CHAPITRE 4
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POV Sarah
J'enlève tant bien que mal mes bottes et mon pantalon dans lequel il ne rentre rien d'autre que mes jambes pour enfiler un short de nuit. Mon top rejoint la pile de linge sur le sol et je passe cinq longues minutes à chercher le débardeur qui va avec mon bas de pyjama. C'est finalement ma copine qui le trouve sous mon oreiller, elle me le balance avant de commencer elle aussi à se changer. J'éteins la lumière et rejoint Ju' sous la couette tout en gardant la bouche obstinément close.
- Tu craches le morceau oui ou non ? On va pas y passer la nuit quand même.
- Mais qu'est-ce que tu veux entendre à la fin, j'ai beau réfléchir je ne vois pas ce qui a déclenché tout ça.
C'est ce moment que choisis mon portable pour se mettre à vibrer. Je palpe ma table de nuit à sa recherche et ne comprends pas tout de suite ce que je lis.
« Je suis vraiment désolé, excuse-moi. T »
Je fixe ces quelques mots et regarde mon amie qui n'a pas du tout l'air étonnée.
- C'est toi qui lui as donné mon numéro ?
- Il voulait se faire pardonner et tu ne lui en as pas laissé vraiment le temps.
Après un silence elle reprend :
- Tu n'en as pas marre de vivre dans ta bulle de surprotection ? Tu sais, les gens valent le coup d'être connu, ils peuvent t'apporter beaucoup de bien et dans certains cas du mal. Mais ce n'est pas en te protégeant de toutes ces émotions que ta vie sera meilleure. Depuis la mort de ton père je sais que tu t'es éloignée de tout et tout le monde pour ne plus avoir à souffrir de quoi que se soit.
Je sais qu'elle a raison, pourtant je ne vois pas trop le rapport avec Tom pour le moment.
- Où tu veux en venir au juste ?
- Tu as flippé comme une minette quand tu as su qu'il préférait être en ta compagnie alors qu'il est super connu plutôt qu'avec une fan quelconque, voilà ce que je veux dire.
- Hum… – je me lance dans une réflexion profonde avant de lâcher – non, je ne pense pas.
- Et ben moi je le pense. De toute façon dès qu'une personne te porte le moindre intérêt, tu te sauves en courant.
- Je ne me suis pas sauvée, c'est pas vrai.
Elle me regarde alors bien fixement en une attitude plus que sceptique tout en disant :
- Ah bon ? Pourtant vous étiez en train de parler et sur un coup de tête, tu décides de partir... Moi j'appelle ça partir en courant tu m'excuseras !
Je n'ose même pas la regarder, elle me connaît trop bien et c'est à cause de son don pour les relations humaines qu'elle s'est lancée dans la psycho. Autant dire que je ne fais pas le poids. Je décide alors de garder la bouche fermée, j'ai trop peur de m'enfoncer dans mes explications foireuses.
- T'as vraiment craqué pour lui alors ?
Raaa mais elle m'agace à la fin ! Je prends alors mon ton le plus exaspéré pour lui répondre.
- N'importe qui craquerait pour lui, t'as vu sa tête, son regard, son sourire… C'est un mec charmant et qui le sait, il est trop sûr de lui. Bien sûr que je le trouve canon, mais plutôt crever que de lui dire. Non mais est-ce que tu l'as bien regardé au moins ?
- Sûrement plus que toi ma petite...
Elle se relève pour allumer mon ordinateur et je la vois pianoter sur le clavier puis faire quelques clic avec la souris avant de se retourner en me montrant l'écran :
- Regarde !
Des photos, des dizaines de photos… D'eux, de lui, de Georg, des autres ; Et toute la vérité de ce que m'a raconté Tom me frappe en plein ventre… Ils ont un site officiel, ils remplissent Bercy, ils sont des idoles pour nombre de personne, Seigneur. Je m'affale sur ma chaise et soupire en me prenant la tête entre les mains.
- Et tu me demandes encore ce qu'il m'arrive et pourquoi je suis partie ? Est-ce que tu peux me dire où est ma place là-dedans ? Nulle part… Je ne fais pas partie de son monde, c'est tout.
Je retourne dans le lit, pendant qu'elle fouille dans sa valise pour en ressortir sa pochette de disques. Elle en glisse un dans le lecteur de ma tour et clic sur « play » avant de venir me rejoindre sous la couette. Les premiers accords d'une guitare électrique se font alors entendre, je ne reconnais pas spécialement la musique et Julie me dit simplement :
- Ecoute-le.
Toutes les pièces, dans ma pauvre tête, s'assemblent seules… Se doit être eux et si elle me dit écoute-le, ça veut dire que la guitare c'est lui… On ne parle plus, ne faisant qu'écouter les morceaux qui défilent et je ne peux empêcher quelques larmes de couler sur Rette Mich, que Julie essuie maternellement.
- Tu te demandes où est ta place, tu n'en as pas c'est vrai mais peut-être qu'il voulait t'en faire une après tout.
Je ne suis qu'une idiote et je laisse aller mes larmes… Pourquoi est-ce que je me suis attachée à lui comme ça ? Je ne l'ai jamais fais. Je ne sais pas m'attacher à quelqu'un en si peu de temps, d'ailleurs je ne peux pas l'avoir fait, ça n'existe pas ! Je respire un bon coup pour me calmer et mon pragmatisme revient au galop.
- De toute façon, je ne le reverrais jamais, ça règle le problème. Et entre nous ça m'étonnerait bien qu'il ait voulu me connaître… Des filles il en croise des dizaines par jours, je ne fais pas vraiment le poids !
Ju' me tend la boîte de Kleenex tout en me demandant naturellement :
- Tu ferais quoi si tu le revoyais ?
- Pfff j'en sais rien du tout, mais j'essayerais sans doute de lui laisser une image un peu plus glorieuse de moi que celle dont il a eu ce soir. J'en ai marre de tout regretter parce que je n'ose jamais rien alors peut-être que je m'ouvrirais un peu à lui… Je ne sais pas vraiment. Et toi, si je t'avais laissé du temps pour être avec eux, tu aurais fait quoi ?
- Oh tu me connais, je n'ai pas besoin de beaucoup de temps !
Elle me dit ça comme si de rien mais tout ce qui me vient à l'esprit c'est : Mon dieu, mais qu'est-ce qu'elle a encore fait celle-là.
- Qu'est-ce que tu as fait cette fois ? – Dis-je en écho de mes pensées, l'air juste un peu effrayé.
Elle me regarde alors avec son air de sainte, qui ne prend plus du tout avec moi.
- Mais rien du tout, tu me connais.
- Justement, je te connais et je m'attends au pire ! Alors ?
- Oh bah j'ai juste laissé mon numéro de téléphone à Gustav… Tu sais bien que j'ai toujours eu un faible pour les blonds.
Pendant une seconde je me dis « Oh ce n'est que ça » mais je vois bien à sa tête qu'elle a fait un truc supplémentaire et qu'elle ne veut pas me le dire… Quand elle est comme ça je n'en tire de toute façon rien du tout.
- Tu ne me diras rien n'est-ce pas ?
- Gagné ! – Me répond-elle avec le sourire type de la personne qui manigance derrière ton dos.
Le silence se réinstalle entre nous, mais beaucoup moins tendu qu'au début. J'ai encore les yeux rouges de mes larmes de tout à l'heure et mon petit cœur se serre douloureusement quand je repense au gâchis que j'ai créé.
- Parles moi un peu d'eux.
- Et bien pour commencer, le groupe s'appelle Tokio Hotel, Bill chante, Georg joue de la basse, mon petit blond s'occupe de la batterie et Tom, son truc c'est la guitare... Y'a trop de chose à dire, on va plutôt internetiser, comme ça t'auras plus d'informations !
Nous voilà toutes les deux en petite tenue de nouveau devant l'écran de mon ordinateur. Elle me montre des dizaines de mini-vidéos que l'on trouve sur un site bien connu. Ça me permet de les voir en concert, en backstage, en interview, au naturel et délirant lorsqu'ils jouent au baby-foot ou font les zouaves… Elle me montre même des images d'eux étant plus jeune et je rigole lorsque Tom, assis sur la cuvette des toilettes, attend patiemment son frère qui se coiffe. On télécharge leur clip aussi, enfin bref… Je m'immerge complètement dans leur monde et quand je regarde l'horloge je me rends compte que ça va faire pratiquement deux heures que nous regardons des tranches de leur vie… Que le temps passe vite ! En tout cas je suis très impressionnée par leur présence sur scène, ils ont vraiment l'air d'être dans leur élément.
Quand je pense que j'ai fais rater une soirée entière de mon amie avec un de ces groupes préférés… Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle ne m'en veuille pas. Quand je lui fais part de mon étonnement elle m'explique le fond de sa pensée.
- Oh mais si je t'en veux… Mais tu es ma meilleure amie et même si je ne comprends pas ce que tu as fait, je peux l'accepter. Et puis de toute façon, à quoi ça sert que je t'en veuille… C'est fait, on ne peut plus revenir en arrière. Ça ne changera rien que je te fasse la tête pour ça.
Autant pour moi ! Je crois que je vais entendre parler de cette soirée avortée toute ma vie. Ju' commence doucement à s'endormir mais je n'arrive pas à fermer l'œil. Quand je pense que je n'ai fait que penser à lui tout ce temps passé et lorsque par le plus grand des hasards je le recroise… je me sauve en courant. Belle preuve de courage ! En même temps, je ne vois pas ce que j'aurai pu faire d'autre. Après tout il va repartir chez lui et moi rester ici… Au mieux on aurait passé quelques heures ensemble entre deux obligations de son planning, au pire je lui suis d'une indifférence totale. Oui, mais alors pourquoi m'envoyer un texto pour s'excuser ? S'il ne voulait plus entendre parler de moi, il n'avait pas besoin de faire ça…
Tout à mes pensées, je pianote sur mon portable pour retrouver son message que je n'arrête pas de lire et de relire : « Je suis vraiment désolé, excuse-moi. T ». En plus c'est lui qui s'excuse le pauvre... C'est moi qui fais une scène et il s'en veut. Comment est-ce qu'il pourrait être méchant ?
J'ai vraiment envie de lui parler. Je n'ai pas beaucoup de fierté, mais assez pour vouloir qu'il ne reste pas sur l'idée que je suis une fille complètement à l'ouest. La seule chose, c'est que je n'ai absolument pas le courage de l'appeler… J'ai envie d'entendre sa voix mais lui parler directement va complètement me bloquer, je le sais. Je réfléchis encore quelques minutes et après mûres réflexions, je prends mon courage à deux mains et décide de lui envoyer à mon tour un message. Vu qu'il est deux heure du matin passé, je ne me donne pas trop d'espoir mais valide l'envoi quand même.
« Mon mail est sur MSN et j'y serais encore pendant quelques temps. Bye, Sarah »
Comme ça, c'est lui qui prend la décision : s'il veut me parler, il sait où me trouver. En même temps, est-ce qu'il a une connexion internet à l'hôtel ? Pourquoi je n'ai pas pensé à ça plus tôt ? Je suis trop bête !
Pour passer le temps et m'occuper de façon instructive, je recommence à chercher des photos de lui, tout en me rappelant les gestes qu'il a eu pour moi. Sa main touchant mon dos, ses sourires qui peuvent être tantôt timide ou espiègle, le doré de ses yeux… Ouai je sais, je suis un peu accro mais bon, comme je ne le reverrai pas autant me laisser rêver un peu non ?
Je ne peux m'empêcher de regarder toutes les deux secondes ma fenêtre de messagerie instantanée mais après pratiquement une heure d'attente, je me fais une raison : il ne viendra plus. Je commence à fermer toutes les applications que j'ai ouvertes, Word, mes mails, mes différentes recherches sur internet et quand je vais fermer la dernière je n'en crois pas mes yeux… MSN qui se met à clignoter… « Tom_incognito souhaite vous parler », bah merde alors !
Je tremble comme une feuille mais c'est quand même moi qui lui ai dit que je serai là, je ne peux pas reculer maintenant… Et puis le fait qu'un écran nous sépare me donne plus confiance en moi, je clique alors sur « accepter », d'un doigt malgré tout tremblant.
Tom : J'ai eu peur que tu ne sois plus là
Pikachu : Peur ??
Tom : J'ai vu ton message alors que ça faisait 40 bonnes minutes que tu l'avais envoyé, le temps de revenir à l'hôtel et me voila. Je pensais que depuis, tu te serais couchée.
Pikachu : Oh tu sais, les soirées pyjama entre filles…Ça s'éternise toujours un peu.
Tom : Tu es toute seule ou Julie est là aussi ?
Pikachu : Oui elle est là, mais dors déjà.
Tom : Ah.
Je ne sais pas trop quoi lui dire… Je voulais lui expliquer pleins de choses mais je me rends bien compte que je n'y arriverais jamais et puis ça ne servirait à rien, autant partir sur un sujet neutre.
Pikachu : Alors cette soirée, vous vous êtes bien amusés finalement ?
Tom : Tu parles ! Y'a des folles furieuses qui ont fait leur apparition après votre départ… Disons que j'ai connu meilleure soirée.
Et bien, ils n'ont pas perdu de temps au moins… Putain mais je ne vais pas faire ma jalouse non plus, je déconne vraiment à plein tube moi !
Tom : On aurait tous préféré que vous restiez plus longtemps. Je ne sais pas ce que Julie à fait à Gustav mais il est dans les vaps depuis.
Je ricane doucement pour ne pas réveiller mon amie qui ronfle doucement sous la couette, en imaginant Gustav l'air dans les vaps.
Pikachu : Disons qu'elle a un faible pour lui… Il me semble qu'elle lui a laissé son téléphone aussi… Enfin, vous devez être habitués de ce que j'ai vu.
Tom : De ce que tu as vu ? Pourquoi, tu t'es renseignée ?
Pikachu : un peu...
Je ne vais pas lui dire que j'ai regardé tout ce qui se rapporte de près ou de loin à lui depuis trois heures quand même…
Tom : Et ?
Pikachu : Je suis impressionnée que vous soyez restés si abordables avec ce que vous vivez en fait. Quand je vous ai vu la première fois après l'accident… Je ne me suis douté de rien.
Tom : Bah on reste des jeunes comme les autres, on a la chance d'avoir des parents et des amis qui nous permettent de garder les pieds sur Terre. Ça aide aussi.
Je ne sais plus quoi dire, et après une minute de silence, je vois de nouveau « Tom_incognito est en train d'écrire » puis la question tombe :
Tom : Pourquoi es-tu partie comme ça Sarah ?
J'avale ma salive. J'étais sûre que la question viendrait mais à vrai dire j'espérais qu'elle serait évitée et le fait qu'il utilise mon prénom me met un peu la pression... Ok, prenons ça avec dérision.
Pikachu : Ju' m'a fait une charmante psychanalyse en rentrant mais je ne t'en ferais pas part ! Secret médical oblige :p
Tom : Tu as eu peur de quoi ?
Mais c'était quand même pas marqué sur mon front que je sache !!
Pikachu : Qui te dis que j'ai eu peur de quoi que se soit ?
Tom : Je suppose c'est tout. Je te raconte qu'on est un peu connu et hop, tu te sauves… J'ai juste fait le rapprochement. Dis moi si j'ai tord :o)
Pikachu : Tu as tord !
Je tape sans vraiment réfléchir, juste au tac au tac. Je suis sur la défensive et je ne sais même pas pourquoi.
Tom : Ok, alors explique ^^
Pikachu : Mais qu'est ce que ça peut te faire au fond que je sois rentrée ?
Pourquoi est-ce que j'ai posé cette question ? Faut vraiment que j'apprenne à réfléchir avant de parler moi !
Tom : …
Pikachu : Quelle perspicacité ! Et après tu me demandes de te raconter mes états d'âmes ?
Tom : Tu me traites de dégonflé là ?
Pikachu : Oh non, juste que si tu ne me dis rien, je ne vois pas pourquoi je te dirais quoi que se soit, c'est tout.
Tom : Ok t'as gagné, je te parle et tu me parles, ça te va ?
Aïe… Gros dilemme, que faire ? Et sans avoir réellement pris le temps de réfléchir (comme d'habitude en somme) je lui réponds :
Pikachu : Ok, toi d'abord !
Je vois l'inscription qui m'indique qu'il est en train d'écrire et vu le temps qu'il met, je me demande s'il n'est pas en train de m'écrire un roman… ce qui fait monter mon angoisse d'un cran.
Tom : Il faut d'abord remonter à notre première rencontre… Quand je t'ai vu tomber dans les pommes, je me suis demandé comment un petit bout de femme comme toi avait pu créer un si grand bazar. Et puis quand tu t'es réveillée, j'ai trouvé que tu avais les yeux les plus beaux que je n'avais jamais vus.
Je lis ces lignes et j'arrive à en rougir toute seule dis donc ! Il trouve que j'ai de beaux yeux, kaï.... (Petit cri de la jeune fille joyeuse qui ne veut pas réveiller sa meilleure amie).
Tom : Et puis j'ai commencé à te parler et le fait que tu ne nous connaisses pas, c'était vraiment génial. On a pu être nous même pendant quelques instants et ça nous a fait un bien fou ! Je t'ai trouvé adorable avec tes joues rouges et la manière que tu as eu de maltraiter ton pauvre tee-shirt. Et puis tu es partie, je n'ai pas pu résister à l'envie de te prendre dans mes bras parce que je pensais que je ne te reverrai jamais et je voulais vraiment garder cette rencontre en souvenir. J'ai eu peur de te casser tellement tu avais l'air fragile à ce moment là.
Je me rappelle les avoir trouvé tous super gentils, malgré le look plutôt original de Bill… Et je me rappelle très bien de cette étreinte aussi… En étant un peu honnête avec moi-même, elle m'avait complètement retournée le cerveau.
Tom : Et puis tu es partie, et je n'ai pensé qu'à toi les heures suivantes. Comment est-ce que tu as fait ça alors que personne d'autre n'a su le faire ? Et grosse surprise le lendemain soir, je craque complètement sur une fille qui se trouve au bar, elle a un tatouage hypnotisant entre les reins et quand je m'approche d'elle… c'est toi. J'aurais sauté de joie mais pour une raison obscure, je ne savais pas quoi te dire sur moi. Est-ce que cette merveilleuse personne allait pouvoir me connaître au-delà de l'image que renvoient les médias ? Est-ce qu'elle allait en profiter pour vendre des photos où nous apparaitrions ensemble ? Oui j'y ai pensé, parce que je l'ai déjà vécu, ne m'en veut pas pour ça s'il te plait.
Qui a bien pu faire ça ? Mais c'est dégueulasse merde ! Y'a vraiment des gens que je ne comprendrais jamais.
Tom : Et puis tu t'es en allée, je me suis fait lâcher comme une vulgaire merde et je peux te dire que ça froisse l'amour propre ! Ça ne m'était plus arrivé depuis bien longtemps (sans vouloir paraître modeste). Et tu ne m'as que plus hanté… Recevoir un message de toi était inenvisageable et pourtant tu l'as fait. Alors maintenant que je suis ici, et que tu es sûre que nous ne nous reverrons pas, vas-tu me raconter ce qui t'a fait partir ?
Wouaw… Il faut d'abord que je me remette de mes émotions, il ne peut pas me dire tout ça et me demander ensuite de réfléchir correctement. Mais ses derniers mots me frappent de nouveau : nous ne nous reverrons pas, alors autant se lancer.
Pikachu : Tu te demandes ce qui m'a fait fuir… Parce que oui, je me suis enfuie et j'ai sauté sur la première occasion. Tu as une vie qui me dépasse complètement, moi qui ai toujours vécu très simplement. Et comme me l'a si bien renvoyé dans les dents ma meilleure amie, j'ai eu peur. Si tu étais si connu, qu'est-ce que tu faisais ici avec moi, moi qui suis si insignifiante dans ton univers ? Et puis à quoi bon faire connaissance avec quelqu'un qui m'oublierait aussi vite qu'il m'aurait connu ?
Je n'attends pas de réponse et continue d'écrire, maintenant que je suis lancée. Je voudrais tenter de lui faire comprendre mon point de vue.
Pikachu : J'ai eu pas mal de coups durs qui font que j'évite le plus possible de souffrir pour rien, du coup je me lie très peu aux autres, encore plus si je pense que ça peut me blesser. Donc plutôt que de passer une bonne soirée avec toi et ne plus jamais avoir de nouvelles, j'ai préféré couper court et ne pas avoir de regrets.
J'envoie, et attends en me rongeant un ongle sa réponse… qui ne tarde pas vraiment.
Tom : Donc, tu n'as aucuns regrets ?
Mais c'est qu'il est curieux le bougre ! Qu'est-ce que je peux lui dire d'autre sans aller trop loin ?
Pikachu : Si.
Ca y est, cette conversation me fait paniquer, je ne veux pas ressentir ce que je suis en train de ressentir… Je sais que je remets ma carapace « anti-intrusion » mais je ne peux pas faire mieux que ce que je viens de faire.
Pikachu : J'espère que tu auras une autre image de moi qu'une fille partant à toutes jambes en tout cas. Je… heu… Tu es vraiment quelqu'un de sympa, j'ai été très heureuse de faire ta connaissance.
Tom : Tu veux déjà partir ? Effectivement tu évites vraiment de te lier aux autres. Tant pis j'aurai essayé quand même. Merci d'être toi en tout cas. Ça m'a fait très plaisir de te connaître aussi. Si tu passes par l'Allemagne un jour, t'as mon numéro, n'hésites pas ^^
Pikachu : Tu sais bien que je n'oserais jamais t'appeler, mais merci de le proposer. Promis, je ne le vendrais pas aux enchères ;o)
Tom : Y'a intérêt LoL
Pikachu : et ben… Bon concert dimanche en tout cas. Bonne nuit Tom, ce fut un plaisir.
Tom : partagé. Bonne nuit Sarah et... Ne change surtout pas.
J'approche ma souris de la petite croix le cœur un peu lourd. Je sais que se sont les derniers mots que j'échange avec lui et ça m'agace... Pourquoi est-ce qu'il ne peut pas s'agir d'un mec ordinaire que j'aurais rencontré de façon ordinaire ? L'ordinateur s'éteint et je fixe l'écran noir machinalement jusqu'à sentir quelques larmes couler le longs de mes joues.
Je les essuie rageusement, ça ne servira à rien de m'apitoyer sur mon sort. La vie est conne et c'est comme ça ! C'est sur cette idée fort joyeuse que je retrouve ma petite Julie sous la couette. Je n'ai pas préparé son lit et elle me joue le remake de l'étoile de mer… Je ne vais pas avoir beaucoup de place mais je n'en peux plus. La soirée a été trop pleine d'émotions et mon corps n'en supporte pas d'avantage, du coup je m'endors plus que rapidement !
-
Quelques heures plus tard et ailleurs...
BOUM !... Putain, je vais tuer la personne qui a osé faire ça.
- Lève-toi feignasse, il est pratiquement midi !
Et boum !... Deuxième oreiller que je me bouffe dans la tronche. Est-ce que ma mère me tiendra rigueur du meurtre de mon frère ? Non parce que je vous jure que Bill file un mauvais coton là ! Je referme les yeux dans l'espoir vain de me rendormir mais ma moitié se révèle redoutable en ce samedi matin... Jusqu'à ce qu'il commette l'irréparable...
- Bill tu me fais chier ! Rends-moi cette couette tout de suite sinon je fais un malheur !!!
- C'est ça mon grand. Ce sera avant ou après avoir avalé un truc pour calmer ton estomac criant famine ?
Grrrr s'il me prend pas les sentiments aussi, qu'est-ce que vous voulez que je lui dise ?
- Ca va, t'es calmé ? T'es vraiment mal luné au réveil, ça fait peur.
- C'est toi qui fais peur ! Dégage de mon pieu, je veux dormir.
Boum, et boum et re-boum... AAAAAA je le déteste, et je hais ces oreillers !!
- C'est bon Billou, t'as gagné mais laisse ma tête tranquille sinon elle va éclater.
Je me redresse tant bien que mal pour me retrouver en position assise et me gratte la nuque... Je n'aime vraiment pas me lever le matin, surtout après une nuit de merde. Je n'ai pas arrêté de penser à la discussion que j'ai eue avec Sarah. Pourquoi est-ce que je lui ai raconté tout ça ? Et qu'est-ce qui m'a pris de lui parler de ce que j'ai pu ressentir en sa présence ?
- Bon... Tu vas parler maintenant espèce de boulet, où je te sors les vers du nez ?
Putain mais ce n'est pas possible d'être aussi chiant de si bon matin ! Mais oui, midi pour moi c'est de bon matin !
- Qu'est-ce que tu veux entendre fouille merde ?
- Oh dis donc, parles-moi meilleur !
Et il en profite pour me balancer un nouveau coussin... Y'en a combien sur ce lit, que je les extermine tous ?
- Je te demande – reprend-il – ce qu'il s'est passé hier soir pour que tu nous traînes à l'hôtel comme si y'avait le feu à ta guitare. Pas qu'on s'éclatait vraiment mais bon.
- Rien, je voulais rentrer c'est tout. J'en avais marre de ces décolorées qui n'arrêtaient pas de glousser.
Je lance un regard de chien battu à mon brun de frère qui lui me fixe en bougeant négativement la tête.
- Je crois que c'est le pire mensonge que tu ais inventé jusque là. Ça ne doit vraiment pas aller fort ! Parce que pour que toi, tu en aies marre des filles… Tu couves quelque chose, une grippe peut-être ?
Je retombe couché dans mon lit et pose un bras sur mes yeux pour retrouver un peu de calme. Malheureusement pour moi, mon jumeau est passé en mode « super-curieux-super-chiant ».
- Allez accouche putain ! Ne me dis pas que ça va… Si tu continues à garder tout ça pour toi, c'est moi qui vais commencer à déprimer et je ne saurais même pas pourquoi. Alors t'es mignon et tu me racontes.
Je soupire violemment… Pas moyen d'être peinard je vous jure. Plutôt que de parler je lui lance mon portable et lui dis de regarder mes messages. J'entends plusieurs bips angoissants avant qu'il ne s'exclame :
- Aaahhhh mais je comprends beaucoup mieux. Alors, vous vous revoyez quand ?
- Si tu veux tout savoir : jamais. On a discuté un peu et je n'arrive pas à la comprendre. Comment est-ce qu'on peut en arriver à s'éloigner des gens pour éviter de souffrir hein ?
Bill m'enlève le bras qui recouvre toujours ma vue et me redresse. Il est sérieux comme un pape.
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
Je soulève les épaules tout en lui rapportant brièvement la conversation qu'on a eue et lui demande son avis sur le sujet.
- Je ne sais pas trop… Ça à l'air de t'avoir retourné tout ça ou c'est qu'une idée ?
- En gros elle pense que parce que c'est « mademoiselle tout le monde », elle n'a rien à faire avec nous et elle ne veut même pas me connaître « au cas où » on s'entendrait bien. C'est du délire !
Je ne sais pas exactement ce que je ressens par rapport à tout ça, c'est trop bizarre et trop… inhabituel. Devant mon silence, Bill essaye encore de me faire parler.
- Tu aimerais pouvoir la revoir ?
- Biensûr !
Woups… Un peu trop d'enthousiasme dans la voix, là. Et il m'agace à me regarder comme ça, qu'est-ce qu'il veut à la fin.
- Qu'est-ce que tu veux m'entendre dire exactement ? Tu me fatigues mon vieux.
BOUM ! Est-ce que j'ai déjà dis que je détestais ces oreillers ? Oui ? Bah tant pis je me répète. Bill a déjà ouvert la porte de ma chambre pour sortir mais il se retourne vers moi :
- Rien, si ce n'est que tu tiens à elle ! Mon frère tiens à une fille, je ne pensais pas que ça arriverait… Je suis tout ému ! – Rajoute-t-il de façon ironique. Si tes fans savaient que le seul moyen que tu te rappelles d'elles c'est de t'ignorer…
Puis il disparaît… Non je ne tiens pas à elle, c'est complètement faux ! Franchement, m'attacher à une fille, c'est bien la dernière chose que j'ai prévu de faire. Je veux profiter de ma jeunesse et certainement pas me cantonner à une relation sérieuse, chiante et surtout unique ! Y'a trop de fille sur Terre pour que je ne me case qu'avec l'une d'entre elles.
Je me lève enfin, fort d'avoir remis mes idées en place et regarde bien malgré moi si j'ai reçu un message quelconque. Et je m'énerve tout seul en constatant la déception que je ressens à voir qu'il n'y en a pas : qu'est-ce que j'en ai à foutre de ne pas avoir de message après tout ? Allez hop, à la douche !
Je règle le débit, la chaleur de l'eau et la laisse couler sur mes épaules... putain ce que ça fait du bien. Je pose les mains sur la paroi ainsi que mon front pour passer la tête sous le jet, et malgré tout ce bien être, je ne pense qu'à une paire d'yeux verts.
Qu'est-ce que cette fille à de plus que les autres pour que je ne pense qu'à elle, merde ! Bon, si je suis un tout petit peu honnête, je dirais que sa naïveté et sa sincérité mon complètement chamboulé. Avec elle j'ai l'impression d'être juste moi, c'est exactement la même sensation que lorsque je suis avec Andreas ou mes autres amis (de vrais amis j'entends). Elle ne m'a pas jugé par rapport au métier que je fais... De toute façon elle est restée tellement peu de temps qu'elle ne risquait pas de se faire une idée bien précise.
Un nuage de vapeur se crée lentement et de la buée commence à recouvrir toutes les glaces, mais c'est seulement lorsque ma peau ne résiste plus à la chaleur que je décide de sortir.
Tout en triant les fringues de ma valise, je reste complètement dans mes pensées. J'aurais tellement voulu lui parler et faire plus ample connaissance avec elle... Et ce regard dont je n'arrive pas à me défaire. Ce vert si brillant, si envoutant… Je sors finalement dans le couloir pour rejoindre les autres dans la chambre de Bill, ouvre la porte et m'installe sur le canapé en leur souhaitant le bonjour.
- Salut les gars, bien dormis ?
- Bah... Nous plutôt bien mais t'es sûr que t'as les yeux en face des trous toi ?
Humm... Pourquoi me demande t-il ça ce chevelu de bassiste ? Dans l'optique de résoudre ce mystère, je me relève pour m'approcher de la glace… et ai un léger mouvement de recul en voyant mon reflet. Effectivement ! Moi qui me vante de mon bon goût, je ne suis pas sûr que la casquette bleue aille parfaitement avec mon tee-shirt bordeaux. Il est vraiment temps que j'atterrisse !
- Excusez-moi messieurs, je reviens ! Une petite urgence à régler…
Gustav m'envoie une boulette de papier en pleine tronche et les deux autres se marrent comme des malades. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que la journée va être extrêmement longue... J'arrange le petit problème rapidement et une fois de retour, la réunion au sommet peut enfin commencer. L'ordre du jour : Que faire de notre journée de quartier libre !
