Salut!
Merci beaucoup Guest et Annabelle!
A bientôt!
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Chapitre 13
Where is my mind ?
(Pixies)
Edward
Dimanche 1h56
Je suis sur la banquette d'un bar obscur. Mon bras repose sur le dossier, derrière une brune pulpeuse qui n'arrête pas de jacasser. Son haleine sent la téquila, sa jupe trop moulante et trop courte remonte largement sur ses cuisses, son décolleté est à la portée de mes yeux et ses mains se posent quelques fois contre mon torse pour attirer mon attention.
L'image des gens autour de moi commence à devenir double, voire triple. J'emmêle mes cheveux et j'ai un haut-le-cœur. J'ai clairement trop bu.
Angela rit gaiement avec un beau gosse qu'elle vient de rencontrer, un collègue d'Emmett, Ben je crois. Seth a disparu depuis un moment, je crois qu'il était malade. Rose et Emmett se disputent au sujet du prestige de telle ou telle marque de voitures depuis une bonne demi-heure. Ma sœur et Jasper sont rentrés main dans la main il y a longtemps.
Je ne vois même pas cette fille qui me parle encore et encore. Je hoche parfois la tête pour lui fournir une réponse mais je ne comprends rien à ce qu'elle raconte.
Je m'ennuie sérieusement.
Bella…
Je n'arrive à penser ou à ne m'intéresser à personne d'autre Pourtant j'essaie. Peut-être pas suffisamment fort.
Emmett m'a confié qu'il lui avait proposé de passer mais qu'elle avait refusé. Je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression d'être la cause de sa décision… surement parce qu'elle m'évite la plupart du temps.
Cette femme va me tuer. J'aime le sexe avec Bella sans aucun doute. Sa façon de diriger m'a excité c'est vrai, mais je ne suis pas un pantin, ni un sextoy. J'ai un sentiment un peu amer, un manque d'intimité et de partage. Notre union était forte et d'une intensité peu commune en ce qui me concerne mais elle maîtrise trop, elle ne se laisse pas aller et c'est… frustrant.
Sa détermination à me fuir ou à contrôler ne fait qu'augmenter mon entêtement à la revoir. Et si je vais au fond des choses, quelque chose de mystérieux en elle m'attire indubitablement.
Je ne sais pas de quelle façon je vais y arriver, mais je vais tout tenter pour qu'elle s'ouvre à moi. Je suis peut-être trop têtu, teigneux ou pugnace mais je ne la lâcherai pas. Ce n'est pas du tout une question d'égo ou de fierté, c'est surtout qu'elle m'intrigue. Après ce qui s'est passé hier, notre relation ne peut pas en rester là. Je veux plus avec elle. Je ne sais pas exactement quoi, mais plus.
La nana à côté de moi me susurre grossièrement qu'elle veut baiser et je repense à Bella. Ses mains fines, ses foutus cheveux doux comme la soie, son regard lascif sur moi, sa façon de prononcer des mots crus avec une putain de douceur irrésistible.
Je me lève soudainement, laissant là la brune vulgaire et mes amis sans un mot.
Je sors, je prends une grande bouffée d'air puis j'allume une cigarette.
Bien sûr, je me demande comment je pourrais revoir Bella. Il me semble qu'un SMS serait inefficace. Un SMS... cette fille n'a même pas instagram ou même facebook. Je n'en suis pas vraiment étonné, elle est tellement secrète.
Je ne prends pas ma voiture, je marche jusque chez moi. J'ai trop bu, je la récupérerai demain. S'il y a bien une règle à laquelle je ne déroge jamais, c'est celle-ci, ne jamais conduire en étant éméché.
Pendant plus d'une heure, j'avance en réfléchissant. Je ne vois qu'elle et je ne me défais pas de la centaine de questions la concernant qui s'impose. Je crois que je vais devenir fou mais l'ivresse m'aide à ne pas sombrer. J'ai l'impression d'être dans un rêve et de pouvoir faire ou dire n'importe quoi sans conséquence.
J'aime cet état, l'alcool me procure un sentiment de liberté et la plupart du temps, j'oublie tout ce qui me pèse, je me laisse aller.
Ce n'est pas vraiment le cas ce soir. Elle m'obsède.
Sa peau est la plus veloutée que ce que je n'ai jamais connu et ses tatouages lui donnent cet air rebelle qui lui sied si bien. J'aime particulièrement les notes de musique dessinées derrière son oreille, c'est si sexy que j'en tremble encore de désir. J'ai aussi découvert la citation inscrite au creux de ses reins, «Ce qui ne me détruit pas me rend plus forte». Pourquoi je ne suis pas surpris qu'elle se soit fait graver une phrase de Nietzsche? Des mots qui sans aucun doute sont le reflet parfait de sa personnalité.
Arrivé chez moi je m'affale sur le canapé. Je passe la main sur l'endroit où je me trouvais hier soir, Bella sur moi. Je deviens dur dans la seconde. Cette femme sait m'allumer, elle a trouvé l'interrupteur. Tous ses gestes, toutes ses attitudes m'ont mis dans un état proche de la transe. Il y avait une telle connexion entre nous qu'il m'est difficile de penser qu'elle ne l'a pas ressenti elle aussi.
Je dois cesser de me mettre ce genre de choses en tête. Elle n'est pas une fille qui s'entiche, elle est une fille qui baise et qui disparait. Je ne m'arrête pas à ça, j'essaierai de la convaincre mais franchement, je ne suis pas sûr d'y arriver.
Je rejoins la cuisine rapidement et la vaisselle amassée dans l'évier me donne envie de gerber, peut-être aussi un peu l'alcool. J'entreprends de ranger mais c'est clairement le bordel et je commence clairement à être crevé.
Comment ai-je pu inviter Bella et la recevoir dans ce foutoir ?
Quand je vois l'état de sa cabine au salon, j'ai la sensation qu'elle n'a pas dû apprécier. Elle aime l'ordre et la netteté sans aucun doute, chose qu'elle n'a pas trouvé chez moi.
J'échoue dans mon lit. Je m'endors en pensant au baiser que j'avais foutrement envie de donner à Bella, à plusieurs reprises et de différentes façons.
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Dimanche 9h33
Je rejoins Rose à notre café pour prendre le petit déjeuner.
- Salut connard.
Oups… Serait-elle de mauvaise humeur ?
Je ne me formalise pas, je connais les modes de communication de Rose et notamment ceux qu'elle ne réserve qu'à moi.
- Bien dormi jolie blonde ?
J'exagère la flatterie. A ce niveau, c'est presque de l'ironie.
- Je me demande si tu es un vrai psy ou un usurpateur.
Je ne comprends rien, j'ai une gueule de bois infernale et je n'ai encore bu qu'un café. D'ailleurs j'en commande un deuxième et j'allume une cigarette. Pas sûr que ça m'aide...
Je croise les bras sur la table et plisse les yeux pour accentuer mon incompréhension et lui faire comprendre que j'attends la suite.
- Comment as-tu pu dire à ta sœur qu'elle n'était qu'une passade pour Jasper ?
Mes souvenirs à ce sujet sont flous. Je dois me concentrer quelques secondes avant de comprendre de quoi elle me parle.
- Ce n'est pas exactement ce que je lui ai dit, j'affirme avec froideur.
Ça y est, je suis exaspéré. Alice a le don de transformer les propos pour s'en affliger.
- Et que lui as-tu « exactement » dit ? riposte-t-elle.
- Je lui ai conseillé, j'insiste sur ce mot, de ne pas attendre grand-chose de lui.
Rose me fusille du regard mais je ne baisse pas le mien.
- Alice vient de se séparer d'un homme avec qui elle était depuis le lycée, le seul homme qu'elle n'ait jamais fréquenté, sans parler du fait qu'il était de la pire espèce. Tu ne penses pas qu'elle va avoir besoin de temps pour s'en remettre ? Tu ne penses pas que Jasper va juste l'aider à oublier Alec et à passer à autre chose ?
Son regard flanche légèrement, j'ai marqué un point.
- Pas nécessairement.
Elle ne s'avoue pas vaincue et elle a raison parce qu'elle n'a pas tout à fait tort.
- Comme tu dis, pas nécessairement, mais peut-être. C'est pour ça que je lui ai donné ce conseil.
Elle marmonne quelque chose que je n'entends pas. En même temps, le ronronnement de mon crâne est incessant et prend toute la place. La téquila ne me va pas.
- En plus, Jasper est vraiment cool et il a l'air de bien s'entendre avec Alice mais je ne pense pas qu'ils aillent vraiment ensemble.
- Et pourquoi donc ?
Rose se redresse et reprend ce timbre de voix un peu aigu et très agaçant quand on est dans mon état.
- Je me suis promenée avec eux à la plage et je les ai trouvés vraiment complices. Jasper a l'air de beaucoup l'apprécier, continue-t-elle.
- Regarde-le. Il est tatoueur, il sort beaucoup, il fait des concerts… Le genre de trucs qu'Alice ne fait pas.
- Peut-être qu'elle aimerait les faire.
- Tu sais, tu la connais mieux que moi.
J'ai accepté l'idée de ne pas être proche de ma sœur même si j'aimerais que les choses soient différentes.
- Bella l'a cernée en deux minutes.
- Qui ? Bella ?
Je sors de mon état brumeux pour me concentrer sur ses paroles.
- Oui Bella… sourit-elle avec malice.
La garce ! Elle sait que le sujet m'intéresse et elle en profite pour lambiner.
- Quoi Bella ?
Je me renfrogne.
- On a pas mal discuté. Elle est vraiment… je ne sais pas si « sympa » lui correspond bien… je dirais plutôt…spéciale, réfléchit Rose.
Ce mot est très bien trouvé. Elle est spéciale à plusieurs niveaux et de manières différentes.
- Je l'aime bien, chantonne-t-elle.
- J'avais remarqué.
Je n'y avais pas réfléchi mais ça ne m'étonne pas. Elles ont quelque chose de commun. Le caractère fort bien sûr, mais aussi cette faille qui les rend fragiles et attirantes malgré leur apparence froide. Ce côté mystérieux qui donne envie d'en savoir plus.
Sans le vouloir, je viens de mettre le doigt sur ce qui me turlupine. Je veux savoir qui elle est. Je veux tout savoir de Bella. Pas par curiosité mais parce qu'elle m'intéresse vraiment. Je ne sais pas d'où me vient cette envie, cette espèce de besoin, mais je voudrais vraiment la connaitre, faire partie de son monde.
Je me sens mieux soudain, plus détendu.
- Elle m'a parlé du complexe de l'imposteur au sujet d'Alice.
- D'où elle tient ça ?
- Elle lit…
- Et ?
Je sais qu'elle ne dit pas tout et qu'elle me fait languir. Rose me connait bien. Elle a compris, et ce peut-être même avant moi, que Bella me plait et qu'elle me plait comme personne.
- Elle a été suivie par un psy.
Rien de nouveau. J'imagine bien qu'à dix ans dans un foyer, cette condition était obligatoire. Il n'est pas impossible que Bella ait été victime de ce syndrome. Ça pourrait coller avec ce que je sais d'elle.
- Un psychiatre, j'insiste.
- Si tu veux.
- Je veux.
Le silence plane entre nous.
- Alors ? Le complexe de l'imposteur ?
- Ça ressemble tout à fait à Alice.
- Et ?
- Et quoi ? Je ne suis pas son psychiatre, je ne peux pas l'être, en plus je me consacre aux enfants. Je suis persuadé que le sien fait bien son boulot sinon je ne lui aurais pas conseillé. Si elle ne veut pas continuer à le voir, je ne peux pas la forcer.
Je suis un peu sec mais les problèmes d'Alice me rendent nerveux. J'ai essayé de l'aider, j'en suis incapable visiblement.
- Je ne sais pas Edward... soupire-t-elle. Tu pourrais peut-être essayer de la soutenir, de la pousser vers le haut au lieu de l'acculer.
- Moi je l'accule ? je suis furieux et je me contiens pour ne pas hurler. Je ne fais rien de tel. J'aime ma sœur, je ne supporte juste pas son état constant d'apitoiement.
- Vous pourriez peut-être… passer du temps ensemble.
- Rose, tu sais très bien qu'Alice n'a du temps que pour son boulot et Alec… je veux dire Jasper. Elle ne se consacre à rien de plus.
- Elle prend bien le temps de me voir.
Je passe mes doigts dans mes cheveux. Je suis perdu. Comment peut-elle me demander ça ?
Elle pose sa main sur la mienne, comme si elle comprenait mon désarroi, ce qui est certainement le cas.
- Edward, dit-elle d'une voix douce. Je sais que c'est difficile pour toi. Je sais que tu as essayé longtemps et de plusieurs façons différentes, mais je sais aussi que tu voudrais voir ta sœur épanouie et être plus proche d'elle.
Je serre mes doigts sur les siens. Elle me fait du bien. C'est une chance de se comprendre à ce point.
- Tu as raison, je ronchonne. J'essaierais de passer la voir tout à l'heure.
Je ne sais pas encore si j'irais mais je vais y réfléchir.
Je sirote mon café, elle son jus de fruit en silence, nos yeux perdus dans l'espace.
- Tu as revu Bella ?
Sa question claque dans mon esprit voilé. Je suis surpris et déstabilisé.
- Heu…
Quel con ! Je n'arrive pas à aligner deux mots.
- Je suppose que ça veut dire oui, se moque-t-elle.
- Tu supposes bien, j'avoue vaincu.
- Ça y est, vous êtes passés à l'étape supérieure.
Ce n'est pas une question mais bien une affirmation. Quelques fois, le fait qu'elle me connaisse n'est pas un avantage.
- Oui, je grinche.
- Bon. Ce n'était pas fameux alors.
Là encore, elle ne pose pas la question.
- Si, c'était juste… spécial.
J'ai du mal à trouver mes mots. Il semble que «spécial» puisse définir parfaitement Bella ce matin.
- Dans quel sens ?
- Bella aime diriger. Elle a eu ce qu'elle voulait, comme elle le voulait, puis elle est partie.
- Et tu t'es laissé faire ?
- Je ne suis qu'un homme et elle… elle est belle à se damner.
- A se damner… vraiment ? sourit-elle.
- Putain oui, foutrement belle.
- Elle te plait bien on dirait.
- On dirait bien oui. Avec elle, j'ai envie de plus, j'ai envie de faire des choses comme…je sais pas…des promenades, aller au ciné ou juste passer du temps ensemble.
- Hou là ! C'est nouveau ça ! elle s'étonne.
- Oui, c'est nouveau et c'est foutrement bizarre mais j'ai envie de la connaitre.
- Et alors? Fais-le!
- Je ne peux pas. Elle est très secrète, je ne peux rien savoir d'elle, elle m'évite autant que possible, elle parle le moins possible. Je ne suis pas sûr qu'elle veuille autre chose que du sexe entre nous.
Malgré moi, mes épaules s'affaissent, je me sens las et penaud.
- Bella n'est pas une personne ordinaire.
- Non, c'est le moins qu'on puisse dire.
Je repense à hier. J'ai cette sensation qu'elle m'a baisé et non l'inverse. Elle a pris les commandes et aucune fille que j'ai fréquentée aussi dominatrice soit-elle n'avait réussi à faire ça avec autant de fluidité, de douceur et d'intensité à la fois.
Rien que d'y penser, tout mon corps s'agite comme un collégien. Je secoue la tête pour me sortir les images de Bella nue, trempée, avec ce regard si magnétique.
- Tu as craqué, conclut-elle.
- Non !
Elle me lance un regard circonspect.
- Non ?
- Non… enfin… je suis un peu perdu là. Je ne sais pas trop où je vais alors j'y vais doucement. Tu me connais, je n'ai pas l'habitude de me freiner, j'aime foncer mais je n'ai aucune idée de la suite des événements avec Bella. Je pense qu'elle va me jeter à la première occasion. Elle…est… dure…elle est…vraiment dure.
- Hey Edward tout va bien reprends-toi ! dit-elle avec douceur. Arrête de te poser des questions sur le futur, profite comme tu sais le faire et tu verras bien.
Oui je verrai bien. Je ne sais pas pourquoi cette idée ne me plait pas plus que ça. J'ai vraiment peur de me casser les dents sur ce coup. Ce que je ressens est déjà fort et très éloigné de mes sentiments habituels. S'embarquer dans l'inconnu face à une nana de la trempe de Bella, c'est un peu suicidaire.
Quelques minutes plus tard, au volant de ma voiture, les conseils de Rosalie font leur chemin dans mon esprit. Sans me laisser le temps d'y réfléchir plus, j'appelle Alice et je lui propose une petite virée.
- Tu veux qu'on aille faire un tour tous les deux ? s'étonne-t-elle.
Bien sûr elle est surprise mais je sens aussi qu'elle est contente.
- Oui si tu es d'accord. On peut aller se balader sur la baie, où faire du sport ? Ce que tu veux.
- On pourrait aller au parc du Golden Gate ?
Alice a une idée, un avis sur quelque chose, je suis soufflé et rassuré sur la suite de la journée.
- Très bonne idée. On se rejoint là-bas dans une heure ?
- Parfait !
Elle est ravie et quelque part je le suis aussi. Je ne me rappelle plus la dernière fois que nous avons passé du temps ensemble, juste tous les deux. Peut-être que c'est le moment de nous rapprocher, peut-être que Rose a raison. Je dois le tenter même si je ne suis pas persuadé que ça marche.
Je vais être en avance alors je fais un petit détour et je passe devant chez Bella.
Je ne compte pas m'arrêter, juste me rapprocher physiquement d'elle et avec un peu de chance l'apercevoir. C'est assez stupide et sans fondement, elle n'est peut-être même pas chez elle mais j'en avais envie, j'en avais même besoin.
Alice est déjà à notre point de rendez-vous, un panier à la main. Elle a prévu un pique-nique, je pense que ma mère n'y est pas pour rien.
Son accueil est timide et pour une fois je la comprends. Elle ne sait pas trop à quoi s'attendre, moi non plus en fait, mais je n'ai pas peur et j'essaie d'être positif. Je veux vraiment passer un bon moment alors je souris, je lui fais une légère accolade. Je récupère le panier et nous nous dirigeons sur le lac Stow.
Je m'aperçois qu'elle n'a pas choisi ce lieu par hasard. Nous nous y rendions enfants avant l'accident, accompagnés le plus souvent de ma mère et quelques fois de mon père. Quand il était là, nous faisions un tour en barque. Je faisais le pitre et ma famille se marrait de bon cœur, même Alice. Ces après-midis étaient doux et joyeux, ils sont de très bons souvenirs.
Quand j'y repense, je m'aperçois qu'Alice m'a toujours regardé comme un modèle, avec des yeux emplis d'admiration, jusqu'à ce qu'elle finisse par éviter mon regard. Je ne sais plus à quel moment nos rapports se sont autant détériorés, peut-être quand je suis entré au collège et surement plus encore après mon accident.
- Tu veux qu'on loue une barque ? je propose.
- Ce serait génial !
Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu ma petite sœur aussi enthousiaste.
Sur le bateau, j'allonge mes jambes et croise mes bras derrière ma tête.
- Edward ?
- Oui ? je réponds nonchalamment.
- Tu ne vas pas ramer ?
- Tu me prends pour ton larbin ? Rame toi, ça te fera les bras !
Elle écarquille les yeux. Elle ne comprend pas si je fais de l'humour ou si je suis sérieux. Pas étonnant, elle ne me connait pas bien.
Elle saisit les rames maladroitement et je peine à contenir mon rire.
- Edward tu te moques de moi!
J'éclate de rire. La voir si désarçonnée est hilarant.
- Laisse faire les hommes, petite femme !
Ça y est, elle percute que je m'amuse.
- Oh non Edward Cullen ! Je vais te montrer comment les petites femmes naviguent !
Elle prend les rames plus fermement et commence à battre l'eau.
Elle galère, elle n'est pas synchrone du tout, l'embarcation fait des virages impressionnants et je me marre.
- Arrête de rire ! Tu ne m'aides pas !
- Tu rames comme une midinette !
- Je rame comme je peux !
Elle s'applique un peu plus, mais nous n'arriverons jamais au milieu du lac si je la laisse faire.
- Ok c'est bon, tu m'as bien montré ton savoir-faire, maintenant à mon tour.
Elle lâche l'affaire en soupirant. Je lui donne un sourire plein de malice. Elle rit gaiement. Elle est belle quand elle est naturelle. Dommage qu'elle se cache trop souvent derrière ses allures de petite fille immature.
Une fois seuls, entourés d'eau, nous mangeons les délicieux sandwiches préparés par ma mère.
C'est le moment, celui où nous sommes censés parler. J'attends parce que je voudrais vraiment qu'elle commence. Mais elle ne commence pas. Alors comme d'habitude, je prends les rennes.
- Ça va le boulot ?
- Très bien.
Elle m'explique que ses employés sont très contents d'elle et qu'ils lui donnent des dossiers plus conséquents, ainsi elle a plus de travail mais il est plus intéressant.
Je ne suis pas étonné, elle excelle dans son domaine.
- Tu n'es donc pas prête de quitter ton bureau.
Je chasse le ton sarcastique, je veux que notre échange soit badin.
- C'est l'endroit où je me sens le mieux…
Elle n'avoue rien de nouveau et pourtant elle baisse la tête. Elle sait que je ne suis pas d'accord avec ça. La vie est ailleurs, elle doit se réveiller avant d'avoir soixante ans et de le regretter.
- Pourquoi Alice ? Pourquoi tu t'enfermes comme ça ?
Mes paroles sont douces, sans reproche ou jugement. J'ai un peu l'impression d'endosser le rôle du psychiatre et pas du grand frère, déformation professionnelle sans doute.
- Parce que le bureau est une pièce que je connais par cœur. Il n'y a personne à affronter, personne à qui plaire et je maitrise parfaitement tout ce que j'y fais. A l'extérieur, j'ai la sensation de ne pas être à la hauteur.
- Personne n'est à la hauteur Alice, mais on fait avec. C'est quand tu acceptes de ne pas être parfait que tu arrives à vivre pleinement. Pourquoi es-tu si exigeante avec toi-même ? On ne te demande pas de ne pas faire d'erreur.
- Je suis la fille d'un illustre chirurgien, d'une femme forte, indépendante, reconnue dans son travail et socialement, et la sœur d'un pédopsychiatre renommé au courage exceptionnel qui réussit tout ce qu'il entreprend. Moi je suis le vilain petit canard.
J'ébouriffe mes cheveux. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle. En plus, j'ai toujours pensé que c'était moi le vilain petit canard de la famille.
Je ris, un peu amer. Elle me regarde enfin.
- C'est drôle que tu penses ça. Après tout ce que j'ai fait de condamnable après mon accident, la palme du grand frère raté me revient non ?
Elle échappe un petit rire sans joie.
- Tu avais de bonnes raisons.
- On n'a jamais de bonnes raisons de foutre en l'air sa vie. Tu as la réussite professionnelle, tu es belle, intelligente, tu peux être drôle, il ne te manque plus que l'ouverture sur le monde et je crois savoir que ça ne se passe pas trop mal pour toi en ce moment…
Elle rougit et pour une fois, je trouve qu'elle est adorable.
- Comment ça va avec Jasper ?
Je vais un peu loin mais tant pis, je suis comme ça, je tente le tout pour le tout. Son visage s'illumine quand je prononce son prénom.
- Il est juste…parfait.
- Parfait rien que ça ?
Je suis mutin, j'essaie de créer une proximité nouvelle entre nous et je crois que ça marche.
- On discute beaucoup pour l'instant et il semble qu'il m'accepte comme je suis. Il ne me force à rien, ne m'impose rien. Il est doux et patient. Je me sens bien avec lui, je me sens moi-même sans que ça ne lui pose de problème.
- Vous semblez sur la même longueur d'onde.
Un sourire éclatant nait sur ses traits. Elle hoche simplement la tête.
- Tu es une gourde ! dis-je en l'aspergeant d'un peu d'eau pour lui montrer que je blague.
- Hé ! Ne fais pas ça !
- Alors réagis ! Je suis certain que tu as beaucoup à offrir, à Jasper ou à d'autres. Réveille-toi bordel.
Je ponctue ma phrase par une autre aspersion un peu plus conséquente.
- Edward tu es un gamin ! Tu vas me tremper !
Elle fait mine qu'elle se fâche mais elle est aussi impressionnante qu'un chaton hargneux.
- Essaie de m'en empêcher.
Elle m'éclabousse à son tour et s'aperçoit qu'elle a un peu exagéré. Elle met les mains sur sa bouche et arrondit les yeux comme si elle avait fait une grosse bêtise. Je m'esclaffe et elle me suit en comprenant que je ne le prends pas mal.
Nous finissons nos boissons en laissant dériver la barque. Elle rêvasse sur le paysage, perdue dans ses pensées, je prends le temps de l'observer. Ses yeux rieurs souvent éteints, son sourire pétillant trop rare, ses petites mains gracieuses qui n'osent pas prendre vie. Alice est fragile, d'une sensibilité à fleur de peau. Contrairement à beaucoup, elle ne s'en cache pas, elle le vit pleinement. Bien sûr elle en souffre parce qu'il est facile d'abuser de sa gentillesse, de sa générosité, parce que tout ce qu'elle ressent prend des proportions gigantesques dans son esprit et la blesse plus que de raison.
Pour la première fois depuis de longues années, je vois ma sœur, je la vois telle qu'elle est et je la trouve resplendissante.
- Tu te rappelles...
Sa voix brise le calme ambiant et je manque de sursauter tellement elle me surprend.
- Quand tu étais tombé de la barque, elle ricane.
Je pouffe en y repensant.
- Maman avait failli plonger pour me récupérer.
Elle éclate de rire.
- Papa avait eu du mal à te remonter tellement tu étais trempé.
J'étais vraiment un nigaud à l'époque tout le temps en train de faire l'idiot.
- J'avais presque fait pipi dans ma culotte tellement je riais.
Je la regarde avec des yeux ronds, surpris et amusé par cette version de l'histoire.
Elle met les mains sur son visage sans cacher ses yeux malicieux.
On explose de rire ensemble et les larmes montent à mes cils tant je suis heureux de partager ce moment avec ma sœur.
Nous prenons le chemin de nos voitures, légers et détendus. Je passe un bras sur ses épaules.
- Il faudra qu'on remette ça, je lance.
Elle s'accroche à ma taille et j'embrasse sa tempe.
- Quand tu veux grand frère.
J'entends dans sa voix son émotion et elle me gagne. Je sais que tout n'est pas réglé entre nous, je sais qu'il faudra du temps avant que nous soyons tout à fait complices mais nous avons fait un pas, nous sommes tous les deux d'accord pour arranger les choses. J'ai bon espoir.
Au volant de ma voiture j'ai le sourire. Je me sens bien et je décide de passer au foyer. Je n'y vais jamais le dimanche, mais hier soir Nelly a fait une crise et Sue m'a appelé pour que je m'y rende plus tôt. La gamine ne veut se confier à personne d'autre qu'à moi et il parait que nos entretiens la calment.
Le dimanche est certainement un jour particulier au foyer. Le bureau de Sue est fermé, je ne croise personne dans les couloirs. Je suis un peu perdu alors je vais dans ce qu'on appelle la salle de vie, celle qui ressemble le plus à un salon, en beaucoup plus grand bien sûr et destinée à accueillir les jeunes sur leur temps libre. Ils peuvent y regarder la télé, lire, faire des jeux ou juste discuter entre eux.
Sur le pas de la porte, je m'arrête stupéfait.
Dans un coin cosy de la pièce, Bella est là. Elle est assise sur de gros coussins et entourée de plusieurs jeunes. Elle rit et bavarde gaiement.
Je suis paralysé. La stupeur due à sa présence bloque mes membres, mes jambes ne peuvent plus avancer.
- Edward ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Je sursaute sous le coup de la surprise.
- Sue ? Bonjour, je… je passais voir Nelly.
Elle est là… elle est juste là…
Je pensais qu'une fois passée dans mon lit ou sur mon canapé pour être plus exact, Bella serait moins attirante mais ce n'est pas le cas, bien au contraire. Sa présence anime quelque chose de fort en moi et je suis incapable de déterminer ce que c'est.
- Elle discute là-bas avec Bella. Tu n'as qu'à aller la voir directement.
- Je peux ?
Cette question est stupide. Je crois que je panique, passablement inquiet de la réaction de Bella.
- Bien sûr Edward. Tu te sens bien ? Tu es un peu pâle.
A ce point ? Je dois me reprendre.
- Je vais très bien, je la rassure. Je vais saluer Bella.
Nous nous connaissons et c'est ce que font les gens qui se connaissent, ils se saluent, même s'ils ont pris leur pied ensemble deux jours avant, même si l'un d'eux évite l'autre comme la peste.
La jolie bouche de Bella s'ouvre quand elle me voit et son expression signifie plus « mais bordel ce type me suit partout comme un dingue » que « je suis ravie de le voir ». Je ne me formalise pas, je commence à prendre l'habitude de son attitude froide.
- Docteur Cullen ! s'exclame Nelly.
Au moins elle, elle est contente de me voir et elle ne s'en cache pas. Elle passe ses bras autour de ma taille. Je n'en suis pas étonné, la plupart de ces gamins ont besoin d'affection, d'être aimé. D'ailleurs trois d'entre eux se lèvent et m'enlacent de la même façon.
J'ai un mot gentil pour chacun mais je revêts mon uniforme invisible de professionnel. Je suis aussi proche de mes patients que possible mais je suis leur médecin avant tout. Je ne dois pas m'éloigner de cette idée. Je ne peux pas me laisser aller outre mesure, même si j'en ai envie et même si c'est parfois difficile de résister.
- Vous êtes venu passer un moment avec nous ? demande Nelly.
Sa joie est si prégnante que même si ce n'était pas le cas je lui aurais dit oui.
- Je suis venu voir comment tu allais.
- Je vais bien ! Mais venez, asseyez-vous à côté de moi.
Elle positionne un coussin à terre près d'elle et j'accepte avec plaisir d'y prendre place.
Mes yeux trouvent instinctivement ceux de Bella. Sa mine est différente. Elle s'est aperçue que ma présence ici n'avait rien à voir avec elle. Il faut croire que la vie se charge de nous rapprocher quoi que nous fassions. C'est assez effrayant.
- Bella nous racontait comment elle est arrivée ici. Vous connaissez Bella ?
- Un peu.
Bella sourit à Nelly mais je la sens mal à l'aise.
- Je vous racontais encore, elle insiste sur ce mot, comment j'ai débarqué ici !
Les gamins rient.
- Ils adorent ça !
Elle s'adresse à moi d'une façon plus détendue. Je souris.
- Dites-moi docteur, est-ce que c'est une bonne chose qu'ils entendent cette histoire ?
Son ton est très sérieux. Je sais qu'elle ne s'adresse pas au professionnel, mais à moi. Elle va se dévoiler et elle me laisse le choix d'écouter son récit ou de partir. A l'intérieur, je crie de joie. Il est hors de question que je laisse filer une occasion pareille.
- Oui ! crient les gamins en cœur.
Ils sont des adolescents ou pré-adolescents mais ils ont l'air d'enfants au matin de Noël. Ils connaissent Bella, elle doit passer ici souvent et ils l'aiment, surtout un garçon d'une quinzaine d'années assis près d'elle qui ne la lâche pas des yeux.
- Tout dépend de la confiance que vous avez en eux, je tente.
C'est étrange de vouvoyer Bella mais comme elle l'a fait avec moi, je l'imite.
Evidemment, mes mots ont un double sens, je veux savoir si elle a assez confiance en moi pour se confier.
- Je n'ai confiance qu'en très peu de personnes et je leur dis souvent qu'ils ne doivent fréquenter que des gens fiables qu'ils connaissent depuis longtemps. La seule personne sur qui on peut compter, c'est soi-même.
- C'est vrai, mais ce n'est pas une raison pour fermer sa porte et s'emprisonner dans ce carcan. On peut rencontrer des personnes qui nous veulent du bien à tout moment de notre existence et de différentes façons. Être attentif est une bonne chose mais être objectif et laisser de nouvelles personnes entrer dans son cercle en est une aussi. Personne n'est jamais tout à fait seul.
Je n'arrive pas à définir ses traits. Je ne sais pas si mon discours, tout à fait sincère par ailleurs, fait mouche dans son esprit ou non.
- Je voulais simplement dire de ne pas se laisser éblouir par le premier ou la première venue.
Je n'ajoute rien. Elle simplifie son discours pour les enfants mais je ne doute pas une seconde qu'elle ait compris où je voulais en venir. Quant à moi, je comprends sa méfiance. Je sais qu'elle a eu des problèmes avec sa mère et je sais qu'il est très difficile d'avoir confiance en qui que ce soit après ça.
- Alors je suis arrivée ici quand j'avais à peu près 10 ans, commence-t-elle.
- Non ! Raconte ce qui s'est passé avant ! réclame un enfant.
Elle soupire mais sourit tout de même. Je n'ai jamais vu autant de douceur en elle.
- Bien. Comme ma mère ne s'occupait pas de moi, j'ai vécu dans une famille d'accueil pendant quelques années. Des gens adorables avec un fils adorable.
- Emmett ! crie un des garçons.
- Oui Emmett… approuve Bella en souriant.
Je comprends mieux la nature de leur relation et le fait qu'ils soient proches comme s'ils étaient parents.
- C'est lui qui m'a appris le dessin. C'est devenu ma passion. Je dessinais vraiment partout.
- Même aux toilettes ?
- C'était mon endroit préféré !
Les ados se bidonnent. C'est apparemment une blague qui revient souvent. Leur complicité est flagrante.
- Elle est belle hein ? me demande Nelly appuyée contre mon bras.
Je la regarde en souriant.
- Elle est très belle oui, je chuchote.
- J'aimerais avoir une sœur comme elle.
- Tu as l'air de beaucoup l'aimer.
- Elle est super.
Nelly la sauvageonne est attendrissante. A ce moment précis, elle ressemble vraiment à une gamine de treize ans, fragile et enfantine.
- Vous devriez l'inviter à sortir.
Enfin, presque…
- Tu crois que je devrais ?
- Oui ! Vous êtes beau vous aussi pour un vieux !
J'ai presque le double de son âge, forcément je suis vieux !
Je ne réponds pas, je ne sais pas trop quoi dire.
- Puis Emmett m'emmenait de temps en temps dans le salon de tatouage dans lequel il travaillait, continue Bella.
Voilà, j'ai la source de sa passion, Emmett. Tout s'éclaire.
- Vous avez une amoureuse ? reprend Nelly en aparté.
J'agite la tête de droite à gauche. Ses yeux s'illuminent.
- Alors, vous pouvez sortir avec Bella !
Elle insiste la chipie !
- Je ne sais pas. Je crois que nous ne nous connaissons pas assez pour ça.
- Justement, comme ça vous vous connaitrez !
Son enthousiasme est le parfait miroir de sa jeunesse. Son espoir est tellement beau que je ne trouve pas le courage de lui avouer que les choses ne sont pas aussi simples. Elle le sait déjà, pas besoin d'enfoncer le clou.
- Je vais y réfléchir.
Ma réponse semble la contenter parce qu'elle se cale de nouveau contre mon bras et écoute la suite.
- Pourquoi ça n'a pas marché dans ta famille d'accueil ? demande une des filles.
En discutant avec Nelly, j'ai perdu le fil de l'histoire de Bella mais la question de la gamine m'intéresse.
- Parce que je faisais beaucoup de bêtises.
- Mais ils étaient gentils.
- Oui ils étaient et ils sont toujours très gentils mais quelques fois, les choses deviennent trop difficiles, même pour les gentils.
- Tu faisais quoi comme bêtises ?
- Ça, vous n'avez pas besoin de le savoir ! rit-elle. Mais sachez que faire des bêtises ne profite à personne et certainement pas à vous. Je sais que parfois on n'arrive pas à s'en empêcher, je sais que quand on est très énervé on a du mal à se contrôler, mais on doit s'obliger sinon on s'enfonce tout seul. C'est pour ça que je vous dis qu'on ne peut compter sur personne d'autre. Vous êtes le seul capable de vous aider et quelques fois, il faut se battre contre soi-même pour se protéger.
Son discours me laisse sans voix. Elle est d'une maturité rare et d'un grand soutien pour ces gosses. Elle utilise des mots qui ont un sens pour eux. Elle sait comment leur parler, certainement parce qu'elle est passée par là et qu'avec les années, elle a réussi à maitriser la bête en elle.
- Et après ? Au foyer ? demande un ado.
- Le foyer c'était difficile parce que j'étais très jeune, tout le monde était plus âgé, j'étais seule, je ne connaissais personne et…j'étais triste. Ma famille d'accueil avait baissé les bras alors je ne voyais pas bien où j'allais ni pourquoi.
Mon ventre se tord. J'imagine Bella enfant, seule et désœuvrée. Là tout de suite, j'ai envie de la prendre dans mes bras, de lui dire que tout ça est derrière elle et qu'elle est la personne la plus forte que je n'ai jamais fréquenté.
Je crois, et c'est assez bizarre pour moi de me l'avouer, que j'aimerais être ce type sur qui elle pourrait compter pour avancer, même si je ne suis pas sûr d'en être capable.
- Et puis j'ai rencontré Sue que vous connaissez tous. Elle m'a aidée comme personne ne l'avait jamais fait. Grâce à elle, j'ai pu aller tous les jours dans un salon de tatouage et commencer mon apprentissage. Je ne dis pas que ça a été facile ou rapide, ça m'a pris beaucoup de temps et d'énergie mais Sue m'avait aidée à accéder à ce que je voulais faire de ma vie et j'avais décidé de me battre pour ça.
Je la reconnais bien là, combative et entêtée.
- Allez les grands, on va préparer le repas !
Sue casse un peu le moment intime que Bella partage avec ces ados. D'ailleurs, ils rechignent tous à se lever. Ils enlacent tous Bella, elle ne semble pas gênée comme d'habitude. Si elle prend sur elle pour se laisser toucher, ce n'est pas du tout évident. Le garçon à qui elle plait lui fait un baisemain. Elle se retient de rire et lui fait une sorte de révérence.
Nelly lui parle à l'oreille, elle lève les yeux sur moi avec un regard énigmatique.
Ensuite, ceux que je connais viennent me saluer. Nelly la dernière d'entre eux me fait un gros câlin auquel je réponds peu.
- Vous penserez à demander à Bella ? demande-t-elle pleine d'espoir.
Je lui fais un clin d'œil et hoche la tête de haut en bas.
Bella s'approche de moi, son bras effleure le mien mais elle ne me regarde pas.
- Qu'est-ce que t'a dit Nelly ? demande-t-elle.
- Elle voulait que je t'invite à sortir. Et toi ?
- Elle m'a demandé comment je te trouvais.
Je souris.
- Que lui as-tu dit ?
- Que tu n'étais pas mon genre.
- Tu as osé mentir à une jeune fille en péril ?
Elle se tourne tout à fait vers moi.
- Je ne mens pas, jamais.
L'espace d'une seconde je manque de flancher mais je ne laisse pas ça arriver.
- Alors tu simules très bien.
- Mieux que tu ne le penses.
Son air mutin ne me trompe pas, elle plaisante ou quelque chose dans le genre.
Nous prenons congé de Sue dont les yeux pétillent en nous voyant partir ensemble. Je ne m'attarde pas, je ne sais pas trop comment le prendre.
Une fois dehors, Bella ne me regarde toujours pas, elle marche d'un pas assuré vers ma voiture.
- Je te ramène ? je demande, étonné de ne pas avoir à ramer pour qu'elle monte en voiture.
- Non je dois passer au salon.
- Alors je te ramène au salon ?
- Oui mais trouve-nous un endroit pour baiser d'abord.
Voilà exactement le genre de chose que j'aime chez elle. Elle sait ce qu'elle veut et elle ne prend pas de pincette pour l'affirmer. En plus son attitude est si désinvolte et naturelle qu'elle n'a rien de grossier.
Je suis vanné, complètement mort, mais mon membre se réveille, définitivement intéressé par la proposition de Bella, tout comme mon esprit qui ne compte pas rater une occasion de se rapprocher d'elle et ce, de toutes les façons possibles.
- Je connais l'endroit parfait.
Je sors de la ville et me dirige sous le Golden Gate. Je connais le lieu comme ma poche et je sais exactement où il faut aller pour être très tranquille. Je ne veux pas faire ça à la va-vite et je veux qu'elle puisse crier de plaisir. Ces sons m'excitent plus que tout autre.
Dans la voiture, elle s'étire largement, je saisis l'occasion pour poser ma main sur sa cuisse couverte d'un jean. Elle écarte un peu les jambes alors mes doigts remontent doucement.
Comme souvent, elle prend ma main qui n'est sans doute pas assez rapide pour elle, et va la poser là où elle en a besoin. Elle se tortille sous ma paume en respirant plus profondément.
Putain ! Elle est si sexy !
La route me parait soudain secondaire et je me reprends. Je remets ma main sur le volant. Elle grogne de frustration.
- Patience bébé, nous arrivons.
Elle ne rechigne pas à mon « bébé » et pour moi c'est une petite victoire.
Je me gare sur la terre battue dans un endroit complètement désert.
Aussitôt Bella se met à genoux sur son siège et entreprend de défaire ma braguette. Elle est si rapide et je suis si hébété que je ne bouge pas, je lève les mains en l'air pour lui laisser le passage libre.
Elle avale mon membre en entier et je soupire de plaisir et de surprise. Elle n'a pas à beaucoup forcer pour que je durcisse, même si je suis fatigué, Bella a le secret pour réveiller mon excitation.
Elle lèche et aspire avec une ardeur qui n'appartient qu'à elle et je suis déjà sur le point de jouir.
- Attend !
Je ne lui laisse pas le loisir de riposter, je saisis ses épaules et la relève sans aucune douceur.
- Ce n'est pas ce que tu veux ? demande-t-elle étonnée.
- Pas comme ça, je souffle.
J'ouvre la portière et la prends dans mes bras rapidement pour qu'elle n'ait pas le temps de me repousser. Je la mène dehors. L'obscurité est dense, je ne perçois que sa silhouette quand je l'allonge sur le capot.
- Est-ce que l'endroit est sûr ?
- On ne peut plus sûr, je lui assure.
Je n'ai pas de fantasme exhibitionniste et elle non plus apparemment.
Je soulève son gilet et ma bouche fond sur sa poitrine. Je la sens déjà très excitée, il faut croire que ce qu'elle vient de me faire lui donne du plaisir, cette idée ne fait que renforcer le mien.
J'arrache presque son soutien-gorge pour embrasser plus à mon aise. Elle geint doucement sous mes assauts.
Une de mes mains descend sur son entre-jambe. Elle se cambre, se trémousse et finit par ouvrir elle-même les boutons de son jean. Encore un fois, elle impose sa volonté mais je veux garder une part de liberté ce soir.
Je baisse son pantalon juste sous ses fesses. Je suçote son ventre et descends très progressivement.
- Edward !
- Mmm ? je réponds en prenant soin de créer une vibration avec ma voix.
Un petit gémissement aigu lui échappe. Elle aime ça.
Ma langue se faufile sous sa culotte. Elle écarte plus ses genoux et serre une poignée de mes cheveux pour me forcer à continuer. Je n'ai pas besoin d'être forcé. Je la désire de toutes les façons possibles.
Son gout est encore meilleur que dans mon souvenir, tout comme son odeur. Ma détermination à faire durer notre ébat s'envole. Je tire durement sur son jean, elle m'aide avec ses pieds. Elle est comme moi, la folie nous gagne. Je la veux et elle me veut, tout de suite.
J'attrape la capote dans la poche de mon jean sur mes chevilles tandis que j'embrasse son entre humide avec délectation.
Ses cris se multiplient, son bassin avance vers ma bouche. Elle exige plus et qui suis-je pour lui refuser ?
Je me redresse et ses talons pressent sur mes fesses pour les pousser en avant mais je m'enfonce tout doucement.
- Edward ! gronde-t-elle.
Attend ma belle, attend un peu, je pense.
Elle s'agite, gigote furieusement pour me sentir plus loin en elle et plus sèchement mais je garde mon sang froid pour la pénétrer lentement, avec sensualité et dévotion. J'ai envie de ça. Je veux me perdre dans les sensations qu'elle me procure, de mon ventre qui se tord de désir pour elle, de ma poitrine qui se serre quand je la sens autour de moi, de son touché, son odeur, son corps offert.
Une de mes mains agrippe sa fesse tandis que l'autre vient accrocher sa nuque. Je la relève et met mon visage à hauteur du sien. Mon mouvement ne s'accélère toujours pas, mais elle ne lutte plus pour m'encourager à le faire.
Je ne perçois qu'une petite lueur dans ses yeux mais je sais qu'ils sont dans les miens. Nos souffles se mélangent et à cet instant, ne pas l'embrasser est une torture. Mais je ne veux pas lui voler un baiser, j'ai besoin qu'elle soit consentante. Si elle doit le faire avec moi, elle doit prendre elle-même la décision.
Elle colle sa joue contre la mienne et s'accroche à mon cou, elle accepte la cadence et soupire en écho à mes va-et-vient voluptueux.
Alors, le truc que je ressens en sa présence, cette espèce d'apesanteur, le temps qui s'arrête, le flou cotonneux, tout revient d'un coup. Je la pénètre profondément et intensément mais je garde un rythme lent et notre échange est d'une sensualité sans borne. Je vais jouir, je vais venir et je sens qu'elle aussi se tend.
- C'est si bon… je grogne.
Elle gémit en retour, un son doux, un peu rauque et trainant. Je suis cuit.
- Bella… viens bébé…
Je ne sais plus vraiment ce que je dis, je suis perdu dans ses bras, l'érotisme de ses gémissements de plaisir. Sa main descend plus bas sur son ventre et une étincelle s'allume en moi. Sans le préméditer, mes coups de reins se font plus avides, plus brutaux. Elle crie sans résister, se tortille, se cambre et elle jouit avec moi, nos soupirs de plaisir retentissant en écho avec l'intensité de notre émotion.
Ses doigts cramponnés à mes épaules, j'en profite pour la serrer dans mes bras tandis que nous reprenons notre souffle. Elle tremble un peu, sa respiration est erratique et je me perds dans la chaleur de sa peau, sa douceur, son odeur envoutante. Le visage calé contre son cou, le corps emboité dans le sien, je n'ai aucune envie de bouger. Ses doigts se sont un peu desserrés, ses jambes autour de ma taille aussi, mais elle ne fait aucun geste pour se dégager.
- Edward, murmure-t-elle.
- Mmm ?
- Je dois poser mes jambes, j'en peux plus.
Je souris parce qu'elle n'a fait aucune remarque acerbe. Son ton révèle la fatigue et sa voix est éraillée mais pas sarcastique.
Je l'aide à descendre du capot. Je lui tends ses vêtements que j'ai pris soin de laisser sur la voiture pour ne pas qu'ils se salissent. Nous nous rhabillons dans un silence un peu pesant.
Nous prenons le chemin du salon de tatouage, tous deux un peu groggy et pour ma part un peu perdu.
Qu'est-ce qui vient de se passer bordel ?
Je pose ma main sur sa cuisse mais pas de façon lascive. J'ai besoin de la toucher, peut-être pour réaffirmer que ce que nous venons de partager est bien réel. Elle est là, belle, mystérieuse, et elle chamboule mes pensées, moi que rien n'ébranle jamais.
Elle repousse ma main sans un mot et sans douceur. Je suis troublé.
La Bella glaciale semble de retour.
Je me gare devant le salon.
- Je t'attends, dis-je.
- Non, pas la peine, je vais passer chez quelqu'un avant de rentrer.
Son « quelqu'un » ne m'étonne pas, elle ne me dira pas de qui il s'agit, par contre, une mise au point s'impose.
Elle va pour sortir mais je la retiens.
- Bella…
- Oui ?
- Je veux ajouter une condition aux tiennes.
Elle me regarde bien en face en arquant un sourcil. Nous savons que ses conditions sont foireuses et elle ne voit pas du tout où je veux en venir.
- Tant qu'on sort ensemble…
- On ne sort pas ensemble, affirme-t-elle.
J'aurais dû m'en douter.
- Tant qu'on se voit de temps en temps, c'est mieux comme ça ?
Mon ton est sec. J'en ai marre de chercher mes mots, je n'ai pas l'habitude de réfléchir avant de parler et elle est bien trop pointilleuse pour de simples détails.
- C'est mieux.
- Je veux qu'on ne voie personne d'autre.
Ses pupilles sont étranges, je n'arrive pas à définir son expression.
- Bien sûr.
Sur ce elle sort et s'engouffre sans un regard dans le salon.
Je ne peux pas partir comme ça. Je ne sais pas pourquoi, avec le recul je dirais bien que c'est l'instinct qui me guide, mais je me gare sur le trottoir opposé et j'attends qu'elle sorte. Je veux être sûr qu'elle va bien.
Quelques minutes passent et j'aperçois un homme qui fait les cent pas devant la boutique. Peut-être attend-il quelqu'un mais je le trouve louche. Il tient un bouquet de fleurs et jette des coups d'œil à l'intérieur.
Nous sommes dimanche, il n'y a aucune raison pour qu'un client attende Bella sur son lieu de travail.
La lumière de la vitrine s'éteint et Bella sort. Aussitôt, l'homme lui parle. Elle s'intéresse peu à lui, elle baisse la grille et le regarde peu. Il lui donne le bouquet, ils échangent quelques mots, l'homme part de son côté et Bella du sien.
Louche, aucun autre mot ne me vient à l'esprit.
Je pense appeler Bella pour m'assurer que tout va bien quand je vois l'homme revenir sur ses pas et la suivre de loin. Il me semble qu'il est au téléphone mais je ne suis pas sûr.
C'est quoi ce bordel ?
Sans attendre, je sors du véhicule et je le file. Je ne connais pas ses intentions mais je suis persuadé qu'elles ne sont pas bonnes.
Je sais maintenant où va Bella, elle se dirige chez Jasper. Celui-ci habite une petite rue mal éclairée et ça ne me dit rien qui vaille, ce foutu pressentiment ne me lâche pas. J'accélère le pas, je suis à quelques mètres de l'homme, Bella quelques mètres devant.
Elle tourne dans la rue de Jasper et les choses s'accélèrent.
J'entends un petit cri étouffé.
Putain !
- C'est elle la salope qui t'a cassé le nez ?
- C'est cette pute !
Tout se met en branle dans mon cerveau. J'avais presque oublié ces connards. Les hommes m'aperçoivent et me reconnaissent.
- Et c'est le fils de pute qui était avec elle !
Bella est maitrisée par un homme qui a la main sur sa bouche et maintient ses poignets dans son dos.
L'adrénaline monte d'un coup et sans réfléchir, je cogne sur le premier gars à ma portée. Mon crochet du droit l'envoie à terre.
- Emmène-la !
Je bouscule de toutes mes forces celui qui prétend me barrer la route pour atteindre Bella. Je cours et je fauche les pieds de l'homme qui la bloque. Elle tombe au passage mais elle n'est pas délivrée, l'homme la tient toujours.
Alors j'attrape fermement une poignée de ses cheveux épars, je relève sa tête. Le poing fermé, je frappe sans m'arrêter. Comme soul, je ne vois plus que sa tête qui bringuebale sous mes coups et le sang qui se répand sur son visage. Ma haine est si vive que je ne pense même pas à stopper mes assauts.
- Arrête ! Edward ! Tu vas le tuer !
J'entends la voix de Bella mais je suis dans un état second, elle est lointaine, atténuée par la tempête qui se joue en moi.
Il n'a pas à la toucher, il n'avait pas à poser ses mains sur elle.
Puis c'est le choc. Quelque chose percute durement mon dos. Le coup électrise tout mon corps. Mes membres se crispent, je me tords et je tombe, raide.
Tout mon corps frissonne, mes dents claquent. Je n'ai pourtant pas froid, au contraire je bouillonne.
- Edward !
Je lève les yeux sur elle. Elle me dévisage immobile, une expression d'effroi sur le visage.
J'entends sa voix aigüe affolée, j'entends du raffut, mais je ne peux pas bouger.
Putain ! Je ne peux pas bouger…
- Edward ?
Je sens les doigts agités de Bella courir sur moi, elle ne sait pas où me toucher. Sa voix est cassée.
- J'ai mal… je souffle péniblement.
Je ne peux plus bouger…
J'entends qu'elle fouille dans son sac, j'entends qu'elle appelle une ambulance, j'entends qu'elle panique.
- C'est Edward Cullen… son père travaille à l'hôpital… un coup dans le dos… il lui faut des soins spéciaux… je ne sais pas comment s'appelle son père !Cullen je vous dis ! Il doit pas y en avoir des tonnes bordel ! Faites vite !
Elle crie, elle s'énerve, elle s'affole.
Sa main se pose sur ma joue, elle caresse ma pommette avec son pouce, elle passe dans mes cheveux. C'est réconfortant. Elle me parle avec douceur, « ça va aller Edward », « l'ambulance va arriver », « ils vont prévenir ton père »…
Je ne peux plus bouger…
Elle a peur pour moi.
C'est la dernière chose que je perçois avant d'entendre le son strident des sirènes.
