Bonjour à tous, je vous souhaite une très bonne lecture :)
Marie : je te remercie pour ton passage et ton compliment, j'espère que ce chapitre te plaira !
Bêta : Sabou
Chapitre 15
Depuis la veille, la maison des Hale baignait dans un silence déroutant. Laura avait bien essayé de ramener un semblant de joie au petit-déjeuner, lançant diverses plaisanteries, mais rien n'y avait fait. Une odeur de tristesse embaumait la maison, collait les murs. Un effluve acide, âcre et qui donnait à l'atmosphère cette lourdeur insupportable. Laura ne savait pas quoi faire. Depuis que Derek était rentré hier soir, son état s'était considérablement détérioré. Il n'était pas sorti de sa chambre de la journée entière, et même s'il se tenait à l'écart de sa famille, aucun membre ne pouvait faire abstraction de la détresse dans laquelle se trouvait l'adolescent.
Cora, contrairement à d'habitude, n'avait pas fait de bruit. Elle était restée très calme, dessinant sur la table du salon ou regardant quelques dessins animés à la télévision. Elle n'avait quémandé aucune attention, s'était faite toute petite. Même Peter s'était abstenu de lancer ses pics habituels. Lui et son thé à la menthe avaient vainement tenté de faire disparaître la flagrance désagréable qui flottait dans chaque pièce de la maison. Il avait eu le temps de discuter avec Talia ce matin, avant que l'Alpha ne parte rendre visite à une meute voisine qui éprouvait des difficultés avec l'éducation de nouveaux bêtas. Laura n'avait pas écouté leur discussion mais savait que l'état de Derek alertait aussi les deux adultes.
Triant ses derniers papiers, installée à la table du salon, Laura stoppa toute action. Elle ne pouvait rester là à rien faire alors que son frère avait visiblement besoin d'aide, ou de conseils. Et puis, elle n'oubliait pas cette promesse qu'elle avait faite à sa mère. Laura ne laisserait pas tomber Derek. Inspirant profondément, elle se leva, faisant grincer sa chaise sur le sol, attirant l'attention de sa petite sœur, assise sur le canapé.
Comptant sur sa détermination sans faille, Laura quitta le salon et se rendit à l'étage pour frapper timidement la porte de la chambre de son frère. Une odeur suffocante lui brûla le nez. Elle aurait voulu ouvrir les fenêtres.
N'obtenant aucune réponse, la louve poussa la porte et entra. Elle se frotta le nez, tentant de digérer le relent qui lui claquait le visage. Derek était assis sur son lit, son portable à la main, ses draps défaits. Sa chambre, bordélique, méritait un bon nettoyage, mais Laura n'était pas là pour faire un état des lieux, mais bien pour sortir son frère cet état cafardeux. Elle se rapprocha alors, ses pieds nus frissonnant au contact du sol froid. Derek leva à peine les yeux vers elle.
Laura s'assis sur le lit, détaillant le loup, les lèvres pincées, incertaine du comportement qu'elle devait adopter pour briser la glace. Derek paraissait exténué. Des cernes bordaient ses yeux jades, gonflés, signe que le garçon avait passé plusieurs heures à pleurer avant que Laura ne débarque à l'improviste. Cette constatation serra le cœur de la jeune femme. Elle aurait tout donné pour remonter le moral de son frère mais elle n'avait jamais été douée pour réconforter quelqu'un.
- Maman est venue te dire quelque chose pour ce qui s'est passé hier ? s'enquit-elle finalement avec douceur, sa voix à peine audible dans ce silence étrange.
Derek leva les yeux vers elle puis son visage se tordit en une petite grimace douloureuse. Il n'avait pas envie d'en parler, mais se força pour sa sœur. Les mots de Talia lui revenaient en tête. Sa colère et sa remontrance lui donnaient la nausée. Derek fourra son visage dans ses bras, réprimant un soupir.
- Elle pense que j'en ai consommé volontairement. Elle m'a privé de la camaro pour une semaine, confessa-t-il en roulant des yeux.
- Pourquoi tu ne lui as pas dit que tu n'y étais pour rien ? Maman aurait compris.
- Non, secoua-t-il la tête. Je ne veux pas qu'Erica finisse mêlée à tout ça, et puis je peux survivre sans ma voiture. Je m'en fiche.
La voix de Derek s'éteignit dans une intonation fragile. Laura gonfla ses poumons et posa sa main sur l'un des genoux de son frère pour attirer son attention. Derek releva la tête vers elle, mais son regard se perdit dans un coin de la chambre.
- Tu veux en parler ? demanda l'aînée.
- C'est ce qu'on vient de faire.
- Non, je veux dire, de Stiles. De ce qu'il s'est passé hier soir.
Derek se redressa, mal à l'aise. Laura pouvait sentir sa gêne se mélanger à son abattement. L'odeur était horrible, mais elle se devait de faire abstraction de ses sens et d'agir comme une adulte responsable et soucieuse. Elle pressa le genou de son cadet pour l'inciter à parler. Erica était beaucoup plus douée qu'elle pour lui tirer les verres du nez, mais avec patience et détermination, Laura savait qu'elle parviendrait à faire parler Derek. Voyant qu'il n'ouvrait toujours pas la bouche elle poursuivit, ne perdant pas de son assurance.
- Ça n'a pas l'air de bien se passer entre vous, murmura-t-elle, fixant son frère pour ne manquer aucun indice alors que son visage restait inexpressif. Tu as pensé à le faire venir à la maison ? Peut-être que ça vous ferait du bien de vous retrouver ici. Et puis…
Derek renifla avant de se passer une main sur son visage. Laura ferma immédiatement la bouche lorsqu'elle vit des larmes naître aux creux des yeux du jeune homme. Pendant une seconde, elle ne sut pas comment réagir, perdant contenance. Sa gorge s'assécha alors que sa bouche s'ouvrait pour se refermer presque aussitôt. Elle ne savait pas quoi dire, ni comment réconforter Derek. La panique la submergea, le rythme de sa respiration s'accéléra. La dernière fois que Derek avait pleuré devant elle remontait à leur enfance, à une époque où Laura se contentait de le pointer du doigts pour se moquer de lui et de son caractère bien trempé.
- Ça… Ça va s'améliorer, tenta-t-elle d'une voix mal assurée.
- Ça ne va pas s'améliorer, cracha furieusement l'adolescent.
Les lèvres pincées, Laura laissa sa main glisser jusqu'au matelas. Après quelques secondes d'hésitation elle se déplaça un peu plus vers son frère et le pris dans ses bras.
La porte de la chambre grinça. Cora se tenait timidement au seuil de l'entrée, les doigts dans bouche. Ses yeux bruns trahissaient son inquiétude. Elle n'avait jamais vu son frère dans un tel état et aurait voulu effacer les larmes qui coulaient le long de ses joues. La benjamine n'attendit aucun signe de sa sœur aînée. Elle entra dans la chambre, monta sur le lit, et ouvrit les bras pour qu'elle aussi enlacer fortement son frère. Elle s'imagina aspirer toute la douleur que pouvait éprouver Derek à travers ses mains, comme elle avait déjà vu faire sa mère, une ou deux fois auparavant auprès d'autres loups-garous mal en point.
Cora ne sut pas combien de temps ils restèrent ainsi, mais ce fut assez pour que l'effluve désagréable et entêtante de la maison perde de sa force.
oOoOo
Le lendemain, Derek arriva au point de rendez-vous prévu avec Stiles avec quelques minutes de retard. Stilinski était déjà installé dans les tribunes du stade. Ses jambes tremblaient, à croire que son sweat blanc ne suffisait pas à le réchauffer face au vent violent qui faisait rage à l'extérieur. Des nuages gris et épais avaient élu domicile au-dessus de Beacon Hills, et Derek sentait son cœur battre plus fort sous son torse à mesure qu'il se rapprochait de son petit-ami. Il s'assit à ses côtés tout en prenant soin de laisser une certaine distance entre eux. Stiles parut s'en apercevoir, ses yeux fixant quelques secondes le siège qui les séparait. Le silence entre eux perdura longtemps avant que l'humain ne prenne la parole.
- Je… Je suis désolé pour samedi, souffla-t-il. Je ne voulais pas que ça se termine comme ça. Tout ce que je veux, c'est qu'on arrive à trouver un terrain d'entente, qu'on arrête de se disputer pour un oui ou pour non. Je…, bégaya-t-il ses yeux brun chaud se perdant sur le terrain.
Des élèves effectuaient un jogging en petites foulées, faisant le tour du stade. Derek fourra ses mains dans ses poches, sentant la température s'alourdir, devenir dangereusement humide. Il avait mal à la gorge. Ses idées n'étaient pas claires dans son crâne et pourtant il était venu à ce rendez-vous pour un objectif précis. Il ne voulait pas se démonter. Il ne voulait pas se dégonfler et ça, malgré l'odeur apaisante de l'humain installé à ces côtés.
Stiles semblait être venu pour faire la paix, pour de vrai cette fois. Il était souriant, avenant, et Derek crut un instant avoir récupéré son copain. Celui qui le faisait rire, qui parlait pendant des heures pour ne rien dire, qui l'embarquait dans son monde, un monde où Derek se sentait terriblement bien. Mais ce n'était pas la première fois que Stiles lui faisait croire qu'ils pourraient repartir du bon pied. Ce n'était pas la première fois que Stiles mentait. Bien sûr, Stiles croyait en son mensonge, si bien que Derek ne décelait comme à chaque fois aucune fausse note dans la musique qu'effectuait son cœur. Le rythme cardiaque de Stiles était irrégulier, trahissant sa nervosité, mais aucun pic particulier ne mettait en évidence une quelconque tromperie.
Alors que la bouche du fils du Shérif remuait dans des paroles que Derek n'écoutait plus, un flot de souvenirs refit surface dans la mémoire du loup-garou. Des souvenirs qui rendirent sa décision plus douloureuse que prévu. Il ferma les yeux une seconde, tâchant de faire le vide dans son esprit, mais tout ce dont il s'apprêtait à renoncer remontait à la surface. Derek serra les poings. Il savait ce qu'il avait à faire, il ne pouvait pas fléchir, pas maintenant. Il avait assez réfléchi, assez retourné le problème dans tous les sens au point de s'en rendre malade. Jamais une relation ne l'avait fait autant souffrir et il ne se voyait plus continuer. Il fallait qu'il mette un point final à cette histoire, qu'il se fasse violence et se montre courageux. C'était pour eux.
Il ouvrit à nouveau les yeux et planta son regard dans celui de Stiles. Celui-ci ne parlait plus et Derek n'avait aucune idée de ce qu'attendait son humain. Il se perdit à observer ses grains de beauté éparpillés sur son visage à la peau bien plus blanche que d'habitude. Derek regarda sa bouche qu'il avait embrassée des milliers de fois, son nez à la courbe si particulière, et ses yeux où grandissait une inquiétude muette au fur et à mesure que le silence persistait.
Derek détourna le regard, fixant ses baskets, sa tête allait exploser. Son cœur allait éclater. Il avait envie de pleurer, de finalement croire aux promesses que lui formulait encore une fois le fils du Shérif, de fermer les yeux et de jouer une nouvelle fois à l'idiot. Leurs disputes se jouèrent à nouveau dans sa tête et Derek se motiva enfin à parler, interrompant de justesse Stiles qui s'apprêtait à reprendre la parole.
- Stiles, souffla le loup, son estomac sens dessus dessous.
Stiles ne le quitta pas des yeux, ravalant sa salive. Il tordait ses doigts pour se canaliser et se mordait la lèvre inférieure. Derek s'en voulait de provoquer autant de tics nerveux chez son copain. Il s'en voulait pour ce qui allait suivre.
- Je ne veux pas continuer, se força-t-il à reprendre alors que Stiles avait effectué un mouvement de recule à peine perceptible.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Je veux rompre, reformula plus clairement le loup-garou.
Le silence qui suivit rendit l'atmosphère inconfortable. Stiles s'était détourné de Derek, dans un état second. Il fronça les sourcils, inspira profondément, hocha plusieurs fois la tête avant de revenir vers Hale.
- Tu dis n'importe quoi ! s'exclama Stilinski, furieux. Tu… On peut surmonter tout ça, plaida le jeune homme, ses pupilles instables.
- On ne peut pas Stiles, contra Derek refusant de se démonter.
- Dis plutôt que tu n'en as pas envie ! vociféra le fils du Shérif perdant le contrôle de ses mains.
- J'ai essayé Stiles ! s'emporta le loup, se tournant vers l'humain. Je n'ai pas arrêté d'essayer ! Je… Tu refuses de parler de la grossesse, tu passes ton temps à te défouler sur moi, tu me repousses sans cesse ! J'y arrive plus ! J'ai plus…
Derek s'interrompit en croisant le regard humide de Stiles. Son visage était froissé par la colère. Le fils du Shérif détourna ses yeux vers le terrain derechef posant son menton sur les paumes de ses mains, ses coudes reposant sur ses genoux. Derek regarda ailleurs, il ne pouvait pas le regarder pleurer. Tout son corps lui faisait mal. Il avait l'impression d'avoir été rué de coup. Une boule se créa dans sa gorge. Derek serra les dents. Il ne voulait pas céder, l'odeur de l'humain rendait son cœur malade. Il n'avait pas envie de le quitter. Il voulait encore sentir ses mains sur lui, l'effluve perturbant de sa peau, pouvoir compter chaque grain de beauté qui parsemait son corps. Il voulait le serrer dans ses bras et ne plus jamais le lâcher, pouvoir discuter avec lui sans voir le soleil se coucher, mais tous ces désirs étaient stupides. Aurait-il vraiment le droit à tout ceci en restant ? Cela faisait bien longtemps que Stiles lui refusait ces moments de paradis.
Derek sentit un chagrin démesuré l'envahir et il n'eut pas la force de rester. Il se leva prêt à partir, à abandonner Stiles dans les gradins, quand l'autre adolescent lui attrapa le bras pour le retenir. Derek eut du mal à respirer et la voix altérée de Stiles se forgea un chemin jusqu'à ses oreilles. Il aurait voulu disparaître.
- Je te promet que je ferais des efforts, supplia l'hyperactif dans un sanglot, la voix vacillante. Je… Je sais que je n'ai pas été le meilleur des copains… Je sais que tu as été patient jusqu'ici, mais…, pleura-t-il. Laisse-moi juste encore un peu de temps, s'il te plaît. S'il te plaît.
- Stiles, je…, bégaya le loup craignant de perdre davantage le contrôle de ses émotions. J'essaye de faire ce qui est juste. On ne peut pas continuer à se faire du mal, souffla difficilement Derek. Je… Je ne veux pas finir par te détester.
- Tu ne fais pas ce qui est juste, tu fuis, comme toujours, brama durement le plus jeune s'accrochant au bras du joueur de basket-ball. Rassis-toi, on peut trouver une solution, on peut en discuter ! Si c'est par rapport à Theo, je suis désolé, je n'aurais pas dû l'embrasser ! J'ai… J'étais juste, bégaya à son tour Stiles frustré de son incapacité à s'exprimer correctement alors que ses larmes ne cessaient de s'échouer sur son visage. Je ne veux pas de lui, c'est toi que je veux ! Je ne le reverrais plus. Je te promets que ça ne se reproduira pas !
Stiles sentit son monde s'effondrer quand le garçon qu'il aimait se détacha de son emprise, s'éloignant sans même un mot pour lui. Il avait cette impression d'être déchiré en deux, alors que les mots de Scott rejouaient dans sa tête tel un disque rayé : « Tu vas le perdre, Stiles. Tu vas le perdre ». Il tremblait, il ne savait plus quoi faire. Ses jambes ne voulaient plus fonctionner alors qu'il restait assis au beau milieu de la tribune vide, le visage enfouit dans ses mains, incapable de contrôler ses pleurs et la douleur diffuse qui démolissait tout en lui.
- S'il te plaît, murmura l'adolescent, désespéré, mais Derek ne revint pas.
oOoOo
Dans les couloirs du lycée, une partie de la meute campait devant le casier de Lydia. Allison essayait de natter Erica. La jolie blonde voulait absolument changer de style. Elle disait avoir eu une conversation révélatrice avec une autre fille lors de la soirée d'Ariane et voulait désormais abandonner ses allures de motarde rebelle pour une apparence beaucoup plus bohème. Tout en retouchant son rouge à lèvre, à l'aide du miroir accroché à la porte de son casier, Lydia leva les yeux au ciel, décidant de basculer son attention sur la discussion qu'entraînait Scott et Jackson à sa gauche.
- Je ne sais pas si ça va marcher Jacks, souffla Scott. Stiles avait l'air plutôt confiant ce matin. On a passé le dimanche à construire un discours sans faille ! C'est censé s'améliorer entre eux.
À peine eut-il le temps de terminer sa phrase qu'un silence perturbant poussa Lydia à se détourner de son miroir pour observer les garçons. Même Erica et Allison s'étaient tues. Fronçant les sourcils, Lydia fit volteface pour comprendre ce qui accaparait l'attention de ses camarades et ce fut à ce moment qu'elle vit Stiles passer devant eux sans même les voir. Lydia faillit lâcher son rouge à lèvre devant les yeux rouge de son ami. Elle lança un regard à Scott. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre que l'entrevue de Stilinski et Hale s'était, une fois de plus, mal passée. Stiles avait l'air abattu.
Une fois l'effet de surprise estompé, Lydia se précipita pour ranger ses affaires dans son casier et le fermer, s'apprêtant à rejoindre Stiles mais Scott posa sa main sur son épaule pour l'arrêter.
- J'y vais, fit-il d'un ton sans réplique.
Lydia voulu protester mais le regard impérieux que lui adressa Scott la laissa pantoise. Ce fut à contre cœur qu'elle choisit de rester auprès du reste du groupe, regardant McCall disparaître dans un couloir adjacent, suivant les pas de Stiles. Même si Lydia restait en retrait pour cette fois, elle attendait de Scott un rapport complet avec un nombre incalculable de détails une fois qu'il serait revenu.
oOoOo
Stiles n'avait plus dit un mot de toute la journée. Lydia avait bien essayé de lui faire esquisser, même le plus petit des sourires, mais rien. L'adolescent l'avait même envoyée bouler devant toute la classe. Pour cette fois, Martin s'était montrée indulgence, supportant l'humeur massacrante de son ami. Elle ne se voyait pas le sermonner alors que Stiles était déjà au fond du trou. Lydia avait l'impression que ce n'était qu'une question de temps avant que son ami s'écroule sur son pupitre. Elle en était persuadée. Il suffirait d'un mot en trop pour que le chagrin de son meilleur ami fasse surface. Lydia avait alors décidé de le laisser tranquille, de laisser passer quelques jours avant de réclamer de lui qu'il se reprenne en main.
Chaque membre de la meute avait fait des efforts pour remonter le moral de Stilinski. Même Erica s'était montrée étrangement gentille, comme si voir Stiles souffrir lui avait rappelé qu'il pouvait lui aussi avoir un cœur, qu'elle ne pouvait pas lui balancer des paroles horribles dès que cela lui chantait. Scott, quant à lui, avait carrément délaissé Allison. Il était la seule personne à qui Stiles acceptait réellement de parler, par conséquent il ne voulait pas lâcher son meilleur ami, même pour quelques secondes.
Lydia leva la tête, son regard s'élançant dans la salle de classe. Le tableau était couvert d'équation, mais ce n'était pas ce qui l'importait. Elle se retourna discrètement pour trouver celui qui était responsable de cette ambiance pesante. Derek était installé au fond de la classe, parmi ses amis de basket. Attentif, il prenait ses notes en s'appliquant à ne pas porter – sous aucun prétexte – attention à la meute, et encore moins à Stiles. Lydia plissa des yeux, essayant de percevoir la moindre émotion sur le visage du loup-garou.
Rien. Derek ne semblait ni abattu, ni perturbé, et encore moins bouleversé. Si Stiles n'avait pas eu l'air aussi déplorable, personne n'aurait pu croire que ces deux-là avaient rompu le matin même.
Lydia soupira puis se força à oublier le basketteur pour prendre également des notes alors que leur professeur de mathématique se baladait distraitement dans la classe. Elle n'arrivait à pas à savoir si le choix de Hale était définitif, s'il s'agissait d'une réelle rupture ou d'un énième caprice du couple. D'après ce que lui avait vaguement relaté Scott, il n'y avait plus de marche en arrière possible à espérer. Seulement, Lydia ne pouvait pas y croire. Elle savait que ces deux-là s'aimaient, que malgré les montagnes russes qu'ils ne cessaient de traverser, Derek et Stiles étaient fait pour être ensemble.
La jolie rousse serra son stylo entre les doigts, en pleine réflexion, quand la main de Jackson se posa sur la sienne. Elle leva ses yeux prune dans sa direction. Le jeune homme secoua la tête pour lui témoigner sa contestation.
- Laisse-les, prohiba le jeune homme. Ne commence pas à vouloir arranger les choses et à jouer ta Sainte Teresa, murmura-t-il.
Lydia fronça les sourcils, vexée par la remarque déplacée de son petit-ami. Elle jouerait la Sainte Teresa si elle en avait envie !
- Quoi ? Je suis censée les observer sans rien faire ? protesta-t-elle.
Jackson grimaça devant tant d'agressivité puis soupira, exaspéré par la tête de mule qui lui servait de copine. Ses lèvres se pincèrent quelques secondes avant qu'il ne confronte à nouveau Lydia du regard. Il se rapprocha d'elle pour plus d'intimité, posant sa main sur la hanche de la demoiselle. Lydia eut envie de le repousser mais ne le fit pas, refusant d'attirer l'attention de la classe sur eux. S'énerver contre son compagnon ne rimait à rien. Elle ne voulait pas ajouter plus de tension dans la salle.
- Leur odeur, murmura Jackson.
L'atmosphère générale le démoralisait lui aussi. Même si Jackson passait souvent pour un insensible, il était beaucoup plus tendre et empathique qu'il voulait bien le faire croire. Curieusement, voir Whittemore aussi impacté adoucit Lydia.
- Tu ne peux pas la sentir, relata gentiment le garçon, mais si tu tentes quoi que ce soit aujourd'hui ou dans les prochains jours, tu risques d'empirer la situation. C'est du sérieux cette fois, je peux le flairer.
À l'arrivée du professeur près de leur pupitre, Jackson se redressa, empruntant un air innocent, se remettant à écrire. Lydia, quant à elle, ne put s'empêcher d'observer une dernière fois l'ancien couple. C'était réellement fini. Le chapitre était clos. Elle aussi devait s'y faire.
oOoOo
Stiles prit une éternité avant de sortir de la salle de bain. De la buée s'échappait de la pièce tandis que ses cheveux ruisselaient, trempant le parquet du couloir. Une fois rentrée, Stiles s'était dit qu'il n'avait pas besoin de mêler son père à son chagrin alors il avait évité l'adulte une grande partie de la soirée, s'efforçant de garder la face. Il avait versé assez de larmes pour aujourd'hui et peu importait qu'il pleure encore ou non, cela ne ferait pas disparaître sa tristesse.
Traversant le couloir de l'étage, Stiles plissa le nez. Une délicieuse odeur englobait toute la maison. Il la suivit pour se retrouver en face de la cuisine. La porte était entrebâillée, laissant un effluve gourmand s'échapper. Stiles ne parvenait pas à déduire avec certitude le repas que préparait le Shérif. Il essayait de se concentrer, détaillant chaque détail de la flagrance, ignorant la sensation désagréable de son cuir chevelu trempé. Les gargouillis de son estomac le surpris. Cette journée avait été épuisante et son organisme réclamait de quoi reprendre des forces. Stiles se massa le ventre avant de brutalement stopper son geste. Les nuages gris dans sa tête revinrent et Stilinski décida d'ouvrir un peu plus la porte pour se concentrer sur la fumée épicée qui s'échappait de la pièce. Stiles réussi à reconnaître l'odeur de porc crépitant dans la casserole accompagné d'un fin filet d'huile d'olive et il sourit. Le ventre de Stiles gronda une seconde fois avant que son cerveau ne résolve l'énigme.
Des kluskis et du rôti de porc.
Stiles pensa à sa grand-mère polonaise. C'était son repas fétiche. Celui qu'elle avait cuisiné pendant toute l'enfance du Shérif. Stiles se revoyait en Pologne lors de ses doux souvenirs d'été en compagnie de ses grands-parents et de Max, leur Berger-Allemand. À cette époque, Claudia était toujours vivante et Stiles était bien trop petit pour participer à l'élaboration du repas. Pourtant, il n'avait aucun mal à se remémorer ces moments fabuleux devant son assiette, à écouter les histoires farfelues de son grand-père et admirer le sourire de sa grand-mère.
Stiles poussa la porte, la vapeur de la pièce frappant son visage de plein fouet. Tout en observant son père, Stiles s'installa à table, devant une assiette vide entourée de couverts. Le Shérif se dandinait au rythme d'une musique latine. La radio grésillait mais cela n'empêchait pas le policier d'effectuer ses plus beaux pas de danse, une cuillère en bois à la main.
Stiles voulut garder son sérieux, mais un rire lui échappa. Il n'avait jamais vu son père rouler aussi maladroitement des hanches. Ses pieds se tordaient dans tous les sens, dans un rythme décousu, mais Monsieur Stilinski semblait heureux et c'était tout ce qui comptait.
Stiles n'arrivait pas à croire que sa mère soit tombée raide dingue de cet homme. Une chose était évidente, elle ne l'avait pas choisi pour ses talents de danseur, ni même pour son sens de l'humour. Son beau visage et son ancien corps d'athlète avaient dû faire son effet, assez pour que la future Madame Stilinski trouve un charme à son père. Ou bien avaient-ils tous deux succombés au syndrome du coup de foudre ? Stiles se tortilla sur sa chaise.
Ses parents ne lui avaient jamais conté leur rencontre ou Stiles ne s'en souvenait pas. Il était pourtant du genre à poser mille questions, à vouloir tout savoir. S'étaient-ils rencontrés à un arrêt de bus ? Ou bien lors d'une soirée étudiante ? Grâce à un ami en commun ? Les questions explosèrent sous le crâne de l'adolescent.
Lui, il avait rencontré Malia grâce à Scott. McCall avait un jour reçu la morsure et son quotidien et celui de Stiles avaient radicalement changé. Un jour, sans prévenir, entre deux cours à l'école, son meilleur ami lui avait présenté la coyote. Stiles n'avait rien ressenti. Aucun coup de foudre, pas même quelques papillons dans l'estomac. Les livres et les films mentaient, rien de spécial ne s'était passé ce jour-là. Stiles avait simplement trouvé Malia jolie, comme il trouvait la moitié des filles de son lycée jolie. Il avait eu envie de la revoir et par chance, la suite des évènements le lui avait permis.
Ils s'étaient tournés autour un long moment avant de franchir le cap. Leur premier baiser s'était déroulé dans une salle de cinéma miteuse, dans des sièges inconfortables, devant un film dont Stiles ne souvenait plus du titre. Il n'en gardait pas un bon souvenir. À cette époque, il n'avait encore embrassé personne et son premier baiser avait été maladroit, bancal. Une vraie catastrophe, pourtant Malia était restée.
Quand Stiles pensait à ses parents, il s'imaginait des feux d'artifice. C'était évident, ils étaient faits pour être ensemble. Stiles n'aurait jamais pu imaginer son père avec une autre personne – bien qu'il le poussât régulièrement à faire de nouvelles rencontres. Avant que sa mère ne tombe malade, Stiles n'avait jamais vu ses parents se disputer. Ils se complétaient, se comprenaient, s'épaulaient. À ses yeux, Monsieur et Madame Stilinski représentaient le couple parfait.
Stiles idéalisait peut-être ses parents, mais il ne pouvait s'empêcher de comparer sa relation avec Derek à celle de ses aînés. Les différences étaient flagrantes. Derek et lui avaient du mal à communiquer, se disputaient régulièrement. Stiles sentit un nœud se former sous son thorax. Il aurait voulu que ce soit différent. Soudain, le bruit de casseroles s'entrechoquant fit revenir Stiles à la réalité.
- Tiens, lui lança le Shérif en lui montrant dans un mouvement de tête le verre d'eau posé à côté de son assiette et d'une gélule d'Adderall.
Stiles soupira et s'exécuta, avalant son traitement en une gorgée sous le regard attentif de son père.
- Stiles, est-ce que ça va ? s'enquit le Shérif.
Stiles se renfrogna. On lui avait posé cette question toute la journée. Qu'était-il supposé répondre ? Il ne voulait pas cacher ce qui s'était passé aujourd'hui à son père, et encore moins inventer un quelconque mensonge. Il en avait assez de mentir. Tout ce que les mensonges lui rapportaient était de la tristesse et des problèmes.
- C'est rien, répondit-t-il en s'essuyant la bouche avec le dos de sa main, ses yeux fixant son assiette. Derek et moi… on… on s'est séparés ce matin. On n'est plus ensemble, haussa-t-il les épaules. J'irais mieux demain.
Stiles entendit la chaise à côté de lui grincer sur le carrelage de la cuisine. Il réprima un soupire. Il n'avait pas envie de discuter de sa rupture avec son père. Elle était trop fraîche, la blessure brûlait encore, Stiles était à vif. Il ne repoussa pas la main du shérif qui se posa sur son épaule, se contentant de serrer la mâchoire.
- Si tu veux en parler, on peut, lui souffla l'agent.
- Non, c'est bon papa, releva les yeux l'adolescent plaquant un faible sourire sur son visage.
Il s'efforça de l'agrandir pour convaincre son père mais sa bouche se tordit en une grimace désastreuse, sa tentative se soldant en un lamentable échec.
- Dis-moi que ça va Stiles et je te laisse tranquille.
Stiles sentit ses larmes monter de plus belle et lui qui s'était promis d'arrêter de pleurer recommençait. Stiles détestait ça. Il détestait être incapable de contenir quoi que ce soit. Il ne comprenait pas pourquoi il n'arrivait plus à garder ce qu'il ressentait pour lui, à faire barrage de ses émotions.
Il posa son front sur sa main, le coude sur la table et n'essaya plus de retenir sa tristesse.
Le reste de la soirée, le Shérif prit soin de réconforter son fils. Une rupture n'était jamais facile. Et l'état fragile dans lequel Stiles était déjà, il aurait mieux fallu s'en passer. Stiles irait mieux demain, mais pour l'instant, rien n'allait et le jeune homme ignorait si un jour ça irait à nouveau.
oOoOo
Les semaines défilèrent lentement. Stiles n'espérait plus voir Derek débarquer par la fenêtre de sa chambre. Il évitait de croiser son regard en cours. Il n'attendait plus que le loup-garou s'invite à la table de la meute au déjeuner, et faisait tout pour ne plus penser à lui. Les premières semaines avaient été difficiles parce que Stiles n'avait pas l'habitude d'occuper son esprit à autre chose qu'à graviter autour du loup-garou. Tout lui rappelait Derek, aussi bien les gribouillis et notes qu'il pouvait retrouver dans ses cahiers de la part du loup lors de ses révisions que son corps quand il se regardait dans la glace et qu'il pensait à ces longs mois passés chez Hale. Son ventre ne ressemblait plus du tout à une montgolfière, et une minuscule cicatrice figurait sur son pubis.
Généralement, Stiles évitait de scruter cette partie de son corps mais la veille, il avait voulu s'assurer que la marque qu'avait laissé sa césarienne restait relativement invisible. Aujourd'hui, il était censé reprendre ses entraînements de lacrosse. Même si la fin de l'année était proche, Scott l'avait convaincu de reprendre le sport. Deaton n'avait montré aucune objection et Stiles s'était dit que cette décision pourrait lui faire du bien.
Remonter en selle. C'était l'expression qu'avait utilisé Scott lorsqu'il avait évoqué le sujet. Stiles devait avouer qu'il était impatient de pouvoir à nouveau courir sur un terrain de lacrosse. Il avait besoin d'endorphine, et le sport était le meilleur moyen qu'il connaissait pour atteindre ce but. Stiles voulait se défouler, pratiquer une activité physique qui le pousserait à dépasser ses limites.
Immobile devant son casier, Stilinski fixait son maillot rouge, réprimant un sourire idiot. Les vestiaires étaient bruyants, remplis, parasités d'air chaud et humide, suffocant. Des odeurs sauvages et masculines se baladaient dans la pièce, et accompagnées d'une épaisse buée – tout droit sortie des douches – qui survolaient les têtes.
Une porte claqua, ce qui annonça l'arrivée des basketteurs terminant leur entraînement dans les lieux. Le volume augmenta instantanément à l'arrivée du groupe. Des rires jasèrent de tous les côtés. Stiles put entendre des plaisanteries jaillir. On le bouscula à plusieurs reprises, mais à aucun moment il n'osa défaire son regard de son maillot chiffonné. Il le tenait fermement entre ses mains. Paralysé, Stiles ne voulait pas lever la tête, ni croiser le regard de qui que ce soit. Surtout pas de Derek qu'il savait désormais dans la salle.
Ses pensées, autrefois joyeuses, laissèrent place à sa fidèle nervosité, à un stress qu'il ne parvenait pas – comme d'habitude – à réfréner.
Stiles ferma les yeux, tentant de contrôler les battements de son cœur qui, sans son accord, tambourinait contre sa poitrine. Il essaya de faire abstraction aux voix autour de lui, puis ouvrit à nouveau les paupières et se redressa, ses iris observant le fond de son casier.
Derek était à quelques mètres de lui, il le savait. Il n'avait pas besoin de tourner la tête ou même de le chercher pour en être certain. Lorsque la voix du loup se fraya un chemin jusqu'à ses tympans pour se démarquer de toutes les autres, Stiles sentit son corps se raidir et la température affreusement monter.
Stiles referma davantage sa prise sur son maillot. Stiles voulait passer à autre chose. Il le voulait vraiment, mais à la simple pensée que le basketteur était près de lui, dans la même pièce, muscles saillants à la vue de tous, peau humide, cheveux en bataille, rendait Stiles fébrile. Il avait envie de passer sa main dans sa chevelure pour la remettre en place, de sentir son odeur musquée et foutrement agréable. Stiles voulait dévorer Hale des yeux, juste une fois, juste une dernière fois.
Le cœur en vrac, Stiles n'osa pas s'accorder un tel désir. Croiser le regard du loup l'effrayait. Il n'était pas encore remis de leur rupture et avoir un tel contacte réveillerait chez lui bien plus qu'il ne pouvait le supporter. Il préféra alors oublier la présence de Hale dans les parages ou plutôt, s'efforcer de faire comme s'il était capable de l'ignorer.
Le casier près de lui claqua et Stiles vu Scott débarquer en sueur. Il avait visiblement couru jusqu'ici, sa respiration était chancelante. Son torse se gonflait et s'affaissait à une vitesse incroyable.
- Prêt pour ta confrontation avec le Coach ? s'exclama McCall, un grand sourire moqueur déformant ses lèvres.
Le Coach ! Stiles l'avait complètement oublié. Comment comptait-il justifier sa si longue absence ? Il avait un certificat médical spécialement confectionné par un confrère de Deaton mais celui-ci ne justifiait pas ces récentes absences en sport. Stiles grimaça. Il trouverait une excuse. Il trouvait toujours.
oOoOo
- Et que s'est-il passé ?
- Rien. Je n'ai pas levé la tête et rien ne s'est passé.
Stiles avait du mal à accepter ses séances chez sa nouvelle psychiatre. Il ne l'aimait pas beaucoup. Il ne se sentait pas vraiment à l'aise dans son bureau étroit et rempli de décorations aux goûts particulièrement douteux. Stiles n'avait jamais vu autant de représentation de chats dans une seule pièce. La jeune femme – parce qu'elle paraissait plutôt jeune pour un médecin – possédait dans son cabinet au moins une dizaine de photos de persan. Blond, brun, roux, l'un d'entre eux avait même les couleurs de l'arc-en-ciel.
Stiles se tritura les mains en attendant la réponse de la praticienne, mais celle-ci ne vint pas. Elle se contenta de noter quelques mots sur une feuille de papier. Les pupilles brunâtres de Stiles se posèrent pour la énième fois sur le chevalet de bureau de sa psychiatre.
Madame Marine Morell
Psychiatre/Psychothérapeute/Psychanalyste
Son nom était inscrit en grosses lettres dorées sur le porte-nom. Stiles avait du mal à croire qu'elle soit génétiquement liée à Deaton. Ils ne se ressemblaient pas le moins du monde. Pourtant, il s'agissait bien de sa sœur cadette. Stiles aurait voulu avoir un professionnel plus éloigné de son entourage, mais il n'avait pas réellement eut le choix. Les psys dans le monde du surnaturel ne courraient pas les rues.
Au moins, elle avait été utile jusqu'ici. Au bout de leur deuxième séance, son diagnostic était tombé. Stiles souffrait de dépression et d'anxiété. Ce verdict n'avait pas vraiment étonné son père, mais Stiles, lui, était resté dans le déni quelques jours avant de parcourir une dizaine de fois les symptômes d'une dépression sur internet. Son incapacité à gérer ses émotions, ses idées noires, sa tristesse constante, son irritabilité, sa fatigue permanente... Stiles n'avait pas vraiment eu le choix que d'accepter l'évidence. La psychiatre lui avait prescrit un traitement – un de plus à ajouter sur la liste – mais Stiles n'avait pas vraiment l'impression qu'il faisait effet. La médecin lui avait dit que, parfois, il fallait attendre un moment avant de pouvoir constater des améliorations.
Morell essayait de retracer les derniers évènements de cette année avec Stiles. Cela faisait déjà plusieurs séances qu'ils tournaient en rond. Stiles savait que s'était sa faute. Il refusait d'emprunter des chemins trop épineux. En effet, à la moindre sensation trop brusque dans sa poitrine, à la moindre manifestation de son anxiété, il changeait de sujet, trouvait un moyen de reprendre le contrôle de la conversation ou se murait dans le silence. C'était stupide. Il était là pour avancer et il le savait, mais affronter ses démons n'était pas aussi simple qu'on se l'imaginait. La seule fois où Stiles s'était risqué à parler d'un sujet sensible, il avait fini en pleurs dans le cabinet, à ne plus pouvoir articuler la moindre phrase. Il était sorti du bureau de la jolie Marine bien avant la fin de leur rendez-vous. Il s'était promis de ne plus jamais revivre cette expérience qui, non seulement l'avait humilié, mais en plus de ça, l'avait fait inutilement souffrir puisque le jeune homme n'avait pas eu l'impression d'avancer.
La psychiatre ne sembla ne plus attendre une initiative de la part de l'adolescent puisqu'elle se pencha pour fouiller dans l'un de ses tiroirs. Toujours aussi calme et sereine qu'à son habitude, Morell sortie un paquet de cartes, entouré d'un fin élastique dont elle se débarrassa rapidement.
Stiles gesticula légèrement sur chaise. Il se demanda ce que la professionnelle voulait encore lui faire comme exercice. Il avait toujours l'impression qu'elle sortait de nouveaux outils de son chapeau magique telle une magicienne. Elle se disait peut-être qu'essayer toutes les méthodes de l'univers avec son patient porterait un jour ses fruits. Stiles finirait bien par réagir positivement à l'une d'entre elles.
Il regarda la jeune femme éparpiller les cartes sur son grand bureau, les alignant avec précision et délicatesse entre elles. Stiles crut un instant qu'il s'agissait d'un tour de tarot – quelle idée – mais se rendit bien compte que, malgré leur allure mystique, ces cartes n'avaient rien à voir avec celles qu'utilisaient les voyantes pour lire l'avenir. Chaque carte comportait son mot, illustré par un dessin.
Joie, dégoût, optimiste, ennui, colère, peur, … Un panel d'émotions recouvrait désormais la table. Stiles se redressa sur sa chaise, fronçant les sourcils, suspicieux. Il n'aimait pas ce nouveau jeu, peu importe les règles auxquelles il était assujetti. La voix de la psychiatre résonna dans la salle.
- Stiles, commença-t-elle doucement, je vais te demander de choisir une carte, n'importe laquelle. Celle qui te parle le plus. N'essaye pas de me faire plaisir ou d'essayer de me donner une bonne réponse, prévint-elle connaissant désormais assez bien son patient. Il n'y a pas de mauvais choix.
Stiles ravala sa bile en observant la trentaine de cartes posées sur la table. Comment était-il censé faire un choix ? Une carte. Une seule. Stiles sentit ses doigts se crisper alors qu'il détaillait chacune des possibilités qui s'offrait à lui.
Tristesse, un homme en noir, recroquevillé sur lui-même apparaissait sur la carte au teinture grisâtre. Colère, celle-ci était majoritairement colorée de rouge, un personnage aux traits froissés, aux dents apparentes y était représenté. Stiles laissa ses yeux se balader sur la table. Critique, ce fut la carte qu'accrocha son regard whisky. Stiles doutait de la pertinence de cette activité, sa main survolant le bureau pour atteindre une carte. Avant de l'attraper, il lança un regard Morell qui lui offrait un regard impassible, insondable. Stiles détestait ne pas pouvoir lire en elle comme dans un livre ouvert. Il referma sa main, hésita un instant de plus, puis se dirigea vers une autre carte qu'il attrapa et conserva dans ses deux mains.
- Quelle carte as-tu choisis, Stiles ?
- Vous n'êtes pas censé deviner ? Je pensais que c'était ça le but du jeu, plaisanta-t-il, désireux de relâcher la pression.
Le sourire que lui renvoya Morell le relaxa.
- Je penserais à cette possibilité pour la prochaine fois.
Le silence revint et Stiles sut qu'il ne pourrait pas se défiler. Il regrettait déjà son choix. Il souhaitait échanger discrètement de carte. Pourquoi ne s'était-il pas contenté d'attraper la joie ou l'amusement ? C'était bien l'amusement, beaucoup plus soft. Ne voulant pas jouer avec la patience de la praticienne, Stiles inspira profondément, se vida la tête, écarta ses mains de son torse et observa sa carte.
- La culpabilité, souffla-t-il d'une voix bien moins forte qu'il n'aurait cru.
Cet effort qu'il devait faire pour parler l'embarrassait. Il avait l'impression que ses mots refusaient de sortir, qu'ils restaient bloqués au fond de sa gorge.
- Est-ce que tu veux bien m'expliquer pourquoi tu as pris cette carte ?
Stiles soupira de plus belle. Pourquoi ne pouvait-elle pas se contenter du minimum ? Il n'avait rien à expliquer. Il avait juste obéi aux ordres de sa psychiatre. Était-ce un crime ?
- Je…, tenta-t-il de débuter, mais sa cage thoracique se compressa.
Stiles avait du mal à respirer. Ça y est, ses mains devenaient moites, sa gorge sèche, son pouls s'accélérait et Stilinski n'était pas certain de vouloir continuer sur cette voix. Et puis il se souvint de tous les efforts qu'il avait accomplis jusqu'ici, des paroles de Derek lors de leur séparation, des encouragements de son père et de ses amis. Il ne voulait pas rester indéfiniment bloqué au même stade pour le restant ses jours. Il avait besoin d'avancer.
- J'ai choisi cette carte parce que c'est ce que je ressens, dit-il avant de poursuivre, sachant pertinemment que Morell ne reprendrait pas la parole avant d'être satisfaite. Je ressens plein de trucs, haussa-t-il les épaules en reposant la carte sur la table comme pour s'en éloigner le plus possible. Je ressens du stress par exemple, par rapport aux examens et aux universités. Toute la meute compte se disperser aux quatre coins du pays. Je déteste l'idée qu'on soit séparés, secoua-t-il la tête. Moi-même, si j'ai mon diplôme, ce que je doute fortement, je ne pourrais pas partir à Harvard, à Yale ou à je ne sais quel établissement hyper coté dont ne cesse de parler le groupe depuis des jours. J'ai raté les dates de candidatures, je n'ai envoyé aucun dossier, grimaça-t-il, amer. D'habitude, je prévois toujours tout, alors oui, vous voulez peut-être me demander comment j'ai fait pour rater les dates d'inscription… Je ne les ai pas vraiment ratés, avoua-t-il en reprenant son souffle.
Morell n'ouvrait toujours pas la bouche et Stiles semblait désormais un peu plus à l'aise, il parlait sans vraiment se filtrer ou se soucier d'où sa réflexion le mènerait.
- J'ai aidé Derek à en envoyer pendant… Quand les dates sont sorties. Je lui ai même rédigé des lettres. Je voulais qu'il ait un plan B si jamais… Si jamais ce qu'on avait programmé ne se déroulerait pas comme prévu.
- Et qu'est-ce que vous aviez programmé ? quémanda Morell.
La jambe Stiles tremblait sous la table. Morell et ses questions. Il ne voulait pas lui répondre.
- À quoi consistait le plan A ? insista-t-elle.
Stiles ravala bruyamment sa salive, sa main s'emparant distraitement au hasard d'une autre carte sur la table.
- À… À avoir un bébé, concéda l'adolescent alors qu'il commençait à se balancer, dans l'espoir d'atténuer l'horrible sensation qui l'étreignait à nouveau.
- Est-ce que c'est pour ça que tu te sens coupable ?
- Il y a plein de raisons pour lesquelles je me sens coupable, éluda froidement l'adolescent.
- Est-ce que cette raison fait partie de l'une d'entre elles ? Ce serait normal de ressentir un peu de honte ou de s'en vouloir pour ne pas avoir pu aller jusqu'au bout de certains projets, dit Morell en croisant les bras. Surtout quand il s'agit de quelque chose qui nous tient à cœur. Une grossesse bouleverse le quotidien.
Stiles rit jaune, ses mains se nouant et se dénouant sans arrêt. Il n'avait plus rien à dire, alors il ne se força pas à reprendre la parole.
- Stiles, l'interpela la psychothérapeute.
Le garçon se força à lever les yeux vers elle.
- Notre séance touche à sa fin, mais j'aimerais que tu réfléchisses à cette carte pour la prochaine fois, suggéra-t-elle en lui montrant la carte qu'il avait choisie. On essayera d'aborder ce sujet un peu plus en profondeur.
Stiles, soulagé, hoqueta et attrapa son manteau avant de saluer rapidement la jeune femme et de quitter son cabinet. Son père l'attendait déjà sur le parking et plus Stiles se tenait loin de cet endroit mieux il se sentirait.
oOoOo
Le lendemain fut une journée un peu particulière à cause des examens blancs.
Les dernières années avaient trimé toute la matinée, n'ayant pas l'autorisation de quitter leur salle d'examen avant la fin de des épreuves. Pour ne pas les déranger, certains couloirs avaient été désignés interdit d'accès. Les cerveaux avaient bouilli devant le sujet presque incompréhensible que leur avait servi leur établissement scolaire. Stiles s'était gratté le crâne plus de fois qu'il ne pouvait compter. Il n'avait pas répondu à au moins une dizaine de questions sur la cinquantaine que possédait son sujet. Il avait passé une heure à regarder ses camarades, distrait, à essayer de deviner rien qu'à leur expression s'ils étaient plus proche de la réussite que de la défaite.
Greenberg avait eu la face toute pâle à partir de la troisième heure. Erica avait écarquillé les yeux à 10h21 précise, avant de céder quelques minutes à la panique et de se reprendre. Isaac n'avait pas levé la tête de sa feuille depuis le début de l'épreuve et marquait à la vitesse de l'éclair chacune de ses réponses. Rien à signaler du côté de Scott et Lydia. Ces deux-là avaient parfaitement révisé et connaissaient leur cours sur le bout des doigts. Allison, par contre, avait une mine décomposée, passant toutes les cinq minutes sa main dans ses longs cheveux brun.
À la fin du temps imparti, la meute se précipita au réfectoire, échangeant sur leurs diverses difficultés. Stiles était mitigé et ne savait pas si sa note serait satisfaisante. Il avait fini trente minutes avant la fin et se demandait s'il n'avait pas manqué quelques choses ou pire, si ses réponses étaient finalement trop courtes, trop peu complètes.
Stiles tendit le bras pour récupérer le plat que lui adressait l'employée de cantine puis attrapa son plateau pour rejoindre la meute à leur table habituelle. Il ne savait pas si c'était l'effet des examens mais le réfectoire était dix fois plus bruyant que d'habitude et Stiles ne pensait pas cela possible. Quand il arriva à la table de la meute, il déposa son plateau entre celui d'Allison et Boyd avant de se figer. Son visage se décomposa littéralement à la vue de Derek assis près d'Erica. Il jeta un regard interrogatif à Scott qui se contenta d'hausser les épaules dans une grimace. Que faisait Hale ici ?
Ne voulant pas attirer l'attention, alors que son cœur battait à tout rompre, Stiles s'assit, attrapa sa fourchette et essaya de se convaincre qu'il rêvait. Cela faisait des semaines que Derek n'était pas venu manger avec la meute. Stilinski avait même cru que le garçon ne reviendrait plus jamais et cette idée l'avait, jusqu'ici, rassuré car elle lui avait évité de vivre des moments aussi gênant que celui-ci.
Personne ne réagit. En même temps, quelle réaction pouvait adopter les autres membres de cette table ? Derek était aussi leur ami. Ils ne pouvaient pas le rejeter sous prétexte qu'il était l'ex de Stilinski. De plus, Derek n'était pas le seul ex de Stiles à cette table.
Stiles finit par se redresser, refusant de s'écraser face à la présence du basketteur. D'accord, sa venue inattendue le perturbait, il aurait voulu lui poser un tas de questions, être capable de le regarder droit dans les yeux, de ne pas l'ignorer et d'agir comme s'ils étaient amis, mais qu'étaient-ils ? Avec Malia tout était claire. Il n'y avait plus de sentiment, plus de rancune, et Stiles pouvait lui parler comme il s'adressait à Lydia ou bien à Vernon, mais avec Derek c'était différent. Ils n'avaient jamais agi normalement l'un envers l'autre, et ça depuis qu'ils s'adressaient la parole. C'était d'ailleurs pour cette même raison qu'ils avaient fini en couple, malgré un Stiles casé avec la cousine d'un certain loup-garou.
Stiles décida de ne parler qu'à un seul côté de la table. Il tourna carrément le dos à Erica, Boyd, Scott et Jackson. Il s'efforça cependant de paraître naturel, de palabrer comme il en avait l'habitude, de rire aux plaisanteries que lui lançait Isaac, de faire fi de la voix de Hale qui résonnait trop près de ses tympans.
Ce fut le pire repas de toute sa vie et dès qu'ils sortirent de table Stiles attrapa Lydia pour l'isoler dans un coin, très loin de son ex petit-ami. Il avait besoin de réponses, de s'assurer que rien ne s'organisait derrière son dos et qu'il était bien le seul à trouver la présence de Derek suspecte. Il ne savait pas quoi en penser par conséquent tout se mélangeait dans sa tête entre espoir, frayeur, frustration, embarra et colère. Trop d'émotions pour qu'il puisse les digérer correctement.
- Qu'est-ce qu'il fait là ? s'énerva-t-il sur son amie.
- Oh, du calme, tapota-elle son torse. Je ne savais pas qu'Erica allait le ramener, se défendit Lydia.
- Comme ça ? Du jour au lendemain ? Il n'a pas passé du temps avec la meute depuis plus d'un mois et tu vas me dire qu'il débarque sans que personne ne soit au courant de pourquoi ? demanda-t-il furieux, ayant du mal à tenir en place.
Une moue déforma la bouche de Martin. Stiles n'avait pas tort. C'était trop soudain pour que le retour de Hale ne soit pas motivé par une quelconque raison. Son talon martela le sol alors qu'elle réfléchissait, des hypothèses fleurissant dans son esprit. Elle ne voulait pas que Stiles se fasse de faux espoirs mais elle était forcée de constater que l'hypothèse d'un Derek de retour pour se réconcilier avec Stilinski lui paraissait plausible. Seulement, Derek aurait pu tout aussi bien revenir juste pour passer du temps avec Erica, Boyd et Isaac. Lydia ne savait pas quoi choisir, quelle réponse privilégier.
- On a qu'à l'invité, samedi, chez moi, suggéra Lydia, un sourire écartant ses lèvres.
La jolie rousse avait prévu une petite réunion de meute et n'avait pas convié Derek de peur que Stiles ne se désiste. Cette idée lui permettait de ne pas exclure Hale et de garder Stiles à ses côtés.
- S'il accepte, on pourra considérer qu'il désire peut-être se rabibocher avec toi, haussa-t-elle les épaules, fière de son plan. Sinon, sa venue d'aujourd'hui dans le groupe n'aurait alors aucune signification.
Stiles étudia en silence la proposition de la banshee avant de hocher la tête. Rien de plus facile. Si Hale ne se pointait pas, Stilinski n'aurait plus aucun doute.
- Quand tu dis se rabibocher avec moi…
- Je veux dire vous redonner une chance, oui, Stiles, acquiesça la jeune fille tortillant l'une des mèches de cheveux. Derek ne serait jamais revenu aussi tôt autrement. Enfin moi, si j'avais été à sa place, je me serais tenue loin de toi jusqu'à la fin de l'année. Ce n'est pas comme s'il restait six mois avant la fin de l'année scolaire, roula-t-elle des yeux. En un claquement de doigts, on sera en vacances et on sera chacun libre d'oublier qui l'on voudra donc je ne vois pas l'intérêt de revenir maintenant. Fais-moi confiance.
oOoOo
Libre de s'oublier. Allongé dans son lit, Stiles ne réussissait pas à s'ôter les paroles de Lydia de la tête. Il ne voulait pas oublier Derek. Il ne voulait pas être oublié.
Les toussotements de son père dans le salon l'obligèrent à se relever, à s'assurer que tout allait bien pour l'officier. La grippe ou le rhume de son père semblait de retour. Assis dans le fauteuil du salon, le Shérif avait les jambes ensevelies de mouchoirs usagers. Sa toux reprit de plus belle alors que Stiles s'approchait dans l'optique de vérifier l'état de son père.
- Tu as pensé à aller voir le médecin ? l'interrogea Stiles, dévisageant le visage grisâtre de son père.
Le policier ressemblait à un plat de lentilles avariées. Les rougeurs qui égaillaient d'habitude son visage avaient disparues, son nez rouge coulait, ses lèvres étaient presque bleues et ses yeux, qui lorgnaient sans la moindre énergie vers son fils, étaient injectés de sang, témoignant de la fatigue qu'accumulait l'adulte. Ce n'était pas beau à voir.
Stiles grimaça en ramassant la tonne de mouchoirs pour les jeter dans la poubelle de la cuisine. Il ramena une tasse de thé à son père, espérant que la camomille puisse le soulager puis s'assit sur le canapé, ne parvenant pas à se défaire de son inquiétude.
- Tu devrais prendre des jours de congés, insista le jeune homme, la mine déconfite.
- Stiles, râla le Shérif accompagné d'un bref signe de main. Je vais bien, ce n'est pas une grippette qui va terrasser ton père.
- Tu as pris ta température ? l'ignora brillamment l'adolescent. Tu devrais prendre ta température. Si tu veux, j'appelle le commissariat, je suis sûr que personne ne te refusera quelques jours de repos !
Le Shérif lui sourit, sans doute pour l'amadouer, mais Stiles n'était pas dupe. Il ne se laisserait pas avoir.
- Je suis sérieux, insista l'adolescent.
- Moi aussi, rit le policier. Arrête de t'en faire, je ne suis pas celui qui saute dans une cage à serpent dès que j'ai les yeux fermés.
Stiles se renfrogna au souvenir de cet épisode. Son père marquait un point.
- Et puis, continua le Shérif, comment crois-tu que je me débrouillais quand tu n'existais pas ?
- Maman s'occupait de toi, rit le plus jeune.
- Une vraie parano tout comme mon fils, gloussa le Shérif d'un ton léger.
Contre toute attente, Stiles abdiqua. Il se dit que si son père était encore capable de plaisanter c'était qu'il allait beaucoup mieux que ce qu'il avait l'air. L'adolescent remonta dans sa chambre, ouvrit ses cahiers et se plonge dans ses révisions, repensant à Derek avant de s'endormir, le mot culpabilité dans la tête.
oOoOo
Les jour suivants, Derek ne revint pas manger avec la meute. Stiles n'avait cessé de se poser des questions. Il avait même parlé à Erica pour lui soutirer des informations, mais la jolie blonde n'avait rien craché. Fidèle à son meilleur ami, elle était restée brève et distante.
- Je n'en sais rien, avait-elle éludé avant de disparaître dans sa salle de classe, laissant son ami pantois.
Résultat, Stiles était frustré. Il avait besoin de réponses. Est-ce que cette situation se reproduirait ? Derek reprendrait-il l'habitude de déjeuner avec la meute ? Était-ce occasionnel ? Et si le loup-garou réintégrait le groupe qu'attendrait-il de l'humain ?
Impossible de se concentrer. Stiles gribouillait des points d'interrogation sur son cahier de chimie. Sa page en était remplie. Pourquoi ne pouvait-il pas juste éprouver de l'indifférence ? Cela faisait déjà un mois que leur séparation avait eu lieu et pourtant, Stiles nourrissait encore l'espoir de pouvoir récupérer son copain. Après tout, aucune rumeur ne stipulait que Hale était sur le point de se recaser et Stiles avait, jusqu'ici, fait de grands efforts pour devenir une meilleure personne.
- Stiles, l'interpella Lydia assise à ses côtés alors que le cours prenait fin.
Un sourire franc gonflait ses joues couvertes de far. Lydia délaissa son smartphone pour ancrer ses magnifiques yeux verts dans ceux de Stiles. Celui-ci fronça les sourcils devant l'enthousiasme soudain de sa camarade classe. Que se passait-il ? Un cours était annulé ? Ils pourraient rentrer plus tôt ?
- Je crois qu'on a vu juste ! s'exclama-t-elle en posant sa main sur le bras de Stiles qui ne comprenait toujours pas. Derek va venir ! Il vient de me répondre, il sera là samedi.
Stiles jeta un coup d'œil à l'écran du téléphone de Lydia. C'était marqué noir sur blanc. Derek acceptait. Stiles arqua les sourcils ayant du mal à redescendre sur terre.
- Non, fit-il soudainement en se détournant de Martin.
- Non quoi ? grimaça cette dernière.
- Lydia, soupira Stiles, et si on se trompait ? Je n'ai pas envie de descendre d'une vingtaine d'étages une fois qu'il m'aura expliqué clairement qu'il n'a pas l'intention de se remettre avec moi. Il cherche peut-être juste à passer un peu plus de temps avec Reyes et les autres, s'humecta-t-il les lèvres, les bras croisés sur sa table.
Stiles leva les yeux, observant d'autres camarades se déplacer dans la classe. Scott s'était visiblement éclipsé avec Allison pour se bécoter dans un coin du couloir. Manque de peau, Stiles avait besoin de l'avis objectif de son ami. Lydia était beaucoup trop optimiste pour Stilinski. Stiles ne voulait pas se laisser entraîner par l'enthousiasme de la jolie rousse.
- Le seul moyen de savoir c'est de discuter avec lui, suggéra Lydia. Tu comptes faire quoi ? Attendre indéfiniment que la situation devienne plus claire ? Autant prendre le taureau par les cornes !
- Je ne sais pas Lydia, hésita le fils du Shérif exaspérant Martin.
Celle-ci leva les yeux au ciel dans une grimace. Elle était persuadée d'avoir la solution.
- Et si…, poursuivit difficilement le garçon. Et si je n'étais pas prêt ? Je veux dire… On s'est quittés parce que ça ne marchait plus, peut-être que ce serait juste stupide de recommencer maintenant. Rien n'a changé, haussa-t-il les épaules. J'arrive toujours pas à-
- Tu plaisantes ? le coupa Lydia. Ok, tu n'arrives toujours pas à aborder le sujet qui fâche, mais tu es beaucoup plus stable qu'il y a un mois, plaida-t-elle. Tes séances avec Morell ont l'air beaucoup plus utiles que ce que tu crois. Derek n'attend peut-être pas que tu sois parfait mais juste de retrouver un certain équilibre entre vous, haussa-t-elle les épaules.
Stiles paraissait peu convaincu.
- Écoute, repris alors Martin d'un ton beaucoup plus pontifiant, au pire qu'est-ce qui risque de se passer ? Tu discutes deux, trois minutes à la soirée avec lui, histoire de savoir sur quel pied danser, et si Derek montre le moindre signe qui pourrait envisager une réconciliation amoureuse c'est super. Sinon, se sera l'occasion de tirer définitivement un très sur votre relation. Promets-le-moi, reprit-elle après une courte de pause.
Stiles prit quelques secondes à répondre, regardant de nouveaux élèves rentrer dans la classe. Allison et son petit ami refaisaient surface, suivi de Jackson et de Boyd. Lydia avait raison. Stiles ne pouvait pas rester dans l'incertitude. Derek lui manquait et ce fut certainement ce qui pesa le plus dans la balance lorsqu'il accepta la proposition de Martin.
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Samedi soir était arrivé en un éclair. Comme à son habitude, Stiles stressait. Il avait au moins envoyé une dizaine de messages à Lydia doutant que sa présence soit finalement une bonne idée. C'était sans compter sur la détermination légendaire de la reine du lycée. Martin lui avait remonté les bretelles, ne lui laissant pas le choix. Stiles devait venir et cela même s'il lui avait clairement spécifié qu'il était au bord de la crise d'angoisse.
Lisant le dernier message de Martin, Stiles se motiva une bonne fois pour toute. Imaginer le pire lui permettrait de ne pas être déçu quel que soit la finalité de cette soirée. Il se regarda une dernière fois dans la glace, réajustant son sweat rouge, avant d'enfin descendre les escaliers. Il alla dans la cuisine, attrapa un post-it et un stylo pour laisser un message à son père, lui indiquant qu'il lui avait laissé du riz et du poisson dans le frigidaire puis l'adolescent se dirigea vers le hall d'entrée le cœur tambourinant.
« Allez, c'est juste une foutu soirée avec la meute, pas une réunion parent/professeur, » se fustigea Stilinski.
Il mit un temps fou avant de sortir et de monter dans sa jeep. La vieille auto n'avait pas roulé depuis une éternité, et maintenant que Stiles était enfin autorisé à l'utiliser, l'adolescent rêvait que Roscoe le lâche au beau milieu de nulle part. Ce serait une excuse parfaite pour ne pas se rendre chez Lydia. Il suffisait que sa jeep reste bloquée devant sa maison. Bien évidemment, Roscoe parut en pleine forme. Dès que Stiles enclencha le contacte, la jeep sursauta et le moteur se mit à tourner à plein régime. Elle était prête pour une balade. S'accrochant au volant, Stiles tenta de se rassurer pendant l'intégralité du trajet.
oOoOo
Quand Stiles passa la porte de la maison de Lydia, il se fit violence pour ne pas faire marche arrière. Le plan de la rouquine ne fonctionnerait pas et il en était certain. Néanmoins, les mains moites, prenant sur lui, contenant la panique grandissante qui dérèglait son cerveau, Stiles se décida à suivre Martin jusqu'au salon.
Ils étaient tous là, assis sur d'énormes coussins étalés sur le sol, autour d'une table basse couverte d'un nombre incalculable d'apéritifs. Salés, sucrés, au choix. Mais ce ne fut pas ce que remarqua en premier lieu Stilinski. Bien sûr que non. Dès qu'il était entré dans la pièce, son attention s'était focalisée sur Derek. Hale était présent. En chair et en os. Comme prévu.
Stiles avait été prévenu et pourtant il n'en croyait pas ses yeux. Derek et lui, dans la même pièce, juste à peine quelques mètres l'un de l'autre. Était-ce réellement possible ? C'était une hallucination. Oui. Ça ne pouvait être que ça, une hallucination.
Comme un idiot, paralysé, Stiles resta planté à l'entrée du salon, muet, observant ses amis s'agiter et brailler des milliers de paroles qu'il n'écoutait pas. Stiles devait être honnête, au moins avec lui-même. Ce n'étaient pas ses amis qu'il regardait. Il n'avait yeux que pour une seule personne. Combien de temps cela faisait-il ? Depuis combien de temps n'avait-il pas vu Derek sourire ? N'avait-il pas entendu le son de sa voix, sentit son parfum ?
Un mirage. Voilà ce dont Stiles croyait être témoin. Un putain de mirage qui bouleversait tout en lui. Dieu seul savait à quel point cette illusion lui faisait du bien.
Débarquant de nulle part, Malia lui attrapa le bras, l'extirpant de ses songes. Elle tira son ami jusqu'au groupe, le fit s'installer à côté de son cousin puis adressa ensuite un clin d'œil à Lydia, assise juste en face.
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Une heure. Une heure à accumuler les rires, à savourer le moment présent. Aucun accroc ne s'était encore invité à la soirée, mais un problème titillait la banshee. Elle avait réussi à réunir Stilinski et Hale dans la même pièce, à les faire s'asseoir près l'un de l'autre, mais aucun résultat ne pointait le bout de son nez. Rien, nada. Stiles ne prenait aucune initiative. C'était la première fois qu'elle le voyait aussi intimidé. Le fils du Shérif n'avait pas pipé mot à Hale depuis son arrivée, s'adressant uniquement au reste de la meute.
Stiles ne savait pas comment s'y prendre et honnêtement, cette situation l'embarrassait plus qu'autre chose. Il était certain que tous les loups de cette pièce pouvaient entendre les battements de son cœur dérailler sous son torse. Sans compter que la banshee ne cessait le lui envoyer des regards insistants. Elle lui servait sur un plateau d'argent une occasion pour briser la glace et Stiles se contentait de gâcher inutilement sa chance.
Stiles se renfrogna. Il avait conscience des efforts de sa meilleure amie, mais il ne voulait – pour rien au monde – prendre le risque d'effacer ce sourire qui ornait en ce moment même le visage de son loup favori. Une seule tentative de sa part et Stiles s'exposait au danger de faire tomber cette soirée, jusqu'ici agréable, à l'eau. Stiles avait l'impression de pouvoir se contenter de cette situation, de ce minuscule instant où il n'avait pas l'impression d'être en guerre avec Hale. Il n'avait pas besoin de lui parler, du moins il s'en était persuadé, sa présence suffisait.
- Bon, s'exclama subitement Lydia en se levant, je vais chercher les plats. Stiles, tu viens m'aider.
- On va t'accompagner aussi, proposa Allison.
- Non, juste Stiles, l'arrêta Martin presque trop durement pour que qui que ce soit d'autre s'y oppose.
Obligé de satisfaire le désir de Lydia, Stiles se leva et la suivit dans la cuisine, essayant de faire abstraction aux fourmis qui dévoraient ses jambes. Une fois à l'écart du groupe, Lydia referma soigneusement la porte de la cuisine et au lieu de se diriger vers les casseroles, elle s'assit à la table et croisa les bras, offrant un regard courroucé à son ami.
- Tu m'expliques ? gronda-telle. Je me suis démenée pour ramener Derek et toi, tu ne sautes même pas sur l'occasion !? Réveille-toi !
- Tu veux que je lui dise quoi devant tout le monde ? se défendit Stiles, sachant pertinemment que ce n'était pas le problème.
- Si c'est la meute qui te dérange, tu n'as qu'à prendre Derek à part. Ce n'est pas si compliqué ! bougonna la rouquine.
Mal à l'aise, Stiles se frotta l'avant-bras. Il ne voulait pas paraître ingrat, et encore moins que Lydia s'énerve sur lui.
- Je préfère prendre mon temps, exposa-t-il. Je ne veux pas brusquer les choses. Et puis… J'aimerais bien t'y voir, toi ! Ca fait des semaines qu'on s'est pas adressés la parole et la dernière discussion qu'on a eue, il m'a largué. Je ne sais vraiment pas comment introduire la conversation avec lui. C'est difficile, avoua-t-il.
- Ok, abdiqua Martin dans un soupire, sous la surprise de Stiles.
Il ne s'attendait pas à ce qu'elle capitule aussi facilement. Lydia se leva et se dirigea enfin vers les casseroles, s'emparant d'une assiette pour la remplir. Même au fourneau, la demoiselle conservait son élégance naturelle.
- C'est vrai, poursuivit-elle. Je veux peut-être que les choses aillent plus vite, trop vite. Tu as raison, prends ton temps. Prenez votre temps tous les deux si c'est nécessaire pour éradiquer tous vos malentendus et problèmes. Moi, tous ce qui m'importe Stiles, c'est que tu ailles bien.
- Je vais bien Lydia, s'agaça Stilinski.
- Alors viens m'aider, je ne vais pas m'occuper de dix assiettes toute seule ! sourit la demoiselle.
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La fin de soirée était toujours égale à rangement. Tout le monde avait mis la main à la pâte pour rendre au salon de Lydia son éclat. Isaac s'était plaint à chaque mouvement, mais pour une fois, il avait participé autant que le reste du groupe. C'était ainsi que Stiles s'était retrouvé dans la cuisine à faire la vaisselle pendant qu'Allison passait un coup de balais dans la salle. Une partie de la meute avait déjà pris la poudre d'escampette. La soirée s'était bien passée, aucun esclandre, aucun faux pas. Ils en avaient presque tous oublié les examens et concours – pour certains – qui approchaient.
Stiles frottait l'une des fourchettes en acier machinalement, perdu dans ses pensées. La musique du salon était éteinte et la cuisine baignait dans un silence agréable. Beaucoup trop hagard, Stiles ne s'aperçut même pas de la mousse qui s'échappait de l'évier. L'eau qui coulait lui brûlait les doigts.
La porte de la cuisine s'ouvrit derrière lui, mais concentré, Stiles refusa de lever la tête. Il imaginait Lydia lui ramener encore une tonne d'assiettes. À la vue de toute la vaisselle qui lui restait encore à faire, le jeune homme soupira, mais garda le même rythme. Il perdit le fil de ses pensées quand il s'aperçut que l'intrus ne faisait plus de bruit. Sa cuillère lui glissa des mains, éclaboussant son sweat au passage. Une ombre vint recouvrir l'évier et ce ne fut qu'à cette instant que Stiles reconnu la silhouette qui se trouvait près de lui. L'effluve du loup-garou lui monta à la tête. Stiles se crispa, son cœur devenant liquide. Derek s'empara d'un chiffon dans l'un des placards et se mit à essuyer les couverts reposant sur l'égouttoir. Stiles ne douta pas une seule seconde que le lycanthrope n'était pas venu de son plein gré.
- C'est Lydia qui t'envoie ? demanda-t-il, s'appliquant à garder un air détaché.
- Ouais, souffla le loup en réponse, frottant nonchalamment l'une des assiettes pour la poser ensuite un peu plus loin sur le plan de travail.
Le silence revint rapidement. Stiles se remémora le plan de Lydia, se demandant s'il était réellement utile. Derek n'avait pas l'air de vouloir lui adresser la parole et juste en posant ses yeux sur le jeune homme, Stiles pouvait deviner que cette situation l'embarrassait plus qu'autre chose. Il se concentra alors sur la vaisselle, ne tenant pas à rendre cet instant plus pénible qu'il ne l'était déjà. Martin n'abandonnait jamais.
Seulement, Stiles n'avait jamais été très doué pour garder sa bouche fermée. Surtout quand il se sentait particulièrement stressé. Il se disait que peut-être, Derek et lui arriveraient au moins à échanger des banalités pour atténuer ce malaise entre eux. Il s'éclaircit la gorge et trouva le courage de s'adresser au loup sans bégayer.
- Tu as eu des nouvelles de tes candidatures ? s'enquit-il en insistant à l'aide de son éponge sur une tache.
Un soupir agacé s'échappa du loup-garou.
- J'ai eu des refus, répondit-il. Quelques admissions.
- Quelques admissions ? répéta le fils du Shérif avant de froncer les sourcils. Tu ne veux pas y aller, c'est ça ?
- Pas vraiment.
- Ohio ? sourit Stiles en lui adressant un regard.
Derek rit. C'était comme réentendre une chanson que Stiles aurait eu l'habitude d'écouter en boucle pendant des heures, des mois auparavant. Comme rentrer à la maison après une journée harassante. Stiles aurait voulu qu'il ne s'arrête pas.
- Je t'avais dit que je ne voulais pas aller là-bas.
- Je sais, attesta Stiles. Mais c'est une superbe ville ! J'ai une cousine qui vit là-bas et-
- Et elle dit que les plages sont magnifiques. Je sais, leva les yeux aux ciels Hale, cachant son amusement face au visage ahuri de Stiles.
- Je t'assure que ça peut valoir le coup, et puis ils ont une superbe équipe de basketball, plaida de plus belle l'humain en lui tendant un verre. Je ne vois vraiment pas pourquoi tu détestes cet état !
Leurs doigts se frôlèrent et Stiles perdit presque instantanément son sourire, troublé. Leurs regards s'accrochèrent avant que Stiles ne se détourne à nouveau vers son évier. Il ne restait qu'une dizaine de couverts au fond du bac. Sa gorge se noua et un flux de pensées incohérentes l'envahit. Il inspira pour se vider la tête, mais le parfum suave du loup-garou réveilla beaucoup plus de sensation en lui qu'il ne l'aurait espéré. Stiles attrapa maladroitement un couteau, cherchant à se focaliser sur autre chose que son cœur qui, une fois de plus, ne tenait plus en place.
Des souvenirs remontèrent à la surface. Derek l'avait serré dans ses bras un millier de fois dans cette cuisine et l'idée que ce ne soit plus possible lui fit mal. Stiles aurait voulu l'embrasser, le sentir se coller tout contre lui, respirer son odeur sans que cela ne paraisse inapproprié.
- Je ne la déteste pas, reprit après quelques minutes le loup-garou en essuyant le dernier couvert. Elle est juste un peu trop loin. Je ne suis pas sûr de vouloir m'éloigner autant de… de Beacon Hills.
Derek posa son torchon et planta ses yeux verts dans ceux de Stiles quelques secondes avant que la porte de la cuisine ne s'ouvre sur Erica. La petite blonde, se mordant la lèvre, paraissait agacée, alors que les deux garçons s'étaient retournés dans sa direction.
- Derek, ça fait dix minutes que je t'attends ! bougonna-t-elle en s'approchant du loup pour lui attraper le bras et le tirer jusqu'à la sortie. Faut que tu me ramènes, ma mère va me tuer !
Stiles entendit Derek râler dans le couloir, et quand le silence revint, il eut l'impression qu'un vide s'était à nouveau creuser sous son thorax.
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Stiles resta quelques minutes assis derrière le volant de sa jeep garée devant sa maison, le moteur coupé, son téléphone entre ses mains, fixant sa boîte de réception de sms. Envoyer un message ? Ne pas le faire ? Stiles releva la tête, la posant sur l'appui-tête, dans un soupir. Il avait tellement envie de renouer avec Derek qu'il ne savait plus où donner de la tête. Il entendait encore son rire dans son crâne, revoyait ses pupilles vert d'eau. Le surnom Sourwolf stagnait sur son écran, Stiles laissa ses yeux se balader dans les environs, observant la lumière qu'émanait les lampes de sa maison. Son père était rentré et était encore réveillé.
Au bout d'une dizaine de minutes supplémentaires, Stiles détacha sa ceinture et sortit enfin de l'habitacle, sortant ses clés de sa poche. Lorsqu'il passa le seuil de la porte, l'adolescent fut surpris de voir autant d'ampoules allumées : Celles du hall, de la cuisine et du salon. Il se débarrassa de son manteau, grimaça à l'entente de la télévision. Son père devenait définitivement sourd et aujourd'hui, il avait coché la case de l'amnésie. S'il continuait sur cette pente, les factures d'énergies exploseraient à la fin du mois.
Stiles traîna des pieds jusqu'à la cuisine pour éteindre la lumière quand une masse sur le sol attira son attention. Son cœur cessa de battre quand il se rendit compte qu'il s'agissait de son père. Stiles se précipita vers l'agent, l'interpelant à plein poumon, essayant de le réanimer en le secouant, posant son oreille sur son torse pour s'assurer qu'il respirait encore, affolé. La panique le submergea. Tout se mit à tanguer autour de lui. Les mains tremblantes, Stiles lui tapa désespérément les joues sans obtenir de réaction.
Stiles ne se souvint pas s'être levé pour récupérer son téléphone dans la poche de sa veste à l'entrée. La respiration haletante, il essayait de composer le numéro des urgences, ses doigts refusant de coopérer. Quand la tonalité résonna enfin, Stiles passa une main sur son visage, se frottant nerveusement le nez, accroupi auprès du Shérif qui ne donnait toujours aucun signe de vie.
- 911, quel est votre urgence ?
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L'agitation dans l'hôpital était palpable. Certains patients en attente de soin, dans le hall d'entrée, s'impatientaient. L'un d'entre eux, visiblement alcoolisé, la jambe ouverte, venait de s'en prendre violemment à une infirmière et avait créé un attroupement, avant que des agents de sécurité ne permettent au corps hospitalier de reprendre le contrôle de la situation.
Stiles n'avait eu aucune nouvelle de son père depuis qu'il avait été pris en charge par des médecins. La tête dans les mains, il tentait de se rassurer, sa jambe martelant névrotiquement le sol. Il n'arrivait pas à se calmer. Les néons de l'hôpital lui brûlaient les yeux. Le brouhaha constant du hall le rendait malade. L'air chaud, Stiles avait l'impression d'étouffer. Les yeux humides, il se redressa, les lèvres pincées, son angoisse hors de contrôle. Il aurait dû insister, forcer son père à aller consulter un médecin. Il se fustigeait de ne pas être resté à la maison, d'être sorti sans même penser une seule seconde au Shérif. La simple idée qu'il soit arrivé trop tard l'épouvantait.
Le cœur en vrac, dans un sanglot, Stiles ferma les paupières, s'efforçant de faire le vide dans sa tête. Il avait besoin d'entendre Sa voix. C'était la seule personne qu'il voulait à ses côtés. Stiles ne réfléchit pas. Il ne pouvait plus réfléchir. Il prit son portable et composa son numéro. Sa voix sortie du téléphone presque instantanément. Stiles sentit son cœur tomber dans son estomac et il s'effondra.
- Stiles ? Stiles, qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta le loup. Dis-moi où tu es ? Je… Je j'arrive tout de suite, ok ? Juste, dis-moi où tu es !
Ce chapitre s'arrête ici. Alors ? Triste n'est-ce pas ? Est-ce définitivement la fin du couple ?
