Interlude Episode 8:

Don't Give Up

by Ruth M. King

Auteur : Ruth M. King
Traducteur : Aybarra

Spoilers : tout jusqu'à la fin de la saison 8.
Saison / Suite : Se situe après la saison 8 et avant le commencement de la saison 9

Rating : 13 +
Pairings : Sam/Jack
Résumé : Jack a pris une decision drastique.

DISCLAIMER: Stargate SG-1 and its characters are the property of Showtime/Viacom, MGM/UA, Double Secret Productions, and Gekko Productions. We have written this story for entertainment purposes only and no money whatsoever has exchanged hands. No copyright infringement is intended. The original characters, situations, and story are the property of the authors. Not to be archived without permission of the author.

Note de l'auteur : une fois de plus, un grand merci à Jo et Ruthie pour leur soutien indéfectible et leurs encouragements.

Les paroles de 'Don't give up' de Peter Gabriel sont utilisées sans permission.

Note du traducteur : un épisode assez particulier que j'aime beaucoup.

Un grand merci à Sam star et à Bibiche pour leur aide.

Bonne lecture !

ooOoo

In this proud land we grew up strong, / Sur cette terre fière nous sommes devenus forts,

We were wanted all along, / Partout on nous demandait,

I was taught to fight, taught to win, / On m'apprit à me battre, à gagner,

I never thought I could fail. / Jamais je n'ai pensé que je pourrais échouer.

No fight left or so it seems, / Il ne restait plus de combat, du moins c'est ce qu'il semblait,

I am a man whose dreams are all deserted. / Je suis un homme qui a vu tous ses rêves l'abandonner.

I've changed my face; I've changed my name, / J'ai changé de visage ; j'ai changé de nom,

But no one wants you when you lose. / Mais personne ne veut de vous quand vous perdez.

ooo

La première fois que Jack la vit ce fut au petit déjeuner.

Le restaurant était bondé et il n'avait pas pu avoir sa table habituelle, sa serveuse habituelle. S'il n'y avait qu'une chose à dire sur lui, c'est qu'il était une créature de l'habitude. Depuis qu'il était arrivé en ville, il avait pris son petit déjeuner au même endroit. Doreen, qui le servait habituellement, connaissait sa commande par cœur. Elle n'avait pas à demander, elle lui apportait simplement du café, deux œufs brouillés, des toasts et du bacon. Jack appréciait cela. Il était un homme timide par nature et faire la causette l'emplissait toujours d'une sorte d'appréhension. Au moins si c'était un gars, il pouvait discuter de sports, de pêche ou de n'importe quoi...

Pas étonnant qu'il soit un célibataire endurci.

Il savait qu'il était un personnage à l'allure étrange. La barbe qu'il portait depuis ses vingt ans et ses cheveux, à présent gris acier, tombaient au bas de son cou. Les enfants les plus âgés se moquaient de lui dans la rue. Les plus jeunes se moquaient de lui, mais d'une autre façon. Jack enseignait aux élèves de CP. C'était là qu'il était le plus à l'aise. Les enfants ne le jugeaient pas, et il trouvait une vraie satisfaction à guider leurs premiers pas. Dans une existence autrement monotone, cela lui donnait l'impression de vivre.

Une toux polie lui dit que la serveuse était prête à prendre son ordre et Jack n'eut d'autre choix que de la regarder. L'étiquette sur son uniforme affichait Samantha. Doreen avait été une matrone à la silhouette imposante et rassurante, là où cette femme avait la trentaine et était très attirante.

« Que puis-je vous offrir ? » sourit-elle.

« Euh... Doreen sait..., » marmonna-t-il.

« Doreen n'est pas là aujourd'hui. »

« Euh... donnez-moi un instant, » dit-il, se sentant rougir.

« Voulez-vous un peu de café pendant que vous vous décidez ? » offrit-elle.

« Oui... mer... merci. »

« Je reviens tout de suite. »

Elle lui fit un sourire radieux en s'éloignant. Jack songea sérieusement à partir sans commander, mais il y avait là des gens qu'il connaissait. Ils se demanderaient pourquoi l'homme qui faisait classe à leurs enfants partait sans prendre son habituel petit déjeuner. Un homme seul dans une petite ville, il était le candidat idéal pour les rumeurs. Des voisins aux grands cœurs lui avaient demandé d'assister à diverses activités sociales, mais il avait toujours décliné, ajoutant à sa réputation de solitaire. Il n'avait pas de petite amie, et n'était pas très intéressé par les femmes, ce que les gens trouvaient bizarre Les gens trouvaient étrange qu'il ne parle pas de son passé. Personne ne semblait pouvoir comprendre que la seule chose qu'il voulait était d'enseigner aux enfants. Le restaurant était sa seule concession à la vie sociale de la ville et c'était uniquement à cause de sa faiblesse pour le bon café.

Parlant de café, Samantha était revenue et il n'avait toujours pas pris de décision.

« Voulez-vous que je vous apporte le menu spécial ? » offrit-elle gentiment.

C'était des crêpes, Jack détestait les crêpes, mais il hocha la tête, tentant de mettre un terme à cette expérience inconfortable. Il prit une gorgée de café, utilisant le liquide pour avaler ses vitamines du matin.

« Je leur ai fait mettre un peu plus de chocolat, » dit Samantha en lui souriant quand elle revint avec sa commande.

« Merci, » réussit-il à dire.

« C'était un plaisir. Faites-moi signe si vous avez besoin d'autre chose. »

Et, dieu merci, elle partit servir quelqu'un d'autre. Jack attaqua ses crêpes sans conviction. Il ne voulait pas vraiment les manger, mais s'il ne le faisait pas, Samantha pourrait revenir et lui demander si quelque chose n'allait pas. Le mélange était collant crêpes, fraise, sirop, crème et chocolat. Son estomac ne lui pardonnerait pas facilement cet abus, mais il l'avala avec des gorgées de café amer. Jack mangea aussi vite qu'il put, laissant l'addition et un pourboire conséquent sur la table. Alors qu'il passait près de la fenêtre, il jeta un coup d'œil à l'intérieur. Samantha le vit et lui fit un signe de la main. Il s'éloigna en hâte sans retourner le salut.

Il passa deux jours avant que Jack n'ose s'aventurer à nouveau dans le restaurant, et ce ne fut qu'après avoir vérifié que Doreen servait qu'il entra.

« Tiens, un revenant, » le salua-t-elle lorsqu'il s'assit à sa table habituelle.

Doreen versa son café, mais au lieu d'aller s'occuper de son petit déjeuner, elle prit le siège en face de lui.

« Vous avez fait une sacrée impression », lui dit-elle d'un ton de conspirateur.

« Ah bon ? » répondit-il.

« Sur Samantha. Elle n'a pas arrêté de parler de vous. »

« Vraiment ? »

Jack regarda autour de lui, paniqué. Là, elle se tenait derrière le bar. Elle saisit son regard et sourit.

« Hum, hum. Samantha est nouvelle en ville, vous savez. Séparée, des enfants, mais ils vivent avec leur père, » continua Doreen. « Et vous savez, il y a le mariage chez les Rayfield le week-end dans quinze jours ? Tout le monde sera là et ce serait une honte si elle ratait ça. »

Lui faisant un clin d'œil entendu, elle laissa la phrase en suspens. Jack avait reçu une invitation, mais il n'avait aucune intention d'y aller.

« J'y... euh, penserai, » répondit-il.

« Faites donc ça. Je vais aller chercher vos œufs, » sourit-elle.

Jack remarqua que Doreen s'était arrêtée pour parler à Samantha en passant et ce fut l'autre femme qui apporta sa commande.

« C'est donc ce que vous prenez habituellement ? » dit Samantha.

« Oui. »

« Pas de crêpes ? »

« Non. »

« Vous n'aimez pas du tout les crêpes, n'est-ce pas ? »

« Non. »

« Alors pourquoi n'avez-vous rien dit ? »

Il haussa simplement les épaules et tenta de retourner à son National Geographic. Samantha resta là quelques secondes, l'air d'attendre quelque chose.

« Merci, » fut tout ce que Jack dit.

Il pouvait entendre les voix murmurées alors que les deux serveuses discutaient de son manque de courtoisie. Il semblerait que le temps était peut-être venu d'aller fréquenter Denny's sur la nationale.

ooo

La seconde fois qu'il la vit, elle pleurait.

Il rentrait chez lui après l'école, un vendredi après-midi, quand il la vit accroupie dans la rue, penchée au-dessus de quelque chose. Jack ralentit en passant. Personne d'autre ne semblait s'inquiéter qu'une femme pleure sur la route. Il voulut s'en aller, mais il ne le fit pas. Se garant sur le côté, il arrêta sa voiture et sortit. Samantha ne le remarqua pas, elle était occupée avec ce que Jack identifia être un chat blessé.

« Est-ce... est-ce que tout va bien ? » lui demanda-t-il.

Surprise, elle leva les yeux sur lui, son visage strié de larmes.

« Un salaud l'a heurté et là laissé simplement là, » répondit-elle, la gorge serrée.

« Votre chat ? »

« Non. Je ne sais pas à qui il appartient. Je suis allée frapper à la porte de quelques maisons, mais personne... Il n'y a pas de collier, ni rien. »

Sa gorge se serra alors qu'elle luttait pour se retenir de pleurer à nouveau. Jack baissa les yeux sur le chat. Il était encore en vie et miaulait de douleur. Ils ne pouvaient pas le laisser mourir là. Les voitures passaient en trombe. Ce n'était pas l'endroit le plus sûr qui soit.

« Vous voulez qu'on l'emmène chez le véto ? » offrit-il.

« Vous feriez ça ? » demanda-t-elle.

« Oui. »

Il retourna à sa voiture et trouva une couverture. En faisant très attention, il l'enroula autour de l'animal et le transporta à la voiture. Samantha y monta d'abord, s'asseyant sur le siège passager pour que Jack puisse étendre le chat sur ses genoux. Apparemment il sentit qu'ils tentaient de l'aider et fit une tentative pour ronronner.

« Pauvre petit, » fredonna Samantha en le caressant avec douceur.

Démarrant la voiture, il s'engagea dans le trafic. Jack eut l'impression qu'il devrait dire quelque chose, mais faire la conversation n'était pas son fort. Le véto n'était pas très loin et Samantha était trop préoccupée avec le chat pour remarquer que le trajet s'était déroulé en silence. Toutes pensées que Jack aurait pu avoir de les laisser là et de s'enfuir furent rapidement étouffées quand il se retrouva à porter l'animal dans le bâtiment. Samantha était partie devant et parlait à la réceptionniste quand il entra. La clinique était grouillante d'activité, mais ils n'eurent pas à attendre. Une infirmière les emmena directement à la salle d'opération.

Le chat avait eu de la chance. Une jambe cassée semblait être toute l'ampleur de ses blessures, mais ils durent attendre pendant les radios et le plâtrage de la jambe. La vétérinaire leur conseilla également de surveiller l'animal durant la nuit, juste au cas où elle aurait raté quelque chose.

« Où vivez-vous ? » demanda Jack lorsqu'ils sortirent.

« La pension de famille sur Maple, » répondit-elle.

« Je vais vous emmener chez vous. »

« Il y a un problème. Aucun animal de compagnie n'est autorisé. Pourrions-nous... Je veux dire, est-ce que c'est okay si nous allons chez vous ? »

Samantha serra le chat tout contre elle, ne désirant visiblement pas le lâcher. Jack hésita, ce n'était pas ce qu'il voulait faire, mais il ne savait pas comment le lui dire, aussi il se contenta de hocher la tête. Sa maison n'avait rien de spécial : un petit bâtiment de plain-pied au milieu d'appartements. Les meubles étaient tout simples. Jack n'avait pas tellement d'argent quand il avait emménagé. C'était encore décoré du même papier peint au motif de magnolia. Au moins c'était propre et bien rangé, réalisa-t-il en la faisant entrer.

« Je vais aller chercher une boîte, » marmonna-t-il.

Une fois dans la cuisine, Jack prit quelques instants pour tenter de se calmer. Il pouvait entendre Samantha se déplacer dans l'autre pièce. Elle passait probablement en revue ses livres, ses CD, tentant de découvrir un peu plus sur lui. Pour une raison ou une autre, cela le rendit nerveux. Il y avait une boîte sur le comptoir qui avait auparavant contenu des provisions. Il mit à l'intérieur un vieux torchon et le prit.

« Tenez, » dit-il.

En faisant attention à sa jambe blessée, Samantha plaça doucement le chat sur le lit de fortune.

« Et voilà, » dit-elle d'un ton apaisant, « j'espère que ça ira mieux pour toi. »

Le chat miaula en réponse et se mit à se nettoyer.

« Je pense qu'il aime bien, » dit Samantha en souriant.

« J'en suis heureux. »

« Nous devrions lui trouver un nom. »

« Euh...d'accord. »

Mais son esprit n'arrivait à rien. Il n'avait jamais eu d'animal de compagnie et n'était pas sûr d'aimer les chats. Il regarda l'animal. Il était noir. Il se dit qu'ils pourraient l'appeler...

« Blackie ? » suggéra-t-il.

Samantha éclata de rire et fit un geste pour montrer autour d'elle, « Toute cette musique et cette poésie et vous voulez appeler un chat Blackie ? »

Il rougit et se détourna, mais sentit aussitôt sa main se poser légèrement sur son bras.

« Ce n'est rien, » dit Samantha. « Nous pouvons l'appeler Blackie si vous voulez. »

« Est-ce que... est-ce que vous voulez manger quelque chose ? » demanda-t-il.

« Ce serait super. »

Ils surveillèrent le chat... Blackie, toute la nuit. Jack sortit pour aller chercher de la nourriture pour chat et de la crème pour qu'ils puissent le nourrir. Samantha tenta d'inciter Blackie à manger et boire, le laissant lécher la crème sur le bout de son doigt. Le temps que le soleil se lève, Blackie paraissait tout à fait mieux. Il était assis sur son postérieur, s'intéressant à ce qui l'entourait et tentant de sortir de la boîte.

Jack se sentait épuisé après être resté debout toute la nuit. Il avait essayé de dormir, mais avait trouvé cela impossible en étant assis sur le canapé. Samantha bâillait aussi.

« Je devrais y aller, » dit-elle, « je commence tôt. »

Aussi heureux qu'il fût de la voir partir, Jack était un peu inquiet.

« Est-ce ça ira pour vous ? » demanda-t-il.

« Ce n'est pas la première nuit blanche que je passe, » le rassura-t-elle.

Elle donna à Blackie une dernière caresse, ramassa son manteau et se dirigea vers la porte.

« Euh... Samantha, » l'arrêta Jack.

« Oui ? » interrogea-t-elle.

« Je dois aller à un mariage la semaine prochaine. Voudriez... voudriez-vous venir avec moi ? »

Sa bouche était sèche, il transpirait et il n'avait aucune idée du pourquoi il faisait cela. Il ne voulait pas aller au mariage.

« J'en serais ravie, » sourit-elle.

ooo

La troisième fois qu'il la vit, elle était magnifique.

Etant donné qu'ils avaient la garde conjointe de Blackie, Samantha était venue plusieurs fois au cours de la semaine. Blackie semblait toujours content de la voir... ou surtout, avec les surprises qu'elle lui apportait. Jack découvrait que cela ne le dérangeait pas de les avoir autour de lui. Blackie était un animal gentil et domestiqué, et ne refusait pas de s'asseoir sur ses genoux toute une soirée. Il remplissait la maison silencieuse de sa présence, sans mentionner ses ronronnements sonores. Ils l'emmenèrent voir le vétérinaire le lundi. Elle fut très contente de ses progrès et les félicita de la façon dont ils s'en étaient occupés. Jack se mit à songer à installer une chatière.

Il s'était résigné au mariage à venir. Les gens paraissaient sincèrement heureux qu'il vienne et la joie de Doreen ne connut pas de bornes quand elle découvrit qu'il emmenait Samantha. Il avait même loué un smoking. C'était ce genre de mariage. Jack espérait vraiment qu'il ne paraissait pas aussi stupide qu'il en avait l'impression quand il arriva à la pension de famille pour prendre Samantha.

« Wow, » dit-elle quand elle le vit.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-il.

« Vous avez belle allure. »

« Oh. »

Il décida de la croire sur parole. Bien que portant toujours une veste et une cravate pour aller travailler, il y avait quelque chose avec les smokings qui les rendait inconfortables. Il avait l'impression de porter un uniforme.

« Eh bien ? » demanda-t-elle tournant sur elle-même devant lui.

Sa robe était très jolie. Bleu pâle, s'évasant à partir de la taille et tombant juste sous ses genoux. Elle avait ébouriffé ses cheveux courts et Jack pouvait voir de minuscules fleurs bleues éparpillées. Elle était plus que jolie, mais il ne savait pas comment le lui dire. Aussi il se contenta de sourire et espéra que ce serait suffisant.

Ils étaient un peu en retard, mais ils réussirent à se glisser dans les sièges à l'arrière. La cérémonie fut longue et élaborée, mais il apprécia la musique. Il avait toujours aimé Flower Duet. Samatha prit sa main pendant que les deux femmes chantaient et il ne s'en rendit même pas compte. Elle avait les larmes aux yeux quand elles eurent terminé. Jack la regarda, avec curiosité. N'avait-elle jamais entendu cela auparavant ? Elle renifla et Jack lui offrit son mouchoir.

« Merci, » dit-elle. « Vous devez penser que je suis une idiote. C'est juste que cela me rappelle quelqu'un. »

« Non... non. Ce n'est rien, » la rassura-t-il, et quelque part, c'était vrai.

Il ne protesta même pas sur le fait qu'elle tenait encore sa main lorsque le service s'acheva et qu'ils s'avancèrent vers la réception. D'une certaine façon, ce ne fut pas aussi mauvais qu'il s'attendait. Plusieurs enfants à qui il enseignait étaient là et il se retrouva à les amuser pendant que leurs parents circulaient parmi la foule. Plusieurs adultes eurent également des mots gentils pour lui et sa façon d'enseigner. C'était agréable de savoir qu'il avait un impact positif sur la communauté.

Comme la soirée avançait, les enfants partirent et Jack se retrouva en compagnie de Samantha, observant les autres couples danser. Elle voulait danser. Il pouvait le dire par la façon dont son corps se balançait doucement avec la musique, mais il eut un répit quand quelqu'un lui demanda. Elle jeta un coup d'œil dans sa direction pour s'assurer qu'il était d'accord avant de laisser l'autre homme l'emmener. Jack ne savait pas exactement ce qu'il ressentait en les regardant. Ils semblaient s'amuser. Samantha souriait et riait. Jack tenta de se fondre à l'arrière et se demanda si quelqu'un remarquerait s'il partait simplement.

Samantha était un peu essoufflée quand elle revint vers lui. Son visage brillait quand elle lui tendit la main.

« Venez, » dit-elle.

« Quoi ? »

« Danser. »

« Je ne... euh... danse pas. »

« Celle-ci est lente, tout ce que vous avez à faire est de bouger vos pieds. »

Samantha saisit sa main, tirant dessus et Jack se retrouva hors de sa chaise. Elle était étonnamment forte. Tout d'un coup ils furent sur la piste de danse. Samantha avait ses bras autour de son cou tandis que Jack, très timidement, plaçait les siennes sur sa taille.

« Juste une, » le rassura-t-elle, « puis nous pourrons partir. »

« Bien... je veux dire... il commence à se faire tard, » bredouilla-t-il pour réponse.

« Ce n'est rien. Ce n'est pas si mal, n'est-ce pas ? »

Il n'en était pas si sûr. Elle posa sa tête sur son épaule alors que Jack faisait quelques tentatives pour les faire bouger au rythme de la musique. Il se sentait gauche à bouger ses pieds de cette façon. Même si Samantha n'était pas tellement plus petite que lui, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il la dominait de la tête et des épaules, ainsi que tous les autres. Il fut soulagé quand la chanson se termina et qu'il la relâcha.

Tenant parole, elle le mena à leurs hôtes pour leur dire au revoir. Ce fut un soulagement d'être dehors, dans l'air frais, même si la soirée était chaude. Il prit plusieurs profondes respirations pour se calmer avant de la ramener chez elle.

« Merci, » dit-elle quand ils arrivèrent à sa porte. « Je me suis bien amusée. »

« J'en suis content. »

Et il l'était. Jack avait peut-être détesté chaque instant, mais le fait que Samantha s'était amusée faisait que tout cela en valait la peine. A quel point elle s'était amusée devint rapidement évident lorsqu'elle passa sa main sur sa nuque et attira sa tête vers elle. Jack n'arrivait pas à se rappeler la dernière fois qu'il avait embrassé une femme. S'il pensait que sa façon de danser était maladroite, ceci était pire. Leurs nez se tamponnèrent, leurs dents s'entrechoquèrent, et Jack n'avait aucune de ce qu'il fallait faire avec ses mains.

« Je... on se voit demain, » haleta-t-il quand elle se recula.

« Vous ne voulez pas entrer ? » demanda-t-elle, levant timidement les yeux sur lui.

« Non ! Je veux dire, non merci... Je devrais y aller. »

Jack n'attendit pas qu'elle soit rentrée. Il fallait qu'il rentre chez lui, qu'il réfléchisse. S'il n'avait pas embrassé une femme depuis un certain temps, cela faisait encore plus longtemps depuis qu'il avait couché avec une. Au bas mot, Samantha s'attendrait à ce qu'il sache ce qu'il faisait et non pas un homme maladroit comme un adolescent.

Quand il arriva chez lui, le téléphone sonnait, mais Jack l'ignora. Il alla directement au lit.

ooo

Though I saw it all around / Bien qu'ayant vu cela partout
Never thought I could be affected / Jamais pensé que je pourrais être affecté
Thought that we'd be the last to go / Je pensais que nous serions les derniers à partir
It is so strange the way things turn / C'est si étrange comme les choses se sont passées
Drove the night toward my home / Je conduisais la nuit vers chez moi
The place that I was born, on the lakeside / L'endroit où je suis né, sur les bords d'un lac
As daylight broke, / Comme le jour se levait,
I saw the Earth / Je vis la Terre
The trees had burned down to the ground / Les arbres avaient brûlé jusqu'à la racine

ooo

Jack voulait en finir, mais il ne savait pas comment. Samantha vint le jour suivant, comme promis, apportant le nouveau collier de Blackie. Le chat ne sembla pas très impressionné par la cloche et Jack fit une promesse secrète de la lui ôter dès qu'elle serait partie. Ils passèrent l'après-midi à regarder un vieux film : Le Magicien d'Oz. Ca semblait un choix bizarre, mais il ne le mentionna pas. A la fin, Samantha posa sa tête sur son épaule.

Et donc cela continua.

Un mois plus tard, il la voyait toujours. Il s'était habitué aux baisers, au fait de se tenir la main et les étreintes spontanées, mais il ne s'était pas senti capable de pousser plus loin leur relation. Il n'arrivait vraiment pas à comprendre pourquoi Samantha était toujours avec lui. Il devait y avoir au moins une demi-douzaine de types qui prendraient volontiers sa place à ses côtés. Des types plus malins, plus jeunes, plus beaux qui la traiteraient comme elle le méritait. Il les voyait tous les jours au restaurant, discutant et flirtant avec elle. Jack s'asseyait à sa table, incapable de faire autre chose que de regarder. Elle avait un sourire pour chacun d'eux.

Il avait dit les mots dans sa tête une centaine de fois, et quand elle apparut à sa porte tôt un dimanche matin, Jack était déterminé à les dire. Samantha ne lui donna pas l'occasion.

« Jack, il y avait des gens au restaurant ce matin. Ils demandaient après toi, » dit-elle dès qu'il ouvrit la porte.

« Quoi ? » demanda-t-il.

« Du genre fonctionnaires. Je pensais peut-être que tu n'avais pas payé tes impôts, mais ils ont dit que c'était une question de Sécurité Nationale. »

Quelque part dans son cerveau, un levier s'enclencha.

« Je dois partir, » dit-il.

« Partir ? »

« Partir, quitter cet endroit. »

Jack retourna à l'intérieur en trébuchant, laissant Samantha le suivre.

« Où ? Où iras-tu ? » demanda-t-elle.

« Je... je... ne sais pas. »

Il avait simplement cette irrésistible compulsion de quitter la ville. Regardant autour de lui et les possessions qu'il avait si minutieusement assemblées, Jack sut qu'il devait tout laisser derrière. Il y avait un sac sous son lit et il le sortit. Il le fourra avec ses vêtements et ses vitamines, avant de mettre ses bottes de marche. Du liquide... il allait avoir besoin de liquide. Jack ouvrit un livre et récupéra les billets qu'il y avait mis. Voilà, il était prêt.

« Tu prendras soin de Blackie ? » demanda-t-il à Samantha.

« Nous le déposerons chez Doreen en quittant la ville, » dit Samantha.

Jack la regarda la bouche béante. Qu'était-elle en train de faire ?

« Mais... mais ton travail ? » protesta-t-il.

« Ca n'a pas d'importance. Je vais avec toi, Jack. »

Juste comme il l'avait découvert au cours de tant d'occasions, Jack ne sut comment dire non.

Ils se retrouvèrent à l'extérieur de la ville. Il ne savait pourquoi, Samantha paraissait différente. Ressemblant moins à une serveuse et plus à... il n'était pas sûr.

« Je connais un endroit où nous pouvons aller, » offrit-elle.

« Où ? » demanda-t-il.

« Minnesota. »

Il ne demanda pas pourquoi. Au point où il était, il était content de traverser la moitié du pays. La fuite était la priorité à l'esprit de Jack et il se fichait de l'endroit où il allait se retrouver. Qui ou que fuyait-il ? La question le tourmentait. Il n'était pas plus près d'une réponse lorsqu'ils atteignirent leur destination. Le chalet était à trente kilomètres de la ville la plus proche. Idéal, ou c'est ce qu'il espérait.

L'endroit était presque idyllique. Un bâtiment de plain-pied en bois entouré d'un groupe d'appentis, avec un étang et un petit ponton derrière.

« Bonne pêche ? » demanda Jack.

« Il y a des poissons dans l'étang, mais l'ami à qui cet endroit appartient n'a jamais rien pris, » répondit Samantha d'une voix un peu triste.

« Que lui est-il arrivé ? »

« Il est parti. J'espère qu'il reviendra bientôt. »

« Est-ce qu'il ne voudra pas son chalet ? »

« Non. »

Jack sentit que ceci n'était pas quelque chose dont elle voulait parler, aussi il se tut et la suivit dans le chalet.

Il se dit qu'on pouvait le décrire comme douillet à l'intérieur. Une pièce principale, une cuisine, une salle de bain... une chambre.

« Je dormirai ici, » dit-il immédiatement.

« Tu n'as pas à le faire, » le rassura-t-elle.

« Je... »

« Ecoute, il n'y pas d'autre endroit où dormir. Le canapé n'est pas assez grand et nous n'avons apporté aucun drap supplémentaire, donc tu ne pourras pas dormir par terre. »

« Je n'ai... je veux dire... Ca fait très longtemps que... »

« Jack, ce n'est rien. Tout ce que nous allons faire, c'est dormir. »

Pour une raison ou une autre, ce ne fut pas aussi rassurant que cela aurait pu être. Jack réalisait qu'il n'avait pas tellement le choix en la matière. Il fit une autre protestation quand il se fit tard, mais elle n'en démordit pas. Samantha se prépara la première pour aller au lit. Quand Jack en eut finalement terminé dans la salle de bain, elle était déjà pelotonnée sous le couvre-lit. Si elle était endormie ou pas, il ne sut le dire. Il lui tourna simplement le dos et tenta de prendre le moins de place possible.

ooo

Le matin, cependant, apporta d'autres embarras. Jack se réveilla pour découvrir qu'il avait bougé pendant son sommeil. Il s'était blotti contre le dos de Samantha. Une de ses mains s'était glissée sous son T-shirt et était posée sur sa peau nue. Aussi lentement et avec autant de précaution que possible, Jack commença à l'enlever.

« Non, » dit Samantha à sa surprise. Il ne s'était pas rendu compte qu'elle était réveillée.

Jack retira sa main comme elle roulait sur elle-même pour le regarder et il put voir la déception dans ses yeux.

« Je ne peux pas, » murmura-t-il.

Et il se retrouva dans ses bras, sa tête sur sa poitrine, les doigts de Sam passant dans ses cheveux.

Il ne sut combien de temps ils restèrent ainsi. Ni l'un ni l'autre n'aurait bougé si ce n'était l'odeur de brûlé qui remplit petit à petit le chalet. L'embarras oublié, ils sortirent tous les deux du lit et se rendirent à l'extérieur. On pouvait nettement voir la fumée s'élever au-dessus des arbres. Pas tout près, un kilomètre, peut-être deux ?

« Tu crois que nous devrions aller voir ? » demanda Jack.

« Oui... peut-être, » acquiesça Samantha. « J'appelle les pompiers. »

Ils partirent à pieds, sachant que les routes ne les mèneraient probablement pas jusqu'où ils voulaient aller. La marche fut facile. Guidés par la fumée, ils réussirent à faire le trajet en une demi-heure. Les pompiers étaient déjà là et le feu était quasiment maîtrisé, mais on ne pouvait se tromper sur le fait que la fumée s'élevait des restes de ce qui avait été autrefois un chalet.

« Des voisins ? » demanda Jack.

« Je suppose. »

Jack resta en arrière pendant que Samantha alla parler à l'un des hommes. Les dégâts aux environs étaient minimes. C'était heureux que le feu ne se soit pas propagé.

« Ils pensent que c'est peut-être un incendie volontaire, » dit Samantha quand elle revint.

« Est-ce qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur ? » demanda Jack.

« Non. Je pense que nous devrions partir. »

« Ne devrions-nous pas rester pour aider ? »

« Tout semble sous contrôle. »

Elle se remit à marcher sur le chemin qu'ils avaient emprunté à l'aller et Jack se retrouva à traîner derrière elle, se demandant pourquoi elle était si pressée. La première chose que fit Samantha quand ils retournèrent fut de prendre son portable.

« Daniel ? C'est Sam. Oui, nous allons bien tous les deux. Nous revenons au SGC. On se voit plus tard... bye. »

« SGC ? » interrogea Jack.

« J'expliquerai plus tard. »

« Qui est Daniel ? »

Jack fut surpris de s'apercevoir qu'il était jaloux. Pas seulement du mystérieux Daniel, mais tout également du mystérieux 'ami' à qui le chalet était censé appartenir. Il commençait à réaliser qu'il savait très peu sur Samantha. Elle avait parlé un peu de son passé. Ses parents étaient morts et elle avait un frère... des trucs de famille sans intérêt. Il admettait que, dans une tentative futile de s'empêcher d'être trop impliqué avec elle, il n'avait pas demandé davantage. Visiblement, cela n'avait pas marché.

« Jack... s'il te plaît, tu dois me faire confiance. Nous devons partir d'ici, » insista-t-elle.

« Pourquoi ? »

« Parce que ces gens qui sont venus au restaurant, je pense que ce sont eux qui ont mis le feu. Ils voulaient te tuer, Jack. »

« Me tuer ? »

Il était prof. Pourquoi quelqu'un voudrait le tuer ? Pourtant, il avait fui sa maison parce que ces gens le recherchaient. S'ils étaient vraiment ici, partir semblait être la meilleure option.

« D'accord, » lui dit-il.

ooo

Ils conduisirent toute la nuit jusqu'à Colorado Springs. Chaque partie de la route semblait douloureusement familière à Jack. Bien qu'il n'avait jamais été à ce 'SGC', il semblait savoir instinctivement où il se trouvait. Le temps qu'ils atteignent Cheyenne Mountain, il était convaincu qu'il était déjà venu ici. Le sentiment fut renforcé lorsqu'ils passèrent le poste de sécurité. Les soldats ne cessaient de saluer et il avait l'étrange sentiment que le geste lui était adressé. Ou à Samantha ? Cela aurait pu être Samantha. Elle semblait certainement connaître son chemin ici. Avant longtemps, il se retrouva dans une jolie pièce. Il y avait un lit, des photos sur les murs, une salle de bain attenante... mais il avait quand même l'impression qu'elle l'avait mis en prison. Elle partit peu après et Jack se retrouva seul.

Sortir d'ici allait être beaucoup plus difficile que d'y entrer. Il y avait quelqu'un qui montait la garde à l'extérieur de sa porte un jeune homme très poli qui lui avait demandé comment il allait et l'avait appelé monsieur. Il rendit Jack nerveux. En fait, tout cet endroit avait un mauvais effet. Jack pouvait sentir le poids de la montagne le comprimer. Il voulait sortir.

Il passa une heure avant que Samantha ne se montre à nouveau. Il y avait deux hommes avec elle. Le plus grand des deux avait un emblème en or sur son front. L'autre était un homme nerveux qui portait des lunettes. Samantha les présenta comme Teal'c et Daniel.

« Vous ne vous souvenez pas de nous, n'est-ce pas ? » dit tout de suite Daniel.

« Non, désolé, » répondit Jack.

Jack était presque sûr qu'il n'avait jamais rencontré aucun des deux hommes. Il se serait souvenu du tatouage. Samantha s'assit sur le lit à côté de lui.

« Jack, ceci sera sans doute difficile pour toi à accepter, » commença-t-elle, « mais tu es le Brigadier Général Jack O'Neill de l'US Air Force. Je suis le Lieutenant Colonel Samantha Carter. »

« Pardon ? »

« Tu as disparu il y a trois mois et nous avons tenté de te retrouver. »

Alors tout... tout ce qu'il pensait connaître de lui-même était une imposture. Et Samantha... ?

« Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ? Pourquoi le truc de la serveuse ? » demanda-t-il.

« Parce qu'il était évident que tu ne me reconnaissais pas, que ta mémoire avait été modifiée d'une façon ou d'une autre. »

« Alors tu as juste prétendu bien m'aimer ? »

« Non ! Jack, j'espérais juste que tu commencerais à te souvenir. »

Il la regarda. Il ne savait pourquoi, il avait l'impression que sa détresse n'était pas feinte. Etait-ce possible qu'ils se soient connus auparavant ?

« Quelqu'un vous a fait cela, » continua Daniel. « Quand ils se sont aperçus que Sam vous avait retrouvé, ils ont tenté de l'arrêter. »

« Pourquoi ? » demanda Jack.

« Cela nous ne le savons pas. »

« Je... Je ne sais pas quoi dire. »

« Souhaitez-vous rester seul, O'Neill ? » demanda Teal'c.

Jack hocha la tête, incapable d'exprimer le trouble de ses émotions. Samantha... Sam l'étreignit un instant avant de suivre Daniel et Teal'c hors de la chambre.

Il s'étendit, ne sachant pas quoi penser. A cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour revenir dans sa classe. Quoi qu'ils disent, il n'était pas un général de l'Air Force. Il était un enseignant et un bon. Il était temps qu'il revienne à cela. Se levant, Jack alla à la porte et passa la tête à l'extérieur.

« Je veux parler à Sam, » dit Jack au jeune homme.

« Le Colonel Carter ? » demanda-t-il.

« Oui... s'il vous plait. »

Quand elle revint, il n'eut que cinq mots pour elle, « Je veux rentrer chez moi. »

ooo

La maison où elle l'emmena montrait des signes d'abandon. Le jardin à l'arrière était envahi d'herbes, les boiseries donnaient l'impression qu'elles avaient besoin d'une bonne couche de peinture, et il y avait un tas de lettres sur la table dans l'entrée. Tout était adressé à Jack O'Neill. Il y avait une photo sur le mur dans le salon. Cheveux court, pas de barbe, mais c'était lui. Il y avait une femme debout à côté de lui, sa tête sur son épaule. Un enfant se tenait entre eux.

« Qui... qui... qui est-ce ? » demanda Jack.

« Ton ex-femme et ton fils, » dit Sam.

« J'ai un fils ? »

« Tu avais. Il est mort. »

Jack ne ressentit rien. Il ne se rappelait pas avoir un enfant. Comment pourrait-il pleurer quelque chose qu'il n'avait jamais eu ? Tout était faux. Tellement faux. Il sortit sur la terrasse. Sam, remarqua-t-il, ne le suivit pas. Jack descendit les marches et marcha dans le gazon négligé. C'était humide et il sentit l'humidité tremper le bas de son pantalon. En dépit du mauvais état, Jack se rendit compte qu'il aimait ce jardin. Paisible. Il pouvait comprendre qu'un militaire endurci sorte ici pour se détendre.

Sam ne le laisserait pas seul éternellement. A contrecoeur, il retourna à l'intérieur. Le salon était vide.

« Samantha ? » appela-t-il.

« Par ici, » répondit-elle.

Il y avait une certaine tension dans la qualité de sa voix. Dès qu'il entra dans la cuisine, Jack vit pourquoi. Trois hommes se tenaient là. L'un d'eux avait un pistolet contre la tête de Samantha.

Les yeux de Sam le suppliaient de sortir d'ici, mais Jack découvrit qu'il ne pouvait pas bouger.

« Laissez... laissez la partir ! » bredouilla Jack.

« Oh, je ne le pense pas. Nous avons attendu pas mal de temps pour mettre la main sur elle, » dit l'un des hommes. « Et vous... Brigadier Général Jack O'Neill. »

« Je ne suis pas lui. »

« Pas pour le moment, mais ça changera. »

L'un des hommes s'avança vers lui et avant qu'il ne sache ce qui arrivait, Jack avait envoyé son poing s'écraser sur son visage. Le mouvement fut automatique et la surprise suffit à Sam pour arracher l'arme à l'homme qui la tenait. Jack sut à peine ce qui se passa ensuite. Son corps sembla réagir à un vieil instinct. Il savait comment faire mal à ces personnes. La pensée fut tellement troublante qu'il hésita et soudain il sentit quelque chose de gros et lourd s'écraser violemment à l'arrière de sa tête. Jack fut projeté en avant sur le sol. Il ne se rappelait pas avoir jamais eu autant mal. Au-dessus de lui, la lutte continuait. Voulant aider Sam, Jack tenta de se lever, mais le mouvement fut de trop. Apparemment, elle n'avait pas besoin de lui. Sam avait pris possession du pistolet et le pointait sur les intrus d'une manière très professionnelle. Il n'y avait aucun doute dans son esprit qu'elle savait s'en servir et s'en servirait.

« Appelle la base, » ordonna-t-elle, « je pense que c'est sous la pizzeria dans le répertoire. »

Tentant d'ignorer la douleur dans sa tête, Jack fit ce qu'elle demanda. Il n'eut aucun mal à convaincre l'homme à qui il parla. Apparemment, ce genre de chose arrivait tout le temps. Il avait du mal à croire qu'il était comme ces gens... mais ses articulations douloureuses lui disait le contraire. Jack sortit à nouveau, où Sam le trouva un peu plus tard.

« Hé, » dit-elle.

Il tenta de lui sourire, puis grimaça. Sam tendit sa main, passant ses doigts dans ses cheveux à l'arrière de sa tête.

« Tu devrais faire examiner ça, » lui dit-elle.

« Je vais bien, » répondit-il.

Sam sourit, « C'est ce que tu dis toujours. »

Sam semblait le connaître si intimement que Jack se retrouva soudain vouloir savoir plus.

« Qui suis-je ? Je veux dire quel genre d'homme voudrait faire ça ? » demanda-t-il.

Elle prit sa main, « Tu es un homme bien, Jack. Ne doute jamais de cela, ne serait-ce qu'un instant. »

« Mais les choses que j'ai dû faire... »

« Seulement quand tu le devais. »

Avec sa main toujours dans la sienne, elle le guida à l'intérieur de la maison puis sur le toit. Il regarda autour de lui avec surprise.

« C'est là que tu observes les étoiles, » lui dit-elle. « Il y des mondes là-haut, d'innombrables personnes... et tant d'entre elles te sont reconnaissantes. Jack, laisse nous t'aider. Laisse nous retrouver cet homme. »

Jack ne pensait pas avoir jamais été aussi effrayé. Il pouvait revenir à sa vie sûre et bien ordonnée, ou il pouvait faire le pas dans l'inconnu.

« Jack, je t'en prie, » dit Sam.

Il hocha la tête.

ooo

Rest your head / Repose ton esprit
You worry too much / Tu t'inquiètes trop
It's going to be alright / Ca va s'arranger
When times get rough / Quand les temps deviennent difficiles
You can fall back on us / Tu peux compter sur nous
Don't give up / Ne renonce pas
Please don't give up / Je t'en prie, ne renonce pas

ooo

Il y eut des tests. Beaucoup de tests, mais Jack ne se plaignit pas. Il ne protesta pas non plus quand Sam vint avec lui pour aller chercher les résultats. Le Dr... Brightman paraissait inquiète, comme il se doit.

« J'ai parcouru les notes du Dr. Fraiser, » commença-t-elle.

A côté de lui, Sam grimaça. Il semblait qu'entendre le nom de l'autre docteur la rendait mal à l'aise. Jack ne savait pas pourquoi. Peut-être qu'ils ne s'entendaient pas bien ?

« Le Colonel Carter nous a donné un échantillon de vos vitamines et nous avons découverts des molécules identiques à celles associées avec un alien du nom de Martin Lloyd. Votre analyse de sang montre des traces des mêmes substances. »

« Et qu'est-ce qu'elles font ? » répondit Jack.

« Parmi d'autres choses, ces molécules sont connues pour provoquer l'amnésie. »

« Et me donner une toute nouvelle vie ? »

« Oui... à en juger par l'exemple de Martin Lloyd. »

Sam était très calme, remarqua-t-il. Elle regardait tout sauf lui.

« Excusez-moi, j'ai un appel à passer, » marmonna-t-elle et elle partit sans un regard en arrière.

« Il y a une bonne nouvelle, cependant, » poursuivit le docteur. « Pour inverser les effets, tout ce que vous avez à faire est de cesser de les prendre. »

Ca semblait si simple.

« D'accord, » dit Jack.

Ce ne fut que bien plus tard que Sam revint. Quand elle le rejoignit finalement, ses yeux étaient étrangement rouges. La dernière fois qu'il l'avait vue pleurer, c'était pour Blackie. Il avait le sentiment que les larmes n'étaient pas quelque chose qu'elle versait facilement.

« Hé, qu'y a-t-il ? » demanda-t-il en essuyant avec douceur les larmes.

« Rien, » répondit-elle.

Mais ça devait être quelque chose. Pour la première fois, de sa propre volonté, Jack mit ses bras autour d'elle et la tira contre lui.

« Dis-moi, » murmura-t-il. « Est-ce que c'est quelque chose que j'ai fait ? »

« Non, pas toi, » dit-elle.

« Alors qui ? »

Elle prit une profonde respiration, son corps frissonna contre le sien. Pendant un instant, il crut qu'elle allait recommencer à pleurer.

« J'ai parlé à Martin Lloyd, » dit-elle. « Jack est allé le voir... »

« Et ? »

« Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? »

« Non. »

« Jack s'est fait ça à lui-même. Il a fui sa vie, tous ceux qu'il aimait. Il m'a fuie... »

Il sentit le poing de Sam se resserrer sur le tissu de sa chemise, les ongles de son autre main s'enfoncer au creux de ses reins. Jack ne savait pas quoi dire. Comment des mots pourraient-ils réparer ce qu'il avait fait ?

« Tu veux me dire ce qui s'est passé ? » offrit-il.

Sam hocha la tête, « Mais pas ici. »

Ils retournèrent chez Jack O'Neill, commandèrent une pizza et ouvrirent une bouteille de vin. Sam semblait plus à l'aise là qu'à la base. Une fois vêtue d'un pantalon de survêtement et d'un vieux T-shirt, elle ressemblait à la serveuse qu'il avait rencontrée la première fois. La femme qu'il avait commencé à aimer. Oui, il se l'avouait maintenant.

« Je pense que ça a commencé quand tu as été porté disparu, » commença-t-elle. « Nous t'avons ramené, mais... tu étais blessé. Terriblement blessé. Tu as passé une longue période à l'hôpital. »

« Qui m'a blessé ? »

« Moi. Eh bien, pas vraiment moi. Quelqu'un qui me ressemblait. Elle utilisait les humains pour s'en nourrir, pour la garder en vie... et tu étais l'un d'entre eux. Avant que je le sache, je... j'ai essayé la machine. Je me sentais si bien... je n'avais aucune idée de ce que c'était... »

« Et l'a-t-il découvert ? »

« Je n'en suis pas sûre. Peut-être. J'ai parlé à Teal'c pendant que nous étions dans sa chambre... Je pensais qu'il était endormi, mais peut-être qu'il ne l'était pas. Il est parti peu de temps après. Ca prend sens maintenant. Je voulais croire que quelqu'un en était responsable, mais je pense que c'était ma faute depuis le début. »

« Mais ces hommes... ? »

« Tu sais trop de choses... Quelqu'un a dû décider qu'ils ne pouvaient pas te laisser partir. »

« On dirait qu'ils n'étaient pas les seuls. »

« Je ne vais dire à personne que c'était lui. Sa carrière serait finie, il... »

« Chuut. »

Timidement, il traça le contour de son visage. Le baiser fut presque aussi maladroit que leur premier, peut-être même plus parce qu'il fut celui qui l'initia.

« Jack, je... » commença Sam quand ils se séparèrent.

« Garde-le pour lui, » dit-il d'une voix apaisante, « il reviendra bientôt. »

« Je l'espère. Il me manque tellement. »

Sam rentra chez elle peu après. Jack lui offrit sa chambre d'ami, mais elle déclina. Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir de garder ses distances avec lui. Après son départ, il alla sur le toit et regarda les étoiles, se demandant comment c'était de voyager parmi elles. Soudain, il sut où il devait être.

ooo

Jack O'Neill se réveilla dans son propre lit, dans sa propre maison, sentant le vide autour de lui.

Il était de retour... et il ne savait pas s'il devait en être reconnaissant ou pas. Se levant, se douchant... se rasant... il remarqua qu'il avait besoin d'une coupe de cheveux.

Et d'un petit déjeuner. Il voulait un petit déjeuner.

Deux œufs, brouillés, des toasts et une tranche de bacon. Et du café pour faire descendre ses vita...

« Bon Dieu ! »

Jack pressa la paume de ses mains sur les yeux. Il n'allait pas y retourner, n'allait pas reprendre cette route de l'oubli. Se passant de l'eau froide sur le visage, il tenta de retrouver une sorte d'équilibre et Jack se rendit compte qu'il ne voulait pas être seul à cet instant.

Il quitta sa maison sans se donner la peine de manger. Les routes étaient tranquilles, mais il ne le remarqua que quand il atteignit sa maison. Personne n'était debout. Pas même un rideau ne bougea lorsqu'il ouvrit la barrière et remonta l'allée.

Sam répondit quand il frappa à la porte. Ses cheveux étaient ébouriffés, ses yeux gonflés de sommeil. Cela prit un moment pour qu'elle prenne conscience de son changement d'apparence et alors elle sourit. Ses bras s'enroulèrent autour de lui, ses lèvres furent sur les siennes.

« Je pensais que nous pourrions peut-être faire un petit voyage, » suggéra-t-il.

Sam haussa les sourcils à son passage du coq à l'âne.

« Et aller chercher Blackie. »

Elle recula et Jack la suivit dans la maison.

ooo

Don't give up 'cause you have friends / Ne renonce pas car tu as des amis

Don't give up / Ne renonce pas

You're not the only one / Tu n'es pas le seul

Don't give up / Ne renonce pas

No reason to be ashamed / Pas de raison d'avoir honte

Don't give up / Ne renonce pas

You still have us / Nous sommes là pour toi

Don't give up now / Ne renonce pas maintenant

We're proud of who you are / Nous sommes fiers de qui tu es

Don't give up / Ne renonce pas

You know it's never been easy / Tu sais que ça n'a jamais été facile

Don't give up 'cause I believe there's a place / Ne renonce pas car je crois qu'il y a un endroit

There's a place where we belong / Un endroit qui nous est destiné

ooo

Note : voilà, cette 'trilogie' se termine avec cette fic de Ruth. Les deux derniers épisodes sont des 'stand alone'.