Chapitre 8

Les mains dans les poches, l'air le plus décontracté possible, mais le regard dur et perçant, Harry Potter pénétrait dans la cour où une centaine de prisonniers étaient éparpillés. Après quelques minutes d'observation intense, à l'abri des regards, le nouveau détenu ne put s'empêcher de penser : « Tu parles d'une cour… ». En effet, il n'en était rien. Tout était « magique », si on pouvait utiliser ce mot. Le ciel bleu, parsemé de quelques nuages, était faux, une simple illusion qui lui rappela le merveilleux plafond de la Grande Salle à Poudlard. Il savait que dehors, il faisait nuit noire. Le soleil éclatant ne réchauffait personne et certainement pas la fausse pelouse qui avait l'air si brillante et douce sous les pieds des prisonniers. Ses longues années de errance et de méditation – et de combats bien sûr, mais ça c'est une autre histoire - lui avait permis de voir « à travers la magie » et ses illusions. Aussi, put-il découvrir qu'ils étaient bel et bien enfermés entre quatre murs, sans fenêtres, sans contact avec l'exétrieur.

Harry sortit de l'ombre et s'avança, s'exposant, aussi dangereux soit-il, aux regards des autres. Ricanements, grognements, injures, pitié, il y en avait pour tous les goûts. Mais tout cela ne l'atteignait pas puisqu'il gardait en tête son unique but.

- Harry ?!

Le jeune homme se retourna sur sa droite, au son de cette voix féminine, cristalline et qu'on pourrait presque qualifiée de pure.

- Luna ?! Mais que…qu'est-ce qui… ?

Les questions se succédaient sans fin dans sa tête, à la vue de Luna Lovegood, ancienne élève de Poudlard, un peu fofolle et membre active de l'A.D, en des temps sombres où la victoire sur Voldemort était envisageable. Elle était assise par terre, dans la même tenue jaune, et levait son regard azur sur Harry.

- J'avais entendu des rumeurs sur ton incarcération mais je n'y coryais pas. Comment ont-ils fait pour mettre la main sur Harry Potter ? demanda-t-elle.

Vu qu'elle ne bougeait pas, il s'assit à côté d'elle et put voir la fatigue accumulée sur son visage pâle. Par contre, sa tignasse blonde était toujours aussi emmêlée, mais plus aucun bouchon de liège ne venait orner ses oreilles ou décorait son cou. Il avait prévu beaucoup de choses mais vraiment pas cela.

- Et bien, disons qu'on leur a donné un coup de main. Je t'expliquerai sûrement plus tard. Mais, racontes-moi plutôt…toi ! Le jeune homme était abasourdi.

- Oh, c'est tout simple, on était sur une piste pour coincer un Mangemort qu'on filait depuis des semaines. Or, on est tombé dans un guet-apens. Heureusement – ou malheureusement, ça dépend de la vision qu'on a des choses – j'ai réussi à tuer cette immondice de la nature. Bien sûr, il n'a pas fallu longtemps pour que les détraqueurs nous tombent dessus…à croire qu'ils étaient déjà prévenus avant le crime…

- Oui, c'est assez étrange en effet. Mais, avant de te féliciter pour ce Mangemort en moins, qui est ce « on » ?

- Neville et moi, bien sûr !

- Neville ? Neville Londubat ! Il est ici, lui aussi ? Harry n'en croyait pas ses oreilles. Il était parti depuis tellement longtemps, il n'arrêtait pas de se demander : et si, et si...j'étais resté, tout aurait été différent...

Harry commença à le chercher du regard, lorsqu'il remarqua deux larmes perler au coin des yeux de la jeune femme.

- Ne le cherches pas, il n'est pas ici.

Harry comprit alors qu'il s'était passé quelque chose. Quelque chose de grave. Il réfléchissait aux mots à employer pour qu'elle lui raconte son histoire, quand une main extrêmement poilue s'abattit que son épaule et le fit rouler deux mètres plus loin. Remis de sa surprise, Harry posa le regard sur une bête de la nature. Greyback. Il s'en souvenait, et n'aurait pas pu l'oublier, tout comme les membres de la famille Weasley. Que faisait-il là ? N'était-il pas un allié de Voldemort ?

- Alors Potter ? Tu croyais pouvoir éviter de dire bonjour à tes bons « amis » ?

Des crocs anormalement pointus, vu qu'il était mi-humain, se dévoilèrent lorsqu'il sourit. Harry ne le quittait pas des yeux, mais ne répondit pas. Son coeur battait très vite.

- T'as besoin d'aide pour répondre ?!

Le monstre allait abattre son énorme main sur Harry quand il tomba à genoux. Harry vit alors un autre visage familier derrière la brute : Fred Weasley, qui venait de frapper Greyback et qui tendait la main à Harry pour l'aider à se relever. Ce dernier esquiva un sourire et posa la main sur l'épaule du rouquin.

- Merci, Fred.

- Et ben les filles, envie d'intimité ? grogna Greyback, qui s'était aussi relever. Weasley, tu va me le p….

- La ferme, sale monstre ! cria Fred d'une voix grave qui étonna Harry. Tu ne voudrais pas que je glisse par inadvertance un peu de nitrate d'argent dans ton lait du matin, si ?

- GGrrr…cet endroit est petit, on se recroisera bien, Potter. Tu ne perds rien pour attendre Weasley, j'aimerai bien rajouter à mon blazon toute ta famille.

Fred attendit qu'il se soit assez éloigné pour dire à Harry :

- Il sait que j'en suis capable.

Contrairement à Luna, Harry savait que Fred était à Azkaban. « Ils » l'avaient eu, lui aussi. Engagé à l'armée, il avait décelé un trafic d'objets de magie noire qui circulait entre Mangemorts soupçonneux. Il avait voulu y mettre fin et avait réclamé de l'aide à son chef. Hélas, soit ce dernier n'était pas contre ce trafic, soit il avait le couteau sous la gorge, si bien que le lendemain, Fred était arrêté et jeté à Azkaban pour faute professionnelle grave. Cela faisait un an qu'il était là, à purger sa peine, à survivre en tant que Weasley dans cette souricière.Pour lui, c'était invivable de vivre entre les mêmes murs que Greyback. Il creuvait d'envie de se venger, mais il savait aussi qu'en faisant cela il rallongerait sa peine et s'exposerait sans doute au baiser du détraqueur. Sa famille ne s'en remettrait pas, avec la condamnation de Ron en route... Malgré leur dispute, on soupçonnait Georges d'avoir tenté de rétablir la vérité, du haut de son poste au Ministère de la Magie. Mais Georges risquait d'être accusé d'espionnage et il savait qu'il était surveillé, il ne pouvait donc rien faire de concret. Fred le savait, mais les jumeaux ne s'étaient pas reparlés.

- Il faut le voir pour le croire, dis-moi ! dit Fred à Harry, alors qu'ils marchaient dans la « cour ». Que fais-tu là, Harry ? Ils n'ont pas pu t'attraper aussi facilement, n'est-ce pas ? Les phrases de Fred étaient décousues, il semblait déçu et nerveux. Harry était son dernier espoir, et pas une fois il était venu les secourir.

- Tu as l'œil, Fred, en effet…mais avant de t'expliquer, je voudrais savoir…

Harry regarda de loin Luna qui était assise à la même place, le regard dans le vague. Des prisonnières lui jetaient des cailloux sur les jambes.

- Elle a l'air anéantie. Qu'est-il arrivé à Neville ?

- Ah ! C'est sûr qu'« ils » ont éviter que cette histoire fasse la une. Luna et Neville se sont fait choper ensemble, il y a à peu près six mois de ça. Ils étaient ensemble, ils s'aimaient quoi, et Neville a dit que c'était lui qui avait tué le Mangemort, pour éviter la peine de mort à Luna.

- Qu…quoi ? Tu veux dire que Neville est…mort ?!

- Non…écoutes. Apparemment, ils ont appris que Neville savait « quelque chose » qui pourrait leur nuire, tu comprends. Une sorte de planque où se rejoignent tous les mangemorts influents. Alors, avant de le tuer, ils ont décidé de le cuisiner. Et je sors de l'armée, alors je peux te dire que ça n'a pas dû être beau à voir. Malheureusement pour eux, Neville n'a pas craché le morceau. Et malheureusement pour lui, ils ont abusé des sorts de torture et lui ont grillé une partie du cerveau. Du coup, il échappe à la peine de mort, mais il est enfermé à Sainte Mangouste où des Doc's tentent de lui faire retrouver certaines fonctions, comme celle de parler, tu penses bien…Un truc horrible, encore.

- Neville…, murmura Harry. Je comprends mieux la douleur de Luna. Il est si courageux, ça n'a pas changé. Quand on sera sorti d'ici, il faudra aller le délivrer avant que ces pourritures ne l'achèvent. Harry semblait certain de ses propos.

- Ben tu peux attendre ! Tu viens d'arriver, j'te signale.

- Fred,... Harry le regarda droit dans les yeux malgré les mèches de ses cheveux...dans un mois, on est dehors. Toi, Luna, moi et...Ron.