Maka, Tsubaki et Black Star étaient restés au chevet de Soul et Gabriel. Tous absorbés dans leurs pensées sur la lourde révélation des deux professeurs, et sur leurs missions à faire. Soul était bien celui qui était le plus proche de Faust, Gabriel excepté. Mais à bien y réfléchir, ce qui s'était passé quelques heures plus tôt avait eu les moyens de lui faire comprendre le danger que pouvait représenter son ami.
- Je pense que Stein et Sprirt ont raison, dit-il sans regarder ses camarades.
- Oh ! Oui ! Très bonne idée, Soul ! ricana Maka, mauvaise. Lui qui nous fait confiance, et qui nous considère comme ses amis, le traiter comme un Kishin, on ne fait pas mieux dans le genre amitié !
- Écoute, tu te souviens de notre dernière mission ! Il est né de l'âme d'un détraqué sérieux ! ça peut affecter son esprit à lui aussi ! Et puis… c'est flippant…
Il se souvenait le moment où il avait mis sa main sur le front de Faust et la réaction en chaîne qui en avait découlé. Sa transformation en faux, puis en Kishin Gari et, avant de s'évanouir, l'impression de ne plus avoir qu'un souvenir vague de ce qu'il était, que sa vie n'avait jusqu'alors été que néant. En y repensant, il était tétanisé.
- Même s'il le voulait, il ne pourrait pas empêcher que quelqu'un le touche, la preuve.
- Mais qu'est-ce qui s'est passé, au juste ? Pourquoi tu t'es transformé en faux ?
- Tu crois que je l'ai fais exprès, peut-être ! J'ai eu une décharge, comme un court-circuit avec mon âme ! Comme si… mon corps bougeait tout seul et que je le regardais sans penser à l'arrêter. Quand je l'ai touché, c'est comme si mon âme débordait d'énergie et qu'il fallait que je la fasse sortir, par tous les moyens.
Il mit sa main contre ses yeux, se rappelant avec précision les émotions et sentiments qu'il avait ressentis.
- Toute cette énergie, cette puissance, d'un coup. Même le sang noir ne m'a jamais apporté autant de force. C'était violent, effrayant, ça me submergeait… Arriver à faire le Kishin Gari si facilement… Mais ensuite…
Maka vit que la main de son arme tremblait sur son visage crispé. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état. Même quand il avait peur, en mission, il refusait de laisser tomber son image cool et là, il brisait son attitude qui lui importait tant rien qu'en évoquant ce moment. Soul respira un grand coup et se calma un peu.
- Sans compter que même Stein et Spirit ont perdu face à moins fort que lui. Franchement, j'ai peur.
- Ce qui m'inquiète le plus, avoua Tsubaki, c'est Gabriel. Il ne lâchera pas Faust aussi facilement. Et puis, qui va s'occuper de lui ?
- Personne ! résonna la voix du garçon. Je me débrouillerais tout seul, mais personne ne viendra remplacer Faust !
Gabriel s'était relevé sur son lit d'infirmerie. Il se frottait le tête en envoyant des ondes meurtrières au responsable de son mal de crâne.
- Vous vous dites ses amis mais pour une mission, vous le rejetez au rang de moins que rien ! Votre amitié ne pèse pas bien lourd, bande de faux jetons !
- Et toi ? lui dit durement Black Star. Tu te rends compte de ce qu'il est ? De ce qu'il a fait à Soul ?
- Il n'a pas voulu ! C'est un malheureux accident ! Et s'il a menti tout ce temps, c'est à cause des ordres de Shinigami-sama !
- Mais Shinigami-sama ne lui a jamais demandé de te révéler tout. Et par chance, pile au moment où on se rend compte qu'il est dangereux et qu'on vous sépare ! Pour moi, ça sent la manipulation à plein nez !
- Menteur ! C'est parce que tu le déteste ! Parce que tu as perdu contre lui et que tu ne supporte pas qu'il soit plus fort que toi !
- Alors tu penses qu'on ne vaut rien alors que Faust t'as menti pour les mêmes raisons que nous avons maintenant pour le tuer ? Il est aussi coupable qu'on pourrait l'être ! Plus même, puisqu'il a finit par désobéir aux ordres avant d'être accusé, comme s'il savait qu'on allait l'enfermer ! Si ça ne prouve pas sa culpabilité je ne vois pas ce qu'il te faut !
Les deux opposants se fixaient du même regard froid et électrique. Gabriel chercha dans les trois autres personnes un soutien qu'ils refusaient de lui donner. Soul restait muet et le visage caché, Maka ne croisait pas ses yeux, occupée à couver Soul d'un regard inquiet, Tsubaki lui fit un sourire empli de gentillesse, mais vide d'aide.
- Gabriel… tenta-t-elle de tempérer.
Gabriel se leva avant qu'elle put continuer et se dirigea précipitamment vers la porte.
- Je te préviens, Gabriel, le menaça Black Star, si tu rejoins Faust, je t'éclate la tête sur le mur. Et sans ton manieur, c'est un jeu d'enfant pour moi !
L'enfant frissonna, ouvrit la porte et s'enfuit. Du mauvais sens, c'était bon signe. Un peu plus tard, Black Star et Tsubaki prirent congé avant de partir. Enfin, Soul fut autorisé à rentrer chez lui mais devrait remettre un rapport sur l'incident.
Le jour suivant, la tension était palpable autour de la cellule de Faust. Après Kid, qui avait veillé toute la nuit, Black Star avait pris le relais au matin, et ce soir-là, c'était au tour de Soul et Maka de surveiller le détenu.
Ils croisèrent les deux dernières sentinelles qui leur laissèrent un rapide rapport.
- Tout s'est bien passé ? demanda Maka.
- Oui, sourit Tsubaki, il est calme.
- Mais restez vigilants, insista Black Star. C'est une mission très importante, ne l'oubliez pas !
- T'inquiète pas, lança Soul, on assure !
- Content de voir que tu vas mieux, ricana l'assassin.
- Bien sûr ! Avoir peur, c'est pas cool !
Maka avait pourtant juré voir Soul frissonner en arrivant aux cachots. Une fois Soul changé en faux, ils se postèrent tous les deux en face de la porte grillagée, laissant les deux autres aller se reposer. Ainsi commença une longue attente. La salle qui apparaissait entre les barreaux était illuminée par une ouverture d'où jaillissait la lumière ambrée du soleil couchant, découvrant une pièce petite, sans aucun meuble ni même une paillasse. Au fond, immobile, tête baissée et les mains pendantes au bout des chaînes, Faust semblait dormir. Il avait reçu une tenue de prisonnier et sa tête, ses mains et ses pieds avaient été couverts. La pitié de Soul était empiétée par sa peur pour Faust.
- Hé ! Il y a un pilote dans l'avion ? demanda Soul.
- … ouais.
- Ça n'a pas l'air d'aller, dis-moi ? Tu planes ?
- … non. Je suis juste mal à l'aise. Je te dois des excuses mais je me dis qu'elles ne suffiront sûrement pas.
- …
Maka et soul s'échangèrent un regard éloquent. Maka reporta son attention sur le rapport et vit que Stein devait venir durant leur garde pour faire des tests à Faust.
- Moi qui critiquais le Faust humain, souffla-t-elle à son arme, on ne fait pas franchement mieux.
- … Hé ! Faust ! T'as vu quoi au juste de mon passé ?
- Euh… Soul, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Et puis, je suis là !
- Ça va ! dit Soul. T'es mon manieur après tout. Alors ?
- Je… commença Faust. J'ai vu un piano, et un petit bonhomme rouge qui claquait des doigts. J'ai vu Maka avec une clé à la main. J'ai vu… une salle avec des tableaux sur le mur.
Ce n'était pas des souvenirs matériels, mais bien des souvenirs de son esprit que Faust avait vu.
- Et t'as entendu quoi ?
- Je n'entends pas pendant ces moments-là.
- Sans blague ! T'es sourd quand tu déjeunes ?
- Soul ! le réprimanda Maka. Tu es odieux, là !
- Mais j'ai pas tort.
- Soul !
- Ça va ! Je me tais, ronchonna Soul.
Un long moment passa. Maka dans ses livres et rapports évitait de regarder Soul qui lui fixait Faust sans ciller.
- Je te pardonne, sinon c'est pas cool. Mais je ne te ferais pas de cadeaux si tu t'échappe.
- Merci. Je ne m'échapperai pas.
- J'y compte bien ! ajouta la voix de Stein. On va pouvoir commencer l'interrogatoire.
Faust releva la tête, le visage inquiet.
- Professeur, demanda-t-il, quelqu'un vous suit ?
- Non, pas que je …
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il fut plaqué contre la porte de la cellule. Le choc fut si violent que la porte céda et laissa Stein voler jusqu'au fond de la pièce et atterrir aux côtés de Faust. Stein vit la silhouette fine et grande d'une jeune fille aux cheveux aussi rouge que le long manteau qui la revêtait. Bien que Soul soit appuyé contre sa gorge et Maka prête à l'achever, elle souriait d'un air tranquille.
- Je t'ai enfin trouvé ! se réjouit-elle. Cette citadelle est un vrai labyrinthe !
- Qui es-tu ? demanda Maka, sérieuse.
Stein ne voyait aucune âme en elle. La fille rouge se tourna vers Maka et lui offrit un large sourire en l'empoignant à la gorge.
- Le Premier m'a baptisée Redoll. Je suis ici pour récupérer celui que vous avez enfermé. Et je dois me dépêcher.
Elle fit une pichenette sur le front de Maka qui fut projetée au fond du couloir. Redoll entra dans la cellule et inspecta la pièce. En voyant l'ouverture, son sourire s'étala davantage sur son visage
- Avec ça, je vais faire un raccourci !
Elle sauta avec une rapidité et une agilité déconcertante et explosa la petite ouverture en un trou béant sur la ville. Elle atterrit près de Faust et Stein. Ce dernier se releva en vitesse et entama un combat qui ne dura que quelques instants avant que Redoll ne lui brise les os du bras. Elle lui asséna un coup de pied sur le visage pour le tuer. Dans un bruit de déchirure, Stein vit le rouge du vêtement comme taché par des lignes blanches avant de sentir sur son visage le léger coup d'air suivant le choc qu'il aurait dû subir. C'était les doigts de Faust qui avaient arrêté le pied de Redoll d'une main. Sans lâcher prise, il tourna le poignet et envoya la jeune fille sur le sol, fracassant les dalles alentour.
Stein crut délirer. Alors que lui-même n'avait pas réussi à lui porter le moindre coup, Faust, fatigué et désavantagé par sa cécité et les chaînes qui l'entravaient, avait réussi à parer et contre attaquer d'une main.
- Qu'est ce que tu fais ? demanda Redoll au sol. Tu dois me suivre, pas te battre avec moi. Si tu veux je laisse cet humain tranquille.
- Qui es-tu ? que veux-tu ?
- Je te l'ai déjà dis ! Je suis Redoll, et je suis venue te chercher !
- On est venu te chercher, rectifia un second sans-âme. Ne garde pas le beau rôle que pour toi, Redoll. Si j'avais su que tu mettrais autant de temps, je t'aurais fait faire le ménage en haut. Ces humains se battent comme des manches à pelle !
- Vous avez attaqué Death City ? s'inquiéta Faust.
- Non, on l'a déjà assiégée, mais tuer tout le monde va prendre du temps. Allez ! viens ! Le Premier a hâte de te voir !
- …
- Faust, essaya de le raisonner Stein, tu sais quelle sentence on t'infligera si tu t'enfuis.
- … Je sais, oui.
Stein avait dit ça, mais il se sentait bien incapable de le retenir dans son état. Faust tira sur les chaînes et les fit sauter. Il se leva et ôta la calotte qu'il portait sur la tête. Quand il fut assez près des deux sans-âmes pour les toucher, il tendit chaque main vers l'un d'eux, touchant leur visage. Avant que les deux jeunes ne s'en rendent compte, il leur tordit le cou si fort qu'il leur arracha la tête. Même s'il n'avait pas d'âme, Stein sentait la colère de Faust irradier toute la salle. Mais cela ne l'empêchait pas de s'approcher de lui avec calme.
- Il faut vous soigner, professeur. Laissez-moi vous aider. Faites-moi confiance.
Plus par curiosité que par confiance, Stein laissa le jeune homme prendre son bras par la manche et appliquer la résonnance de sa propre âme sur son corps qui réagit positivement.
Attirés par les bruits de la cellule, plusieurs sans-âmes quittèrent le combat qu'ils menaient avec les élèves de Shibusen pour se rassembler dans la pièce. Sans plus s'occuper des corps des deux premiers sans-âmes, l'un d'eux parla à Faust :
- Pourquoi tu ne veux pas nous suivre ? On te cherche depuis des mois, tu sais ? Il ne faut pas nous détruire, sinon le Premier va te gronder ! Tu te laisse peut-être trop emporter par les sentiments humains. Si tu viens avec nous, le Premier t'aidera, j'en suis sûr !
Faust le chercha par l'ouïe et s'approcha de lui. Le sourire du sans-âme n'eut pas le temps de s'affaisser que sa poitrine fut transpercée par le poing de Faust.
- Tu ne le vois pas encore, mais les sentiments humains vont t'affaiblir.
- Pour quelqu'un d'affaibli, murmura Faust, je trouve que je t'ai tué bien facilement.
- C'est vrai, après tout tu es le Dernier ! Tu es vraiment très fort !
Faust ôta son bras du sans-âme qui s'effondra mort.
- Qu'est-ce que vous appelez « Premier » et « Dernier » ?
- Vous, les prochains Dieux, les Parfaits !
- Mais tant que vous ne serez pas réunis, vos pouvoirs seront incomplets. Viens !
- NON ! Je ne partirais pas d'ici. Dussé-je mourir ici, je ne partirais pas ! Partez, vous !
Les sans-âmes s'entre-regardèrent et sous les yeux de tous s'agenouillèrent aux pieds de Faust !
- Si tel est ton désir, nous partons sur le champ. Mais nous reviendrons dès que tu le formuleras. Au revoir.
Sans autre forme de procès, les sans-âmes se replièrent et fuirent. Les élèves blessés qui avaient assistés à la scène pouvaient voir maintenant Faust s'adosser au mur, ou plutôt accroché au mur. Stein se leva et vérifia que les trois corps étaient bien morts avant de s'avancer vers le jeune homme.
- Comment tu as su qu'ils partiraient si tu leur demandais ?
- J'en savais rien du tout, je n'aurais pas imaginé une seconde qu'ils le feraient. Maka et Soul ont été attaqués dans le couloir, ils vont bien ?
Stein vit Tsubaki et Black Star se précipiter vers l'endroit indiqué et ramener les deux jeunes, cabossés mais entiers et vivants. Bien qu'il ait eu toutes les raisons et tous les moyens pour fuir, Faust n'a même pas essayé de partir depuis deux jours.
Là, ça ne s'arrange pas pour Faust! Prochain chapitre, la confrontation Faust/Gabriel! Ça va faire des étincelles! (Et ça rime en plus!)
