Salut!
DÉSOLÉE! J'ai un weekend chargé je n'ai pas pu publier hier...
MERCI!
Une Iconnue : je suis tellement ravie que tu sois là! Merci pour ton mot :) Moi aussi j'aime beaucoup ce chapitre ;)
Guest1 : Merci de laisser un commentaire :) Je suis flattée que ma modeste histoire te plaise :)
Guest2 : Merci à toi ;)
Jennifer : Merci, je suis flattée que tu t'arrêtes sur mon histoire :) J'espère que la suite te plaira autant ;)
Guest3 : Oui Oups c'est le mot ;) Merci :)
A mercredi!
Bonne lecture!
o¤o¤o
Chapitre 14
Off you
(Breeders)
Edward
Lundi 11h38
Mon père entre dans la chambre d'hôpital. Je suis vaseux, drogué à la morphine, je ne sens ni ne ressens rien.
Ses paroles m'atteignent en sourdine, je les comprends mal, mon cerveau nébuleux ne percute pas. Je retiens que je ne suis pas paralysé mais qu'il doit tout de même procéder à une intervention pour je ne sais quelle raison.
Je n'ai aucune réaction, ses mots sont vides de sens.
Son image disparait et le noir reprend toute la place.
Mardi 17h58
Quelqu'un caresse ma joue. De loin, de très loin, mon esprit pense à Bella et à la façon dont elle posait sa main sur mon visage quand j'étais à terre, contre le bitume.
J'hume l'odeur de ma mère, elle me rassure même si aucun signe physique n'appuie cette sensation. Elle est près de moi mais je ne parviens pas à la voir, je crois que je ne peux pas lever mes paupières.
Je ne sais pas comment je perçois qu'elle pleure doucement avant de sombrer dans les ténèbres.
Mercredi 14h48
J'ai la bouche pâteuse, la tête dans un étau. Je ne sais pas où je suis ni pourquoi.
J'essaie d'ouvrir les yeux.
J'entends mon prénom.
Alice est près de moi, sa main sur la mienne. Je la serre un peu. Un soulagement intense me saisit. Je comprends que mes membres sont actifs, je ne suis pas paralysé. Cette idée se propage de mon cerveau à mon corps entier et je souris.
Je tente de nouveau d'ouvrir les yeux.
« Je suis là Edward, tout va bien. L'opération s'est bien passée, tu ne risques plus rien. »
La voix d'Alice est apaisante et sereine. Pas de gémissement ou d'apitoiement dans ses propos et je me sens rassuré.
Je ne lutte pas et me rendors.
Dimanche 15h08
Je regarde le plafond blanc, les murs blancs, le ciel blanchi par les nuages. La vie à l'hôpital est morne, d'un ennui mortel.
Je suis là, immobile, à contempler le vide. Heureusement que la morphine me calme, sans quoi je pourrais passer par la fenêtre juste pour avoir quelque chose à faire.
Je suis dans un état comateux du matin au soir et malgré ça, les journées sont moroses.
Je ne peux plus bouger, du moins je ne dois pas. Mon torse est encastré dans un plâtre colossal, des bandages géants maintiennent mes membres immobiles. Je ne peux utiliser mes mains que pour appuyer sur un bouton pour basculer mon lit, soit en hauteur, soit relever ma tête ou mes pieds. Je peux aussi agiter mes orteils et même si ça ne m'est d'aucune utilité, je ne m'en prive pas. Ils sont la preuve que mon corps répond.
Encore une semaine et si tout va bien je serais libre… de me lever et faire quelques pas. D'ici deux semaines je pourrais peut-être rentrer, là encore rien n'est sûr. La rééducation sera longue, trois mois, et douloureuse, ça l'est déjà.
Je réagis différemment de la première fois où je me suis retrouvé entre ces murs, certainement parce que les choses sont différentes.
D'abord, ce n'est pas un accident, je peux en vouloir à loisir à l'ordure qui m'a mis un coup dans le dos, au sens littéral du terme d'ailleurs.
Ce n'est pas non plus aussi grave, je vais marcher bientôt, je pourrais reprendre une vie normale.
Et j'ai un but, le même qu'il y a une semaine, connaitre Bella. Ici, cette idée est devenue plus qu'évidente. Je dois la revoir et vérifier jusqu'où cette attraction me mène.
Mais pas tout de suite.
Certaines choses ne changent pas et je refuse l'accès à ma chambre à d'autres personnes que ma famille.
Mon père passe tous les jours sans exception. Il ne peut pas rester très longtemps mais le voir me fait du bien. Ma mère vient environ tous les deux jours au moment du déjeuner. Elle me parle de ses amis, de son travail, elle me permet de sortir de ces murs par la pensée. Rosalie est accaparée par son travail mais elle m'a rendu visite une ou deux fois.
Et Alice. Son comportement ne s'est pas transformé, mais elle vient souvent et j'en suis content. Elle se contient pour ne pas s'affliger sur mon sort. Elle parvient à me regarder dans les yeux sans détresse, elle me parle de choses futiles ou sérieuses avec un air détaché que j'apprécie particulièrement. Elle est là, elle vient, je sais qu'elle se force à le faire mais ça n'est pas du tout évident. Elle me soutient en étant elle-même, la petite sœur dont je me rappelle, pas cette façade qu'elle affiche en permanence et que je ne supporte pas.
Outre le fait qu'elle s'occupe de la plainte contre mon agresseur, elle me raconte comment vont Jasper, Emmett et bien sûr Bella.
Elles se sont rencontrées puisqu'Alice s'occupe de notre affaire.
J'ai eu du mal à le croire mais Bella a demandé de mes nouvelles. Elle ne comprend pas pourquoi elle n'est pas autorisée à accéder à ma chambre. Alice lui a expliqué que j'avais beaucoup de soins et que je n'avais pas toute ma raison à cause de la morphine. Si elle n'a pas menti, elle n'a pas dit toute la vérité.
En réalité, je ne veux pas qu'elle me voie si amoindri, je veux que personne ne me voie dans cet état. J'ai moi-même du mal à me supporter. Je ne peux pas bouger, une perfusion me nourrit, rien ne se passe, je n'ai rien à dire… bref, je n'ai pas envie de partager mon ennui. Je préfère que les gens aient une image de moi en forme, vivant et enthousiaste, le vrai moi, pas cette pâle réplique.
De mon point de vue, on vient voir des amis à l'hôpital comme un devoir et je déteste cette idée. Personne n'aime les hôpitaux, c'est un calvaire de s'y rendre, même pour soutenir des personnes chères.
De toute façon, la plupart du temps je dors, et c'est justement ce que je suis en train de faire quand j'entends…
- Mademoiselle ! Non ! C'est interdit !
Je me réveille au son d'une voix inconnue, surement une infirmière, derrière la porte de ma chambre. Mes yeux clignent plusieurs fois, j'ai du mal à sortir du sommeil.
- Je vous dis que je suis de la famille.
La deuxième voix est plus basse, moins perceptible, elle ne m'est pas étrangère mais dans le flou provoqué par ma sieste et les antidouleurs, je n'arrive pas à mettre un visage dessus.
Je ne peux pas bouger la tête alors je relève le lit, intrigué.
- Monsieur Cullen n'a autorisé que ses parents et sa sœur à le visiter et vous n'êtes ni l'un ni l'autre.
- Je sais, vous l'avez déjà dit. Il m'a appelé tout à l'heure pour me demander de passer.
La clinche de la porte s'abaisse et se relève aussitôt.
- Monsieur Cullen ne peut pas bouger, il ne peut pas vous avoir appelé.
- Oh…non… bien sûr… il m'a appelé par l'intermédiaire de sa sœur.
La porte s'entrouvre et se referme aussitôt.
C'est quoi ce bordel ?
J'essaie de me concentrer mais la morphine est plus puissante que ma volonté.
- Monsieur Cullen n'a reçu aucune visite aujourd'hui.
- Justement, je viens pour arranger ça.
- Monsieur C…
- Oui je sais, monsieur Cullen (elle insiste sur ces mots) ne veut voir personne et je vous dis que je vais quand même entrer. Alors enlevez votre main de cette poignée et tout se passera bien.
Quelques secondes passent. J'entends un léger raffut derrière la porte.
- Mais ! Vous m'avez tordu le doigt !
L'infirmière est outrée et je viens de trouver à qui appartient la seconde voix.
- Et je vais faire bien plus si vous ne me laissez pas entrer immédiatement.
J'ai une furieuse envie de passer la main dans mes cheveux ou de taper ma tête contre n'importe quoi mais comme je ne peux pas bouger, je reste là comme un con et j'attends qu'elle entre. Parce que je sais qu'elle va le faire. Je sais de façon certaine qu'il est très difficile, voire impossible d'aller contre la détermination de Bella et j'entends distinctement, même au travers de la porte, même sans voir son visage, qu'elle a clairement le dessus sur cette pauvre infirmière.
- J'appelle la sécurité !
- Faites donc ça !
La porte s'ouvre avec fracas. Je le remarque parce que tout le monde entre dans la chambre avec discrétion pour ne pas déranger le « malheureux malade » qui dort peut-être.
Pas elle…
- Edward putain ! Comment as-tu…
Elle crie presque le début de sa phrase, mais la fin meurt dans le silence au moment où elle me voit.
Voilà exactement ce que je veux éviter.
« Oh le pauvre... » « Ça doit faire mal... » « Je m'en veux tellement... »
Je n'attends pas qu'on me plaigne, qu'on se mette à ma place ou qu'on culpabilise pour moi.
Je déteste ça.
Cela dit, je ne vois aucune de ces trois émotions sur son visage.
Ses yeux sont quelque peu écarquillés, sa bouche entrouverte mais elle ne semble pas s'apitoyer sur mon sort comme je le redoute. Elle est juste… surprise.
- Tu… ils ont…
Elle cligne plusieurs fois des yeux et ses pupilles prennent la place qui est la leur, dans les miennes. Mon ventre se tord. Ce n'est pas forcément désagréable mais pas tout à fait agréable non plus.
- Tu es tout saucissonné !
Je suis tellement abasourdi par sa réplique que je ne sais pas quoi répondre. La surprise doit se lire sur mon visage parce qu'elle sourit et continue.
- Tu es ficelé comme un rôti !
La peste se retient de rire. Pour le coup, je trouve qu'elle ne s'apitoie pas assez !
- Ça m'apprendra à vouloir sauver les jeunes filles en détresse, maugréé-je.
Elle explose de rire.
- Ne me fais pas culpabiliser Edward, ça ne marche pas avec moi. Qu'est-ce que tu foutais là ?
Ce n'est pas ce que j'essaie de faire, je n'arrive pas à réfléchir clairement, alors calculer des stratagèmes pour la faire culpabiliser ou autre n'est pas dans mes cordes.
- Je t'ai suivi.
- Tu es un putain de psychopathe Edward !
Elle ne m'en veut pas, son ton est même enjoué mais surement que la drogue me fait percevoir les choses de façon différente.
- Non, je voulais seulement m'assurer que tu allais bien.
Nos regards se noient l'un dans l'autre et je ne parviens pas à saisir son expression… quelque chose comme de la reconnaissance passe dans ses yeux. Encore une fois, je ne suis sûr de rien et je m'acharne d'autant plus pour prendre le dessus sur les effets cotonneux de mes calmants.
- C'est… gentil…
Elle baisse la tête, mal à l'aise, comme si elle avouait un secret honteux. Pourtant, je suis gentil, plus avec elle qu'avec la plupart des gens.
Je ne veux pas la voir gênée, pas avec moi, alors je continue.
- Peu après que tu sois entrée dans le salon, un type rodait. J'ai suivi mon instinct, j'ai attendu puis je l'ai suivi.
Quelques minutes passent sans que nous n'échangions la moindre parole. Elle parcourt la pièce du regard.
- Qu'est-ce que c'est triste ici ! constate-t-elle.
- Ennuyeux au possible…
- Si j'avais su j'aurais amené des ballons.
- C'est exactement ce dont j'ai besoin, j'ironise.
Elle rit.
Mince ! Elle rit ! Et c'est moi qui provoque ce son enfantin ! Je ne comprends pas bien pourquoi j'en suis fier, surement parce que c'est rare.
Elle est détendue, bien plus que ce à quoi je suis habitué et je le suis bien plus que ce que je souhaiterais.
- Je suppose que je ne peux pas voir ton tatouage.
- Tu supposes bien, mais ils m'ont dit que la cicatrice était petite et ne passait pas sur le dessin. A priori ils n'ont rien abimé.
Elle médite mes paroles deux secondes et saisit son sac à main.
- Je viens du foyer, les gamins ont voulu te faire une carte… enfin… une pancarte plutôt.
Elle sort une feuille qu'elle déplie pour la placer devant moi. Plusieurs de mes patients ont écrit un petit mot et notamment Nelly.
« Je vou promé de bien me teunir et te ne pas fèr de criz pendan votre abssensse. Mé vou devé revenire vite et tenire vou oci vautre promèce »
Son mot est entouré d'un tas de cœurs et de smileys de formes, de couleurs et de tailles différentes.
Je souris à cause des fautes d'orthographe et de sa personnalité obstinée que je reconnais bien là.
- Je vais être obligé de te demander de sortir avec moi, j'ose.
Sous l'effet de la drogue, je suis désinhibé mais Bella ne se formalise pas.
- On ne devrait jamais être obligé de rien.
- Je ne m'en plains pas, si je n'en avais pas envie je ne le ferais pas.
Nous échangeons un sourire.
J'aime son attitude détachée. Je sais qu'elle est comme ça avec Emmett, Jasper ou même Rosalie, mais avec moi, c'est la première fois qu'elle est si naturelle.
- Ne prends pas tes rêves pour des réalités Edward, je ne sors pas avec des rôtis sur pattes.
- Je ne serais pas ficelé toute ma vie.
- Et je ne vais pas attendre des mois avant de… sortir…
Je présume que son « sortir » signifie « baiser ».
Même si sa remarque est badine, elle me blesse, et cette fois je remercie la morphine d'amoindrir la sensation.
Je passe à autre chose.
- Qui était ce type devant le salon ?
La porte s'ouvre à la volée. Mes yeux, puisque ma tête est coincée, dérivent directement sur un homme en uniforme. Je mets quelques secondes à réaliser qui il est et ce qu'il veut.
- Mademoiselle, je vais vous demander de me suivre.
Le ton est ferme et autoritaire mais Bella ne semble pas impressionnée. Elle approche son visage, son regard droit dans le mien et son expression sérieuse.
- C'est ce que tu veux Edward ?
Sa jolie bouche bouge et ses paroles mettent un certain temps à atteindre mon esprit.
Je veux l'embrasser, même avec mon haleine de cafard, même dans cet endroit sinistre, même sans la toucher. Je regarde ses lèvres se mouvoir et je ne pense qu'à ça, l'embrasser.
- Oui… je souffle.
- Quoi ? s'étonne-t-elle.
Son changement de ton et son recul brutal me sortent de mes délires.
- Quoi ? je répète hagard.
- Est-ce que tu veux que je m'en aille ?
- Non ! Reste !
Mes yeux trouvent l'agent.
- Elle reste, dis-je fermement.
Bella fait la peste et lui sourit de toutes ses dents.
- Ce ne sera pas la première fois qu'un homme ne sait pas ce qu'il veut, déclare-t-elle avec une dérision bien cachée.
L'homme bafouille quelques mots et sort en râlant.
Bella s'affaire. Elle prend possession des lieux.
Elle positionne le fauteuil sur le côté du lit face à moi, elle sort de son sac une enceinte qu'elle place sur la table de nuit, elle s'assoit, se déchausse et pose ses pieds croisés sur le matelas, près de ma main. Elle cherche quelque chose sur son téléphone, je comprends ce que c'est quand la musique emplit la pièce.
Je m'aperçois que la musique me manquait atrocement, le silence est une torture. Je ferme les yeux quelques secondes et je me laisse porter par la mélodie de « Off You » des Bredders.
Je suppose un peu bêtement que c'est sa façon de me remercier, une façon singulière, comme elle. Et si je vais plus loin, elle avoue par cette chanson que personne ne s'est jamais soucié d'elle comme je le fais. Mais sur cette hypothèse, j'ai de sérieux doutes.
- Ce gars est venu se faire tatouer le vendredi avant notre agression, commence Bella.
Je dois me recentrer pour comprendre de quoi elle parle.
- Il était vraiment très content de son tatouage. Il a tellement insisté sur les félicitations que c'en est devenu gênant. J'ai même cru qu'il me draguait. Mais bon… il n'avait rien de spécial qui aurait pu me faire penser qu'il était un détraqué et surtout qu'il était de mèche avec les deux ordures que nous avions tabassées.
- Alice m'a dit qu'ils sont des prédateurs sexuels.
Elle hoche la tête, perdue dans ses pensées.
- Ouais… Celui devant le salon, soi-disant le plus beau, était le rabatteur. Les deux autres s'occupaient de… torturer…
Mes dents grincent.
- Ils étaient recherchés. Plusieurs filles ont porté plainte avec nous…des filles qui ont eu moins de chance…
Je serre les poings en pensant à ce qu'ils auraient pu faire à Bella si je n'avais pas été là, puis je passe à autre chose parce que dans mon état, la rage n'a pas sa place, de toute façon la morphine ne laissera pas ça arriver.
- Je suis d'autant plus content de leur avoir éclaté la gueule.
- Tu étais impressionnant…
Elle a un sourire coquin. Est-ce que ça veut dire qu'elle m'a trouvé sexy ?
- Profites-en parce que je ne le referais pas tous les jours.
- Et j'espère sincèrement que ce ne sera pas la peine !
Nous rions encore. Je me sens bien parce qu'elle a l'air de se sentir bien elle aussi. Je profite de cette opportunité, je ne suis pas sûr qu'elle se reproduise et j'essaie de combattre les effets des calmants pour garder ce moment intact dans ma mémoire.
Le silence s'installe. Elle va partir et je ne sais pas comment la retenir.
- Alors… commence-t-elle en ouvrant un magazine.
Je suis sans voix, elle n'a pas l'air de vouloir me quitter tout de suite.
- « Rendre fidèle » en sept lettres.
Encore une fois, Bella ne prend pas la direction que j'attendais.
Elle veut qu'on fasse des mots fléchés ?
J'ai envie de lui dire que j'ai le cerveau en bouillie et que je suis à peine capable de réfléchir mais ce serait la mettre dehors et je veux absolument qu'elle reste, même si je dois me faire violence pour trouver les réponses.
- « Ligoter », je réponds.
Elle éclate de rire.
- J'espère qu'il y a d'autres façons de garder quelqu'un fidèle !
- Essaie « orgasme ».
Elle rit de nouveau et je la suis. Mon rire est moins prononcé, tout simplement parce que j'ai mal quand mon corps bouge, même un peu. Mais je suis heureux. Je peux affirmer que je le suis, même en faisant des mots fléchés et je n'aurais jamais cru ça possible.
Nous continuons ainsi de remplir les cases avec des mots plus loufoques les uns que les autres. Je ne sais même pas comment elle arrive à les placer, peut-être ne le fait-elle pas tout simplement. Peut-être est-elle là pour passer du temps avec moi. Peut-être aussi que je fantasme.
Nous rions beaucoup et l'espace de quelques minutes précieuses, j'ai l'impression que nous sommes complices, en accord l'un avec l'autre. Je ne peux pas m'empêcher de penser que ce n'est qu'une trêve, alors je profite.
Au bout d'un moment, j'ai dû m'assoupir parce que Bella n'est plus là quand j'ouvre les yeux. Et je n'ai aucune certitude sur le fait qu'elle revienne me voir.
Quel con !
¤o¤
15 jours plus tard - Dimanche 15h58
Je me morfonds malgré la bonne nouvelle que vient de m'apporter mon père. On m'enlève le plâtre demain et je pourrai rentrer chez moi dans trois jours si tout se passe bien d'ici là. Je ne suis plus ficelé par des bandages et je peux me lever pour faire quelques pas. La douleur est toujours présente mais j'ai insisté pour que les médecins baissent la dose de morphine. Au moins si Bella vient, je serai moins dans le coltard.
Bella…
Elle est passée tous les deux jours depuis dimanche dernier. Toujours à la même heure, 17h58, toujours une heure pas plus, toujours avec le même magazine de mots fléchés, avec la même allure et le même humour.
Elle est ma bouffée d'oxygène.
Elle ne s'est pas métamorphosée et même si elle est plus détendue que d'habitude avec moi, il va falloir bien plus qu'une agression pour qu'elle soit tout à fait elle-même.
Je n'ai pas oublié le discours qu'elle a servi aux ados du foyer, elle ne donne pas sa confiance facilement. Tant mieux, au moins quand je l'aurais, parce que je ferais tout pour l'avoir, je saurais qu'elle ne me fait pas un cadeau mais que je la mérite. J'aimerais qu'elle s'aperçoive aujourd'hui que je suis digne d'être son ami, à défaut d'être son petit-ami pour l'instant, mais je serais patient.
Autant dire que ces derniers temps elle m'obsède. J'attends impatiemment l'heure de son arrivée. J'observe chacun de ses sourires, chacun de ses regards, j'écoute chacun de ses mots, chacune de ses intonations.
Quand elle est là, la chambre prend vie. C'est fou comme sa présence réveille quelque chose de diffus dans l'air et quelque chose de prégnant en moi. Elle me charme tout simplement.
Mes parents passent toujours aussi régulièrement. Ma sœur de même, et ses visites me ravissent. Elle est de plus en plus à l'aise avec moi. Notre proximité est encore fragile mais j'ai bon espoir qu'elle se consolide. Je sais qu'elle voit Bella pour traiter l'affaire au sujet de l'agression. Je ne lui demande pas si elle parle de moi mais quelque chose me dit que si c'était le cas elle me le confirait.
Par contre je le demande à Rose. Elle a peu de temps et ne vient pas très souvent mais elle, elle fréquente Bella. Elles vont à la boxe ensemble et elles sont sorties deux fois depuis que je suis ici.
Je ne peux pas m'empêcher de penser que Bella est en chasse et qu'elle a déjà peut-être ferré un poisson, ce qui ne doit pas être difficile quand on a son corps et sa personnalité.
Rose m'assure que non. Bella envoie promener Jacob de façon soutenue et elle ne l'a jamais vu avec un homme quand elles sortent. Je crois Rosalie mais je sais que Bella peut être très discrète.
Elle ne m'a rien promis. Comme nous ne nous « fréquentons » plus, j'imagine que ma condition pour que nous ne voyons personne d'autre est caduque et je voudrais tellement que ce ne soit pas le cas.
En plus, Bella n'a pas jugé bon de me préciser qu'elle sortait.
Nous parlons peu, nos échanges se limitent au minimum. Elle s'installe, toujours à la même place, toujours de la même façon et on délire sur les mots fléchés, sur des articles loufoques ou sur tout autre chose mais nos échanges restent légers. Elle ne laisse échapper aucune information que je ne connaisse déjà, ne raconte pas particulièrement ses journées. Une certaine complicité s'est tout de même établie entre nous mais bientôt je rentrerai chez moi, elle ne passera plus et nous n'aurons plus l'occasion de discuter. Le fait qu'elle ne se confie sur rien devient pesant et un peu injuste.
Je suis debout, appuyé sur mon lit pour faire quelques pas quand on toque à la porte. Je n'ai pas le temps de répondre qu'elle est à l'intérieur, à seulement quelques centimètres de moi. Sa beauté me frappe de plein fouet, comme toutes ces choses qui font qu'elle est elle, ses cheveux, ses yeux pénétrants, son charisme.
Spontanément je souris. Je ne m'attendais pas à la voir à cette heure.
- Hey ! Tu es debout ?
C'est la première fois qu'elle me voit debout. D'habitude, elle vient plus tard dans l'après-midi et je suis trop épuisé pour me lever.
- Oui, je m'entraine.
Elle sourit un peu. Elle ne veut peut-être pas trop montrer qu'elle est contente de me voir. Moi au contraire je ne m'en cache pas.
- Je suis content de te voir.
- Dire que tu ne voulais voir personne…
- J'avais tort.
- Tu peux le dire.
Elle passe près de moi, pose son enceinte sur la table de nuit et tripote son téléphone.
J'avance à pas chancelant.
- Tu me fais peur Edward, on dirait que tu vas tomber, dit-elle faussement effrayée.
- T'en fais pas pour moi, je suis solide.
Je passe ma main sur sa taille et la rapproche. Le plâtre m'empêche de la sentir contre moi mais son odeur m'envoute.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Un câlin, dis-je comme si tout ça était normal.
Elle dégage mon bras doucement pour ne pas me déséquilibrer.
- Je ne fais pas de câlin.
Je le sais, mais j'en avais envie, ou besoin. Je ne m'offusque pas. Elle est là de son plein gré et certainement pas pour me faire plaisir, alors je prends ce qu'elle me donne et je patiente.
- Je peux choisir le morceau ?
Elle hésite puis me tend le téléphone. Je fais défiler les albums, nous avons décidément les mêmes gouts à part peut-être pour une chose.
- Aucune musique classique ? je demande.
- J'y connais rien, répond-elle nonchalamment.
Alors je prends mon téléphone, je créé la connexion avec son enceinte…
- Qu'est-ce que tu fais ?
Elle est légèrement agacée, elle a peur que je foute le bordel dans ses affaires.
J'ai beaucoup réfléchi à son sujet depuis que je suis immobile et que j'ai tout mon temps à tuer. Le fait qu'elle aime l'ordre ne m'a pas échappé. Par exemple sa cabine est toujours rangée au carré. Je m'en veux d'autant plus pour la dernière fois où elle est venue chez moi, dans ce foutoir innommable. Ça ne se reproduira plus, quitte à engager une femme de ménage, je ne veux plus que Bella voie ma maison dans cet état.
Je sais qu'elle ne veut rien de trop intime entre nous. Elle ne veut pas m'embrasser, elle ne veut pas me parler de son passé, elle évite tout contact affectueux… De là à rechigner parce que je raccorde mon téléphone en Bluetooth avec son enceinte, je trouve ça un peu fort. Mais je fais l'air de rien, je prends sur moi, encore.
J'envoie la musique et je m'allonge, fatigué d'avoir fait dix pas.
Bella positionne le fauteuil comme d'habitude, sur le côté du lit face à moi, comme toujours elle allonge ses jambes sur le matelas.
Je saisis son pied d'une main et entreprends de le masser. Elle lève les yeux vers moi quand elle sent mon contact, puis se laisse aller quand je commence à mouvoir mes doigts.
Elle soupire bruyamment et c'est moi qui me fige.
- Ne fais pas ça.
Elle sourit un peu.
- Faire quoi ? demande-t-elle d'une voix sensuelle.
Je lâche son pied.
- Parler avec cette voix sexy.
- Pourquoi pas Edward ?
Elle accentue la lascivité de ses mots et mon prénom sur ses lèvres sonne comme une invitation à la luxure.
- D'après toi ?
Mon ton est sec. Je ne peux pas lui donner ce qu'elle attend et j'en suis frustré au possible. Je ne comprends pas non plus pourquoi elle insiste. Ce n'est pas drôle.
- Alors…pas de… sexe ?
Ses yeux sont tout à fait sérieux. Je remue la tête de droite à gauche.
- Combien de temps ?
Elle s'inquiète réellement.
- Faudra que je demande à mon père, je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé avant…
Je suis ironique et elle le comprend.
Elle se redresse sans lâcher mes yeux. Je reconnais l'étincelle lubrique de son regard. Sa main glisse sur ma cuisse et remonte doucement quand elle dit.
- Il y a plusieurs façons d'avoir des rapports sexuels Edward.
Même sous calmant, ma queue frétille. « sexuels » et « Edward » dans sa bouche, avec ce grain de voix particulier qu'elle arbore, sont deux mots qui pourraient me faire jouir sans qu'elle ne me touche.
J'attrape sa main fermement.
- Pas ici… pas comme ça… dis-je un peu agacé.
Bella est entreprenante. Pour elle le sexe est naturel, sans tabou. J'aime ça, mais je ne peux pas m'empêcher de me demander si elle a ce comportement avec moi seulement ou avec tous les gars qu'elle a fréquentés. Je voudrais que ce ne soit que pour moi.
Elle se retranche sur son fauteuil, visiblement contrariée.
- Qu'est-ce que tu attends Edward ?
La question n'est pas complète, elle insinue « qu'est-ce que tu attends de moi ? ».
Je dois la jouer fine sur ce coup là.
- J'attends de sortir d'ici et de pouvoir te faire jouir de toutes les façons possibles et te faire crier sans affoler le personnel.
Ses yeux pénètrent les miens, comme souvent quand elle réfléchit à propos de quelque chose que je viens de lui dire. Je ne flanche pas alors que je mens un peu, ou que je ne dis pas toute la vérité pour être exact. Je lui dis ce qu'elle veut entendre et évidemment, elle est d'accord avec ça.
Elle s'installe plus confortablement sur le fauteuil et ferme les yeux. Elle écoute la musique.
Il s'agit de « Clair de lune » de Debussy.
Je la regarde à loisir, je la contemple plutôt. Elle est attentive, concentrée sur le son, les notes, l'ambiance de la mélodie. Elle est belle à se damner. Elle dégage quelque chose de si pur que c'en est presque douloureux de ne pas pouvoir la toucher.
Petit à petit, ses sourcils se froncent et ses doigts se crispent sur les accoudoirs.
- Arrête ça, dit-elle autoritaire.
- Pourquoi ? je suis surpris. Ça ne te plait pas ?
- Non c'est…trop…
Elle cherche ses mots. La musique lui plait mais elle la met dans un état qu'elle n'apprécie pas. Je ne sais pas comment je le comprends mais je le comprends.
- Trop morose, finit-elle.
Elle ne veut pas montrer sa sensibilité. Je vois bien que la musique la touche, elle est bouleversée. Elle le cache bien sûr mais je l'observe avec beaucoup d'attention et je perçois sa mélancolie.
J'arrête le son sans rechigner et passe quelque chose de plus léger.
Elle reprend son magazine de mots fléchés et je rouspète intérieurement.
J'aime bien faire quelque chose avec Bella, partager n'importe quoi me plait, mais aujourd'hui j'ai envie de parler. Je ne sais pas quand je la reverrais, je veux saisir toutes les opportunités d'en apprendre plus sur elle.
- Je te propose un autre jeu.
Je tente le tout pour le tout et comme souvent je ne sais pas à quelle réaction m'attendre de sa part.
- Quel jeu ? demande-t-elle intriguée.
- Le jeu des questions réponses.
- Heu… connais pas…
- C'est simple, on pose une question à l'autre chacun notre tour.
Elle prend le temps de la réflexion. C'est un jeu que je viens d'inventer mais comme elle ne se dévoilera pas en discutant simplement, je suis un peu obligé de trouver des astuces.
- Qu'elle est la première chose que tu feras quand tu sortiras d'ici ?
Elle accepte et je n'aurais pas parié un dollar là-dessus. Je réponds spontanément.
- T'appeler et te proposer d'embrasser chaque partie de ton corps.
Ses yeux pétillent d'envie, elle serre ses cuisses l'une contre l'autre. J'aime cette attitude, je sais qu'elle le fait chaque fois qu'elle a envie de moi et j'adore qu'elle ait envie de moi.
Nous restons quelques secondes suspendus dans les yeux de l'autre en imaginant ce que ça pourrait donner. Je brise le contact visuel le premier, je commence à m'exciter.
- Qu'est-ce qui n'allait pas avec ta mère pour que tu atterrisses chez Emmett ?
Je suis cash, surement un peu trop.
Elle ramène ses genoux contre sa poitrine et les enlace de ses mains.
- Tu commences fort…
Elle cherche ce qu'elle va dire et peut-être aussi « si » elle va le dire.
Je la laisse prendre son temps, je sais que ce n'est pas facile pour elle et je ne veux pas la brusquer plus. En même temps, je pense lui avoir prouvé, et ce de différentes manières, que je suis quelqu'un de confiance.
- Elle ne s'occupait pas de moi.
- Pas… du tout ?
- C'est mon tour.
Ses yeux sont noircis. Outre le fait qu'elle n'aime pas en parler, elle n'aime pas se replonger dans ces souvenirs. Je la comprends, j'éprouve la même chose au sujet de mon accident.
- Qu'est-ce qui te rend si heureux tout le temps ?
Je suis étonné par sa question, elle connait la réponse.
- Je suis passé à côté de la mort à cause de mon accident…
- Non ! Cette version je la connais, je veux la version officieuse.
Elle est calme mais ses yeux droits dans les miens sont déterminés. Elle m'a cerné, elle sait qu'il y a autre chose.
Là, c'est moi qui me renferme. Peu de gens connaissent cette partie de l'histoire et je ne suis vraiment pas fier de moi sur ce coup. Je suis aussi étonné qu'elle ait compris que je cachais une partie de l'histoire. D'habitude, personne ne s'en doute.
Je respire un bon coup. Si je veux qu'elle s'épanche, je dois commencer d'abord.
- Quand j'ai eu seize ans, je voulais monter un groupe. J'ai rencontré Félix sur internet. Il était un musicien hors pair, il jouait très bien de la batterie, l'instrument que je ne pouvais pas maitriser dans sa totalité à cause de ma paralysie. Il avait tout juste un an de plus que moi, c'était un gars drôle, enjoué, et il ne s'est pas formalisé une seconde de mon état. Le courant est passé tout de suite entre nous et après avoir correspondu quelques semaines sur internet, on s'est rencontré. Il était la première et presque la seule personne que je laissais entrer chez moi.
Je suis perdu dans mes souvenirs et je fuis le visage de Bella.
- Nous sommes devenus proches, on composait ensemble et je me suis beaucoup confié à lui. Un jour où je n'avais pas le moral, il m'a proposé de fumer un joint. Il m'a présenté ça comme un médicament euphorisant. Moi je ne connaissais rien à la drogue alors j'ai testé sans me méfier. J'ai adoré...
Je fais une pause de nouveau. J'ai honte. Malgré mon handicap, j'avais tout et j'ai agi comme un con égoïste.
- Petit à petit je suis passé à des choses plus dures, tout comme Félix. Moi j'étais dépendant de lui, des doses qu'il me fournissait, lui s'en donnait à cœur joie à l'extérieur, mais ça je ne l'ai su qu'après. Mes parents ne comprenaient pas les changements physiques et comportementaux qui s'opéraient en moi. J'étais devenu exécrable, j'avais deux ans d'avance scolaire mais les études ne m'intéressaient plus, je ne jouais quasiment plus de musique, je maigrissais à vue d'œil, je refusais de suivre les traitements que mon père m'indiquait. Bref, je rejetais tout et tout le monde sauf Félix.
Mes mains tremblent. Si la première partie de l'histoire n'est pas fameuse, la suite est encore plus pénible.
- Il est mort d'une overdose à l'âge de dix-huit ans. J'ai pété un plomb, comme un con sur mon fauteuil roulant. Mon immobilisme était devenu encore plus insupportable. J'ai cru devenir fou. J'étais malheureux comme jamais et je m'en voulais de ne pas avoir su le soutenir, de ne pas avoir vu qu'il se détruisait, de n'avoir pensé à moi, d'avoir été si égïste. Il avait une excuse, sa mère l'élevait seule, elle cumulait plusieurs emplois pour subvenir à peine à leurs besoins, il était démuni. Il se débrouillait comme il pouvait mais sa vie n'était pas rose. Moi je n'en avais aucune. Quand la rage et la détresse furent passées, je me suis juré de me respecter mieux que ça. Je me suis juré de profiter de ma famille, de mes amis, de la vie et de tout ce qu'elle peut m'offrir.
Je lève les yeux vers Bella. Son expression est indéchiffrable. Ces souvenirs m'agacent, je me sens mal, honteux et minable.
- Je n'ai pas eu besoin d'une cure, même si j'ai vécu des mois difficiles, j'ai arrêté seul. Après ça j'ai bossé comme un malade, je me suis acharné à la rééducation, je me suis appliqué à être celui que je voulais devenir, une bonne personne avec tout le monde, à commencer par mes parents. J'ai échoué avec ma sœur mais tout n'est pas perdu… rien n'est jamais perdu…
Ses grands yeux sont dans les miens. Me croit-elle lâche, misérable ou pitoyable ? Je n'en ai aucune idée.
J'ai besoin d'un signe, j'ai besoin qu'elle passe à autre chose, je suis trop gêné, il faut qu'elle m'aide.
- A ton tour, je lance incertain.
Elle cligne des yeux plusieurs fois et secoue un peu la tête en la baissant.
- Ma mère ne s'occupait pas de moi.
- La version officieuse…
Je suis très sérieux. Elle ne peut pas me laisser en plan avec ça, elle ne peut pas faire ça.
Elle est indécise.
- C'est la version officieuse, lâche-t-elle.
Bon sang, elle le fait !
Je viens de lui confier le pire de mes secrets, la chose la plus dure et la plus infâme que j'ai eue à souffrir dans ma vie et elle se tait.
- Bella, explique-moi, j'implore.
Je la supplie de ne pas me laisser là-dessus.
- Je dois y aller.
Ce disant elle rassemble ses affaires.
J'explose.
- Putain ! Pourquoi tu te fermes comme ça ? Fais-moi confiance ! Tu ne comprends pas que je ne te ferais pas de mal ? Je suis de ton côté, pas contre toi ! Tu ne risques rien avec moi !
Elle baisse la tête. Ses cheveux détachés tombent autour de son visage, je ne vois pas ses traits. J'ai envie de la brusquer, qu'elle admette que ce qui se passe entre nous n'est ni banal ni anodin.
Elle pose enfin ses yeux dans les miens. L'électricité dans l'air est palpable.
- Et toi ? Pourquoi tu veux absolument plus ? Tu ne peux pas te contenter de me baiser ? dit-elle posément mais avec une fermeté qui n'appartient qu'à elle.
- C'est ce que tu veux ? Que je te baise et que je disparaisse quand tu en auras assez ? Je ne suis pas comme ça ! Pas avec toi !
Je ne crie pas mais j'ai du mal à me contenir. Je déteste l'injustice et à ce moment-là, elle est d'une telle mauvaise foi.
- Pourquoi pas ?!
- Parce que…
C'est le moment, celui où je me lance. Je ne sais pas où je vais. Je ne crois pas être amoureux d'elle. L'amour est un concept que je connais peu, mais je suis certain que je veux plus que la baiser.
- Parce que ta présence est différente des autres personnes que je côtoie, dis-je plus calme.
Ce disant, je me lève difficilement. J'ai mal mais je le cache autant que je peux.
- Parce que le sexe avec toi est différent.
Ma main passe sur son bras et l'intensité que je ressens à son contact vient appuyer un peu plus mes paroles.
- Juste parce que je n'ai envie de connaitre personne comme j'ai envie de te connaitre toi.
Elle ne bouge pas alors je me place face à elle et je relève son menton.
Ses pupilles brillent, elles plongent dans les miennes avec force. Elle me défie d'en dire plus.
- Parce que je n'ai jamais rencontré personne plus belle et plus attirante que toi.
Elle fronce ses sourcils.
- Je ne suis pas capable de te donner ce que tu attends de moi, tranche-t-elle.
- Essaie, je murmure.
Malgré moi, mon visage s'approche du sien. Elle ne bouge toujours pas.
Son haleine m'envahit, ses yeux sont sur ma bouche, elle déglutie et je suis foutu. Je suis à elle et quoiqu'elle décide, elle peut faire ce qu'elle veut de moi.
Au moment où nos lèvres sont à quelques centimètres, elle recule brusquement.
- C'est impossible.
Elle se dirige vers la porte et je serre les poings et les dents. C'en est trop. J'en ai marre de jouer au chat et à la souris, j'en ai marre de son caractère obtus, une fois de plus la colère prend le dessus.
- Tu fuis encore ! Tu es une lâche Bella ! Tu es trop lâche pour affronter la vérité !
Je n'entends pas la porte claquer alors je me retourne vers elle.
Elle est de dos, la main sur la poignée et se tient immobile, statufiée. Son visage se détourne sans se retourner tout à fait, je la vois de profil.
- Ma mère ne voulait pas de moi, commence-t-elle. Elle ne m'a rien donné, elle ne m'a pas éduqué, elle ne m'a pas soigné ni rien appris mais elle me terrorisait. J'étais un être sauvage totalement désocialisé. A sept ans j'arrivais dans la famille d'Emmett. J'étais incontrôlable alors ils m'ont abandonnée eux aussi. Au foyer j'étais désespérément seule. J'ai enchainé les conneries parce que je ne savais rien faire d'autre. J'ai vingt-trois ans et j'ai déjà connu la drogue, l'alcool, les bagarres de rue, le sexe à outrance et bien d'autres choses tout aussi chaotiques.
Ses épaules s'affaissent. Je suis perdu. Je voudrais courir vers elle pour la soulager et lui prouver qu'elle peut me faire confiance, que je suis là pour elle, mais quelque chose me dit de ne pas faire un geste, quelque chose me dit que je ne pourrais rien faire qui apaiserait ce qu'elle ressent à ce moment précis.
- Alors Edward Cullen tu veux toujours me connaitre ?
- Bien sûr !
Ma réponse fuse sans aucune hésitation.
Son visage se retourne complètement vers moi et sa détresse me pétrifie.
- Tu ne sais pas ce que tu dis. Un gars comme toi n'a rien à faire avec une fille comme moi, claque-t-elle.
Elle abaisse la poignée de la porte et je suis désespéré.
- C'est quoi un gars comme moi ?
J'essaie de la retenir avec des mots puisque je n'atteindrai jamais la porte en marchant, mais elle continue sa progression.
- Et c'est quoi une fille comme toi ? je crie.
La porte claque et mon poing tape contre le matelas. Une douleur électrique traverse mon dos.
Quel con !
Elle est comme moi, elle a honte de ce qu'elle a fait, elle a peut-être même honte de ce qu'elle est.
Je ne m'y suis peut-être pas pris de la meilleure des façons, mais maintenant elle sait ce qu'il en est. Elle sait ce que j'éprouve et même si elle le nie, je suis persuadé qu'elle le ressent aussi.
Ma résolution à la connaitre n'en est que plus forte, mais désormais, la balle est dans son camp.
