CHAPITRE 5
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POV Sarah
Le matin est un peu douloureux. Pour commencer, mon ennemi juré le réveil sonne beaucoup trop tôt, ensuite j'ai Ju' qui est en train de me broyer le bras, un vrai poids mort ! Je tente tant bien que mal de récupérer mon dû sans la réveiller mais je crois que même si la maison s'écroulait, ça ne la ferait pas bouger d'un millimètre.
Je profite de son sommeil de plomb pour utiliser la salle de bain en première, je la connais, elle met toujours deux heures pour se préparer : il faut donc être stratégique. Je rentre dans la pièce et manque de pousser un hurlement en voyant mon reflet dans le miroir. Mission du jour : faire disparaître ces vilaines traces de maquillage, les nœuds dans les cheveux et cette odeur de cigarette. Une seule solution : la douche !
Je me lave les cheveux pour faire partir tout le gel, la laque et autre artifice et par la même occasion mes derniers souvenirs de la veille. Je prends une grande décision ce matin sous ce jet d'eau : je vais arrêter de ressasser le passé et m'occuper un peu plus de mon avenir, ou peut-être du présent pour commencer... Donc tout d'abord, on oublie Tom et son petit air tout mignon, ses yeux dans lesquels je peux me perdre, ce piercing si… STOP ! On laisse les regrets pour ce qu'ils sont et on profite de ce que la vie nous offre.
Fort de cette nouvelle philosophie de vie, je me retrouve dans ma chambre en train de faire le tri dans mon armoire. Fini les fringues qui ne ressemblent à rien. ! Je balance tous les pulls trop vieux, les jeans trop large et retrouve au fin fond d'un tiroir un petit baggy taille basse que ma mère avait trouvé bon de me ramener un jour de shopping. Ca va lui faire plaisir de me voir avec ! J'enfile un pull fin à colle roulé noir qui fait ressortir mes yeux et une fois complètement prête... BANZAIIIIIIIIIIIII !
- Putain Sarah ferme ta gueule, tu veux réveiller tout le quartier ou quoi ?
Je suis en train de sauter à pied joint sur mon lit en criant à tue tête et mon but recherché, qui est de réveiller ma petite Ju' à l'air d'être atteint, vu sa voix mélodieuse qui me rouspéte !
- Debout ! Debout ! Debout ! Debout ! – Je scande à tue-tête.
- C'est bon, j'arrive, j'arrive. Laisse-moi deux minutes quand même, y'a pas le feu !
- Si y'a le feu, il faut que j'aille faire chauffer ma carte bleue. Lève-toi !
« Chauffer la carte bleue » à l'air d'être la formule magique parce qu'elle se lève d'un bon, me fixe quelques instants en s'étirant le dos avant de s'écrier :
- Qui êtes vous et qu'avez-vous fait de mon amie ?
Mais elle surchauffe du ciboulot la vieille, moi je vous le dis... Je lève mon sourcil en une question muette et elle fini par s'expliquer.
- C'est quoi ces fringues, c'est quoi ce maquillage et c'est quoi, encore, cette envie de faire du shopping ?
- J'en ai marre et je fais ma révolution. Exit ma mauvaise humeur, bonjour nouvelle vie !
- Ok – dit-elle calmement. Je réitère donc ma question, qu'est-ce que vous avez fait de ma meilleure amie ?
Je lui balance alors une serviette de bain tout en rigolant.
- Va plutôt te préparer, je n'ai pas envie de t'attendre toute la matinée !
Pendant qu'elle sort péniblement de ma chambre, je continue de faire le tri parmi mes différentes étagères et autres tiroirs... Comment est-ce que j'ai pu conserver tout ça alors que je ne le porte plus depuis le collège ? C'est dingue ça ! En tout cas, je ne vois pas le temps passer et c'est une Julie toute pimpante qui rentre de nouveau sur mes terres.
- T'as besoin d'aide ? Parce que depuis le temps que je rêve de jeter toutes tes vieilles fripes...
- Non, tu prends tes clics et tes clacs et on décolle tout de suite ! Je finirais plus tard.
On descend dans la cuisine pour récupérer un truc à grignoter avant le grand chelem, mais une table pleine de victuailles nous attend déjà, avec un petit mot de ma maman : « Bonjour les filles, j'ai du filer au travail et je n'ai pas eu le cœur de vous réveiller vu le boucan que vous avez fait jusqu'à pas d'heure. Prenez un petit déjeuner avant de partir faire les folles et à ce soir. »
On saute toutes les deux sur le pot de Nutella afin de se faire des tartines pour finalement l'attaquer à la petite cuillère. On le dévore comme si on avait rien mangé depuis des lustres... de vraies morfales ! Et une fois nos bouches essuyées de toutes traces du méfait, on enfile nos manteaux, récupérons nos sacs et nous retrouvons sur les routes direction le centre commercial.
- Alors, me demande Ju', jusqu'à quel point tu vas faire exploser ta carte ?
- Je ne sais pas trop... Il me faut des pantalons, des pulls sympas, des tee-shirts et surtout un petit haut tout mimi pour ce soir. Je te fais confiance pour m'aider dans cette dure tâche.
Elle ouvre la bouche pour me répondre mais la referme en entendant son téléphone biper. J'attends patiemment qu'elle ait fini de lire le message et d'y répondre et une fois qu'elle a rangé son portable elle me dit :
- T'inquiète ma poule, ce soir c'est mon anniversaire mais se sera ton soir aussi !
Cette phrase tombe un peu comme un cheveu sur la soupe… Je ne vois aucun rapport entre son anniversaire et ce qui pourrait se passer de si exceptionnel dans ma vie. Et puis, elle pense que je n'ai rien vu, mais elle arbore rarement cet air si enjoué. Je préfère laisser couler et on décide de faire les folles sur la musique que mon pauvre poste à 15 euros arrive à capter, lorsqu'elle reçoit un nouveau message mais cette fois, ma curiosité est piquée au vif.
- Qui est-ce qui te harcèle comme ça ?
- Oh, se sont les autres pour ce soir : à quelle heure et où est-ce qu'on se retrouve, les dernières recommandations quoi !
- T'avais pas déjà organisé tout ça ? – Je m'étonne alors.
- Si mais tu sais, y'a toujours des retardataires !
J'ouvre ma fenêtre pour récupérer le ticket du parking et m'engouffre dans le champ de bataille que peut représenter un parking de centre commercial un samedi midi. Une fois la place pour garer mon taudis trouvée, on s'engouffre dans l'antre de la dépense et nous en donnons à cœur joie. Après pratiquement trois heures de marathon durant lesquelles j'ai trouvé pantalons, chaussures et fameux petit haut « spécial soirée », je n'en peux plus.
- Tu ne veux pas qu'on aille manger un morceau ? Parce que les toasts au Nutella c'est bien, mais ça ne tient pas franchement au corps.
Je l'implore du regard, il faut que je m'asseye sinon je vais faire un malaise...
- Humm... On fait juste un détour à la FNAC et après on va se reposer un peu, ça marche ?
Je fais semblant de réfléchir un peu en me tapotant le menton avant de lâcher :
- Ouai c'est un bon compromis, en route !
Une fois les portiques de sécurités passés, on se sépare comme d'habitude. Elle va directement aux rayons disque et DVD pendant que je m'évade dans ceux des livres. Je ne peux pas venir ici sans repartir avec un ou deux bouquins, c'est tout bonnement impossible. Pourtant, une fois n'est pas coutume… Je me dis que j'ai déjà bien cramé la carte et qu'il ne serait vraiment pas raisonnable de dépenser plus. C'est un peu dépité que je rejoins mon amie, que je dois chercher dans tous les rayons avant de réussir à mettre la main dessus.
- Alors qu'est-ce que t'as trouvé de beau ? – Je lui demande alors qu'elle a plutôt l'air contrariée.
- Pas grand-chose, je regarde les concerts en DVD pour trouver la perle rare mais y'a rien qui me tente... Tous les trucs intéressants je les ai déjà vus !
Je me balade dans tout le rayon machinalement et me stoppe à la lettre T… et toutes mes bonnes résolutions s'envolent en fumée en scrutant le boîtier de leur concert à eux. Je frôle religieusement son visage sur la pochette avec étonnement. Et dire qu'on était avec eux hier soir… Mais comment pourrais-je oublier cette rencontre, sa voix, son sourire, lui tout simplement ? Je me mords l'intérieur des joues pour retenir mes larmes mais l'une d'entre elles a décidé de se faire la malle malgré tout. Je la sens parcourir ma joue, suivre ma mâchoire et être finalement recueillie par le doigt de Julie. Elle ne fait pourtant aucun commentaire, mais m'entraîne juste plus loin en précisant :
- Celui là je l'ai déjà, ce n'est pas la peine de s'éterniser ici.
J'aurais pourtant voulu m'éterniser mais ce n'est pas une bonne idée, je le sais. Et puis quand ma copine a décidé un truc, que je pense le contraire ou non ne change strictement rien à l'affaire.
- T'as raison, on va aller manger… J'ai la dalle aussi.
Elle sait qu'il vaut mieux éviter de me poser des questions quand je suis dans cet état là, mais sa présence est réconfortante au-delà de tous les mots.
Je la suis vers l'étage restaurant mais personnellement je n'ai plus très faim… En se rendant au fast-food du coin, je sors machinalement mon portable pour relire son message, encore et encore et encore alors qu'on est déjà en train de passer commande. C'est une catastrophe, il faut que j'arrête ça tout de suite ! Je ferme alors le clapet du téléphone nerveusement, comme si ça pouvait me soulager d'une quelconque façon.
- Tu penses encore à Tom ? Pourquoi est-ce que tu ne l'appelles pas une bonne fois pour toute qu'on n'en parle plus ?
Je la scrute comme si elle venait de se pendre au plafond du centre commercial en hurlant comme une démente. Elle a complètement pété les plombs : ça c'est fait !
- Pas la peine de me regarder comme ça. Je sais que tu meurs d'envie d'entendre sa voix, de lui parler, de le revoir, de le…
- Ça suffit ! – Lui dis-je en me bouchant les oreilles.
- Tu sais que je t'aime, mais t'es vraiment pathétique des fois !
- Merci pour le compliment. – Je lui réponds un peu vexée quand même.
Et puis une lumière vient éclairer le gouffre qu'est mon cerveau en ce moment : elle ne sait pas que je lui ai reparlé hier soir puisqu'elle dormait. Je souffle un bon coup avant d'amorcer la conversation et lui avoue, tout en triturant mes frites nerveusement :
- Heu… En fait, je lui ai un peu reparlé hier soir.
Elle qui allait mordre dans son hamburger, stoppe tout mouvement pour me regarder droit dans les yeux.
- Tu as fait quoi ?
Et sous la panique, je débite sans respirer toute l'histoire à grand renfort de gestes inutiles.
- Bah tu dormais, et son message me tracassait alors j'ai décidé de faire la paix avec lui puisque tu m'avais dis que c'était moi qui avait fait n'importe quoi et puis j'ai réfléchis, je ne pouvais pas l'appeler parce que me connaissant je n'aurais jamais réussi à parler par contre un petit message n'a jamais fait de mal et…
- STOP !!! T'as décidé de battre le record du nombre de mots à la seconde ou quoi ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes, donc tu te poses deux minutes et tu recommences. Il n'est pas là, il n'y a que moi et aux dernières nouvelles tu n'as pas à paniquer face à moi. Ok ?
Ce n'est pas faux… Je me frotte les yeux et cherche à remettre mes mots dans le bon ordre. Vous savez pourquoi je l'aime ma Julie ? C'est parce qu'elle est toujours là pour m'aider et ce jour ne manque pas à la règle.
- Bon, je vois que tu ne sais pas par quoi commencer donc je pose les questions et tu réponds, ça marche ?
J'affirme pathétiquement en faisant un signe de la tête et attends sa première question.
- Donc, je dormais et tu as voulu lui parler c'est ça ? Donc, qu'est-ce que tu as fait ?
- Je lui ai envoyé un message et…
A peine le temps de lui répondre qu'elle se jette sur mon téléphone pour lire le texto que j'ai envoyé la veille, puis elle me regarde en souriant.
- Bah au moins maintenant il pourra te joindre n'importe quand ! Continue.
- Bah j'ai attendu et au bout d'une heure il s'est pointé en disant qu'il avait eu peur que je ne sois plus là. On a parlé un peu de leur soirée et il m'a demandé pourquoi est ce que j'étais partie. J'ai été honnête avec lui, mais je crois qu'il n'a pas trop compris.
- Personne ne comprend à par toi Sarah… Y'a que toi pour décider de faire le vide autour de toi pour être sûre de ne pas être déçue par la race humaine.
Je fais un geste de la main comme pour balayer sa dernière remarque et poursuis.
- Il m'a dit que si un jour je passais en Allemagne, que je n'hésite pas à l'appeler et voila, c'est à peu prés tout.
- Et tu l'appelleras ?
- T'en as de bonnes toi, aux dernières nouvelles je n'ai pas prévu de partir en Allemagne.
- Ouai puis de toute façon je te connais, même si tu y vas et que tu passes à 200 mètres de chez lui, tu ne l'appelleras jamais. Et ben… tu m'impressionnes ! Je ne pensais pas que tu reprendrais contact avec lui de ton plein gré.
- Hummm… Folie passagère qui ne se reproduira pas si ça peut te rassurer.
Finalement le sujet est clos et nous voilà en train d'engloutir nos hamburgers et nos frittes goulument. Je pensais pouvoir repartir à l'attaque après ça, mais c'est encore pire… je suis éclatée. Et c'est d'un commun accord qu'on décide de rentrer à la maison. Pourtant je ne suis pas au bout de mes surprises quand Julie me demande :
- Tu peux me déposer à une gare RER s'il te plait ? Il faut que j'aille sur Paris pour voir un cousin. Ma mère va me tuer si je n'y vais pas.
- C'est nul, depuis que t'es partie sur Lyon on se voit presque plus, elle fait chier ta mère !
- Ouai je sais mais tu la connais...
- Hum... malheureusement ! Tu penses rentrer vers quelle heure alors ?
Elle a l'air de réfléchir et finalement me dit :
- Oh je ne sais pas trop... Hum mettons pour 17h, ça nous laissera le temps de nous préparer comme ça.
Je l'abandonne à la gare la plus directe pour elle et m'en retourne seule à la maison. Ma mère n'est toujours pas rentrée, je décide donc de ranger mes achats précieusement dans mon armoire nouvellement vide et allume mon ordinateur pour consulter mes mails. Comme d'habitude, j'ai un certain nombre de messages MSN qui s'ouvrent les uns à la suite des autres… Combien de fois faudra que je dise aux gens de ne pas me parler quand je suis absente !! Je ferme les fenêtres les unes à la suite des autres mais le dernier clic reste en suspend.
Tom_incognito : T'es là ?
Tom_incognito : Bon bah t'es pas là... tant pis. Bisous
C'était il y a dix minutes à peine et maintenant il n'est plus connecté… RAAAAAA mais pourquoi il a fait ça ? Pourquoi il ne peut pas me laisser tranquille ? Pourquoi j'ai décidé de ranger mes fringues avant ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi !?! J'éteins tout et lance ma liste de mp3 dans la foulée. Se sont les morceaux qu'on a téléchargé hier soir avec Ju', du Tokio Hotel sur toute la play list !
Je laisse quand même tourner parce que j'adore leur musique et vais m'allonger sur le lit. Mais au bout de quelques minutes, je n'entends plus les notes et n'entends pas non plus ma mère rentrer dans ma chambre une heure plus tard, essuyer mes joues et me recouvrir de la couette pour ne pas que j'attrape froid pendant ma sieste.
-
POV Julie
WWOUAAAWWWWWWWW !!!!!!!! Vous voulez que je vous explique ? Mais je ne peux pas, il faut que je laisse exploser ma joie parce que je la retiens depuis ce matin et j'étais à deux doigts de tout balancer à Sarah. Je passe en sautillant à côté d'un couple de petits vieux qui attendent comme moi le train direction Paris et je suis morte de rire quand j'entends la femme dire à son mari « Ah les jeunes d'aujourd'hui... ». Je saute partout et parcours le quai comme une lionne en cage.
Pour comprendre il faut revenir quelques heures en arrière : j'étais dans la voiture avec Sarah en direction des magasins quand j'ai reçu un texto, ça y est vous vous rappelez ? J'ai raconté qu'il s'agissait de copains mais non ! Je suis une petite menteuse, mais c'est pour son bien parce que j'ai une idée en tête...
Bon, le suspens a assez duré... C'est Gustav qui m'a laissé le message. Gus, vous vous rendez compte ? LE Gus !! J'en reviens toujours pas parce que pour moi il s'agit du plus introvertis de tous et quand je lui ai laissé mon numéro hier soir c'était plus pour délirer. Bref, ce message disait « Salut Julie, c'est Gustav. Ca te dirait qu'on se voit aujourd'hui ? ». Mais biensûr que ça me dit, quelle question à la con !!! Je me suis donc empressée de lui répondre « où et quand, perso je dois passer voir mon cousin sur Paris cet après midi ». Oui, oui, je sais qu'il s'agit encore d'un mensonge mais j'allais quand même pas faire la nana qui accourt dès qu'on la siffle, même si c'est un peu vrai. J'ai ma fierté, non mais !
Sur ce, il m'a dit de passer à l'hôtel Meurice dès que je pourrais. Facile, parce que je sais même où est-ce qu'il se trouve ! J'écoute mon lecteur de musique histoire de me détendre un peu, je vais péter les plombs sinon. Et puis je décide finalement de descendre à la station Châtelets pour poursuivre à pieds histoire de vider mon trop pleins d'énergie. Mes écouteurs sont toujours en place et je marche tranquillement en essayant d'éviter au maximum les personnes sur le même trottoir que moi, y'en a pas un qui se décalerait c'est dingue ça ! J'arrive aux arcades du Louvres et m'arrêtes d'un coup, coupe ma musique et me rends compte de la situation actuelle : des hurlements, des cris et des dizaines et des dizaines de fans qui stagnent devant l'entrée de l'hôtel. Mes yeux s'écarquillent devant ce spectacle, et une question me saute au visage : Je fais quoi moi ?
Heureusement, il m'en faut plus pour m'arrêter mais c'est vrai que ça refroidis un peu quand même. Autant y aller au culot comme j'aime si bien le faire : je passe tranquillement devant tous ces gens et m'approche de l'entrée de l'hôtel, mais un mec de la sécurité m'arrête.
- Où est-ce que vous pensez aller mademoiselle ? Reculez derrière les cordages.
Mais il se prend pour qui se connard à me parler comme un chien ? Ma mauvaise humeur ne me rendra que plus crédible.
- Pourquoi, il s'agit de la queue pour la réception ? Ou peut-être est-ce interdit de rejoindre sa chambre ?
Il me regarde d'un air suspicieux tout en me demandant :
- Vous séjournez ici ?
- Pourquoi est-ce que je serais en train d'essayer de rentrer sinon ?
Et mentalement je rajoute « espèce de con », mais bon il ne fait que son travail…
- Excusez-moi, passez une bonne journée Mademoiselle.
Et c'est sous les huées de la foule que je passe la porte vitrée tout en lançant un « merci » plus que condescendant… Et voila, je suis trop forte c'est tout ! Mais ma joie est de courte durée lorsque la réceptionniste me demande froidement ce que je fais là.
- Puis-je vous aider mademoiselle ?
- Heu… Oui. J'ai rendez-vous avec Gustav Klaus, si vous pouviez lui dire que Julie est là.
Bon… Elle a au moins la politesse de cacher son sourire sarcastique derrière sa main. Je crois que je ne vais pas l'aimer beaucoup celle-ci.
- Ecoutez, Julie (pourquoi se sent-elle obligée d'insister autant sur mon prénom), c'est bien tenté mais si vous pouviez ressortir seule, ça vous éviterait d'être mise dehors par la sécurité. Bonne journée.
Pardon ? Elle se détourne déjà de moi mais je claque ma main sur le comptoir en marbre pour attirer de nouveau son attention.
- Non pas bonne journée. Elle pourrait être effectivement très bonne si vous vous décidiez à faire votre travail ! Je ne vois pas ce que ça vous coûte de lui annoncer que je suis là alors qu'il m'attend !
- Vous préférez être au chaud plutôt que dehors dans le froid, je peux le comprendre, mais ne faites pas d'esclandre s'il vous plaît. Sinon je fais vraiment intervenir la sécurité.
Je suis furax… Elle m'énerve vraiment, d'ailleurs je ne me prive pas pour le lui dire.
- Vous savez que vous êtes exaspérante pour une nana qui s'occupe de l'accueil ?
Sans attendre sa réponse, je fais demi-tour pour m'asseoir sur le canapé en cuir mise à disposition des clients et sort mon téléphone. J'espère que ça va décrocher parce qu'après ça, je vais avoir atteint mon quota d'idées. Mais je suis vite rassurée quand j'entends le « Hallo » de mon interlocuteur. Et avant de répondre, je me rapproche de l'accueil pour que cette connasse entende bien la conversation (en même temps je ne suis pas sûre qu'elle pige l'allemand mais bon).
- Gustav ?
- Heu… Non, quittez pas !
J'ai l'impression que le combiné a été posé puis j'entends quelqu'un crier :
- GUSSSSS c'est pour toi ! J'ai pas reconnu la voix désolé.
Bon, il va se décider à le prendre ce téléphone où il attend que je prenne racine ? Pendant ce temps Mle « je-fais-barrage » ne rate pas une seule seconde de mon attente avec le petit sourire en coin qui veut tout à fait dire « tu perds ton temps ma petite ».
- Hallo ?
- Gustav ?
- Oui, qui c'est ?
- Ju'… la copine de Sarah (je vais essayer de me recadrer dans le contexte, des fois qu'il est oublié que je devais passer…)
- Salut Julie, t'es où ?
Je lui explique brièvement ma situation plus que précaire puis il me dit :
- Ne bouge pas, je raccroche et quelqu'un va te fait monter. Ca va être le bazar si c'est moi qui descends. A toute !
Je n'ai même pas le temps de répondre quoi que se soit qu'il a déjà coupé la communication. Je fais le pied de grue toujours en regardant ma « copine » faire ce pourquoi elle est payée, c'est-à-dire répondre au téléphone. Et à ma grande satisfaction, je vois son visage se décomposer au fur et à mesure que les secondes s'égrènent. C'en est presque jouissif je vous jure ! Mais je me fais toute petite quand elle me lance un regard plus que noir en me demandant d'approcher.
- Allez voir la personne à côté de l'ascenseur, il vous conduira à Mr Klaus.
Je suis trop grande gueule et je sais que ça me perdra mais je ne peux m'empêcher de l'enfoncer un peu plus dans sa merde.
- Je vous l'avais bien dit pourtant… Mais merci pour votre accueil chaleureux, je m'en rappellerai.
Puis sans un autre regard pour elle, je m'approche de la personne qu'elle m'a indiquée…qui n'a pas l'air commode non plus. On les paye pour faire la tronche ou quoi ?
- Bonjour… Heu… Je dois aller voir Gustav Klaus. S'il vous plaît.
Il ne pose même pas les yeux sur moi, je suis alors son regard et vois la fille de tout à l'heure lui faire un geste affirmatif. Il appelle l'ascenseur, me fait signe de rentrer dans la cabine puis appuis sur le bouton portant le numéro trois. Les portes se referment sans qu'il ne m'ait adressé un seul mot, quel pro ! La cage commence à monter puis j'entends le petit bruit familier qui accompagne toute arrivée d'ascenseur à l'étage indiqué et malgré mon tempérament, j'appréhende méchamment. La cabine se stoppe et mon petit cœur s'emballe lorsque les portes s'ouvrent sur… rien. Un couloir vide et désert, je fais quelques pas et sursaute quand l'ascenseur se referme. Je tourne la tête à gauche puis à droite dans l'espoir de voir ne serait-ce qu'une personne mais non… je suis la seule présence humaine.
Que faire ? Dur dilemme… Mais je n'ai pas envie de rappeler encore une fois Gustav, après tout s'il veut me voir il peut aussi faire un effort. Un peu dépitée, je m'installe sur le sol et attends. Quelques minutes se passent sans nouvelles mais mon attente finie par porter ses fruits lorsque mon téléphone se met à sonner. Je vois grâce à la présentation du numéro qu'il s'agit de lui et décroche en vitesse.
- Bah alors, tu visites l'hôtel ? – Me questionne t-il.
… C'est qu'il me prendrait un peu pour une idiote que ça ne m'étonnerait pas dis donc.
- Bah oui, tous ces couloirs et ces magnifiques portes à regarder… ça m'émoustille que veux-tu.
Bah quoi… Oh je sais que je suis un peu insolente mais que voulez-vous ? On ne se refait pas.
- Heu… Bah écoute, quand tu auras fini tu montes ?
Putain, c'est un vrai blond celui-là !!
- Non mais ça fait déjà plus de cinq minutes que je poirote à ton étage devant l'ascenseur… Je suis censée deviner à quel endroit je dois te retrouver ?
- Ah merde ! Bouge pas, j'arrive !
Et comme tout à l'heure, il a déjà raccroché avant que je n'aie eu le temps de dire ouf. Moins d'une minute après, j'entends des pas dans ce fameux couloir désert et mon angoisse ressurgit. Angoisse de très courte durée quand je vois enfin Gustav s'approcher de moi l'air assez détendu, il porte ses lunettes et malheureusement pour moi… je le trouve encore plus craquant !
- Je suis vraiment désolé pour l'attente, la personne en bas était censée t'expliquer où me trouver… Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.
Oh mais moi si ! Cette connasse avait vraiment envie de me faire chier, c'est tout. Je lui explique rapidement mon entrevue avec elle et au lieu de compatir à mes malheurs, il sourit avec indulgence.
- Ne lui en veut pas, elle pensait surement bien faire. Surtout que David, notre manager, lui met une pression monstre.
Je ramasse mon sac qui était resté par terre et me remet face à lui et avant que je n'aie pu ouvrir la bouche, il se saisit d'une de mes mèches pour la replacer derrière mon oreille… Au secours ! Je fais comme si c'était un geste des plus naturels et le remercie en retour.
- Alors, tu as prévu de faire quoi aujourd'hui ?
Il a l'air tout gêné de me répondre mais finalement ce qu'il m'annonce dépasse toutes mes espérances.
- Je voulais visiter un peu Paris comme nous l'a si bien recommandé ton amie mais avec le nombre de personnes devant l'hôtel, ça va être impossible de sortir en douce. Je sais bien que ce n'est pas très palpitant mais si tu veux rester ici un peu avec moi…
- Ce serait avec joie.
Ma réponse à l'air de le détendre un peu et finalement il me conduit à travers les couloirs jusqu'à la chambre 312, il ouvre la porte et nous sommes accueillis par des hurlements que je qualifierais… d'animal.
- PUTAIN GEORG TU FAIS CHIER !! Rends-moi mon téléphone tout de suite !!
Quand il me parlait de passer un peu de temps avec lui, je ne pensais pas que ça incluait tout le reste du groupe. Mais ma foi, ça répare l'injustice d'hier soir.
- Non je ne te le rendrais pas ! T'arrêtes pas de le regarder toutes les deux secondes, y'en a marre. Soit tu me dis pourquoi, soit tu fais une croix dessus jusqu'à ce soir.
Le tableau est assez comique, Georg à une main en l'air dans laquelle repose manifestement le dit portable pendant que de l'autre il bloque Tom alors que celui-ci bats des bras pour récupérer son bien. Et assis sur le lit, dans une parfaite imitation de la personne blasée, se trouve Bill qui est le premier à faire attention à moi. Il me montre du doigt tout en me demandant :
- Julie ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Puis il dirige son doigt vers Gustav et mime un « Oohhhh. » muet. Il se relève d'un bond et prends dans chaque main un bras de Georg et de Tom pour les accompagner vers la sortie. Et c'est encore Tom que l'on entend brailler.
- Bill, qu'est-ce que tu fous on est b…
Ah, il vient enfin de s'apercevoir que je suis là… Il leur faut vraiment du temps.
- Julie !! Génial c'est toi qu'il fallait que je vois. – Me dit-il avec enthousiasme avant d'être coupé dans son élan par son frère.
- Non, non, non. Tu n'as absolument pas besoin de parler avec Julie, laisse-la tranquille.
Puis il met tout le monde dehors et se retourne vers nous.
- Désolé du dérangement, à plus tard !
La porte de la chambre claque alors que le silence retombe. La vache ! On ne peut pas dire qu'ils manquent d'énergie en tout cas. Je me retourne vers Gustav pour le voir se gratter la tête et lever ses yeux vers moi avant de me dire :
- Je suis vraiment désolé, normalement ils savent se tenir, je te promets.
J'éclate alors franchement de rire face à la situation. Je pensais qu'il y avait une bonne ambiance au sein du groupe mais pas à ce point la quand même.
- C'est toujours comme ça avec vous ?
- Heu… oui. Je dois bien avouer que oui. Je sais que c'est un peu particulier mais…
- Tu rigoles, c'est génial !! J'adore, ça me rappelle Sarah et moi quand on est en vacance, du pur délire.
- Je ne vous connais pas trop mais apparemment vu le caractère que vous avez toutes les deux, c'est clair que vous ne devez pas vous ennuyer.
S'il savait le pauvre… remarque, je suis sûre qu'eux aussi en font voir des vertes et des pas mûres à tout le monde. Je pose mon sac par terre et m'installe sur le lit dans ma position préférée, c'est-à-dire en tailleur avec un cousin entre les bras puis regarde Gus qui a l'air assez mal à l'aise. Bon, bah j'ai plus qu'à faire comme avec Sarah…
- Alors, pourquoi est-ce que tu m'as appelé ?
- Si je te disais que j'en sais rien, tu me croirais ?
- Hum… Bah oui, pourquoi pas.
- En fait, c'est la première fois que je fais ça. Je ne voudrais pas que tu penses que je fais venir n'importe qui ou que j'invite n'importe quelle fille… C'est juste que t'as l'air super sympa et qu'en plus tu parles allemand. On rencontre souvent les mêmes gens, je voulais faire un peu autrement pour une fois.
- Je n'en pensais pas moins de toi. De toute façon, celui qui à la réputation la plus sulfureuse c'est Tom, pas toi.
On rigole ensemble, moi parce que grâce aux journaux je connais quelques anecdotes croustillantes et lui, surement parce qu'il connaît toute la partie immergée de l'iceberg… Sarah va me tuer, où alors complètement dépérir, mais ça ne pourra lui faire que du bien.
- Au fait, j'ai entendu dire que ce soir vous sortiez pour fêter ton anniversaire. Ca te fait quel âge ?
Et nous voilà en train de nous raconter nos vies, il est très curieux et c'est avec plaisir que je lui parle un peu de moi. Je lui pose aussi des questions mais j'évite de rentrer dans des sujets trop personnels, je ne voudrais pas qu'il pense que je profite de la situation. Quand on parle musique, on s'échange nos pochettes de CD pour voir quels disques ils contiennent, quand on parle de la famille il me montre quelques photos qui traînent dans son portefeuille et quand on parle du groupe, c'est pour évoquer le concert de demain.
- Oh mais depuis le temps, vous devez arriver sur scène comme chez vous.
- Et ben pas du tout. Plus on fait des concerts et pire c'est. On angoisse carrément et personnellement il me faut bien deux ou trois chansons pour être réellement à l'aise. Avant ça, j'ai l'impression d'avoir les jambes en coton !
- Ça doit être impressionnant quand même de jouer devant des milliers et milliers de personnes. Et toutes ces filles qui hurlent vos prénoms en espérant échanger ne serait-ce qu'un regard avec vous…
- C'est vrai que ça fout un peu la trouille mais c'est surtout Bill et Tom qui sont sujets à ce genre de crise. Je suis toujours un peu en retrait et ça me va très bien ! Tu n'es jamais venu à un de nos concerts ?
Je réponds par la négative et il enchaîne :
- Ça te plairait ?
- Quelle question ! Bien sûr. Seulement je n'aie jamais eu l'occasion, comme mes parents ont déménagés et que je n'habite plus sur Paris, c'est toujours un peu délicat.
Il me fait alors un geste pour me demander d'attendre et sort de la chambre… Bah où est-ce qu'il va encore ?? Je suis un peu bloquée là… Je suis d'une curiosité maladive et pourtant je sais que je ne dois surtout pas la satisfaire dans cette chambre. Mais être toute seule dans la chambre d'un membre du groupe de Tokio Hotel, vous comprendrez que ça démange un peu quand même. Du coup, pour palier à ça, je m'allonge sur le lit et ferme les yeux. Un peu de calme ça n'a jamais fait de mal à personne.
