Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées

Send your dreams Evoie tes rêves

Where nobody hides Où personne ne se cache

Give your tears Garde tes larmes

To the tide A la marrée

No time Pas de temps

No time Pas de temps

There's no end Il n'y a pas de fin

There is no goodbye Il n'y a pas d'au revoir

Disappear Disparaitre

With the night Avec la nuit

M83 - Wait

Chapitre 78 : Dépouiller

Il y avait le rêve, la réalité mais aussi cet étrange entre-deux.

Elle ne savait jamais avec certitude où elle se trouvait.

Je m'approche lentement de Melina. Depuis que cette espèce de barrière qui nous séparait des Lucas est tombée, tout le monde s'est dispersé. J'ai voulu suivre Anya et Raven pour les soutenir avec l'accouchement mais j'ai été retenue. Parce qu'alors que tout le monde s'agitait, pas elle. Melina n'a pas fait un mouvement depuis tout à l'heure.

Quand tout est redevenue calme, je l'ai vu se rapprocher des nombreux cadavres des Faucheuse, ses sœurs. Je ne suis pas certaine de savoir ce qu'elle peut ressentir en les voyant joncher le sol sans un souffle de vie.

Je sais qu'elle n'en a jamais apprécié une seule mais tout de même, cette situation doit être dérangeante. Je suis presque arrivée a sa hauteur et je ne sais toujours pas ce que je vais lui dire ou ce qu'elle a besoin d'entendre.

-Scarlet.

Je m'arrête sans quitter Melina des yeux. Elle ne semble pas souffrir. En fait, niveau émotion, c'est le vide intersidéral. Elle ne ressent rien. Rien du tout.

Et c'est bien ce qui m'effraie le plus.

-Scarle, insiste la voix dans mon dos.

Je lâche un soupire et à contre cœur, je me retourne. Je force un sourire une fois en face d'Yitzhaak. Il ne me faut qu'un regard pour comprendre que quelque chose le préoccupe. Je réalise qu'il n'y a que deux personnes capables de le mettre dans cet état : Melina ou Madi. Dans les deux cas, je ne suis pas du tout rassuré !

-Un problème, je lâche avec une angoisse qui me retourne l'estomac.

-Je, je n'aime pas du tout son regard, je peux te laisser gérer Melina ? Tu vas tenir le coup ? Elle ne semble pas bien.

-Evidemment, je serai toujours là pour elle ! Je t'interdis d'en douter, je me renfrogne.

-Ce n'est pas, il baisse les yeux, que je doute de toi mais tu es plus fragile dernièrement. Je sais que tu l'aime et que ce sentiment est plus que partagé. Je ne doute pas de toi, il insiste. C'est simplement ma sœur et, il inspire profondément en frottant l'énorme cicatrice présente sur son cou, durant toutes ces années, je n'ai pas eu l'occasion de veiller sur elle comme elle le mérite, il inspire profondément, et aujourd'hui, une autre personne a plus besoin de moi. D'autant plus si je peux compter sur toi, ici avec Melina.

-C'est Madi, je demande inquiète.

-Elle est encore là-bas, il soupire en secouant la tête.

-Où ?

-Je, son regard change comme s'il venait de dire quelque chose qu'il regrettait, ce n'est pas à moi de t'en parler. Désolé. Normalement, elle n'y va plus seule. Elle a demandé à Melina de l'accompagner à chaque fois ces derniers temps, sauf aujourd'hui, il jette un regard vers sa sœur, mais clairement elle a la tête ailleurs.

Je ne comprends pas un mot de ce qu'il vient de laisser entendre. Je n'ai pas le temps de rebondir sur ses propos qu'il s'éloigne déjà. Il a un comportement vraiment étrange. Mais je décide d'ignorer cette sonnette d'alarme pour le moment et de me concentrer entièrement sur Melina. Si elle a besoin de moi, je serai là.

Je sais que je suis plus fragile depuis quelque temps. Je n'ai pas besoin que qui que ce soit me le rappelle. Mais Melina est et restera tout mon monde. Je serai toujours présente pour elle. Et aujourd'hui, elle a besoin de moi. Enfin… je crois.

-C'est toi Éleusis ?

Je sursaute légèrement à son intervention. Je ne pensais pas qu'elle m'avait entendu approcher. Je me tourne assez pour fixer son profil mais elle ne me regarde pas. Ses yeux si spécifiques sont rivés sur les nombreux cadavres qui jonche le sol.

-Tu n'es pas blessée.

-En effet, je réponds avec le même détachement qu'elle. Tu…

-Moi non plus, me coupe-t-elle d'un air absent, j'ai été très prudente.

-En effet, je frôle sa main gauche de mes doigts et elle tressaille sans pour autant bouger, j'ai remarqué. Qu'est-ce qui ne va pas, je demande inquiète. Je sens qu'il y a quelque chose qui ne vas pas. Parle-moi Melina.

-Elles sont mortes, dit-elle très lentement.

Je la dévisage un peu plus. Je n'arrive vraiment pas comprendre. J'étais pourtant persuadée qu'elle ne serait pas mécontente de se débarrasser de ses sœurs. Je ne m'attendais pas non plus a ce qu'elle saute de joie. Mais cette réaction, ce détachement, ce vide en elle, je ne le comprends pas.

-Et, j'essaye de saisir ce qui la perturbe, c'est une mauvaise chose ?

-Non. Enfin… ce n'est pas… c'est juste que…

-Melina, j'attrape un peu plus fermement son poignet, regarde-moi.

Elle s'exécute, ses magnifiques iris se retrouvent plongés dans les miennes. Il y a définitivement quelque chose qui ne va pas. J'inspire profondément et lui demande :

-Voilà, maintenant dis-moi ce qui te perturbe.

-Elles sont mortes.

-Tu l'as déjà dit, je réponds avec douceur et patience.

-Non, elle secoue vivement la tête, je veux dire définitivement. Elles, Melina se tourne assez pour regarder plusieurs corps. Il n'y a plus rien. Je… je n'avais jamais vu cette façon de tuer. Il n'y a plus rien, des larmes glissent lentement sur ses joues, c'est comme si elles avaient été complètement démorcellées. C'est… qu'est-ce qui est au-delà de la cruauté ? De la barbarie.

-Je ne comprends pas ce que tu essayes de me dire.

-C'est… même quand on meurt, il reste toujours quelque chose. Une… je ne sais pas comme une étincelle qui… pourrait dire qui on a été, qui on est et qui on aurait pu devenir. C'est… ça que mon père manipulait pour me… nous ramener à la vie, pour jouer avec la mort. Mais là… il n'y a plus rien. C'est comme si elles n'avaient jamais existé. Je les vois seulement avec mes yeux mais c'est tout, tout le reste a disparu.

-Melina…

-Qui tue de cette manière, demande-t-elle en pleurant d'autant plus, c'est… je n'ai même pas les mots.

Je me rapproche un peu plus, glisse mes mains sur son visage. J'essuie ses larmes. Je ne suis pas certaine de l'avoir déjà vu pleurer de cette façon. Je la force a quitté le spectacle morbide qu'elle s'impose. J'accentue un peu plus ma prise sur sa mâchoire pour être certaine qu'il n'y ait plus que moi.

-Il…

-Shhh, je souffle.

Je me mets légèrement sur la pointe des pieds et vient embrasser ses lèvres. Je ne suis pas certaine que je le fasse seulement pour elle. J'ai besoin de la sentir, de me convaincre qu'elle va bien et surtout qu'elle ne va pas disparaitre. Je suis assez frileuse à lui offrir ce qu'elle mérite : tout mon amour. J'ai besoin d'elle et je ne pourrai jamais la repousser. Mais accepter de l'embrasser, de la toucher ou encore lui dire à quel point je l'aime… c'est tellement difficile.

J'ai trop peur.

Je me souviens encore trop douloureusement de ce que j'ai pu ressentir quand j'ai compris qu'elle allait se sacrifier. Je l'ai sentie mourir aussi surement que si c'était moi qui me faisais poignarder par son père. Et alors que sa vie s'envolait, que je m'effondrais, elle était en paix comme jamais elle ne l'a été avant ou depuis. Elle voulait mourir.

Je ne sais pas si je peux lui pardonner d'avoir voulu m'abandonner… j'aurai été seule, complètement seule dans ce monde terrifiant.

-Éleusis, elle souffle encore tout contre mes lèvres.

-Je suis désolée pour tes sœurs.

-Je ne suis pas en deuil.

-Il faut croire que si, j'esquisse un sourire. Mais c'est normal, tu as un cœur.

-Je les détestes. Toutes.

-Mais tu n'as jamais cherché à te venger, tu as même accordé une seconde chance à Emily et une part de toi espérait que le jour où nous serions débarrassées de ton psychopathe de géniteur, elles auraient elles aussi le droit à une nouvelle vie, une qu'elles auraient choisie. Je me trompe ?

-La plupart étaient perdues, définitivement.

-Mais tu n'auras jamais l'occasion de savoir qui elles seraient devenues une fois sortie de l'ombre du Dieu de la Mort.

-Je… peut-être.

-Alors, je lui souris avec beaucoup de tendresse, tu es en deuil.

-Non, elle secoue la tête, c'est juste… cette façon de tuer. Je… je suis très mal à l'aise. C'est vraiment barbare.

-Qui les a tuées ?

-Qui d'autre, je sursaute à l'intervention de Misaël, que le monstre, un rire sans joie lui échappe, il faut se débarrasser d'elle au plus vite.

Il ne me faut pas longtemps pour comprendre qu'il parle de Moëilla ou plutôt de Lyria. Il est tellement hostile envers elle que cette situation me rend terriblement mal à l'aise. D'autant plus que je sens via toutes les fibres de mon corps, encore plus depuis son arrivée au côté de Leith, qu'elle fait partie de la meute. Et il ne s'agit pas de n'importe qui, si je me fis à mon loup, elle est alpha au même titre que le fils d'Anya et Raven.

-On se demande qui est le plus monstrueux de vous deux, répond Melina encore une fois sans une once d'émotion.

-Mais qu'est-ce qui te prendre, répond-il décontenancé.

-Melina, je souffle.

-Je sais exactement ce que tu as fais à son peuple Misaël, elle se tourne assez pour croiser son regard. Tu n'as peut-être pas participé au massacre de mon Cercle mais ce que tu as fait aux Pyria, elle secoue la tête, des larmes coulent sur ses joues, c'est au-delà de toute l'immondice dont je vous pensais capable.

-Tu ne sais pas de…

-Elles ne se défendaient même pas, hurle Melina, comment ?! Comment as-tu pu être aussi cruelle, te déchainer à ce point, sur des femmes qui refusaient le combat ?

-Mais enfin Melina…

Il recule de quelque pas et semble alerté. Je remarque un peu à retardement la tempête dans ses iris si particulière mais aussi que ses mains sont tremblantes et que la mort foule ses pieds. Il me faut encore plus de temps pour constater que ma main est toujours dans la sienne et que je me porte parfaitement bien. Avant aujourd'hui, elle ne m'aurait jamais gardé près d'elle alors qu'elle perd le contrôle et pourtant, elle ressert ses doigts entre les miens comme si j'étais tout ce qui la maintient en surface, qui lui permet de se contrôler.

-… tu ne sais pas, tente à nouveau de se justifier Misaël.

-Si justement, sa voix tonne comme un avertissement, je sais.

-Toujours est-il que ce que ce monstre à fait ici est au-delà de la cruauté, se reprend-il en se redressant pour en imposer un peu plus. Et nous devons faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.

-J'avais vraiment fini par oublier à quel point tu es quelqu'un de mauvais.

La voix calme et pausé de Leith, me fait me retourner en même temps que Melina. Je ne parviens pas à savoir quel genre de regard elle peut bien avoir sur lui. Mais pour ma part, je suis complètement subjuguée à chaque fois. C'est son loup… il est vraiment exceptionnel. Je sens son dévouement pour la meute, sa douceur et son désir de protection infini. Jamais, je n'aurai cru un jour être impressionné par un autre alpha que celui d'Anya. Et pourtant… j'en suis là.

Je fronce légèrement les sourcils en le voyant à son tour accrocher son regard sur chacune des filles du Dieu de la mort. Je ressers mes doigts entre ceux de Melina quand je décèle un sourire en coins se dessiner sur ses lèvres. Est-ce que je me serai trompée ? Se pourrait-il vraiment que cette douceur que l'on devine sans mal chez lui ne soit rien d'autre qu'un faux semblant ?

-Ce n'est pas de la cruauté, se contente-t-il de dire après un temps. Il s'agit en réalité de pitié.

-Hérésie, s'égosille aussitôt le père de Raven.

-Tu ne sais rien, répond Leith calmement, en croisant finalement le regard de Misaël. Vous, les Dix avez la mauvaise habitude de prendre tout le monde de haut et de les traiter comme des enfants inconscients de ce qui les entourent vraiment. Mais la vérité, c'est qu'il n'y a pas plus ignare que vous, ni de plus dangereux. Après tout, depuis le commencement vous n'agissez que par peur.

-Comment oses-tu je…

-Je te l'ai déjà dit, le coupe Leith avec aplomb mais toujours avec une tranquille déconcertante, c'est moi qui t'ai tué dans le futur et si tu m'y oblige, je le referai et ce sans la moindre hésitation.

-Je doute que tu puisses véritablement accomplir cette menace.

-Tu te trompes. Si tu es encore en vie, c'est simplement parce que Lyria est beaucoup trop gentil. A sa place, il secoue la tête, tu serais la dernière personne que j'épargnerai mais, un rire sans joie lui échappe, je suis loin d'être aussi concilient qu'elle. Une fois, il lève son indexe, si tu oses la mettre en danger une seule fois, s'en est fini de toi.

-Leith, j'ignore pourquoi j'interviens, c'est comme viscérale, tu ne peux pas tuer Misaël.

-Exactement, répond ce dernier en ponctuant ce simple mot d'un rire qui me fige sur place, il me fait penser à Ænkhou.

Toute la puissance du loup du jeune alpha s'impose subitement, s'en est presque écrasant. Je n'avais pas réalisé à quel point il se retenait jusque-là. Et c'est loin d'être le plus déconcertant. Ce n'est pas le fait que mon propre loup puisse le reconnaitre comme celui à qui je suis dévouée, au même titre et peut-être même plus qu'à Anya. Ni que je puisse sentir, une meute bien plus grande que la nôtre, heureuse et en sécurité. Encore moins, ce sentiment d'appartenance, à une époque que je ne connais pas encore. Mais bien que j'aie la conviction qu'il se contient encore.

Leith est loin, très loin de nous laisser ne serait-ce qu'entrevoir ce dont il est vraiment capable.

Alors que je ne m'y attendais pas, pour la seconde fois en très peu de temps, Misaël recule devant Leith. Je perçois d'abord de l'incompréhension puis de la peur, non… de la terreur dans ses yeux. Ses lèvres bougent sans que sa voix ne nous parvienne, j'essaye de déceler avant qu'un son ne nous parvienne ce qui va suivre mais je suis attirée en arrière et rapidement, je ne vois rien d'autre que le dos de Melina.

-Mais qu'est-ce que tu fais, je grogne en tentant de me replacer mais elle m'en empêche, Melina !

-Qu'est-ce que tu crois faire, la voix de Morgane tonne et sa magie s'impose.

Je ne suis pas certaine de comprendre la situation. Mais… je relève assez les yeux pour tenter de déceler un indice de la part de Melina. Si elle me protège de cette façon c'est qu'elle doit avoir la conviction que je suis en danger. Je n'ai pas le temps de pousser plus loin ma réflexion que je vois comme une ombre passer sur ma gauche.

-Ça suffit, cette fois, c'est la voix de Luna.

Je me décale légèrement sur le côté pour l'apercevoir et j'écarquille les yeux plus que de raison quand je découvre qu'elle a saisit fermement le poignet de Morgane. La sorcière tente de se libérer en gesticulant dans tous les sens mais la première femme loup garou, ne bronche pas d'un cil. Je n'aurai jamais cru qu'elle aurait osé faire une telle chose… toucher les mains de son amie sans son accord.

Je commence à croire que la situation va véritablement dégénérer quand Luna se tourne lentement vers nous ou plus précisément Leith. Je suis instantanément attendrie par son sourire et son regard, il est moins dévoué que lorsqu'elle s'attarde sur Anya ou Lyria mais il y a tout de même beaucoup d'amour dans ces attentions.

-Tu sais parfaitement que ce n'est pas à eux que je m'adresse, dit-elle tout doucement, n'est-ce pas Leith ?

-Je vois, un grand sourire s'impose sur les lèvres de ce dernier et en un battement de cils, tout sa puissance s'évapore, que tu n'as pas du tout changer. Je suis rassuré, précise-t-il en passant sa main gauche dans ses cheveux noir. Lyria continue de passer avant tout le reste pour toi, me voilà rassuré.

-Tu pensais vraiment que je les choisirai eux, demande-t-elle avec un air déçu.

-Hum…

-Tu y réfléchis vraiment, poursuit-elle en relâchant vivement le poignet de Morgane pour lui faire face. Je ne pensais pas que tu serais…

-… ce n'est pas ce que tu crois, l'arrête-t-il en déposant une main sur son épaule. Lyria refuse de leurs faire du mal pour toi, parce que tu tiens à eux. Je voulais simplement m'assurer que s'ils dépassent les bornes, tu serais de mon côté pour lui faire entendre raison. Tu sais comment elle est quand il s'agit, il soupire, avant de nouveau observer les corps qui nous entoure, de tuer.

-Elle a encore disparu, semble-t-elle comprendre.

-J'ai envoyé K en reconnaissance.

-Parce qu'ils sont séparés, tonne de nouveau la voix de Misaël. Comment est-ce seulement possible ?

-Depuis que nous vous avons échappé, la principale préoccupation de Lyria est de rendre à K sa liberté.

-C'est impensable, s'égosille de nouveau le Dieu du Chaos.

-Misaël, tente Morgane, calme-toi, s'il te plaît.

-Ensemble, ils restent un minimum contrôlable mais s'ils se séparent... s'en est fini de nous !

-Ils n'ont jamais été contrôlable, soupire Luna. Vous allez bien toutes les deux, je suis surprise que l'attention retombe subitement sur nous. Tu sembles ailleurs Melina. Tu as été blessée ?

-Je vais bien mais j'aimerai savoir, elle tourne encore une fois la tête vers le carnage qui nous entoure, en quoi exactement cette façon de tuer peut-être considérer comme de la pitié et non de la cruauté.

-Je vois, Leith étire ses bras bien haut alors qu'un petit rire lui échappe.

-Tu vois, répète Melina en retournant son attention vers lui, quoi exactement ?

-Je me demandais comment tu avais pu survivre à ton père. Je suppose qu'encore une fois, Lyria n'en a fait qu'à sa tête sans se soucier des conséquences. Melina a été affecté par des échos, n'est-ce pas Luna ?

-Oui, souffle à peine la mère d'Anya en refermant avec un peu trop de poigne ses doigts sur son bras gauche. Je l'avais deviné moi aussi. Lyria a été chercher Melina pour qu'elle puisse refaire surface mais elle y a laissé quelques souvenirs.

-Tu sais aussi pour ça, demande-t-il avec une grande tristesse dans ses yeux en faisant un signe de menton vers Luna.

-Elle sait, répond la principale concernée, tout comme Raven et Abby.

-Maman sait, s'étonne Leith, et elle n'a rien dit à ama ? Non ?! Vraiment ? Pourquoi ?

-Je ne sais pas non plus pour quelle raison j'ai gardé cette information pour moi, intervient Melina. Peut-être à cause de cette certitude que si j'en avait parlé, j'aurai causé des ennuis à Luna et cette idée m'est devenu inconcevable.

-Melina, je souffle.

-Ce que j'ai vu dans les souvenirs de Lyria, Melina clos ses paupières comme pour accuser le coup, il n'y a pas de mot pour… Morgane, ce que j'ai découvert sur Misaël me répugne. Je suis désolée mais il va me falloir un peu de temps pour… l'accepter en supposant que ce soit possible.

-Nous nous éloignons du sujet principal, grogne ce dernier, et tu as posé une très bonne question en quoi cette façon de tuer peut-être considérer comme de la pitié.

Un silence étrange et même pesant nous écrase à la fin de l'intervention du père de Raven. J'ai subitement la sensation d'être toute petite au milieu de tous ces êtres exceptionnels. Si je fais les comptes, nous avons un Dieu, la sorcière la plus puissante qui ait foulée cette terre, la première femme loup garou, le fils d'Anya et Raven et n'oublions pas la fille de la Mort elle-même qui est aussi une sorcière. Je fais pâle figure à côté. J'ai du potentiel, évidemment mais je suis loin de pouvoir les égaler.

Je ne suis pas à ma place.

En faisant ce constat, je recule d'un pas de façon totalement instinctive. Mais avant que je ne puisse plus m'éloigner Melina me retient. Je relève rapidement les yeux. C'est étrange, rien dans son comportement ne laisse transparaitre qu'elle puisse avoir besoin de moi. Pourtant, je suis capable de ressentir une panique sourde grandir dans tout son être.

Bon sang, qu'est-ce qu'il lui arrive ?

-Quel est le problème exactement ?

La voix de Morgane et Luna se mélangent parfaitement. Conclusion : elles sont comme moi, elles ne voient rien d'autre que des cadavres lambda. Il y a pourtant bien quelque chose d'assez énorme pour perturber Melina alors qu'elle côtoie la mort pour ainsi dire depuis toujours. Je ne permettrais pas de me dire qu'elle chipote sur un détail, d'autant plus que Misaël aussi est perturbé par ce point. Le seul qui semble penser que tout ceci est normal, c'est Leith.

-Je continue de croire que pour des personnes comme les Faucheuses, cette façon de tuer est un cadeau et non une malédiction.

-Oh, souffle Luna, Lyria les a dépouillées.

-Exactement, implose Misaël, il s'agit d'un carnage, je dirais même un sacrilège.

-Anjeun bakal resep yén kakuatanna sumping deui ka kami. (Tu aurais préféré que leurs pouvoirs nous reviennent)

-Je pense qu'il n'a pas pensé à ce point, sourit Leith de tout évidence, amusé. Lyria n'est pas avec toi ?

-Je doutes en effet qu'il y ait pensé, confirme Luna. Je dois y retourner, elle appose sa main sur la chose au niveau de ce qui pourrait être son bras. Anya pourrait avoir besoin de moi, tâcher de ne pas vous entre-tuer. Leith, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver.

-Je pense que ce qui se passe ici est plus important, tente de la retenir Morgane.

-Raven aussi a besoin de toi, elle va devenir mère. Il fut un temps où ta fille passait avant toute chose.

-Et un temps où la tienne n'était rien d'autre qu'un poids.

J'entends la gifle qui suit ce commentaire désobligeant avant même de voir Morgane s'effondrer au sol. J'écarquille les yeux et pendant un certain laps de temps, je pense que c'est Melina qui est intervenu puisse qu'elle ma lâcher et qu'elle s'est éloignée. Mais elle n'est pas assez loin, complètement figée devant moi et semble tout aussi interdite.

Je me retourne alors vers Luna pensant que c'est elle qui a finalement réagit. Mais hormis des poings serrés, des larmes sur ses joues et une expression surprise elle n'a pas bouger d'un millimètre. Alors, il ne reste plus que Leith et cette chose seulement il ne me faut pas longtemps pour réaliser qu'eux non plus n'ont pas eut le temps de réagir.

Je me décale alors assez pour découvrir une personne tout habillé de noir se dresser devant Morgane toujours au sol, sa main droite sur sa mâchoire en sang. Pendant un instant, je crois voir Moëilla, pas Lyria mais bien Moëilla cependant l'illusion s'effondre rapidement quand j'entends sa voix :

-Quand on ne sait pas de quoi on parle, le mieux est encore de se taire.

-Jessica, bégaie Leith.

-Ta petite amie…

Elle se retourne vers l'alpha et s'avance dangereusement de lui. Je sens tout mon corps se figer. Je suis comme prisonnière dans du marbre. Je suis capable d'observer, d'entendre alors que mes autres sens semble complètement éteint. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre que je ne suis pas la seule dans cette situation.

Il n'y a plus que cette Jessica, Leith et l'étrange chose qui sont capable de se mouvoir. Je me sens complètement vidée, à bout de force et perdue avant même qu'elle ne poursuive :

-…a été plus que violente avec moi et tu n'as rien sentie ?

-Jessica, je t'en prie.

-Je n'ai pas fini. Je ne m'arrêterai que lorsque j'aurai obtenu tout ce que je désir. Je suis intervenue seulement parce que je déteste qu'on dise du mal de Luna et, un rire glaçant lui échappe, de toute façon, là d'où nous venons, c'est moi la sorcière la plus puissante de cette inutile et ridicule petite planète.

-Jessica…

-Je vais retourner auprès de lui, restaurer le MaletoMemorie, votre présence à toi ou à cette fille ne changera rien parce que j'obtiendrais ce que je veux. Tu le sais.

-Arrête avant qu'il ne soit trop tard.

-Tu crois que je n'ai pas entendu ce qu'elle a osé me murmurer à l'oreille avant de t'embarquer dans cette folle mission qui est voué à l'échec. Il n'y a qu'un seul moyen de sauver notre mère et si cette fille si refuse, je le ferai. J'userai et j'abuserai de tous les pouvoirs, que ce soit celui de ce risible homme qui se prend pour un Dieu, des Normes ou de tout le reste qu'importe !

-Je ne te reconnais plus, tu me fais peur. Il y a des limites à ne pas franchir et tu…

-… je n'ai jamais compris pourquoi tu l'aimais, son existence est tellement insignifiante. Si je l'ai épargné jusque-là, c'est parce que je ne voulais pas te briser le cœur mais après ce qu'elle m'a fait subir aujourd'hui. Je ne serais plus aussi consilience.

-Kami peupeus éta. (Nous l'avons brisé)

-Que cette chose puisse se permettre de me parler me rend malade et de toute façon on ne comprend jamais rien à ce qu'il dit. Il est tout aussi inutile et insignifiant que sa propriétaire.

-Ayeuna, urang tiasa maéhan anjeun. (Maintenant, nous pouvons te tuer.)

Je n'ai pas la moindre idée de ce que cette chose vient de dire mais Leith se retourne vivement vers lui avec un air effaré. Son regard est comme complètement fou pourtant quelque soit cette information, il se reprend vite malgré tout quand il se retourne, Jessica a disparu. Je me sens tomber à la renverse. Quand je m'écrase sur le dos un râle m'échappe. Je me redresse lentement sur les coudes et remarque instantanément que nous avons tous trébuché.

-Éleusis, Melina se précipite vers moi, tu vas bien ?

-Oui, ne t'en fais pas et toi ?

-Je vais bien aussi, elle sourit. Allez, elle me tend la main comme si c'était un geste normal, relève-toi.

-Une trêve, exige Leith dès que je suis sur mes pieds. Il y a assez d'ennemis à l'extérieur sans que nous ayons besoin de nous en prendre les uns aux autres. Vous deux, il se tourne vers Morgane et Misaël, il est plus que temps que vous changiez votre comportement avant que je ne décide que vous êtes des causes perdues, je n'en connais pas les raisons mais il semble accablé. Melina, je viendrais te voir tout à l'heure nous avons à parler.

-Très bien.

-Je suis désolé pour te sœurs, il ajoute. Mais je t'assure que c'était le mieux pour elles. Luna, il trottine vers elle et une fois a sa hauteur agrippe son bras, si ça ne te dérange pas, je vais t'accompagner.

-Tu ne me dérange jamais Leith.

Je les observe s'éloigner en me rapprochant un peu plus de Melina. J'appose lentement ma tête sur son épaule sans quitter les deux loups des yeux. La chose les rejoint et Luna lui fait aussi un grand sourire comme s'il s'agissait d'une personne tout à fait normale.

-Leur relation est étrange, je murmure.

-Enfin seules, souffle Melina en même temps.

-Enfin seules, je répète surprise.

-Oui, enfin, elle souffle. Je n'en peux plus de tous ces conflits, ça m'épuise.

-Je comprends. Nous allons à l'infirmerie pour voir Anya et Raven. J'ai hâte de rencontrer bébé Skye, je souris plus que de raison à cette idée. Je suis tellement heureuse pour elles. Ce présent nous offre un futur bien plus apaisant que celui que nous avons quitté.

-J'aurai préféré rentrer à la maison, mais tu dois être auprès d'Anya. Je le comprends parfaitement. Je t'accompagne.

-Comment ça, je dois ? Si je le dois alors toi aussi ! Dois-je te rappeler que tu as rejoint la meute ? Et puis, je ne veux pas y aller parce que je le dois mais parce que j'en ai envie. C'est Anya et Raven ! Elles sont notre famille !

Je conclue avec peut-être un peu trop d'entrain et je le comprends quand un sourire triste étire les lèvres de Melina. Je n'ai pas le temps de corriger mon erreur que déjà elle se retourne pour observer encore une fois les nombreux cadavres qui jonche le sol. Je détaille son dos se mouvoir sous ses respirations plus prononcées.

Je sens des larmes s'écouler sur ma peau pourtant, sans surprise lorsque mes doigts hésitants rejoignent ma joue il n'y a aucune trace d'humidité. Je serre alors mes deux poings. Il est si rare que Melina pleure qu'à chaque fois, j'en suis déstabilisée. Je fais un pas vers elle pour la réconforté au moment même où un profond sentiment d'insécurité l'étreint.

-Melina, je murmure à peine.

-Vas-y en première, elle répond sans même faire un geste vers moi, je te rejoindrai plus tard.

-Non, je refuse. Je reste avec toi.

-Éleusis, quand elle prononce mon nom son anxiété semble doubler d'intensité, s'il te plaît.

-Ne me rejettes pas, parle-moi. Tu as le droit d'être affectée par leurs morts, d'avoir des ressentiments envers ceux qui partagent ton sang et même de la rancœur pour ceux qui ont eu le droit d'avancer parce que tu les as aidés à oublier. Ta famille, je prends tout doucement son poignet droit, à toujours, à un moment ou un autre été dysfonctionnel. Ce n'est pas notre cas.

-S'il te plaît, elle répète si bas que je peine à l'entendre. Je sais que tu as besoin de temps, qu'il te sera même peut-être impossible de me pardonner ce que j'ai fait, elle se retourne assez pour affronter mon regard. J'accepte le plus souvent sans mal cette distance que tu nous impose. Qu'importe à quel point c'est douloureux. Mais quand j'ai besoin de toi, c'est trop difficile. Alors, s'il te plaît éloigne-toi, ses larmes redoublent, maintenant.

-Melina…

-Maintenant, sa voix se brise.

Je ne bouge pas. Je ne pourrai pas même si je le voulais. J'aurai préféré devenir sourdre que d'entendre ce qu'il vient d'être dit. Depuis tout ce temps, Melina ne laissait rien entrevoir. Elle me souriait, me tendait la main et sa patience me touchait. Comment j'ai pu ignorer qu'elle souffrait ? Notre lien n'est pas là, justement pour éviter ce genre de quiproquo ?

Je n'ai jamais souhaité qu'elle souffre. Jamais.

Je veux juste plus de temps pour… pour quoi au juste ? Oublier cette douleur qui m'étreint le cœur à chaque fois que je repense aux deux horribles fois où j'ai dû assister impuissante à sa mort. Certainement. Plus de temps pour m'habituer à l'absence et au vide qu'à laisser Thomas en mourant. Plus de temps pour comprendre mes sentiments qui sont littéralement sans-dessus dessous.

Plus de temps, je veux seulement plus de temps.

Voulais. Parce qu'il est impensable que je fasse souffrir Melina. Je ne peux pas l'accepter. C'est au-dessus de mes forces.

-Je n'ai pas l'intention de bouger, je lui assure en espérant que ma voix ne tremble pas. Je suis peut-être plus fragile en ce moment mais je refuse de te laisser seule si tu as besoin de moi. Je suis là.

-Tu ne l'es pas, elle me contredit en secouant la tête de droite à gauche. Tu n'es plus vraiment là depuis un moment Éleusis. La colère et la tristesse t'ont trop éloignée. Encore une fois, elle tourne assez la tête pour éviter mon regard, je comprends parfaitement que tu ais besoin de temps. Je t'en accorderai autant que tu en auras besoin, toute une vie s'il le faut. Mais maintenant, tout de suite, elle se racle la gorge certainement pour retenir un sanglot, j'ai besoin d'être seule. Alors laisse-moi, s'il te plait.

-Je ne peux pas faire ça.

-Scarlet, elle s'agace en se tournant vivement vers moi.

-Tu as besoin de moi, je reste.

-Je viens de te dire que je voulais être seule !

-C'est faux, je hurle. Tu as dit : « enfin seules ». Tu voulais rentrer à la maison avec moi.

Je n'ai pas envie de me disputer avec elle. Je n'en ai vraiment pas envie. Pourtant si elle m'y force et bien, je vais le faire. Je la défie de me dire encore une fois qu'elle veut être seule. Si elle ose, ce sera la guerre ! Qu'importe qu'une personne extérieure puisse penser que j'agisse comme une enfant égoïste. Je veux juste que Melina soit apaisée et heureuse. J'espère être le point culminant qui lui offrira ce merveilleux cadeau.

La peur n'a qu'à aller voir ailleurs si j'y suis. Cette fois, je ne cèderais pas. Et s'il le faut, je suis prête à aller plus loin.

Si hurler ne suffit pas à la retenir alors j'ai autre chose en réserve. Je ne pensais pas être prête, peut-être que je ne le suis pas mais au fond je n'en ai rien à faire. Parce que tout ce qui compte à cet instant, c'est Melina. Rien d'autre. Juste elle.

-Pourquoi, elle soupire, tu rends tout à ce point si difficile ?

Je l'observe un moment. Son regard fuyant me prouve son insécurité. Ses cheveux nacrés sont plus ternes qu'habituellement. Je la sens trembler sous mes doigts. Je pense que cette insécurité que je ressens est principalement dû au fait que pour la première fois de sa vie, Melina n'a pas de plan. Elle avance au jour le jour. Je ne parviens pas à imaginer à quel point cette situation doit être effrayante pour elle.

Je souris en me disant qu'il n'y a certainement qu'un seul moyen de lui redonner un peu de sérénité. J'inspire profondément. Je laisse mes doigts glisser loin de sa peau, le contacte me manque déjà. J'expire sur la longueur avant de répondre :

-C'est évident, je rends tout si compliqué parce que je t'aime.

-Quoi, elle se retourne vivement vers moi, fronce les sourcils, qu'est-ce… que, elle bégaye et je la trouve absolument adorable, que viens-tu de dire ?

-J'ai dit que je t'aimai, je ne laisse transparaitre que mon amour pour elle, rien d'autre, le reste n'a plus d'importance. Je t'aime Melina. Alors je reste et je resterai même dans les moments où tu ne veux pas de moi comme celui-ci. Parce que te laisser seule, c'est impensable. Ta famille, ce n'est pas elles, ni ton psychopathe de paternel, peut-être même plus vraiment Bae et Yitzhaak et tu n'es pas prête à accepter Anya et la meute comme tel. Alors ce sera moi. Je serai ta famille. D'accord.

-Je...

-En fait, je balaye son argument d'un geste de la main, je ne te demandais pas vraiment ton avis, je souris d'une façon démesurée, c'est ce que je suis. Un point c'est tout.

Et avant que Melina ne puisse avoir la très mauvaise idée de vouloir argumenter une fois de plus, je comble le peu d'espace entre nous. Durant ce court laps de temps, je me souviens qu'avant, elle ne m'aurait en aucun cas laisser approcher. Je ressens encore parfaitement la douleur de savoir que je ne pourrais peut-être jamais la toucher. J'étais tellement en colère. Parce que j'en crevais d'envie.

La toucher… la prendre dans mes bras pour la rassurer. Seulement effleurer sa main avec la mienne. Ou encore l'embrasser. Tout ceci nous était interdit.

Je suis tellement reconnaissante que ce ne soit plus le cas.

C'est avec cette idée en tête que j'embrasse Melina. Mes lèvres sont fermement accrochées aux siennes alors que ma langue vient courir avec envie sur ces dernières. Mon cœur cogne avec fracas dans tous mon corps créant un étrange écho. Mes jambes peinent à me porter alors je ressers mon étreinte de mon bras gauche placer dans le bas du dos de Melina et m'accroche un peu trop fermement à ses cheveux. Un gémissement lui échappe, il électrise tout mon corps, réveillant des envies que j'avais endigué le plus profondément possible.

Je l'aime. Je la veux. Je la désire avec toutes les fibres de mon corps.

Elle m'éloigne, simplement pour respirer ou peut-être pour me parler mais je ne peux pas l'accepter. Pas à cet instant. J'ai besoin d'elle ou peut-être que c'est l'inverse. Je ne sais plus. Tout se mélange entre mes sentiments et les siens. Alors, je comble de nouveau le peu d'espace qui nous sépare l'embrassant avec tout mon amour et cette dévotion qui me transcende.

-Éleusis, elle parvient tout de même à prononcer.

Je soupire encore tout contre ses lèvres. Devoir renoncer à ce rapprochement me rend boudeuse. J'ai l'air d'une enfant à qui on refuse une sucrerie, sauf que mes envies à cet instant sont tout sauf chaste. Je croise son regard en mordant légèrement l'intérieur de ma joue. La petite douleur qui nait me permet de me contrôler alors qu'une véritable tempête défile au milieu des couleurs pastelle présentent dans le regard de Melina.

Tout est toujours une question de contrôle mais quand il s'agit d'instinct primitif, c'est ridicule de vouloir les défier. Je me bats sans réel conviction contre les envies devenue presque incontrôlable de mon loup mais aussi et surtout du dragon. J'ai attendu trop longtemps.

Cette distance que je nous ai imposé est simplement devenue insupportable pour tout ce que je suis. Mais si elle veut encore attendre alors… j'attendrais même si cette simple idée me donne envie de me fracasser la tête contre un mur.

-Qu'est-ce que, commence Melina en effleurant ses lèvres du bout de ses doigts. Tu vas bien Éleusis ?

-J'ai l'air d'aller mal ?

-Non. Enfin… oui ? Tu agis bizarrement.

-J'agis bizarrement ?

-Un peu.

-Melina, je murmure en accrochant mes deux bras derrière son cou, je vais parfaitement bien. Je ne veux plus de cette distance entre nous, je me rapproche encore un peu sans la quitter des yeux. Plus jamais. Je veux être avec toi à chaque instant parce que je t'aime.

-Éleusis…

-Je t'aime, j'insiste. Je veux être avec toi à chaque instant pour les bons et les moins bons moments. Si tu veux aller à la maison et juste être avec moi alors c'est ce que nous allons faire. Tu n'as pas pour habitude de demander quoi que ce soit alors, je souris, c'est forcément important.

-Je ne veux pas que tu, je lui coupe la parole en lui volant un baiser.

-Fais moi plaisir, je souffle tout contre ses lèvres, juste pour cette fois, sois un peu plus égoïste.

-Je ne suis pas certaine de savoir comment faire ça, elle rit doucement.

-Commence par faire simplement ce dont tu as envie.

-Ce dont j'ai envie ?

-Hum. Et par pitié, fous toi éperdument de ce que les autres peuvent ressentir. Fait-le, c'est tout.

-Et comment je…

-Pas de plan, je l'arrête immédiatement, tu fonces et c'est tout. Surtout pas de plan.

-Comment je suis sensé gagner si je n'ai pas de plan.

-Personne ne gagne jamais vraiment en amour.

Un magnifique sourire étire ses lèvres. Pourtant, son regard défie très légèrement pour s'accrocher une nouvelle fois aux cadavres de ses sœurs qui jonchent le sol. A contre cœur, j'en fais de même mais fini par me plonger de nouveau dans ses yeux. Elle semble tellement affligée. J'inspire profondément et demande :

-Tu veux faire quelque chose pour elles ?

-Non.

-Je n'en suis pas si sûre.

Je m'éloigne assez pour glisser ma main dans la siennes. Je sens son regard dévier vers moi. Elle me fixe. J'inspire profondément.

-Comment tu imagines les choses pour leur dire au revoir ? Un enterrement ? Une incinération ? Autre chose ?

-Je n'ai pas envie de leurs dire au revoir.

-C'est faux.

-Elles ont toutes été tellement horrible avec moi. Pourquoi je voudrais leur accorder quelque chose comme ça ?

-Parce que tu es toi, beaucoup trop gentille, je lui souris, comme toujours.

-Pourquoi j'ai la sensation que toute cette phrase sonne comme une insulte ?

-Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, je rie. Je suis offusquée que tu puisses penser ne serait-ce qu'une seconde que de tels pensées puissent m'effleurer l'esprit.

-Tu es certaine que tout va bien Éleusis ?

-Tout ne va pas bien, je dis calmement en retrouvant son regard si rassurant, pas si je t'ai fait souffrir. J'aurai dû être là pour toi. C'était juste… tellement douloureux. Ne me fait plus jamais ça, je détourne le regard, et j'irai bien pour toujours et à jamais.

-Je n'avais pas le choix, me sacrifier était la seule solution.

-Je le sais mais ça n'en est pas moins douloureux. Tu n'es pas sacrifiable. Tu es importante. Tu es tout ce que j'ai.

-Éleusis…

-Tu vois, c'est ça être égoïste. Tu es tout ce que j'ai et j'ai bien l'intention de te garder rien que pour moi, les autres n'ont qu'a aller se faire foutre !

-C'est quoi ce langage !

J'éclate de rire et sans que je m'y attende, elle vient à son tour m'embrasser mais avec beaucoup plus de douceur que nos autres baiser. Je pourrais croire qu'elle prend un peu de recule pourtant c'est tout le contraire. Alors que nos lèvres sont scellées, elle me fait la promesse silencieuse de ne plus jamais m'abandonner. Je ressens tout l'intensité de ce serment et je me laisse de nouveau sombrer dans des envies toutes plus inavouable les unes que les autres.

-Arrête, je m'éloigne, avant que je ne perde tout contrôle. Arrête, je souffle. Je… occupons nous d'abord de ce qui te tracasse.

-Je veux simplement comprendre comment elles sont mortes et en connaitre la raison, le reste m'importe peu.

-Toi et moi savons que c'est faux.

-Tu as raison, une moue boudeuse apparait sur son visage avant qu'elle n'appose tout doucement son front contre le miens. Tu as raison, elle répète encore plus bas.

-Alors dis-moi, qu'est-ce que…

-Ça ne vas pas le faire !

Nous nous retournons vivement vers la voix qui vient de nous surprendre. Nous découvrons Lyria avancée telle une furie vers nous. J'écarquille les yeux et m'éloigne de Melina quand je comprendre qu'elle va foncer tête baissée sans se soucier de nous. Elle continue d'avancer tout en marmonnant alors son regard passe d'un cadavre à un autre.

-Lyria, je l'appelle, tu as besoin d'aide ? Tu as perdue quelque chose ?

-Putain, elle implose, mais elle est où ?

Sa colère, parce qu'elle est bien en rogne n'est-ce pas ? Toujours est-il que son état émotionnel instable me pousse à ne plus intervenir. Je vais rester bien sagement dans mon coin et attendre que la tempête passe. Il n'y a rien d'autre à faire. Enfin, je crois.

Du moins, je m'en étais persuadée jusqu'à ce que je la voie se plier en deux pour vomir du sang. Il ne m'en faut pas plus pour foncer sans réfléchir. J'ai conscience que je ne suis pas tout à fait maître de ma réaction. C'est le lien de meute qui me pousse à agir. Pourtant avant même que je n'ai le temps de la rejoindre, Melina me retient.

Je n'ai rien ressentie quelque chose de semblable à ce qui m'anime en ce moment. Je suis déchiré entre ma raison et mon cœur. Je me retourne vers Melina et la supplie du regard pour qu'elle me laisser aller aider Lyria. Seulement son attention est ailleurs, c'est la Pyria qu'elle observe avec une grande prudence.

-C'est dangereux, se contente-t-elle de dire sans m'accorder un regard.

Il me faut un moment pour assimiler ces mots. J'ai dû mal à imaginer qu'un quelconque danger soit réellement possible. C'est encore une fois à cause de la meute et surtout de la place de Lyria dans celle-ci. Tout en moi rejette l'idée que l'alpha consort puisse mettre un membre de notre famille en danger. C'est absurde.

-Trouvée !

Je me retourne pour la voir retourner un cadavre. Elle semble si soulagée. Je remarque seulement que son visage est littéralement recouvert de sang. J'ai de nouveau envie de me rapprocher qu'importe l'avertissement de Melina.

-Comment j'ai pu te manquer ? Je suis désolée, elle s'essuie le front. Tu ne méritais pas un tel traitement. J'aurai dû faire plus attention. Tu as déjà bien assez souffert, je vais te libérer maintenant.

Lyria appose avec une grande douceur sa main sur le front de l'une des sœurs de Melina. Bien que cette dernière soit morte, je ressens encore son énergie. J'ignorais que j'étais capable de faire une telle chose. Un rapide coup d'œil vers Melina me permet de confirmer qu'il s'agit de l'une de ses capacités. Je suis envahie par un sentiment de sérénité, tel que j'en ai que trop rarement connue.

Je suis fascinée par le spectacle que nous offre Lyria. Elle murmure des mots que je ne comprends pas, un peu comme une comptine. Ses gestes sont assurés mais toujours attentionnée. Sans que je ne sache comment, j'ai conscience que la fin de sa manipulation arrive. Et juste avant, elle se penche à l'oreille de la défunte pour chuchoter des mots que même moi, je peine à entendre :

-S'il te plaît, emporte mon secret avec toi. Prends-en soin et ne l'ébruite pas même où tu te rends maintenant.

Alors, je sens comme une fissure et l'expression qu'à utilisé Luna un peu plus tôt prend tout son sens. Dépouiller. Lyria vient littéralement de dépouillée le corps de cette femme de son âme… d'absolument tout ce qu'elle était.

Je comprends mieux pour quelle raison Melina était à ce point perturbée. Il n'y a plus rien.

Rien.

Juste le néant.

Lyria se laisse tomber de tout son long sur le dos. Elle est à bout de souffle et je crois aussi complètement épuisée. Elle ferme les yeux. Le danger, quel qu'il soit est passé. Elle tapote doucement la jambe du cadavre avec un fin sourire sur les lèvres en disant :

-Définitivement, ça ne l'aurait pas fait entre nous. Tu sais ce qu'on dit, elle se redresse, reste assise un moment en fixant un point invisible devant elle, la mort n'est pas la fin. Ce que je t'offre aujourd'hui c'est ce qui se rapproche le plus d'une conclusion heureuse après toutes ces souffrances que t'as imposé ton père. Yamakou-anami-atos est le pire des tortionnaires qui soit. Imposer ce genre de vie… c'est inacceptable. Je sais de quoi je parle. J'ai moi aussi été une de ces nombreuses victimes. La vengeance, elle soupire, j'y ai pensé un long moment. Mais, cette fois elle se mets debout, elle tangue légèrement mais parvient à rester stable, ce n'est pas de cette manière que Luna m'a élevée. Elle serait beaucoup trop déçue si je le tuais seulement pour obtenir réparation. Tuer par vengeance… c'est tellement tentant mais je ne le ferais pas, ce serait lui accorder bien trop d'importance. S'il le faut, j'accorderai sa mort à une autre que moi. Enfin, elle étire ses bras bien haut, ce ne sera rien d'autre qu'une infime partie de moi, celle annihiler de toute humanité. Celle que je n'ai jamais laissé ressortir. Celle qui est précieusement garder sous clef par la seule personne en qui j'ai réellement confiance. Ne t'en fais pas Yamakou-anami-atos se rapproche de plus en plus de sa fin et comme elle m'appartient, elle sera lente, longue et douloureuse après tout c'est bien connu, les Pyrias sont les pires tueuses que cette Terre n'ait jamais portées. Juste pour cette fois, j'espère faire honneur à cet horrible clan dont je fais partie. C'est enfin fini, Lyria semble si soulagée, tu es complètement partie.

Sa conclusion est à peine prononcée qu'elle disparait. Je fais un pas comme pour m'assurer qu'elle n'est plus présente. Melina ne me retient plus, en fait elle me dépasse même et s'accroupit devant sa sœur. Elle se trouve pile à l'emplacement qu'avait Lyria un peu plus tôt.

-Tout va bien, je demande une fois à sa hauteur.

-Je viens de comprendre.

-Quoi exactement ?

-En quoi cette façon de tuer est un cadeau et non une malédiction.

-Tu m'expliques ?

-Je ne saurai pas comment, m'avoue-t-elle en croisant mon regard. Mais, elle passe à son tour sa main sur le front de sa sœur, crois-moi, cette façon que Lyria a de… dépouiller les corps en les tuant, c'est la bonté même.

Je n'ose rien dire de plus. Je sais qu'elle a besoin de temps.

Je l'aide alors à rassembler ses sœurs. Je les hisse sur un bûché et quand Melina est prête nous brûlons les corps. Je suis profondément touchée quand elle appose sa tête sur mon épaule pendant ce moment si important. Elle ne pleure pas. Je crois qu'elle devrait. Mais elle ne le fera pas.

Quand Emily nous rejoint pour donner elle aussi un dernier hommage à ses sœurs je reste en retrait. Je les observe. Elles sont de plus en plus proches. Je pense qu'elles ne parviendront jamais à totalement s'entendre, il y a trop de souffrance et de non-dits entre elles. Pourtant, j'ai l'étrange sensation qu'elles pourront toujours compter l'une sur l'autre.

A défaut de pouvoir participer au bonheur de l'autre, elles le protégeront pour que jamais il ne s'évapore.

Melina revient vers moi, elle glisse sa main dans la mienne et je la laisse nous diriger là où elle veut aller. Nous croisons quelques personnes sans vraiment faire attention à elle et nous arrivons finalement sous le porche de notre maison. Melina ouvre la porte, j'entre mais elle ne me suit pas. Je me penche légèrement, juste assez pour apercevoir Luna et l'air inquiet de celle que j'aime pour la louve.

Pourtant, Melina finit par fermer la porte. Elle monte lentement les escaliers. Je la suis. Je souris en la voyant entrer sans la moindre hésitation dans ma chambre. Elle s'effondre à plat ventre sans aucune grâce sur mon lit. Je m'assoie au bord du matelas et passe mes doigts dans ses cheveux en espérant que mon geste l'apaise.

-Qu'est-ce que tu as bien pu voir dans ses souvenirs qui te pousses à ce point à lui faire confiance, à elle et à Luna ?

-Ce n'est pas à cause de ce que j'ai pu voir que je fais confiance à Lyria mais bien parce que j'ai conscience et ce depuis le début que c'est entièrement grâce à elle que je suis encore en vie, que je peux être là avec toi et tenir ma promesse de ne jamais te quitter. Je lui dois beaucoup.

-Comment a-t-elle réussie à te sauver ? Tu étais, je la retourne tout doucement, tends le bras pour effleurer l'endroit où se trouve sa nouvelle cicatrice, si mal en point. Si proche de la mort, si proche de m'abandonner pour toujours.

-Je crois que c'était la meute.

-Tu crois ?

-Lyria m'a guidé en utilisant ce lien si particulier qui unis les membres d'une même meute mais les derniers pas, je les ai faits entièrement pour toi, mon Éleusis.


Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. Le couple Melina et Scarlet va de mieux en mieux. Les conflits sont maintenant présents même sur l'île. Vous pensez que les choses vont se tasser ou imploser ? Vous en savez un peu plus sur Leith, Jessica mais aussi Lyria avec son grand monologue qu'elle pensait n'être entendu que par une morte.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !

GeekGirlG