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O … Chapitre treize … O

"Echoplex" - FIBRE (W/ Tendencies)

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Elle n'était pas là… Ce matin, je ne l'avais pas vu et à midi, non plus… Et maintenant, il était 19h et j'étais rentré dans son appartement après un bon nombre de coups restés sans réponse. C'était vide et un frisson parcourut mon dos en voyant le sac sur le lit. Il y avait des vêtements, des sous-vêtements et sa brosse à dent, mais elle l'avait laissé là, s'étant donc ravisée…

Les images de notre conversation d'hier soir défilaient dans ma mémoire. Elle avait souhaité ma présence et se perdre dans mes bras pour se sentir humaine… Une dernière fois.

Mon sang se glaça soudain et je courus dans le couloir le cœur battant la chamade, dévalé les escaliers et traversé les grandes halles du palais en perdant haleine. Elle ne pouvait pas avoir fait ça… C'était impossible, elle n'aurait pas pu, elle n'aurait pas osé… Je me sentais stupide de ne pas avoir compris le message silencieux de la veille. Stupide, de lui avoir fait confiance. Quand finalement j'entrais dans le centre médical, la secrétaire m'indiqua ma pire crainte, Holorïn était au bloc, avec Laureline…

Elle l'avait fait et ne m'avait rien dit... La rage explosa sans retenue, crispant mes doigts sous le sang bouillonnant dans mes veines et la jeune elfe s'écarta en prenant peur. Elle m'avait mentit, elle m'avait mentit, elle m'avait mentit… La phrase tournait en boucle dans ma tête sans que je ne puisse la stopper. Je respirai, essayant de retrouver mon calme, avant de demander la salle du bloc en question. Elle me désigna la direction de gauche, ainsi qu'une porte dont la lumière rouge éclairait le couloir obscure en me disant que je ne pouvais pas entrer, seulement rester devant celle-ci, comme un crétin qui n'avait rien compris.

Et j'ai attendu…

Une heure, peut-être deux, même trois, de toute façon, j'avais arrêté de les compter. Assis à même le sol, attendant de voir passer cette maudite lumière au vert en tapant nerveusement du pied sur la moquette grise. Je perdis, mon visage entre mes genoux et une main dans mes cheveux essayant de trouver des réponses à un tel comportement. Pourquoi ne m'avait-elle rien dit ? Pourquoi ? Nous étions censés nous faire confiance… Je pensais avoir gagner un peu de place dans son estime. Alors pourquoi ?

- Tu es venu…

Je levai soudainement les yeux pour voir Holorïn devant moi, pâle et fatigué, car ses traits étaient tirés plus que de coutume.

- Tu ne m'as rien dit… je murmurai en le gratifiant d'un regard noir.

- Elle ne le souhaitait pas, dit-il en s'asseyant à côté de moi. Si ça peut te rassurer elle n'en a pas parlé à ses parents non plus…

- Pourquoi ?

- Comme elle me l'a dit, c'était son épreuve, elle ne voulait pas qu'ils la voient comme ça… Et en ce qui te concerne, tu avais déjà assez de problèmes comme ça.

- N'importe quoi…

Je cachais mon visage entre mes mains en posant ma tête contre le mur d'un bruit sourd. Alors elle souhaitait alléger mon anxiété… Bien joué Laureline, maintenant j'ai envie de hurler ma faiblesse…

- Comment va-t-elle ? j'ai finalement demandé.

- C'était compliqué…

Le médecin laissa apparaître des traits de tristesse et j'ai compris l'épreuve que ça avait dû encore être pour lui. Il cacha son visage d'une main pour éviter mon regard, mais je ne pus m'empêcher de lui prendre un genou.

- C'est terminé Holorïn.

- Oui, oui…dit-il pour se reprendre. Elle va très bien. Son système nerveux s'est parfaitement adapté et ce, du premier coup. Elle est d'une force mentale incroyable…

- Je ne te le fais pas dire…

Il croisa finalement mon regard et vis ses lèvres s'étendre mollement pour former un timide sourire.

- Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer à faire ça Legolas…

- Je sais…

- Arrêter leurs cœurs… Retirer leurs cerveaux… J'en ferai presque des cauchemars… Je… Je suis fatigué… Elle était…

Mais il hésita en posant la paume de sa main contre sa bouche.

- Elle était ?

- Je ne devrais te dire ça, tu lui en voudrais plus encore.

- ça ne peut pas être pire qu'à cet instant…

- Hum… Elle était en larmes Legolas. Tremblante et… Je n'ai pas la moindre idée du courage qu'il faut déployer pour affronter la mort, mais elles le font toutes.

- J'aurai dû être là…

- ça n'aurait rien changé, bien au contraire… Je crois que tu ne l'aurais pas supporté.

Le silence s'installa en pensant qu'il avait sans doute raison… Aurais-je réellement accepté qu'elle le fasse ?

- Puis-je la voir ?

- Bien sûr, suis-moi.

Il m'entraîna dans une salle de réveil où il n'y avait qu'un seul lit. Elle était là, étendue au milieu des bips sonores qui retranscrivaient les données de sa santé cérébrale, puisque que c'était la seule chose qui lui restait d'humain après tout… Holorïn passa une main sur mon épaule pour m'encourager à avancer et tira le deuxième fauteuil à côté du sien avant de me faire signe de m'asseoir.

Elle était sous respirateur, encore incapable de le faire toute seule, mais son visage était le même et j'ai bien cru que mon ami n'avait rien fait… Mais, quand mes yeux se posèrent sur ses épaules et ses bras en dehors des draps, mon cœur se serra. D'une main tremblante, j'ai effleuré la surface lisse et cristalline à la couleur claire d'un alliage doux comme de la soie.

- Elle n'a jamais voulu voir son Anthropoforme… lança Holorïn en souriant. Et que de toute façon on ne choisit pas son corps…

- Elle n'a pas tort… C'est réussi en tout cas… j'ai murmuré en ne sachant pas vraiment ce que je disais.

- Merci…

Oui, au-delà de l'aspect terrifiant et répugnant de la situation, ce corps était magnifique… Les lignes étaient épurées et gracieuses, un mélange de métal doré avec un alliage presque transparent d'une couleur pâle ravissante comme celle de sa peau d'origine. Le tout harmonisé avec de fines gravures argentées dignes des plus beaux graphismes elfiques. Elle avait une brassière noire épaisse, comme celle des combinaisons spatiales et j'y décelais les fils d'argent brillant de Mithril. Elle possédait un peu plus de poitrine que dans mon souvenir et l'idée me fit sourire. Je ne voyais pas ses jambes, cachées sous le drap, mais me doutais qu'elles devaient être tout aussi belles.

- C'est la plus belle Anthropoforme que tu n'aies jamais faite…

- Oui, je le pense aussi… J'espère qu'elle aimera.

Un moment passa et j'ai regardé l'elfe avachi dans son fauteuil. un air exténué sur le visage…

- Va te reposer Holorïn, je la surveille maintenant, dis-je d'une main sur son épaule.

- Oui, tu as raison, elle devrait se réveiller tard dans la matinée. Nous avons toute la nuit à attendre.

Il s'était levé avant de la regarder une dernière fois en passant une main sur son front.

- Tu as été courageuse Laureline… murmura-t-il d'un regard tendre.

Après un sourire et un signe d'adieu, il était sorti en traînant encore un peu les pieds. Pendant des heures j'étais resté à la contempler où à lire ma tablette. Plus le temps passait et plus je ne savais que penser. Oui, ce corps était beau, mais pourtant ça me déchirait presque le cœur. J'avais envie de me maudire, car elle était comme ça à cause de moi… Après trois tasses de thé, des biscuits et une bonne vingtaine d'articles, j'entendis gratter à la porte. Un étirement et un bâillement bruyant plus tard, je faisais rentrer le fauve…

Chaterrant était un gros chat noir et blanc et quand il me regarda d'un air blasé, j'ai levé les yeux au ciel.

- ça va, je n'ai pas tant tardé que ça à ouvrir… dis-je en caressant son pelage d'une main douce.

- Mooooh…

- Hum… Va y, elle est toute à toi…dis-je en lui désignant l'Archive sur le lit.

Chaterrant était le chat des Archives. Trouvé il y a une bonne centaine d'années par Amari en sortant de discothèque… "Je sortais de boîte, il fallait bien que je le sorte de la sienne !" avait-elle dit en portant le chat maigre sous le bras complètement saoule. Je disais le chat des Archives, mais c'était le cas… Après chaque opération, il était là… Comment il le savait ? Personne n'avait jamais compris… Il restait sur le lit en attendant que la nouvelle venue se réveille, comme pour la rassurer, ou l'encourager à le faire. Amari lui avait confectionné un collier muni d'un passe-partout. Le chat allait et venait dans le palais Estëlia, ouvrant tous les sas devant lui. C'était un fourbe et un fin gourmet, même après plus de cent-cinquante ans de vie et un Anthropoforme conçu spécialement pour lui lors de sa mort, il restait le même…

Allant d'appartement en appartement le matin pour prendre son déjeuner dans chacun d'entre eux, tout le monde disait s'occuper de lui et c'était le cas. Il n'était pas rare de le retrouver dans un vaisseau ou dans un autre, il s'en foutait royalement tant que la bouffe l'y attendait.

Je le regardais prendre place entre le flanc et le bras de Laureline et quelques secondes plus tard son ronronnement rassurant envahit la salle silencieuse. Quand j'ai levé le nez de la tablette, il était treize heures et une énième tasse de thé s'imposait. Je me levai pour partir à la recherche de mon bonheur dans la salle d'attente.

Mes yeux s'étaient écarquillés en passant de nouveau la porte. Le bruit strident de la tasse heurtant le sol sembla me réveiller et je partis en courant à travers les couloirs à la recherche d'Holorïn.

- Holorïn ! j'hurlai à plein poumons.

La secrétaire se cloîtra contre le mur en serrant les dossiers contre elle pour me laisser passer et j'ai vu l'elfe sortir dans le couloir le regard paniqué.

- Quoi ? Quoi ?

- Viens voir ça !

Il prit ses jambes, encore molles de sa méditation, et courut avec moi en direction de la chambre de Laureline. Ouvrant la porte à la volée, il contempla ce qui faisait battre mon cœur.

- C'est normal ça ?!

Elle était toujours endormie, mais s'était tournée sur le côté pour envelopper Chaterrant de son corps. Le chat ronronnait à en faire vibrer les murs et j'ai dû tenir Holorïn debout pour ne pas le voir fondre à terre.

- Non… Non, ce n'est pas normal, elle ne devrait pas pouvoir encore bouger…dit-il encore sous le choc.

- On dirait que l'opération est un franc succès, dis-je pour le sortir de sa transe.

- Oui, oui, mais enfin…

Il s'approcha doucement pour lire les données sur l'ordinateur et ouvrit grand les yeux.

- On dirait bien qu'elle respire toute seule… C'est magnifique ça ! Et bien Laureline, dans ce cas allons-y…

Il passa une main sous sa tête afin de dégager le système de respiration artificiel et le retirer délicatement. Après extinction de l'engin, la respiration régulière et douce passa dans mon oreille provoquant un sourire rassurant sur mes lèvres.

- Je ne comprends pas, dit Holorïn en laissant tomber son corps dans le fauteuil.

On retenait tout deux notre souffle quand son bras serra un peu plus Chaterrant contre elle pour enfouir son nez dans le pelage noire et blanc. Je m'étais mis à sa hauteur pour regarder ses sourcils fins se froncer. Quand les iris noirs s'ouvrirent en face des miens, mon cœur arrêta de battre. Le souffle coupé par les billes noires brillantes, j'attendis patiemment un signe pour me disant que c'était bien elle.

- Legolas… elle murmura d'une gorge sèche.

- Laureline…

Elle cligna des yeux pour se réveiller complètement et derrière moi Holorïn tenait les accoudoirs le visage figé en ayant oublié de respirer.

- J'ai soif… dit-elle bougeant légèrement son visage.

- Attendez…

- J'y vais ! cria presque Holorïn en se levant d'un bond.

Elle passait son nez dans le poil duveteux de Chaterrant en essayant de sortir de ses rêves. Dans quel état étais-je à cet instant, je ne savais pas vraiment, heureux, triste, soulagé, tout se mélangeait, mais pourtant ma main agit toute seule.

- Comment vous sentez-vous ? je murmurai en passant une mèche derrière son oreille.

- ça va… Je suis un peu groggy… Mais ça va…

- C'est normal, c'est l'anesthésie, tu vas ressentir ça encore pendant une bonne dizaine de minutes encore, lança Holorïn en lui tendant un verre d'eau.

Elle tendit le bras pour le récupérer, quand son visage se décomposa en un instant en regardant le membre, choquée, avant d'effectuer plusieurs mouvements de ses doigts, comme pour confirmer que c'était bien les siens.

- Alors c'est fait, dit-elle en fermant sa main devant elle.

- Oui… murmura le médecin. Tout s'est bien passé Laureline.

Elle se redressa et je pus contempler son buste en entier. C'était une œuvre d'art vivante et j'en ouvrit une bouche contemplative. Elle s'était assise et observait ses mains, ses bras, sa poitrine, tout… Je n'arrivais pas à lire sur son visage ce qu'elle en pensait, mais après plusieurs minutes elle prit délicatement le verre d'eau que lui tendait Holorïn et le regarda avec méfiance.

- Va-y, dit-il d'un signe de la main.

Elle déposa ses lèvres doucement avant d'avaler une petite gorgée, jugeant son ressentie en fronçant les sourcils, puis le reste d'une traite.

- Je peux… Je peux en avoir un autre, s'il te plait ? demanda-t-elle.

- Oui… Oui… Bien entendu, quelle question.

Je regardais l'elfe sortir avant de me replonger sur Laureline caressant le chat qui se frottait contre elle. J'étais perdu entre la beauté de l'anthropoforme devant moi et l'horreur de l'opération. C'était bien elle, mais sans l'être… Sa voix était la même, mais l'idée que ce n'était qu'un artifice, un mensonge, ne sortait pas de mon esprit. La crainte et peut-être le dégoût me prenait sans savoir pourquoi, mais ma seule conclusion était n'être que le seul fautif.

- Je vous présente Chaterrant, dis-je en m'asseyant sur le lit à côté d'elle en essayant de vaincre mon mal.

- Chaterrant, c'est un drôle de nom ça, dit-elle en grattant sous son menton.

- C'est le chat des Archives, il prendra soin de vous comme il le fait avec toutes les autres. Il est tout comme vous, son corps est une Anthropoforme, il a plus de cent-cinquante ans vous savez.

Elle me regarda de ses beaux yeux noirs qu'Holorïn avait sus reproduire à l'identique. J'arrivais à deviner que la texture de sa peau n'était pas celle d'une vraie. Le goût amer traversa ma bouche, ne pouvant rien faire d'autre qu'avaler mes remords en détournant les yeux.

- Holorïn ne s'attendait pas à ce que vous vous adaptiez aussi vite.

Elle regarda de nouveau ses mains en soupirant.

- C'est très beau, dit-elle en les approchant de ses yeux.

- Oui, il a fait un travail remarquable.

- Je perçois une différence, mais… Je n'arrive pas à l'expliquer…

Elle fit plusieurs mouvements complexes des bras et des mains comme pour tester le mécanisme. J'étais absorbé par le son que faisaient ses doigts les uns contre les autres, un bruit clair et délicat comme du verre. Je lui prenais une main d'un geste irréfléchi et elle les contempla en fronçant des sourcils.

- Le sentez-vous ?

- Oui.

- Et ça ?

J'ai laissé glisser ma main le long de son avant-bras en ne perdant pas une goutte du grain de peau de sa joue artificielle qui rougissait.

- Oui, dit-elle gênée.

- Votre corps est chaud, je peux le sentir, dis-je en étant étonné moi-même du ton que j'avais employé.

Je m'attendais à un aspect froid, mais non, de la surface émanait une douce chaleur digne de celle des hommes. Avais-je peur ? Était-ce trop réel ? Ou pas assez…

- J'ai remarqué que de ressentir de la chaleur sur les surfaces était beaucoup plus agréable que de garder l'aspect froid de la matière originelle. J'ai ajouté cette fonction il y a peu, et les autres l'ont appréciée, alors je l'ai intégrée ici aussi, lança Holorïn avec une bouteille d'eau sous le bras.

Elle prit doucement la bouteille et bu un long moment sans s'arrêter. L'elfe posa une main satisfaite sur mon épaule comme pour se rassurer lui-même.

- Bien, si tu arrives à respirer, parler, bouger et boire… Tu pourrais peut-être essayer de te lever ? Qu'en penses-tu ?

J'avais légèrement tiqué au "tu" net entre eux en le dévisageant.

- Essayons, dit-elle.

Elle poussa légèrement le chat qui la regardait d'un mauvais œil et retira complètement le drap d'elle. Ses jambes étaient d'une beauté surprenante… De la même couleur de que ses bras, parcourues des mêmes gravures élégantes et des points de pivots mécaniques dorés. Je repris mon souffle, avant de lui tendre une main pour l'aider à se lever. Elle l'avait fait d'un coup, sans vraiment se maîtriser et j'ai dû la rattraper pour l'empêcher de tomber. Oui, effectivement son corps était chaud… Elle déposa une main contre mon torse, avant d'essayer de se stabiliser.

Cherchant son équilibre, elle effectua des petits pas vers Holorïn qui lui tendait déjà les bras à son tour. Elle avait les jambes tremblantes et fronçait les sourcils pour essayer de coordonner les mouvements pourtant si simples. L'adrénaline qui coulait dans mes veines depuis l'attente de son réveil avait disparu et maintenant c'était la réalité de ce nouveau corps qui me frappait. Après plusieurs aller et retour difficiles, elle avait capitulé en s'asseyant de nouveau sur le lit, épuisée.

- C'est parfaitement normal, lança Holorïn pour la rassurer. C'est déjà un miracle que tu puisses parler laureline.

Elle caressait doucement Chaterrant semblant l'écouter que d'une oreille. Je ne la connaissais que très peu, mais je lisais qu'elle était loin d'être satisfaite et la voir détourner du regard me confortait dans cette idée. Et c'est de ta faute mon cher.

- Oui c'est vrai, tu as certainement raison…

- Nous avons une bonne série de tests à effectuer avant que tu ne puisses rentrer chez toi.

- Je vois… Combien de temps dureront-ils ?

- Et bien, tu en as déjà fait une bonne partie, donc je dirais, une heure tout au plus.

- Très bien.

Elle avait un doux sourire sur les lèvres, mais rien ne faisait passer mon dégoût grandissant. Oui cette Anthropoforme était magnifique, reproduisant sa silhouette à la perfection et même ses mimiques, mais ce n'était plus elle… Comment faire pour supporter ça ? Comment faire pour assumer pour l'éternité que sa vie venait de s'arrêter et que son corps était maintenant en cendre ? Oui, j'étais dégoûté, dégoûté de moi-même…


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- Je vous laisse finir, avait-il simplement dit.

J'échangeai un regard avec Holorïn, regardant l'elfe partir en passant une main dans ses cheveux. Je n'avais pas su lire dans son regard, mais il semblait perdu et fuyant. L'idée qu'il était mal à l'aise en me regardant passa, mais je n'avais pas vraiment le cœur à essayer de comprendre, j'avais bien mieux à faire… Comme comprendre comment fonctionnait ce nouveau corps pas exemple.

La sensation était bizarre… J'avais l'impression de ne rien ressentir, mais quand je touchais quelque chose ou demandais un mouvement, je le sentais en une fraction de seconde. C'était instantané, mais la sensation restait étrange. Je n'arrivais pas encore à marcher parfaitement, pour la simple et bonne raison que je perdais l'équilibre. En y pensant, cela devait être dû à l'évolution de mon centre de gravité, ma mémoire était habituée à l'ancien et mon poids et sa répartition avaient changé. Pour moi ce n'était qu'une question de temps avant de m'y faire.

Je m'étais surprise moi-même… Je pensais que voir un nouveau corps m'aurait horrifiée, mais pas vraiment. Je le trouvais même beau et agréable à regarder. Quand Holorïn m'avait aidé à me placer devant le miroir, j'en avais écarquillé les yeux. C'était la même posture, les mêmes formes (hormis un tout petit peu plus de poitrine), la même taille, les mêmes membres, mais sous un aspect différent. Je touchais la peau de mon visage, la tirant à m'en faire mal d'ailleurs, mais l'aspect était presque celui d'une peau normale. J'arrivais même à faire bouger mes narines comme je pouvais le faire avant, ainsi que mes oreilles, il ne manquait rien de mes capacités. L'intérieur de ma bouche était peut-être légèrement différent, mais les sensations étaient de loin les mêmes, Holorïn était un magicien…

Le travail de l'elfe était surprenant et gracieux. J'ai même pensé que cela m'allait plutôt bien. J'étais moi… Et la larme qui dévalait sur ma joue était, elle aussi, bien réelle.

- Je crois que c'est parce que tu n'avais pas vu ton Anthropoforme que tu t'y es habitué aussi vite, dit l'elfe derrière moi.

- Pourquoi ça ?

- Eh bien, quand on voit un défi, on en mesure la difficulté. Tu ne savais pas à quoi t'attendre, donc tu as simplement fait comme d'habitude. Je crois que c'est une chose à noter pour les prochaine fois… Je peux modifier certaines choses si tu le souhaites ?

- Non, non, je l'aime beaucoup comme il est, et puis c'est ce que je voulais, ne pas choisir.

Holorïn souria, il paraissait soulagé. J'avais remarqué ses traits tirés et son teint pâle, l'opération avait dû être longue et difficile pour lui. Je n'étais ni contente, ni triste, juste comme d'habitude et cela m'allait très bien.

L'elfe m'a fait passer une série de tests, force, réflexes, voix, respiration, mémoire, le tout sous l'œil attentif du chat sur la chaise. Il m'avait branché à une série d'appareils et une sensation bizarre de courant me traversait, ce n'était pas douloureux, juste étrange. Il disait que je pourrais directement entrer en symbiose avec les appareils elfiques, mon compagnon, les serveurs, après tout, j'avais un corps mécanique maintenant… Mon regard se posait de temps en temps sur le chat dormant sur le fauteuil. Quand on changeait de salle, il nous suivait… Il ne m'avait pas quitté d'une semelle et quand j'ai parcouru doucement le chemin du retour avec mes béquilles jusqu'à l'appartement, il m'avait suivi comme s'il me surveillait. Legolas n'était pas revenu et Holorïn m'avait laissé devant l'entrée du palais.


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Je savais que Legolas était là, grâce à la douce odeur de dangos qui envahissait l'entrée. Un sourire passa sur mon visage en me disant qu'il faisait plus d'effort que je n'en faisais en à son égard.

- Laureline ?

- Oui.

Il sortit de la cuisine et s'arrêta un instant en me regardant de haut en bas, visiblement pas encore habitué, car son regard était clairement perturbé. J'avais peut-être un corps mécanique, mais maintenant je me sentais "nue" sous le regard bleu.

- Heu… J'aurai sans doute dû m'habiller, mais je ne savais pas bien si… J'y vais ! dis-je en désignant mon appartement du doigt, gênée au possible.

- Oui! Oui, je… Je vous attends.

J'avais longé le couloir avec difficulté pour rentrer dans ma pièce de vie rassurante et m'avachir contre la porte, épuisée. Une respiration de courage plus tard, je regardai dans le dressing pour trouver un tee-shir et un cycliste noir en vitesse. Une fois habillée, je l'ai rejoint et ne put m'empêcher de le contempler à découper je ne savais quoi. Le souvenir de sa main parcourant mon bras se déversait dans ma mémoire. Il avait les manches retroussées et ses cheveux attachés en queue de cheval, se balançaient à ses mouvements. Si je le connaissais mieux je crois que j'aurais pu trouver cette posture séduisante…En même temps comment ne pouvais-je pas le trouver attirant, il était un elfe…

Chassant l'idée de vouloir approfondir ma contemplation, j'ai réalisé que c'était bien lui qui avait assisté en premier à mon réveil. Que de ce fait, il m'avait sans doute cherchée toute la journée d'hier. Un semblant d'explications s'imposait… Il déposa une salade sur l'îlot central et je m'étais assise sur une chaise haute, non sans mal, en évitant son air sérieux. Prenant place à côté de moi il m'a fait signe de commencer et je m'étais exécutée en rassemblant mon courage.

- Je suis désolée… dis-je alors.

Il déposa la brochette avant de soupirer en détournant les yeux.

- Vous auriez pu me le dire.

Le ton était dur, mais je ne pouvais pas lui en vouloir… Et pourtant…

- Vous êtes atteint du grand mal et vous n'en parlez jamais Legolas… Je n'avais pas envie de partager mon mal, tout comme vous.

- J'ai eu peur, dit-il encore d'une voix grave.

- Peur ?

- J'ai eu peur pour vous.

- Vous n'auriez rien pu y faire de toute façon.

- Qu'importe, j'aurai été préparé à ça au moins. J'aurai pu être là et… T'aider.

- Et comment au juste ?

Visiblement ces mots l'avaient vexé, car ses yeux se plissèrent vivement…

- Tout ce qui aurait pu te rassurer.

C'était à moi de plisser les yeux au tutoiement vif qu'il m'offrait.

- Rien n'aurait pu me rassurer, c'est ce que j'essaie de vous dire… C'était moi et moi seule. Il n'y a rien d'autre à comprendre.

- Je…

Ok, très bien…

- Legolas, quand tu es agonisant sur le sol, crois-tu que je puisse faire quelque chose ?! Non, je te regarde impuissante et j'attends. Tu refuses d'en parler, alors pourquoi l'aurais-je fait ? Notre situation est déjà suffisamment dérangeante pour nous mêler l'un et l'autre de nos propres maux.

Il ne rétorqua rien, sachant certainement que j'avais raison et aussi choqué par ma réponse familière, en même temps, c'est ce qu'il souhaitait, non ? Je n'avais pas souhaité le mêler à ça. Peut-être pour ne pas l'associer à l'idée que je l'avais fait pour lui au fond… Notre relation était un mélange délicat où les frontières du sacrifice étaient indéfinissables… Lui serait obligé de céder sa mémoire pour vivre, et moi ma vie pour la porter. Qui était le perdant, le gagnant, je ne le savais pas, alors autant ne pas mélanger nos épreuves respectives.

- Pardonne-moi… dit-il finalement résigné.

- Ce n'est rien, dis-je en finissant mon dango presque fautive.

Je le regardai se torturer l'esprit quelques instants avant de poser sa fourchette en prenant l'arête de son nez.

- Etais-ce parce que tu ne me faisais pas confiance ?

Nani…

- Non, ça n'a rien à voir.

- Très bien.

Et voilà… je m'étais excusée, mais nous avions fait un pas en arrière, je le savais très bien. Demo…, je venais de le tutoyer… Donc, on va dire que nous étions restés au même point. Tsss… On en loupait pas une…

- Merci, pour les dangos…

- Avec plaisir, dit-il d'une voix neutre en reprenant sa tâche sans un regard.

Il y avait autre chose sur ce visage parfait et lisse, quelque chose que nous ne venions pas de régler, mais que pourtant je voyais clairement passer dans son regard distrait et préoccupé.

- Legolas, je suis désolée… Vraiment.

- Tu vas bien maintenant Laureline, c'est tout ce qui compte, dit-il fortement pour clore le sujet.

- Hum…

Non, décidément quelque chose n'allait pas.


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Planète Estë, Palais d'Estêlia, laboratoire d'étude des Obakes,

- Alors ça dit quoi ? demanda Gandalf à l'elfe devant son écran.

- Je ne sais pas Mithrandir… Nous n'arrivons pas à briser la surface en verre pour accéder à l'objet.

- Peut-être ne faut-il pas le retirer de sa sphère ? lança Galadriel.

- Nous devrions montrer ça à Holorïn, c'est un expert en IA, il sera peut-être trouver quelque chose, dit Gil-Galad derrière eux.

- En effet, c'est une bonne idée. Lucienne ?

- Oui madame, j'y vais.


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Le compagnon : Le compagnon est un appareil semblable à un SmartPhone, mais ça m'embêtait d'appeler ça un "téléphone", car avec toutes les fonctionnalités (même aujourd'hui) j'ai trouvé que le terme "compagnon" était beaucoup plus approprié. Il reste H24 avec nous depuis notre plus jeune âge et nous aide dans tout type de tâches quotidienne. Tant qu'à son apparence, c'est une plaque de verre fine et translucide au premier abord, mais elle est composée de nanotechnologie, donc il peut prendre tout type de forme, un bracelet, des écouteurs, une oreillette, des lunettes, un drone, un projecteur d'hologrammes... En gros, c'est le SmartPhone 2.0 ou des applications peuvent se transformer en objets divers et variés. Il est beaucoup mieux décrit dans TITAN que dans ARCHIVE.

Merci pour ton commentaire, j'en prends note :) !

La bise !