne dans l'étang... Le soleil baignant son dos, le murmure du vent dans les arbres...

« Sam, vous l'avez fait ! »

La voix excitée de Daniel la ramena à la réalité, une réalité où les lumières étaient allumées et où le vaisseau planait à quelques centimètres au-dessus du sol. Elle jeta un coup d'œil à Teal'c qui avait un sourire d'approbation.

« Très bien allons-y, » sourit-elle en réponse.

Piloter le vaisseau temporel n'était pas du tout comme piloter un planeur ou un X-302, se rendit compte Sam en l'amenant en orbite de la Terre. Elle avait le sentiment qu'une mauvaise pensée l'enverrait se crasher. Son design était tel qu'il ne ressemblait pas tellement à un vaisseau spatial. D'un point de vue réaliste, ce n'en était pas un. Le gateship avait été conçu pour voler entre deux Portes des étoiles. Ils passaient très peu de temps hors de l'atmosphère. Elle pensait qu'elle aurait pu remonter dans le temps de son hangar de la Zone 51, mais le meilleur endroit pour scanner quelque chose d'inhabituel était à partir de l'espace. Non pas que Sam s'attendait à trouver Jack facilement. Le Réplicateur ne voudrait pas risquer son propre futur, elle viserait donc à une interaction minimale avec son environnement.

« Cinq mille ans ? » demanda-t-elle à Daniel.

« Plus ou moins. Je ne sais pas à quel point cette machine est précise, » répondit-il.

« Cela ne dépend-il pas de vos pensées, Colonel Carter ? » demanda Teal'c.

« Oui, mais si je ne sais pas avec exactitude, nous pourrions remonter trop loin de plusieurs années. »

« Ou pas assez, » ajouta Daniel.

« Il nous faudra peut-être tâtonner. »

« Faites de votre mieux, Sam. »

Elle fema les yeux, se demandant encore quelle pensée exactement Jack avait usée pour déclencher la machine. Trois mille ans avant JC. C'était une date pour laquelle elle n'avait que peu de notion, pas en termes d'histoire de la Terre. Tout ce qu'elle pouvait faire était de penser au nombre et espérer que la machine temporelle interprète correctement les vagues instructions. Quand cela se déclencha, le changement fut presque décevant. Une ondulation traversa le vaisseau. Ce ne fut qu'en regardant les étoiles à l'extérieur que Sam put dire que quelque chose s'était passé.

« Nous l'avons fait, » souffla-t-elle.

« Comment prévoyez-vous de retrouver O'Neill ? » demanda Teal'c.

« Je vais nous engager dans une orbite variable pour que nous puissions couvrir le plus de surface possible. Nous recherchons un objet métallique assez gros, donc ça devrait se voir. »

« C'est une grande planète, » dit Daniel.

« Nous commencerons d'abord par les régions tempérées. »

Trois heures plus tard, ils cherchaient toujours. Sam savait qu'elle allait devoir tenter un atterrissage bientôt. Le vaisseau était prévu pour de courts trajets et il n'était pas équipé de WC. Sam semblait être la seule à perdre patience. Teal'c était assis là, impassible comme toujours, et Daniel avait pensé à apporter un livre.

« Où devrions-nous essayer ensuite ? » demanda Sam pour rompre le silence.

L'Europe et l'Afrique n'avaient rien donné.

« J'ai toujours voulu jeter un œil sur le Mexique, » suggéra Daniel.

« Ce sera donc le Mexique. Avaient-ils déjà inventé le chocolat ? »

« Non. »

« Dommage. »

Sam s'approcha de la péninsule du Yucatan. Elle pointa le vaisseau vers le nord, en direction de l'intérieur du pays et ce qui deviendrait Mexico City. Les grandes civilisations, Aztèques et Mayas, étaient quelque part dans le futur. Cette terre n'avait pas encore été marquée par les temples, les ziggurats... pas étonnant que Daniel ne soit pas tellement intéressé. Quelques milliers d'années plus tard et il aurait eu son visage collé en permanence contre la baie.

« Qu'est-ce qu'il y a en bas ? » demanda-t-elle alors qu'ils volaient au-dessus d'un balbutiement de civilisation

« Le début des Abejas, » répondit-il, « nous sommes trop tard pour voir les Coxcatlan. »

« Oh. »

Elle n'avait aucune idée de ce qu'il voulait dire, mais il y avait des gens là. Il leur faudrait être prudents.

« Je reçois quelque chose, » dit-elle.

« Quoi ? » demanda Daniel.

Même Teal'c se pencha en avant.

« Il y a quelque chose sur le côté de ce Volcan. L'édifice ne ressemble à rien de ce que j'ai vu auparavant. Ca n'a rien à faire ici. »

Le volcan se dessinait devant eux. De forme conique, il y avait juste une trace de fumée qui s'échappait du cratère. L'édifice était perché de manière précaire sur les contreforts.

« Popocatepetl, » souffla Daniel.

« Comment pouvez-vous le dire ? » demanda Sam.

« Ca n'a pas tellement changé. »

« Il est actif, » dit Teal'c.

« Oui, et si ma mémoire est bonne, il y a eu une éruption particulièrement forte vers 3000 ans avant JC. »

« Je vais nous descendre du côté le plus éloigné, » dit Sam.

Une fois le vaisseau posé en sécurité, Sam utilisa un peu de leur provision d'eau pour se laver les mains. Avec un peu de chance, ils ramèneraient Jack avec eux. Il y avait une autre tâche déplaisante qu'elle devait exécuter et cela impliquait Daniel.

« Daniel, restez ici et surveillez le vaisseau, » ordonna-t-elle, se préparant pour la dispute inévitable.

« Je vous demande pardon ? » demanda-t-il.

« Le terrain est difficile. Vous êtes toujours blessé. »

« Et je vous ralentirai ? Sam, c'est mon meilleur ami qui est là-bas. »

« Très bien, prouvez-moi que vous allez bien. Courez cent mètres et ensuite je reconsidérerai la question. »

« Le Colonel Carter a raison, Daniel Jackson. Il serait sage que vous restiez ici. »

Sam fut reconnaissante du soutien de Teal'c, même si elle n'en avait pas eu vraiment besoin. Daniel savait quand il était battu. Il jeta ses mains en l'air en signe de reddition, retourna dans le vaisseau et ramassa son livre. Un Daniel boudeur était mieux qu'un Daniel boiteux. Il était plus en sécurité ainsi. De cette façon, elle pourrait se concentrer sur Jack.

« Nous resterons en contact, » appela Sam.

Daniel ne répondit pas.

ooo

Des unités réplicateur. Sam passa ses doigts sur la surface, sentant la légère rugosité. Elle se souvint de celles sur le vaisseau de Numéro Cinq et il y avait quelque chose de différent avec celles-ci. Si elle ne savait le contraire, elle aurait dit qu'elles étaient mortes, bien qu'elles avaient gardé leur forme et leur structure. La marche fut plus difficile qu'elle ne l'avait pensé. Plusieurs fois, le sol avait tremblé sous leurs pieds. Sam ne put s'empêcher de penser à la possibilité d'une explosion imminente.

« Teal'c, y a-t-il une voie de votre côté ? » demanda-t-elle dans sa radio.

« Non, il n'y en pas, » répondit-il.

« Bon, rejoignez-moi à ma position. »

Attendant Teal'c, Sam se rendit compte que cet endroit n'était pas aussi isolé qu'elle l'avait tout d'abord cru. Elle pouvait voir un chemin se faufiler depuis plus bas. Il ne paraissait pas très utilisé. Peut-être que les autochtones montaient ici pour déposer des offrandes au dieu du volcan ?

Elle reporta son attention vers le mur. Il n'y avait pas de portes, pas de fenêtres, mais les réplicateurs n'en avaient pas vraiment besoin. S'asseyant, Sam ôta son sac à dos et commença à sortir le C4. Elle attendit que Teal'c apparaisse avant d'installer les charges. L'explosif fit son boulot et un trou de bonne taille apparut dans le mur une fois que la secousse cessa. Sam examina les unités réplicateurs éparpillées. Elles ne firent aucun mouvement pour se reformer.

« Restez près, » ordonna-t-elle, davantage pour le confort de Teal'c que le sien.

L'intérieur du bâtiment n'était pas divisé en pièces et chambres. C'était juste un espace vide et le Réplicateur, Carter comme Sam se référait à elle, les attendait. Elle ne paraissait pas différente, réalisa Sam. Mais pourquoi le devrait-elle ? Elle était une machine, n'étant pas affectée par les ravages de l'âge ou de l'expérience.

« Bonjour, » dit-elle. « Je vous attendais. »

« Où est Jack ? » demanda Sam.

Carter inclina sa tête en un semblant de tristesse.

« Je suis vraiment désolée. »

« Non, vous ne l'êtes pas. »

« Vous nous direz ce qu'il en est de Jack O'Neill ! » répéta Teal'c.

« Je ne peux pas, » dit Carter.

« Pourquoi ? Nous savons que vous l'avez amené ici, » dit Sam.

« Je l'ai fait, mais c'était il y a bien des années. »

« Pardon ? »

« Vous savez que la science du voyage temporel n'est pas exacte. Je suis ici depuis deux cents ans. Jack a vieilli et il est mort. »

Sam sentit ses genoux céder. Seule la main puissante de Teal'c la garda sur ses pieds. Elle s'efforçait de ne pas se montrer faible. Tout ce temps, réalisait-elle, elle avait vraiment cru qu'elle pourrait ramener Jack à la maison, le ramener à elle.

« Ne pouvons-nous pas réessayer, Colonel Carter ? » demanda Teal'c.

Elle secoua la tête alors que Carter répondait pour elle.

« Le passé a déjà été écrit. Vous n'avez pas secouru Jack. Il a vécu ses dernières années ici. Je vous assure que j'ai tout fait pour le rendre heureux et confortable. »

« Vous lui avez fait croire que vous étiez moi, » cracha Sam.

« Ce fut une agréable illusion pour nous deux. »

« Je ne vous crois pas. »

Carter haussa les épaules. Froidement indifférente aux sentiments de Sam.

« Cela importe peu. Tout ce que je souhaite est la chance de finir ma vie en paix. »

« Vous ne connaissez pas la signification de ce mot. »

« Sam, vous devez vous en rendre compte maintenant. Ma vie arrive à sa fin. J'ai été mortellement blessée par l'arme. Je ne peux pas quitter cet endroit pendant longtemps. »

« L'énergie géothermique. C'est pour ça que vous vous êtes perchée sur les contreforts d'un volcan. »

« C'est vrai. Sans l'énergie que cet endroit fournit, je mourrais en quelques heures. »

Sam sentit le début d'une pitié dans son cœur. Carter s'accrochait à la vie. Elle n'avait pas l'espoir d'un après. La propre foi de Sam était chancelante, mais il y avait eu un temps où elle avait cru.

« Je suis contente que vos soyez là, » continua Carter. « Personne d'autre ne comprendrait ceci... l'héritage que je laisse derrière. »

« Pardon ? » s'exclama Sam.

« Je crois que ma méthode de survie a d'importantes conséquences pour la race humaine toute entière. Sans vous, cela serait perdu. »

« Vous ne désirez plus détruire les humains ? » demanda Teal'c.

« Ce désir date d'il y a longtemps. J'étais très jeune. »

Carter disait toutes les choses qu'il fallait, et Sam devait avouer qu'elle était curieuse. Pas question qu'elle retombe dans le piège de faire confiance à cet être, mas si sa découverte était quelque chose d'important, elle devrait alors apprendre tout ce qu'elle pouvait. Il se pouvait que ce soit quelque chose qu'ils pourraient reproduire sans l'aide du Réplicateur.

« Qu'avez-vous découvert ? » demanda-t-elle.

« L'énergie qui me garde en vie peut aussi aider les humains, » répondit Carter.

« Comment ? »

« Pourquoi ne l'essayez-vous pas pour le découvrir par vous-même ? »

« Colonel Carter ? » interrgea Teal'c.

Sam leva sa main. Elle ne voulait aucune interruption. C'était entre elle et le Réplicateur. Elle devait avouer qu'elle était intriguée.

« Je dois savoir ce que la machine fait exactement avant de l'essayer, » dit Sam.

« Si j'ai raison, cela peut être utilisé pour guérir, pour prolonger la vie... malheureusement, la découverte fut trop tardive pour aider Jack. Je vous en prie, j'ai besoin que quelqu'un vérifie, pour prouver que j'ai raison. »

« Je l'essayerai, » dit Teal'c.

« Non... je le ferai, » lui dit Sam.

Elle n'avait pas besoin que Teal'c prenne sa place. Elle n'avait pas besoin qu'il la protège. Si quelque chose se passait mal, elle avait besoin de lui pour la sauver De plus, il n'était pas vraiment humain. Carter fit un geste, illuminant une autre partie de la pièce. Sam pouvait voir un socle, grossièrement creusé pour ajuster une forme bipédique. Il ne semblait pas y avoir d'instrumentation, de technologie.

« Il vous faudra vous allonger, » dit Carter.

« C'est ce qu'il me semblait, » répondit Sam.

La plateforme était aussi faite d'unités réplicateur et Sam ne put s'empêcher de sentir une légère frayeur en s'allongeant. Mais rien ne se passa. Elle s'était attendue à ce que quelque chose tente de l'emprisonner.

« Détendez-vous, » fredonna Carter, « laissez vous faire. »

« Comment ? »

« Fermez les yeux. »

Sam fit ce qui lui était demandé. Cela lui prit quelques secondes pour sentir le changement. Elle s'enfonçait dans le bloc. Les unités réplicateur l'enveloppaient, l'étouffaient. Sam commença à paniquer, se débattant violemment contre leur prise. Dès qu'elle se mit à bouger, ce fut fini. Elle se retrouva allongée où elle se trouvait auparavant.

« Essayez encore, » incita Carter.

Un peu plus confiante, Sam se laissa faire à nouveau. Cette fois, elle le sentit. Cette fois...

ooo

Daniel leur donna une heure.

Il était hors de question qu'il reste ici alors que la vie de Jack était en jeu. De plus, c'était probablement sa seule et unique opportunité d'étudier l'aube de la civilisation Mexicaine. Non pas qu'il semblait y avoir grand-chose par ici, mais il ne le saurait jamais s'il n'y jetait pas un œil. Sa cheville lui faisait mal, mais Daniel l'avait bandée très serrée et avalé quelques antalgiques.

Co-dydramol, le meilleur ami de l'homme. Il ne sentirait rien après ça. Et quand il réussirait à rattraper Sam et Teal'c, ils ne pourraient pas le renvoyer.

Se sentant confiant, il quitta la sécurité du vaisseau et commença la longue marche autour de la montagne. Il trébucha plusieurs fois, mais sa cheville tint bon et il essaya de se dire qu'il se déplaçait aussi vite que Sam et Teal'c. Daniel marcha pendant des heures, mais il ne semblait pas s'approcher de l'édifice qu'ils avaient vu. Il fut, à contrecoeur, forcé d'arriver à la conclusion qu'il s'était, d'une manière ou d'une autre, perdu. Il n'y avait rien d'autre à faire que de retourner sur ses pas... ce qui aurait été bien s'il n'avait pas commencé à pleuvoir.

Le climat mexicain avait peu changé en cinq mille ans. Ces tempêtes estivales éclataient rapidement, sans avertissement et il n'y avait pas grand-chose à faire sinon de trouver un abri et attendre que cela se termine. Daniel se rappela vivement son premier séjour dans le pays au début des années 90. Lui et son compagnon de voyage s'étaient retrouvés dans un cinéma à regarder un film américain dont il ne se souvenait pas du titre. Cette fois, il n'y avait pas de centre commercial à disposition pour s'y abriter. Il dut se contenter d'une caverne à peine adéquate, s'asseyant par terre et regardant la pluie tomber.

Ce n'est que quand le soleil revint qu'il se rendit compte que son abri était bien plus profond qu'il n'avait semblé au premier abord. La pluie avait temporairement lavé la puanteur du soufre dans l'air et Daniel pouvait sentir quelque chose d'autre, quelque chose d'humain. Allumant sa lampe torche, il se mit à avancer dans la caverne. Ce fut difficile au début. Le plafond était bas et le chemin étroit. Daniel n'était plus la mauviette qu'il avait été autrefois quand il s'était joint la première fois à SG-1. Les entraînements avec Teal'c avaient fait leur travail et il s'était musclé. Il y avait des parties du passage qui n'étaient pas faciles, c'était le moins qu'on puisse dire. Le temps qu'il puisse se tenir de nouveau debout, ce n'était pas seulement sa cheville qui faisait mal.

Il balaya la caverne avec sa lampe torche. Les murs semblaient lisses, mais une inspection plus minutieuse lui permit de découvrir des unités réplicateur. Au centre se trouvait un autel grossier, des offrandes de maïs étaient disséminées sur la surface. Plutôt que d'avoir manqué complètement l'édifice, Daniel en conclut qu'il se trouvait en dessous. Le bâtiment en surface n'était que le sommet de l'iceberg, pour user d'un cliché totalement approprié. Mais pourquoi ? Qu'y avait-il en bas ?

Daniel pensa appeler Sam, mais se rendit rapidement compte qu'elle et Teal'c devaient avoir atteint le bâtiment à présent. Si le Réplicateur était là, alors il ne voulait pas dévoiler sa position. Il devait y avoir un chemin vers la surface, mais cela lui prit un moment pour le trouver. Il y avait une ouverture dans le toit. Daniel n'avait jamais été attiré par les hauteurs, mais il avait appris à les supporter. Cela ne lui fit rien de sortir un grappin et une corde de son sac et de le jeter en l'air dans l'obscurité. Il accrocha quelque chose. Daniel tira un coup sec sur la corde et elle ne céda pas. Utilisant l'autel il s'éleva en l'air.

Il avait toujours eu une certaine terreur des cours de gym, mais il ne put s'empêcher de se demander ce que ses camarades de lycée penseraient de lui maintenant. Il n'était plus l'enfant qui s'accrochait désespérément au bout de la corde, essayant de son mieux d'être comme les garçons plus costauds et de monter jusqu'en haut. Maintenant, il pouvait se hisser en l'air presque sans effort. Cela aurait dû le faire se sentir fort et puissant, mais ce ne fut pas le cas. C'était juste un truc qui devait être fait.

L'odeur était plus forte quand il atteignit la salle supérieure. Tellement forte qu'il dut refouler l'envie de vomir. Ce n'est que lorsqu'il regarda autour de lui qu'il en découvrit la raison. Il y avait là des personnes. Enveloppées dans des unités réplicateur, enfoncées dans les murs. Certaines étaient mortes et dans divers états de décomposition, mais d'autres étaient toujours en vie. A un certain niveau, ils étaient conscients de sa présence. Des mains se tendirent vers lui, des voix s'élevèrent en des cris incohérents. Daniel plaqua ses mains sur ses oreilles, mais il n'arriva pas à bloquer le son. Ces personnes souffraient, elles avaient mal... et il y en avait des centaines, peut-être des milliers ? La caverne s'étendait dans l'obscurité, au-delà de la limite de sa lampe. Hypnotisé, Daniel s'avança vers celles qui étaient les plus près.

Il tendit la main pour toucher les unités réplicateur qui la retenait, une jeune femme, à peine sortie de l'enfance. Enragé, Daniel s'acharna dessus, mais ne réussit qu'à déchirer sa propre chair. Le seul moyen d'arrêter ceci était de la tuer... tuer le Réplicateur. Sans y penser, il se mit à courir. Sa cheville protesta, mais Daniel ignora la douleur aussi longtemps qu'il put... Jusqu'à ce qu'il se retrouva étalé par terre.

« Daniel. »

La voix était à peine reconnaissable, mais Daniel leva la tête.

« Jack ? »

Il saisit la main de son ami.

« Que s'est-il passé ? » demanda-t-il.

« Elle... elle a fait ça... » murmura Jack.

« Pourquoi ? »

« Elle a besoin de nous... a besoin de nous pour la garder en vie. »

« Nous allons l'arrêter, Jack. Nous allons vous sortir de là. »

« Daniel... mettez-y fin. Je vous en prie. »

La voix était emplie de douleur, emplie d'une souffrance inimaginable, mais Daniel ne l'avait pas fait la dernière fois que Jack avait demandé et il serait damné s'il l'écoutait maintenant.

« Pas question, » dit-il. « Je vais revenir. »

ooo

C'était incroyable.

Sam pouvait sentir sa conscience exploser d'énergie alors qu'elle se nourrissait de la machine qui l'enveloppait. Elle se sentait plus forte, plus puissante qu'elle ne s'était jamais sentie. Mais à peine cela avait commencé que c'était fini. Alors qu'elle descendait du socle, Sam ne sut dire combien de temps elle avait passé dans la machine, mais elle se retrouva avec un sentiment de bien-être, de plénitude qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant. Elle regarda ses bras et ses jambes, surprise qu'ils ne brillent pas.

« Vous vous sentez plus forte, n'est-ce pas ? » dit Carter.

« J'ai l'impression que je pourrais... » commença Sam.

« Faire n'importe quoi ? »

« Oui. »

« Colonel Carter, » interrompit Teal'c, « les effets du Sarcophage sont aussi extrémement agréables. »

« Nous aurons à mener des études poussées, » lui dit Sam.

Elle ressentit un bref éclair d'agacement à l'avertissement de Teal'c. Sam savait ce qu'elle faisait, mais elle se rendait compte aussi qu'il n'y avait aucun moyen de reproduire cette technologie sans l'aide de Carter. Mais pouvait-elle faire cela ? Pouvait-elle faire suffisamment confiance à cette chose pour la ramener sur Terre ou tout autre monde technologiquement sophistiqué ? N'était-il pas plus sûr de la laisser ici où elle ne pourrait plus blesser personne ? Son jugement avait été erronné auparavant.

« Combien de temps vous reste-t-il ? » demanda Sam. « Même avec cette machine ? »

« Six mois, peut-être un peu plus. Pas assez de temps pour accomplir une domination de la galaxie si c'est ce qui vous inquiète. »

« Un peu. »

« Alors laissez-moi ici. Je ne tenterai pas de vous arrêter. »

« Et cette... machine ? »

« Vous pourrez toujours revenir la chercher quand je serai morte. »

C'était vrai et probablement l'option la plus sûre... s'il n'y avait la prédiction de Daniel.

« Le volcan va exploser, » dit Sam. « L'endroit sera détruit. »

« Alors vous devrez me faire confiance. »

« Sam, non ! »

La voix de Daniel résonna à travers la salle. Sam le vit avec horreur clopiner vers eux. Que diable faisait-il ici ? Elle se dit qu'elle ne devrait pas être surprise. Obéir aux ordres n'avait jamais été son point fort.

« Elle vous ment, » continua-t-il.

« Daniel, je l'ai essayée. La machine fonctionne. Elle pourrait être utilisée pour sauver tant de vies, » argumenta-t-elle.

« Mais je pense que vous trouverez que le prix est trop élevé. »

Sam regarda Carter, essayant de lire l'expression sur son visage. Elle était calme, aussi impassible que Teal'c.

« Demandez-lui de vous parler des gens ? Demandez-lui de vous parler de Jack ? » poussa Daniel.

« Jack est mort ! » cria Sam.

Sam n'avait pas voulu perdre son sang-froid, mais la douleur était insupportable.

« Non, il ne l'est pas. Il est en bas, avec le reste d'entre eux, et il nourrit cette... cette... chose. »

Carter se mit en mouvement. Teal'c tenta de l'intercepter, mais elle était trop forte. Le colosse vola à travers la pièce comme s'il n'était rien d'autre qu'un kleenex que l'on jette. Sam leva son P90, même si elle savait que les balles n'auraient aucun effet. Elle avait raison. Carter passa simplement à travers. Si elle avait une faiblesse, elle n'était pas apparente. Elle semblait aussi forte et indestructible qu'elle avait toujours été.

Du coin de l'œil, Sam vit Daniel foncer à travers la salle, mais avant qu'elle puisse comprendre ce qu'il faisait, Carter fut sur elle. Le P90 alla d'un côté et Sam de l'autre. Elle sauta immédiatement sur ses pieds. La puissance de la machine pulsait encore dans ses veines. Sam se sentait forte. Assez forte pour se battre contre cette parodie d'elle-même. S'accroupissant, elle prit une posture de défense.

Le premier coup que Sam donna fit mal. Frapper cette créature ne ressemblait pas du tout à frapper un être de chair, mais elle découvrit qu'elle pouvait ignorer la douleur. Elle était plus rapide, plus précise qu'elle avait jamais été. Elle ne battrait probablement pas son adversaire, mais c'était suffisant pour garder Carter occupée pendant que Daniel faisait ce qu'il avait à faire. Il disposait des charges explosives autour du socle. Une partie de Sam voulait l'arrêter. Elle adorait la sensation de cette puissance, la façon dont son cœur battait en harmonie avec le vent et la pluie. Et elle se détesta pour cela. Avoir cela pendant que d'autres souffraient n'était pas acceptable, mais elle ne put s'empêcher de se demander s'il y avait un autre moyen d'utiliser cette technologie. Etaient-ils en train de détruire quelque chose qui se révélerait être un bénéfice énorme pour l'humanité ?

Ils n'avaient pas le choix.

Daniel s'éloigna des charges en se jetant à terre, appuyant sur le détonateur en même temps.

« Non ! »

Le cri fut arraché des entrailles du Réplicateur. Quelque chose dans le bâtiment commença à s'écrouler. Quelle que soit l'énergie qui avait maintenu les unités réplicateur entre elles disparaissait. Mourait. Et Carter mourait avec elles.

« Sortons d'ici ! » hurla Sam.

« Par ici, » lui dit Daniel.

Aidant Teal'c à se relever, ils repartirent par le chemin que Daniel avait emprunté pour venir. Vers le bas. La détérioration des unités avait le même effet qu'ici. Les gens étaient libérés de leur emprisonnement. Ceux qui pouvaient marcher s'enfuirent, mais il y en avait beaucoup qui étaient trop faibles. Il y en avait beaucoup qui étaient morts.

« Aidez les blessés ! » ordonna Sam. « Où est Jack ? »

« Par là, » dit Daniel.

Et il était là. Faible, affreusement maigre, pouvant à peine se tenir debout, mais il était en vie. Sam voulut le serrer dans ses bras, mais elle craignait de briser quelque chose.

« Teal'c, portez-le, » dit-elle.

Les autochtones s'enfuirent aussi vites qu'ils pouvaient. Sam observa la file qu'ils formaient sur les pentes. Ils s'en sortiraient, ils seraient en sécurité, mais des légendes naîtraient. Elle se détourna.

Teal'c portait avec douceur sa charge et Sam s'approcha de lui.

« Jack ? » appela-t-elle doucement.

« Ici, » marmonna-t-il.

« Nous devons retrouver votre vaisseau temporel. »

« Dans la caverne. Par là. Nous... l'avons recouvert de pierres. »

Il montra de la main plus loin dans la montagne. Sam ne voyait rien, mais elle devait lui faire confiance.

« Etes-vous assez fort pour piloter ? » demanda-t-elle.

« Pas de problème. »

« Bien. Teal'c, Daniel, allez avec Jack, trouvez le vaisseau. »

« Qu'allez-vous faire ? » demanda Daniel.

« Aller chercher l'autre. L'un de nous doit le ramener dans la Zone 51, pour que personne ne remarque quoi que ce soit. Je volerai bas jusqu'à ce que nous partions. »

« Sam, j'ai mal à la tête, » se plaignit Jack.

« Ca va aller, monsieur. Je sais ce que je fais. »

Sans attendre de réponse, Sam se mit à s'éloigner d'eux.

ooo

Quelque part, c'était désorganisant d'être de retour dans le futur. Tout ce qui était arrivé s'était passé il y a si longtemps et pourtant les souvenirs étaient tout frais. Sam se retrouva en train de regarder Popocatepetl sur le volcan et s'interroger. De ce qu'elle pouvait voir, la ligne de temps était restée intacte... bien qu'elle se demanda si Jack et elle ne devraient pas monter à son chalet et vérifier la situation des poissons.

Non pas que Jack irait nulle part pendant un moment.

Il avait été transféré à l'hôpital de l'Académie pour sa convalescence, pour donner à son corps maltraité le temps de guérir. Sam passa autant de temps qu'elle pouvait à ses côtés. Le Général Hammond, qui avait prit temporairement les commandes du SGC, avait été très compréhensif et n'avait pas remis SG-1 dans le roulement des missions.

Il y avait une vilaine blessure, une cicatrice à la base de sa colonne vertébrale, que Jack voulait voir ôtée. Il avait été très explicite, même si, autrement, il ne parlait pas tellement. Sam ne voulait pas le pousser, elle avait laissé cela aux professionnels, mais elle souhaitait qu'il se soit confié un peu plus à elle. C'était compréhensible, supposait-elle. Il avait probablement des difficultés à la dissocier de son ravisseur. Chaque fois qu'elle tentait d'analyser ses réactions, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il se renfermait d'elle. Et ça faisait mal.

Parfois, Sam pensait que Jack ne serait plus jamais proche de quelqu'un.

Aller le voir était devenu de plus en plus difficile. Il dormait beaucoup et parfois Sam arrivait et s'asseyait sur une chaise pendant une heure. Cette nuit en était un exemple parfait. Elle avait traîné Teal'c avec elle, juste pour avoir quelqu'un à qui parler. Même si Teal'c et la conversation ça faisait deux, au moins il y avait une autre personne dans la pièce.

Jack était encore douloureusement maigre. Bien que grand, il n'avait jamais été corpulent, mais maintenant il paraissait carrément émacié. D'après le personnel médical, il mangeait assez bien, c'est juste qu'il lui faudrait du temps pour reprendre des muscles.

« O'Neill est un guerrier fort, » dit Teal'c après être resté assis pendant un certain temps.

« Je sais, » répondit-elle.

« Il retrouvera sa force. »

« Je sais. »

Sam se mordit les lèvres, refoulant les larmes. C'était le problème avec le fait de parler avec Teal'c. Il avait toujours cet effet là sur elle. Pour une raison ou une autre, ses mots simples étaient plus touchants que toute autre condoléance soigneusement élaborée.

« C'est juste que c'est si dur, » poursuivit-elle, « de le voir ainsi... »

« En effet. »

« Je ne cesse de penser à cette fichue machine. Nous aurions pu l'utiliser pour l'aider. »

« Et d'autres seraient morts. »

« Je sais... je sais. C'est juste que... vous n'avez pas ressenti ses effets, Teal'c. Après avoir été dans cette chose, je me sentais si forte, si puissante. Et s'il y avait eu un autre moyen ? »

« Je ne crois pas qu'O'Neill serait d'accord avec vous. »

« Il ne l'aurait pas su. »

« Cette conversation est vaine, Colonel Carter. Nous ne pouvons pas changer ces événements. Il est inutile de spéculer. »

Sam hocha simplement la tête. Teal'c avait raison, comme toujours. Là où il était question de Jack, la façon de penser de Sam n'était jamais complètement logique. Elle était fatiguée, il fallait qu'elle rentre chez elle.

« Apparemment il ne se réveillera pas cette nuit, » dit-elle, « allons-y. »

Se penchant, elle embrassa les lèvres de Jack avant de laisser Teal'c la guider hors de la pièce. Aucun d'eux ne remarqua Jack ouvrir les yeux et les regarder partir.

ooo

Cela ne faisait plus mal. De cela au moins il en était sûr. L'endroit où il avait été opéré était propre... comme si rien n'était jamais arrivé. Il passa ses doigts sur le greffon de peau. Bientôt, tout ce qui lui resterait serait ses cauchemars. Rien ne pourrait les effacer.

Ceci était sa décision, son choix. Il avait fait tout ce qu'il pouvait, pris les torts à sa charge, et accepté son déshonneur, son renvoi. Maintenant, il ne lui restait qu'un seul choix. Il partit ce jour-là. En direction du Minnesota, dans son 4x4. Cela semblait naturel, normal. Rentrer à la maison, le premier arrêt de son long voyage.

Ce fut le jour où il le tua. Il tua l'homme qui avait été Jack O'Neill.

ooo

Note : Fin dans l'Episode Huit, « Don't Give Up » de Ruth .