Will Halstead sauta au plafond au son perçant de la corne de brume juste à côté de son oreille. C'était du moins ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas été menotté à la chaise sur laquelle il était assis.

Chin et Kono l'avaient récupéré à une heure bien avancée de la nuit, alors qu'il revenait à sa chambre d'hôtel en bonne compagnie après une soirée beaucoup trop arrosée. Après avoir rendu tout le contenu de son estomac sur la banquette arrière de la voiture de Kono, faisant regretter à la jeune femme son insistance pour prendre sa voiture et non celle de Chin, le gars avait sombré dans un sommeil profond aussitôt installé sur la chaise de la salle d'interrogatoire. Le 5-0 avait alors décidé de le laisser là pour le restant de la nuit, déléguant la surveillance du prince au bois dormant à un officier, pour aller jouir égalementde quelques heures de sommeil. À leur retour au petit matin, Will Halstead était toujours profondément endormi malgré l'inconfort évident de la position. Steve avait alors décidé de réveiller leur suspect tout en douceur.

Une fois la surprise passée, Will Halstead voulut porter sa main à sa tête dans l'espoir de soulager sa migraine fracassante. Mais il ne put aller beaucoup plus loin que l'entame de son geste. Il réessaya mais sa main refusait toujours de monter vers sa tête. Il essaya avec sa seconde main. Même résultat. Il comprit alors. Il était attaché. La panique s'immisça alors dans son esprit. Il releva vivement, trop vivement la tête, et se transforma en girouette pour regarder tout autour de lui. Il grimaça, confus, lorsque ses yeux se posèrent sur Steve, debout juste à côté de lui, campé sur ses pieds, bras croisés sur son torse bombé, le surplombant du regard, une expression sévère plaquée sur son visage.

- Docteur Yablonski ?

- Content que vous soyez de retour parmi nous, Docteur Halstead.

Le jeune homme tourna la tête de l'autre côté, toujours un peu trop vivement, et repéra seulement Danny qui se tenait en retrait dans un coin, s'approchant d'un pas. Que lui voulaient ces hommes? Le tuer? Son regard se posa ensuite sur la plaque à la ceinture de Danny. Il remarqua alors celle que portait Steve.

- Pas le Docteur Yablonski.

- Effectivement, confirma Steve.

Will sursauta encore une fois. Sa conclusion avait-elle dépassé le stade de sa pensée ?

- Je suis le Commandant Steve McGarrett et voici mon collègue, le Lieutenant Danny Williams, du 5-0. Nous enquêtons sur le meurtre du Docteur Oleiv Boe.

- Le…

L'esprit toujours embrouillé, il eut besoin d'un instant pour se rappeler qu'un Docteur Oleiv Boe figurait parmi la liste de ses connaissances.

- … Docteur Boe est…

Il lui fallut tout autant de temps pour comprendre la signification du mot meurtre.

- … mort ?!

Il fronça les sourcils. Assembler les quelques pièces du puzzle en sa possession lui demanda un effort qui lui parut colossal. Si seulement le marteau-piqueur ou tout autre engin assourdissant pouvait cesser son raffut dans sa tête !

Sa gueule de bois se dissipa soudainement.

- Vous pensez que j'ai quelque chose à voir là-dedans ?!

Will en était sûr désormais. Ces deux policiers ne le tueraient pas. Son frère s'en chargerait.

- À vous de nous le dire, invita Danny.

- Je… non. Pas du tout! Je n'ai rien à voir là-dedans, se défendit Will, alarmé.

- Alors pourquoi ce billet d'avion ? demanda Steve.

- Celui qui décolle dans une heure, précisa Danny en regardant sa montre.

- Que vous avez pris mardi soir, continua Steve.

- Peut-être cherchiez-vous à fuir avant que la police ne vous attrape, imagina Danny.

Chaque fois que l'un prenait la parole, Will se tournait vers lui, avec toujours plus d'effroi à chaque mouvement de tête.

- Euh…

Will ne savait pas quoi répondre. Il avait bien pris ce billet d'avion pour fuir. Mais certainement pas la police.

- Mais je ne connaissais pas le Docteur Boe ! s'emporta Will, dépassé par l'afflux d'émotions qui le traversaient. Pas personnellement. De réputation seulement. Nous n'avions jamais échangé avant ce début de semaine ! Pourquoi j'aurais voulu le tuer ?

- Que faisiez-vous au Soudan ?

Will se tourna vers Steve, surpris. La question semblait sortir de nulle part.

- De la médecine, répondit-il, incertain, comprenant que la conversation le menait sur un terrain glissant.

- Si vous connaissiez le Docteur Boe de réputation, vous n'êtes pas sans savoir qu'il se rendait souvent en Afrique ?

- Pour des missions humanitaires. Je suis effectivement au courant.

- Et vous ? Le Docteur Boe connaissait-il ?

- C'est ce que j'ai appris quand il est venu à ma rencontre lundi matin.

- Pour quelle raison vous a-t-il abordé ?

- Pour me parler du Soudan justement.

- Donc vous avez compris qu'il vous avait démasqué. Ou alors vous le saviez déjà. Et vous avez voulu l'empêcher de parler, élabora Danny, reprenant l'interrogatoire.

- L'empêcher de parler ? répéta Will.

- Pour l'empêcher de vous dénoncer.

- Me dénoncer ? Mais de quoi ?

- Du trafic dans lequel vous trempez.

- Un trafic ? Mais je ne trempe dans aucun trafic !

- Pas même dans le trafic d'organes ?

La stupeur frappa Will. Ses lèvres bougèrent. Mais sa gorge ne parvint à produire aucun son. Comme si ses poumons refusaient d'aspirer la moindre once d'air nécessaire pour faire bouger ses cordes vocales.

- Attendez ! s'exclama-t-il en retrouvant contenance. Si je comprends bien, le simple fait d'avoir travaillé dans une des régions les plus pauvres mais les plus peuplées du monde où le recensement compliqué des populations peut apparaître comme une opportunité pour orchestrer un trafic d'organes fait forcément de moi un criminel de grande envergure, c'est ça ?

Son regard passa de Steve à Danny. Puis de Danny à Steve. Les deux policiers restèrent stoïques.

- Je suis chirurgien. Pas boucher.

- Alors pour quelle autre raison un chirurgien plastique ferait près de huit mille kilomètres pour assister à un symposium sur la transplantation ? conclut Steve.

Will leva les yeux au ciel. Pourquoi diable était-il venu à ce foutu symposium? C'était une mauvaise idée. Il le savait. Depuis le début !

- Certainement pas pour coller une balle entre les deux yeux du Docteur Boe.

Danny et Steve froncèrent les sourcils.

- Plusieurs témoins affirment vous avoir vu il y a deux jours avec le Docteur Boe, après sa conférence, que vous aviez quittée avant la fin, révéla Steve. Vous vous disputiez. Vous êtes parti. Il vous a suivi. Douze heures plus tard, nous retrouvions son cadavre…

- Ce qui ferait de moi la dernière personne à l'avoir vu en vie, maugréa Will, dans sa barbe.

- … dépourvu de tous ses organes vitaux et recouvert de suture dont la finesse est presque artistique. Vous ne vous présentez pas à l'université le lendemain. Et le surlendemain vous cherchez à quitter Hawaii, énuméra Steve sans se formaliser de l'interruption de Will.

- Ce qui fait de vous le suspect idéal, compléta Danny.

Will soupira, ostensiblement.

- Très bien. C'est bon. Je vais tout vous expliquer.

Il voulut lever les mains pour prouver son innocence mais les menottes l'en empêchèrent.

- Si je suis venu à Hawaii pour ce symposium, c'est à cause de bruits de couloir qui circulent au cabinet où je travaille à New-York. La direction voudrait a priori me virer. Du coup, je suis venu voir si une reconversion dans la transplantation me brancherait. Et si finalement je voulais partir aujourd'hui, depuis mardi en réalité, mais je n'ai pas trouvé de vol avant aujourd'hui, c'est parce que je ne pense pas que cette spécialité soit faite pour moi. Trop d'enjeu vital.

Will agita la tête avec dédain, comme s'il cherchait à se persuader lui-même des propos qu'il tenait.

- Pourquoi vous disputiez-vous avec le Docteur Boe ?

Will dodelina de la tête.

- C'est vrai, lui et moi avons échangé quelques mots mardi, admit-il. Mais dire que nous nous disputions est un peu excessif. C'était plutôt un léger différend. Il m'a abordé lundi matin parce qu'il avait entendu parler de moi et qu'il voulait me féliciter pour les soi-disantes prouesses médicales que j'aurais apparemment réalisées au Soudan.

Sa voix exprimait encore le dédain, le rejet. Mais dans son regard pétillait beaucoup de tristesse et de regret.

- Alors, c'est vrai, il y a deux jours, le Docteur Boe et moi avons eu une petite conversation échauffée. Mais je suis parti avant que la conversation ne dégénère trop. Le Docteur Boe m'a bien suivi. Mais une fois sur le parking, il a été interpellé par un homme. J'en ai profité pour monter dans ma voiture et partir. Ensuite, j'ai pris un billet d'avion pour rentrer à New-York et en attendant mon vol j'ai décidé d'aller faire la fête.

Steve et Danny se tournèrent l'un vers l'autre. Dodelinant chacun de la tête, ils décidèrent de laisser le bénéfice du doute à Will.

- Très bien, admettons que vous dites vrai, commença Steve. Que pouvez-vous nous dire sur cet homme ?


- Tu as d'autres des brillantes idées comme celle-ci ? demanda Danny.

- Je trouve que c'est une excellente idée, rétorqua Steve en poussant la porte de son bureau, son meilleur ami furibond sur ses talons.

- Tu ne peux pas faire ça !

- Je ne te demande pas ton avis.

- Et tu as demandé celui de Catherine ?

- Pourquoi j'aurais besoin ?

- Attends, laisse-moi réfléchir… Peut-être parce qu'elle porte ton enfant et qu'elle a donc son mot à dire quand le père de son enfant décide de se lancer dans une entreprise qui pourrait lui coûter la vie !

Le Docteur Halstead avait été capable de fournir une description suffisamment détaillée de l'homme qu'il avait mentionné pour établir un portrait robot. La comparaison avec les bases de données de diverses autorités, polices, douanes, permis de conduire, n'avait rien donné. En revanche, le 5-0 avait alors visionné les vidéos des caméras de surveillance de l'université. Aucune caméra ne couvrait le parking sur lequel le Docteur Halstead avait garé sa voiture mardi soir. Impossible donc de visualiser le moment où le Docteur Boe était interpellé par cet homme. En revanche, les autres caméras permettaient justement de voir le Docteur Halstead partir seul comme il l'avait dit. Les images avaient surtout permis de repérer leur inconnu rôdant dans l'université depuis le début du symposium et suivre le Docteur Boe lorsqu'il sortit à la suite du Docteur Halstead mardi soir. Cet homme devint donc le nouveau principal suspect sur cette enquête. Steve, Catherine et Danny retournèrent alors à l'université pour montrer le portrait robot aux participants du symposium. À peine avait-il eu l'image devant le yeux que le Docteur Yablonski reconnut l'inconnu.

Il s'agissait de Wallas Günt, un médecin allemand également spécialisé dans la transplantation qui jouissait également d'une grande réputation avant qu'il ne soit écarté de la profession après qu'il ait été révélé que ses pratiques ne suivaient pas le code d'éthique la plupart du temps et quelques fois la loi elle-même, ces révélations étant l'oeuvre du Docteur Oleiv Boe et du Docteur Andy Yablonski. Comprenant aussitôt que Wallas Günt s'en était pris au Docteur Boe par vengeance et supposant qu'il ne s'arrêterait pas là, le Docteur Yablonski avait été mis sous protection. Alors que Catherine voyait avec Duke les formalités, Steve avait partagé avec le reste de son équipe sa nouvelle brillante idée : se faire passer pour le Docteur Yablonski pour appâter Wallas Günt.

Steve, après avoir récupéré sur son bureau ce qu'il était venu chercher, posa la main sur l'épaule de Danny, un sourire aux lèvres qui ne disait rien qui vaille à Danny.

- Ne sois pas si dramatique. Mon enfant n'aura pas à ne compter que sur son parrain parce que tout se passera bien.

Puis Steve ressortit de son bureau laissant sur le pas de la porte un Danny abasourdi, par la nouvelle et par la manière de l'annoncer.


- C'est de ma faute ! Je ne m'étais contentée que de 'la prochaine fois'. Du coup, la 'prochaine fois' passée, il a recommencé !

Rebecca posa sans ménagement la trousse de premiers secours sur le bureau de Steve. Elle se tourna vers Steve qui tenait une poche de froid contre son visage. Et ce fut avec encore moins de ménagement qu'elle la retira pour examiner l'œdème qui commençait déjà à apparaître autour de l'œil gauche de Steve.

- Vous êtes au courant que vous auriez pu aller à l'hôpital ? s'assura Rebecca.

- Et je me serais privé de l'opportunité de me faire rafistoler par mon médecin personnel ?! s'offusqua Steve avec un sourire.

Son sourire se transforma en grimace lorsque Rebecca appuya un peu plus fort sur la pommette gonflée de Steve.

- Je vous ai fait mal, Commandant ? Vous m'en voyez navrée.

Bien sûr, Rebecca n'était en rien navrée. C'était plutôt de la satisfaction qu'elle tirait de son geste qui, bien entendu, n'avait absolument rien d'accidentel.

- Simon? appela Rebecca une fois son examen terminé. Tu peux venir vérifier que ses neurones fonctionnent correctement.

- Tu sais que je n'ai pas besoin de vérifier pour savoir que ses neurones ne fonctionnent pas correctement, se moqua Simon en approchant.

Il prit alors la place de Rebecca devant Steve, sortant sa lampe-stylo de sa poche et la braquant, allumée, dans les yeux de son patient.

- Maintenant, veuillez suivre mon doigt, ordonna Simon en plaçant sa main, index levé, devant le visage de Steve.

Toujours satisfait du résultat, le neurochirurgien poursuivit son examen en procédant aux divers tests qu'il pouvait réaliser sans matériel médical à disposition.

- C'est tout bon pour moi, Commandant. Votre altercation avec ce tueur n'a pas altéré davantage votre cerveau.

Puis Simon assista sa femme qui s'attaquait déjà défaire le bandage et la gaze ensanglantée de l'avant-bras de Steve pour nettoyer et suturer la longue plaie qui s'y trouvait.

- Très bien, maintenant, retirer votre chemise.

Steve s'exécuta, retirant le vêtement tout troué et taché, pour permettre à Rebecca de s'occuper des quelques autres plaies qu'il avait sur le torse et l'abdomen.

- Je ne sais pas si c'est une bonne chose ou non, mais j'ai terminé de rafistoler, encore une fois, l'imbécile que tu as choisi comme le père de ton enfant, annonça Rebecca en sortant du bureau de Steve avec son patient indésirable et son mari une vingtaine de minutes plus tard.

Bien que les propos de Rebecca soient clairement destinés à Catherine, ce fut Danny qui répondit.

- Je pense que c'est une mauvaise chose. Il aurait mieux fallu le laisser se vider de son sang. Je ne veux pas que mon filleul ou ma filleule soit élevé par ce danger public.

- Dois-je te rappeler que même notre gars s'en sort sans aucune égratignure, aucun bleu! Alors arrête de te plaindre. Étant le seul blessé, je crois être le seul à avoir le droit de me plaindre.

- Étant donné qu'il s'agissait de ton idée, je pense que tu es le seul à ne pas avoir le droit de te plaindre, contredit Catherine sur un ton qui ne permettait pas de savoir si elle lui reprochait seulement ses pleurnicheries ou aussi son plan suicidaire.

Steve avait déjà concocté et mis en œuvre des plans beaucoup plus hasardeux que celui-ci, s'en sortant bien moins en forme que cette fois-ci. Ces situations l'inquiétait toujours. Mais c'était la première fois qu'elle avait éprouvé une inquiétude si intense. Ce sentiment s'était décuplé lorsque l'équipe avait perdu le contact avec Steve. Cela n'avait duré que quelques minutes à peine. Mais elles avaient été les minutes les plus longues de sa vie. Si elle était parfaitement en droit de ne jamais lui pardonner, le soulagement qu'elle avait ressenti, plus profond encore que toutes les précédentes fois, lorsqu'elle avait entendu la voix de Steve dans les communications de l'équipe lancer son habituel « Cath, je vais bien » surpassait sa rancoeur.

Steve comprit ses pensées, attira Catherine vers lui et l'embrassa tendrement pour la rassurer et évacuer les dernières réminiscences d'inquiétude de l'esprit de sa petite amie. Puis ils refirent face au reste des personnes présentes dans l'open-space, se remémorant leurs présences, Catherine la tête posée contre l'épaule de Steve, Steve sa main posée dans le bas du dos de Catherine.

Ce fut le Docteur Yablonski qui se risqua à briser le silence confortable qui s'installa en s'adressant à Steve.

- J'éprouve un grand soulagement à vous voir presque indemne et je partage l'avis général sur le bien-fondé de votre plan, Commandant. Mais étant donné qu'il a permis d'arrêter le meurtrier du Docteur Boe et de me sauver la vie, je ne peux que vous remercier de l'avoir mis en œuvre.

Les deux hommes échangèrent une poignée de main puis le médecin se tourna vers Will Halstead.

- Docteur Halstead, je me dois aussi de vous remercier. Sans vous, je ne serais probablement plus de ce monde.

Will accepta modestement la poignée de main qui lui était offerte.

- Encore une chose, enchaîna le Docteur Yablonski, tenant toujours la main de Will. Le Docteur Boe m'a raconté quel médecin incroyable vous êtes et toutes les personnes que vous avez soignées là-bas au Soudan grâce à la justesse et à la précision de vos diagnostics malgré l'absence d'assistance d'imagerie médicale. Alors ne laissez pas le passé vous hanter. Il vous empêche de faire ce pour quoi vous êtes fait. Et vous êtes fait pour sauver des vies.


Melany recula d'un pas pour contempler le résultat, satisfaite. Puis elle se hâta de déguerpir, ne voulant pas être surprise ici pour ne pas avoir à expliquer ce qu'elle faisait en dehors de ses quartiers au beau milieu de la nuit.

Avançant avec prudence, guettant le moindre mouvement, le moindre bruit, elle accéléra lorsqu'elle aperçut au loin la porte de son dortoir, baissant malgré elle sa vigilance.

- Enseigne McGarrett !

Melany se figea. Puis lentement, elle se retourna pour faire face à Joe, lui adressant un regard coupable, avant de se précipiter au sol pour tenir la position de la planche.

- Debout, ordonna Joe.

Melany sauta sur ses pieds pour se mettre au garde-à-vous.

- Que faites-vous en dehors de vos quartiers après le couvre-feu ?

- Euh…

Elle pouvait entendre les engrenages de son esprit tourner à vive allure pour trouver une explication recevable qui ne mette pas en péril le coup qu'elle planifiait depuis presque deux semaines désormais. Elle ne pouvait pas échouer si près du but. Lorsqu'elle trouva la parfaite réponse, un sourire sournois apparut sur son visage.

- Il fallait bien que je maintienne la réputation du nom que je porte, Commandant.

Joe ne put s'empêcher de sourire.

- Évidemment, à quoi d'autre aurai-je dû m'attendre venant d'un McGarrett ?

Puis il retrouva l'expression sévère que lui imposait son statut de commandant.

- Maintenant, regagnez donc vos quartiers, ordonna-t-il.

- En prenant le raccourci de huit kilomètres par la côte ?

Joe fronça les sourcils. Il n'avait même pas songé à une sanction pour cet écart de discipline. Il haussa les épaules. Si l'adolescente insistait, pourquoi refuserait-il ?

- Par le raccourci de huit kilomètres par la côte, ajouta-t-il.

- Hooyah, Commandant.

Alors qu'il la regardait s'éloigner à quatre pattes en direction de la côte, Joe resta planté là, s'interrogeant sur la vraie raison qui avait poussé la fille de son ancien élève qui s'était montrée d'une discipline parfaite à enfreindre le règlement pour sa dernière nuit sur la base. Et pourquoi avait-elle suggéré une sanction ? Cette sanction qui plus était ?